GREENE
Londres, 1832, in-8°. — XXVIII. Suçigeslions Respecling Ihe Iiitended Plan of Médical Reform, Ttespectfully offered to tlie Législature and the Profession. Londres, 1834, in-S". — XXIX. The Principles and Practice of Ophthalmic Surgery. Londres, 1858, in-18 (en collaboration avec Benj. Travers). — XXX. Vital Dynamics. London, 1840. — XXXI. Mental Dynamics. Hunterian Ovation. London, 1847. — XXXII. l'ublié après sa mort : Spiritual Philosophy, founded on the Teaching of the late S. T. Coleridge, by the late J. H. Green edited with a Memnir of the Author's Life, by John Simon. Londres, 1864, in-8.
Gpeen (Jonathan). Né à Londres, vers 1799, a fait ses études médicales dans cette ville. 11 a pratiqué la médecine à Wenloch, près Shrewsbury. Membre du Collège royal des chirurgiens de Londres, il avait été chirurgien dans la marine. Nous connaissons de lui :
I. Vtilily and Importance of Fumigating Baths illustraled, or a Séries of Facts and Remarks, sliowing the Origin, Progress and Final Establishment {by Order of the French Gove?-nnient) of the Practice of Fumigation for the Cure of Varions Diseases, etc. Londres, 1823, iii-S». — II. Afi Essay of Mercurial Fumigations -tome Observations on Fumigating Vapour and olher Baths, with a Summary of Kinety two Important Cases Irealed at the Establishment in Great Mavlborough. Londres, 1830, in-8° — III. Case of torpor of the Primiae Viae Terminating fatalty. In Edinburg Médical and Surgical Jonm., vol. IX, 1813, n" 54, p. 106 à 109. — IV. — Case of Cancer of Mamma, successfully treated. In iMndon Médical Repository, vol. V, 1816, n° 29, p. 375 à 576. — \'. An Essay on Mercurial Fumigations. In London Médical and Physical Journ., mai 1829. — VI. Vapour Baths. Londres, 1831, in-l2. — VII. A Practical Compendium of Diseases of the More Fréquent and Intractable Forms of thèse Affections ; illustrated by Numerous Cases. Londres, 1835. in-8''; 1837 ; édition allemande. \Veimar, 1850, in-8°. A. D.
Green (Horace). Médecin américain, né à Chittenden, dans le Vermont, le 24 décembre 1802, mort à Sing Sing (Xew-York) le 29 novembre 1866. Reçu docteur à Middleburg (Vermont) en 1824, il exerça à Rulland à partir de 1855, puis passa à New-York. De 1840 à 184.", il enseigna la médecine théorique et pratique au Collège médical de Castleton (Vermont) et en 1850 accepta la même chaire au f^ew-York médical Collège dont il fut l'un des fondateurs. Il renonça à sa chaire en 1860.
En 1854, Green fonda avec plusieurs de ses collègues V American Médical Monthly et en resta l'un des principaux rédacteurs. Green avait acquis une certaine célébrité par sa méthode de traitement des maladies du larynx et du pharvnx, consistant en applications topiques avec une solution de nitrate d'argent [Americ. Cyclop.).
Il a publié :
I. Diseases of the Air-Passages. Xew-York, 1846. — II. Pathology and Ti-eatment of the Croup. Kew-York, 1849. — 111. Surgical Treatment of the Polypi of the Larynx and the Oedema of the Glottis. Nev-York, 1852. — IV. Report of \Vi(> Cases of Pulmonary Diseases treated by Dijections into the bronchial Tubes with a Solution of îsitrute uf Silver. New- York, 1856. — V. Sélections of the Favorite Prescriptions of IJving American Physicians. New-York, 1858. — VI. Pulmonary Tuberculosis. New-York, 1804. L. Ils.
CiREEiVE (George). Médecin irlandais, né en 1800 à Dublin, étudia l'art de guérir au Meath Hospifal et à l'École du Collège de chirurgie, puis en 1817 fut mis en apprentissage auprès de Hewson. En 1823, il se fit recevoir licencié du Collège de chirurgie et devint peu après démonstrateur d'anatomie à l'Ecole de médecine de Park-street. Il ne tarda pas à attirer l'attention sur lui grâce à ses aptitudes remarquables pour l'enseignement. L'anatoraie et la chirurgie étaient du reste ses sciences favorites; malheureusement il ne put suivre la voie
qu'il s'était tracée : un accident d'arme à feu lui fit perdre la main droite en 1828. Il dut dès lors renoncer à la cliinn-gie, se livra particulièrement à la médecine et se fit recevoir fellow du Collège de médecine en 1850. En 1832, il devint médecin au Talbot Dlspensarij et peu après fut chargé des cours de médecine théorique et pratique à l'École de médecine Uiclimond.
A la mort du professeur Lendrick, en 1840, Greene fut élu à la chaire de médecine pratique à l'École de médecine d'Irlande et l'année suivante nommé médecin des hôpitaux Whitworth et Hardwicke. En 1839, il prit une grande part à la fondation de la Société de patholo:,ne de Dublin et resta membre du conseil de cette société jusqu'à sa mort, arrivée le 5 avril 1846.
Greene a publié un grand nombie de mémoires dans le Dublin Journal of Médical Science de 1855 à 1845, entre anlres sur le diagnostic des anévrysmes et des tumeurs intra-thoraciques, en 1835 et 1836, et sur l'empyèine (1840), au sujet desquels il a fait des remarques et des découvertes qui doivent le faire considérer comme un observateur de premier ordre. On trouvera encore de lui une série de mémoires intéressants lus à la Société pathologique et publiés dans les Transactions de cette compagnie. L, H\.
GREFFE AXIMAI.E. Certaines conditions anatomo-physiologicjxœs de la greffe animale {insitio, ente) ont été étudiées à l'article GtMîuATio> (^ Régénération, p. 420 et suiv).
Les applications chirurgicales de la propriété dont jouit quelquefois une portion de tissu vivant récenmient détachée de contracter une union intime avec une surface dénudée, pour vivre ensuite de la même vie qu'elle, se trouvent d'abord aux mots Anvplastie et Opérvtio.x p. 595), où il est traité des règles générales de ce genre d'opération, puis au nom des articles consacrés aux opérations anaplastiques (Otoplastie, Mhinoplastie), ou au nom d'organes dont l'histoire physiologique ou pathologique fait naître la question de l'ente chirurgicale (Périoste). On peut consulter aussi l'article Cicatrice, p. 207. .Néanmoins cette question de la greffe animale appelle des considérations générales qu'il a paru nécessaire de réunir dans un article.
Conditions piivsiologiqdes gé.nérales de la greffe. La question de la greffe animale est encore à l'étude, et celle-ci est bien loin d'avoir donné, tous les résultats qu'on peut attendre d'elle. Qu'on l'envisage au point de vue de la pratique chirurgicale pure et simple, de la physiologie, de l'anatomie générale, de la médecine proprement dite, on trouve, dans chacune de ces voies différentes, qu'elle soulève toujours, des problèmes intéressants qui ont à peine été abordés jusqu'ici.
Et certes, ce n'est pas d'aujourd'hui, cependant, que la greffe animale a été appliquéepourcouvrir des difformités, pour remédier à des blessures. L'obser- \aiion des phénomènes les plus simples, l'instinct seul de la conservation avait, depuis longtemps, poussé l'homme blessé à rapprocher des lambeaux que le fer venait de sépirer. Mais il manquait à cette prati([ue, si naturelle, l'appui solide que la physiologie générale devait lui apporter, pour lui donner droit de cité dans la science médicale.
Ces faits, qui pouvaient passer pour des raretés, pour des histoires tout à fait invraisemblables, comme celle de Gareageot, ont paru, au contraire, des plus naturels, dès qu'on étudia, comme BicUat l'avait montré, les propriétés des tissus Vivants. La philosophie scientifique de Stahl, de Barfhez, essayant encore son
intluence, on avait peine à comprendre qu'mie partie du corps, séparée de l'ensemble, qui devait renfermer le principe de la vie, et ayant par cela même cessé de vivre, put ressusciter, pour ainsi dire, au contact d'une partie encore vivante.
L'anatomie générale nous en donne la raison. Elle nous montre que les manifestations extérieures de la vie ne sont que des résultantes ; qu'un animal est un être collectif, formé de parties vivantes séparément, que chacune des cellules, qui compose son corps a sa vie propre, indépendante, comme l'être unicellulaire qui représente le degré le plus inférieur du monde organique.
La cellule de nos tissus dans le blastème qui la nourrit, la cellule qui représente un être tout entier, sont, l'une et l'autre, dans un état d'équilibre instable. Que le milieu indispensable à leur nutrition leur fasse défaut quelques instants, et elles cesseront de vivre. Ainsi la cellule nerveuse, privée de sang quelques minutes, meurt aussitôt. Ainsi, feront ces animaux unicellulaires et bien d'autres plus con\plexes encore, dès qu'on les relire de l'eau dans laquelle ils vivent. Au lieu d'être un assemblage de parties inertes, qu'un souffle d'un esprit supérieur vient animer, le corps de l'animal est composé de parties, qui vivent séparément. Mais, comme dans la voûte dans laquelle les pierres ne tiennent que par pression réciproque, qu'on enlève un voussoir, et tout l'édilice s'écroule.
Il n'est pas nécessaire d'un examen approfondi pour se convaincre de ces faits, qui ont généralement cours dans la science : ne sait-on pas que certains éléments analomiques, comme les spermatozoïdes, les cellules à cils vibratiles, peuvent conserver leurs mouvements vingt-quatre, quarante-huit heures, après la mort de l'individu, que les muscles vivent pendant cinq à six heures, les nerfs pendant quelques minutes.
Et, si la vie s'éteint encore avec autant de rapidité dans ces éléments, c'est que le milieu, (jui sert à leur nutrition, ne se renouvelle plus autour d'eux. Qu'on rende en effet le sang au muscle, comme l'a fait Brown-Séquard dans son expérience célèbre sur le bras d'un supplicié, et lacontractililé, prête à s'éteindre, se réveillera aussitôt.
Tout nous prouve, par conséquent, qu'une partie quelconque, séparée d'un corps d'un animal en vie, est vivante au même titre que l'animal entier. Les muscles sont contractiles, les nerfs sont excitables ; les glandes sécrètent encore, mais pour un temps très-court, proportionné à l'intensité des actes nutritifs de chacun des tissus, et aussi à la provision de blastème, de suc nourricier qu'il renferme.
Pour faire vivre le lambeau, ou même le membre que le couteau du chirurgien vient de séparer, il sullirait donc, si l'opération pouvait se faire, d'affronter exactement les orilices béants des vaisseaux, pour entretenir la vie dans tous ces tissus vivants, encore destinés à une mort rapide, et même cette précaution, qui n'est jamais réalisée en pratique, n'est pas nécessaire, vu la rapidité avec laquelle se forment les anastomoses capillaires. C'est là le problème que se propose la greffe animale et, comme nous le verrons plus loin, ce n'est pas seulement sur les tissus vasculaires qu'elle peut s'opérer, comme les greffes dermiques, mais encore sur les lambeaux d'épidernie.
11 suffit, pour qu'il y ait soudure, que les tissus soient vivants, vasculaires ou non, et qu'ils renferment une provision suffisante de blastème nourricier.
Ces greffés épidermiques nous montrent, avec évidence, et les propriétés de la
:.8G <;reffe animale.
cellule animale vivante et celle du lilastème, (jui peuvent lui servir de milieu. Quelques cellules e'pitliéliales de l'épiderme sont enlevées sur un individu vivant et plongées dans Je bJastème, la substance demi-liquide qui recouvre les bourgeons charnus d'une plaie en voie de cicatrisation, non-seulement elles continuent à vivre, mais encore se segmentent et se multiplient. Quel exemple remarquable, pour prouver que dans les phénomènes de nutrition chaque élément possède son autonomie et son indépendance!
