‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.48Chapitre 47 sur 59 · HÉLÈNE (SAINTE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE (SAINTE

il forme, en plusieurs endroits, des obélisijues de forme très-curieuse. Ces filons appartiennent à une période postérieure à la ibrmalion de l'île.

On ne trouve nulle pnrt à Sainte-Hélène de granit ni de roclie plutonii|ue quelconque, ce qui exclut l'idée que l'île ait jamais l'ait partie d'un continent. Ce qui semble le jjIus probable, c'est que l'océan Atkinti(|iic recouvrait, dans le principe, la place qu'elle occupe aujourd'bui, et qu'elle s', st formée par des éruptions volcaniques successives, dont la plus importjnl ■. a formé la baie Sandy. La lave, à mesure qu'on s'élève, devient de plus en plus feldspatbique et plus friable, cela fait penser qu'une grande partie a été emportée par les eaux, détruite par les influences atniospbériques, et que l'île avait jadis des dimensions plus considérables qu'aujourd'hui. Quelques îlots sans importance qui se trouvent près de son rivage ont dû eu être séparés par l'action de la mer qui bat en pleine côte et souvent avec une extrême violence.

On trouve à Sainte-Hélène les traces de 60 à 70 éruptions volcaniques, et cependant aujourd'hui les tremblements de terre y sont très-rares. On n'en compte que 4 depuis trois cent quatre-vingts ans. Ils ont eu lieu en 1756, 1780, J817 et 1864. Malgré sa formation volcanique, le sol do l'île ne contient ni soufre, ni produits sulfurés. Parmi les nombreux cours d'eau qui la sillonnent il n'y a pas une source thermale.

La minéralogie n'offre pas d'intérêt. On assure que Sainte-Hélène renferme des mines de fer, et Malte-Brun dit qu'il existe, dans la partie occidentale, une mine de houille qu'on a longtemps exploitée. La terre végétale est grasse, argileuse. Elle forme des couches épaisses dans les vallées et partout oîi la disposition des pentes lui a permis de se fixer : ainsi, dans l'intérieur, la verdure remonte jusqu'au sommet des montagnes. La végétation, assez vigoureuse «ur les hauteurs, s'apauvril à mesure qu'on descend vers la mer et disparaît complètement sur les collines noires qui forment la ceinture de l'île.

La flore spéciale de Sainte-Hélène n'offre guère qu'une dizaine d'espèces végétales, parmi lesquelles on remarque une grande fougère arborescente et trois sortes de gommiers qui forment le bois de Longwood, le seul de l'île, depuis que les chèvres miportées et devenues sauvages ont dévoré les forêts qui couvraient toule l'île il y a un ou deux siècles. Les autres végétaux y ont été importés. Le chêne, le cyprès, le myrte, y ont aussi bien réussi que le cotonnier, elles arbres fruitiers de l'Europe s'y sont acclimatés comme ceux des régions intertropicales. Les cactus et les géraniums y croissent à l'état sauvage. La faune se compose également d'espèces transportées. Tons les animaux domestiques de l'Europe y ont prospéré; la pèche y est très-productive et, grâce à cette richesse eu ressources alimentaires, Sainte-Hélène a toujours été un point de relâche précieux pour les navires qui font les voyages de l'Inde et pour les baleiniers qui fréquentent ces parages.

Malgré son voisinage de l'équateur, Sainte-Hélène jouit d'un climat tempéré. Le froid y est inconnu, les clialeurs n'y sont jamais accablantes. Au bord de la mer, la moyenne de température est de 25 degrés en janvier, de 19*^, 1 en juillet, mais sur les hauteurs, à l'Observatoire de Longwood, par exemple, les écarts sont plus considérables.

L'ile se trouve placée sur la limite sud de la zone annuelle des faibles pressions de la région équatoriale. La hauteur barométrique varie peu. Elle atteint son maximum en juillet à 764 millimètres et son minimum en janvier à 760 millimètres.

