‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 89 sur 163 · MARIAGE DES HOMMES · texte numérisé non relu

MARIAGE DES HOMMES

A CHAQUE GHOUPE d'aGEs

Nuptialité

Rang de nuptialité. . .

Fréquence relative. . .

Rang de fréquence. . .

là'

FRANCE (nihioGRAPHiE'l.

fi5l

Ce petit tableau nous montre que, en Seine-et-Marne, la nuptialité des hommes est fort élevée avant 30 ans ; il est remarquable que c'est de 25 à 30 que la nuptialité est la plus forte : près de 170 jeunes gens se mariant par iOOO du même groupe d'âge; tandis que la plus grande fréquence, ou le plus grand nombre des nouveaux époux (tout près de 400 sur iOOO), sont âgés de 20 à 25 ans, alors que la nuptialité proprement dite n'est encore que de (09, ce qui montre combien se comportent différemment les deux valeurs, nuptialité et fréquence i^elative.

Pour les femmes, la même étude permet de dresser le petit tableau suivant (extrait de notre VIP tableau numérique) :

Par 1000 femmes en chacun des 9 groupes d'âge combien se marient annuellement, ou miptialité'! Et sur 1000 femmes de tout âge se mariant combien de chaque groupe d'âge (fréquence relative)?

DÉSIGNATION

Nuptialité

liang de la nuptialiic.

Fréquence relative . .

Rang de fréquence . .

MAlilAGES DES FEMMES

A CHAQUE GliOUPE d'aCES

On voit que la nuptialité de 15 à 50 ans (nous tenons comme la plus fidèle et surtout comme la plus commode mesure du goût des populations pour le mariage, en ce qu'elle résume en un seul nombre), place ici Seine-et-Marne au rang le plus élevé; et si la nuptialité des hommes de 18 à 60 qui est aussi la meilleure mesure ne place ce département qu'au 73" rang, cette inégalité tient sans doute à l'excès notable du nombre des mariables hommes, constaté précédemment ; mais c'est justement cet excès qui favorise la nuptialité des femmes.

Cependant, en outre des études précédentes et vu l'importance du sujet, nous avons cru devoir, pour chaque département, résumer en un seul chiffre la nuptialité des jeunes gens se mariant avant la maturité. Nous avons admis comme mariages jeunes, ceux des femmes avant 30 (de 15 à 30) et ceux des hommes avant 35 ans (de n à 35). La France entière compte chaque année près de 76 (75,6) jeunes hommes se mariant, par 1000 hommes mariables de 18 à 35 ans, et 75 jeunes femmes, aussi par 1000 femmes mariables (filles ou veuves) de 15 à 30 ;uis. Or, en Seine-et-BIarne ces rapports deviennent 104 pour les jeunes hommes et 124 pour les jeunes femmes, ce qui assigne à ce département le 77^ rang pour la nuptialité de ses jeunes hommes et le 88^ pour le rang de nuptialité de ses jeunes femmes. Ce taux est donc le plus élevé, après celui du Lot-et-Garonne qui, comptant 130 jeunes fiancées, prend le 89' rang.

Avant de quitter ce qui concerne le mariage, il convient de mentionner et la nuptialité, et la fréquence du mariage par état civil (yoy. tabl. V, tr. [23] et [24].

Nuptialité par état civil [25]. En France, elle est telle que par 1000 garçons

552 FRANCE (démographie).

on en compte tout près de îo (69,9) qui se marient dans l'anne'e, si on ne compte pas les célibataires obligés de l'armée, et 66 si on les compte ; mais il y en a 90,5 en Seine-et-Marne, ce qui lui assigne le il" rang; de même sur 1000 filles 68,4 se marient dans l'année en France et 1 06,2 dans Seine-et-Marne d'oîi le 86° l'ang; sur 1000 veufs, 39,85 se marient, année moyenne, en France, et seulement 37,9 en Seine-et-Marne avec le W rang; sur 1000 veuves il s'en marie il,*» en France et 13,6 en Seine-et-Marne, d'où le 62*^ rang.

