‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.46Chapitre 72 sur 97 · ET MÈRE SONT MALADES · texte numérisé non relu

ET MÈRE SONT MALADES

TorAi'x . . .

Durée. La durée de la maladie est presque double chez les malades de la forme anesthétique que chez les autres. Pour l'une et pour l'autre de ces formes la maladie semble plus durer chez les personnes atteintes de 0 à 10 ans et de 20 à 50, puis pour la période de 10 à 20 et ensuite celle de 30 à 40. Quant aux autres périodes, les données que nous possédons ne permettent pas une détermination analogue.

Tuberculose. D'après tout ce qu'on trouve dans les travaux des médecins de l'antiquité et surtout chez llippocrate, il semble hors de doute que la tuberculose était alors une maladie fréquente dans certains pays grecs.

Pour ce qui concerne la Grèce moderne, d'après tous les renseignements les plus anciens comme les plus récents, on peut presque affirmer que le tribut

qu'elle a payé à cette maladie pendant le siècle courant n'est pas considérable. Le peu de densité de la population, le renouvellement incessant de lair dans la plupart des villes et des villages de la Grèce, la vie presque continuelle de la majorité de la population en plein air, ainsi que les grandes précautions hygiéniques qu'inspire l'idée de contagion généralisée partout, expliquent en giande ])artie cette rareté relative. En Tait, dans beaucoup de villes de la Grèce la maladie est assez commune ; mais il ne faut pas oublier que la population urbaine en Grèce est minime comparativement à la population totale. Parmi les villes de la Grèce Continentale, c'est Athènes qui est la plus éprouvée par cette maladie. La tuberculose pulmonaire, dont la marche est en général rapide, y cause une mortalité de 2,9 sur lUOO habitants. Les décès pour cette alfection y préscnleut deux points de renforcement, l'un au mois de mai, l'autre en janvier, tandis que la méningite tuberculeuse donne le plus de décès en mai et juin. Après la ville d'Athènes la maladie est la plus fréquente à Galaxidi (17), Tbèbes (12) et Lamia (15), tandis que dans presque toutes les autres villes elle est rare, surtout à Lévadie (14), à Lidoriki (18) et à Messolonglii (19). Parmi les villes du Pélopojuièse elle est surtout fréquente à Pliyliatra (27) en ïriphylie, à Calâmes (29) et à iNuuplie(42) (mort. gén. 6,50; 187.J-1878) ; elle est plus rare à Patras (mort.gén. 2,08); il n'y a que jieu de villes où elle est très-rare (Monembasie[36j, Argos [42^). Parmi les localités montagneuses la maladie est très-fréquente dans le village de Man ira ^Mégaride), exposé aux vents du nord; elle s'observe aussi avec une certaine l'iéquence dans plusieurs villages dos districts de Manlinée, Calavryta et de Doride. Dans ce dernier district, disirict très pauvre, elle s'observe surtout chez les femmes de quinze à quarante ans, qui bravent les vents violents, l'humidité et le contact de l'eau de neige, dans laquelle elles lavent nu-pieds pendant de longues heures.

La maladie est aussi assez commune dans la plupart des îles de l'Archipel, très-fréquente surtout dans les îles de Myconos (57), d'Hydra (45), de Spelsa (44) et de Scopélos (53). Pour les îles d'Hydra et de Tinos (61), nous savons que la maladie y est très-fréquente, au moins depuis le commencement de ce siècle. Parmi les îles Ioniennes, dans les unes : Corlbu (69), Leucade (70), la plus grande partie de Céphalonie (71), elle est relativement rare; dans les autres: Zante (73), Ithaque, Cythère (74), fréquente.

Pour ce qui concerne la garnison anglaise (1865) de ces îles, on n'y a compté qu'un petit nombre de phlhisiques, puisqu'ils n'ont pas dépassé le 0,00o de l'ensemble des malades (1 45 : 29,856 malades), avec une lélhalité un peu plus grande que le cinquième des décès. Si l'on compare ces chiffres avec d'autres stations anglaises dans la Méditerranée, nous les trouvons plus faibles que pour la garnison de Malte, où les décès des phthisiiiues formaient l'°™,58 de l'effectif, tandis que celle de Gibraltar (0,96) présente à peu près la même jjropoition que celle des iles Ioniennes (0,95) (Lombard. Traité de climatologie médicale, 1. 111, p. 285).

Parmi les îles Ioniennes, l'île de Corfou et celle de Zante passent comme séjours favorable aux phlhisiques, tandis que dans le reste de la Grèce ce sont les villes de Messolonghi et d' Argos (Péloponnèse), ainsi que quelques iles de l'Archipel qui sont surtout renommées, flippocrate, comme on sait, conseillait aux plithisiques d'habiter l'île de Crète.

L'influence du genre de vie et du milieu sur la constitution tuberculeuse et sur le développement de la maladie se montre d'une façon manifeste dans les

localités maritimes de la Grèce où la tuberculose est fréquente. Tandis que jusqu'à l'âge de quatorze ou de quinze ans, les enfants des deux sexes, vivant de la même manière, sont lymphatiques et d'ime constitution bien faible ou même scrofuleux, dès que les jeunes gens s'adonnent à la marine, ils deviennent en quelques années robustes et vigoureux; mais les jeunes lilles, ainsi que ceux qui exercent les métiers de la ville, continuent à être en général lymphatiques et souvent scrofuleux et acquièrent comnnmémenl la tuberculose, favorisée surtout chez les femmes qui mènent une vie domestique misérable et pleine de douleurs (44, 46, 47)-

En examinant de quelle manière se distribuent sur le sol grec les conditions occasionnelles favorisant la tuberculose pulmonaire et d'autre part la fréquence de celle maladie suivant les localités, ou voit un certain désaccord entre les deux ordres de faits; on est ainsi conduit à l'hypothcse d'une distribution géographique inégale de la cause essentielle du mal. Eu elfet, il ne semble pas facile d'arriver à une conclusion plus probable en voyant, d'une part, des populations qui mènent une vie niiséi-able, mais n'entretenant que des communications lort restreintes avec des villes (où la maladie est plus ou moins fréquente) ne donnant que des cas très rares de phlhisiques (comme une grande partie de l'Épidaure-Liméra [36] et de l'Ile d'Eubée), et d'autre part des populations aisées des localités non isolées être décimées par la maladie. Il est aussi à noter que, dans plusieurs des districts de la Grèce où la tuberculose est rare, la plupart des cas qu'on y rencontre sont relatifs à des personnes venant du dehors ou chez des personnes ayant plus tard des relations étroites avec celles-ci. Pour ce qui concerne d'autres cas sporadiques qu'on y observe, il est douteux qu'il s'agisse effectivement de la tuberculose pulmonaire proprement dite.

