t* OC te r
■^ >i L~~ Ci' oc Ci 0
3^ -• 0 :e :e c: r- Ci 1^ Ci
— 51 C oc t- -* :- 3^1 t- — ;- r- oc — ei 1- — Ci
Ci 1^ *^ -^ <:e *^ ce 1^ ce ^ oc 1- c ce îe ce c —
-" ce (N l-ï ©1 —
et
oc
0 te
et
00 (M tD U^ CO
te
i^ 00 C5 te c- "=■
oc te — n
■* 0 » eî
OC
ce
"M et 0 s^ an
0 l<^ -^ S^ IC I*
oc
= te
oc
io
te
te -- 0
oc X ï^ et
te
It
te
OC
te
et.
It
— — L.- s-1 oc
it
te 00 93 C5 0 :^ it to ^ 0 — 0
Pi
Ff
— ôc te oô
oc
oc
et oc
ce
ce
c>-^Of3^--*''^ocQOoo — cir-oosîtete^is^oote— 'Ci teteoieietece*^-*— 'teie-^oeoofMîf:!'^ ieiecô"^i^oci^r-cecececDro;';i-'-*iece-*»-«rier-r'i -^oci^^r^oc^cer-ceir, ^ter-iece-^ce
3>J S^ ©^ S^l 3-1 3-1 3^ 3^ 3-' 3>J 3^ S^* G"! S^ 3^ 3-5 3^ 3<ï 3^ 3^1 3-1 3^ S<1 3<1 3-1 3*1 3-1 5^ 3>l 3-1 3>3 rN 3*1 CM 3'> G-i 3>) 3^ 3>J T»
te te
— •ceoC'reieîeocDce*^3'iieie'**iecD — cir^cet- oot^o — les^'^-^.f^ceîeceteoa^Ciooo ooçcpciieciei-e'^"*rceoior--*i'teieteceocce-*ce> r^o — -*« i35*>'-*'«?'^ — -^leiL^îie-r-oco
"M G^ G-ï 3<l S-l Gl 3J 3^ 3^ 3-J 3^ g^ 3^ 3^ ?i G^ G^ 3^1 G'I G^ '^^^'^ gJ 3^ 3^ 3-i ei g>l G-i G^ 3'! 3^ G^ G^ 3^ G-' G<l G-l 3M G^
leceofMO — ■^r-''5^--otecir"Oco'?TOt:^oce'^ •«îi-e-^i^r^s^iee^Cicct-cite^i'î^t-oin
.0'-:*«*0 — GJ0 3-t-^S^3'l'^-**-*?'-"-^'î^-^te-r^— ie3-lOG^ieCi — '3-j:^3^i3^'r-i-^^-te:e(3Jie -M 55 S^ G^ 3^ Gl yï S^ Gl G<l 30 3-ï G» &» 3-1 «îl 9^ 3^ 3^ 3-1 G^a 3^3 G^ ©4 G^ (31 tM — 3-î 3-1 3-> 30 G^ 3^1 3-1 G^l 30 Gl 3^ GO
1- -« -r- ce t-î « l'^ t-T -» -5-1 t- oc o «g t2 ce o r~ 2 -5 îr 'j2 ^ûC)rDtei^;c-*t--tetc>-^;n-^ac*cteter-^;-*ce-s'
(M!N34f§î'>15J(fJ'M^tM(Ml?J!M<N5^<M^<M'nG^<M91
-^ oo -— c^ GO (M te GO
sjTt^ootOfMînt.'îffJOo r- o *n i^ t^ ce r- oc tt-- -.c
i- te jn irx f^ fs^
•N-^Qec©ceoeetooO'nt~ocjoo:^o;-?srte5jnoooo
eTtooî^oo-to'ceooo
et ->» 05
2 o ei
-«?cc(?3oo5-ietteet(?j — ^-?t*iC'—.^ooo;^G^cMceirt
te oc le oc
Î^OT-'-t-tCl^CDOO.!-
tO l^ iCl
es
côcNor-'^eiL.'î.^O'-etO'^î'Oseso'nteetceetco
ionii nie
: : i ■ i oj .s ^ i = i 1 £ « : = ,. -j .' -ë - s
c,-;i;ot:Ea:oS;oc-acjs&.s-cz-<cjc/;=5
•aao.M na •saavioia saavuojs •saNscarsoi saii 13 aanM
•3IHI..s;lH03
•gon? 13 .gjgyjay -aixoDyT -aisaîsaK la *î^"^^ aonosHY
es
•3S3WN0d013d
•saii
N. E. de la Grèce Continentale et, d'autre part, au S. du Péloponnèse, de sorte ([u'on y a deux grands foyers. Le premier de ces loyers s'étend sur la plus grande partie de la moitié orientale de la Grèce Continentale, ainsi que sur presque toutes les îles voisines (Eubi'e, Scopelos, Andros, Égine). Ses points les plus élevés se trouvent au midi de l'Eubée (Carystie 2!28) et en Mégaride (220j. Il paraît que toutes les Cycladcs auraient pu élre considérées comme formant une continuation de ce foyer, si l'on n'avait dans l'île de Syra la ville d Hermoupolis '21 5i0 habitants) qui, par suite de la grande mortalité infantile qu'on y observe, amène une prépondéiancc relalivenieut faible du nombre des naissances sur celui des décès (122 : 100).
Dans la Grèce Continentale, en dehors du foyer oriental, nous en avons un autre plus petit à l'ouest, autour de ia Tiicbonie [Ibo] et de la Doride (150). L'île de Cépbalonie située au voisinage piésenle aussi un degré élevé (154) sous ce rapport.
Le second foyer occupe la plus grande partie de la moitié méridionale du Péloponnèse (l'île de Cyllièrey comprise) en laissant en dehors les districts du Taygète et de Calâmes; son point le plus élevé se trouve sur la presqu'île du Malée (194).
Dans la plupart des districts où l'on remarque un excès considérable du nombre des naissances sur celui des décès, cela est dû, d'après ce que nous avons déjà vu, plutôt à une mortalité faible qu'à la natalité générale qui est très-peu élevée dans la plupart des pays grecs. Une natalité relativement forte exerce néanmoins en quelques districts une inthience assez grande, comme, par exemple, à Epidaure-Liméra, en Mégaride et à Naxos.
L'excès des naissances sur les décès se présente assez faible dans la plupart des contrées marécageuses de la Grèce, et beaucoup plus dans les districts des grandes villes, dont quelques-uns sont aussi exposés plus ou moins à une mflucnce meurtrière de la malaria (Patras, Calâmes, Lamia), tandis que la plupart ou en sont tout à fait libres (Athènes, llermoupolis, Tripolis) ou ne sont que peu exposés (Zante, Chalkis). Parmi ces districts, l'Attique, d'après les données statistiques, est impuissante à conserver sa propre population à cause de la supériorité du nombre des décès sur celui des naissances dans la ville d'Athènes, ce qui est cependant douteux et peut être dû seulement à l'inscription incomplète des naissances, d'autant plus que celte supériorité des décès est i'aible.
Bibliographie. — I. Démographie ancienne. — De Sainte-Choix. Recherc/ies sur la population lie l'Alticjue. la Méin. de l'Acad. des iiiscriplions, i'" série, t. XLVllI, p. 147, 17^5. — Letronne. Mémoire sur ta populalwn de VAllique, eic. Itjid., 2' série, t. YI, p. H)5-'220, 1816. DuREAu DE LA Malle. Exatiieii des causes gr'nérales gui chez les Grecs et les Uoinains durent s'opposer au développement de la population. Ibid., 2" série, t. XtY, p. o05, 1852. — Clinton. Extent and Population of Ancient Greece. Iii Fasli IJellenici, t. II, p. 472 à 526. Oxford, 1834. — Lœckii. Staatshaushaltung der Athener. lierlin, 2= édil., 1840 1851, 4 vol. — Al. MoiiEAu DE JoNNÈs. Statistique des peuples de l'Antiquité. Paris, 1851, in-8°. — K. DiMOXT. La population de l'Attique d'après les inscriptions récemment découvertes. In Journ. des savants, déc. 1871. — F.. RaiTO/îX'/î'- ^I-P' "^o" n^/jOdu; r&iv f/ji 'kzTi/.r,i zztoùwj- In « 'A6>3./>.ov », Revue d'Athènes, t. III, p. 91, 1874-1875. — Du siêjie. lUpi toO :r;>i6ou; tûv t>î; àp;/atx? '£//âào4 /aroiV.w;. Ibid., t. IV, p. 421 rt siiiv., 1875-1876, et t. V, p. 111 el suiv., 1876-1877. — Hexrv Uoussaï. Mémoire sur le nombre des citoyens d'Athènes au cinquième siècle avant l'èie chrétienne. In Annuaire de l'Assoc. pour l'encouragement des études grecques en France, p. 65-87, XVI» année, 1882.