Il est cerlain qu'au sujet de cette greffe épidermique bien des questions intéressantes de physiologie générale pourraient être posées; nous y reviendrons tout à l'heure, en traitant plus spécialement de ce sujet. Le mode de développement des éléments analomiques, dans ces conditions, n'a pas encore été étudié d'une manière satisfaisante. A propos des greffes entre tissus vasculaires. nous verrons de même que ce mode de formation des vaisseaux nouveaux, la soudure des nerfs, toutes ces questions méritent une étude approfondie. Certaines questions de physiologie même, ne peuvent être tranchées, que lorsque l'on connaîtra exactement les phénomènes qui se passent sur les troncs nerveux, mis au contact au moyen de la greffe.
Applications a i,a chirurgie. IIistoriqie. Pappelons succinctement les applications qui ont été faites de la greffe animale à la pratique chirurgicale, en renvoyant, pour les greffes particulières, aux articles spéciaux.
Greffe épidermique. La greffe épidermique, imaginée par Reverdin, a donné d'excellents résultats pour la cicatrisation des plaies; d'un autre côté, l'autoplastie a profité largement des greffes à lambeau. Qui peut dire jusqu'oiî on ira dans cette voie, lorsqu'on connaîtra mieux les conditions dans lesquelles les tissus peuvent se conserver vivants ! La thèse de Martin est déjà une heureuse tentative faite dans ce genre de recherches.
La greffe des produits pathologiques de diverses natures a été tentée à plusieurs reprises. Le cancer épithélial, la mélanose, les tumeurs fibro-plastiques, le chancre syphilitique lui-même, ont été greffés sur les animaux. Les résultats heureux de quelques-unes de ces expériences doivent certainement engager à en tenter de nouvelles. L'ignorance profonde dans laquelle nous sommes des conditions organiques qui font naître ces divers produits morbides pourrait peut-être nous éclairer un jour, si nous pouvions créer, à volonté, des tumeurs de différente nature; il serait possible, dansées conditions, de mieux déterminer les espèces pathologiques, leur mode de développement, leur généralisation.
On peut dire, avec MM. Dumas et Prévost, que la transfusion du sang appartient aussi à la greffe. Il est démontré, en effet, que l'agent actif de la transfusion est l'hématie, dans la transfusion du sang. Dans la transfusion, c'est donc un élément, transporté d'un animal à un autre, qui continue à vivre sur ce dernier. Nous y reviendrons en deux mots plus loin.
La greffe des tissus vasculaires est connue de toute antiquité, si ce n'est en Europe, au moins dans les Indes. Dans tous les traités de chirurgie on rapporte l'histoire de cet individu qui avait eu le nez coupé dans une rixe et qui dut à Garengeot de n'être pas défiguré, ce chirurgien ayant fait chercher sur le champ de bataille la partie enlevée et l'ayant remise en place.
Des faits analogues ont été rapportés par Bligny, Molinelli, Peireri, Fioravanti, Laubet, Percy, etc. Beaucoup de chirurgiens ont pu réunir des bouts de doigts entièrement séparés (Piedagnel, Espagnol, Williams, Balfour). Burdach {Physiologie, t. VIII) rapporte des observations de Leeuvenhoeck, Schopper, Braun, dans
GRKFFI': A.NIMALI:. 587
lesquelles on a vu la réunion d'une phalange, de deux phalanges et même d'un doigt entier. Ces faits isolés avaient souvent inspiré aux chirurgiens l'idée heureuse de les imiter, mais il faut attendre jusqu'à notre époque pour voir la greffe devenir une véritable méthode chirurgicale. Dans les Indes, cependant, la greffe par restitution, comme l'appelle M. Armaignac, était pratiquée journellement par les médecins et les prêtres. Il est vrai de dire que les lois barbares de ces pays leur avaient fourni, bien plus que chez nous, les sujets nécessaires à leurs expériences.
Lorsque le bourreau avait coupé le nez d'un coupable, des individus, appartenant à la caste des Roomas, le remettaient aussitôt en place. Les représentants de la loi, se voyant ainsi mystifiés, ordonnèrent de jeter au feu le nez coupé. Alors les Roomas imaginèrent de leur côté de fabriquer des nez nouveaux, avec la peau de la fesse du supplicié. M. Armaignac emprunte à Duttochet l'anecdote suivante, qui montre bien la pratique des Indiens. « Un sous-officier des canonniers de l'armée avait été pris en haine particulière par un officier supérieur; celui-ci profita d'une faute légère, qu'avait commise le sous-officier, pour lui faire couper le nez. On était alors en campagne et ce malheureux mutilé fut obligé de continuer son service, sans pouvoir faire restaurer son nez. Ce ne fut qu'un certain temps après, alors que la plaie commençait à se cicatriser, qu'il lui fut possible de faire pratiquer cette restauration par des Indiens en possession de ce procédé. Les opérateurs débutèrent par rafraîchir la peau du nez; ils choisirent ensuite un endroit de la fesse, qu'ils frappèrent à coups redoublés de pantoufle jusque ce qu'il fût bien tuméfié. Alors ils coupèrent, en cet endroit, un morceau de peau et de tissu sous-jacent de la grandeur et de la forme de ce qui manquait au nez, ils l'appliquèrent et l'y fixèrent solidement.
Cette espèce de greffe animale réussit à merveille. J'ai eu longtemps à mon service cet homme, après l'opération; il n'était point défiguré, et il ne lui restait d'autre trace de mutilation qu'une cicatrice visible autour de la greffe.
Ainsi la greffe animale était connue, on le voit, pratiquée, et même d'une façon très-ingénieuse, par les Indiens ; d'un autre côté nous voyons en Europe Duhamel, Hunter, faire de nombreuses expériences sur les animaux,
Duhamel, qui le premier présenta à l'Académie des sciences, 1746, un mémoire sur la greffe animale, insère des ergots de coq sur la crête de ces mêmes animaux. C'était, comme nous le verrons plus loin, de la greffe entre tissus vasculaires. Hunter, de même, greffa une dent d'homme sur une crèle de coq et montra, par une injection, que les vaisseaux de l'animal s'étaient mis en rapport avec ceux du bulbe dentaire. Il greffa même des testicules de coq dans l'abdomen d'une poule, et les testicules continuèrent à vivre sans s'atrophier. Baronio lit aussi des greffes vasculaires de toute nature; il opéra la réunion de larges lambeaux cutanés, comme le pratiquent les Indiens; il vit l'aile d'un serin et la queue d'un chat contracter adhérence avec la crête d'un coq. Mais il faut dire que ces faits, s'ils sont authentiques, doivent être bien exceptionnels, car les greffes ne prennent guère entre des animaux d'espèces différentes. La greffe tient quelques jours et se résorbe ensuite. Dzoudi transplanta des cils sur une paupière artificielle faite avec la peau de la joue, et Dieffenback put aussi, par le moyen de la greffe, faire pousser les plumes sur la peau d'un mammifère [Compendium de chirurgie).
Malgré cet ensemble de faits, il fallut bien du temps pour faire entrer la greffe dans la pratique, et Blandin écrivait encore : « U y aurait folie à consi-
dérer la greffe a|irès séparation complète comme un moyen possible d'autoplastie. »
Les auteurs du Compendhim de cliiriirgie ont d^jà réalisé un grand progrès en écrivant le passage suivant, f^ans toutefois di'-duire des faits qu'ils ra()portent toutes les conséquences légitimes. « Si l'un considère, disent-ils, que toutes ces observations ont été recueillies en des ttmps et en des lieux différents, que plusieurs sout attestées par un grand nombre de témoins, et la plupart racontées avec des détails circonstanciés, il est absolument impossible de nier la réalité de l'ente animale cbez l'homme.
« Le précepte est donc formel : lorsqu'un bout de nez, de doigt, d'oi-eille, aura été entièrement séparé, s'il ne s'est pas écoulé plus de trois ou quatre heures depuis l'accident, le chirurgien doit tenter la réunion; dans le cas même, où le succès ne couronnerait pas celte pratique, que peut-on craindre et quel danger peut-il en résulter pour le mabide? 11 est bon de savoir toutefois que la nature, même secondée par l'art, sera souvent impuissante à opérer la réunion, et il faut se garder de prêter aux exemples pjécités une signification autre que celle qu'ils peuvent fournir. L'ente animale doit échouer souvent chez l'homme, comme elle a échoué siu- les animaux, dans un bon nombre d'expériences. Si nous avons choisi, de part et d'autre, entre les faits, ceux qui sont favorables à sa cause, notre unique but a été d'établir la possibilité du phénomène. »
Si les savants auteurs du Compendium s'expriment avec tant de réserve, c'est qu'ils n'avaient pas senti toule l;i valeur des faits, qu'ils nous font connaître. Ils en admettent seulement la possibilité, mais sans aller plus loin et sans chercher à poser le problème, c'est-à-dire déterminer les conditions dans lesquelles les greffes peuvent prendre racine et les applications possibles de cette méthode. Ils nous donnent exactement l'état de la science à leur époque. Depuis ce qui a été éciit, la question a fait des progrès, de nombreux travaux se sont succédé. La greffe épidermlque, réussissant entre les mains de tous les chirurgiens, les a jioussés à faire plus. D'un autre côlé la greffe, pratiquée par les physiologistes, a ouvert des horizons tout nouveaux. Les propriétés des tissus vivants ont été mieux connues. Les recherches anatomiques, les expériences, se sont multipliées pour déterminer, pour analyser les phénomèiies qui se produisent lors (le la greffe entre les tissus vasculaires, afin de savoir exactement dans quelles conditions elle tst possible.
Greffe à tissus vasculaires. Comment s'établit la greffe entre tissus vasculaires? Il ne s'établit pas de vraie soudure bout à bout des artères, des veines, des os, desnerl's. Il se passe, dans le travail de réparation absolument l'ensemble de phénomènes de tout travail de cicatiisation. D'abord un blasième est exsudé du côté du lambeau et du côté de la plaie. Dans ce blastème se dévelo[)pent des éléments nouveaux, à l'élat embryonnaire, comme dans tout tissu de cicatrice. Du côté de la plaie les vaisseaux capillaires, absolument comme dans le développement normal, unissent par bourgeons, avec une rapidité extrême en quelques heures, ainsi que le prouvent certains faits. Ces bourgeons capillaires pénètrent le lambeau et s'anastomosent avec les capillaires de ce dernier. Alors la circulation est assurée par des vaisseaux nouveaux. Le travail de cicatrisation s'accuse sur les autres tissus absolument par le même procédé, les nerfs ne se soudent pas. Mais entre les deux surfaces sectionnées dans le blastème intermédiaire se fait un travail formateur de tubes nerveux, s'étendant dans les deux sens et rétablissant la continuité. De même les os, les muscles, se soudent l'un fi l'autre,
absolument comme dans toute lormation cicatricielle, par première intention.
Les phénomènes qui se produisent dans le développement de la greffe épidermique sont des plus simples; il n'en est [dus de même pour la greffe entre tissus vasculaires. Ici le problème est beaucoup plus complexe, mais, grâce aux reclierclics de ces dernières années sur le développement des tissus, on peut le considérer comme résolu de la façon que nous avons exposée. Malheureusement, il y a encore une lacune à combler : ce serait de faire des grelfes assez étendues et de vérifier histologiquement tous les faits que nous avons exposés précédemment. Mais c'est là un travail long, délicat; les animaux ne se prêtent pas bien à ce genre de recherches. On sait que c'est seulement sur de très-fines membranes qu'on peut suivre le développement des capillaires et qu'il serait difficile de suivre le travail de régénération sur les neris cutanés. Il est évident que par de patientes recherches on y arriverait. Si nous avions eu plus de temps devant nous, nous aurions tenté cette entreprise, mais nous espérons qu'un anatomiste, un jour ou l'autre, sei a tenté par ces recherches.
