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Les éléments dont se composait la poinilalion de la Guadeloupe pendant la première époque se trouvent réunis dans le tableau A, emprunté à liey.
On y constate que, pendant les sept prcniièns années de la période considérée, la population totale est d'environ 100 000 habitants, dont 14 000 au plus de race blanche. Les esclaves y sont an nombre de près de 84 000 et les affranchis y sonl à peine 1400 à iSOO. Dans les sept années suivantes, on constate un accroissement de 8000 personnes qui porte en totalité sur les deux derniers groupes. La population blanche seule a diminué. Les alTrancbissements sont cependant notablement plus fréquents; de 17 pour 1000 esclaves, pendant la première phase, ils ont été portés à 24 pendant la seconde; mais c'est principalement la population noire qui s'est accrue. Le tableau B résume tout ce que Uey a pu réunir de renseignemenis sur cette première époque. On y reconnaît que la densité de la population est d'environ o\) habitants par kilomètre carré. Sur 1000 habitants, 129 seulement sont de race blanche, les autres, esclaves ou atîranchis, sont des noirs ou des nmlàtres. Dans la race blanche, l'élément masculin et l'élément féminin sont à peu près équivalents (104 hommes pour 100 feunnes). Les renseignemenis dont on dispose ne permettent pas de se rendre compte de la natalité, on sait seulement que sur lOOO lilancs il y a 550 enfants au-dessous de douze ans, et si, pour essayer de constater l'importance de cet élément démographique, on cherche le rapport qui existe entre ce nombre d'enfants et celui des femmes adultes, on trouve que pour 100 femmes blanches il existe 109,6 entants blancs, répartis entre les deux sexes de la manière suivante : sur 100 enlants blancs, 54 garçons et 46 tilles, ou 1 17,5 garçons pour 100 lilles.
Dans la population esclave, les conditions sont peu différentes; le nombre des hommes est toutefois plus élevé proportionnellement que le nombre des femmes (110 hommes pour 100 fenmies). Sur 1000 esclaves, on compte 518 enfants de moins de douze ans et pour 100 femmes esclaves 108,9 enfants, rapport à peine inférieur à celui des blancs. La proportion des sexes, chez les enfants d'esclaves, est de 59 garçons pour 41 filles, ou 145,9 garçons pour 100 filles. D'après ces chiffres, qui sont à coup sûr trop vagues pour qu'on puisse en tirer des déductions particulières, on apprend cependant que, si les esclaves, qui ont un peu moins d'enfants que les blancs, ont plus de garçons, ce qui est, en somme, une supériorité au point de vue des chances de vitalité de la race, ils en perdent cependant davantage.
S'il y avait quelque intérêt à comparer aux deux groupes dont il vient d'être question le petit groupe croissant des affranchis, on y constaterait tout d'abord la prédominance de l'élément féminin (100 femmes pour 6i hommes), presque le double ; on devine aisément pour quelles causes les maîtres se montrent plus généreux ou plus accommodants à l'égard du sexe féminin, mais ce qiii achève la démonstration, c'est le petit nombre d'enfants que possède le groupe : moitié moins que chacun des deux autres (117 enfants au-dessous de douze ans, sur 1000 affranchis), et surtout la faible proportion de ce nombre d'enfants par rapport à celui des femmes affranchies (46,5 pour 100). La morale n'avait donc probablement que peu de chose à voir dans les causes d'affranchissement des femmes.
Enfin, constatons que chez les esclaves les infirmes et les vieillards sont plus nombreux (67 pour 1000) que chez les blancs (56 pour 1000), et que. sous ce rapport, les affranchis tiennent exaclemonl la moyenne entre les deux groupes.
En résumé, les conclusions à tirer des renseignements fournis sur cette première époque sont les suivantes, que Rey a justement liiit ressortir :
1" L'état stationnaire de la population blanclie, en regard de raccroissemeiit de la population esclave (10 blancs possédant en moyenne G6 esclaves) ;
2° La rareté des affrancliissemeiits, qui croissent cependant légèrement, mais qui portent principalement sur le sexe féminin ;
5° La natalité probable à peu près égale clicz les blancs et chez les esclave?, mais très-inférieure dans la population affranchie.
De ces deux conclusions nous retiendrons principalement la première et la troisième.