Quant à la question de l'incompatibilité de la phthisie pulmonaire avec l'impaludisme, nous ne trouvons ici, autant que nous sachions, aucun élément qui puisse l'éclairer. Il est vrai que dans la plupart des foyers palustres de la Grèce la tuberculose est regardée comme rare, mais c'est là un attribut commun à la plupart des endroits de campagne en Grèce, situés dans les plaines, marécageuses ou non. D'autre part, dans plusieurs villes où les alfections palustres sont fréquentes, on rencontre assez souvent la tuberculose; dans quelques-unes même, comme à iVauplie (42), Phyliatra (27) et Calâmes (29), elle est beaucoup plus commune que dans la plupart des autres villes. Mais ces faits, et d'autres pareils, n'avancent pas la question, parce que l'existence de l'une de ces maladies n'exclut pas en général celle de l'autre, même sur un organisme; elle peut cependant avoir cet effet sous certaines conditions. Mais ce qu'il faut ne pas oublier relativement à celte question, est le fait très-connu de la grande fréquence dans les endroits marécageux des catarrhes bronchiques et des broncho-pneumonies, affections qui favorisent le développement de la tuberculose pulmonaire.

Quant à la « scwfulose» elle suit en général, en Grèce, la tuberculose pulmonaire sous le rapport de la fréquence. Pourtant le séjour presque continuel des enfants à l'air libre sous l'influence d'un soleil brillant de tout son éclat, dans une atmosphère en général peu humide, fait que les affections qu'on groupe sous le nom de scrofulose ne pèsent pas trop sur 1^' enfance en Grèce. Dos circonstances pareilles font même que dans certaines localités (à Athènes entre autres) à côté d'une grande fréquence de la phthisie pulmonaire il se trouve que la scrofulose soit relativement rare.

SiPHiLis. Tout ce que nous savons de la syphilis en Grèce à une époque antérieure à notre siècle est sa fréquence relative en ces derniers siècles dans les villes principales des lies Ioniennes et de la Crète, où existaient des maisons de contage, des mœurs un peu libres et une communication plus développée avec les peuples de l'Occident. Mais il paraît que la maladie était devenue un peu plus fréquente dans les villes et les stations maritimes de la Grèce vers la fin du siècle passé, par suite du développement de la navigation et du commerce et du séjour de nombreux indigènes dans l'Europe occidentale.

Mais en dehors de ces apparitions à l'état sporadique de la maladie, nous avons eu dans la Grèce Continentale et le Péloponnèse, à une époque mal prénisée, une ou plusieurs invasions en masse de la syphilis {stpijrocolon-scerUevo). Lorsque la Grèce eut recouvré son indépendance, plusieurs villages de l'Acarnanie, de l'Etolic, de la Phtliiotide et de la Béotie dans la Grèce Continentale, et de la Messénie dans le Péloponnèse, ont été envahis par la maladie.

D'après les informations de vieux médecins de la génération précédente, il paraît hors de doute qu'elle a eu pour point de départ l'Albanie. Cela est d'autant plus vraisemblable que c'est dans des régions de la Grèce qui touchent à l'Épire (surtout en Eurytanie) que la maladie s'est montrée plus fréquente, et que dans d'autres parties de la Grèce elle s'est obsci'vée surtout chez des Albanais et des Valaqucs nomades ou chez des personnes ayant des rapports intimes avec eux. En outre de vieux Acarnanicns et Eurytaniens affectés de la maladie déposaient que celle-ci, plus rare avant la guerre de l'Indépendance, se communiquait par les troupes d'Albanais qui y passaient, et qu'après elle s'est répandue en Étolie et en Acarnanic, surtout au voisinage des frontières, par suite de l'immigration de plusieurs familles albanaises en Grèce, et par le passage des troupes albanaises (i9). Cependant il n'y a pas à douter que la maladie ait eu plusieurs sources, et que, pendant et après la guerre de l'Indépendance, quelques cas indigènes aient servi à la formation de petits foyers d'endémie. Ainsi pendant cette époque la syphilis s'est montrée assez commune à Tripolis3(38), oii des troupes nombreuses s'étaient concentrées, et plus tarda Leonidi (37) de la Kynurie et en Gortynie, où le mal s'est communiqué de quelques cas isolés (surtout chez des nourrices) à plusieurs familles.

Dans son apparition endémique cette maladie s'est présentée pendant les premières années de l'Indépendance avec les symptômes les plus graves. Le développement très-fréquent de la maladie dans des organismes cachectiques {anémiques, scrofuleux ou paludiques), la grande malpropreté des villages qu'elle a visités, l'insuffisance et la mauvaise qualité de la nourriture, la complète imprévoyance et l'absence de tout traitement, expliquent au moins en grande partie, ce fait (29).

Une certaine irrégularité dans la succession des symptômes de la maladie et quelques autres différences (?) avec la syphilis classique, observées dans les endroits oii elle sévissait le plus, ont donné lieu, comme cela était aussi arrivé ailleurs {scerlievo et radesijge), à des doutes s'il s'agissait effectivement de la syphilis ou d'une autre maladie. Les premiers qui se sont prononcés pour la nature syphilitique du spyrocolon ont été les docteurs Wibmer Drosinis, et le professeur Pallis. Parmi les travaux postérieurs, dans lesquels cette opinion était soutenue, nous devons mentionner surtout une longue étude du docteur Albanakis, qui pendant plusieurs années a été directeur de l'hôpital des spyrocoliques à Calâmes.

C'est en 1847 qu'on a commencé à s'occuper des personnes affectées de cette maladie en établissant des bôpilaux spéciaux en Acarnanie, en Phlhiotide, en Parnasside, eu Béotie, en Achaïe, et plus tard à Calâmes, tandis qu'on ordonnait par une loi d'y amener par contrainte tous les malades. De cette manière le mal a presque partout disparu ou est devenu très-rare, et ce n'est qu'en Etolie qu'il s'observe encore avec une certaine fréquence.