Nous avons dit que la form.ilion des vaisseaux sur la surface de jonction était liès-rapide; elle est comparable à ce que l'on voit dans l'aire embryonnaire chez le poulet, au troisième jour de l'incubation.
Quand nous étions interne à l'hôpital Saint-Antoine, on nous amena un jour un ouvrier qui venait d'avoir l'index complètement coupé par une scie circulaire, au niveau de l'extrémité supérieure de la première phalange.
Mon ami et collègue A. Faure, alors interne avec moi, eut 1 heureuse idée de demander aux ouvriers qui accompagnaient le blessé s'ils pouvaient retrouver le morceau de doigt séparé. On retourna à l'atelier et une demi-heure environ après l'accident, le doigt ayant été rapporté, nous pûmes tenter la réunion, malgré la répugnance du malade, qui ne reconnaissait plus son doigt et pensait que nous avions été le couper sur un cadavre. Quelques points de suture métallique suffirent à maintenir les parties en rapport, des cataplasmes chauds furent placés sur toute la main.
Or, ce qui se passa à paitir de ce moment est bien digne de remarque. M. de Saint-Germain vit noire malade le lendemain matin; afin sans doute d'aider au rétablissement de la circulation, il fit une incision à l'extrémité du doigt, et y plaça une sangsue. La sangsue prit et se remplit de sang. Lorsqu'elle fut gorgée, on en mit une autre à la place. Et ainsi pendant vingt-quatre heures plusieurs de ces animaux purent se remplir de sang à l'extrémité de ce doigt qui semblait inanimé. Inutile d'ajouter qu'il n'y avait aucun écoulement de sang sur la surface de séparation. 11 faut bien admettre ici que des vaisseaux nouveaux se sont formés ainsi en un jour, comme ils le font chez l'embryon, et ont mis en communication ceux du corps avec ceux de la partie rapportée. Malheureusement les suites de l'opération furent compromises par un changement intempestif dans le mode de pansement, on avait maintenu en permanence des cataplasmes chauds sur le doigt. Par inadvertance on les remplaça par un pansement froid, du vin aromatique. Immédiatcmement cessa tout travail de réparation; l'écoulement de sang s'arrêta, la peau prit une teinte cadavéreuse. Il fallut couper les fils d'argent des sutures et enlever le doigt trois jours après la réunion qu'on avait tentée.
Cette observation prouve que le développement des vaisseaux peut se faire dans les tissus cicatriciels déjà en vingt-quatre heures. Nous manquons complètement de détails anatomiques sur le mode de développement de ces vaisseaux
nouveaux. Bien des conditions influent sur la vitalité des greffes, d'abord le temps, puis la température, la nature des tissus; le sujet en expérience, etc. La thèse de M. G. Martin renferme des résultats intéressants relativement au temps, pendant lequel une greffe peut conserver sa vitalité.
M. G. Martin et tous les chirurgiens, qui ont fait l'autoplastie oculaire, ont nsisté sur la nécessité de maintenir le lambeau dans une température constante, une véritable incubation.
Des lambeaux de peau humaine ont pu être greffés après six heures, trentesix heures, soixante-douze et même cent huit heures. M. OUier a pu faire reprendre des lambeaux de périoste sur les lapins soixante-douze heures après la mort. M. Bert a greffé des queues de rat cinq heures, sept heures et même dix-sept heures après leur section.
li est important de distinguer le mode d'action de la température sur le lambeau avant son application sur la surface saignante et sur le même lambeau, une fois greffé.
Dans le premier cas. toutes les causes qui tendent à ralentir les actes chimiques de la nutrition au sein des tissus placeront le fragment séparé dans de bonnes conditions, pour le conserver sans altération.
Ainsi le froid, une atmosphère peu riche en oxygène, etc., arrêtant ou modérant le travail de rénovation moléculaire qui se continue entre les éléments des tissus et les liquides qui les baignent, font que chacun des éléments n'épuise pas trop vite sa provision et peut continuer son évolution lorsque la soudure de la greffe sera opérée.
Dans l'observation de cet Indien, racontée par Dutrochet, nous voyons que l'opérateur prenait la précaution, avant de détacher son lambeau, de percuter la région qui devait le lui fournir, jusqu'à ce qu'elle iùt fortement tuméfiée. Ce procédé est très-ralionnel, il détermine, dans le lambeau, un véritable épanchement de blastème nourricier qui servira à la nutrition des éléments de la greffe, avant que la circulation ait été rétablie. C'est un moyen très-ingénieux de donner aux tissus de la greffe une véritable provision de plasma, en attendant que celui de l'animal puisse lui parvenir.
Quoi qu'il en soit, les éléments de la greffe peuvent se conserver presque intacts, sous l'influence du froid et de l'air confiné, pendant un temps assez considérable. Sous certaines influences extérieures, qu'il importerait de bien déterminer au point de vue de la pratique chirurgicale, les tissus animaux peuvent rester dans une sorte d'immobilité, si je puis dire ainsi. Le mouvement de nutrition s'arrête et s'arrête pour bien longtemps dans certains cas. Comme dans ces expériences célèbres sur les tardigrades, on sait qu'on peut dessécher ces animaux dans le vide, les soumettre à une température dépassant 100 degrés, les garder ainsi un temps plus ou moins long, puis les rappeler à la vie en les replaçant dans l'humidité. Plus on descend dans l'échelle animale, plus on se rapproche du règne végétal, et plus, on trouve de tissus possédant cette propriété singulière. Certaines graines se conservent indéfiniment et peuvent germer après un temps illimité, nous montrant ainsi jusqu'à quel point les corps organisés peuvent se conserver intacts, dans cette sorte de sommeil de l'être qui semble pour toujours inanimé.
La greffe végétale est une opération très-commune et qui réussit toujours, dans laquelle on transporte un organisme entier, qui se développe sur le végétal, qui les porte, sans aucune communication vasculaire.
Mais, qu'il soit végétal ou animal, tout tissu peid aussitôt cette propiiété de reviviscence, avant même la fermentation, qui désorganise tous les éléments, mais dès que commencent ces dédoublements chimiques, qui se produisent plusieurs heures après la mort, telles que la coagulation de la myosine du muscle, le dédoublement de la plasmine du sang, qui amènent la cessation de l'état de vie ou d'organisation ; suivant les conditions de milieu, ces piiénomènes chimiques peuvent être retardés ou avancés.
Lorsque les conditions de chaleur, d'humidité, d'oxygénation, sont suffisantes, les matières albuminoïdes des tissus vivants commencent une série de dédoublement, soit spontanément, soit sous l'influence de ferments, et alors on peut dire que la vie a cessé complètement.
Ce sont ces conditions qu'il faut éviter pour les greffes. Or, lorsqu'on voit avec quelle rapidité la putréfaction s'empare d'un cadavre pendant les chaudes températures de l'été, il y a lieu de croire qu'à cette époque les parties séparées d'un animal vivant ne peuvent conserver longtemps leur vitalité. Par contre les lambeaux de peau humaine conservés plusieurs jours, dans une température basse et un air confiné et sec, sont dans les mêmes conditions que ces animaux inférieurs dont nous parlions. Mais, de même qu'il faut à ces derniers un peu d'humidité pour les rappeler à la vie, il faut aussi aux autres un peu de chaleur pour que la nutrition des éléments se fasse avec une activité nouvelle.
Aussi, lorsque la greffe est en place, les conditions sont tout autres, comme le fait observer M. Georges Martin. Il faut, à dater de ce moment, favoriser le développement des éléments qui tendent à se former, et pour cela le meilleur moyen, c'est la chaleur, mais une chaleur douce ne dépassant pas celle du corps.
C'est avec raison que l'auteur que nous citons compare le travail qui s'opère entre la surface de la plaie et la greffe à celui qui se passe dans l'oeuf lors de l'incubation. Une température constante de 59 à 40 degrés est indispensable au développement de l'embryon ; de même pour la greffe il est probable qu'une sorte d'incubation est nécessaire à sa réussite. L'œuf présente du reste exactement la même série de phénomènes. On peut, avant de le faire couver, le conserver quinze jours et même davantage, sans qu'il subisse la moindre altération ; il est même probable qu'en cherchant bien on trouverait des moyens de le conserver un temps beaucoup plus long, puis, aussitôt placé sous la couveuse, le travail de segmentation cellulaire commence à s'opérer.
Les différents expérimentateurs, qui se sont occupés de cette question ont cherché quelle était Tinfluence des températures élevées. Le résultat n'était pas douteux, d'après ce que nous savons, par les recherches de Cl. Bernard, sur le sang et les muscles. Une température dépassant 45 ou 50 degrés, pour peu qu'elle s'exerce pendant un quart d'heure, d'après M. G. Martin, fait perdre à la greffe toutes ses propriétés.
En résumé, nous pouvons conclure que les lambeaux transplantés doivent être
conservés au froid et à l'air confiné, ou dans tout milieu encore à étudier qui pourrait fixer les éléments des tissus dans l'état où ils se trouvent lorsqu'on les
sépare de l'animal vivant. Une fois la greffe opérée, il lui faut, comme à l'œuf,
une température constante.
Influence exercée par la constitution même du tissu. Les expériences de
M. Martin semblent bien démontrer que l'interposition d'une couche de tissu
cellulaire ôle à la greffe presque toutes ses chances de succès. Pour qu'un
59Î GREFFE AiNlMALE.
lambeau de peau contracte des adhérences, il fout le débarrasser, autant que possible, du tissu cellulaire sous-jacent ; c'est qu'en efl'et le tissu cellulaire renferme bien des artères et des veines, mais très-peu de capillaires, tai\dis que le derme, les muscles, les muqueuses, sont des réseaux très-serrés de ces conduits, et l'aire la même opération à la partie sur laquelle on va l'appliquer, à moins qu'elle ne soit déjà couverte de bourgeons charnus, serait une tentative inutile. Les bourgeons charnus, nous le verrons, ont une couche épithéliale, à moins de les gratter. La surface de la plaie ne se soude pas facilement avec le lambeau à cause de cette couche.
Ce n'est pas seulement le derme qui peut ainsi se greffer : Philippeau)c et Vulpian ont introduit des nerfs dans la profondeur des tissus et ont constaté, au bout d'un certain temps, la présence d'un grand nombre de tubes nerveux de nouvelle formation. La même exjiéiience réussit avec les muscles. P. Bert a introduit, sous la peau, des queues déjeunes rats écorchés, et ces organes ont continué à croître, les os à se développer, comme s'ils étaient placés dans les conditions normales. Rappelons enfin Ls transplantations de périoste, etc.
M. Bert est allé jusqu'à tenter la greffe d'un embryon enté dans le péritoine d'un animal; mais ces expériences, dont on compiend la possiblité, n'ont encore donné aucun résultat.
Telles sont les seules considérations générales que nous ayons à présenter ici en présence de ce qui a déjà été dit aux; articles Gt.MinATio.\ (p. i'ii et suiv.), Anaplastie, opérations (p. 595), Cicatrick (p. 207), et à tous ceux qui ont été consacrés aux diverses opérations anaplastiques (Otoplastie, Rhinoplastie, etc.); néanmoins nous croyons devoir nous arrêter à une question fort débattue encore qui se po>e au sujet de la greffe épidennique : celle du mode de formation de cette grefic et de la composition des parties greffées. Puis nous terminerons par un coup d'oeil sur les applications de la greffe à l'étude de la physiologie et de la pathologie.
