‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.44Chapitre 9 sur 67 · DIVISIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

DIVISIONS POLITIQUES

POPULATION

EN KlLOM. CARRÉS.

POPULAT.

par kil. c.

IIEMAROCES

Malaisie

Colonies hollandaises :

Colonies espagnoles :

Étals indépendants :

Nombre inconnu.

Inconnue.

MlCRONÉSIE

Indéterminée.

Indéterminée.

Polynésie

Iles Tonga 15.000

lies Samoa 56,000

Iles de la Société

(Tahiti) 4,000

Iles Tonamoton . . 8,000

lies Marquises . . . 6,000

lies Sandwich ou

H;n\aï 56,897

En général les population?, de

la Polynésie vont en dimi-

nuant avec une eftrayanle

rapidité au contact des

Européens.

Mélanésie

Archipel de la NUe-Brelagne.

Archipel Salomon, de la Pé-

rouse, etc. ?

It

Archipel des Nouvelles Hé-

brides 150,000

if

SUPERFICIE

riENSlTÉ

DIVISIO:sS POLITIQUES.

POPULATION

EN KK.OM CARniôS.

roruLAT.

par kil.c.

REMARQUES

Nouvelle-Calédonie :

Indigène 54,000

Fiançais et Européens,

Iles Viti 140,000

Iles Norfolk. . . . 481

Australie (N.-Hollande) .

Australie anglaise . . .

Qiieensland :

Européens .... 173,180

Nouv. -Galles du Sud :

Européens .... 600,000

Australie du Sud :

Européens .... 20^,000

Australie de l'Ouest :

Européens .... 24,785

fi

Victoria (Europ.) . 829,824

Tasmanie (Eur.) . 185,626

Nouv.-Zélandc . . 275,856

Comme nous l'avons déjà mentionné, le chiffre total de la population de la terre est estimé à près d'un millard et demi, soit 1423 917 000 habitants (Bagge). Nous avons vu que l'Asie, à elle seule, dépasse de plus de 100 millions la moitié du chiffre total, et qu'avec l'Europe, elle atteint plus de 1 100 000 000, c'est-à-dire, presque les 6/7 de la population du globe. Évidemment l'iuimanilé est encore groupée principalement autour de son premier berceau, « le toit du monde » d'où elle est descendue en suivant le cours des fleuves, vers les fertiles vallées qui en proviennent. Mais aujourd'hui les rapides migrations l'emportent chaque jour vers le nouveau monde américain et australien.

C'est l'Europe qui, depuis trois siècles, sur les traces des Gama et des Colomb, s'est élancée à la conquête du monde. Elle a peuplé bien des contrées qui aujourd'hui ont secoué son joug et vivent de leur propre fond. Cependant, tel qu'il est, le lot des possessions de l'Kurope, en dehors de son territoire, est encore assez beau. Pour l'Angleterre il s'élève à 205 907 500 de sujets ou tributaires; pour la Hollande, à 24 400 000; pour la Russie, à 12125 000; pour l'Espagne, à 8 5G1 400 ; pour la France, à près de 8 000 000 ; pour le Portugal, à 0 655 400 ; pour le Danemark, à 1 289 000 et pour la Suède, à 2 900. Enfin la Turquie considérée comme état européen, possède 55 258 000 habitants soumis à son empire, en dehors de l'Europe. C'est une somme de 291585 000 d'hommes plus ou moins gouvernés par l'Europe, en dehors de son propre territoire qui n'en contient qu'une dizaine de millions de plus. Ainsi presque chaque européen a son semblable qu'il est censé gouverner et protéger dans les quatre autres parties du monde.

11 serait facile de dresser une table des populations suivant leur densité, où figureraient aux premiers rangs : la Belgique (181 habitants par kilomètre carré). la Saxe (184), les Pays-Bas (113), la Chine proprement dite (110), la Grande- Bretagne (108), Bade (99), le Wurtemberg (96), le Japon (89), l'Inde (79), la France (70) et où cloraient la liste ces vastes solitudes qui n'ont même pas 0 02 habitant par kilomètre carré. Il est aisé de voir, en se reportant à notre description sommaire du globe, que la densité des populations est, toutes choses égales

d'ailleurs, en raison directe de la fertilité des plaines et des vallées occupées par ces poi*alations. En définitive, c'est encore dans la vieille Europe que sont les foyers les plus denses. Mais il est fort probable qu'il faut faire des exceptions, à ce sujet, en faveur de certaines provinces de l'Inde, surtout de la Chine et du Japon dont nous connaissons mal la densité populaire et où les hommes semblent se coudoyer comme dans d'immenses fourmilières humaines.

Quant aux races colonisatrices, on voit que les Espagnols et les Portugais ont ralenti leur grand mouvement d'expansion. Ce sont les races du nord, et du centre de l'Europe qui prolifèrent le plus aujourd'hui et rayonnent sur le globe en nombre et en domination : Anglo-Saxons, Allemands et peuples qui en dérivent, Hollantlais, etc. Les Français ne viennent qu'à de longs intervalles à la suite de ce mouvement si prononcé.

Quel sort, quelles vicissitudes de la fortune prospère ou adverse réserve à ces

races conquérantes et expansives l'incertain, l'imprévoyahle avenir?

Certaines races européennes, au point de vue de la prolifération et de l'augmentation de leur chiffre de population, semblent presque stationnaires. Pour des raisons fort diverses, les races néolatines sont dans ce dernier cas. Au contraire nous voyons l'épanouissement et la multiplication continue très rapide des races anglo-saxonnes et germaniques. Derrière ou plutôt à l'orient et au nord de ces races nous assisterons bientôt à une effrayante prolifération, celle de la race slave qui se chiffre aujourd'hui par près de 100 millions de représentants, depuis les glaces du nord de l'Europe jusqu'aux bords de la mer Egée et des bords du Volga presque asiatique aux sources de l'Elbe en Bohème, ce coin dans la chair allemande. Le présent sans doute est également muet sur le destin futur de semblables mouvements d'accroissement. Cependant on ne peut oublier que la terre deviendra la propriété du plus fort, et que le nombre est un des grands facteurs de l'unité qui s'appelle la force.

Les Hindous et les Chinois sont fort nombreux, c'est-à-dire très-proliférants, mais depuis plusieurs siècles ils semblent tombés dans le sommeil, dans l'état stalionnaire. Quoique semblables à un vase trop rempli, ils ne menacent guère de s'épancher sur l'Europe, mais ils cherchent des débouchés vers le sud, en Océanie, en Amérique. Les races faméliques et barbares des hauts plateaux d'Asie semblent aussi avoir renoncé à leurs migrations sur les deux grands versants du vieux monde, la Chine et l'Asie antérieure avec l'Europe. D'ailleurs maintenant toutes les places sont prises et surtout, sauf du côté de la Chine, bien et diiment gardées par les armes à longue portée, entre lesquelles ne pourrait plus jamais passer le flot barbare. La Chine elle-même envahit pacifiquement la ftlongolie.

Quoi qu'il en soit de ces accroissements de population des races Caucasiques ou Blanches et Mongoliques ou Jaunes, il est facile de concevoir une limite prochaine qui ne peut pas être dépassée. Car il est un axiome en économie politique, c'est que le produit de la terre, passé une certaine limite, n'est plus proportionnel ni à la quantité du travail ni à celle du capital acquis. Qu'une terre défrichée donne 1, que légèrement remuée, elle donne 2, que cultivée à la bêche, elle donne 10 ; 20 avec la charrue, 50 avec une agriculture savante et perfectionnée, cela est réalisable. Ce qui cesse de l'être, c'est de doubler ou de tripler encore le rendement de cette terre en doublant ou triplant le capital et le travail. En d'autres termes : quoique, en général, chaque augmen tation de travail fasse augmenter le produit en agriculture, cette augmentation

GÉOGRAPHIE MÉDICALK. 1^5

n'est pas en proportion de celle du travail (Senior). C'est sur ce caractère londamental de la terre, limitée dans ses ressources et ses dimensions, qu'est basée la deuxième proposition de la célèbre théorie de Malthus concernant la population : Les subsistances s'accroissent moins facilement et moins promptement que le nombre des hommes. En effet, suivant Maltlms la population d'un pays pourrait doubler environ tous les vingt-cinq ans. Or, quelle que soit la fertilité ou la culture d'une terre, on ne peut la faire doubler ses produits tous les vingtcinq ;ms ; d'où la disproportion fatale et à courte échéance entre ces deux mouvements qui doivent pourtant demeurer parallèles.

Ce danger, signalé par Malthus consiste dans un excédent de la population amenant une trop grande concurrence, la baisse des saian-es, la misère et les maux qu'elle engendre. Le remède contre le danger, c'est la prévoyance qui consiste à conseiller aux jeunes gens de ne se marier que quand ils sont en position d'élever une famille. Ainsi pondérée, l'énergie du principe de la population agit comme un aiguillon puissant pour l'espèce humaine qui se trouve obligée de faire un appel incessant à toutes ses facultés, de perfectionner ses moyens de production afin d'éviter les souffrances de la faim et des autres privations. C'est de la sélection naturelle et sociale lout à la fois.