A côté de cette existence endémique de la sypbilis, comme Kpyrocolon, dans des régions agricoles, nous avons aussi à noter ça et là (juelques foyers de la syphilis classique, surtout dans des villes. La maladie se rencontre en effet assez souvent dans quelques-unes des plus grandes villes de la Grèce, où elle trouve sa raison d'être surtout dans l'existence d'établissements d'infection et dans l'arrivée desmaladesdel'étranger : ainsi elle s'observeprincipalement dans les îles Ioniennes surfout à Zante (73) et à Corfou et en second lieu dans les villes d'Athènes, du Pirée, d'IIermoupolis (56), de Nauplie (42), de Lamia (15), dePatras (21), deCalames (29)- Elle est aussi assez fréquente dans certaines îles dont les habitants se livrent à la navigation, surtout cà Hydra (45), puis à Spetsa (44), tandis que la plupart des autres îles, avec de nombreux marins, passent comme peu affligées par la maladie. Celle-ci est presque inconnue dans les îles agricoles de lArchipel, dans la plus grande partie de l'Eubée, on plusieurs endroits de la Mantinée 38), à Mégara (9), etc.

Mais, en général, la vie agricole menée par la plus grande partie de la population, l'absence de maisons d'infection même dans la plupart des villes de la Grèce, les communications restreintes pour plusieurs districts grecs avec les grandes villes grecques et l'étranger, et les mœurs austères de la majorité de la population, , font que la Grèce est un des pays de l'Europe les moins affligés par la syphilis. Et si le développement de plusieurs villes, après l'indépendance hellénique, a amené la maladie dans plusieurs points où elle n'existait point auparavant, par contre le mal s'est considérablement limité et a même disparu, comme nous l'avons dit plus haut, dans les endroits de la Grèce agricole (et même dans quelques villes) où elle régnait auparavant.

II. MALADIES AB INGESTIS. Pellagre. Quoique dans une très-grande partie de la Grèce on fasse usage de pain de maïs, la maladie y est en général rare et ne s'observe d'une manière endémique que dans l'île de Corfou. L'ouvrage très-intéressant sur ce sujet de M. le professeur Typaldos a fait connaître pour la première fois l'existence de la maladie dans celte île. D'après l'auteur, la cause principale de l'existence de celte maladie à Corfou est l'importation du maïs de pays plus ou moins éloignés et surtout des pays danubiens, maïs qui se trouve beaucoup plus fréquemment que celui de Corfou dans les conditions qui favorisent son altération. C'est ainsi qu'il explique que la pellagre n'a été observée dans cette île que dans ces derniers temps (après 1850), malgré l'usage du maïs depuis longtemps. C'est ainsi que s'explique aussi comment dans d'autres pays de la Grèce où on fait un usage de maïs indigène, la maladie est ou très-rare ou tout à fait inconnue, ce qui arrive le plus souvent.

Sur 27 villages de Corfou, d'une population totale de 15 000 habitants environ, M. Typaldos a trouvé, en 1860-1861, 80 pellagreux environ (64 femmes, 16 hommes); parmi ces villages celui de Ducades (580 habitants; 19 cas) était le plus affligé. La maladie persiste encore dans l'île, mais avec une fréquence moindre.

Goitre. Cette maladie, autant que nous sachions, ne s'observe que dans quelques villages de la Phthiotide. Le premier renseignement que nous possédions ià-dessus appartient auD'Georgiadès. D'après ce médecin, la maladie était endémique (1859) dans trois villages très-marécageux de la commune de Spercliias, située au N. E. du montCEta. Dans ces villages les malades présentaient une grande tuméfaction du corps thyroïde, tandis que dans un autre village (Carya, 1 60 habitants) de la commune d'Ilypale c'est à peine si dans l'espace de vingt ans la tumeur acquérait la grosseur d'un œuf d'oie. Aujourd'hui, d'après les renseignements du le lihizopoulos, la maladie s'observe encore dans la commune de Spcrchias, dans le village de Chalili (600 habitants), village situé dans une vallée marécageuse, oii un ruisseau alimenté par les neiges de l'Œla fournit l'eau à boire. Le crélinisme est tout à fait inconnu en Grèce.

Alcoolisme. L'alcoolisme chronique s'observe avec une certaine fréquence dans les villes, oii l'on rencontre, en dehors d'autres affections dues à cette intoxication, des cas de cirrhose atrophique et du mal de Brightde la même origine. Le deliriumtremens, très-rare, ne s'observe, autant que nous sachions, avec quelque fréquence, que dans les îles d'Hydia et Spet^a où, il faut le noter, les rhumalismes, l'hystérie et les apoplexies, sont aussi fréquents.

m. MALADIES CONSTITUTIONNELLES ET DU SANG. Am':.mie. Chlorose. Dans la plupart des pays de la Grèce domine plus ou moins un état anémique. Une nourriture insuflisante et végétale, des fatigues souvent immodérées, surtout che:. la classe agricole, la température élevée de l'été, la malaria dans plusieurs districts, et la grande fécondité des femmes qui allaitent elles-mêmes leurs petitsenfants y sont autant des causes amenant cet état. Ce n'est presque que dans les villages des montagnes qu'on trouve souvent des personnes douées des couleurs d'une pleine santé. Mais encore celles-ci, ayant abandonné par localités la vie pastorale pour s'adonner à l'agriculture, qui leur était autrement profitable, ont perdu dans les plaines humides et plus ou moins marécageuses leur santé irréprochable.

A côté de l'anémie, la chlorose. Les femmes y sont sujettes dans presque toutes les villes, ainsi que dans la plupart des îles de l'Archipel oîi elles ne prennent qu'une part minime aux travaux agricoles et travaillent ordinairement enfermées dans des maisons malsaines. Néanmoins cette affection, presque généralisée au commencement de ce siècle, est devenue beaucoup moins fréquente dans ces dernières dizaines d'années. Parmi les villes elle est citée coumie rare à Fatras (21) et à Calâmes (29).

Scorbut. Cette affection, inconnue dans les autres parties de la Grèce, était autrefois très-fréquente à Leucade, d'après Ferrara et les médecins de cette île, chez les habitants les plus pauvres de la ville, qui et lient en bonne partie marins. Les habitations humides et mal exposées au soleil, une mauvaise nourriture et la malpropreté, y contribuaient avec d'autres conditions antihygiéniques. La maladie est devenue, paraît-il, depuis longtemps, très-rare dans l'île, car Hennen (1850), en parlant en détail des maladies observées à Leucade, d'après des renseignements dus aux médecins du pays, ne fait aucune mention du scorbut. De nos jours, la maladie y est très-rare même chez les marins (70) K

* Ozanam, dans son Eisloire médicale des maladies endémiques, t. IV, p. 4î, 1835, dit :

Rhumatisme. Les affections rhumatismales sont en géne'ral très-fréquentes en Grèce.