Greffe lipiDERiiiQUE. La greffe épidermique a été imaginée par J.-L. Reverdin, de Genève, alors qu'il était interne des hôpitaux de Paris. Les plaies très-larges, surtout celles des grandes brûlures, sont bien longues à cicatriser, malgré toutes les méthodes de pansement. Une fois la couche de bourgeons charnus formée, la cicatrisation délinilive, la fo/malion de l'épiderme est très-longue; on le voit surtout sur les plaies des ulcères variqueux, qu'on panse des mois entiers sans cicatiisalicn. Reverdin a eu, le premier, l'idée heureuse de pratiquer la greffe épidermique, pour essayer de déterminer artificiellement ces îlots de cicatrisation qu'on trouve à la surface des plaies très-larges et surtout des brûlures. Ces expériences ont pleinement réussi et elles ont été répétées par tous les chirurgiens, et je l'ai moi-même pratiquée. De certaines précautions sont indispensables |iour le succès de la greffe épidermique. Il faut qu'avec la couche cornée de l'épiderme on emporte, dans la greffe, la couche des cellules de Malpiglii, mais aucune portion du derme. Le meilleur procédé, c'est de faire, avec les doigts de la main gauche, un pli à la peau, et d'enlever un fragment de quelques millimètres carrés avec un rasoir bien coupant ou un bistouri bien affilé.
Tou'es ces expériences concordent pour faire voir que la greffe ne réussit qu'à la condition de prendre la partie profonde de l'épiderme. 11 est facile d'en voir la raison. La couche cornée, formée de cellules dont l'évolution est terminée, ne peut reproduire d'éléments nouveaux. C'est la loi commune de tous les éléments et de tous les êtres.
Ces expériences prouvent, en outre, que les greffes ne réussissent pas mr des surfaces saignantes; qu'elles ne réussissent pas davantage, enfoncées dans la profondeur des tissus, mais que la condition nécessaire de leur développement est une surface en bonne voie de cicatrisation, couverte de bourgeons charnus vigoureux.
Pourquoi faut-il qu'il eu soit ainsi? est-ce que le blastème qui couvre la surface d'une plaie, avant le complet développement des bourgeons charnus, n'est pas apte à la nutrition des éléments épitliéliaux du lambeau? Est-ce que les liquides nourriciers ne sont pas les mêmes, à la surface de la plaie et à un certain moment, que dans la profondeur des bourgeons et à une époque plus différente de la cicatrisation ?
Comment se fait-il que ce blastème, qui imbibe les éléments du tissu cellulaire, par exemple, ne soit pas apte à la nutrition des cellules épithéliales de la greffe, si dans certaines conditions il peut faire vivre les masses épithéliales volumineuses qui le pénètrent de tous côtés, lors du développement des cancroïdes cutanés?
Il semble, par conséquent, lorsqu'on réfléchit à ces faits, que la greffe épidermique ne peut vivre que dans un certain milieu très-circonscrit, dans le sens de l'épaisseur. Il faut qu'elle soit posée an niveau de l'épiderme. En dehors du plan de cette couche, elle cesse de se développer.
C'est ici qucThistologie intervient et nous donne la solution du problème, en nous montrant l'anatomie du bourgeon charnu, que nous avons en vain cherché dans toutes les publications sur cette question et même dans l'article Greffe du dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
Les uns veulent que la greffe intervienne dans la formation de la couche nouvelle en vertu d'une force calahjtique ou catahiotique (Gubler, Mathias Duval), force qui transformerait les éléments du tissu cellulaire en éléments épithéliaux; d'autres, s'appuyant sur l'imposante autorité du professeur Ch. Robin, font naître les cellules du nouvel épiderme dans un blastème par génération spontanée. D'après M. Poucet [Lyon médical, 1871), voici ce qu'on trouverait sur une greffe épidermique. « La couche cornée, dont les éléments se désagrègent très-facilement, a diminué d'épaisseur. Les cellules du corps muqueux ont leur disposition normale, toutes présentent un beau noyau avec un nucléole; nulle •part on ne trouve de signe de prolifération. » M. Poucet affirme qu'il n'y a nulle part autour de la greffe de signe de prolifération. M. Armaignac, qui cite ce passage dans sa thèse, en tii'e la conclusion suivante : « D'où proviendraient, en effet, ces nombreuses cellules d'épithélium, si ce n'est des éléments conjonctifs du derme, dont elles tiennent la place, et des cellules embryonnaires des bourgeons charnus, avec lesquelles elles se continuent directement? »
« Nulle part, en effet, on ne trouve trace de prolifération des éléments épithéliaux. » M. Poncet n'a vu nulle part trace de prolifération des éléments épithéliaux. N'ayant pas vu les préparations, je n'oserais le contredire, mais il me semble que ce fait est en contradiction avec tout ce qu'on observe sur l'épiderme, pendant le développement embryonnaire. C'est toujours à l'embryogénie qu'il faut recourir, lorsqu'on veut comprendre la formation des tissus nouveaux après la naissance, et, si M. Armaignac s'était guidé sur elle, il ne serait certainement pas arrivé à cette conclusion que ce sont les éléments embryonnaires des bourgeons charnus qui font les cellules épithéliales, car jamais chez DICT. KNr. r s Y 33
l'embryon on ne voit les cellules du feuillet moyen donner naissance aux cellules de l'épiderme.
M. Gohat (Thèse de Montpellier, 1871), cité encore dans la thèse d'Armaignac, a fait, de son côté, de nombreuses recherches histologiques sur les greffes épidermiques ; d'après lui, c'est aux environs du huitième jour qu'il est possible d'assister aux phénomènes qui accompagnent la formation de l'épiderme nouveau. Il nous semble déjà que ce temps est bien long, car dans les jours qui précèdent les éléments ne doivent certainement pas rester inactifs, et la preuve, c'est qu'autour de la greffe, sur la surface bourgeonnante elle-même, il observe des modifications.
D'après l'auteur, lorsqu'on fait une coupe comprenant une partie des bords de la greffe et une étendue égale des bourgeons charnus, voici ce qu'on observe : « Du côté de la greffe, l'épiderme est déjà formé avec ses deux couches cellulaire et cornée, semblable à l'épiderme normal, mais plus épais; il recouvre des semblants de papilles, sortes d'élevures irrégulières, beaucoup plus larges que longues; il est formé par des cellules épithéliales dentelées, munies chacune d'un beau noyau nucléole. Si l'on se rapproche peu à peu de la surface ulcérée {sic), l'épiderme, au lieu de former une seule couche nettement limitée par une ligne sinueuse du côté de la profondeur, pousse, dans les bourgeons charnus qu'il recouvre, des prolongements qui vont se rejoindre en circonscrivant des îlots de tissu conjonctif. 11 y a donc là, entre les tissus épithélial et conjonctif des pénétrations réciproques. En se rapprochant de la surface non cicatrisée, on voit disparaître les prolongements à la superficie, ainsi que la couche cornée.
En suivant ces phases de la cicatrisation en sens inverse, on voit que la première modification subie par une plaie qui doit se cicatriser porte sur la couche la plus superficielle.
Ce stade de la cicatrisation ne constitue pas une transition brusque et de peu de durée, allant des cellules embryonnaires aux cellules épithéliales : c'est, au contraire, une phase particulière de la cicatrisation, qui prépare l'arrivée des cellules épithéliales et qui se caractérise, par la présence d'une couche spéciale bien limitée du côté de la profondeur, allant en s'épaississant à mesure qu'on se rapproche de l'épiderme déjà formé. Cette couche n'a pas moins d'un demicentimètre d'étendue, et nous appelons l'attention sur elle. En raison de la situation, entre l'épiderme vrai et la surface franchement ulcérée, nous proposons de l'appeler zone épidennoidale, indiquant par là qu'elle n'est nullement formée par de l'épilhélium, mais qu'elle le prépare et en tient lieu, pendant quelque temps. Cette zone épidermoïdale se caractérise par la présence, entre ses cellules, d'un réticulum à mailles irrégulièrement rectangulaires. Ces points d'entre-croisement contiennent des noyaux (nœuds fertiles de Ranvier). Ce réticulum très-délicat, difficile à découvrir à la superficie, devient plus apparent dans la couche inférieure. Enfin, comme dernier caractère rapprochant ce réticulum de celui des tissus lymphatiques, la glycérine le masque en partie [Anatomie générale, t. II, p. 254, fig. 154).
Enfin, toujours d'après M. Colrat, les cellules de la zone épidermoïdale, en
connexion avec ce réticulum, se transformeraient les unes en cellules épithéliales,
les autres en cellules conjonctives. D'après lui, on ne verrait non plus trace de
segmentation sur toutes ces cellules.
M. Morat, cité encore dans la thèse de M. Arm.aignac, s'attache encore à étudier
ce réticulum, et, pour lui, les cellules embryonnaires qu'il renferme se transformeraient en cellules épithéliales. Mais d'où viennent ces cellules embryonnaires, quelle est leur nature, car toutes les cellules de l'embryon, à dater du moment où la séparation en trois feuillets est opérée, ne sont pas les mêmes, c'est ce qu'on ne nous dit pas, et ce qu'il faudrait savoir avant toute chose.
Ainsi, les liistologistes qui jusqu'ici ont étudié les éléments de la greffe sont arrivés à cette conclusion, qui peut paraître étrange à première vue, que ces éléments ne se multiplient pas, qu'on ne trouve à la périphérie du lambeau épidermique aucune trace de segmentation.
Reverdin lui-même est arrivé au même résultat : « Jamais, dit-il, je n'ai vu les cellules épidermiques des bords del'ilot renfermant deux noyaux ou un novau en voie de division. Rien absolument n'indique une prolifération de ces éléments. Rien non plus n'indique la formation dans un blastème. 11 n'y a donc qu'une troisième hypothèse possible, c'est que l'épiderme transplanté détermine, par sa présence, la transformation de cellules embryonnaires en cellules épidermiques. » C'est là une théorie toute nouvelle sur la formation des éléments anatomiques et qui ne serait pas venue à l'idée d'un embryogéniste familiarisé avec les études d'anatomie et de développement.
M. Matliias Duval, qui rapporte ces théories dans son article Greffe animale [Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques), laisse passer un peu trop facilement, de telles hypothèses, ce qu'il ne ferait probablement plus aujourd'hui.
11 compare même la formation de l'épiderme, en vertu de celte action de présence qu'exercerait le lambeau transplanté, au phénomène qui se produit, lorsque du périoste transplanté produit de l'os, du muscle engendre du muscle, etc.
Mais quelle relation existe-t-il entre ces faits ? Un lambeau de périoste, contenant à sa face profonde la couche des ostéoblastes, achève son évolution au sein de tissus étrangers, en faisant de l'os, par multiplication et transformation de ces ostéoblastes en cellules osseuses. Les éléments des muscles se multiplient de la même façon, lorsqu'ils ont été greffés. Et rien de plus. Pourquoi faire intervenir ici une force homœoplastique, transformant les éléments du tissu cellulaire en éléments musculaires ou osseux? S'il en était ainsi, cette force serait d'autant plus grande que ces éléments, transformés sous son influence, deviendraient plus nombreux, et alors quelle cause empêcherait l'animal entier, sur lequel on aurait greffé un lambeau gros comme une tète d'épingle de périoste, de se transformer tout entier en os, de se pétritîer comme les végétaux qu'on plonge dans la fontaine de Saint-Allyre.