D'ailleurs la liberté humaine demeure et demeurera toujours un contre-poids efficace à la tendance de la population à s'accroître plus vite que les moyens d'existence. En fait, l'accroissement cesse quand manquent les subsistances et alors : ou bien la reproduction s'arrête par la volonté des individus, ou bien la mortalité devient plus rapide : les enfants mourant peu de temps après la naissance et les autres individus ayant une vie moyennne plus courte.

Le problème de l'action combinée des milieux géographiques de toute sorte sur l'état physique et psychologique des hommes en général est un de ceux qui ont été le plus souvent posés, quoique peu résolus. Gomme il intéresse hautement notre sujet nous allons en mentionner les principales données.

D'abord quand on veut aborder cette question il faut toujours tenir compte de la z'ace et du temps qui avec le milieu constituent une sorte de trinité modificatrice de l'homme comme des autres êtres organisés. De l'influence des temps préhistoriques sur l'évolution de l'espèce humaine, on ne sait que peu de chose; car le dépouillement des archives paléontologiques de la croûte terrestre ne donne que des résultats trop incomplets ou trop incertains pour nous fixer sur ce sujet. D'ailleurs les milieux de ces époques ont varié et partant les questions de temps et de milieu s'y confondent jusqu'à un certain point. La période historique est vraiment trop brève pour être utilisée avec fruit et l'insondable avenir ne nous permet pas, bien attendu, de l'escompter autrement qu'à titre d'hypothèse au moins inutile.

Nous avons vu dans l'esquisse ethnologique précédente qu'il existe entre les diverses races d'hommes des dissemblances tranchées qui ont leurs racines profondément enfoncées dans le temps et dans l'espace, et qui se reflètent dans les états physique, physiologique, moral et intellectuel, social et politique de ces races. Au demeurant peu nous importerait la cause de ces différences si nous pouvions les saisir intégralement, en prendre acte et en dresser une sorte de procès-verbal vraiement scientifique.

La part d'influence afférente au milieu actuel est peut-être plus facilement saisissable au premier abord : cependant nous ne possédons encore aucune analyse complète de la teneur jihysique et psychologi(iue d'une race dans toutes

les conditions si variées du milieu géographique, puisqu'aucune race n'est encore cosmopolite. Ainsi, en dehors de la question de temps, l'influence du milieu n'est pas indépendant de celle de la race dont il Faut toujours tenir compte. D'ailleurs sur ce point nous nous contenterons de quelques citations générales pour faire toucher les différences extrêmes dues à l'influence des milieux.

La région arctique « le royaume arctique d'Agassiz » imprime aux hommes, comme aux plantes et aux animaux de ces régions, une caractéristique prononcée. L'homme y vit puissamment par les fonctions de la nutrition et y lutte constamment pour sa propre conservation. 11 s'y gorge de quantités massives de corps gras alimentaires, et il va sans dire que ses excréta y deviennent-en proportion des matières ingérées, La peau l'elativement paresseuse laisse aux reins la charge d'éliminer les déchets sans doute fort loui'ds d'un pareil tourbillon de matières organiques. Un tel régime peut-il élever la moyenne thermique de l'organisme au-dessus de la nôtre dans nos climats tempérés, c'est ce qu'on ne sait faute d'observations suffisantes. Il est à présumer que la pléthore sanguine doit augmenter, chez l'homme aictique, la richesse globulaire et la quantité d'hémoglobine respiratoire : autre point à éclaircir.

La puissance des fonctions intellectuelles et nerveuses n'est point proportionnelle à celle de la nutrition chez ces êtres plus ou moins engourdis dont le froid émousse la sensibilité, ralentit le mouvement psychique et rabougrit l'intelligence comme la taille. La valeur morale se ressent nécessairement de cette infériorité marquée. Nous savons que les fonctions génératrices ne s'éveillent que tardivement chez les populations boréales et que cependant leur jeu suffit ;iux besoins de la propogation de l'espèce fortement restreinte comme l'alimentation elle-même sous ces climats inexorables. On connaît d'ailleurs Vhabitus extérieur ingrat, la petitesse de taille, l'exiguïté de proportion des races arctiques. C'est que la nature a du procéder là comme pour les végétaux, avec une économie parcimonieuse et intelligente, à l'édification de l'organisme humain, en ne lui accordant que l'étoffe strictement nécessaire à sa subsistance.

La vie physiologique des peuples des régions intertropicales, quand elle sera scientifiquement connue, servira de contraste frappant avec celle des populations arctiques. Là l'excès de chaleur et de lumière solaires sont préjudiciables à un degré élevé, quoique moindre que le froid. La fonction digestive y tombe à des diminutions considérables chez les indigènes : la raréfaction atmosphérique y appauvrit l'oxygène et se combinant avec l'alanguissement nutritif, amène un amoindrissement corrélatif de la respiration et de la circulation. D'oîi l'anémie relative des races tropicales. La chaleur animale y est-elle plus élevée que dans nos climats, grâce à la difficulté du rayonnement extérieur? Cela n'est point encore tiré au clair par de complètes observations. Ici la peau remplace les reins, le foie subvient au poumon : les déchets organiques sont sans doute réduits. Mais nous manquons de documents scientifiques sur la physiologie des races des tropiques. Cependant la machine organique prenant peu doit peu dépenser : rien n'égale la proverbiale sobriété des populations tropicales qui vivent de fruits et de quelques modestes céréales.

Si l'anJmie et l'anoxhémie relatives résultent du l'exiguïté du jeu de la fonction nutritive chez l'habitant des pays chauds, la paresse intellectuelle alourdit l'activité de la pensée : l'état psychique demeure inférieur à la normale ; la sensibilité et le mouvement semblent comme enchaînés par l'excès de la chaleur

qui énerve le corps et l'esprit. La taille est ordinairement svelte et élancée, parfois élégante suivant les races et les localités. La fonction génératrice est énergiquement accusée chez le nègre par exemple, comme d'ailleurs chez l'Huidou. La reproduction incessante comble vite les vides faits par la maladie et l'incurie. Et si la densité des populations tropicales n'est pas en raison de la richesse de la nature, il ne faut en accuser que la paresse et la négligence des habitants à se procurer une nourriture qui leur coûte cependant si peu. Soit instinct de race, soit influence de milieu , les peuples des tropiques, comme ceux des pôles, n'ont jamais guère atteint qu'un état social et politique très-incomplet.

Même avec ce trop rapide coup d'œil jeté sur deux points si extrêmes de la terre, on ne saurait méconnaître que les climats et les milieux ambiants ont imprimé leur cachet indélébile au physique, à l'intelligence et au moral de leurs habitants, indépendamment de la race. Dans ces conditions absolument opposées triomphe la doctrine qui affirme la toute-puissance de la mésologie sur le développement physiologique et psychique des individus et peut-être des races. Entre ces extrêmes se trouvent placés les habitants des pays tempérés dont la biologie sert de terme de comparaison ou de commune mesure entre les précédents.

Si de ces observations faites à vol d'oiseau on passait à des considérations de localités plus instructives, on trouverait la marque évidente que l'influence du milieu particulier imprime aux habitants d'une même contrée, d'une même nationalité. Par exemple, les anciens pagi concordaient assez exactement avec les limites des formations géologiques, ils rappelaient encore nos anciennes provinces. Il y a, en effet, le vulgaire même l'a remarqué, un rapport frappant entre le sol et l'homme qui l'habite et le cultive. L'Auvergne, la Bretagne, la Saintonge, les Landes, le Poitou, la Tourraine, etc., ces localités ne nous rappellent-elles pas à la fois et l'image des sites variés et celle non moins diverse de leurs habitants ? Rien de plus frappant ni de plus harmonieux à la fois que les caractères particuliers des agriculteurs en rapport avec les terres qu'ils travaillent et font prospérer. On peut généraliser et particulariser sur ce sujet autant qu'on voudra, et cela ressort suffisamment du développement que nous avons précédemment donné aux éléments de cette question capitale de géographie médicale.

Si différents par les caractères physiologiques individuels que nous venons de résumer très-brièvement, les hommes et les peuples le deviennent peut-ètic encore plus par les mœurs, les habitudes, les vêtements, les modes d'habitation, le degré de culture intellectuelle, les religions et les croyances, l'état de civiHsation ou de barbarie, enfin par leur constitution sociale, civile et politique. Ces dernières considérations nous font remonter à Hippocrale qui posa ce problème avec sa sagacité ordinaire. « Je veux, dit-il, pour ce qui est de l'Asie à l'Europe, établir combien elles diffèrent en tout, et pour ce qui est de la forme extérieure des nations qui les habitent, démontrer qu'elles diffèrent entre elles et qu'elles ne se ressemblent aucunement.... Je dis que l'Asie diffère de l'Europe par la nature de toutes choses, et par celle des productions de la terre, et par celle des hommes )■> . Si les Scythes féroces sont invincibles dans leurs mœurs barbares et sur leurs chariots tramés par des bœufs, si les habitants du Phase marécageux sont débiles, si les peuples les plus vigoureux appartiennent aux régions froides de l'Europe, c'est affaire de climat et de gouvernement, d'après l'auteur des airs, des eaux et des lieux.