Dans les pays bas de la Grèce Continentale et du Péloponnèse, les affections rhumatismales sont très-fréquentes dans les vallées arrosées par des rivières, ainsi qu'aux environs de la plupart des lacs. — Parmi les conirées montagneuses les plus aflligées, il faut citer surtout la région qui s'étend au Péloponnèse depuis l'Alphée jusqu'aux parages méridionaux du golfe de Corinlhe et particulièrement le district de Galavryla (23, 2i) ; viennent ensuite les districts du Taygète (32,33). de la Pylie (30), de Doride (18) etd'Eurytanie(20) à habitations et halîitants en général très-pauvres. Il en est de même pour les montagnes de Crète. — Parmi les îles, les affections rhumatismales sont fréquentes surtout à Hydra (55), Spetsa (44), Scopélos (53), dont les habitations sont eu général humides et qui possèdent une population marine nombreuse, incessamment exposée à l'influence du froid humide. Elles sont aussi très-fréquentes dans l'île de Zant. Dans la plupart de ces localités les rimmatismes articulaires aigus s'observent avec une certaine fréquence; dans le reste delà Gièce (surtout les rhumatismes articulaires généralisés) ils sont rares.

La fréquence des rhumatismes articulaires ne se présente point partout en rapport avec le degré de l'humidité. Ainsi dans les villes de Nauplie (42) et de Lévadie (14), humides et mal exposées au soleil, ces affections sont très-iares. Il en est de même à Théra (66), ile sans eaux, mais où il y a un grand nombre d'habitations creusées sous terre. D'autre p.irt, dans l'île d'Hydra, qui est aride et rocheuse, mais où les maisons sont dallées et trop souvent blanchies à la chaux, les rhumatismes articulaires sont très-fréquents.

GocTTE. Presque dans toute la Grèce la goutte est mentionnée comme une maladie très-rare. Elle est pourtant assez fréquente dans les couvents d'hommes, entre autres dans le grand monastère de Méga-Spiléon, qui se trouve dans une grotte du district de Calavryta, et où la maladie se trouve liée avec les rhumatismes articulaires. La fréquence de la goutte dans les couvents de la Grèce date très-probablement de leur existence. Cette fréquence explique la conservation dans leurs bibliothèques d'un très-grand nombre de manuscrits sur la goutte, dont beaucoup, expatriés, se trouvent maintenant dans les bibliothèques de l'Europe.

On ne sait presque rien sur la fréquence de cp.tte maladie dans l'ancienne Grèce. Athénée mentionne une apparition « épidéniique » de la goutte, sans dire où. Malgré le très-peu de probabilité que présente celte citation, nous ne pouvons que la reproduire ici. L'auteur dont il s'agit, en citant un passage du médecin Dipliyle de Sipbnos sur les qualités hygiéniques des mûres, ajoute : « Pytherme rapporte comme nous apprenons d'Hégésandre, que de son temps, les mûriers ayant cessé pendant vingt années de porter des fruits, il y a eu une telle épidémie de goutte que non-seulement des hommes en furent atteints, mais aussi des garçons et des filles, des castrats et même des femmes. » (Athénée II, 52).

Rachitisme. C'est une des affections rares dans la Grèce. Une des causes de sa rareté paraît être le nombre relativement minime des enfants trouvés. Le rachitisme se présente un peu plus souvent, d'après ce que nous savons, dans quelques villages humides et pauvres de la Kynurie (37), de Lévadie, du Magne, près deTainare, de laPhthiotide (15), à Théra (56), et même, parmi la classe su-

« En Morée, où le scorbut est endémique, . . .la peste fait peu de ravages. » Cette remarque est tout à lait insoutenable, d'après tout ce que nous savons.

périeure, dans quelques endroits montagneux de l'Eubée, à Hydra (45) et Spetsa (44), îles à populalions jeu aisées.

Relativement à la théorie de l'origine syphilitique de la maladie, nous n'avons à signaler sa plus grande fréquence que dans les îles d'Ilydra et de Spetsa, îles dans lesquelles la syphilis n'est pas rare, où cependant d'autres conditions favorables à cette maladie sont très-communes ; d'autre part sa fréquence relative à Théra et dans quelques villages de la Kynurie, où la syphilis passe pour une maladie rare.

IV. AFFECTIONS DE DIVERS SYSTÈMES. Affections catarrhales vv système RESPiRATOUŒ, PNEUJioMES, TLEunÉsiEs. Les û'équeutes variations atmosphériques en Grèce, les grandes oscillations de la température diurne à cause surtout de la configuration du sol et de la nudité de la plupart des montagnes, des habitations et des vêtements, insuffisamment préservatifs chez les paysans, ainsi que la malaria, rendent en Grèce très-fréquentes les affections catarrhales des organes respiratoires, quoique certaines de ces conditions mêmes et la vie de la plupart de la population dans l'air libre accoutument l'organisme, jusqu'à un certain point, aux influences almosphériques .

Ces affections sont très-fréquentes, surtout dans les régions élevées de la Grèce Continentale, du Péloponnèse et de la Crète, ainsi que dans les contrées marécageuses ; par contre, dans la plupart des autres parties basses et au voisinage de la mer, elles sont beaucoup moins fréquentes. — La pneumonie franche, fréquente aussi sur les montagnes, est rare dans la plupart des contrées basses et surtout dans les villes de plaine et voisines de la mer. Par contre, la pleurésie, autant que nous sachions, est presque aussi fréquente sur les montagnes et dans les plaines de la Grèce, et ce n'est que dans peu de localités qu'elle est très-rare.

La pneumonie franche est le plus souvent accompagnée de phénomènes inflammatoires et suivie d'une léthalité faible, même dans la vieillesse peu avancée. Quelquefois cependant on la voit même sur des points montagneux suivie de phénomènes adyuamiques et d'une grande mortalité. Cela arrive, par exemple, dans les villages élevés et peu incommodés par la malaria du district de Mégalopolis, par suite de la mauvaise nourriture et de la pauvreté des habitants, privés presque entièrement de toute assistance médicale (39)- Dans ces villages, où la maladie survient souvent en petites épidémies, la plupart des décès chez les adultes en proviennent. Il en est de même pour quelques villages élevés de File de Zante (43), quoique leurs habitants paraissent assez vigoureux. Lu forme adynanilque est aussi très-fréquente dans le district de Calavryta (23), district fort humide et dont les habitants se trouvent plus ou moins exposés à l'inlluence de la malaria. La pneumonie franche ainsi que les bronchites et les broncho-pneumonies se présentent beaucoup plus souvent accompagnées par des phénomènes adynaraiques dans les villes, par suite de la constitution faible et de l'état anémique de la majorité des habitants. — D'autre part, on rencontre fréquemment en automne et en hiver, dans les campagnes marécageuses, la « pneumonie palustre » avec ses phénomènes insidieux et adynamiques depuis longtemps connus.