Encore une fois ce sont les mêmes lois qui président au développement des tissus normaux et pathologiques. Les tissus de la cicatrice se forment chez l'adulte comme ils se sont formés chez l'embryon. Or, jusqu'ici, il n'est venu à l'idée de personne de faire intervenir cette force catabiotiqne (Gubler) pour expliquer la formation des éléments qui se développent successivement dans les trois feuillets embryonnaires.
Une expérience bien remarquable de T. Bryant aurait du cependant faire réfléchir les inventeurs de théories. Chez un homme blanc, qui avait un ulcère de la jambe, il transplanta quatre petites greffes de peau de nègre, qui, réunies, ne dépassaient pas le volume d'un grain d'orge. En dix semaines, les greflés étaient réunies et formaient une plaque de peau noire vingt fois plus large que les lambeaux primitifs : aussi conclut-il que les greffes croissent par la prolifération de leurs propres cellules, en même temps qu'elles excitent le pouvoir de formation
cutanée dans les bourgeons situés près d'elles et sur les bords de la plaie. Il nous semble qu'à défaut de fout examen microscopique ce fait de Bryant est assez démonstratif. Certainement ici ce sont les éléments de la grefle qui se sont multipliés. Or, comme tous ces phénomènes sont régis par des lois qui ne changent pas avec chaque cas particulier, il faut bien admettre que c'est là le processus habituel. Quant à cette action de présence exercée par la greffe sur la plaie, pour laquelle il n'est pas utile de faire une cause étrangère, nous verrons plus loin coaimenl eile peut s'expliquer. Les auteurs de ces travaux s'étaient laissé guider par l'anatomie réelle et l'étude du développement des éléments et des tissus. Us auraient trouvé, comme moi, la solution si simple à trouver. Mais au bas de la théorie de Virchow, qui se prête à tout et n'explique rien, qui ne précise jamais la nature d'un élément, son oi'igine, on arrive eu délinifive à des connaissances vagues qui n'ont rien d'anatomique et que, seuls, des médecins peuvent adopter, tels que les éléments épithélioïdes, autant dans les éléments musculaires, ces éléments musculoïdaux et ainsi de suite. Cependant M. Colrat était près de la solution, s'il ne s'était pas arrêté à des hypothèses.
Pour décider la question défait, le premier point qu'il fallait déterminer d'une façon précise était de savoir où s'arrête la couche épilhéliale qui tend à recouvrir les bourgeons charnus sur une plaie en voie de cicatrisation. Il est très-probable qu'elle s'avance beaucoup plus loin qu'on ne le suppose. Le simple examen, à l'œil nu, d'une surface bourgeonnante, et toutes les descriptions histologiques que nous venons de rapporter tendent à nous faire admettre que, lorsqu'une plaie est dans cette période de cicatrisation, favorable à la greffe, la plus grande partie des bourgeons sont déjà couverts d'une mince couche épithéliale. En effet, que voit-on sur une plaie couverte de bourgeons charnus? Une partie rouge centrale, qui en occupe presque toute l'étendue, et à la périphérie, sur le bord, un mince liséré blanc, bleuâtre, de 4 à 5 millimètres de large. Enlin, en dehors de ce liséré, le derme nouveau avec ses caractères à peu près normaux. Que représente ce liséré périphérique, qui, potu' les chirurgiens, n'est que la partie réellement couverte d'épiderme? C'est déjà du derme tellement avancé dans son développement, que non-seulement la couche profonde de l'épiderme est formée, mais encore la couche cornée commence à paraître, sous une épaisseur assez grande. Pour mesurer la hauteur de cette couche cornée, il n'est même besoin d'aucune préparation microscopique. Ne sait-on pas d'ailleurs, en effet, que le derme, comme celui qui recouvre la partie rouge des lèvres, celui du gland, de la vulve, etc., ne doit sa coloration, dans ces différents points, qu'à la minceur de la couche cornée, qui cependant existe dans ces points sur une épaisseur très-appréciable, même par le simple examen à l'œil nu. On est donc en droit de penser que, sur cette zone blanc bleuâtre, qui limite la plaie à la péripliérie, la couleur rouge étant à peu près éteinte, la couche cornée est déjà formée presque complètement. Les recherches histologiques de M. Colrat nous apprennent en effet qu'il existe, dans ces points, deux couches d'épiderme et des semblants de papilles.
M. Armaignac donne dans sa thèse deux dessins de coupes faites sur cette zone, et nous y voyons encore, non-seulement les deux couches épithéliales,mais des saillies papillaires.
Or, si l'on considère maintenant, ce qui se passe dans le développement embryonnaire normal du derme, on voit qu'une longue période sépare l'époque à laquelle apparaissent les deux couches épidermiques et surtout les premières saillies papil-
laires du premier cpiderme, qui est constitué par un feuillet même du blastoderme à son début, c'est-à-dire les premières heures du développement. Ne doitil pas en être de même dans la cicatrisation ? et si nous voyons, sur la périphérie d'une plaie, un derme complet, ou à peu près, nous devons en conclure que, bien loin de cette zone, là où les bourgeons sont rouges et saignants encore, il doit exister une mince couche de cellules représentant l'épiderme primitif. Seulement, lorsqu'on sait les difficultés qu'offre la conservation de ces éléments embryonnaires, on comprend facilement que les histologistes, aient pu passer à côté, sans l'avoir vue. Pour les trouver, il fallait faire des préparations toutes spéciales, en vue de leur conservation.
Et en effet, c'est ce que nous avons vu sur une large plaie faite à la peau de l'homme et couverte de bourgeons charnus, en bon état de développement, ne saignant pas, bien rouges et d'aspect luisant, deux ou trois bourgeons ont été détachés avec des ciseaux. J'ai placé ces bourgeons dans un liquide conservateur (le liquide de Mùller), quinze jours après j'ai fait durcir ces bourgeons et j'en ai fait des coupes fines. Ainsi que je m'y attendais, j'ai trouvé une épaisse couche épithéliale, ayant environ un demi-millimètre d'épaisseur, très-irrégulière, reposant sur le tissu des bourgeons charnus formé surtout d'une matière granuleuse de vaisseaux capillaires volumineux et de petits noyaux sphériques ou ovoïdes, dits du tissu cellulaire ayant 0'"'",005 de diamètre. Les cellules épithéliales de la couche supérieure étaient au contraire polygonales, larges de O^^jOS à 0""",02, granuleuses avec un noyau. Aucune n'avait les caractères de cellules cornées. Elles étaient faiblement unies entre elles, comme sont les cellules
des couches épithéliales de certaines mu- Couche épithéliale à lo surface des bougeons
queuses. Il n'y a donc aucun doute sur ;;!:?rprotX,t'tpe5rde:''c^
l'existence de cette couche épithéliale au H'es-volurameux et un tissu embi-yoplac-
, . . . ' , tique embrionnaire composé de matière et
centre d une plaie qui avait environ 8 a de noyaux, a la surface se trouvent des cel-
. n i- >» j r ^1 Iules épithéliales épideriniciues, sur une
10 centimètres de diamètre. grande épaisseur, et les plus superficielles
Cette couche épidermique est extrême- ^^Ze^^nÂJT^I^^t^!'''''""' '" ment fragile ; sur le vivant, pour peu que
la cicatrisation ne marche pas, elle tombe ; les bourgeons charnus alors, n'étant pas recouverts, deviennent saignants.
Sur un cochon d'Inde, j'ai fait une large plaie de 4 centimètres de diamètre à la région dorsale. Lorsque la cicatrisation a commencé et que les bourgeons charnus ont été en bon étatde développement, j'ai sacrifié l'animal etj'ai examiné toute la surface cicatricielle. Sur les bords de la plaie, là où existait le liséré bleu, blanchâtre, j'ai trouvé, comme M. Colrat, une couche cornée ; mais, au centre, j'ai trouvé des cellules épidermiques, représentant la couche de Malpighi et sur une assez grande épaisseur, un quart de millimètre. Nous voyons donc, lorsqu'on pratique la greffe épidermique, qu'on applique des lambeaux d'épiderme dont la face profonde renferme des cellules vivantes de la couche de Malpighi.
En cela les élémentsjuxtaposés sont dans les meilleures conditions pour faire, par leur union, une couche continue. Les éléments de la greffe sont alors un blastème épitliélial et en rapport avec des éléments jeunes, très-vivaces et de
même nature. Mais c'est en cela que le rôle de la greffe est utile; c'est que la couche épitliéliale des bourgeons charnus est très-fragile, que la moindre cause extérieure ou tenant à l'état général, surtout du sujet, peut la détruire, quoiqu'elle se renouvelle chaque jour, pendant toute la durée du travail de cicatrisation. Mais, si l'on tranche sur cette couche un lambeau résistant de cellules de la couche deMalpighi, surmontée de la couche cornée, on établit ainsi pour la couche sous-jacente un moyen de protection. Ainsi tous ces lambeaux d'épiderme transplantés sont des centres de résistance, pour la faible couche épitliéliale des bourgeons. Bien plus, ils renferment des lambeaux contenant des cellules qui sont aptes à passer en quelques heures à l'étal de cellules cornées, tandis que ces cellules molles de la couche épitliéliale des bourgeons n'y passeront que trèslentement, à mesure seulement qu'elles seront englobées dans la zone bleuâtre de la périphérie. Ces ilols greffés constituent des soutiens pour la couche épitliéliale des bourgeons. Ils agissent, comme formant des centres de formation de l'épiderme et en particulier de sa couche cornée, plus solide que le faible épitlielium de la plaie. Ces îlots résistent davantage aux causes de destruction multiples, qui peuvent se produire à chaque instant; que la couche protectrice disparaisse en grande partie, ces îlots rep-endraient immédiatement, en rayonnant autour d'eux, le travail de réparation.
Voilà donc, d'après l'observation simple des faits, comment agit la greffe épidermique. Elle agit parce qu'on greffe de l'épiderme sur l'épiderme, et là oii il n'y a pas un épiderme préexistant la greffe ne prend pas, et Reverdin a bien montré qu'elle ne prenait pas en contact avec le blastènie du tissu conjonctif enfoui dans sa profondeur.
Nous ne pouvons laisser ce sujet si intéressant et si nouveau de la greffe épidermique sans indiquer rapidement les procédés qui assurent son succès. Elle prend lorsque les bourgeons charnus sont rouges et luisants, ce qui indique la couche épidermique. Dans ces conditions, elle prend à coup sur. Dans les excavations profondes, comme dans les plaies d'amputation, elle ne prend pas. 11 faut que l'ensemble des bourgeons charnus ait déjà atteint le niveau du derme, pour que le travail de formation épidermique puisse s'acconiplir. Si la cicatrisation se fait m;il, comme dans les vastes décollements de la peau, que les plaies soient en mauvais état, que les bourgeons charnus soient sans vigueur et saignants, les greffes ne servent à rien, comme pour la greffe entre tissus musculaires. On a proposé de prendre le morceau d'épiderme sur les animaux, mais il est bien démontré que les greffes entre animaux différents, même épidermiques, ne réussissent pas. D'après le fait rapporté par Byart, il faut éviter de orendre une greffe sur un nègre, pour greffer un blanc, et surtout une femme. Reverdin a observé un fait très-facile à voir, c'est qu'une greffe épidermique, SI elle est placée près des bords de la plaie, se développe plutôt du côté du bord que de la partie centrale. 11 est facile, d'après les faits que nous avons exposés, d'en comprendre la raison. Cette observation prouve bien que la greffe épidermique ne prend pas dans un tissu quelconque, mais là seulement où l'épiderme est dans de bonnes conditions de nutrition. Ainsi, si on place une rangée de greffes près du bord de la plaie, on voit rapidement une espèce de pont se former rapidement entre elle et ce bord. D'où les conclusions qu'on peut tirer au point de vue pratique. Lorsqu'on se trouve en présence d'une plaie large, il ne faut pas chercher à poser les greifes dans la partie centrale. A la partie centrale lies n'ont pas de chances de succès. Aussi faut-il activer le travail de formation
épidermique à la circonférence sur une première ligne concentrique et, lorsque cette première ligne est couverte, recommencer les greffes sur une ligne concentrique à la première. Ainsi ce n'est pas au hasard qu'il faut disposer les greffes pour la cicatrisation d'une plaie. Ce n'est pas au hasard qu'il faut les placer, mais suivant une méthode précise et non en réseaux (article Greffe du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, Mathias Duval).