II. Démographie moderne. — Publications officielles. — 1. Recensements. — I.Soûtïo;. Ui-yie-j^/xài Toû £tou5, 1861. '£v 'Afl-^vai;, 1862, in-4°. —A. MKvc-Q/«i. na>jâuiy/Aà(;, 1870. Ibid., 1872. — Dd même. n;./;9uî/xo5, 1879. Ibid., 1881.
2. Mouvements de la population. — A. Mavffi/a;. iciV/iît; toD iiAvjâuT/AoO, 1860-1861. iv
'Aevivat;, 1862, in-4'. — Do même. Kt'v. toD uj... 1865, 1F66 et 1867. Ihid., 1869. — Do même. Kiv. zo-j t:).., 1868 et 1869. Ibid., 1871. — Du même. Ktv. roJ :r).., 1870, 1871, 1872, 1875. Ibid., 1776. — De même. Kh. toû ti),., 1874 à 1879. Ibid., 1874.
monographies. — I. \;xiyi).).oci. Tî-ji/.-^ iraTUTiz/j rr,i ■■i/,70U Q-^px:. Ev 'E^uDUTréyet, 1830, in-8°. — r. 'A7V:/(37rou).o;. SrariT-tz-^ Hnpaiû^. h 'XOr,vaii. 1852, in-8". — JI. Salomox. Statislica générale delV isola cli Cefalonia. Corfou, 1858. — I. Olassopoclos. Statistique de Tinos. Saint-Pétersbourg, 1861, in-S°. — Yoy. nussi « Q\<o>oii.Q}.o-n/:fi îitiOfw/cvjTtç », par M. Ar. Œconomos, et A=>.Ttov rr,; ûtts^î ïix.hMy'^zz.-st tfti èSvw^; '^loij/oy/Jin^i t-Txirpoiif,^, revues publiées à Athènes.
§ IX. H^j^iène. Après les cruelles épreuves que la Grèce asservie a traversé pendant de longs siècles, après les désastres dont elle a dii payer son indépendance, les Grecs devenus libres reprirent possession d'un pays couvert de ruines et d'ailleurs envahi par les marais. Quoique les ressources économiques fussent épuisées, les \illes à demi ruinées furent reconstruites plus belles et plus saines; de grandes étendues de terre défrichées et couvertes de culture. Mais la difficulté des communications, causée par la nature montueuse du sol, l'imperfection des procédés de culture, le manque de capitaux étaient autant d'obstacles et des plus sérieux, qui empêchaient la plus grande partie de la Grèce d'arriver à une prospérité relative, d'où auraient pu résulter pour cette contrée les moyens de remédier à des conditions hygiéniques défavorables. La douceur du climat réduit, il est vrai, les besoins des habitants, mais d'autie part la maladria en rendant l'organisme plus sensible aux inlluences délétères fait perdre en partie cet avantage.
Dans ces dernières années on a fait beaucoup pour les communications intérieures du pays, ainsi que pour l'amélioration de l'agriculture. D'autre part l'exportation, tous les jours croissante des produits du pays, a porté la prospérité dans plusieurs districts de la Grèce.
Mais, si pour l'avenir, on peut concevoir les meilleures espérances, nous devons décrire ici la vie du Grec, au point de vue hygiénique, telle qu'elle a été jusqu'à présent, et nous le ferons avec d'autant plus de franchise que les lecteurs du présent dictionnaire sont à même de connaître l'état hygiénique d'autres peuples de l'Europe et les conditions dans lesquelles ils se trouvent.
Habilations. Le sol grec fournit presque partout en abondance le matériel nécessaire aux constructions. Il n'y a que très peu de locahtés où l'on ne puisse faire venir ces matériaux que de loin, et où la pauvreté des habitants oblige ceux-ci d'avoir recours aux briques ou au bois.
D.ins les districts de la Grèce où la vie du paysan se présente sous l'aspect le plus humble, soit à cause de la pauvreté, soit par suite de la pei'sistance aux vieilles hubiuides, les habitations ne sont composées eu général que d'une seule pièce en rez-de-chaussée. Il en est ainsi dans la plupart des campagnes de la Grèce Continentale et des parties orientale et centrale du Péloponnèse. Les murs sont parfois sans aucun crépissage, mais ordinairement sont enduits d'un mélange de terre et de chaux ou simplement d'une terre aigileuse. Le toit, le plus souvent à double pan oblique, est couvert de tuiles, plus rarement de roseaux; dans les montagnes ou voit plus fréquemment des toits à grandes pierres plates. L'intérieur reçoit le jour par la porte et par une ou deux fenêtres sans vitres. Dans certaines localités, comme dans beaucoup de villages pauvi'es de l'Attique, des fenêtres manquent ordinairement. La moitié de l'habitation est en général consacrée à la famille, l'autre moitié étant réservée aux bestiaux. Dans la partie où demeure la famille, le foyer se trouve tantôt dans un coin, et
alors la fumée sort par un trou fuit dans le plafond, tantôt au milieu même de la pièce, dans le but d'en faciliter mieux réchauffement pendant l'hiver; dans ce cas la fumée ne sort plus qu'à travers le toit, ou bien par la porte et les fenêtres. Dans ces demeures on trouve quelques meubles d'une simplicité extrême, quelques pots grossiers en terre pour la cuisine ou pour recevoir l'eau et très-souvent aussi les instruments nécessaires au tissage. Cependant on trouve fréquemment, uni à celte extrême simplicité, un excessif amour pour la propreté.
Toute la famille du paysan couche en commun, soit par terre, soit sur un plancher un peu plus élevé que le reste du parquet, sur une natte ou couverture en laine, et plus rarement sur des matelas de paille d'avoine ou de spathes de maïs. On dort en général tout habillés, soit faute de couvertures suffisantes, soit par la nécessité de se lever fréquemment pendant la nuit pour donner la nourriture aux bestiaux, etc.
En plusieuis localités les habitations se divisent en trois parties, la première servant de demeure à la famille, la seconde aux bœufs, la troisième étant réservée pour la paille et les poules. Ailleurs, comme chez les Albanais de l'Attique, les extrémités d'une habitation, en général oblongue, servent aux bestiaux, à la paille, aux divers jtroduits, etc., et c'est au milieu que reste la famille.
La cohabitation d'hommes et de bestiaux tient non-seulement à la pauvreté, mais encore au dévouement du paysan à ses animaux, dont il est soucieux presque à l'égal de ses enfants. De celte manière non-seulement il a plus de sécurité contre le vol, mais aussi il lui e^t plus facile de se lever plusieurs fois pendant la nuit pour leur donner de la nourriture. Mais le développement de l'agriculture pendant les dernières dizaines d'années, et jla prospérité relative qu'on observe aujourd'hui, tendent à faire abandonner de plus en plus cette manière de vivre.
Ainsi tout cela a presque complètement changé dans les districts fertiles du Péloponnèse et dans les îles. Ici les maisons des paysans sont très-sou\ent à deux étages et pourvues de toutes les commodités indispensables, quoiqu'elles soient loin d'être irréprochables au point de vue hygiénique. Les murs sont en général crépis, et les fenêtres porteut ordinairement des vitres; le parquet est souvent planchéié. On y trouve fréquemment plusieurs lits pour les membres de la famille ; très-souvent aussi quelques objets de luxe. La cuisine est tantôt dans une pièce à part, tantôt, lorsque l'habitation est trop petite, dans un des coins, mais presque toujours elle est munie de cheminée. Les toits tantôt sont couverts de tuiles, comme dans la plupart des villes, tantôt de pierres plates. Dans la plupart des îles de l'Archipel les toits sont en forme de terrasses. Dans la construction de celles-ci on met d'abord sur des poutres une claie de roseaux, ou même de verges d'arbres, et par-dessus une couche de broussailles sèches ou de lentisques, et enfin on étend de la terre argileuse ou autre, laquelle ne parvient pas cependant à défendre toujours les maisons contre les pluies abondantes de l'hiver. Mais les maisons des gens les plus aisés ont des terrasses cimentées, ou bien sont couvertes en tuiles.