Pour ce qui concerne spécialement la ville d'Athènes les bronchites (1,05 décès sur 1000 hab., 1878-1884) offrent le maximum de leur fréquence en janvier, tandis qu'à la fin de l'été et en automne elles sont le moins fréquentes

(2); il en est de même des pneumonies (mort. gén. 2,19). En considérant particulièrement l'enfance de 0 à 5 ans nous trouvons une mortalité de 25 sur 1000 enfants, due à des affections aiguës des organes respiratoires, dont les 0,67 appartiennent à la première année delà vie (5)-

Affections du tube digestif. Parmi ces affections, les catarrhes gastriques et gastro-intestinaux aigus et chroniques et les dyspepsies sont fréc[uents dans la plus grande partie de la Grèce. Cela s'explique en grande partie par ce que nous avons déjà dit sur l'alimentation défectueuse du peuple dans la plupart des pays grecs, sans oublier non plus l'abus du tabac chez les hommes et l'influence de l'été en général très-chaud sur les organes de la digestion. — Parmi les autres affections de l'estomac, la gastralgie s'observe assez fréquemment ; l'ulcère perforant et le cancer sont considérés en général comme rares.

Parmi les affections du tube digestif chez les petits enfants, la diarrhée estivale est digne d'une mention particulière, à cause de la grande part qu'elle prend à la mortalité, surtout celle des enfants épuisés et se trouvant à l'époque de la dentition.

Les divers renseignements locaux, dont nous disposons représentent cette affection comme étant très-fréquente dans la plupart des districts bas de la Grèce ainsi que dans la plupart des îles. Si, en dehors de ces données, on prend en considération celles que présente l'échelle de la dîme mortuaire, dans les districts grecs, de six à douze mois (âge pendant lequel la léthalité de la diarrhée estivale est très-considérable), et qu'on les compare à celles de l'échelle de la mortalité estivale par districts, cette affection paraît être surtout fréquente dans des districts de la Grèce Continentale et le Péloponnèse, formant un grand foyer. Ainsi, dans la Grèce Continentale, nous avons sous ce rapport l'Attique et la Béotie (y compris l'île d'Égine) et le district de Messolonghi ; en Péloponnèse l'Argolide (district de Nauplie, d'Argos et d'Hydra), et d'autre part le district de Patras (2,70 décès sur 1000 habitants; 1878-1882). Dans le reste de la Grèce : Gythion (32), Syra (56) et Zante (73), sont dans le même cas. 11 faut remarquer que la plupart des districts mentionnés ont des étés trèschauds, que c'est dans ces districts que se trouvent la plupart des grandes villes, la maladie se portant de préférence vers les agglomérations urbaines, les autres conditions étant les mêmes.

Parmi les villes elle est meurtrière à Athènes (2,5 décès sur 1000 hab. ; 1876- 1884) à Nauplie (5,9), à Patras (2,7), comme à peu d'autres endroits de la Grèce. A Athènes elle y occupe le premier rang dans la mortalité infantile (56,8 sur 1000 enfants de 0 à 5 ans), même sans le marasme et l'athrepsie (6,6). Plus de 0,61 des décès cauiés par cette maladie appartiennent aux mois vie mai, juin, juillet et août.

La maladie serait beaucoup moins fréquente dans les districts de la Messénie tournés vers la mer Ionienne, ainsi que dans les îles de Kéos (58), Naxos (63), Géphalonie (22) et Ithaque, où l'été est en général doux. Si les districts montagneux ne viennent point, sous le rapport de la mortalité estivale, tout à fait au dernier rang, comme on pouvait s'y attendre, il ne faut pas oublier que beaucoup d'entre eux, comme le plateau de l'Arcadie et le district de Calavryta, ne jouissent pas, à cause des bassins fermés qu'ils présentent, d'un climat d'une douceur proportionnée à leur altitude. 11 faut noter aussi que pendant l'été un grand nombre d'habitants y reviennent des plaines, de sorte que la mortalité relative de l'été semble plus grande qu'elle ne l'est en réalité.

Parmi les conditions de milieu, en dehors d'une température éleve'e qui a été considérée depuis longtemps comme ayant une part importante dans la produclidU de cette affection, la malaria doit auss^^i avoir sa part dans les pays marécageux. Son influence paraît tenir d'une part, relativement à la morbidité, à ce qu'elle prédispose l'organisme à être affecté par la maladie, surtout lorsqu'elle est intense, et d'autre part à ce qu'elle accroit la létlialité, soit en livrant à l.\ maladie des organismes épuisés, soit en amenant l'issue fatale par l'intervention d'une lièvre pernicieuse. Cependant, en observant que la diarrhée estivale est trèsintense dans des districts peu ou nullement affligés par la malaria et dont les habitants sont suflîsamment aisés et se trouvent dans des conditions hygiéniques relativement bonnes, et que d'autre part elle n'est pas beaucoup plus fréquente (parfois même moins fréquente) dans la plupart des pays marécageux qui se trouvent souvent dans des conditions hygiéniques inférieures (pauvreté, manque de bon lait maternel, sevrage prématuré), sans que le milieu ambiant soit privé des conditions favorables à la maladie, nous sommes obligé d'attribuer à la malaria une part moindre que celle ordinairement admise sur le développement de la diarilié« infantile de l'été dans les pays palustres. 11 est, en outre, plus que probable (pie l'on ne doit point mettre entièrement à la charge du paludisme tous les décès qui surviennent après la complication d'une lièvre pernicieuse avec la diarrhée inlantile, puisque, même sans l'inlervenlioii de la malaria, un grand nombre de ces cas auraient infailliblement abouti à une issue funeste.