En résumé, la greffe épidermique rend de grands services en cliirurgie, en abrégeant le travail de réparation des grandes plaies qui épuisent les blessés. Dans un cas d'arrachement de presque toute la peau du crâne, la greffe épidermique a rendu à Reverdin un grand service.
Application de la. greffe a la physiologie et a la pathologie. Nous avons dit plus haut, avec MM. Prévost et Dumas, que la transfusion du sang peut être considérée comme une opération d'ente animale, les globules d'un animal allant vivre dans le plasma d'un autre animal sont de véritables greffes. L'ovule, se développant sur la muqueuse utérine, représente si bien une greffe que, s'il tombe dans le péritoine, il subit les mêmes phases évolutives, et constitue les grossesses extra-utérines. Appliquant une heureuse idée de Gratiolet, M. Bert tenta, comme nous l'avons vu, les greffes d'embryons. On comprend toutes les difficultés de ces expériences, qui ont constamment échoué entre ses mains.
La physiologie du système nerveux attend encore de la greffe la solution de cette question controversée, à savoir : si les nerfs transmettent les impressions dans les deux sens.
Les greffes entre nerfs ont servi à des expériences intéressantes sur les conducteurs nerveux. Il fallait démontrer, au moyen des soudures des nerfs, que la transmission nerveuse se fait dans ces deux cas. Bidda et Schiff avaient obtenu la réunion du lingual et de l'hypoglosse, nerfs de fonctions différentes. Alors, si on arrache l'hypoglosse dans une grande partie de son étendue, on excise le lingual et on suture le bout périphérique de l'hypoglosse avec le bout central du lingual ; la réunion est opérée en trois mois.
Si on met à nu les deux nerfs et qu'on excite le nerf au milieu du lingual, on obtient une douleur et une contraction dans la langue qui n'est pas une action réflexe : les contractions qui se produisent sont limitées à la moitié de la langue. On coupe le lingual au-dessus de la suture, on excite le bout périphérique audessus de la suture, et on obtient une contraction musculaire sans douleur. Donc la transmission se fait dans les deux sens. De même, si on suture le bout périphérique du lingual au bout central de l'hypoglosse, le lingual acquiert, au bout d'un certain temps, la propriété de mettre en jeu les muscles de la langue de la moitié correspondante. Le lingual devient un nerf moteur. Cette motricité est sensible quatre jours après la suturation. Ces expériences paraissaient très-probantes. M. Vulpian les refit et en donna une autre explication. Ou peut expliquer la production du mouvement qui suit l'expérience du lingual dans la première expérience par les anastomoses motrices qu'il reçoit de la corde du tympan. En effet, en sectionnant la corde du tympan, on ne peut plus faire contracter les muscles de la langue par l'excitation du nerf soudé. Vulpian a vu encore qu'il n'y a pas soudure de nerfs bout à bout; il y a régénération rapide nouvelle de fibres dans les deux sens, au niveau de la cicatrice. Les fibres du lingual, nerf sensitif, descendent dans le nerf moteur; l'hypoglosse remonte dans le lingual. Au niveau de la suture on pince à la fois les fibres de l'hypoglosse et les fibres du lingual.
M. Bert, à l'appui de la même théorie, avait fait aussi ses greffes de queue de rat. Il soude l'extre'milé de la queue sur une plaie du dos du même animal. Après plusieurs mois, il coupe la queue à la racine et constate que les deux bouts sont sensibles. Donc la transmission nerveuse sensitive se ferait dans les deux sens. Ou peut encore objecter à cette expérience que des nerfs nouveaux se sont formés dans toute la longueui- de la partie greffée. Les greffes de périoste, pratiquées par Flourens, Ollier, etc., ont fait croire à une singulière propriété de cette membrane, à savoir qu'elle sécréterait ou fabriquerait de l'os ; on sait maintenant à quoi s'en tenir à ce sujet. Le périoste fait de l'os, lorsqu'on enlève avec lui la couche profonde qui n'existe que chez les jeunes animaux et qui est formée par des éléments osseux en voie de développement. La moelle transplantée, ainsi que Goujon Ta montré, peut donner naissance à de l'os, comme le fait le périoste.
Certains points de la physiologie du système nerveux peuvent sans doute être éclairés au moyen de ces greffes, que M. Bert a appelé greffes siamoises; ce physiologiste prenait de jeunes rats, leur faisait, sur toute la longueur du flanc et dans des points symétziques, une large incision, comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. Les bords des deux plaies ayant été incisés, il assurait le contact des deux animaux et les maintenait en rapport, après avoir fait quelques points de suture, grâce aux soins les plus minutieux, pour éviter tout déchirement et nourrir les animaux. En quatre ou cinq jours, la réunion était opérée par première intention. M. Bert put constater ainsi que la belladone, injectée chez un des rats, dilatait aussitôt la pupille de l'autre. En ouvrant complètement Ja cavité abdominale, sur l'un des animaux ainsi réunis, il vit qu'une membrane péritonéale s'était formée sur la surface opposée en contact avec les intestins. Cette expérience semblait prouver que le frottement seul des intestins peut former une membrane séreuse. On n'a pas fait l'examen hislologique de cette membrane, afin de déterminer si réellement elle est une séreuse ; s'il en était ainsi, nous ne pensons pas que cette membrane ait pu être formée par simple frottement, mais par l'accroissement de la séreuse, qui vient de chaque côté jusqu'aux bords de la plaie.
Les greffes de ce genre, que M. Bert a tentées avec des animaux d'espèces différentes, n'ont pas réussi, mais les commencements d'adhérences qu'il a obtenus lui font supposer que Lincision tenait plutôt à des difficultés pratiques qu'à une question d'incompatibilité. Des tentatives de soudure, sur des embryons renfermés dans les cornes utérines, ont encore été faites par lui afm de vérifier la théorie de Geoffroy Saint-llilaire sur le mode de formation de monstres doubles.
On comprend ici quels obstacles insurmontables s'opposaient à ces expériences, car il fallait ouvrir complètement les enveloppes fœtales. Du reste, aujourd'hui la théorie de Geoffroy Saint-llilaiie est presque abandonnée.
Signalons encore, comme expériences intéressantes, les greffes de follicules dentaires pratiquées par Legros et Magitot [Comptes rendus de l Académie des sciences, 1874). Dans leurs expériences, ils ont fait 88 greffes en 14 séries. Ces greffes étaient empruntées à des chiens nouveau-nés, dont quelques-uns avaient vingt-deux et cinquante-huit jours. Ils ont greffé des follicules entiers, des bulbes isolés, le chapeau de dentine seul, tantôt sur le chien, tantôt sur le cobaye, et voici, en résumé, le résultat de leurs expériences.
Les transpla;itations sur des animaux d'un autre ordre zoologique ont donné un résultat négatif.
Les expériences consistant à transplanter des portions plus ou moins volumineuses de mâchoires, avec des follicules inclus, ont échoué par résorption ou suppuration .
Les greffes de l'organe de l'émail isolé paraissent vouées invraisemblablement à la résorption.
Les follicules et les bulbes dentaires peuvent continuer de vivre et de s'accroître, l'accroissement dans les cas de succès se fait avec peu de différence avec l'état normal.
Ainsi seize greffes, de bulbes dentaires seuls, ont donné trois résultats positifs. Un chapeau de dentine s'est [jroduit, mais l'émail ne s'est pas développé.
On voit, par ce court exposé des principales expériences, faites au moyen de la greffe animale, qu'elle constitue une véritable méthode d'expérimentation physiologique, et que d'importants problèmes pourront encore trouver, grâce à elle, leur solution.
Les opérations de greffe seraient de nature également à éclairer bien des questions de pathologie. On pourrait étudier, parce moyen, la génération de certaines maladies. Le cancer mélanique, par exemple, mis en petite quantité, se généraliserait quelquefois par la voie de vaisseaux lymphatiques. Or, ici, on n'aurait pas l'idée de dire qu'on a inoculé le cancer, mais greffe du cancer, qui s'est généralisé ensuite. Il en est de même, à nos yeux, des expériences de M. Villemin. 11 place un fragment de tubercule sous la peau. Ce fragment, n'aurait-ii qu'un millimètre cube, renferme peut-être un million de noyaux de tissu conjonctif ; c'est là une opération de greffe.
La greffe serait bien utile pour trancher une pareille question. Puisqu'il a été donné d'observer la généralisation des tumeurs greffées, nous pourrions ainsi savoir si des productions, considérées comme des accidents locaux, pourraient après la greffe se généraliser, et inversement si les tumeurs, manifestement infectieuses, n'évoluaient que sur un point déterminé.
La greffe pathologique peut agir de trois façons différentes : 1*> se développer sur place sans se généraliser; 2° agir sur tout l'organisme par sa présence; 5° infecter les ganglions.
La greffe serait donc ici un caractère spécifique permettant de mieux établir des classifications naturelles entre ces produits. Cadut,
Bibliographie. — Robin (Cli.). Des éléments anatomiques et des épithéliums. Paris, 1868. — Philips. Esquisse physiologique des transplantations cutanées. Bruxelles, lb!59. — Ollier (L.). Recherches expérimentales sur les greffes osseuses, avec note de Brown-Séquard. In Journ. de physiologie de l'homme et des animaux, t. III, 1860, et Bull, de l'Acad. de méd., 2 avril 1872. — Bert (Paul). De la greffe animale. Paris, 1865. — Du même. Expériences et considérations sur la greffe animale. In Journ. de l'anat. et de la j^hysiol. de Cli. Robin, 1864. — Dn MÊME. Hecherches expérimentales pour servir à l'histoire de la vitalité propre des tissus animaux. Thèse de la Faculté des sciences de Bordeaux, 1866, analysée dans le Journ. de Ch. Robin, n» de juillet 1866. — Laveban (.\ip.). Recherches expérimentales sur la régénération des nerfs. Thèse de Strasoourg, w 32, 1867. — Dubbeil (A ). Note sur la cicatrisation des os et des nerfs. In Journ. de l'anat. et de la physiol. de Ch. Robin, 1867. — Du MÊME. Noie pour servir à l'histoire des cicatrices chez les mammifères. In Journ. de Ch. Robin, janvier 1869. — Du mê.me. Greffes animales transplantées sur l'homme. Communication à la Soc. de chir., 17 juillet 1872, et Gaz. d. hôp., 1872. — Duval (Jlathias). Greffes. In Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, 1872. — Guyon (E.). Recherches expérimentales sur les propriétés phijsiologiques de la moelle des os. In Journ. d'anal, de Ch. Robin, juillet 1869. — Czernt (V.). Ueber Pfropfung von Schleimhautepithel auf granulirende 'Wundfàdchen. In Gentralbl. f. à. med. Wissensch., n' 17, 1871. — Arnold (Julius). Die Vorgânge bei der Régénération der epillulialcn Gcbiidc. In Arch. f. pathol. Analomie u. Phijsial. u. f. klin. Medicin, Bd. XIA'I. Berlin, 1S69. Analvsé dans le Journ. de l'anat. et