Les lieux d'aisances font le plus souvent défaut dans les campagnes. Ainsi dans la plupart des villages les ordures sont jetées dans les rues, oii elles sont vite enlevées par les animaux domestiques et surtout par les porcs. Ceux-ci, presque partout nombreux, empêchent l'encombrement des ordures et la for-
GRÈCE. iSl
mation de foyers infectieux. Du reste, la rareté de la population en Grèce n'offre pas en général des conditions favorables pour cela. Dans quelques villes les ordures sont recueillies dans des fosses, placées en général en dehors des maisons, et qu'on vide chaque fois qu'elles sont remplies. Ce n'est que dans un petit nombre de villes qu'on rencontre des cloaques et des égouts.
La propreté, chez le peuple, est de beaucoup plus grande dans les îles et dans les campagnes des districts les plus fertiles du Péloponnèse, et fort négligée chez la plupart des montagnards, et surtout chez les Albanais. Pourtant, chez ces derniers, on rencontre certaines exceptions remarquables, comme, par exemple, chez les Albanais d'Hydra et de Spctsa, chez lesquels on observe un extrême amour de la propreté.
Quoi qu'il en soit, si le milieu domestique, dans la plupart des contrées helléniques, n'ofire pas des conditions bien hygiéniques favorables, le séjour fréquent à l'air libre, que permet aux habitants la douceur relative du climat, rend ces conditions moins nuisibles à la santé.
Eclairage. Chauffage. Combustibles. Dans la plus grande partie de la Grèce, l'éclairage se fait principalement par l'huile d'olives. Depuis quelques années l'usage du pétrole a aussi commence à se répandre dans les villes et dans la partie occidentale du Péloponnèse. L'éclairage au gaz n'a été introduit jusqu'à présent qu'à Athènes et au Pirée. Dans les districts à climat froid on se borne pendant l'hiver à se servir de la lueur du foyer. Pendant l'été le paysan se contente du clair de la lune et des étoiles, d'autant plus qu'il séjourne cl couche alors ordinairement en plein air.
Les combustibles dont on se sert ordinairement en Grèce sont des bois de divers arbres et arbustes sauvages et du charbon de bois. Le cliarbon de terre et le coke ne sont presque pas en usage. Dans les parties âpres et arides du Magae voisines du Ténare, ainsi que dans plusieurs endroits de la Thessalie, le manque de combustible et la pauvreté des habitants font qu'on a recours à la fiente des bœufs, pétrie en forme de galette et sécliée au soleil.
Dans la plupart des contrées basses de la Grèce le besoin de chauffage pendant l'hiver ne se fait sentir que pendant un court espace de temps. Dans quelques parties méridionales, comme à Théra, on ne recourt pas au chauffage artificiel même au cœur de l'hiver. Dans la plupart des villes oii ce besoin est sensible, on se contente de réchauds, qui permettent aux gaz de se répandre librement et pour lesquels on ne prend que la précaution d'y mettre des charbons complètement allumés. A Athènes et dans quelques autres villes, on emploie souvent des poêles semblables à ceux de l'Europe.
Nourriture. C'est le pain qui forme la partie fondamentale de l'alimentation de la plupart des habitants de la Grèce et surtout] des paysans, des ouvriers et des basses classes urbaines. Dans les villes, le pain se fait ordinairement avec du blé, mais dans les villages il se fait soit avec de l'orge (plus rarement avec de l'orge mêlée avec du blé), comme dans la plupart des îles de l'Archipel, des îles Ioniennes et en Crète, soit avec du maïs (Acarnanie, Étolie méridionale, Phthiotide, la plus grande partie de l'Arcadie, de l'Achaïe, de la Laconie ; Eubée Corfou), mais aussi avec du blé, dans quelques localités où il est abondant. L'usage du pain d'orge, dans une grande partie de la Grèce, pourrait être considéré comme un signe d'extrême misère. Cependant il faut se rappeler que déjà dans l'antiquité, plusieurs parties de la Grèce, l'Attique entre autres étaient incapables de produire le blé nécessaire, et que, d'après une disposition
due à Solon, les personnes nourries au Prytanée d'Athènes aux frais de l'Etat n'étaient servies avec du pain de blé qu'aux jours de fête. Notons pourtant que l'usage du pain d'orge ou de maïs dans la Grèce d'aujourd'hui se restreint de jour en jour. — Dans les villes et la plupart des îles le pain se fait avec de la pâte fermentée. Dans ces dernières, on le prépare à domicile, ordinairement toutes les semaines, taudis que dans les villes on l'achète. Mais dans la plupart des villages de la Grèce Continentale et dans une grande partie du Péloponnèse le pain, qu'il soit d'orge, de blé on de maïs, ou encore d'un mélange de blé et de maïs, est sans levain. Ce pain, préparé en général tous les jours, est cuit sur une pierre plate fortement échauffée, sur laquelle on étend la pâte en la couvrant d'une couche de cendre chaude et de quelques charbons, ou bien entre deux plats chauds qu'on entoure de cendre et de charbons, ou enfin plus rarement dans un i)etit fourneau chauffé par le foyer même.
A part le pain, la nourriture du paysan se compose ordinairement de légumes verts ou secs, le plus ordinaii'ement en soupe, et d'herbages assaisonnés avec de l'huile, quand cela n'est pas défendu par l'Église. Parmi les éléments azotés, ceux dont on use le plus sont le fromage, le caviar des poissons salés, et surtout les harengs, sardines, etc., et plus rarement des poissons frais. Dans la plupart des contrées helléniques, l'usage de la viande chez les paysans est très-limité. Il est vrai que, dans quelques districts (Béolie, Messénie, Phthiotide), le paysan mange de la viande une ou deux fois par semaine, mais dans d'autres endroits, comme à Théra,Corfou, etc., cela n'arrive qu'un nombre trèb-limité de fois dans l'année. C'est de mouton et de porc qu'on fait surtout usage. Au jour des grandes fêtes on a la coutume de cuire devant un grand feu un mouton entier à la broche. Les bœufs sont, en général, très-nmigres, comme employés dans les travaux agricoles, aussi ne les tue-t-on qu'à un âge avancé. Ouant à la viande de porc c'est presque exclusivement pendant l'hiver qu'on en fait usage en Grèce. La fabrication des saucisses et des jambons ne se fait communément que dans les îles. De même qu'en France, les paysans n'élèvent de la volaille que pour en vendre, ou bien pour avoir des œufs qu'on vend également. L'usage des laitages n'est fréquent que chez les gens les plus aisés sauf dans les districts pastoraux. La production tlu beurre étant fort restreinte dans la plupart des pays de la Grèce, il est presque partout remplacé chez le peuple par l'huile d'olives, dont on fait une grande consommation et dont on abuse même en quelques localités (Crète, Carystie, Myconos, Corfou).
Dans les villes, la nourriture des basses classes ne diffère pas beaucoup de celle des paysans; maison y mange généralement moins d'herbages et de poissons salés, tandis qu'on fait un plus grand usage de viande, de poissons frais, et de toutes sortes de nourriture chaude. — Chez les classes aisées, on mange de la viande au moins deux ou trois fois par semaine, rarement tous les jours. C'est du veau et du mouton qu'on consomme le plus. Ordinairement on fait bouillir la viande, et dans le bouillon on ajoute du pâté ou du riz ; plus rarement on la mange rôtie ou assaisonnée. L'usage du pilaf, mets préféré des Turcs, fait de riz cuit avec du beurre, est très-répandu. Dans les villes maritimes ou peu distantes de la mer on fait une grande consommation de poissons frais de diverses espèces.
Dans la plus grande partie de la Grèce on mange deux fois par jour, à midi et le soir : en été vers le coucher du soleil et en hiver une ou deux heures après. Ordinairement le repas principal est celui de midi. Pourtant dans les
familles des gens obligés de rester dehors pendant la journée (industriels, marchands, et souvent aussi agriculteurs et travailleurs) le repas principal se fait le soir.
Le repas même des gens les plus aisés est rarement composé de plus de deux plats.