AFFEcnoNs DU FOIE. En dehors des congestions palustres et alcooliques du foie qui, sont très-fréquentes, la cirrhose atrophique n'est point rare, d'une part, dans la plupart des grandes villes et dans les îles dont la population est adonnée à la navigation, par suite de l'alcoolisme, d'autre part, dans les foyers paludéens importanis par suite de l'infection palustre. Cette dernière circonstance s'observe surtout en Argolide (42), en Laconie (31), à Calâmes (29)» en Olympie (26) > en Kynurie (37), où cette affection est assez fréquente. La maladie se rencontre au contraire rarement à Syra (56), île fort peu marécageuse, à Paros (65), île marécageuse, mais dans laquelle l'alcoolisme e>t très-rare, et aussi en Mantinée (38), à Ilydra (45), et dans la plus grande partie de la Triphylie (27). — H ne faut pas oublier que dans plusieurs pays marécageux de la Gièce on fait un grand usage de boissons alcooliques, que l'on considère comme fournissant une certaine immunité contre l'intoxication palustre.

Parmi les autres affections du foie, les hépatites suppurées s'observent presqiie exclusivement chez des personnes venant de l'Egypte et y ayant souffert des dysenteries; elles ne sont pas cependant très-rares en Laconie; des abcès dus à l'intoxication palustre ont été observés çà et là et surtout en Phthiotide et en Béotie. Les kystes hydaliques et les tumeurs malignes sont relativement rares.

Affectio>s du cœur. Ces affections nous sont signalées comme étant jtrèsfréquentes à Syra (56), où elles tiennent la première place après la phthisie pulmonaire dans la mortalité des adultes, puis à Myconos (57) et à Théra (66), quoique, dans ces deux dernières îles, non-seulement les rliumatismes articulaires aigus soient rares, mais aussi l'alcoolisme soit très-restreint et exclusif chez les hommes. Pour ce qui concerne plus spécialement les affeclions de l'orifice aortique, elles ne sont pas rares dans la plupart des villes, où l'alcoolisme s'observe avec une certaine fréquence.

Mais dans la plupart des contrées helléniques, en dehors des villes, les affections graves du cœur passent en général pour des affections peu fréquentes ou parfois mèrae rares. Cela ne nous parait devoir être attribué qu'en partie seulement à des raisons tenant à l'exercice de la profession médicale. Il ne faut pas oublier que le Grec est en général sobre et que dans la plus grande partie de la Grèce les rhumatismes articulaires fébziles aigus sont relativement rares.

Helminthiase. L'antiquité nous a laissé q\ielques renseignements sur l'helminthiase en Grèce. D'après Théophraste le « ténia lata » était fréquent chez les Béotiens, et ne l'était pas chez les Athéniens. « Le ténia, nous dit-il, est inné chez quelques peuples : ainsi chez les Égyptiens, les Arabes, les Arméniens, les Syriens, les Giliciens, il est très-conmiun, tandis qu'il ne l'est pas «liez les Thraces et les Phrygiens. Parmi les Grecs, les Thébains qui fréquentent dans les gymnases et en général les Béotiens, le portent assez communément ; il n'en est pas de même pour les Athéniens » (Theophr., Historia Plantarum, IX, 20,5). 11 est très-probable que Pline, en partant du passade précédent de Théophraste, place à côté des ténias les lombricoïdes, lorsqu'il dit : Sunt et gentium differentiae non médiocres ; sicul accepimus de lineis himbricisque inesse Aegypti, Arabiae, Syriae, Ciliciae populis; e diverw Thraciae, Phrygiae omnino non innasci. Minus id viiriim (jnam quod in conjinio Atticae, Dœotiaeque Thebanis innascitur, quum absint Alheniensibns [Plin. Hist. Nat., L. XXVIl, § CXIX). Mais la preuve que dans le passage de Théophraste il ne s'agit que de ténias se trouve dans les mots immédiatement précédents : « La racine de fougère... a la vertu de faire sortir le ténia lata «.

Selon toute probabilité, le ténia solium et le ténia inerme étaient fréquents surtout chez les athlètes dans l'antiquité. On sait, eu effet, que ceux-ci ne mangeaient pas de viande bouillie (Schol. ad llor. Ars poet., 445) et d'après Galien ils ne mangeaient d'autre viande que du porc {Sur les aliments, 111, 2). Plaiton [Republ., I, p. 558) et Diogène de Laërte (VI, 49) mentionnent aussi le bœuf comme nourriture des athlètes.

Les ascarides lombricoïdes sont très-fréquents dans toute la Grèce chez les enfants * ; ils sont également communs par endroits chez les adultes, comme à Sciathos (Si), à Amorgos (67), dans quelques localités du Péloponnèse occidental : à Égion (22) et à Céphalonie (72). Dans plusieurs parties de la Grèce leur présence chez les enfants est accompagnée très-souvent, en dehors même de toute maladie, de convulsions éclamptiques (Calâmes (29), Mégalopolis (39), Spetsa (4i), Céphalonie, (72), lesquelles dans d'autres endroits sont rares (Athènes (5), etc.) ou même presque inconnues (Paros). 11 est à noter qu'à Athènes et à Paros les névroses en général (et l'hystérie même) sont relativement rares.

Les oxyures sont aussi fréquents dans la plupart des districts de la Grèce mais en général beaucoup moins que les ascarides lombricoïdes.

Le ténia solium est en général rare, malgré la multitude des porcs et la fréquence de la ladrerie chez ceux-ci; cela tient surtout à ce que l'on ne fait usage en Grèce de la viande de porc qu'après l'avoir fortement cuite ou fumée, et généralement en morceaux de petite épaisseur. Le ténia inerme rare il y a encore quelques années, est devenu plus fréquent dans les f^randes

t La grande fréquence des ascarides lombricoïdes en Grèce est attribuée par le peunle à l'usage considérable d'aliments féculents, par localités aussi à l'usage de fromage corrommi^enfin, dans l'ouest du Péloponnèse, on accuse surtout le grand usage de l'aisin sec de Corinthe'

DICT. ENC. i? S. Y

villes par suite de l'usage de viande de bœuf crue, usaae i^m ujiis un but thérapeutique.

La trichinose est tout à fait inconnue en Grèce.

Dermatoses. Parmi les nffections de la peau l'eczéma est fréquent dans la plupart des pays grecs, ainsi que l'impétigo chez les enfants. Le psoriasis s'observe avec une fréquence différente suivant les localités; il est fréquent en Olympie (^26i, Calâmes (29), Syra (56) et Crète, et relativement rare en Carystie (49) et en Argolide (42). Le prurigo s'observe avec une certaine fréquence en Carystie (49) et dans l'ile de Scopélos (53).