602 GRÉGARINES.
de la jjinjsiol. de Ch. Robin, mars 1872. — Goldie (R.-W.). Skin Grafting. In the Lancet, janv. 1871, p. 47. — Port. Sur la greffe épidermique et la torsion des artères. In Gaz. me'd. de Paris, octobre 1871, p. 483. — De Wecker (L.). De la greffe dermique en chirurgie oculaire. In Annal, d'ocul., juillet et avril 1872, p. 62. — Hobzé de l'Auxoit (de Lille). Sur quelques essais d'anaplastie humaine à l'aide de greffes viugucuses emprunte'es au lapiin ou au bœuf. Xote à l'Acad. de médecine du 24 sept. 1872. In Union méd., ii° 115, 1872. — PoxcET {Anat.j. Des greffes dermo-épide'miques, et en particulier des larges lambeaux dermoépidéniiques. In Lyon médical, octobre et novembre 1871. — Revebdin (J.-L.). De la greffe épidermique. In Arch. gc'n. de me'd., numéros d'avril, mai. juin 1872. — De même. Greffes épidermiques : d'une qualité particulière des îlots développés autour des greffes. In Gaz. méd. de Paris, déc. 1871, p. 544. — Aldanese (E.). Sul trnpantamento delV epidermide. In Gaz. clinica di Palermo. Maggio 1871. — Lanth (Ed.). Les greffes épidermiques : revue critique. In Gaz. méd. de Strasbourg, juin 1871. — Hofmokl. Ueber Ueberpflanzung von Hautstiickchen auf gramdircnde \yunden. In Wicn. med. Presse, n° 12, 1871. — Colrat (P.). Des greffes épidermiques. Thèse de Monlpeilier, n° 48, 1871, — Bontieu. De Vulc'ere variqueux, traitement par l'eau chlorurée et la greffe épidermique. Th. de Paris, 1872. — Coze. Des greffes cutanées, communication à l'Institut, 28 février 1872. — Dehcam (G.). De la greffe dermo-épidémique. Thèse de Paris, n° 550, 1872. — Herrgott (A.) et Reveudin (A.). Greffe épidermique. \n Gaz. méd. de Strasbourg. 1" et 15 sept. 1871. — Piolet (de Lille). Quelques faits nouveaux à propos de greffes humaines et animales. In Bull. méd. du nord de la France, numéro de septembre 1872, p. 545. — Mardcel. Des greffes cutanées. In Lyon médical, n" 11, 12, 16, 18, 1872. — Hebrgott. Sur la transplantation de la peau, note lue à la Soc. de méd. de Strasbourg, d'après une observation de Jules Yetolitzki. In Gaz. méd. de Strasbourg, janv. 1872, p. 206. C.
GRKGARIXES. Organismes inférieurs constituant avec les Psorospermies le groupe des Sporozoaires de Leuckart. Les Grégarines ont en général la constitution d'une simple cellule, mais cette cellule peut se compliquer dans sa forme extérieure et dans sa structure; elle peut acquérir des appendices de forme variée, crochets, dents, disques entourés de pointes radiées, etc., mais jamais de cils vibratiles ni de tlagellum. La cavité de la cellule peut être divisée par des cloisons transversales.
Le mode de reproduction de ces organismes est assez compliqué et se rapproche de celui de certains végétaux inférieurs; ils se multiplient, en effet, au moyen de spores qui prennent naissance dans leur intérieur.
Les Grégarines sont en général douées de mouvements plus ou moins prononcés. Elles vivent toutes en parasites, du moins à l'âge adulte, dans l'intérieur d'Invertébrés.
Les Grégarines ont été vues pour la première fois par Gavolini dans le tube digestif du Cancer depressus. Ramdohr, Gsede, Léon Dufour, Siebold, Stein,etc., en ont découvert un certain nombre chez beaucoup d'Insectes; on en a trouvé également chez des Vers, des Ascidies, etc. Les Vertébrés n'ont pas donné jusqu'à présent de vraies Grégarines; on ne trouve chez eux que des Psorospermies.
La forme du corps est en général allongée, cylindrique ; sa longueur varie entre quelques centièmes de millimètres et près de 2 centimètres. Chez un certain nombre de Grégarines, constituant le groupe des Monocystidées, le corps n'est formé que d'un seul segment unicellulaire ; chez les autres, les Polycystidées, le corps est formé de deux segments, dont l'antérieur, plus petit, représente une sorte de tête ou épiniénte. Cet épimérite peut n'avoir qu'une existence temporaire. A. Schneider a vu des Grégarines pourvues d'épimérites à crochets se dépouiller de ce segment et continuer à vivre ; cette mutilation est normale. 11 y a donc dans la vie de ces êtres deux phases : l'une pendant laquelle ils vivent fixés par leur épimérite, à l'état de céphalins, l'autre pendant laquelle ils sont errants et constituent alors des sporadins.
La paroi du corps est formée par une cuticule, ou épicyte, présentant souvent
GRÉGA.R1NES. 603
des stries et de nature toujours azotée ; elle ne présente aucune ouverture. En dedans se trouve le sarcocyte renfermant des fibrilles annulaires ou anastomosées en réseau ; ces fibrilles seraient de nature musculaire pour certains auteurs; pour Schneider ce seraient de simples fibres élastiques formant une sorte de squelette maintenant la forme du corps. La présence du sarcocyte n'est pas constante, surtout dans la partie postérieure du corps.
La masse centrale du corps, ou entocyte, est constituée par une substance protoplasmique renfermant une grande quantité de granulations spliériques ou irrégulières, ayant souvent un double contour, solubles dans les liquides alcalins. L'iode colore ces granulations en rouge brun, puis en violet sous l'influence de l'acide sulfurique; elles paraissent être formées par une substance amyloïde analogue à celle de la dégénérescence du foie et de la rate. Ce sont ces granulations qui donnent aux Grégarines leur aspect blanc et opaque.
L'entocyte renferme toujours un noyau muni d'un ou de plusieurs nucléoles; on observe rarement deux noyaux. Lorsque le corps est divisé en plusieurs segments par des cloisons, le noyau se trouve dans le segment postérieur.
La motilité des Grégarines varie suivant les périodes de la vie. Dans le jeune âge, ces êtres vivent fixés et sont immobiles ; plus tard, à l'état de sporadins, les uns sont immobiles {Zygocystis cometa), les autres sont très-agiles [Monocystis agilis). Les mouvements exécutés par les Grégarines sont soit des mouvements de translation totale, rectiligne, uniforme et volontaire, dont on ignore absolument la cause, soit des mouvements de contraction vermiforme ou d'inflexion du corps.
Les Grégarines vivent souvent associées par couples. Les deux individus qui forment le couple peuvent être réunis par des parties semblables, par apposition, c'est-à-dire qu'ils se fixent l'un à l'autre par la tête ou parla partie postérieure comme chez les Monocystidées, ou bien par des parties dissemblables, par opposition. Les individus associés par apposition sont immobiles; ils sont au contraire doués de mouvement quand ils sont réunis par opposition.
Cette association des Grégarines a induit en erreur certains observateurs, entre autres Stein, qui a fait des genres spéciaux pour des individus ainsi conjugués.
La reproduction des Grégarines a toujours ou presque toujours lieu dans un kyste, et le plus souvent le kyste se forme autour de deux individus préalablement conjugués. D'après Lieberkùhn, Ad. Schmidt, Frantzius, E. van Beneden et A. Schneider, il y a deux modes d'enkystement, celui d'une Grégarine solitaire et celui de deux Grégarines conjuguées.
La paroi des kystes des Grégarines est toujours très- résistante et parfois trèsépaisse; elle ne se laisse pas pénétrer par l'eau et résiste à la dessiccation. Les kystes sont en effet destinés à être évacués et à tomber dans le monde extérieur, où ils résistent à un grand nombre de causes de destruction.
Le mode de formation des germes ou pseudo-navkelles, dans les kystes, est encore peu connu ; il paraît varier suivant les espèces et même dans une seule espèce.
Suivant Stein, les deux individus enkystés se fusionnent après résorption de leur cuticule. Les granulations de la masse commune se réunissent en amas isolés, surtout à la périphérie, qui se découpe en lobes irréguliers. Les amas granuleux et les lobes se détachent de la partie centrale et forment de nombreuses vésicules libres dans l'intérieur du kyste. Ces vésicules s'entourent d'une substance mucilagineuse et deviennent des spores, ayant une forme allongée,
eu GRÉGARINES.
ressemblant à certaines Diatomées, d'où le nom de pseudo-navicelles qu'on leur a donné. Les spores viennent s'appliquer quelquefois à la paroi interne du kyste.
Les pseudo-navicelles peuvent aussi se former par segmentation totale du kvste ou seulement par production de petits bourgeons à la surface de la masse centrale, ainsi que l'ont vu Lieberkiihn, Scbneider et Butschli. Ce dernier auteur a uivi la formation des spores chez les Clepsidrina. A la périphe'rie de la masse résultant de la conjugaison de deux individus se forme une couche claire composée de petites cellules nucléées, comme celles qui constituent le blastoderme d'un œuf d'Insecte. Les noyaux de ces cellules viennent probablement des noyaux des individus enkystés. Les petites cellules quittent la périphérie et se réunissent au centre de la masse granuleuse où elles se transforment en pseudo-navicelles.
Il existe trois modes de déhiscence des kystes pour la dissémination des spores : 1° la paroi du kyste se rompt simplement (Monocystis, Uopîorhynchiis, Actinorhynchus, Bothrinpsis) ; 2° la masse centrale qui n'a pas pris part à la formation des spores se gonfle et fait éclater le kyste {Siylorhynchus) ; 5" il se forme un système de tubes, sporoductes, plongeant dans la masse centrale, puis se renversant au dehors, et par lesquels les spores sortent sous forme de chapelets (Clepsidrina, Gamocystix).
Les spores varient de forme, et chaque genre est caractérisé par leur forme. Il peut y avoir dans une même espèce [Moiiocystis) des spores de taille différente, des macrospores et des microspores dont le rôle n'est pas bien connu.
La structure des spores est assez simple ; la paroi presque toujours incolore, excepté chez les Styîorhyndius, où elle est brune et résistante ; dans YAdelea ovata, elle se sépare en deux valves; chez VUroi^pora JSemertis, elle est munie d'un prolongement en forme de queue. Le contenu est homogène ou granuleux. Dans certains genres, la spore est munie d'un noyau, et ce noyau est presque toujours accompagné de corpuscules sur lesquels Aimé Schneider a appelé l'attention et qu'il a appelés corpuscules falciformes {Monocystis, Gonospora, Urospora , Du four ia) .
Les spores n'arrivent à maturité qu'en dehors de l'hôte de la Grégarine; mais leur transformation en individus nouveaux n'a pas encore été suivie d'une manière complète. D'après Lieberkùlm, chaque pseudo-navicelle produirait un corps amiboïde; suivant E. van Beneden, chez la Grégarine du Homard, le corps amiboide produit deux Grégarines ; il perd sa motilité, émet deux prolongements qui se séparent, deviennent de jeunes Grégarines filiformes (pseudo-lilaires), et produisent plus tard un noyau. Dans les cas où les spores produisent des corps falciformes avec des noyaux, la phase amiboïde ne se présenterait pas.
Le nom de Grégarine a été donné aux organismes que nous venons de décrire par Léon Dufour, du mot grex (troupeau), parce que c'est par troupes qu'on les trouve ordinairement l'éunies dans le tube digestif de leurs hôtes. Léon Dufour rangeait les Grégarines parmi les Vers, et elles ont été regardées pendant longtemps comme des larves d'Helminthes. C'est en 1845 que KôUiker émit, pour la première fois, l'idée qu'elles devaient être rangées parmi les Protozoaires.