Fréquence relative des mariages en chaque état civil [24]. En Seine-e4,- Marne, sur 1000 mariages, il y en a 852,1 (et 840,8t en France) entre célibataires, ce qui lui assigne le 59° rang ; 36,5 (35,G9 en. France) entre garçons et veuves, ce qui lui donne le 65" rang; 62,1 (et 88,9 en France) entre veufs et filles, d'où le {" rang, c'est-à-dire le département qui par 1000 mariages compte la moindre proportion de mariages entre veufs et filles, ce qui résulte sans doute de l'excès d'hommes mariables disponibles en ce département, et dès lors, de la défaveur des veufs auprès des filles; enfin il s'y rencontre 49,3 (34,6 en France) mariages entre veufs et veuves d'où le 80" rang. Cette grande nuptialité des veuves tient encore à l'excès des hommes mariables ; faute de filles qui ne s'en soucient pas, les veufs s'adressent aux veuves.

Mais il importe beaucoup de remarquer 1° en ce qui concerne la nuptialité par état civil, que cette nuptialité dépend de deux facteurs : l'un, le nombre de célibataires ou de veufs existant ; Vautre, l'âge de ces prétendus mariables, car si un département, comme l'Eure par exemple, contient relativement aux autres un plus grand nombre de veuves de 70 ans ; au point de vue de l'aptitude au mariage, cette population âgée est à peu près comme si elle n'existait pas, et pourtant, dans l'établissement de la nuptialité sans distinction d'âge, ces vieilles gens entrent dans le dénominateur du rapport comme aussi sérieusement mariables que les veuves de 30 ans. Ce qu'il faut, pour rendre à cette investigation toute sa valeur, c'est la détermination simultanée en chaque département de la nuptialité par âge et par état civil, mais c'est là un travail immense que nous n'avons pu encore entreprendre.

La fréquence des mariages de chaque catégorie est encore plus insignifiante : par exemple le nombre des mariages entre veufs n'indique presque rien, car il e.-t sous la dépendance de trois influences ; 1° le nombre absolu des veufs et veuves existant ; 2° leur âge et 3° leur aptitude, leur goût pour s'épouser et, de ces trois influences, la dernière, la seule que l'on prétende mesurer, est masquée par les deux autres.

Naissances. En nombres absolus, on voit (tabl. Mil, tr. [46]) que dans la période 1866-65, le taux moyen annuel des naissances vivantes de Seine-et-Marne s'est élevé à 8 260 naissances légitimes, 480 illégitimes, plus 525 morts-nés. La travée [44] permettrait au besoin de trouver qu'ils se décomposent en 295 mort-nés légitimes et 50 illégitimes.

Natalité et fécondité (tabl. YIII, tr. [42]). Dans la période 1856-1865 la natalité générale (Sq/P) qui, en France, est de 26,3 naissances vivantes (Sq) par 1000 habitants, n'est que de 25 S^, en Seine et-Marne, ce qui lui assigne le 38' rang (25,9 à 26 si on compte les mort-nés).

La natalité spéciale des femmes nubiles (au-dessus de 15 ans, col. b) est de 70, 1 So (92, î en France) par 1000 femmes de plus de 15 ans, avec le W rang;

FRANCE (démographie). 505

la fécondité générale des femmes (mariées ou non) aux âges de fécondité (15 à 50 ans) (col. c) est de 106,4 (loa en Fiance) avec le 55» rang; la natalité légitime des seules épouses de tout âge est de 1 08,5 (123,2 en France) avec le 23' rang (tr. [45], col. a) ; et la fécondité légitime des seules épouses de 15 à 50 ans s'élève à 147,7 (181 en France), avecle 25<= rang (col. b) et la fécondité illégitime des femmes non mariées de 15 à 50 ans (tr. [44], col. a), est de 19,49 (§8,2 en France) avec le 69° rang, c'est-à-dire que 1000 filles et veuves de 15 à 50 ans produisent annuellement 19 à 20 naissances (mort-nés compris). Enfin la fréquence relative des naissances hors mariages aux naissances générales (col. b) est de 56,3 par 1000 (mort-nés inclus, îs en France) avec le 50"- rang.