Les vents alizés de sud-est y soufflent pendant presque toute l'année; ils

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passent quelquefois à l'est et au nord-est dans l'automne. Leur force varie en général de 10™, 5 à 12", 5 à la seconde. C'est en hiver qu'ils ont le plus de violence; parfois, en septembre, ils soufflent en tempête sur les hauts plateaux, s'engouffrent dans les vallées, déracinent les arbres et enlèvent le toit des maisons. Ces coups de vent remplacent les cyclones et les ouragans des tropiques et, tandis qu'ils mettent les navires en péril du côté du vent, le calme règne sous le vent à l'abri des montagnes.

Les hauteurs sont presque toujours enveloppées de nuages qui couvrent l'ile entière comme une ombrelle et protègent la végétation. Les plaies tombent pendant deux saisons, en été et on hiver. Les premières sont plus abondantes; ce sont elles qui causent les inondations; les secondes sont plus continues, on compte en moyenne 140 jours de pluie par an. Bien que la mer y marne à peine de GO centimètres, les raz de marée y sont d'une extrême violence: témoin celui qui causa de si grands désastres le 10 février 1846. En revanche, on n'y voit jamais d'orages accompagnés de tonnerre.

Quatre saisons s'y partagent l'aimée, comme en Europe, mais en sens inverse, bien entendu. Le printemps, qui comprend les mois d'octobre, novembre et décembre, est aussi agréiible que celui de l'Angleterre. Il est égayé par un soleil brillant, à peine assombri par de légirs nuages qui se résolvent en de fraîches ondées et font éclore dans ses vallées la végétation dont nous avons parlé. La température ne dépasse jamais 20 degrés et ne descend pas au-dessous de 13, même sur les hauteurs. L'été s'étend du commencement de janvier à la fin de mars. Le thermomètre s'élève alors jusqu'à 25 degrés et à James-Town il monte jusqu'à 28. L'automne, qui comprend avril, mai et juin, est signalé par la chute des feuilles comme en Europe et par de petites pluies qu'on appelle dans le pays grains d'Ecosse. L'hiver, composé des mois de juillet, d'août et de septembre, est signalé par des froids assez vifs et par une insigne bumiililé. Le thermomètre s'abaisse parfois à Longvvood jusqu'à 11 degrés et l'état hygrométrique de l'air y rend le feu nécessaire pour assainir les maiïons et préserver les vèlenit nts de la moisissure. Ces conditions climatologiques jointes aux grands vents qui y soufflent parfois rendent le séjour des plateaux assez pénible et les Anglais reconnaissent eux mêmes que les plaintes de l'Elat-Major de iN'apoléon l''", au sujet de l'insalubrité de sa résidence, étaient parfaitement fondées.

Le climat de James-Town diffère essentiellement de celui des hauteurs. Bâtie sous le vent de l'île, au fond d'un ravin étroit, entre deux collines basaltiques de 240 à oOO mètres d'élévation, cette ville est une fournaise pendant l'été. Le thermomètre y monte parfois jusqu'à 28 degrés. La chaleur est accablante, les étrangers y sont dévorés par les moustiques, le sommeil y est impossible et on éprouve un sentiment d'oppression très-pénible lorsque le vent cesse. Les calmes à peine interrompus par une petite fraîcheur du nord-ouest ne durent jamais plus de cinq ou six jours et la chaleur n'a pas le temps de produire des maladies. Le vent de sud-est arrive auparavant et remédie à tout. Les habitants l'appellent le docteur. La ville bien drahiée et abondamment pourvue d'une eau excellente n'est pas malsaine.

L'île tout entière mérite sa réputation de salubrité. Les maladies endémiques y sont inconnues, le choléra ne s'y est jamais montré et la fièvre jaune pas davantage, malgré le voisinage du Brésil où elle est devenue endémique, et de la côte occidentale d'Afrique où elle fait souvent de grands ravages. La petite

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vérole et la scarlatine n'y ont jamais e'té observées et les fièvres paludéennes ne s'y rencontrent que chez ceux qni les ont contractées ailleurs.