La nourriture des habitants de la campagne, ainsi que des basses classes dans les villes, est réglée en grande partie par la religion. L'Église grecque défend l'usage de la viande (1er. poissons exceptés), et aussi des oeufs et des laitages, pour chaque mercredi et vendredi. En dehors de ces jours, il y a aussi trois autres temps de jeûne : le carême de Pâques (quarante-huit jours), celui des saints Apôtres (quinze à trente-huit jours) j celui de la première quinzaine d'août et celui de Noël (quarante jours). Les aliments défendus pendant les ti'ois derniers sont les mômes que ceux mentionnés plus haut. Au contraire, pendant le grand carême de Pâques, on doit aussi s'abstenir de poisson et d'huile, l'usage des olives étant permis. Pendant ce temps les gens du peuple se nourrissent d'herbages, d'olives, d'oignons, et aussi de caviar rouge (provenant des pêcheries de la mer Noire) et de boutargues. Quant aux gens aisés, ils font usage, en dehors d'autres aliments, de diverses espèces de mollusques, d'œufs salés de mulet et d'esturgeon, de coquillages, etc. — On remarquera que le nombre total des jours où l'usage de la viande, des œufs et des laitages n'est pas permis, dépasse celui des autres jours de l'année, comme s'élevant à deux centaines.
L'usage du vin est assez commun dans la plus grande partie de la Grèce. C'est surtout dans les villes qu'on en fait quelquefois un abus véritable. Les paysans ne font en général qu'un usage insuffisant de vin, même dans la plupart des provinces vinicoles. Dans ces dernières cependant les propriétaires sont tenus de fournir aux gens qui travaillent dans leurs vignobles une certaine quantité de vin par personne. Dans plusieurs localités de la Grèce, on a l'iiabitude, datant de l'antiquité, de mettre dans le vin de la résine de pin (Pinus halepensis) et du plâtre; ce vin, malgré son goût âpre et désagréable, est aimé dans le pays.
En dehors du vin on fait usage, surtout avant le repas, de raki, c'est-à-dire d'eau-de-vie extraite de marcs de raisin, à laquelle on ajoute de l'anis ou du mastic. La bière n'a encore été introduite que dans les plus grandes villes; du reste son usage est presque exclusivement borné à l'hiver.
Dans les plaines c'est chez les populations des localités marécageuses que l'usage des boissons alcooliques est relativement répandu. Cet amour pour les boissons ne laisse pas d'être jusqu'à un certain point utile contre le paludisme.
Les diverses boissons mentionnées plus haut sont en usage presque exclusivement chez les hommes. Quant aux femmes, elles ne boivent du vin (et alors en très-petite quantité) qu'avec de l'eau. Cependant en Laconie les femmes font un assez grand usage du vin, même à jeun. 11 en est de même pour les Albanaises de la Grèce Continentale et du Péloponnèse^ qui donnent à boire à leurs enfants souvent à un âge très-tendre.
L'usage généralisé du vin chez les hommes, joint à la grande consommation d'aliments végétaux, et entre autres de l'huile, explique jusqu'à un certain point comment le Grec, quoique ne faisant qu'un usage fort restreint d'aliments azoteux, conserve en général la vigueur de ses forces, partout où la malaria n'est pas intense. 31ais en même temps on ne doit pas oublier le grand nombre des jours fériés en Grèce pendant lesquels le paysan trouve le temps de se remettre de ses fatigues.
Eaux potables. Dans la plupart des contrées helléniques ce sont les sources qui fournissent l'eau potable directement, sans l'intervention d'aqueducs. Mais dans la plupart des petites îles de la Grèce (surtout à Hjdra, à Spetsa, à Tliéra et ù Paxos), ainsi que dans la partie méridionale du Taygète, l'usage de l'eau pluviale prédomine. Dans bon nombre d'îles, on fait aussi un grand usage de l'eau de puits, mais cet usage est beaucoup plus faible dans le Péloponnèse et dans la Grèce continentale.
L'emploi prédominant de l'eau de source fait qu'on évite l'eau pourvue de
microbes et de substances organiques décomposées. Dans un pays comme la
Grèce, où le climat force les habitants à être de grands buveurs d'eau pendant
l'été, il n'est pas improbable que la pureté de l'eau ait quelque influence dans la
rareté relative de quehjues maladies infectieuses et surtout de la fièvre typhoïde.
Usage du tabac. Pour la consommation du tabac la Grèce occupe une des
premières places parmi les États de l'Europe. Elle n'est dépassée que par la
Belgique et la Hollande. L'usage du tabac commence souvent dès l'âge le plus
tendre. Le monopole récemment introduit pour sa vente, permet d'espérer
que cet abus se restreindra par la suite. Parmi les districts de la Grèce, ceux
où la production du tabac est la plus grande et où par conséquent l'abus
est plus considérable sont ceux de Nauplie, Argos, la Phthiotide, la ïrichonie et
Messolonghi.
Le tabac est presque exclusivement employé en Grèce sous forme de tabac à fumer. Le tabac à chiquer est presque inconnu. Le tabac à priser n'est employé que par des personnes âgées, hommes et femmes. Par contre l'usage du tabac à fumer chez les femmes est très-rare, et ne se rencontre guère que dans les villes.
Costumes. Dans la plupart des villes grecques, et surtout dans les villes commerçantes ou maritimes, on porte de préférence le costume européen; par contre, dans plusieurs villes de l'intérieur du pays, c'est le costume des armatoles et des Clephtes, le costume national de la Grèce moderne, qui est le plus commun. La partie la plus caractéristique de ce costume est la fustanelle. Celle-ci, faite de coton blanc, ressemble à un court jupon, descendant ordinairement jusqu'aux genoux et qu'on serre autour des hanches avec une ceinture en soie ou en laine, faisant plusieurs fois le tour du corps. Chez quelques personnes élégantes le goût de se serrer va si loin, qu'un sillon noirâtre, indélébile, se trace sur le corps et que souvent dans les autopsies on trouve des déformations correspondanles sur le foie et la rate, quelquefois même considérables. Par-dessus cette ceinture on en met souvent une autre de cuir très-large et là on place les armes, le sac à tabac, etc. Le thorax, en dehors de la flanelle et de la chemise, est couvert d'un gilet et d'une vesle. Le gilet, droit ou croisé, se fait en velours ou en soie. La veste (f/stTâvt), la plus riche partie du costume, se fait en drap pour l'hiver, en soie ou de quelque étoffe légère en été, elle est un peu plus courte que le gilet, qu'elle laisse découvert par devant, et porte des broderies de soie, d'argent et souvent d'or, entre-mèlées. Les manches, longues et ouvertes, pendent ordinairement derrière les bras. — Les fesses se couvrent d'un large caleçon de coton, plus rarement de soie. D'autre part les jambes sont enveloppées, par-dessus les bas, de guêtres (-oy^ouXoTJ/.ta), faites de la même étoffe que la veste. Celles-ci montent un peu au-dessus du genou, descendent sur les souliers et présentent une certaine ressemblance avec les cnémides des temps héroïques de la Grèce ancienne. Enfin;, des souliers de ma-
GRÈCE. -iSD
roquin rouge et un fez rouge relativement long complètent le costume. Au lieu de souliers on porte habituellement dans les villes des bottines ordinaires. Pendant l'hiver on porte un manteau de laine blanche, à longs poils h^oyJ-x), lequel, dans les villes, est souvent remplacé par un pardessus européen.
Ce costume, un des plus beaux qui existent, dessine la taille d'une manière admirable et prèle à la démarche un caractère de légèreté et de force hors ligne. Au point de vue hygiénique, il n'est pas sans reproche, surtout parce qu'il ne protège pas suffisamment la partie inférieure du tronc; mais ce défaut pourrait facilement être corrigé, si le costume européen ne tendait pas à se généraliser de plus en plus.
Dans la plus grande partie de la Grèce Continentale et dans quelques localités du Péloponnèse c'est le même costume qui domine chez les paysans et les autres classes du peuple, mais simplifié. Pendant l'hiver, le gilet, la veste et les guêtres, sont de laine ou de flanelle blanche, pendant l'été, de coton. Pour la coiffure on se borne en général à un foulard et pour la chaussure on emploie des tsaroiiqiies, souliers de cuir très-simples qui rappellent l'ancienne chaussure grecque ; elle laisse ordinairement le talon à découvert et s'attache par des cordons de cuir. Dans la plus grande partie du Péloponnèse, dans quelques parties de la Grèce Continentale et dans le midi de l'Eubée, le costume des paysans se compose d'une chemise descendant jusqu'aux genoux, d'un court pantalon en toile, parfois d'une veste (yioup^î)» pareille à celle des fustanellophores, des guêtres qui arrivent jusqu'aux genoux (parfois même jusqu'à la taille, pour protéger les fesses), des tsarouques, et comme coiffure un simple foulard. Les paysans du Péloponnèse portent souvent pendant l'hiver une culotte de laine, qui descend jusqu'aux genoux et se serre par-dessus la chemise. En hiver ils portent aussi un manteau court et épais en laine, à longs poils [vloy.à.rx) , tandis que la plupart des bergers et un grand nombre des autres montagnards portent une cape faite de poils de chèvre, impénétrable à la pluie. Ce dernier costume est considéré comme le costume indigène par excellence, celui que nous avons décrit d'abord étant plutôt regardé comme albanais. Celui-ci toutefois domine, à quelques exceptions près, chez la plupart des Albanais de la Grèce, tandis que le premier est fréquent même chez les paysans grecs, comme dans la Corinthie et ailleurs.