« Sous un climat à peu près uniforme l'indolence est inne'e : au contraire sous im climat variable c'est l'amour de l'exercice pour l'esprit et le corps. La lâcheté s'accroîtrait par l'indolence et l'inaction, la force virile s'alimente par le travail et la fatigue. C'est à ces circonstances qu'il faut rapporter la bravoure des Européens et aussi à leurs institutions, car ils ne sont pas gouvernés par des rois comme les asiatiques ; ceux qui sont soumis à des rois sont nécessairement très-lâches, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, car leur âme est asservie et ils ne s'exposent point volontiers pour augmenter la puissance d'un autre, etc. »

Ilippocrate attribue une capitale influence sur les caractères qui distinguent entre eux les peu[iles d'Europe, aux conditions de milieux ; à la configuration du pays en plaines, vallées ou montagnes, à la qualité et à l'abondance des eaux, à la nature du terrain, aux vicissitudes des saisons, etc. Il proclame hautement (e principe d'harmonie que nous avons expliqué et développé plus haut, qui rattache des hommes au sol qui les nourrit : Kat t' àX).a ra sv tTj jo fvo[j.î-Jx, Travra àzoXouôa lo-jxa. tvj 7^ : toutes les diverses productions de la terre sont également conformes (littéralement, acolytes) à la nature même de la terre ».

La comparaison d'Hippocrate était en accord avec les principaux faits et l'état de l'Asie et de l'Kurope, sur un théâtre très-restreint, à l'époque où il écrivait. Plus lard, en France, Bodin (1577), Fontenelle et le célèbre voyageur Chardin rejiiirent en vigueur la doctrine d'Hippocrate en l'étayant de l'autoi'ité des voyages en Asie.

Mais c'est surtout Montesquieu qui a vulgarisé, dans les temps modernes, le principe liippocratique. L'historien philosophe admet d'abord les idées du médecin de Gos : mais suivant lui les autres effets du climat d'Europe ne sont pas moins variables. L'humide et nuageux ciel anglais pousse au suicide : l'austère, l'inclément pays des Gerniiiins contribua à entretenir la sévérité de leurs mœurs |)rcmièi'es. Pour lui il existe des rapports frappants entre les éléments du climat et les diverses sortes de servitude : la servitude politique, la civile et la domestique. L'Asie est le pays par excellence de la première : elle a été treize fois subjuguée dans le cours de l'histoire connue ; onze fois par les peuples du nord, deux fois par ceux du midi ; tandis que depuis les grandes colonisations phéniciennes, l'Europe n'a été ébranlée que par quatre grandes secousses : la conquête des Romains qui fut détruite par l'invasion des Barbares, la conqucle de Gharlemagne et les invasions successives des Normands.

Pour Montesquieu, si la richesse et la prospérité, d'oij dérive la puissance, viennent principalement de l'agriculture, celle-ci n'est pas en rapport avec la feitilité naturelle de la terre. Au contraire c'est la stérilité primitive du sol qui fait l'homme industrieux, sobre, endurci au travail, courageux, propre à la guerre, tandis que la fertilité native d'un pays donne les qualités contraires. Eu masse cela a du vrai ; mais il serait cependant inexact de trop généraliser ces observations.

La servitude civile ou l'esclavage s'éteint dans nos sociétés avancées : mais elle existe encore comme principale cause de ruine en Afrique et dans quelques parties de l'Asie et de l'Amérique. 11 faudra du temps pour extirper cette lèpre des sociétés humaines. L'hygiène, conmie ia morale et la politique, est trèsintéressée à sa disparition totale. L'esclavage domestique gît dans celte coutume qui fait de la femme achetée la « chose » de l'homme qui la paye. D'ordinaire il s'accorde avec la polygamie : le contraire, la polyandrie, est un usage rare parmi quelques peuplades, La première amène la désharmonie et l'alfaiblisse-

ment de la famille. Or tout ce qui adultère ce principe des sociétés, tend à nuire aux principes mêmes de l'hygiène. En résumé, les précédentes anomalies de l'ofdre politique, civil et domestique ont pour résultat de se refléter dans les faits de l'ordre médical en altérant la santé générale des populations.

L'état sauvage ou demi-sauvage des hommes influe non moins sur leur santé que les formes et les degrés de la civilisation et les conséquences naturelles des climats. Les peuples dits sauvages, vivant de chasse et de pèche surtout, ne peuvent guère s'associer, obligés qu'ils sont de courir individuellement après la proie quotidienne. Ceux que Montesquieu appelle barbares (ordinairement pasteurs), sont nécessairement mobiles et nomades (Bédouin, Kirghizes, etc.), par le fait même de la source d'où ils tirent leur subsistance, c'est-à-dire de leurs troupeaux. Par conséquent, leurs associations ou agglomérations sociales, ne sont guère que peu stables. D'ailleurs les difficultés de l'existence, la grande mortalité des enfants, la concurrence pour la nourriture, limitent l'extension des populations sauvages et barbares (Montesquieu). — Il serait superflu d'ajouter que cet état incomplet des sociétés humaines est, en somme, malgré quelques privilèges partiels qu'on s'est plu à exagérer, très-défavorable à l'hygiène et à la santé privée et publique.

Mais c'est à l'agriculture que commence l'échelle de l'état social que nous appelons la civilisation. Comme on l'a dit, la civilisation d'un peuple représente en général l'ensemble des progrès moraux , intellectuels et matériels de ce peuple. (( 11 est peut-être bon de remarquer que c'est dans l'état progressif de la société, lorsqu'elle est en train de conquérir successivement plus d'opulence, et non pas lorsqu'elle est parvenue à la mesure complète de la richesse dont elle est susceptible, que véritablement la condition de l'artisan pauvre, celle de la grande masse du peuple, est plus heureuse et plus douce.... L'état progressif est partout et pour tous les différents ordres de la société, l'état de vigueur et de la santé parfaite, l'état stationnaire est celui de la pesanteur et de l'inertie, l'état rétrograde est celui de la langueur et de la maladie » (Adam Smith). Cette citation de termes employés au figuré est non moins exacte dans son application à notre sujet, la géographie médicale.

En résumé, suivant Montesquieu, la nature et le climat dominent presque exclusivement les peuples sauvages, tandis que les peuples civilisés obéissent surtout aux influences morales. C'est dans le même sens que Voltaire disait : « Le climat a quelque puissance : le gouvernement, cent fois plus; la religion jointe au gouvernement, encore d'avantage. » Il s'agit ici surtout d'influences sociales, car en géographie médicale il faut renverser évidemment les termes de la progression. Du reste il ne méconnaissait pas l'influence prépondérante du climat celui qui les a résumées si énergiquement : « Il est certain que le sol et l'atmosphère signalent leur empire sur toutes les productions de la nature, à commencer par l'homme et à finir par les champignons » (Voltaire : Climat).

^ L'auteur des Rapports du physique et du moral de l'homme a donné plus récemment un brillant et solide développement à cette thèse qui n'a cessé de préoccuper et aussi de diviser parfois les médecins, les philosophes et les esprits pohtiques. De nos jours l'accroissement de nos connaissances en géographie médicale et en ethnographie permet peut-être de donner une forme plus positive au problème et d'en préparer la solution scientifique.

Il ne s'agit plus seulement d'opposer les unes aux auti'es les cinq grandes

parties de la terre, ni les trois ou quatre grandes races humaines, qui, comme nous l'avons vu, présentent cependant des contrastes si saillants et si étendus. Des différences très-sensibles se remarquent encore parmi les diverses ramilications d'un même tronc. Ainsi parmi les Blancs ou Aryens que de dissemblances. Comparez, en effet, à l'Européen policé, aux qualités éminentes de l'esprit, nonseulement nos frères inférieurs les Hindous déchus et énervés, mais les îlots de l'ace blanclie perdue au milieu des Jaunes, les Ainos poilus des Kouriles, les sauvages Miao-tse du sud-ouest de la Chine et les Galtchas du Pamyr ; et jugez de la distance qui sépare ces groupes émiettés et isolés de notre race des Indo- Européens les plus avancés.

Si vous voulez voir la différence qui distingue les peuples, sous le rapport de l'alimentation, par exemple, comparez le Samoyède et son renne avec le Bédouin arabe et son chameau : vous ne serez pas moins frappé si vous rapprochez la frugale sobriété de l'Hindou de l'insatiable capacité de son maître, l'homme de race anglo-saxonne, qui cependant est presque son frère suivant le langage. Combien encore diffèrent les populations phytophages , « les mangeurs de riz », d'avec les carnivores et les omnivores, les anthropophages, etc. Souvent c'est non-seulement le climat, mais le sol qui différencie le genre de nourriture : exemple le lœss du nord-ouest de la Chine qui nourrit ses liabitants avec du blé, tandis que le sud-ouest ne donne que du riz.