Des cas d'ichthyose ont été observés surtout dans les districts de Gortynie i4o> et de Calavrjta (23), en Péloponnèse, ainsi qu'en Carystie (49) et dans quelques localités de la Crète. Les « scrofulides » sont fréquentes surtout dans les îles de Myconos (57), Hydra (45) et Spetsa (44), où la scrofulose et la tuberculose sont bien fréquentes. L'éléphantiasis des Arabes s'observe en Grèce, mais avec une fréijuence très-faible K

Parmi les affections parasitaires de la peau, ie favus n'est pas rare dans lu plupart des villages pauvres de la Grèce (mais en cas sporadiques). 11 s'observe avec une fréquence relativement plus grande en Argolide (42), en Kynurie i37) et en Carystie (49). Le pityriasis versicolor est cité comme fréquent en Olympie (26) et à Scopélos (53) ; la gale est très-fréquente dans quelques villages de Leucade (TO) et à Hydra (45), oij de nombreux pécheurs d'épongés de cette île l'apportent d'Egypte. Celte dernière maladie était autrefois fréquente dans les îles voisines de Leucade : Céplialonie (72) et Ithaque (Henneu). M. Lelevre en mentionne aussi la fréquence sur les parages de l'Archipel en général, mais il est bien douteux qu'il eût, en affirmant cela, des données sufUsantes. Le bouton d'Alep (/oj-ivo, lupin; yocjirozi/.'j ou pGvavtwTixo (jTi-jf,i, boutou de la Canée ou de Rethyuine -: est trèsfréquent en Crète. Les formes sous lesquelles il s'observe en Crète sont les mêmes que l'on a observées ailleurs. Il se présente surtout dans les villes et leurs environs. Souvent il s'élève en épidémie et il frappe des localités jusqu'alors indemnes. D'après quelques observateurs, cette maladie aurait été apportée de Bagdad en 1816; d'après d'autres, à une époque, postérieure. 11 faut noter que Sieber, ayant visité cette île en 1817 et ayant rendu compte desdiverses maladies qu'on y rencontre, ne rapporte rien sur celle-ci. Mais ce qui passe comme tout à fait certain, c'est que la maladie y est venue de la Syrie. Pour un grand nombre des obstrvateurs du pays le mal est contaç,ieux. idée qui semble mise hors de doute par les inoculations effectuées en Syrie et ailleurs.

Névroses. Parmi les diverses névroses l'hystérie s'observe, en de faibles^ degrés, dans la plupart des villes et des îles de la Grèce. Elle est surtout fré-

' Pouqueville, le médecin français bien connu, qui avait demeuré pendant quelques années en Péloponnèse, rapporte qu'en son temps l'eléptiantiasis des Arabes était fréquent en Élide et dans l'Arcadie septentrionale. « C'est dans l'ÉIide, aux ennrons de l'Alphée, près du lac de Voulsi (Stymphalis), et des autres étangs de l'Arcadie, que l'éléphantiasis est, à ma connaissance, le plus commune. J'ai noté que dans l'espace de sis mois ils s'est présenté à moi plus de vingt personnes de ces endroits, pour me demander des conseils sur

l'éléphantiasis des jambes On m'a dit qu'il se ti'ouvait des éléphantiasiques du coté

d'Axgos Les éléphantiasiques n'ont pourtant pas en général l'aspect hideux de ceux que

j'ai eu l'occasion d'observer en Egypte. Il semble que la maladie soit contrariée dans ses funestes développements par une température moins humide que celle des bords du >'il >> {Pouqueville, Voyage en Morée, 2' vol., p. 597).

- Du nom des villes où le mal s'est d'abord présenté.

quente dans les îles de Leucade (70)» iLliaque, Céphalonie (72), Hydia (45), Spetsa (44', Scopélos (53), Myconos (57), et en second lieu dans les îles de Théra (66), Andros (55), Syra (56), Corlbu (69), Zante (î3), et dans les villes de Messologhi (19), Egion (22) et Gythion (32)- Elle ne s'y rencontre que rarement à des degrés très-iulenses. Parmi les districts de campagnes au Péloponnèse, c'est juincipalement sur la partie septentrionale de la pûninsule, dans les vallées de l'ancienne Arcadie, surtout dans le district de Calavryta (23), ainsi que dans les plaines de TÉlide (25) qui bordent l'Alpliée, et enfin dans quelques villages non loin du cap Malèe (commune de Bœse (36), surtout dans les villages très-humides de Paradisi et de Velanidia) que la maladie est fréquente.

Parmi ces localités, quelques-unes ont le climat, le sol et les habitations humides (district de Calavryla, Élide, Tbéra, Scopélos, Bœaî) ; dans d'autres, quoique le sol y soit sec, les habitations sont pourtant humides et pavées souvent en pierres (Hydra, Spetsa, etc.); dans d'autres enfin, peu nombreuses, ni le sol ni les habitations ne sont, en général, humides (Myconos). — Ces localités sont précisément celles qui envoient au loin, souvent même ù l'étranger, un grand nombre d'hommes, surtout comme marins. Mais il ne faut pas oublier, notamment que, chez les marins, la dialhèse rhumatismale et l'alcoolisme, états morbides qui ne sont pas tout à fait étrangers à la pathogénie de l'hystérie, sont très-fréquents.

La plupart des localités dans lesquelles l'hystérie est fréquente occupent des degrés des plus bas par rapport à la nuptialité. Cependant la ville de Messolonghi et l'ile d'Ithaque, où Ihystérie est assez fréquente, présentent une nuptialité des plus élevées. 11 faut noter aussi la grande rareté de l'hystérie dans le district de Fatras, qui vient au premier rang dans l'échelle de la nuptialité par districts. D'autre part, l'hystérie est peu fréquente à Athènes, où la nuptialité est des moins élevées, et où ne manquent pas les causes morales favorables à la production de la maladie.

Dans la plupart des endroits où l'hystérie est fréquente, on rencontre aussi fort communément la chlorose, la dysménorrhée et la tuberculose pulmonaire. Ces affections ont leurs principaux foyers en commun. Ce n'est qu'à Athènes, d'après ce que nous savons au moins, que la phthisie pulmonaire est fréquente, sans que l'hystérie le soit beaucoup.