Ln mortalité est très-faible à Sainte-Hélène. Ce sont les maladies de l'enfance qui font le plus de victimes et plus de la moitié des morts a lieu avant dix ans ou après soixante. En 188i, sur une population de 5059 habitants, on a enregistré 76 décès, c'est-à-dire 15 sur iUOO. Il y en a en 77 en 1882, 54 en 1885 et 6*2 en 1884, dont 17 au-dessous de dix ans et 18 après soixante. Il n'y a pas de statistique ofiicielle des décès ni des causes de mort, mais on peut s'en faire une idée par le mouvement des deux hôpitaux, l'hôpital militaire et l'hôpital civil. Ce dernier a été construit en 1847, pour les malades provenant des navires en relâche. Il devait être, pour cette raison, entretenu à l'aide d'un prélèvement sur les droits d'ancrage. Il reçoit en elfet beaucoup de matelots de toutes les nations, mais il est également ouvert aux habitants pauvres de l'île. Il se compose de deux jolies salles, hautes, propres, bien aérées, contenant cliacune dix ou douze lits et ne renfermant qu'un très-petit nombre de malades. En 1844, il en est entré 150 dont 114 liommes et 16 femmes et il en est mort 7, Dans le nombre des entrées figuraient 80 marins ayant pris leur maladie en dehors de l'île, et ce sont eux qui ont exclusivement payé le tribut aux affections endémiques. Leur statistique signale en effet 22 lièvres paludéennes et 18 dysenteries contractées à la côte d'Afrique, 13 maladies des organes respiratoires, 8 affections chirurgicales, 7 cas de syphilis et 2 de scorbut. Les 50 malades provenant de la population n'ont présenté que les maladies qu'on observe partout, des diarrhées, des fièvres éphémères, des rhumatismes, des scrofules, des ulcères, quelques névroses, quelques affections des yeux et des voies urinaires.

La morlalité des troupes est encore plus faible. Elle est inférieure à celle de toutes les autres colonies anglaises et à peine supérieure à celle de la métropole, et cependant la garnison de Sainte-Hélène est formée par des détachements provenant du Cap oiî beaucoup de soldats ont contracté des maladies coloniales. Pendant les cinq années comprises entre le 1" janvier 1880 et le 51 décembre 1884, sur un effectif moyen de 189 hommes, il y a eu annuellement 1 14 entrées à l'hôpital militaire, 1 décès et 10 congédiements. Le nombre des malades en traitement a été de 6,70 par jour, ce qui fait à peine 35 pour 1000 de l'effectif, et pourtant ces chiffres sont encore trop élevés, parce qu'ils sont influencés par les statistiques de 1880 et 1881, années pendant lesquelles on a évacué de nombreux malades du cap de Bonne -Espérance sur Sainte -Hélène. Les maladies vénériennes entrent pour un quart dans le chiffre des entrées; le reste se compose d'anémiques, de cardiaques et de piithisiques venant pour la pluuarl du Cap. Cependant celte maladie se contracte aussi dans l'île, et cela se comprend lorsqu'on songe à l'humidité du climat et aux vents qui soufflent dans les hauteurs. Ces conditions climato!ogiques excluent la pensée de faire de Sainte-Hélène un refuge pour les tuberculeux ; mais ce serait un excellent sanatorium pour les malades de la côte occidentale d'Afrique et du Cap. A la fin du siècle dernier, sous le gouvernement de Robert Brooke, on en avait fait un lieu d'acclimatement provisoire pour les tioupes se rendant dans l'Inde; mais l'Angleterre a depuis longtemps renoncé à échelonner ainsi ses garnisons. Ecc. Rochard.