Des différences analogues sont données par le genre du vêtement et de l'habilion. L'homme use de tout comme matière vestimentaire depuis la feuille de vigne du Sauvage tropical jusqu'à la soie de l'Asiaticjue, et la peau de phoque de l'Esquimau : quant à sa demeui^e, hutte de neige ou de peaux d'animaux, cabane, palnis de marbre, trou foré dans la terre glaise, nid aérien de branchages, char roulant dans la steppe ou tente plantée comme l'oiseau sur un toit; tous ces modes divers de l'habitation constituent et révèlent d'infinies variétés d'existence parmi les hommes.

La bruyante activité de l'Européen ou du Yankee ne contraste-t-elle pas suffisamment avec l'insouciance de l'Asiatique (sauf le Chinois et le Japonais) et la , paresse native du Nègre? Sous ce rapport le Peau-Rouge, qui vit à côté de l'Américain du Nord, en diffère autant que s'il était situé aux Antipodes. D'ailleurs la chasse et la pêche sont les moyens les plus précaires de l'existence : les peuples pasteurs ont déjà plus de sécurité : mais la vraie prévoyance n'existe que chez les peuples agriculteurs et industriels. Des professions, des genres de travaux et des industries, des mœurs et coutumes, des religions, des aptitudes morales et sociales nous ne dirons rien, ce sujet trop vaste ne rentrant pas dans notre cadre.

Cependant il est facile d'imaginer la différence existant entre ce qui se passe dans le cerveau d'un des génies les plus sublimes de la race blanche et sous le crâne vide et ténébreux d'un Nègre australien. Même écart entre l'Européen gouverné librement par ses propres lois et le sujet du tyranneau du Dahomey, Quanta la morale, à la justice et aux principes qui doivent gouverner le monde, en parcourant la terre on a souvent occasion de vérifier la célèbre proposition : « Vérité en deçà, erreur au delà ».

On pourrait parler ici de la réaction de l'homme sur la nature physique, de l'intluence de ses grands travaux sur la géographie et de son rôle comme modificateur géologique et géographique : tracés de routes, creusement de mines, étabhssemeut dévoies ferrées, etc., mais la longueur inévitable de cet article

nous commande de sacrifier les parties du sujet qui intéressent le moins directement la médecine.

En dernière analyse de l'examen morphologique des parties solides du globe, des êtres animés et des hommes qui l'habitent, on peut conclure, d'une façon générale, que les grandes conditions qui font la fortune et la prospérité d'un continent, sont de divers ordres :

1» L'étendue et la configuration échancrée du littoral;

2° Les fleuves profonds, navigables et volumineux qui fécondent et sillonnent

le pays ;

3° Un climat favorable, élément indispensable (voîj. Climat).

4" Une race d'hommes actifs et intelligents qui pratiquent l'agriculture, l'industrie, le commerce ;

5" Enfin un concours de circonstances qui, à leur heure, font épanouir les fleurs et mûrir les fruits d'une haute civilisation.

Ces donnée^, de nature diverse, exercent une influence prépondérante, nonseulement sur la marche de l'histoire et de la destinée des peuples, mais elles se font sentir aussi sur les faits de la géographie médicale. C'est ce qu'on pourra constater dans la deuxième partie de ce travail.

8 II. IXosogéographîe ou géographie nosologîque : DISTRIBUTION Di:.s PRINCIPALES MALADIES ET DES GROUPES PATHOLOGIQUES SUR LE GLOBE. La HOSOgéo-

graphie constitue le corps même de notre travail dont les parties précédentes et subséquentes ne sont pour ainsi dire que les membres. Elle est donc le point capital de notre sujet.

Toutes les fois que l'on voudra acquérir des notions de détail sur la quantité et lu qualité, sur la distribution locale et particulière des maladies suivant les divisions politiques ou géographiques limitées, on devra consulter séparément chacun des articles répartis par ordre alphabétique dans le Dictionnaire des sciences médicales. On y trouvera de précieux renseignements qui sont le résultat de la méthode analytique. Mais à cet ordre d'études il s'agit maintenant de substituer la synthèse. Nous devons ici tracer sommairement les aires respectives des maladies sur la surface de la terre ; bref nous avons à dresser, à l'aide des données spéciales, une mappemonde nosogéographique à grands traits mais cependant parfaitement lisible, c'est-à-dire qui soit la reproduction complète du tableau actuel des espèces nosologiques sur le globe. C'est un coup d'œil d'ensemble, planant au-dessus de chaque contrée, de chaque localité, mais toutefois nous offrant le miroir fidèle de tous les districts ou territoires spéciaux où règne chacune des maladies de notre cadre nosographique.

Un inconvénient dont nous avons cherché à nous affranchir, c'étaient les répétitions. Quelques essais, rares à la vérité, de géographie pathologique, ont été tentés à l'occasion de certains articles de pathologie déjà parus dans ce Dictionnaire. Nous avons dû les respecter en ne les reproduisant pas, mais en les complétant toutes les fois que cela nous a semblé opportun. L'historique des maladies est du ressort plus spécial de la pathologie descriptive. Aussi ne figure-t-il que rarement au début de nos résumés nosogéologiques, et quand nous l'avons abordé, nous ne l'avons traité que dans ses côtés indispensables à notre point de vue. En un mot, en cherchant à éviter de grossir sans nécessité une œuvre déjà assez chargée de ses propres besoins, nous nous sommes efforcé de ne rien omettre d'indispensable dans l'exposition de notre sujet.

I. MALADIES ÉPIDÉMIQUES. A. Peste. Fièvre jauxe. Choléra. Typhus. Méningite cérébro-spinale épidémique.

Peste. Il serait infructueux de s'arrêter ici à discuter le plus ou moins de vraisemblance qui reporte l'origine de la peste aux époques de l'antiquité la plus reculée, jusqu'aux âges préhistoriques ou fabuleux. Il est possible, il est même permis de conjecturer, que la peste régnait à l'aurore de la civilisation chaldéenne, à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate où elle se montre encore non rarement aujourd'hui. Peut-être aussi la peste lîgura-t-elle maintes fois parmi les (( fléaux ou plaies » populaires dont il est fait si souvent mention dans les lointaines annales de l'Egypte. Si la nature de la célèbre « peste athénienne ï décrite par Thucydide doit demeurer absolument indécise, de même en est-il à plus forte raison de ces primitives épidémies qui ne nous ont été transmises que par les vagues rumeurs de la légende ou de l'histoire.

Un passage de Rufus, rapporté par Oribase, prouve l'existence de la peste épidémique avant ou vers le commencement de notre ère dans les régions précitées de la Lybie, de l'Egypte et de la Syrie. De 531 à 580, la grande épidémie pestilentielle, dite peste de Justinien, envahit tout le monde alors connu. Partie de Péluse, elle frappa Alexandrie et la côte septentrionale d'Afrique ; partie en même temps de Palestine et de Syrie, elle atteignit en 543 Constantinoplc qu'elle ravagea; en 545, l'Italie; en 545, les Gaules; en 546, la Germanie; eu 556 clic avait parcouru l'Europe en majeure partie. Depuis elle fit retour trois fois à Constantinople.

La peste épidémique du quatorzième siècle nous est connue sous les noms de « mort noire, grande mort. » D'après Haeser {Geschichte d. Medizin, III, 1879), partie de la Chine ou de l'Inde, elle apparut en Boukarie, en Tartarie, dans le pays de Kiplschak, entre l'Oural et la mer d'Azov, à Tana sur le Don, vers 1346, à Couffa, en Crimée, et à Constantinople. Presque simultanément l'épidémie marchait parle Hérat, l'Arménie et l'Asie Mineure vers la Méditerranée. Enfui elle aurait suivi une troisième route par Bagdad, l'Arabie, l'Egypte et le nord de l'Afrique. De 1547 à 1348 elle envahit successivement Constantinople, Gênes, Chypre, la Grèce, la Sicile, la France; en 1348, l'Espagne, l'Angleterre, la Norwège, la Dalmatie, le Jutlaud; en 1549, la Carinthie, la Suisse, l'Allemagne, lij Pologne; en 1550, la Russie.