On remarquera que d'après le rapport de la fécondité illégitime, résultat de la comparaison des naissances hors mariage (iV) aux femmes nubiles et non mariées, aptes à les faire (]p"i3 5o), la production des naissances hors mariage est un peu plus grande en Seine-et-Marne qu'en France dans le rapport de 18,2 : 19,49 ; mais que, sous le rapport de la fréquence comparée de ces deux groupes de naissances iV/N, c'est le contraire, puisque l'on compte en France îS naissances hors mariages sur 1000 naissances générales, et seulement 56 en Seineet-Marne. Cette apparente contradiction résulte du très-petit nombre de femmes non mariées que possède Seine-et-Marne ; le faible nombre des non mariées ne peut donner qu'un faible nombre de naissances hors mariage. Mais le rapport N/fi-.^o de natalité, comparant les naissances aux filles et veuves qui sont aptes à les faire, ne peut être influencé par ce petit nombre des filles et traduit fidèlement la chance de l'illégitimité. Ce fait démontre l'importance de ce dernier rapport.

Proportion des grossesses doubles ou gémellité eicombinaisons (tr. [48]. En France on compte 9,87 grossesses doubles par 1000 grossesses générales et en Seine-et-Marne 10,4, gémellité qui assigne à ce département le 6r rang.

Sur 100 grossesses doubles [tr. 47], il s'est présenté 32,1 fois deux garçons (33,4) en France) d'où le 12" rang; 34,5 fois deux filles (31, G en Fi-ance^ avec le 87' rang, et 33,4 fois garçon et fille (35 fois en France), d'où le 21" rang. Sur 100 jumeaux il y a eu 15,2 mort-nés ou déclarés tels (l3,9 en France), d'où le 33'^ rang de mortinatalité gémellaire.

Mortinatalité en France (tabl. X, tr. [61]) : dans la période 1856-1865, on a enregistré (col. c) 43,3 mort-nés (présentés sans vie à l'inscription sur 1000 naissances générales (mort-nés inclus) ; Seine-et-Marne n'en a relevé que 35,65, d'où le 29° rang, et seulement 34,22 pour les naissances légitimes (40,6 en Fj'ance), d'où le 30° rang; et 59,4 pour les illégitimes (75 en France), d'où le 24° rang. On voit donc que la mortinatalité (et surtout la mortinatalité illégitime) est moins élevée en Seine-et-Marne que dans la France en général.

Masculinité ou proportion des sexes à la naissance (mort-nés compris) (tabl. YIII, [tr. 45 et 46]. En Seine-et-Marne on enregistre 106,4 garçons légitimes (105,3 en France) contre 100 filles, d'où le 68° rang, et 104,2 illégitimes (103,2 en France), d'où le 55" rang. Si on considère les seuls mort-nés, on en compte 161,3 garçons mort-nés légitimes (i5i,2 en France), d'où le 68° rang et 98 pour les illégitimes (123 en France), d'où le 4° rang.

Mortalité : 1° En chaque groupe d'âge [voy. tabl. IX). Dime mortuaire de 0 à 1 ans (tr. [49], a et b). D'après les documents officiels, ici très-fautifs,

554 FRANCE (démographie).

parce que, jusqu'à ce jour, les décès des nourrissons parisiens ne font pas retour aux communes oi^i ils sont nés, il y aurait 247 décès de 0 à 1 ans (tî8,4 en France) en regard de 1000 SpS d'où le 8i' rang; mais 17 ans auparavant (1840-1849), ce rapport mortuaire n'était que 2 1 8 (i60 en France), d'où le 78° rang, ce qui constitue une aggravation dans le rapport de 100 : 113 (iiîjSen France) et assigne à cette aggravation le 45° rang. La mortalité comparée des sexes pour ce premier âge est 115 (première période) et I 1 3 (deuxième période) décès masculins contre 100 féminins, ce qui assigne le 44' rang à la première période, et le 13° rang à la seconde dans la sériation des départements rangés selon l'excédant croissant de la mortalité des garçons sur celle des filles. 11 semble donc que dans Seine-et-Marne, la mortalité des garçons s'est moins accrue que celle des filles.

Mortalité de { à ^ ans (tr. [50]). On comptait 35,7 décès (35,8 en France) en 1840-1849 et seulement 32,8 (34,65 en France) en 1867-1866; ce qui plaçait le département au 53° rang à la première époque et au 5r à la seconde avec une atténuation de la mortalité de 1 09 : 92, assignant à ce département la 3r place ; la première appartient au Lot-et-Garonne où la diminution est comme 100 : 71,4, tandis que la Vendée et la Haute-Garonne, où elle est restée stationnaire (100 : 100), occupe le 51° et le 52° rang, et les Pyrénées-Orientales où elle s'est le plus accrue (100 : 134) le 86° rang. Sous le rapport de la mortalité comparée des sexes, on y compte 1,004 décès garçons contre 1000 filles avec le 35" rang.