Les habitants des îles de l'Archipel portent un costume tout à fait différent. En dehors de la chemise de toile (faite de coton, plus rarement de lin), et d'un ample caleçon, ce costume se compose d'une culotte très-large, à un grand nombre de plis, faite ordinairement de coton (pour la vie journalière) et de drap dans certaines localités, maintenue par une longue ceinture de soie, d'un gilet de lainec ourt, généralement croisé, et d'une veste. Comme chaussure des petites bottes, et pour coiffure un long fez.
Jusque dans ces derniers temps la plupart des habitants, et surtout ceux portant la fustanelle, laissaient croître les cheveux ainsi que la moustache, tandis que la barbe n'était conservée que par les prêtres et les personnes en deuil.
Le costume des femmes en Grèce varie beaucoup suivant les localités. Mais dans les villes l'habillement européen est généralisé ; celui-ci domine aussi, mais simplifié, dans la plupart des îles et des villages maritimes. Des corsets serrant fortement la poitrine ne sont fréquents que dans les villes ; dans les campagnes ils sont inconnus. Les femmes portent presque partout des caleçons.
Vie agricole. Le peuple grec est, de l'aveu de tous, un des peuples les plus laborieux de l'Europe méridionale. Il ne faut pourtant chercher l'activité du Grec ni dans les contrées où la malaria, en iniectant fortement l'organisme, en brise la vigueur, ni dans celles où les difficultés des communications, entravant le transport des produits de la terre, ne permettent qu'une mince rémunération des peines de l'agriculteur. Si l'amour du travail n'est pus grand dans plusieurs de ces conlrées, en revanche on trouve une grande actiA'ité dans les districts salubres et dans ceux, plus ou moins fertiles, où l'exportation est grande, comme, par exemple, dans les parties où l'on cultive le raisin de Corinthe, Là le cultivateur non-seulement se borne à un repos de peu de durée, mais aussi il travaille souvent souffrant et même en proie à un accès fébrile.
Mais, en dehors de la malaria, l'àpreté d'une grande partie du sol grec, l'imperfection des instruments agricoles et le défaut d'une foule de moyens auxiliaires, sont la source d'une consommation énorme de forces, contre laquelle l'alimentation surtout végétale et souvent très frugale des gens de la campagne ne sauiait suffire, sans la clémence du climat grec pendant la plus grande partie de l'année, et sans le repos que permettent les nombreux jours de fêtes, qui comprennent le tiers de l'année entière.
En général les paysans du Péloponnèse sont fort laborieux. Ceux de la Grèce Continentale, et surtout en Étolie et en Acarnanie, sont plutôt enclins à la paresse, ainsi que dans le Magne (Péloponnèse), ce qui a pour cause les habitudes guerrières des habitants.
La propriété rurale est très-morcelée en Grèce, surtout dans les districts montagneux et dans les îles de l'Archipel. De cette manière il arrive que presque partout chacun ne cultive que ses propres terres. Ce n'est que dans très-peu de districts qu'on trouve un grand nombre de personnes sans propriété, comme, par exemple, dans 1 île de Théra.
Presque partout le système de la jachère subsiste encore, les terres se divisant en deux parties qu'on cultive alternativement. Le labourage se fait ordinairement à l'aide de bœufs. La force médiocre de ceux-ci, et en partie aussi la dureté du sol, font qu'on n'emploie que des charuesàun seul soc, presque identiques à celles de l'antiquité. Pour les mêmes raisons le paysan grec attend toujours les premières pluies de l'automne pour commencer la culture. Au moment où celles-ci arrivent il se hâte de semer, pour sauver ses moissons de la sécheresse précoce du printemps. Le travail des champs pour la culture des céréales et des légumes commence au mois de septembre ou d'octobre ; on sème immédiatement après deux labourages qu'on achève souvent dans la même journée. Dans les champs laissés libres pendant l'hiver on sème en avril, après un triple labourage, des zaî.ozai/oivà (estivales), c'est-à-dire des haricots, du maïs, du coton, des concombres, etc., les uns à côté des autres. Eu juillet, on fait la moisson de l'orge, et peu après celle du blé. Quant à la récolte des légumes, elle s'achève en août et, dans les pays de montagnes, en septembre. La moisson se fait avec la faucille et la faux. Pour opérer la séparation du blé ou de l'orge d'avec la paille, on bat les épis dans des aires au moyen de chevaux, de mulets ou de bœufs, à peu près comme dans l'antiquité.
Par suite de la douceur du climat, les travaux agricoles ne s'interrompent pas en hiver : de là une grande épargne de bras. Par contre, en automne et pendant la moisson, le besoin de travailleurs se fait plus sentir, les travaux du labourage, des semailles ou de la moisson, devant être accomplis dans un espace
de temps assez court. Pourtant le voisinage mutuel de localités ne présentant pas exactement le même climat, joint au grand morcellement des propriétés, offre quelques facilités pour obvier aux inconvénients signalés.
Dans la plus grande partie de la Grèce Continentale et du Péloponnèse, et principalement dans les contrées montagneuses, les femmes des paysans prennent une part considérable aux travaux agricoles. Dans quelques districts même, comme dans le Magne méridional, ce sont les femmes qui s'en occupent presque exclusivement. Dans la plupart des îles, au contraire, la part des femmes dans les occupations agricoles est minime (il en est surtout ainsi en Crète). Dans la plus grande partie de la Grèce, jusqu'en ces derniers temps, les femmes confectionnaient elles-mêmes tous les vêtements de la famille, en commençant par la récolte et la préparation du coton et de la laine, et en terminant par la teinture de l'étoffe et la couture des babits.
Dans presque toutes les îles (ainsi que dans les villes) les femmes ne s'occupent que des travaux du ménage ; les mœurs du pays ne permettent même pas qu'elles aillent au marcbé pour l'acbat des comestibles. Dans les villages, la principale occasion que les femmes ont de sortir à Tair libre et sain leur est offerte par le besoin de transporter chez elles de l'eau potable d'une source ou de quelque ruisseau voisin du village.
Les enfants des paysans sont le plus souvent menés par leurs pères dans la campagne dès l'âge le plus tendre et là commencent par s'occuper à quelques travaux relativement légers. Aussi ne vont-ils en général <à l'école que pour un court espace de temps. En Arcadie, en Eubée et dans plusieurs autres parties de la Grèce, les enfants, garçons et fdles, de sept à neuf ans, sont chargés de garder les moutons, restant ainsi pour la plupart dans la solitude et ne rentrant chez eux que pour faire une nouvelle provision de pain. En maints endroits des jeunes gens se chargent déjà de travaux plus lourds. Ainsi l'on rencontre, surtout dans les pays de montagnes, des jeunes garçons de quatorze à quinze ans ftvec une musculature très-développée et travaillant comme des hommes accomplis. — Les plus faibles des enfants s'adonnent à la vie pastorale, ou bien à divers métiers urbains et souvent même à des professions libérales. Aussi peut-on citer bon nombre de personnes qui sont parvenues à des situations très-élevées en commençant par la vie agricole ou même pastorale.
Vie pastorale. La vie pastorale en Grèce est indépendante de la vie agricole. Cela tient d'une part à ce que le système des engrais n'est pas en usage et d'autre part à ce que les troupeaux sont nourris de pâturage. La pâture est cherchée en été sur les montagnes, en hiver dans les plaines. C'est au milieu de l'automne que les bergers descendent des montagnes avec leurs familles dans les vallées et les plaines. Mais dans les pays moins montagneux, ainsi que dans la plupart des îles, ceux-ci conduisent leurs troupeaux aux pâturages sans s'éloigner de leurs habitations permanentes (en village ou en pleine campagne). A la fin de mars ou au commencement d'avril, les pâturages étant épuisés dans les plaines, oii la végétation printanière n'a qu'une courte durée, on retourne sur les montagnes. C'est pendant le mois d'avril que se fait la fabrication du fromage, pour laquelle on emploie de la présure proprement dite. Plusieurs bergers s'associent alors pour se partager les divers travaux de leur métier. En se séparant après deux mois, ils laissent le soin des troupeaux à de jeunes bergers, tandis qu'eux-mêmes, possédant souvent quelques propriétés rurales, vont se consacrer pendant quelque temps à des occupations agricoles.