Pour avoir une idée de la mortalité occasionnée par la mort noire il suffit de savoir que, d'après Haeser, les contrées suivantes perdirent plus du tiers de leurs habitants : le sud de la Russie aux environs de la mer d'Azov, la Caucasie, l'Arménie, l'Asie Mineure, la Syrie et le Delta égyptien, la majeure partie de la [)éninsule des Balkans, la plupart des îles de la Méditerranée, l'Italie moins le Milanais, l'Espagne moins l'Aragon, la France, l'Angleterre (moins l'Ecosse et l'Irlande demeurées indemnes), la Pologne, le Jutlaiid avec le Schleswig, le Ilolstein et quelques grandes villes de Russie. Les villes les plus cruellement frappées furent Tana et Gouffu en Russie, près la mer d'Azov; Sarai sur le Volga; Kiev, Ghuhow, Bagdad, Alep, Gaza, Le Caire, Constantinople et Scutari, Syracuse, Catane, Messine, Naples, Spalatro (Dalmatie), Sienne, Florence, Bologne, Pise, Modène, Parme, Venise et Trieste, Gênes, Marseille, Arles, Barcelone, Valence, xMalaga , Almeria, Cadix, Saragosse, Narbonne, Avignon, Paris, Reims, Rouen, Amiens, Londres, Norwich, Bristol, Glocester; en Danemark, Aalborg, Âarhaus, Lubeck ; en Allemagne, Dantzig, Erfurt, Francfort, Stiasbourg, Ulm, Bàle, Vienne, etc.

GÉOGRAPHIE MÉDICALE. iGl

De 1555 à 1490, la peste à bubons, succession moins foudroyante et moins mortelle sans doute que la peste dite mort noire, sévit successivement sur la plus grande partie de l'Europe; de 1553 à 1365 en Allemagne, en Italie, à Avignon, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Russie, en Pologne, en Prusse : de 1363 à 1386, en Allemagne, en Russie, en Angleterre, à Gonstantinople, dans le sud et l'ouest de l'Europe. De 1395 à 1424 la peste régna en Allemagne, en Espagne, en Islande, en Russie, principalement de 1426 à 1477 : en 1438-39, en Allemagne, surtout à Erfurt et Nordhausen et à Ferrare en Italie : en 1442-43 à Pleskov, en Russie. De 1448 à 1452 elle sévit en Espagne, à Saragosse et Barcelone, en Italie à Milan : enfin de 1457 à 1490 la peste apparut de nouveau en Espagne, en Allemagne, en Russie, en France, en Angleterre et en Italie.

De 1500 à 1850, c'est-à-dire dans un laps de trois siècles et demi, la distri bution géographique de la peste, mieux connue et précisée par les écrits médi eaux, se répartit ainsi qu'il suit.

Le nord de l'Europe fut visité par la mort noire et la peste qui demeura en permanence en Europe pendant le quinzième siècle. Depuis la peste pénétra jusqu'au delà du cercle polaire, à la hauteur de Tromsoë, et sur les rivages de la mer Blanche. Cependant elle ne paraît pas avoir jamais atteint les Lapons et les Samoyèdes. Il n'est pas très-certain qu'elle ait régné en Islande. En général elle n'a point atteint le cercle polaire, sauf la pointe qu'elle a poussée en Scandnavie une seule fois. En Suède elle apparut eu 1651 et eu 1710; elle se montra dans le sud à Carlskrona, à Stockholm et plus au nordàUpsal, près du 60^ de^ré latitude nord. De même elle a peu régné en Finlande et dans le nord de la Russie : elle n'a jamais aimé les contrées froides et elle n'y est apparue que par accident.

Le Danemark la vit en 1625 à Copenhague, puis en 1634, puis de 1650 à 1664, à Copenhague, puis en 1711, époque à laquelle elle se répandit dans tout le royaume ainsi que dans le Schleswig-Holstein. On ne l'a plus signalée depuis sur le territoire danois.

Depuis le commencement du seizième siècle la vaste Russie a compté bien des

irruptions de peste, surtout dans ses territoires méridionaux et centraux. En

1506 elle apparut à Pleskov ou Pskov, par le 57« degré latitude nord, puis en

1521-1522, et 1545; en 1661, à Novgorod en même temps qu'à Pleskov; en

1568 à Polotsk, à Zuky, à Toropetz à Smolensk, etc.; en 1584-1598 elle sévit

encore Pleskov, Ivangorod, en 1602, à Smolensk, en 1606, à Novo^orod, en 165i

à Moscou, en 1655 à Riga, en 1657 en Crimée et à Pérékopp; en 1737-1759

elle était à Otschakov, en 1758-1739 elle ravagea terriblement l'Ukraine la Bes-^

sarabie et s'étendit jusqu'aux bouches du Don; elle atteignit la petite Russie et

Pultava. En 1769 elle régnait en Podolie et Volhynie : en 1770, elle existait à

Bender, à Kiev, à Nischine, etc. En 1770-1771 elle ravagea Moscou dans une

épidémie restée célèbre : puis elle frappa Kiev, le sud de la Russie la Crimée •

en 1775, elle était en Bessarabie, en Grimée, en Ukraine, à Taganroo-, à Kislar

et à Mondok sur le Térek, en 1783 à Kerson. Enfin on l'a signalée de' nouveau

à Moscou, à Kerson, en Volhynie en 1797-1798, dans les provinces voisines du

Danube, en 1828-1829, en Bessarabie en 1812, 1819 et 1824; en 1819 '

Odessa. La Géorgie et le Daghestan furent visités en 1815; StàYropol et Niko-

laiesk, en 1815 et 1816 : enfin en 1826 elle se montra à Erivan dans la Russi"

transcaucasique. Ainsi c'est dans le sud et surtout dans le sud-est de" 1

mCT. ESR. 4' s. VIII. ..

Russie que la pesle est apparue eu dernier lieu, dans le premier quart de ce

siècle.

La Pologne (jui formait un état indépendant aux époques que nous envisageons, fut terriblement éprouvée par la peste, surtout dans les dernières décades du dix-septième siècle. Les principales épidémies de Pologne eurent lieu en 1590, en 1610, en 1612, en 1051, en 1679 en Lithuanie, en 1707, à Gracovie;en 1708, à Varsovie, à Cracovie ; en 1756 en Pologne dans plusieurs lieux. Lu Pologne fut encore visitée par la peste en 1764, en 1770, en 1798 probablement pour la dernière fois.

L'Angleterre proprement dite n'a {)as été épargnée par la peste, qui s'est montrée fort rare du reste en Ecosse et en Irlande. En 1545 et 1548 nous la trouvons à Londres, ainsi qu'en 1565, en 1564, 1593. En 1598-1599 elle envahit de nouveau Londres , puis Leicester, le pays de Galles, Kendal, Richmond, Carlisle, Pensith, Litclifield : Londres fut de nouveau atteinte en 1603, 1611, 1625 et 1627 avec Cambridge; en 1656 elle existait à Londres. Enfin en 1644 et 1650 elle apparut en Irlande : en 1654 elle régna en Angleterre, à Ghester ; en 1661-1604 à Londres, à Kent, dans le Sussex, le Hampshire, le Dorset, l'Essex, le Suffolk, le Norfolk, le Warwick, le Derby. On ne l'a guère signalée comme épidémique en Angleterre depuis la fm du dix-septième siècle.

La Hollande compte un certain nombre d'épidémies de peste qui sont : celle de 1624 qui sévit surtout à Rreda, celle de 1625 à Amsterdam, celle de 1634 à Lcyde et dans presque tout les Pays-Ras. C'est en 1634 que Nimègue fut ravagée par une épidémie mémorable. Nous retrouvons la peste en Hollande en 1336, à Leyde en 1655 ainsi qu'à Amsterdam, eu 1661 et 1665, à Amsterdam apportée, dit-on, de Smyrne. Elle régna encore en Hollande, à Leyde en 1664-1667, en 1677, époque à partir de laquelle la peste semble disparaître des annales pathologiques de ce pays.

La Belgique a vu quelques légères épidémies de peste, mais elle a été relativement fort épargnée dans la période de 1500 à 1850. Il n'en a pas été ainsi de l'Allemagne qui compte un si grand nombre d'invasions pendant cette époque. En 1500 et 1505 la peste règne un peu partout en Allemagne, dans le Brandbourg, en Souabe, à Saalfeld; en 1506 et 1507 à Cologne, eu 1508 à Zittau, en 1517 à Erfurt, en 1509 dans l'Allemagne méridionale, dans le Wurtemberg, à Ulm, à Augsbourg, en Saxe; en 1520 à Leipzig et Géra; en 1521 à Zittau, en 1522 à Altenbourg, à Géra; en 1550 à Tubingue, à Weimar, en 1532 et 1533 à Nuremberg, àBamberg, en 1534-1535 à Nordlingen, Wittenberg, à Weimar, à Altenbourg, à Saalfeld, en 1543 à Weimar, Leipzig, Lubeck, Dresde, en Souabe; en 1531 et 1552 à Stugardt, Tubingue et Wittembreg, en 1555 à Zittau, en 1565 en Thuringe, à Nuremberg, à Augsbourg, en Autriche et en Styrie, en 1564 à Cologne et à Augsbourg qui, cette fois, fut terriblement ravagée par l'épidémie. A la même époque furent atteintes Vienne, Dantzig, Strasbourg et Heilbronn. La peste apparut en 1565 à Lubeck, à Hambourg, en 1566 à Tubingue, en Saxe, en 1578 à Arnstadt, en 1582 sur le Rhin supérieur, à Strasbourg, dans le Wurtemberg, à Gotha, à Arnstadt, à Weimar, à Erfurt, à Nordhausen, en 1558 à Zittau, en 1586-1587 à Leipzig, à Heilbronn, en 1590 dans le Rrwnswick, en 1591 à Géra, en 1596 à Hambourg, en 1597-98 en Thuringe, en 1605 à Hanau, Nuremberg, Mayence, Heilbronn, en 1607 et 1613 en Thuringe, à Augsbourg, en 1609 à Tubinge, en 1610 en Wurtemberg, en 1611 à Zittau, de 1631 à 1649 en Thuringe et dans plusieurs autres contrées d'Aile-