La mortalité de 5 à i^ans est de 7,5 (8,65 en France) décès par 1000 enfents de ce groupe d'âge avec le 24° rang ; on y compte (à égalité de personnes) 85,6 décès garçons pour 100 décès filles, d'où le 7° rang (95,4 pour 100 est le rapport moyen en France), ainsi les garçons de ce groupe d'âge sont fort épargnés, ce qui est exceptionnel pour ce département où la vitalité féminine est généralement très -favorisée.

La mortalité de 10 à 15 ans fournit seulement 4,4 (5,5 en France) par 1000 enfants de ce groupe d'âge avec le 12^ rang; et pour la comparaison des sexes, 90,4 décès garçons contre 100 filles (83,6 en France) d'où le 74° rang. Ce sont les filles qui sont relativement favorisées à cet âge.

La mortalité de 15 à 20 ans (tr. [55]) est de 6,78 (7,34 en France) par 1000 P. avec le 33° rang; et, 101,2 décès garçons contre 100 filles (moyenne de France 89,6) avec le 78° rang.

De 20 à 30, on compte 8, 1 6 (9,31 en France) décès par 1000 P. avec le 22° rang; et 98 (i05,6 en France) décès hommes pour 100 décès femmes avec le 14° rang,

* Je ne dis pas que ces 247 décès soient fournis seulement par mille naissances vivantes du département, car il n'en est pas ainsi; en surplus de ces 1000 naissances vivantes, il entre environ 200 nourrissons qui donnent un très-grand nombre de décès; et ces décès, dont le nombre est encore indéterminé, mais très-important, sont confondus avec les décès des natifs et bien indûment rapportés aux naissances du déparlement. Ainsi, pour l'année 1877, je trouve, dans un document fort imparfait qui m'est communii|ué sur ce département, qu'environ 1 1,230 enfanis natifs de 0 à 2 ans ont fourni |4N décès, ce qui fait une mortalité annuelle de 1 25,7 par 1000, de 0 à 2 ans, tandis que 1 786 nourrissons du même groupe d'âge (?) ont donné 495 décès, soit une mortalité annuelle de 277, ou plus du double; on comprend combien une pareille immixtion vient grossir indûment la mortalité propre du département ! Jusqu'à ce jour (1879) il n'y a aucun moyen de faire la part de l'erreur ; on voit seulement qu'elle est considérable.

FRANCE (démographie). 555

encore un âge où, exceptionnellement, la mortalité relative des hommes est au-dessous de la moyenne.

De 30 à 40 (tr. [55]), il y a 7,7 (»,28 en France) décès par 1000 P. avec le 21° rang ; et la mortalité des femmes étant 100, celle des hommes est 102,2 (la moyenne de France étant 8t>,i), d'où le 82'' rang. Ainsi, à cet âge, ce sont surtout les femmes qui bénéficient de la faible mortalité.

De 40à50(tabl.X, tr. [56]), il y a 10,1 décès par 1000 P. (il, 88 en France) avec le] 27" rang; et la mortalité des femmes étant 100, celle des hommes est 123 (lOC en France), d'où le 85' rang; encore bénéfice pour les femmes.

De 50 à 60, on compte 16,37 décès par 1000 P. (I9,65 en France) avec le 15' rang, et la mortalité des femmes étant 100, celle des hommes devient 137 (enFrance lia), d'où le 87Tang de mortalité relative des mâles. Sous ce rapport les mortalités relatives, encore plus grandes des hommes de l'Eure-et-Loir et surtout de Scine-ot-Oise, sont les seules qui dépassent celle de Seine-et-Marne.

La mortalité au delà de 60 ans fournit 62 décès par 1000 P. (en France 'ïO,5) avec le 8" rang, et la mortalité des femmes étant 100, celle des hommes s'y élèveà 106,5 (9î>,3 en France), d'où le 79" rang.

Ainsi, comme aux âges précédents, ce sont surtout les femmes qui bénéficient de la faible mortalité de ce département.