H£LÉ\i:vE. C-^H^*0^. Huile volatile, crislallisable, extraite par Geoffroy

59a HÉLÉiNlUM.

le jeune de la racine d'aunée et connue sous le nom d'essence ou de camphre (V année. Elle cristallise en prismes ou aiguilles quadrilatères, blanc-jaunàtres, d'une odeur et d'une saveur pe'ne'trantes, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool chaud et l'éther; elle fond à 72 degrés, bout vers 280 degrés en se décomposant partiellement et répandant une odeur de patcbouli. Elle est attaquée à chaud par la cliaux potassée el dégage vers 250 degrés une grande quantité d'hydrogène en laissant un résidu résinoïde. L'acide sulfurique la dissout avec une belle couleur rouge qui passe au noir ensuite. L'acide nitrique à chaud la transforme en nilroliélénine. Distillée avec l'acide phosphorique anhydre, elle donne un hydrocarbure, Vhélénine, C'*H-^

D'après des recherches récentes, l'hélénine serait un mélange de trois corps, Thélénine proprement dite n {C''H*0-), rr/Zf/nto/isomérique avec le camphre des Laurinées et l'anhydride alanlique. L'hélénine proprement dite serait seule soluble dans l'alcool (Kallen).

L'hélénine brute ou hélénol a été récemment préconisée par Valenzuela. Korab, Blocq, elc, comme un spécifique contre les affections de la muqueuse respiratoire et en paiticulier contre le bacille de la tuberculose et comme un puissant agent antiseptique dans le pansement des plaies. L'hélénine a figuré aux expositions d'hygiène à Berlin, et de produits pharmaceutiques à Vienne, en 1885. Depuis lors elle est entrée dans la pratique.

Suivant Korab [Lancet, 1885, t. 1, p. G72), il suffit d'une partie d"hélénine pour empêcher la fermentation putride de 10 000 parties d'urine. Blocq l'a employée en solution comme succédané de l'acide phenique dans le pansement des plaies; elle agit comme antiseptique et en même temps favorise la cicatrisation.

Korab en fait un spécifique de la tuberculose; d'après les observations de Valenzuela, l'hélénine rendrait effectivement des services signalés dans la phlhisie ; elle diminuerait la toux et l'expectoration et rétablirait la perméabilité du poumon. Les effets seraient merveilleux contre la coqueluche. Enfin, elle serait très-efficace dans les bronchites chroniques, dans la pneumonie clu'onique lobulaire, etc Nous croyons qu'il faudra attendre de nouvelles observations avant de se prononcer définitivement sur la valeur de l'hélénine.

Doses : On en donne par jour jusqu'à 10 ou 12 centigrammes, aux adultes, soit sous forme de pilules, soit en potion. L. Hn.

HÉLÉKIL'M {Jleleninm L.). Genre de plantes de la famille des Composées et du groupe des Ilélianthées. Ce sont des herbes vivaces, à feuilles alternes, à capitules hélérogames, les fleurs centrales régulières, hermaphrodites, celles de la circonférence ligulées, femelles, avec la languette large, cunéiforme, tri- ou quadrilobée au sommet. L'involucre est formé d'écaillés disposées sur deux rano-ées, les intérieures acuminées, les extérieuics nombreuses, foliacées, étalées ou réfléchies. Le réceptacle, convexe ou globuleux, est nu. Les étamines ont les anthères prolongées iiiférieurement en deux auricules plus ou moins développées. Les achaines, ovoïdes, sont pourvus de côtes longitudinales, parallèles, hérissés de longues soies raides. L'aigrette est formée de 5 à 6 lames membraneuses, incolores, le plus ordinairement acuminées.

Les Ilelenium habitent les régions tempérées du Nouveau Monde. Les espèces les plus intéressantes au point de vue médical sont: 1'//. Rosilta Turcz., que l'on cultive en Russie, notamment aux environs d'irkutsk, pour la fabrication d'une poudre sternutatoire, et 1*7/. autumnale L., dont les feuilles et les inflo-

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rescences sont préconisées, dans l'Amérique du Nord, comme toniques et fébrifuges. Celte dernière espèce, originaire du Canada, est fréquemment cultivée en Europe comme plante d'ornement. Ed. Lef.

BiBuocnAPHiE. — Linné. Gen., n" 961. — De Candolle. Prodom., V. 667. — Cassini. In Bict. des se. nat., XX, p. 348. — Endliciieh. Gen. ,11" 2C03. — H. Bâillon. Hist. des plantes^ VIII, pp. 53 et 241. — Rosenthal. Synops. pt. diaph., pp. 278 et 1116. Ed. Lef.