Depuis les travaux de Slein et d'Aimé Schneider, les Grégarines ont été divisées en trois tribus renfermant plusieurs genres établis d'après la forme du corps de l'animal et celle des spores.
MoxocYSTiDÉEs. Corps formé d'un seul segment unicelhdaire sans tête distincte. Individus isolés ou réunis par des extrémités semblables (en apposition).
GREGORY (Les). 605
Genres de Steiii : Monocystis, Zygocystis ; genres de Schneider : Gam.ocystis, Gonoxpora, Urospom, Adelea.
PoLYCYSTiDÉES OU Grégarinides. Corps formé de deux segments dont l'antérieur céphaloïde ; individus isolés ou réunis par des extrémités dissemblables (en opposition). Genres de Stein : Gregarina, Stylovhynclms, Iloplorhynchus, Actinocephalus ; genres de Schneider : Clepsidrina, Pilocephahis, Euspora, Hyalospora, Porospora, Bolhryopsis, Dufoitria, Genehorhynchns, Echinocephalus, Stenocephaliis.
DiDYMOPiiYDES. Corps formé de trois segments ; probablement des individus en état de pseudo-conjugaison (Ivolliker et A. Schneider). Genre D'uhjmophyes.
Les Polycystidées vivent dans le tube digestif des Articulés, et les Monocystidées, plus spécialement dans les autres Invertébrés, soit dans l'intestin, soit dans la cavité générale du corps. Les Grégariiies sont très-fréquentes chez les carnassiers, les coprophages et les omnivores ; elles sont rares chez les animaux herbivores. On les rencontre surtout chez les Arthropodes qui vivent dans les lieux humides, là où les kystes trouvent des conditions favoi'ables de maturation. F. Henneguy.
Bibliographie. — L. Di'four. Annal, se. naf., 1" série, vol. VIII, p. 43, 182G. — Du jième. Ibid., vol. XUl, p. 506, 18j8. — Du même. Recherches analomiques sur les Hé?>iiptères, 1835. — Du MÊME. Annal, se. nat., 2" série, vol. VII, p. 10, 1837. — A. Frantzius. Observationes qucedam de Gregarinis. Wratislaw, 1846. — F. Steis. Ueber die Nalur der Gregarinen. In Milliers Arch., 1848. — KOlliker. Ueber die Galtung Gregarina. In Zeitschr. f. wiss. Zoologie, 1848. — A. Schmidt. Abhandl. d. Senkenb. Gesellsch., vol. I, 1854. — Liederkuhn. Evolution des Grégarines. In Méni. cour, de l'Acad. de Belgique, 1855. — Du même. Beitrag zur Kenntniss der Gregarinen. In Arcli. f. Anal, und P/iysioL, 1863. — Ed. van BE^EDE^^. Recherches sur l'évolution des Grégarines. In Bull, de l'Acad. de Belgique, 2= série, XXXI, 1871. — R. Laîs'ksateb. Remarks on ihe Structure of the Gregarina. In Quart. Journ. Micr. Se., 1872. — Aimé Schneider. Contribution à l'élude des Grégarines. lu Arch. de zool. expér., t. IV, 1876. — Du MÊME. Sur quelques points de l'histoire du genre Gregarina. Ibid-, l. II, 1873. — BuTSCHLi. Kle/ne Beitrâge zur Kenntniss der Gregarinen. In Zeitschr. f. luiss . ZooL, t. XXXV, 1881. — Balbiam. Les sporozoaircs. In Journ. de microgr., 1882-1883.
GRÉGOIRE (Martin). Médecin de Tours, a résidé quelque temps à Paris, oîi l'on dit qu'il a professé la médecine. Il est connu par la traduction de quelques-uns des ouvrages de Galien.
I. De alimentorum facultatibus libri très. De atténuante vicliis ratione. Paris, 1530, 10-4°; autres éditions, 1555, in-12; 1633, in-r2. — II. Galeni introductio in puisu. Paris, 1549, in-16°. A. D.
GREGORY (Les). Famille de médecins et de savants anglais, parmi lesquels nous mentionnerons :
Gregory (John). Né à Aberdeen, en Ecosse, en 1724, était le fils d'un professeur de médecine à l'Université de cette ville et petit-iîls de l'inventeur du télescope à réflexion, le contemporain de Newton, qui avaient porté tous deux le nom de James Gregory. Après avoir terminé ses humanités, il se rendit en 1742 à Edimbourg pour y étudier la médecine, puis passa à Leyde et à Paris. En 1743, l'Université d'Aberdeen lui conféra le titre de docteur malgré son absence, et à son retour lui confia une chaire de philosophie. En 1749, il donna sa démission pour se livrer exclusivement à la pratique médicale, puis en 1754 s'établit à Londres, oi!i il fut élu l'année suivante membre de la Société royale
606 GREGORY (Les).
et quelque temps après, à la mort de son frère James, professeur de me'decine au Collège du roi. Dix ans après, il alla se fixer à Edimbourg et y devint, en 1766, professeur de médecine pratique à Université et premier médecin du roi pour l'Ecosse. 11 mourut subitement à Edimbourg le 9 février 1775, laissant des ouvrages remarquables par leur style clair et élégant. Nous citerons :
1. Comparative View of Ihe Stale and FacuUies of Man, with those of Animal World. London, 1766, in-S"; 1785, in-12. Trad. en franc, par Mademoiselle de Keralio. Paris, 1775, in-12. — II. Observations on the Dulies, Offices and Qualifications of a l'kysician and on the Melhod of Proseculing Inquiries into Philosophij. London, 1770, 1772, 1777, in-S". Edinburgh, 1775, in-8°. Trad. en franc, par Veriac. Paris, 1787, in-12. — III. Eléments of Practice of the Plujsic, for the Use of Students. Edinburgh, 1772, in-8°. London, 1774, in-8°. — IV. A Fathrr's Legacy to his Daughters. London, 1774, in-12. Trad. en franc- et en ital. par J. Sivrac Londres, 1805; autres trad. IVanç. Londres, 1794, in-12. Leyde, 1781, in-8°. Paris, 1800, in-12. — Y. John Gregory, ivkole Works, with an Account of the Life of the Author. Edinburgh, 1788, 4 voL in-12 ou in-8». L. llx.
Cpe;;ory (James). Filsdu précédent, naquit à Aberdeen en janvier 1753 et y reçut les premiers principes de son éducation à l'école primaire. 11 commença ensuite ses études au King's Collège de sa ville natale et les continua à Edimbourg et à Oxford ; il revint à Edimbourg en 1767 pour se livrer à la médecine et y resta jusqu'en 1773, pour aller ensuite se perfectionner à Londres. 11 fut élève à l'hôpital Saint-George, et fut reçu docteur à Edimbourg en juin 1774. « Durant l'année 1775 il voyagea sur le continent, visita la Hollande, la France et l'Italie. A son retour, il lut nommé à la chaire de médecine théorique de l'Université d'Edimbourg, qu'il occupa avec beaucoup de distinction jusqu'à la mort de Cullen, en 1790, qui laissa vacante la chaire de médecine pratique à laquelle passa Gregory. Le jeune professeur soutint dignement l'héritage de l'homme célèbre auquel il succédait. Ses leçons se faisaient remarquer par l'élégance du discours, la solidité des principes et surtout par la richesse des détails, avantage qu'elles devaiel^t à la prodigieuse mémoire du professeur, qui pouvait à volonté se rappeler non-seulement tous les faits tirés de sa pratique, qui était fort étendue, mais tons les détails des lectures qu'il avait faites » (Dezeim). Gregory mourut le 20 avril 1821, à l'âge de soixante-huit ans.
Ndus mentionnerons de Gregory :
I. Diss. med. de vtorbis cœli mulatione medendis. Edinburgi, 1774, in-S°. Reçus, in Smellie, Thésaurus disput. Edinburg., t. III, p. 515. — II. Conspectus medicinae theoreticae ad itsum academicum. Edinburgi, 1776-1782, 2 vol. in-S"; 1788-1790, 2 vol. in-8°; 6« édit., 1818. — 111. PItilosophical and Literary Essays. Edinburgh, 1792, 2 vol. in-8°. — lY. Mémorial to the Managers of the Royal Infirmary of Edinburgh. Edinburgh, 1800, in-4°; 1805, in-8°. — Y. Narrative of his Conduct towards the Royal Collège of Physicians of Edinburgh. Edinburgh, 1809, in-4°. — YI. Manuscrits importants conservés à la bibliothèque de la Société médicale et chirurgicale de Londres. L. Hn.
Gregory (WiLLiASi). iMédecin et chimiste célèbre, était le troisième fils du précédent. Il vint au monde à Edimbourg le 25 décembre 1803, fit ses études dans sa ville natale et obtint le diplôme de docteur en médecine en 1828. U se rendit ensuite sur le Continent pour étudier particulièrement la chimie, qui avait plus d'attraits pour lui que la pratique médicale. A son retour, il fit des leçons privées sur la chimie à Edimbourg, puis en 1837 fut nommé professeur de chimie à l'Université andersonienne de Glasgow, où il remplaça Graham. En 183^, il quitta Glasgow pour Dubhn et peu après enseigna la médecine et la chimie au King's Collège d'Âberdeen, dans la chaire déjà illustrée par ses
GREINER. 607
ancêtres, enfin en 184-i revint à Edimbourg où il obtint la chaire de chimie de l'Université. II conserva ce poste jusqu'à sa mort arrivée le 24 avril 1853.
William Gregory était en chimie plutôt ce qu'on pourrait appeler un érudit qu'un praticien ; il fil plus pour l'enseignement de cette science que pour ses progrès. Cependant on a de lui des travaux remarquables sur la pyroxanlhine, produit solide et volatile obtenu dans la distillation du bois, sur un composé de soufre et d'azote, sur les produits de la décomposition de l'acide urique, sur la préparation de divers produits tels que l'acide chlorhydrique, l'oxyde d'argent, la morphine, etc. Il a traduit en anglais plusieurs ouvrages sur la chimie, en particulier ceux de son ami le baron Liebig. Mentionnons encore d'une manière spéciale une belle étude sur les Diatomées, insérée dans les Transactions ofthe Royal Society of Edinburgh. Nous nous bornerons à citer de lui :
I. A Handbook ofOrganic Chemistnj, etc., 4"" Edit. London, 1856, in-S». — II. A Ilandbook of Inoiganic Chemistry, 4"". Edit., London, 1856, in-8°. — III. Neue Méthode der Abscheidung des Morphiums aus Opium. In Liebig's Annal., Bd. VU, 1855. — IV. Verfalvenzur Analyse des Opiums. Ibid., Bd. XVII, 1856. Etc., etc. L. Un.
Gregory (James-Ckawford). Frère du précédent, plus âgé que lui, fut reçu docteur en 1824 à Edimbourg et se fixa dans cette ville, où il fut nommé médecin du Royal Infirmary, fellow du Collège royal des médecins, etc. Il mourut, croyons-nous, vers 1852, d'une fièvre typhoïde contractée dans les salles des fiévreux. On peut citer de lui :
I. Biss. inaug. de hydrope acuto. Edinbui'gi, 1824, gr. in-S". — II. First Lines of Ihe
Praclice of Physic. A New Edit, commenced by tlie laie William Cullen and continued
by liim. Edinburgh, 1829, in-8°. — III. On Diseased States ofthe Kidncy, connected during Life with Albumitious Urine. In Edinb. Med. a. Surg. Journ., t. XXXVI, p. 515, 1851. — lY. Autres articles dans le même recueil, dans le Dublin Journ. of Med. a. Chem. Se., etc.