La mortalité générale (de tout âge) donne 23,5 décès par 1000 P. (en France 23,2) avec le 55" rang. Mais c'est la mortalité enfantine, indûment aggravée, et par les nourrissons parisiens et plus encore par des erreurs de comptabilité (attribuant aux départements des décès d'un groupe important d'enfants qui n'ont pas figuré aux naissances) qui augmentent indûment cette mortalité générale et la rendent presque sans valeur.

On peut, avec grand avantage pour les adultes, lui substituer la mortalité par état civil :

1° Celle des célibataires nubiles, c'est-à-Jire déplus de 18 ans pour les hommes fournissant 12 décès par 1000 (i4,34 en France), d'où le 15° rang. La mortalité des fdles nubiles [déplus de 15 ans) pour les femmes fournissant I 1 ,32 décès (13,41 en France) par 1000 filles, d'où le 10" rang.

2" Gdle des époux hommes donnant 16,85 décès (France, lî,85), d'où le 6" rang; celles des femmes mariées se soldant par 13,55 décès (France 15,82) par 1000 épouses, d'où le 6" rang; nous avons vu que pourtant ce département compte beaucoup de vieilles épouses (sous ce rapport, il est au 82*" rang), ce qui aggrave un peu cette mortalité.

0" Celle des veufs 68,3 décès («8,6 en France) avec le 47" rang et celle des veuves 53,28 décès (54,3 en France) avec le 30" rang.

Conclusion concernant la mortalité de Seine-et-Marne. Il résulte de ces données qu'elle est manifestement faible, et bien au-dessous de la moyenne de France surtout pour les femmes. C'est particulièrement après 30 ans que la différence de mortalité des deux sexes, au préjudice des hommes, est à son maximum.

Variations des mouvements de population (Nuptialité, Natalité, Mortalité), depuis le commencement du siècle. Pour apprécier la constance, la direction de ces variations, il faut diviser la période 180M870 en sept périodes décennales : 1801-1810, 1811-1820, 1821-1830, 1831-1840, 1841-1850, 1851-1860, 1860-

556 FRA.NCE (démographie).

1868 *• La nuptialité, la natalité et la mortalité générales calculées pour chacune de ces périodes avec le rang qu'elles assignent au département, parmi tous les autres rangés à chaque période , par ordre croissant du coefficient étudié, sont données par les successions suivantes pour 1000 habitants en chaque période :

DÉSIGNATION

ir

es

es

rj

es

td

Nuptialité. . . .

Natalité

Mortalité ....

29, Oo

On voit donc : 1" sous le rapport de la nuptialité le département de Seineet-Marne a toujours un rang élevé, et plutôt ascendant, au moins jusqu'en 1850 : absolument (d'après la progression des coefficients), et relativement (d'après son rang) ; puis déclinant ensuite.

2° La natalité va diminuant comme dans presque tous les départements, mais encore plus vite qu'ailleurs puisque son rang va déclinant, au moins depuis

3° Il en est à peu près de même de la mortalité générale, mais nous avons expliqué combien, en ce département encore plus qu'ailleurs (à cause de l'immixlion des nourrissons), cette appréciation par la mortalité générale est médiocre.

En comparant la nuptialité à la natalité, on remarquera ce fait singulier : c'est que la nuptialité y est considérable et plutôt croissante, au moins jusqu'en 1850, alors que la natalité, qui semble la suite nécessaire de la nuptialité, va en déclinant; cette apparente contradiction, qui n'est pas rare en France (Seine, Haute-Vienne, Yonne, Lot-et-Garonne), est ici fort accusée. Nous regardons ce mouvement comme funeste, car c'est lui qui amène l'amoindrissement [relatif, mais si prononcé) de la population française.

En résumé, on voit donc, par cet exemple, combien il est facile, par la lecture de nos tableaux numériques, de faire l'histoire démographique de chaque département de France. Chacune des 89 lignes de ces tableaux renferme une semblable monographie; il suffit, pour la dicter, d'apprendre à lire couramment ces tableaux, ce qui vraiment ne nous paraît comporter aucune difficulté, que ne puisse surmonter rapidement un esprit attentif. Nous devons avouer pourtant que les difficultés typographiques qui nous ont souvent obligé de supprimer les décimales de ces tableaux et de trop rapprocher les chiffres, etc., nuisent un peu à leur élégance et à leur clarté.