IIELFFT (Hermann-Ludwig). Médecin allemand, né à Berlin le 24 mai 1819, fut reçu privat-docent en 1859 et enseigna la balncologie et la climatologie, dont il avait fait le but de toutes ses éludes. 11 mourut à Bade le 17 juin 1869, laissant :

I. Handbuch der Balneotherapie. Berlin, 1854, in-S"; 6. Aud., ibid., 1S64, in-8°. — II. Balneodiâledk. Vei-haUuncjsregeln beim Gebraiiche der Miiieralwasser, etc. Derlin, 1858, in-10; 2. Aufl , ibid., 1862, in-16. — 111. Krampf und Lâhmiuuj der Kch/kopfmuskeln und die dadurch bedinglen Krankheilen. Berlin, 1852, in-8°. L. IIn.

Helfft rédigea depuis 1857 les Grœvell's Notizen fur prakthche Aerzte et publia un grand nombre d'articles sur la balnéologie et la climatologie dans Med. Cenlval-Zeitung, Berliner Idin. Wochenschrift, Deutsche Klinik, sans compter diverses productions littéraires. L. Un.

HÉLilAi^TOE {Heîianthus L.). Genre de plantes de la famille des Composées, qui a donné son nom k une tribu spéciale, celle des Hélianthées. Ses caractères sont les suivants : capitules à involucre formé de grandes bractées foliacées, imbriquées, disposées sur deux ou plusieurs rangs; réceptacle plan ou légèrement convexe, muni de paillettes scarieuses, translucides et semiembrassantes ; fleurons de la circonférence ligules, femelles; ceux du disque tubuleux, hermaphrodites, fertiles; ovaire uniovulé, surmonté de deux ou trois languettes membraneuses et d'un style dont les brandies, récurvées, sont prolongées supérieurement en un appendice aigu et papilleux; achaines légèrement comprimés ou subtétragones, à aigrette caduque formée de 2, 4 ou 6 soies écailleuses plus ou moins rigides.

Les Hélianthes sont des herbes annuelles ou vivaces, habituellement de grande taille, à feuilles opposées ou alternes, à capitules ordinairement trèslarges et solitaires au sommet de la tige ou des rameaux. On en connaît environ 100 espèces qui habitent surtout l'Amérique du Nord, le Chili et le Pérou.

L'ff. annuus L., qu'on appelle vulgairement Gran*/ so/e//, To!/rneso/, Girasole, Couronne de soleil, est une espèce annuelle, originaire du Pérou, et que l'on cultive depuis longtemps en Europe pour l'ornement des jardins. Sa tige épaisse, cylindrique, dressée et le plus souvent simple, peut atteindre jusqu'à 2 mètres de hauteur. Elle porte de grandes feuilles alternes, ovales-cordées, fortement dentées sur les bords, et se termine par un capitule penché, d'un très-grand diamètre, dont tous les fleurons sont d'un beau jaune. Le réceptacle, charnu-spongieux, très-épais, se mange dans quelques contrées comme celui de l'artichaut. Les achaines mûrs servent à la nourriture des volailles et surtout des oiseaux de volière. Torréfiés, ils ont une odeur et une saveur rappelant un peu celles du café. Dans l'Amérique du Nord, notamment en Virginie, ils servent à faire une sorte de pain et de la bouillie pour les enfants. On extrait des graines une huile utilisée pour l'éclairage. Enfin la moelle contenue dans la lige peut être employée pour faire des moxas.

592 HÉLICE (zoologie).

VH. tiiberosus L., originaire de rAmériquc du Nord, probablement du Canada {voy. Alph. de Candolle, De Vorigine des plantes cultivées, p. 54), est fréquemment cultivé en Europe dans les potagers et quelquefois en grand en plein champ. Sa souche vivace donne naissance à de gros tubercules charnus, oblongs ou subglobuleux, très-riches en inuline, qu'on appelle vulgairement Topinambours ou Poires de terre (Jérusalem arlichoke des Anglais, Erdapfel des Allemands). Ces tubercules constituent un légume excellent, dont la saveur douce et sucrée a de l'analogie avec celle de l'artichaut. Ils ont même été préconisés pour remplacer les pommes de terre. Dans certaines contrées, on les emploie beaucoup pour nourrir les bestiaux pendant l'hiver.