Parmi les autres névroses, l'épilepsie s'observe presque partout en Grèce avec une fréquence médiocre. La chorée, rare dans la plupart des contrées de la Grèce, s'observe aussi avec une certaine fréquence dans l'île de Spetsa (44), où les rhumatismes articulaires aigus sont aussi fréquents.

AFFECTio>is DES VOIES uRiNAiREs. Parmi ces affections la maladie de Bright n'est pas en général rare, ainsi que la gravelle. Les calculs urinaires ne s'observent, autant que nous sachions avec une certaine fréquence, que dans peu de localités, comme dans l'Argolide (42), dans les parties basses de la Crète (75, 76), à Théra et dans quelques villages du Taygète, oh l'on a accusé la mauvaise qualité des eaux potables, provenant des citernes. Celte affection passe pour avoir été autrefois fréquente dans la ville de Zante. Tout ce que nous savons de précis là-dessus, ainsi que pour les autres îles Ioniennes, c'est que vers le commencement de ce siècle (1820-1850) on ne connaissait à Zante que 6 cas de calculs urinaires, 2 seuls cas à Corfou, 5 cas à Paxos, autant à Ithaque, et 16 cas à Céphalonie [voy. Civiale. Traité de ïaffection calculeuse. Paris. 1858, p. 567).

Affections de l'utérus. La diététique des femmes en Grèce, et en plusieurs localités aussi la thérapeutique, ont une large part dans 1 etiologie des affections utérines. En dehors de ce que les femmes ne prennent point les précautions nécessaires dans la plus grande partie de la Grèce pendant la grossesse, elles sont souvent livrées pendant l'eiifanlemcnt aux manipulations de sages-femmes empiriques et ignorantes; puis elles ne gardent ordinairement le lit que très-peu de jours, pour se remettre tout de suite à leurs occupations de ménage ou même pour s'exposer à rintltience d'autres conditions imisibles à leur état. Dans plusieurs localités agricoles et pastorales de la Grèce, les femmes, le lendemain même de leur délivrance, s'en vont laver leur linge au cours d'eau voisin. Dans l'Acarnanie, l'Eurytanie, les parties agricoles de l'île de Leucade, dans certaines localités du Tavgèle et de l'Arcadie, il n'est pas rare que des paysannes prises par les douleurs de l'enfantement en pleine campagne se délivrent sur place, et que, après avoir renq^li les plus élémentaires des soins pour ellesmêmes et leurs enfants, elles continuent leur travail ou leur marche.

Aux circonstances précédentes il faut ajouter l'usage que plusieurs sages-femmes empiriques, ou des vieilles femmes à préjugés, font de matières excitantes, soit pour le traitement d'affections légères de l'utérus, soit contre les perturbations des règles, soit pour provoquer la procréation d'enfants

mâles.

Ce mal était plus considérable au commencement de ce siècle. La Grèce presque entière était infestée de vieilles femmes, soi-disant spécialistes pour l'accouchement et surtout les maladies de l'utérus ; les médecins étaient rares, et là où il en existait les mœurs les excluaient des accouchements, sauf dans les cas de dystocie. Dans plusieurs villages de la Messénie, sur les montagnes de la Laconie et ailleurs, presque jusqu'au milieu de ce siècle, il n'y avait même pas de sa'^es-femmes empiiiques, mais c'étaient les vieilles femmes de chaque famille qui, apprenant de tradition tout ce qui était de première nécessité, mêlé à une foule de préjugés, tenaient leur place. Dans des cas de dystocie on appelait des bert^ers, considérés comme plus habiles et plus expérimentés que les saf^es-femmcs mêmes. Aujourd'hui, bien que cet état de choses n'ait pas tout à fait disparu, il existe presque partout en Grèce des sages-femmes ayant fait leurs études à Athènes, qui font appel, au besoin, à l'assistance des médecins.

Parmi les diverses affections de l'utérus, les métrites catarrhales chroniques, surtout celles du col (avec des granulations et leucorrhée, et plus rarement avec des ulcères), et les déviations de l'utérus, sont surtout fréquentes. On observe assez souvent le prolapsus. Les tumeurs malignes sont en général rares. Quant à la fièvre puerpérale, malgré la grande incurie des femmes, elle n'est pas commune. D'après les renseignements que nous possédons, elle s'observe néanmoins avec une certaine fréquence et une certaine gravité dans l'Olympie (26)7 à Calavryta (33, 34), dans quelques localités de la Crète et dans l'ile de Sciathos (54).

Les avortements sont plus ou moins fréquents. Parmi les divers états pathologiques qui les favorisent la cachexie palustre en est souvent cause, fait qui a déjà été remarqué dès l'antiquité. La syphilis et autres états constitutionnels n'y prennent qu'une part minime, dans la majeure partie de la Grèce. Mais ce qu'il faut noter ici avant tout, c'est le peu de précautions que prennent les femmes du peuple pendant la grossesse, se soumettant souvent à de lourds tra-

vaux et à de vifs mouvements dont l'effet est très- sensible, surtout sur un sol aussi inégal que celui de la plupart des contrées de la Grèce.

D'autre part la stérilité n'est pas en général très-fréquente, les causes et les circonstances qui la favorisent étant pour la phipart rares ; elle s'observe néanmoins assez fréquemment à Spetsa [u), à Scialhos (54) et à Messolonghi (19).

Les dystocies rares dans la plus grande partie de la Grèce, sont relativement fréquentes dans quelques villages de la Mégaride (Griecouki, n), à Siphnos (61), à Cylhère (74), à Scopélos (53) et dans la Parnasside (17)- D'après l'avis unanime des médecins du pays, elles sont dues, le plus souvent, à l'atonie (le contractions de l'utérus, ou à une mauvaise présentation du fœtus, dont les cas deviennent plus fréquents par l'ignorance de sages -femmes empiriques*.

Herkies. Dans la plupart des contrées helléniques les hernies sont très-fréi}uentes et surtout les hernies inguinales. Les îles de Cythère (74), Cythnos, Scopélos (63), Andros (55), Myconos (57), Théra (66), Spetsa (44), l'Eubée méridionale (49), se distinguent sous ce rapport, de même que quelques villages du Taygète et du district de Calavryta (23, 24) dans le Péloponnèse. Parmi les circonstances qui contribuent le plus à leur fréquence on doit noter surtout l'inégalité du sol, l'habitude de sauts et de mouvements violents, la fréquence des épidémies de coqueluche, sans oublier la grande prédominance de la nourriture végétale en Grèce, ainsi que la fréquence de la constitution lymphatique dans la plupart des îles, j

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