En outre, nous avons passé sous silence un chapitre très-important de la

* La dernière n'a pu être ulilement complétée à cause de la guerre qui a apporté de nombreuses et insolites perturbations ; elle ne comprend que neuf années.

FRANCE (dkmographie). 557

démographie : les rapports entre les revenus et les habitants ; je veux dire les produits de tout ordre comparés aux nombres de ceux qui les produisent et de ceux qui les consomment et cela,' pour la France entière et pour chaque département, de manière à établir la part de chacun. Mais c'est une partie de la démograpliie que je n'ai encore qu'ébauchée ; le temps m'a manqué pour la mener à bonne lin et la pouvoir joindre au présent travail déjà si considérable par le labeur qu'il a exigé.

Ce chapitre, que l'on pourrait appeler Démonographie économique, promet d'être très-intéressant ; il donnera la clef de maints faits constatés ci-dessus. C'est une œuvre que nous signalons aux travailleurs de l'avenir, et que nous même, nous nous proposons de poursuivre, si le loisir nous en est donné !

IV. Conclusions générales. 11 me paraît résulter de cette étude, trop succincte, je le crains, que la population française offre à l'administrateur, à l'historien, à l'économiste, et surtout au législateur et au philosophe, un nombre considérable de faits démographiques de nature à éclairer l'avenir par la connaissance du passé et du présent, et par suite bien propres à montrer dans quel sens il est désirable que soit dirigée la population française en général, et, ce qui est plus pratique, chaque département en particulier. Quoi de plus instructif, en effet, que de voir les trois grands mouvements qui font la vie des peuples : nuptialité, natalité, mortalité, ici croissants, à côté décroissants, ailleurs stationnaires, et par ces impulsions variées, concourant diversement au progrès ou au déclin de la nation entière, soit favorisant, soit contrariant ou diminuant les mouvements de l'ensemble. Ainsi que d'enseignements dans cette mortalité française, en général plutôt faible et décroissante, mais croissante dans quelques départements, comme dans le Calvados, et croissante aussi pour quelques âges, comme pour la première enfance. Quoi de plus affligeant aussi que de constater que la mortalité de nos enfants illégitimes est plus aggravée qu'en aucune nation de l'Europe, ce qui laisse deviner en ce point, la cruauté tacite de nos mœurs hypocrites comme de nos lois.

De même la mortalité aggravée de nos jeunes hommes de 15 à 20 ans et même jusqu'à 30 ou 3ii uns ; celle si extraordinaire de nos tro}> jeunes époux, des jeunes veufs et veuves, décèlent des plaies vives, bien digne d'attirer les réflexions et la sollicitude de nos hygiénistes et de nos législateurs.

Mais par-dessus tout, c'est ce fait démographique si universellement présenté par tous les départements, si prononcé, si continu depuis le commencement du siècle et si désastreux, si inquiétant, puisqu'il me.nace de

RÉDUIRE A UNE PROPORTION MINUSCULE LA NATIONALITÉ FRANÇAISE : la DECROISSANCE

CONTINUE DE SA NATALITÉ, son accroissement réduit à n'être que le tiers, le QUART OU même /e cinquième de celui des Anglais ou des Allemands!!

Enfin, et comme conséquence, le mouvement de rétrogradation relative qui, depuis près d'un siècle, a saisi la population française et qui se continue et s'aggrave avec une ténacité bien menaçante ! Il est tel, ce mouvement, que la France, dans le passé, IdL premier e des nations civilisées par le nombre de ses habitants, conserve à peine ce rang au commencement du siècle dernier ; elle ne vient plus aujourd'hui qu'au 3" ! et c'est au 4" rang que dans peu d'années, elle sera reléguée ! Pour l'avenir, nous sommes fatalement conduits a rktrogrâder encore plus bas, si rien ne vient stimuler notre faible accroissement de 3 par an et par 1000, accroissement vraiment illusoire et dérisoire

o58 FRANCE (démographie).

comparé à celui de 12 à I5 par an et par 1000 de nos rivaux, les Teutons et les Anglais !

Nos émules débordent de toutes parts par leurs émigrations, ils s'emparent de la terre et la peuplent de leurs enfants, tandis que nous, nous restons confinés dans notre petite Gaule, encore rognée et amoindrie!