Au Canada, on mange également les tubercules de 17/. strumosus L.

Enfin, au Chili, on extrait de 1'//. tliuriferus iMolina {Maravilla ou Maravilla do Campo des naturels) une substance résineuse très-aiomatique qu'on emploie aux mêmes usages que l'encens. Ed. Lef.

BiBLMGRAPiiiE. — I,iN>É. Gcti., Ti" 979. — Candolle (dc). Prodr., V, p. 585. — Expliquer. (}en., n" 25")8. — Ui:ntiiam et IlooKEn. Geti., t. II, p. 576, n" 400. — Rosextual. Syn. pi. (fiaph., p. 274. — Uaii.lon (H.). ///*/. des pi., t. VIII, pp. 40, 201 et 504. Ed. Lef.

DÉM.v\Tiiï:.m': {Ilelionthemum Tourn.). Genre de plantes de la famille des Cislacées, dont les représentants se rapprochent beaucoup des Cistes {voy. ce mot). Ils en diffèrent par leur calice à trois sépales, par leur ovaire à trois placentas pariétaux, et par leur capsule qui s'ouvre à la maturité en trois valves au lieu de cinq. Les graines renferment sous leurs téguments un albumen farineux dans lequel se trouve un embryon plus ou moins arqué.

Les llélianthèmes sont des plantes herbacées ou suffrutescentes, à feuilles simples, alternes ou opposées, avec ou sans stipules. Leurs fleurs, hermaphrodites, régulières, de couleur jaune ou blanche, plus rarement rosée, sont disposées en cymes terminales qui deviennent souvent unipares par avortement et simulent alors des grappes ou des épis. On en connaît une soixantaine d'espèces environ, ré[)andues surtout en Europe, dans la région méditerranéenne et dans l'Asie occidentale.

VII. vulgare Gaertn. [Cistus Helianthemiim L.), qu'on rencontre très-communément dans les lieux arides, sur les collines sèches et dans les clairières des bois, est connu sous les noms vulgaires d'Herbe d'or, Fleur de soleil, Hyssope des garigues. 11 passait autrefois pour astringent et vulnéraire et figurait dans les olficines sous la dénomination d'Herba Helianthemi s. Chamœcysli vulgaris. On l'employait surtout contre la diarrhée, la dysenterie, le crachement de sang.

L7/. canadense Michx., espèce de l'Amérique du Nord, est employé, dit-on, comme dépuratif et antiscrofuleux. Ed. Lef.

BffiuoGRAPHiE. — ToLUSEFORT. /ns<., 248, t. 128. — Candolle (de). Prodr., t. I, p. 265. — Endlicuer. Gen., n° 5029. — Bextham et Hookek. Geii., p. 113. — Gaertxer. Fruct., t. I, p. .571, t. 76. — RosEXTHAL. Sy>wj)s. pi. diaph., p. 657. — Baillox (U.). Hist. des plantes, t. IV, pp. 325, 350, 531. Ed. Llf.

HÉLICE. § L Zooiog;ie. Les Mollusques-Gastéropodes qui composent le grand genre Hélix L. sont désignés indistinctement dans le langage vulgaire sous les noms de Limaçons, Colimaçons ou Escargots. Ils appartiennent au groupe des Pulmonés et à la famille des Hélicidés. Leur coquille spiralée,