458 GRKCE.
Comme leur métier permet en général He longues relâches, les bergers sont souvent représentés comme paresseux. Parmi les habitants de la Grèce ceux-ci se distinguent par leur bonne santé, la fraîcheur de teint, la vivacité des mouvements, le développement proportionné du corps, l'agilité merveilleuse de leurs pieds. Dans leur nourriture, ils sont souvent d'une frugalité incroyable. Ce n'est que rarement qu'ils tombent malades, quoiqu'ils prennent très-peu de précautions. Ainsi dorment-ils souvent sous la pluie et même sous la neige, lorsqu'il n'y a pas à proximité quelque grotte ou autre refuge, n'ayant pour tout abri que leur cape en poils de chèvre. Ordinairement ils arrivent à une extrême vieillesse, sans perdre la vigueur de lem*s forces.
BiDLioGRAPiiiE. — I. nû/sia;. Suvsrôvjy.o; ùyisivr,. 'Ev 'AQiqvat;, 1875. — A. ToMEASis. La Grèce sous le point de vue agricole. Athènes, 1878, in-8°, p. 51 . — II. 1. Xa>/.to-ou/o;. Tlepï ^slndi- CTSwç xal È/jii^uj{cis£oj? T/j? tv 'E/^â5t yEcapyiaç. Ev 'AfliQvatç, 1880, in-8°, p. Ô62. — B. Obnstein. Veher die plujsisclieii Verliâltnisse Griechenlands und seiner Bewohner, etc. In Zeitachr. /. Etlinologie. Berlin, 1881, p. 11-95. — I. B^/iêa,-. 'Ey/jipîSio-j û/tîtvi-iiv '.\6T,vatî, 1885 et 1884, in-8°.
Monographies. — A. Ti'x-jvôttovi.oi et X. Kopû»o;. l/.fiîTt; [sur la ville de Patras). 'Ev Ilirpo.i;, 1875, in-8°. — C. Zaviziano. L'île de Cor fou au point de vue hygiénique. Bruxelles, 1875, p. 3i, in-8°. — r. X. Bà^a?. Aî 'AdfrJXt ùno IxTpixnv êno-piv. Mipoi. 'A 'H tto/i;. 'kdrtvri7t, 1878, p. 200. — J. Bamhas. Des substances alimentaiics en Grèce. Congrès international d'hygiène à Paris, 1878, p. 215, e. s.
Voy. aussi la bibliographie de la partie nosologique de ce travail.
Pour l'hygiène des pays de la Grèce que nous n'avons pas visités, outre des renseignements oraux d'un très-grand nombre de particuliers appartenant à toutes les classes sociales, nous devons des communications intéressantes à plusieurs confrères du pays, parmi lesquels nous devons citer surtout les docteurs Rhizopoulos (de Lamie), Bellos (de Thèbes), Drosinis (de Messolonghi), Cotsonopoulos (de Nauplie), Orlandos (de Spetsa), Tournakis (de Corinthe), Pantelopoulos (de Tripolis), Grigorakis (de Gythion), Chrysospathis (de Calâmes), Franizis (de Cyparissie), Gara vas (de Carystie), ainsi que M. C Dounis, Levendis (d'Aliveri), Alvanitis (de Leucade), Coundouris (de Céphalonie), Zaphiridis, Calaïssakis, Tsouderos et Capetanakis (de Crète).
§ X. Pathologie. (GÉOGRAPHIE NosoLOGiQCE ET épidiîmiologie). Lcs médecins anciens ne nous ont laissé que peu de renseignements se rapportant à notre sujet. Les travaux d'Hippocrate et surtout ses deux livres Des airs, des eaux et des lieux, et Sur les épidémies, sont la principale source à laquelle nous puissions puiser. Ce qu'on y apprend, c'est surtout l'existence de plusieurs maladies en Grèce, pour la plupart fréquentes encore aujourd'hui. Les autres médecins de l'antiquité ne nous fournissent que des renseignements d'une importance très-raédiocre. Cependant dans divers ouvrages non médicaux (Thucydide, Théophraste, Aristote, Athénée, Strabon, Plutarque) on retrouve quelques renseignements, en général brefs, soit sur la distribution de diverses conditions hygiéniques et nosogènes sur le sol grec, soit encore, quoique plus rarement, sur quelques maladies et épidémies en rapport avec certains pays grecs.
Au moyen âge les renseignements deviennent de plus en plus rares et vagues o,t se rapportent presque exclusivement aux épidémies de la peste. Le même état de choses continue à peu près invariable jusqu'au siècle passé. La première impulsion a été donnée dans les îles Ioniennes, où des médecins, surtout anglais et grecs, se sont appliqués à l'étude médicale du pays et ont écrit quelques monographies sur des épidémies. Comme travail d'ensemble de ce genre, assez bon, en général, mais médiocre pour la partie nosologique, nous avons celui du médecin anglais Hennen (1830), relatif aux cinq phis grandes des îles Ioniennes. Depuis celte époque plusieurs monographies géographiques ou nosologiques,
ayant plus ou moins rapport à notre sujet, ont été publiées, mais fondées pour la plupart sur des données in«;u fusantes . Parmi ces travaux il y eu a cependant qui présentent de l'intérêt, comme le travail de M. Mavroyannis sur la ville d'Athènes 1 et les deux travaux récents de MM. Rizopoulos et Valassopoulos sur la géographie médicale de la Phthiotide et de Lacédéraotie. 11 faut noter aussi les publications intéressantes de M. Zinnis sur les maladies et la mortalité des enfants à Athènes et de M. Karamitsas sur les fièvres palustres, observées surtout à Athènes, et sur la fièvre hémosphérinurique palustre. L'épidémiologie du pays toutefois a été plus favorisée que la géographie médicale proprement dite, et les travaux de M. le professeur Ch. Fret. Typaldos, relatifs pour la plupart h des épidémies des îles Ioniennes, y occupent une place très-marquante.
Les travaux publiés jusqu'ici, en très-grande partie déjà anciens, ne pourraient être que très-insuffisants pour la préparation d'un travail d'ensemble. Heureusement pour notre sujet, de nombreux confrères, presque tous pris parmi les plus distingués du pays, ont bien voulu nous fournir des renseignements relatifs à leurs districts respectifs. De cette manière, non-seulement nous disposons de renseignements sur des localités sur lesquelles on ne connaissait auparavant rien ou presque rien, mais aussi nous avons été parfois à même d'arriver à des vues d'ensemble, qui autrement eussent été impossibles, et de rectifier des faits connus, mais plus ou moins douteux^.
A tous ces confrères dont nous nous plaisons à reproduire les noms nous adressons nos plus vifs remerciements ^.
Athènes. 1 Ch. Prêt. Typaldos, 2 Bambas, 3 B. Patrikios, (4 Orphanidis, 5 Zinnis, 6 Karamitsas, 7 Baphas, 8 N. Maccas).
Mégaride, 9 Zambakis, 10 Mitroraeletis 11 Constantinidis.
Thèbes. 12 L. Bellos (15 T. Papadopoulos).
Lévadie. 14 A. Triantis.
Phthiotide. 15 Rhizopoulos, 16 Antoniadis.
Parnasside. 17 Karalivanos.
Doride. 18 N. Papadimitrios.
Messolonghi. 19 A. Drosinis.
Eurytanie. (20 I. Beretas).
Patras. 21 Ch. Covyllos
Égialie. 22 Ph. Charalampis.
Calavryta. 23 Diamantopoulos, 24 A. Rembotis.
Élide. 25 Manoussos.
Olympia. 26 N. Francantonis.
Triphylie. 27 I. Frantzis, 28 Synadinos.
Calâmes. 29 Chrysospathis (29* Albanakis)
Pylie. 30 Tsiclitiras.
Lacédémone (Sparte). 31 J. Balassopoulos,
51* P. Gavaris.
Gythion. 52 Grigorakis (33 Galatis).
Œtylon (34 Zambakis).
Épidaure-Liméra. 35 A. Karamichos, 56 P.
Apostolidis.
Kynurie. 57 Palladios.
Mantinée. 58 Pantelopoulos.
Megalopolis. 59 G. Comnénos.