magne. Ainsi en 1626 nous trouvons la peste à Rostock, à Brème, à Berlin, à Leipzig, à Dresde, à Brunswick, à Erfiirt, à Strasbourg, en 1626 à Nonlhausen, eu 1629 à Schafhouse, Ratisbonne, Prague, en 1634 en Wurtemberg, à Ulm. La peste est encore signalée en Allemagne en 1654 et 1657, dans le Hanovre et le Brunswick, en iG66 dans le Palatinat, dans l'Oldenbourg, en 1679, en Silésie, dans le Braudbourg, à Magdebourg, à Brunswick, à Dresde, à Leipzig, à Altenbourg, à Bamberg, à Nuremberg, à Ratisbonne, à Ingolstadt, à Ulm, à Stutlgardt, à Tubingue, en Bohême et en Moravie. En 1680 la peste régnait en Thuringe, à Leipzig, à Meissen, en 1681 en Saxe et jusqu'à Helmstadt; en 1707 elle visita la Silésie, la Prusse, Thorn, la Poméranie ; en 1709 elle existait à Dantzig, à Posen, à Breslau ; en 1711 près de Francfort, à Hambourg, dans le Hanovre, enlîn à Nuremberg en 1715.

Cette longue énumération fait pressentir l'importance que prit la peste en Allemagne , pendant les seizième et dix-septième siècles ; cependant elle n'y frappa jamais de coups aussi terribles que dans plusieurs autres pays ; elle s'y concentra en quelque sorte et beaucoup de petites épidémies, notamment durant le seizième siècle, paraissent être des récidives ou des revivifications produites sur le sol allemand lui-même.

La France a été éprouvée par de mortelles irruptions de peste durant les seizième et dix-septième siècles ainsi qu'au commencement du dix-huitième. En 1550 la peste régnait à Paris : en 1554-1555 à Narbonne, en 1542 en Lorraine, en 1552 à Paris, en 1565 à Toulouse, à Poitiers; en 1027, nous la retrouvons en Lorraine; en 1626 à Toulouse; en 1628 à Dijon, à Lyon, à Yillefranche, à Toulouse, à Narbonne, à Perpignan; en 1629, à Digne, à Montpellier, à Paris. En 1661, elle régna dans l'ouest de la France, en 1066 en Alsace. Enfin en 1720-1721, elle ravagea Marseille, Toulon, Aix, Arles, Tarascon; elle avait enlevé le tiers ou le quart des populations de la Provence. Telle fut la dernière épidémie de peste en France, non sa dernière visite, car de 1821 à 1857, elle a été importée une dizaine de fois au lazaret de Marseille où elle s'est éteinte la plupart du temps à l'insu des habitants.

La Suisse n'a éprouvé que d'assez rares invasions de peste. Nous avons vu que Lausanne avait reçu plus d'une fois la maladie provenant d'Allemagne. En 1542, la peste régna à Genève; en 1552, à Bàle; en 1564, à Bâle et à Fribour"-; en 1576, à Bâle; en 1577, à Berne; en 1605, à Bâle ainsi qu'en 1609; en foiO, en Suisse dans plusieurs localités; en 1615, à Lausanne; en 1628, à Genève et en 1666, en Suisse. D'après Mallet qui a relevé exprès les dates des épidémies de peste pour la seule ville de Genève, la peste fut constatée dans cette ville pour la première fois en 1012 (?), puis en 1549, en 1459, 1475, 1480, 1482, 1490, 1492, 1495, 1508, 1520, 1528 et 1529; en 1550,1542, 1543, 1545,enl568! 1569, 1570 et 1572; en 1598, en 1615 et 1616; en 1628 à 1651, en 1636 et 1640. Depuis 1640 elle n'aurait pas reparu à Genève, mais elle sévit en 1664 à Vevay, en 1667 à Boezberg et en 1658 à Umichen. On voit parla statistique d'une seule viHe comme Genève, combien dut être fréquente la manifestation de la peste dans la période qui nous occupe de 1500 à 1800.

L'Espagne eut la peste en 1500 et 1502 : elle se montra en Cataloo-ne en 1501 • en 15iô à Valence, dans l'Aragon, à Lisbonne. De 1525 à 1524 elle sévil à Majorque, à Valence, à Séville; en 1564, à Barcelone, à Saragosse ; en 1596, en Biscaye et dans les Castilles ; en 1598, à Madrid; en 1647 et 1652, elle apparut à Valence, cà Alicante, à Garthagène, à Cadix, à Séville, à Gordoue, à Murcie, à

Antéquerra; en 1678, à Malaga, à Anléquerra, à Murcie, à Carthagène, à Grenade, à Velez, à Ronda ; en 1705, à Malaga; en 1708 et 1711, à Grenade, à Séville, et dans l'Espagne méridionale; en 1741, elle apparut à Ceuta, et en 1820 à Majorque, qui fut ravagée par une dernière mais très - meurtrière épidémie; mais c'est là une erreur de diagnostic, car c'est bien la fièvre jaune venue de Catalogne, non la peste, qui dévasta Majorque et notamment Palma en 1820-1821. D'ailleurs les Baléares ont été cruellement éprouvées par les irruptions nombreuses de la peste pendant les trois siècles qui ont précédé le

nôtre.

L'Italie qui fut la première à recevoir la grande pandémie de la mort noire, fut visitée fréquemment plus tard par la peste qui y sévit de 1532 à 1553, à Venise; en 1552, à Messine; en 1555, à Padoue. Après un court intervalle, la maladie se-montra en 1575 à Palermc, à Messine; en 1576, elle envahit la Haute-Italie, Trente, Vérone, Venise; en 1576-1577, Padoue, Crémone, Pavie, Pise, Terracine; en 1577, Vicenze, Milan. En 1620, elle apparut à Milan; puis en 1629, à Gènes, Savone, Venise et Milan dont la meurtrière épidémie est restée célèbre dans la littérature italienne. En 1647-1650, elle se montra en Sardaigne ; en 1655 et 1657 elle se propagea de Malte à Naples, à Rome, à Gênes; en 1669 elle était à Venise; en 1691, à Raguse, à Naples, à Pérouse : elle régna en 1705 en Sardaigne; en 1743, à Messine, à Reggio; en 1744, à Reggio et à Messine; en 1815, la peste faisait une dernière apparition à Malte qui fut ravagée ; en 1815 et 1816 elle fit de grands et soudains ravages dans la petite ville de Noja (province de Bari, dans le Napolitain).

Cette énumération, quoique fort incomplète des explosions pestilentielles dont l'Italie a été le théâtre pendant trois siècles, peut remémorer l'étendue et la fréquence des sévices dont a souffert la péninsule placée, par la nature de sa position géographique et de ses relations commerciales, au premier rang parmi les localités exposées à la contamination delà peste orientale.

La Grèce et les îles voisines, surtout celles de l'Archipel gréco-asiatique, ont reçu fréquemment la visite de la peste orientale. En 1590, 1661 et 1664, la Crète vit apparaître la peste ; en 1678 et 1685 ce fut le tour de Chypre ; en 1687, la peste était en Morée, à Corinthe, à Patras, à Lépante; en 1688 elle sévit de nouveau en Morée, à Céplialonie, à Calamata, à Modon, à Argos, à Négrepont, à Chio et dans plusieurs îles do, l'Archipel. En 1699, elle régnait en Achaïe, en Morée; en 1741, en Morée, dans l'Archipel; en 1743, à Patras, à Sainte-Maure; en 1816, elle apparut à Corfou, à Céphalonie, en Morée, en Albanie ; en 1826, à Modon et enfin en 1828-1829, à Navarin et dans quelques autres localités du Péloponèse.