HÉLICE (zoologie). 59'

capable de contenir l'animal tout entier, varie considérablement quant à la lornie ; elle est en général plus ou moins globuleuse et à spire peu élevée, d'autres fois orbiculaire, convexe ou conoïde; l'ouverture est entière, arrondie, plus large que longue, très-oblique, avec les bords désunis et plus ou moins modifiés par la saillie de l'avant-dernier tour de spire. L'animal ressemble beaucoup a celui des Limaces. Il est pourvu inférieurement d'un disque musculaire, ou pied, très-large, plus ou moins gibbeux et spiral en dessus. Le manteau l'orme, au point de jonction des deux parties du corps, une sorte de bourrelet annulaire {collier], dans l'épaisseur du(|uel sont percés l'orilice arrondi de la cavité respiratoire et l'orifice anal. La tète, peu distincte, est munie de quatre tentacules obtus, rétractiles, dont les deux postérieurs, beaucoup plus grands que les autres, poitent les yeux à leur extrémité. La màcboire est très-t'orte et en forme de croissant. Les organes génitaux débouclient au dehors par un orifice unique situé au côté externe et postérieur du grand tentacule gauche.

Toutes les Hélices sont terrestres. Au commencement du printemps, elles pondent un assez grand nombre d'œufs blancs, de la grosseur d'un petit pois, et couverts d'une enveloppe membraneuse qui durcit en se desséchant. Ces œufs sont déposés directement dans la terre humide, ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, dans des anfractuosités plus ou moins profondes des rochers, des arbres, des vieux murs, lu où l'humidité est constante. Au moment de léclosion, les petits sortent munis d'une coquille très-mince, sur laquelle se voit déjà im commencement de spire.

Le genre Hélix a des représentants dans toutes les parties du monde, depuis la limite polaire des arbres jusqu'à la Terre-de-Feu.On en connaît actuellement plus de 5500 espèces, dont la forme varie beaucoup et passe par des nuances insensibles des Hélices globuleuses à spire aplatie à celles dont la spire est turriculée et tend à se confondre avec les genres voisins, particulièrement avec les Bulimes. Pour faciliter leur élude, on a partagé le genre en seize groupes principaux ou sous-genres (Pa(?(/alleld., Pimctum Morse, Anchintoma Adams-, Helicella Férus, Cochlea Adams., etc.), divisés eux-mêmes en sections )dus ou moins nombreuses suivant les auteurs [voy. Fischer, Man. de conchyliologie, 1881, p. 470).

En France, les Hélices sont assez nombreuses. On en compte environ 150 espèces qui sont répandues dans toutes les régions, jusque dans les parties les plus élevées des Alpes et des Pyrénées. M. Fischer a même établi pour ces montagnes plusieurs zones d'altitude caractérisées chacune par la prédominance d'une espèce spéciale. Ainsi, dans la première zone (de 500 à 1000 mètres), VHelix carthusiana Uu\l. serait commune aux deux chaînes; la deuxième zone (de 1000 à 1200 mètres), au contraire, serait caractérisée, dans les Alpes, par 1'//- obvoliila MuU., et dans les Pyrénées par l'fl. aspersa L., et dans la troisième zone (de 1200 à 1500 mètres), l'espèce dominante serait, pour les Alpes, VH. Fontenillei Mich., et pour les Pyrénées ÏH. limhata Drap. VU. sylmlica Drap., qui se retrouve dans les Cévennes et le Jura, caractériserait de son côté la quatrième zone (de 1500 à 2000 mètres) des Alpes et serait remplacée à la même altitude, dans les Pyrénées, par VH. nemoralis L. Enfin, la cinquième zone (de 2000 à 2500 mètres) aurait pour espèces dominantes, dans les Alpes, VH. glacialis Thom., et dans les Pyrénées 1'^. camscalensis Fabr. Ces altitudes représentent la limite extrême de chacune des espèces énumérées, qu'elles coexistent ou non dans les zones inférieures. Parmi les autres espèces, moins