Gortynie. 40 Éliopoulos, 41 Digenopoulos. Argolide. 42 E. Kotsonopouios.
Corinlhie. 45Desyllas.
Spetsa. 44 C. Orlandos.
Hydra. 45 M. Xanthos(46 J. Tetsis, 47 Parissis). Eubée. 48 Eliadis, 49 Caravas, 50 P. Levendis,
51 G. Phlocos, 52 G. Chomatianos, 52* Papa-
nicolaos.
* La partie nosologique du travail intéressant du docteur Baphas sur Athènes au point de vue médical n'est pas encore pubhée.
* >'ous devons prévenir le lecteur, et surtout le lecteur grec, que, quoique nous"ne niions pas que certaines maladies peuvent présenter des différences cliniques suivant les localités, les données dont nous disposons nous imposent une ignorance complète à cet égard relativement à la Grèce.
Le lecteur est également prié de ne point chercher ici l'examen de questions dont le développement est réservé à d'autres articles de ce Dictionnaire (voy. les articles Cacsus, Éléphastiasis des Grecs, Intermittentes (fièvres), Peste (d'Athènes), Phrénitis, Ponos, Scaphandre, etc.) — Pour les dates, ainsi que pour les données statistiques par mois nous sommes forcés de suivre ici le calendrier grec.
5, Pour la citation des diverses observateurs dans le texte nous avons employé les mêmes numéros d'ordre correspondants. Quant aux auteurs dont les observations sont publiées, leur nom est mis entre parenthèse. ^'
Scopelos (53 Rhizopoulos).
Sciathos. 54 Sachiiiis.
Andros. 55 Hyp. Campanis (55 Th.
toulis) .
Syra. 50 Ph. Scassis.
Myconos. 57 Chamartos.
Kéos. 58 J. Antoniadis.
Kythnos (59 Œconomopoulos, etc.).
Siphnos (60 Clierétis, 01 Apei'gis).
Tinos (02 Zalonis).
Naxos. 63 Decigalla (64 Th. Aphentoulis
Aphen-
Paros. 65 Chamartos.
Théra. 00 Decigalla.
Amorgos. 07 Cobéos.
Corfou (68 Pr. Typaldos, 09 G. Zavitsianos). Leucade. 70 Alvanitis.
Céphalonie (71 Pr. Typaldos), 72 Tsitselis. Zaïite. 73 Cantakiiis. Cythèro. 74 Conloléon.
Crète. 75 Zaphiridis, 76 Calaïssakis, 77 Tsouderos, 78 Bourdoumbakis, 79 Syngellakis.
ConUlhitioyi médicale saisonnière. Nous avons déjà vu que, si l'hiver est en général doux en Grèce, l'été est chaud, tandis que les transitions d'une saison à l'autre sont considérables et rapides en plusieurs localités, et les variations diurnes de la température et de l'état hygrométrique souvent très-grandes. La circonstance que le Grec passe sa vie pour la plupart du temps à l'air libre fait que l'organisme s'habitue jusqu'à un certain point avec les influences atmosphériques. D'autre part, beaucoup des prédispositions, qui rendent l'organisme impressionnable aux conditions nuisibles^du milieu, ne pèsent que faiblement sur la morbidité locale. Pourtant, la fréquence de la malaria en plusieurs points de la Grèce vient en aide directement ou indirectement aux circonstances nosogènes des saisons et augmente ainsi avant tout la morbidité automnale, puis celle de l'été, et en quelques localités aussi, quoique à un degré plus faible, celle de l'hiver. De cette manière le printemps reste la saison la plus douce et la plus favorable à la vie, à la morbidité de laquelle la malaria ne prend aucune part importante.
11 est vrai que les variations atmosphériques sont fréquentes au printemps et surtout que les vents soufflant assez souvent du N. (particulièrement du N. 0.) sont assez froids. Pourtant, ces circonstances, ne. se présentant qu'après un hiver généralement doux et qui n'exerce aucune influence grave ou épuisante sur des organismes autrement bien portants, n'arrivent pas à avoir des conséquences fâcheuses étendues et à neutraliser la puissance autrement l'avivante du printemps. Ainsi parmi les principales affections de cette époque, angines, catarrhes bronchiques, broncho-pneumonies ainsi que de pneumonies franches, généralement en cas sporadiques, les plus graves contribuent presque exclusivement à la mortalité des personnes épuisées et appartenant surtout à la vieillesse ou à la première enfance. A côté des maladies mentionnées, on observe aussi les fièvres palustres légères (en général peu fréquentes), surtout à la suite de pluies. D'autre part, les excès de repas, commis pendant les fêtes de Pâques, après un carême d'une cinquantaine de jours, occasionnent de petites épidémies, pour ainsi dire, d'embarras gastriques et de catarrhes gastro-intestinaux. Le mois de mai est, en général, le plus favorable de tous les mois pour tous les âges. Dans les diverses affections, pour la plupart légères, qu'il présente, il tient une position moyenne entre les mois du printemps et de l'été ; cependant, dans plusieurs endroits de la Grèce, il revêt un caractère plutôt estival et plus meurtrier que tout autre mois du printemps. En effet, ce mois, en général si doux, présente en plusieurs localités une brusque élévation de température, et constitue ainsi le prélude de la période estivale si funeste, pendant laquelle règne la diarrhée infantile. Ainsi nous avons vu déjà que pendant ce mois la mortalité s'accroît fortement dans la plupart des grandes villes de la Grèce, Athènes, Patras, Syra, le Pirée, ainsi que dans les environs
du golfe Saronique. Cette période effectivement retardée dans quelques endroits et seulement en apparence dans quelques autres commence le plus souvent avec la fin du mois de mai, se prolonge depuis deux jusqu'à trois mois, suivant les endroits, et présente (là on la diarrhée estivale se montre le plus fréquemment) son point le plus fort au mois de juillet, tandis que dans quelques autres endroits peu nombreux et pour la plupart montagneux cela arrive en août. Pourtant il faut noter que dans une même localité on remarque des différences en cela d'une année à l'autre.
Dans une grande partie de cet espace de temps, c'est-à-dire jusqu'au milieu de juillet, et ailleurs jusqu'au commencement d'août, les personnes d'un âge mûr se portent en général bien, si on laisse de côté quelques cas en général bénins de fièvres intermittentes, des cas de fièvres gastriques et d'autres affections légères du tube digestif. Cela arrive surtout lorsque le printemps et le commencement de l'été ont été secs (remarque déjà faite par Hippocrate) et que les vents du nord ont enlevé l'humidité du sol. Dans de telles circonstances la plupart des ruisseaux se dessèchent de bonne heure, ainsi que les nombreux petits marécages, qui disparaissent avant que les grandes chaleurs surviennent. — La saison s'avançant, l'accablement général de la nature vivante causé par la température élevée n'épargne pas l'homme. De cette manière un sommeil d'une à deux heures, au plus fort de la chaleur du jour, est rendu presque inévitable. Aussi, des personnes qui intervertissent le rôle du jour et de la nuit, surtout dans les villes, ne sont pas rares. A cette époque les paysans passent aux champs, où ils se trouvent plus exposés à l'influence de la malaria, tandis que pendant la nuit dans les villages on se couche souvent à la belle étoile. D'autre part l'abondance des fruits fait que, dans un but d'économie, on se sert surtout de fruits comme nourriture. La température élevée et les désordi'es diététiques viennent ainsi en aide à la malaria, qui commence à se développer de plus en plus. Les fièvres palustres revêtent alors fréquemment le type rémittent, avec des phénomènes très souvent gastriques et en second lieu cérébraux, tandis que des cas sporadiques de lièvres graves, surtout de fièvres comateuses et gastro-bilieuses commencent à apparaître.