L 'Austro-Hongrie compte un très-grand nombre d'épidémies de peste du seizième au dix-neuvième siècle. Voici les principales, outre celles qui ont été déjà signalées à propos de l'Allemagne et de la Bohême. En 1553, la peste régna en Hongrie et en Transylvanie: en 1561, en Bohême ; en 1576, en Transylvanie, en lllyrie; en 1628, à Vienne; en 1654, en Hongrie, à Presbourg ; en 1655, à Vienne, à Grâtz ; en 1677, en Hongrie : en 1679, à Vienne, en Hongrie, en Styrie; en 1682-1683, enStyrie; en 1691, en Dalmatie ; en 1692, àPesth, à Vienne; en 1707 en Hongrie, à Szegedin; en 1708, en Bohême et en Moravie; en 1709, en Hongrie, à Pesth;en 1710, à Littau, en Transylvanie, à Hermanstadt, en Styrie, en Hongrie; en 1711 et 1715, en Bohême, à Prague, en Moravie ; en 1713, à Presbourg, en Carinthie, en Hongrie, sur les bords delà Leitha, à Vienne et dans

la Basse-Autriche, o.n Styrie, à Grâtz; eu 1715, en Moravie et en Bohême; en 1717-1718, en Transylvanie; en 1738, elle reparaissait en Autriche et en Hongrie» à Temesvar, à Pesth, à Vienne; en 1759, elle ravageait la capitale de l'Autriche et la plaine entre Danube et Theiss; en 1740-1743, elle régnait en Hongrie, à Pesth; en 1750, en Transylvanie, dans le Banat et à Temesvar; en 1762-1763, elle occupait encore les dernières localités; en 1786 et 1795, elle sévit en Hongrie sur plusieurs points, notamment entre la Drave, la Save et le Danube; en 1797-1798, en Hongrie en en Bukovine. Enfui en 1815, on constatait la peste en Bosnie, en Dalmatie, en Istrie, à Fiume, etc.

Les provinces danubiennes proprement dites (Boumanie comprenant la Valachie et la Moldavie, la Serbie, la Bulgarie, etc.) ont été l'un des pays les plus souvent envahis par la peste qui pénétrait en Occident par la grande artère du Danube. Les principales épidémies de ces contrées sont : celle de Serbie eh 1671, qui se répandit en Albanie ; celle de 1749, en Moldavie et en Valachie ; celle de 1755, en Moldavie; celle de 1755 à 1757, en Valachie et Moldavie; celle de

1758, à Bucharest ; celle de 1762-1763, à Widdin, à Orsova, à Belgrade, en Valachie; celle de 1765, en Serbie et en Bosnie; celle de 1764, dans les mêmes provinces ; celle de 1768, en Valachie ; celle de 1770, à Bucharest, à Jassy ; celle de 1775 en Moldo-Valachie ; celle de 1795, en Serbie et Bosnie; celle de 1797- 1798 et de 1799 en Moldavie. Enfin dans le présent siècle l'on compte les épidémies de 1815 à Bucharest, et celles de 1827-1829 qui ravagea la Moldavie, la Valachie et la Bulgarie.

La Turquie d'Europe a été l'un des premiers et l'un des derniers foyers de la peste sur notre Continent. Dans l'impossibilité d'énumérer toutes les invasions du fléau, voici les principales avec les localités frappées pendant trois siècles et demi.

En 1550-1555, en 1538-1559, en 1541, en 1564, en 1575, en 1599, en 1609, en 1610-1612, en 1656, en 1647 la capitale Constantinople fut visitée par la peste. Celle-ci régna de nouveau en plusieurs endroits de la Turquie en 1654; en 1662-1665, aux Dardanelles, dans le golfe de Lépante, enMorée, sur lescôtcs d'Achaïe ; en 1671, en Albanie; en 1674 à Constantinople, à Andrinople ; en 1671-1672, sur le littoral de la mer Noire et de la mer d'Azov; en 1077, sur plusieurs points de la Turquie d'Europe ; en 1680 et 1085 à Constantinople; en 1686, à Constantinople et à Andrinople; en 1689, en 1698, en 1699 et 1700, 1702, 1704, 1718, à Constantinople ; en 1741, en Bosnie; en 1747, 1751,1756,

1759, à Constantinople; en 1777, à Constantinople et dans une partie de là Roumélie; de 1785-1785, de 1791 à 1794 à Constantinople, ainsi qu'en 1797- 1798; en 1805 à Salonique, en général dans la majeure partie de la Turquie d'Europe, en Syrie, en Thessalie, à Belgrade, etc. L'épidémie de Constantinople de 1812-1815 enleva, dit-on, jusqu'à 31)0 000 habitants. En 1814-1815, la peste contmua de sévir à Constantinople et en Roumélie ; en 1816, elle ravagea nonseulement Stamboul, mais Péra, Buyuk-Déré et les rives du Bosphore; en 1818- 1819, en 1826, elle frappa toujours Constantinople ; en 1829-1850, elle sévit à Andrinople et dans la vallée de la Maritza jusqu'à la mer ; en 1828, 1831 1854 1856 elle régnait à Constantinople; en 1857, elle envahit toute la Roumélie, la Lulgane, frappa surtout Andrinople, Roustchouk, et en 1839 elle sévissait épidémiquement encore à Varna, Silivri, tout en ne dépassant pas la rive droite du Danube.

L'Asie antérieure que nous examinerons seule pour le moment, n'offre qu'une

littérature médicale très-incomplète sur la distribution géographique delà peste épidémitjue. En voici les principales mentions.

En 1576-1577, la peste régnait dans la Turquie d'Asie ; en 1589, à Tripoli de Syrie; en 1600, à Alep; en 1689, à Smyrne et à Chio; en 1699, à Smyrne ; eu 1704, à Tokat; en 1706, à Tarsous et à Eregli ; en 1718, à Smyrne, à Chio, dans plusieurs îles de l'Archipel, à Metelin, à Samos; en 1718 aussi à Chypre, à Lattakié; en 1719, à Alep. De 1728 à 1771,1a seule ville de Smyrne compte au moins une dizaine de grandes épidémies. En 1728, la peste sévissait à Smyrne, Beïlan, Alep ; en 1729, elle envahissait toute la Syrie; en 1752, elle existait à Akka, à Naplouse, à Rama; en 1733, à Alep; en IIM, en plusieurs points de la Syrie; en 1742-1744, à Alep , en 1759, en Asie Mineure, à Chypre, dans plusieurs îles de l'Archipel, en Syrie à Sidon, Akka; en 1760, à Chypre, à Larnaka et Famagoiiste, en Syrie à Lattakié, Tripoli et Jérusalem; en 1760-1762, à à Damas et surtout à Alep qui fut fort maltraitée par une grande épidémie ; eu 1761, la peste apparaissait à Urfa, à Adana, à Marasch; en 1765 à Marasch, puis à Alep; en 1773, à Diarbékir, d'où elle gagnait la Mésopotamie jusqu'à Bagdad et Bassora; en 1774, elle sévissait toujours en Asie Mineure, à Alep en 1780, en 1784 à Beyrouth; en 1799, sur plusieurs points de la Syrie ; en 1804, àBayazid; en 1912, à Trébizonde; à Sinope et vers l'ouest de l'Anatolie; en 1812-1813, à Tokat, à Amasia, Mersiwan, jusqu'à Brousse, et à Kabisly sur le littoral de la Marmara. D'un autre côté, la peste sévissait à Smyrne en 1812, ainsi qu'à Chypre; en 1814, à Smyrne, à Tiflis; en 1815, à Smyrne, en Crète, à Chypre; de 1814 à 1817, à Trébizonde et aux environs; en 1821, à Erzeroum; en 1824, en Arménie, entre Trébizonde et Erzeroum; en 1826-1828, à 3Iossoul, Diarbékir, Urfa, Alep ; en 1827, à Erzeroum et aux environs ; en 1827-1828, à TripoH de Syrie et sur plusieurs points de la Syrie, à Damas, à Béquâ, à Déir-el-Kamar ; en 1830-1831, à Beyrouth, à Smyrne, à Bagdad, à Chypre, à Trébizonde ; en 1852, à Bagdad, Bassora, Arbelès, Koï ; en 1833 à Smyrne; en 1854, à Jérusalem; en 1854-1835, à Trébizonde; en 1857, à Adana; à Smyrne; en 1837-1838, à Erzeroum; en 1858, à Beyrouth, à Limasol, à Larnaka, à Bethléem, à Nazareth, à Jérusalem; en 1858, à Sivas; de 1840 à 1841, à Erzeroum; eu 1841, dans plusieurs vallées du Liban, jusqu'à Mazzra, à 5000 pieds d'altitude.

Relativement aux grandes pestes du Kourdistan et de la Mésopotamie, Tholozan a fait remarquer que l'on en compte trois principales dans les deux derniers siècles; celles de 1775 partie de Diarbékir et allant jusqu'au golfe Persique ; celle de 1800 moins étendue et celle de 1831 qui se propagea aussi jusqu'au golfe Persique. L'origine de ces grandes pestes paraît être exotique : leur marche eut lieu invariablement du nord au sud, c'est-à-dire de la source vers l'embouchure des rivières, du Tigre et de l'Euphrate (Tholozan, Histoire de la peste bubonique en Perse et en Mésopotamie. Paris, 1874). D'après d'autres informations, en 1831, la peste fut importée de la Perse, par Haneguine, Souleïmané et Revendouz, dans l'Irak-Arabi et dans la Mésopotamie qui en fut totalement envahie. Bagdad perdit le tiers de ses habitants (Bartolletti).