L'étude comparée de chacun de nos départements nous semble surtout féconde en renseignements, car elle nous montre les conditions spéciales de vitalité et d'évolution de chacun d'eux; elle nous offre les défauts ou les qualités constatés pour l'ensemble de la nation, mais accrus ou diminués en chacun, et par là elle rend plus facile la recherche des influences cachées qui les déterminent et les gouvernent. On est alors amené à cette découverte capitale : que les faits sociaux ont un déterminisme aussi rigoureux que tous les autres phénomènes naturels, car, dans les mêmes conditions mésologiques {voy. art. Mésologie), ils se reproduisent toujours les mêmes. Il suffii'a donc de démêler la complexité des influences multiples (géologiques, topographiques, météorologiques, sociologiques, économiques, ethniques, etc.) qui les régissent pour s'en rendre maître ; dès lors, la méthode scientifique qui nous a déjà donné pouvoir sur la nature minérale, végétale et animale qui nous entoure, nous le donnera aussi sur la nature humaine, non pas seulement sur l'organisme humain pris individuellement, objet de l'hygiène et de la médecine proprement dite, mais aussi, mais surtout^ pour les organismes collectifs et nationaux, objet de la démographie.

De nos études résulte donc la démonstration qu'il nous appartient de fortifier de plus en plus les conditions favoi'ables mises en lumière ; d'affaiblir peu à peu les défavorables, une fois signalées.

L'homme, éclairé par la biologie et l'expérience, n'est-il pas devenu de plus en plus maître de modifier, de diriger tous les phénomènes vivants extérieurs à l'humanité? Aujourd'hui, les premiers renseignements de la Démographie lui ouvrent une voie plus précieuse encore, car elle découvre les influences qui peuvent entraîner les groupes sociaux entiers dans des voies fortifiantes ou énervantes, pousser les nations à leur développement ou à leur décadence ! Voilà ce qui ressort nettement de l'ensemble de mon œuvre, et tout particulièrement de la présente monographie sur la population française.

Sans doute la Démographie est surtout une science de l'avenir ; c'est une science qui, connue ou ignorée, appliquée ou dédaignée, peut beaucoup pour déterminer le devenir des nations (car la sélection, puissance directrice de force majeure, garantit sûrement la supériorité aux peuples qui la prendront pour guide), aussi suis-je sans inquiétude sur la future destinée de celte science.

Mais je me demande si la France saura en temps utile la mettre à profit? En présence, d'une part, de l'ai'deur que les peuples voisins, amis et émules (Italiens, Scandinaves, Suisses, Anglais et Teutons, etc.) , mettent à la faire progresser ;

Et d'autre part, témoin du peu de zèle — que nos gouvernants, trop distraits par les irritantes et troublantes questions de la politique quotidienne ; — que notre vieille administration, généralement peu curieuse des nouveautés dérangeant sa quiétude; — que mes confrères eux-mêmes, trop exclusivement absorbés par la médecine individuelle, apportent à son développement*, je crains que

• Il me serait aisé, pièces en main, de prouver ces assertions ; mais il est bien liumiliant à un vieux républicain d'avouer que, dans les régions officielles, depuis la chute de l'empire, la s'alislique humaine, qui n'était pourtant pas bien brillante, a notablement décliné en quanlilé

FRANCE (démographie). 559

cette science des peuples, à l'avancement de laquelle j'ai consacré ma vie, croyant en même temps servir ma patrie et ma profession et, je crains, dis-je, qu'elle ne soit plus utile aux progrès de nos voisins, amis ou rivaux, qu'aux nôtres. Nous préserver de ce danger et de cette humiliation m'a soutenu dans le travail considérable que je livre aujourd'hui, après tant d'années de préparation; ce sera encore le but de mes dernières années, et celui de mon suprême effort! Bertillon.

et plus encore en qualité! Je rappellerai seulement que si, par l'initiative de quelques particuliers, l'année 1878 a vu se réunir au palais du Trocadéro le premier Congrès international de Démographie, et si toutes les nations civilisées de l'Europe, répond;int à l'invitation des promoteurs, y étaient représentées par des délégués spéciaux, par les chefs de leurs administrations respectives, pourtant il en manquait une, et c'était la France ! Elle n'y figurait que par des savants sans attaches, sans missions officielles ; son administration s'en était désintéressée, malgré les invitations expresses et courtoises des promoteurs!!

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