L'été décline ; survient le mois d'août, avec ses variations atmosphériques fréquentes et les phénomènes précurseurs de l'hiver, qui engagent l'hygiène populaire de la Grèce moderne à conseiller des précautions d'hiver. Les fièvres rémittentes simples ou à phénomènes gastriques deviennent moins fréquentes, tandis que les fièvres intermittentes gagnent de plus en plus en fréquence et que les cas sporadiques de fièvres pernicieuses deviennent moins rares. En dehors des fièvres palustres on rencontre en maints endroits des catarrhes intestinaux, souvent dysentériques, et quelque part aussi des cas ordinairement sporadiques de dysenterie. A la fin de ce mois ou au commencement de septembre, quelques pluies arrosent la terre et alimentent la malaria, tandis que ses foyers, plus ou moins desséchés, ne parviennent que très-rarement à se recouvrir et à suspendre le développement du miasme. D'autre part les refroidissements chez les habitants sont alors fréquents, et favorisent ainsi l'action sur l'organisme et la manifestation d'une infection palustre déjà cachée. L'endémie arrive ainsi à son point de plus grand renforcement, les fièvres bénignes commencent à se prolonger, les fièvres pernicieuses deviennent plus fréquentes et les rémittentes revêtent le plus souvent la forme typhoïde. L'endémie commence par la suite à fléchir graduellement et se termine soit vers le mois d'octobre, soit vers le mois de
492 GRKCri;.
novembre, suivant les endroits. Aussi ce n'est que fort rarement que l'on rencontre plus tard des nouveaux cas de fièvres intermittentes chez des personnes déjà saines. Sur le déclin de l'endémie les pluies commencent à être abondantes. Les vents froids du nord dont elles sont suivies amènent des catarrhes bronchiques et des broncho-pneumonies, accompagnées par des phénomènes adynamiques chez des personnes surtout déjà infectées plus ou moins profondément par le miasme palustre.
L'hiver fait son apparition. Les pluies viennent remplir de nouveaux les lits des eaux courantes et des marais desséclhés, tandis que les souffles impétueux des vents purifient l'atmosphère du miasme fébrifère. Cependant c'est en celte saison, comme nous le verrons, que les fièvres hémosphérinuriques palustres, devenant de plus en plus fréquentes depuis l'automne, parviennent à leur maximum de fréquence. Le plus fort de l'hiver étant passé, les variations atmosphériques diminuent, et le froid et surtout l'humidité dominent. Pourtant, la douceur que l'hiver présente en général en Grèce fait que cette saison y est plus salubre que l'automne et l'été. Des affections des organes respiratoires continuent à se montrer, mais en général plus rares et plus légères. Ainsi donc l'hiver engendre moins de maladies que l'automne, tandis qu'il en hérite richement, mais c'est surtout par des affections chroniques, indépendantes des saisons, qu'il grossit son mortuaire. Si, après tout cela, la mortalité de l'hiver ne présente pas une grande différence, comparée à celle de l'automne, comme nous l'avons déjà remarqué, cela est dû, en partie, à la plus grande natalité de l'hiver, qui contribue considérablement à aggraver la mortalité générale de celte saison.
Dans les distiicts marécageux, à côté de ce qui se passe ordinairement, les constitutions saisonnières différentes amènent des variations plus ou moins considérables, soit dans l'intensité, soit dans l'époque de l'endémie des lièvres. Ainsi, à la suite d'un hiver trop pluvieux, le printemps abonde aussi en fièvres palustres. Mais ce qui est beaucoup plus fréquent dans les pays grecs, de même que dans la plupart des rivages de la Méditerranée, ce sont des épidémies à la lin de l'été et au commencement de l'automne à la suite d'un printemps pluvieux, surtout lorsque (comme cela arrive pour plusieurs localités) l'été qui suit offre des chaleurs d'une intensité médiocre, lesquelles dessèchent peu à peu les marais, sans parvenir à enlever toute humidité du sol mis à nu. Des pluies abondantes ne viennent plus tard que rarement couvrir de nouveau les lits des marais et empêcher aussi le développement du miasme palustre ; tout au contraire des petites pluies, qui ne manquent pas ordinairement à la fin d'août et au commencement de septembre, favorisent le développement déjà commencé de la malaria, ou bien, dans le cas oii la saison a commencé sous des conditions favorables pour la santé, elles improvisent, sous des conditions plus ou moins connues, de petites épidémies. Il arrive aussi quelquefois, mais beaucoup plus rarement, que des pluies survenant par intervalles en été, après un printemps sec, occasionnent des épidémies. — Dans les cas où l'hiver et le printemps passent sans pluies abondantes, comme cela arrive quelquefois, et que l'été suivant est aussi sans pluies, la plupart des pays marécageux ne présentent que très-peu de fièvres palustres; cependant dans le voisinage de la plupart des lacs (et surtout du Copaïs), dont la nappe d'eau se resserre considérablement, les fièvres palustres deviennent très-fréquentes.
L MALADIES INFECTIEUSES. Fièvres palustres. Milieu et foyers pa-
lustres. Dans l'ancienne Grèce, l'existence d'un grand nombre de forêts sur les montagnes, qui empêchaient les courants hivernaux de descendre dans les plaines et vers la mer très-gondés et très-impétueux, le développement de la culture dans la plupart des contrées helléniques, ainsi que des travaux liydrauliques nombreux, ne permettaient pas l'existence de grands foyers palustres dans la plupart des contrées helléniques, d'autant plus qu'en outre des alluvions les formations marines au bord de la mer n'étaient encore que très-restreintes ^ Mais, pendant le moyen âge, la plupart des montagnes se dépouillent de leurs forêts, les torrents furieux, ne trouvant plus aucun obstacle sur un sol si inégal, entraînent vers les côtes tout ce qu'ils rencontrent, et les rivières gonflées, à lits insuffisants, inondent les plaines pendant l'hiver. Dans l'été l'absence de pluies permet aux eaux stagnantes de laisser à découvert une grande partie de leurs lits, d'autre part les eaux courantes, incapables de rompre les barres entières des sables, des galets et des débris, sont forcées de former en derrière elles des marais, tandis que dans certaines contrées (Elide, Olympie, Acarnanie) des formations marines permanentes donnent lieu à des étangs au voisinage de la mer.
Les conséquences hygiéniques dues à ces circonstances, si favorables au développement de la malaria, ont diminué en partie pendant les siècles passés parce que la plupart des villages étaient bâtis sur des collines ou sur les pentes des montagnes et qu'une grande partie des habitants des contrées basses s'étaient retirés dans les districts montagneux ou y venaient pendant l'été. Mais, avec le retour surtout de la liberté, on a commencé, dans la plupart des pays grecs, à descendre vers les plaines et les rivages ; en même temps, par suite du développement de la culture de plusieurs territoires marécageux, une grande portion de la population s'est trouvée exposée à l'influence de la malaria. Cependant le développement de la culture a réussi d'une manière très-importante contre ce fléau : ainsi les épidémies intenses de fièvres palustres sont devenues rares, ne survenant qu'avec le concours de plusieurs conditions atmosphériques. Quant aux lacs, les travaux du dessèchement des plus importants d'entre eux ont déjà commencé (Copaïs, Phcnéos, Stymphale).
Parmi les contrées grecques que nous considérons dans le présent travail, le Péléponnèse et la Grèce Continentale se trouvaient jusqu'à présent les plus exposés à l'influence de la malaria. Cela provient, comme nous l'avons déjà vu, non-seulement de ce que les eaux courantes y sont plus abondantes, mais aussi de ce qu'il s'y rencontre beaucoup de vallons et des plaines copieusement arrosées, ayant dans plusieurs localités un sol plus ou moins argileux et imperméable, ainsi que des bassins intérieurs n'offrant que des issues insuffisantes à leurs eaux.
* Parmi les contrées de l'Ancienne Grèce, la Béotie et l'Élide surtout se trouvaient sous l'influence de la malaria; venaient ensuite les côtes de l'Argolide (Lerne, etc.), l'embouchure de l'Eurotas en Laconie (Hélos), et la plaine de Marathon, dont le marais a été desséché dans ces dernières années. Plusieurs légendes de l'Ancienne Grèce se rapportent à la malaria, comme celle du combat d'Hercule contre l'Hydre de Lerne, peut-être aussi le combat du même héros contre les oiseaux du Stymphale et le nettoyage des écuries d'Augias {Voy. Philostrate, Vie d'Apollonius, VIII, c. vu). Le sphinx béotien même n'est probablement qu'une personnification de la malaria. Ce monstre ailé, qui ravageait la Béotie, pays avant tout mai'écageux, restait, d'après la fable, ti-ès-près du lac Copaïs, non loin de la ville d'Onchesle, la ville béotienne la plus affligée par les fièvres palustres dans l'antiquité, et était assis aux pieds du mont Phikion, par lesquels précisément doivent passer les souffles infectueux du lac pour se répandre dans la plaine de Thèbes. Quoique bien des détails de la fable soient contraires à une telle explication, il ne faut pas oublier que cette fable nous est parvenue non-seulement très-modiflée, mais même mêlée à d'autres iables.
DEPARTEMEMS
ET LEin SLPEHFICIE E>- KILOMÈTRES CARRÉS.