Nous ne connaissons que très-peu de choses sur le règne de la peste dans les contrées étendues qui forment l'empire persan. On signale son existence en 1666 à Jspahan, en 1686 à Schammagie (?). Suivant Tholozan, la peste n'aurait pas atteint Ispahan, ni Téhéran; elle n'aurait pas dépassé Kaswin, à l'est : on l'a observée vers le sud à Kirman où elle a régné en 1828 et 1829, ainsi qu'à Kerint dans le voisinage de la Mésopotamie. D'autres renseignements établissent

GÉOGRAPHIR MÉDICALE. 1 ' <

l'existence de la peste épi(lémi.|ue à Kaswin, dans l'Azerbaïdjan persan eu ih%, ainsi qu'à Bagdad et dans tout l'Iiak-Arabi ; en 1775-1784, la peste est signalée tu Perse, à Kermanchali et Souleïmauié sur la frontière turco-persaiic, d'où elle se propagea à Bagdad, mais elle s'éteignit bientôt (voy. La pede en Mésopotamie, par Arnaud, 1880, Constantinoi)le ; historique d'après les documents puisés dans les Archives du résident d'Angleterre à Bagdad).

Ce qui ressort nettement de ce qui précède, c'est que probablement au moms la Perse a été visitée par de nombreuses irruptions de peste bubonique; mais que les renseignements précis font presque totalement défaut là-dessus, aussi bien pour la moitié de ce siècle que pour les périodes plus reculées.

Les mêmes réflexions s'appliquent à plus forte raison à l'Arabie. A part la grande épidémie du quatorzième siècle, on n'y signale qu'une meurtrière irruption qui en 1815 enleva le sixième de la population des villes du Iledjaz, Yambo, Djeddah et La Mecque. La maladie aurait de nouveau sévi à La Mecque en 1832, importée de Perse. En 1855, la peste fut importée de Suez au Hcdjaz, mais on ajoute qu'elle ne fit que peu de progrès à Yambo , Djeddah et la Mecque.

En revenant sur nos pas, de l'Asie antérieure vers l'Occident, nous trouvons la lisière septentrionale de l'Afrique méditerranéenne où la peste a si souvent et si violemment exercé ses sévices. De 1552 à 1784, on ne compte pas moins de 26 grandes épidémies sur la côte nord de l'Afrique. Commençons par l'Egypte, terre classique de la maladie.

En 1564, la peste existait à Alexandrie ; en 1572-1575, à Alexandrie, au Caire, àDamiettc, à Rosette et d'autres points de l'Egypte; en 1580-1581 au Caire, qui fut alors ravagé par une grande épidémie de peste. En 1655-1654, la peste apparut de nouveau en Egypte, au Caire, à Rosette ; en 1055-1656, à Alexandrie; en 1687, au Caire une seconde fois ravagé; en 1699, à Alexandrie; en 1701, au Caire et à Alexandrie; en 1705, en divers lieux de l'Egypte; en 1712, 1717, 1726, 1751, 1735 et 1756, au Caire; en 1741 au Caire et sur d'autres points; en 1752, en plusieurs endroits; en 1757, au Caire ; en 1759, au Caire, à Alexandrie, à Rosette, à Damiette; en 1784, au Caire et à Alexandrie; en 1788, en Egypte; en 1790-1795, au Caire; en 1798, à Alexandrie, à Damiette, à Rosette; de 1798 à 1800, en Egypte sur plusieurs points. La peste sévit encore en Egypte à Damiette et dans la Haute-Egypte en 1800-1803, et elle s'avança jusqu'en Nubie vers 1801 ; en 1804, elle régnait toujours en Egypte et s'étendit vers 1810-1811 de Burlos à Syène, et d'Alexandrie à Suez. En 1812-1815, elle sévit au Caire; en 1815, à Alexandrie; en 1814-1815, au Caire; en 1823, au Caire, à Boulak, à Ghizeh; en 1825, en plusieurs endroits; en 1854-1855, à Alexandrie; en 1854, au Caire, à Mansourah; en 1855, à'Alexandrie, au Caire; elle envahit alors l'Egypte jusqu'à Sakkara et Suez ; en 1857, la peste ravagea encore l'Egypte ; elle sévit à Damiette en 1841, dans le Delta, au Caire; en 1842, elle était encore à Damiette; enfin elle disparut totalement, dit-on, du sol égyptien, en 1844-1845. Cependant des cas isolés de « fièvre bubonique pestileiitielle », apparaîtraient toujours de temps à autre sur le Delta égyptien (docteur Hartmann) . On connaît peu la liste des épidémies de peste qui ont fréquenté les rivages de l'Afi'ique méditerranéenne entre Alexandrie et Alger. La peste est signalée à Tripoli (de Barbarie) en 1701, à Tunis en 1705 et en 1784, ainsi qu'en 1796 et 1797; en 1818-1819, à Tunis; en 1837, à Tripoli. La peste épidémique régna, dit-on, en Algérie 125 ans avant Jésus-Christ. De

1552 à 1784, on compte au moins 26 grandes irruptions pestilentielles sur le sol algérien; elle régna en Algérie et à Alger 9 à 10 fois de 1 >52 à 1649; en 1661, elle était à Biskra et dans le sud de l'Algérie; en 1678, 1699, 1752, 1758, à Alger, à Tlemcen ; de 1740 à 1786, elle apparut 4 fois à Alger ; en 1786, elle régna àBône, à Alger, à Constautine; en 1787, à Alger; en 1795-1795, à Alger et à Constantine ainsi qu'en 1796-1797; en 1817-1819, elle se montra encore à Alger, à Oran, à Bône; en 1818, à Constantine; en 1856-1857, elle apparut dans la région des dattes, et depuis elle n'a plus été signalée à l'état épidémique en Algérie.

La peste épidémique se serait montrée plus rare au Maroc ; mais cela ne tient-il pas au manque de renseignements? En 1602 et 1665, on signale la peste vaguement en Barbarie; en 1678, au Maroc; en 1699, à Ceuta et en Barbarie: en 1742, au Maroc; en 1750, à Fezetà Tanger; en 1787, au Maroc; en 1794, en Barbarie et au Maroc, à Mogador et à Tanger; en 1817, au Maroc, en 1818- 1819, à Tanger et dans plusieurs parties du Sahara. L'épidémie de 1818-1819 parait avoir été la dernière au Maroc.

Parmi les îles africaines de l'Occident, nous ne trouvons que les Canaries où il soit fait mention du règne de la pesle épidémique. Celle-ci y régna, toujours importée d'ailleurs, en 1512, en 1551, en 1552 (non en 1852, comme l'a fait ci'oire une erreur typographique) et de 1611 à 1616, date de la dernière épidémie qui y fut terrible, jusqu'à tuer la moitié des habitants des villes envahies. 11 ne s'est point confirmé que la peste ait jamais existé dans l'Archipel des îles du cap Vert.

Tel est le domaine, non très-étendu comme on le voit, que l'on peut assigner à la peste dite peste bubonique du Levant. Avant d'aborder la géographie de la peste de l'Inde et de la Chine, il nous reste n compléter la distribution géographique des apparitions de la peste levantine, durant les trente dernières années, de 1850 à 1880.

« La peste, à l'état sporadique, n'existe ni en Turquie, ni en Egypte, ni en Syrie : les rapports des médecins sanitaires français en Orient mettent hors de doute la non-existence de la peste dans le Levant. » [Rapport du Comité consultatif cVhijgiène publique de France, 1855.) On peut donc justement croire à celte époque à l'extinction du fléau oriental ; mais il n'en fut rien, comme va le démontrer le tableau chronologique ci-contre.

De ce tableau il résulte que de 1845 à 1856 la chaîne des épidémies ou des endémies de la peste se trouve rompue momentanément : de 1856 à 1867 on retrouve çà et là des chaînons épidémiques épars : mais de 1817 à 1880 les anneaux se soudent les uns aux autres à peu près régulièrement, sans grande discontinuité, et parfois même deux par deux et trois par trois. Après une période de calme relatif nous sommes donc revenus à une période d'activité du fléau oriental.

En résumé, l'aire delà peste fut jadis fort vaste : elle embrassait presque toute l'Europe, le nord de l'Afrique, la péninsule antérieure de l'Asie et probablement l'Asie du Sud et de l'Orient. Cette aire s'étendait du sud (Assouan 24 degrés) au nord extrême (la Scandinavie par le 60" degré) sur une zone de 55 degrés en latitude. De l'est à l'ouest, dans une extension encore plus vaste, elle a régné au moins quelquefois des rives du Pacifique à celles de l'Atlantique, du 12'' degré ouest au 120° degré est sur une marge longitudinale de 152 degrés, au niveau des latitudes tempérées. Jamais la peste ne fut constatée dans le nouveau monde,

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