Nous avons dit que la deuxième époque étudiée par Rey commence en 1831 pour finir à 1848. Au début de cette période, la colonie jouit depuis quinze ans d'une paix profonde qui lui a permis de se remettre des épreuves subies pendant les longues guerres du commencement du siècle. La population a augmenté de 15 441 habitants. Ce qu'il faudrait découvrir, c'est l'origine de cet accroissement. Est-il le résultat de la fécondité naturelle de la population? Quelle part revient à l'importation toujours continuée des esclaves d'Afrique, d'un côté; à l'immigration des blancs, dans l'autre groupe? C'est ce que les documents publiés ne permettent pas de savoir. Efforçons-nous toutefois do tirer le meilleur parti possible des données existantes; mais, tout d'abord, constatons qu'il n'y a plus guère de comparaison possible entre les deux périodes, car, pour la deuxième époque, nous n'avons plus que deux groupes : 1° la population libre, qui comprend les blancs et les affranchis de toute couleur ; 2° la population esclave. Or, dans l'accroissement signalé plus haut, la population libre compte pour une proportion beaucoup plus élevée que la population esclave (8447 pour le premier groupe, contre 6994 pour le second). Le quart de siècle d'insécurité et de guerre qui a passé sur la Guadeloupe a changé les proportions signalées dans l'étude de la première époque entre les deux élémenls, masculin et féminin, de la population. Vers la fin du dix-huitième siècle, il y avait 105 hommes pour 100 femmes; en 1851, il n'y a plus que 92 hommes : ni l'immigration libre ni la traite n'ont ou combler le déficit. Pour étudier celte deuxième époque, il faut la subdiviser en trois périodes secondaires : la première qui comprend les trois premières années de 1851 à 1855 inclusivement; la deuxième qui va de 1855 à 1840, et la troisième de 1840 à 1847 inclus. Cette nouvelle subdivision est rendue nécessaire par la promulgation de deux actes importants au point de vue de l'état social de la population. Le principal est l'ordonnance du 4 août 1855, qui, en obligeant les propriétaires à faire la déclaration des naissances, des mariages et des décès de leurs esclaves, donne à ces derniers un état civil. Cette ordonnance a voulu, en outre, que les états de recensement indiquassent, à partir du 1*"'' janvier 1854, les noms, prénoms, âge, sexe et caste des individus, et qu'ils fissent aussi mention individuelle 1 1 par date des circonstances qui, depuis le recensement précédent, auraient produit des augmentations ou des diminutions dans le nombre des esclaves. L'ordonnance du 11 février 1859, complémentaire de celle de 1855, prescrit qu'à la suite du recensement général des recensements annuels de la population esclave doivent continuer à être faits. C'est à ces deux ordonnances, ainsi qu'à l'initiative antérieure du ministère de la Marine, qui, depuis 1851, publiait déjà chaque année les Tableaux de population, de cidture, de commerce et de mvigaiion dans les colonies françaises, que nous devons les renseignements
qui vont être analysés. Malheureusement, ainsi qu'on le verra au cours de ce travail, ils sont loin d'être aussi détaillés qu'il le faudrait pour qu'on pût se rendre un compte exact des mouvements de la population.
Un des premiers effets de l'ordonnance de 1834 fut une augmentation subite de plus de 5000 habitants. Nul doute que cet accroissement n'est qu'apparent et qu'il est la conséquence de la mise à exécution des prescriptions de l'ordonnance. Quoi qu'il en soit, la population totale arrive, pendant la période de 1840 à 1847, au nombre moyeu de 150 000 habitants, ce qui donne pour tonte la deuxième époque un accroissement annuel moyen de 4 à 500 habitants. Mais la diminution de la population mâle signalée au début de la deuxième époque se continue pendant cette dernière. Dans la population libre, sur 1000 femmes, on ne compte plus, pendant la première période (1831 à 1853), que 906 hommes. 896 de 1854 à 1840, 859 de 1840 à 1847. Il en est de même, quoique dans des proportions moindres, dans la population esclave ; pour 100 femmes de cette catégorie on trouve 933 hommes durant la première période; 925 dans la seconde; 912 dans la troisième. Ici encore, pour rechercher les causes de ce décroissement lemarquable, qui ne peut plus s'expliquer par la guerre, nous aurions besoin de renseignements plus détaillés, principalement en ce qui a trait aux mouvements d'entrée et de sortie sur lesquels nous n'avons aucune donnée. Si l'on examine les rapports entre les effectifs des deux sexes à différents âges, on apprend que la population libre compte, sur 100 personnes, 50 enfants des deux sexes âgés de moins de quatorze ans, et que le nombre des garçons est égal à celui des tilles; mais, dans l'âge adulte, pour 100 femmes, il n'y a que 85 hommes, et dans la catégorie des personnes libres âgées de plus de soixante ans, qui forme tout au plus le 6 pour 100 de la population totale de cet ordre, sur ces 0 individus il y a 4 femmes. La population esclave ne se présente pas dans des conditions bien différentes : sur 100 esclaves, nous trouvons 30 enfants, parmi lesquels les deux sexes sont en nombres équivalents comme dans le groupe précédent; mais les adultes, qui constituent les 60 pour 100 de la population esclave, sont répartis en proportion égale dans les deux sexes, la légère différence est en faveur des femmes (105 pour 100 hommes). Dans le groupe des enclaves âgés de plus de soixante ans, la proportion est la même que dans la population libre. 11 n'y a donc entre les deux groupes d'autre différence appréciable que la disproportion, aux dépens de l'élément ra;isculin, du chiffre des hommes et de celui des femmes, dans la population libre arrivée à Tàge adulte. Malheureusement ce groupe libre est constitué d'éléments trop divers pour qu'il soit permis de hasarder une conjecture sur les causes de celle différence, qu'il faut toutefois signaler.
Les renseignements recueillis depuis l'ordonnance de 1854 et sous son autorité nous permettent du moins de porter notre attention sur la natalité et la matrimonialilé et la mortalité; on les trouvera dans les tableaux D et E, empruntés comme les précédents au travail de Rey. Dans la population libre, nous constulons d'abord, pendant la première période, 56 naissances pour 1000 individus. Ce chiffre diminue pendant la seconde période et tombe à 30 dans la troisième (de 1840 à 1847). Dans la population esclave, les naissances semblent plus rares. Dans la première période nous en trouvons 25 pour 1000 esclaves* dans la seconde 21, mais dans la troisième le chiffre remonte à 28. Si l'on cherche à comparer le nombre des naissances à celui des femmes en état de les produire, nous n'avons à notre service que le nombre de la population
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