DICT. ENC. i° S. XII. 38

594 HELICE (emploi).

caractéristiques, qui les accompagnent dans ces zones, il convient de citer, notamment, dans les Alpes, les H. fruticum Mull., //. personata Lamk, H. montana Férus, H. incarnala Mull., H. alpina Férus, IL pomatia L.,H. zonata Férus, etc. ; dans les Pyrénées, les H. rupestris Stud., H. ericetorum Gmel. et //. pyrenaica Drap., des Pyrénées-Orientales. Quelques-unes de ces espèces habitent également les plaines : telles sont notamment les H. hortensis Mull., H. carlhusiana Mull., H. arbustorum L., H. nemoraUs L., H. pomatia L. et H. aspersa L. Cette dernière espèce, trop commune souvent dans les jardins et les potagers, est appelée vulgairement la Jardinière. Sa coquille est d'un jaune plus ou moins foncé avec quatre larges bandes brunes, décurrentes de la spire à l'ouverture, dont le péristome est blanc et évasé en dehors. L7/. nemoralis L., non moins commune, est connue sous le nom vulgaire de la Livrée. Sa coquille, de couleur jaune, avec le péristome et la callosité de l'ombilic d'un brun trèsfoncé, est le plus ordinairement ornée de une à cinq bandes brunes. VH. pomatia L. ou Hélice vigneronne se rencontre communément dans les vignes et dans les grands bois. Sa coquille globuleuse, ventrue, est marquée de stries transversales irrégulières, de couleur, roussàtre, avec des bandes souvent presque effacées de même couleur, mais plus foncée; le péristome, un peu épaissi et à peine évasé, est parfois d'un brun violet.

Toutes ces espèces sont herbivores et frugivores et commettent de grands dégâts dans les jardins. Elles se tiennent pendant le jour sous les pierres ou dans les lieux couverts, d'où elles sortent pendant la nuit, surtout lorsque l'atmosphère est chargée d'humidité. Dès les premiers froids, elles se réfugient dans les excavations des vieux murs ou des rochers, sous l'écorce des arbres et même dans la terre, oîi elles s'enfoncent assez profondément. Là, elles retirent entièrement leur corps dans la coquille, dont elles ferment l'ouverture au moyen d'une cloison calcaire ou faux opercule, appelé épiphragme, et passent ainsi l'hiver dans un état d'engourdissement et d'inaction complets.

De tous temps, les Hélices, surtout les grosses espèces, ont servi à la nourriture de l'homme. Au dire de Pline (lib. YllI, cap. xxxix), les Romains en faisaient une grande consommation. Les plus estimées provenaient de l'ile d'AstypaIce, l'une des Cyclades, de l'Illyrie, de Sicile, des îles Baléares et de lile de Caprée. On les parquait, pour les engraisser, dans des enclos spéciaux nommés cochlearia. Ed. Lef.

g II. Emploi. Vhéltce vigneronne ou escargot, si abondante dans les grandes régions vignobles du centre et de l'est de la France, constitue un aliment estimé. Son usage ne présente aucun inconvénient, s'il est convenablement assaisonné; il y a lieu cependant de l'interdire aux estomacs délicats. Dans le Midi, l'escargot est remplacé par plusieurs espèces voisines, notamment par les Hélix aspersa, H. sxjlvatica et H. vermiculata.

On a beaucoup vanté les propriétés de ces Hélices contre les affections de poitrine, particulièrement contre la phthisie; Chrestien (de Montpellier) les considérait comme le remède le plus efficace contre ces affections. Ces vertus médicinales étaient surtout attribuées au mucus abondant que contiennent ces Mollusques et, d'après Figuier, à un principe sulfuré spécial de ce mucus qu'il a nommé hélicine. Ce mucus renferme en outre du phosphore. Mais, comme le fait remarquer Gubler, le phosphore et le soufre se retrouvent dans un grand nombre de matières animales, surtout dans l'albumine de l'œuf. Le mieux

HÉLICIIUYSE. 595

serait de mangei' les hélices loutes crues, ce qui aurait Tavautage d'introduire simultanément dans les voies digestivcs les matières azotées alibijes et les ferments animaux susceptibles de les transformer en peptones; c'est précisément ce qui fait la supériorité de l'huître comme aliment.

Quoi qu'il en soit, les hélices sont encore employées en médecine sous diverses formes, notamment sous forme de bouillon, de gelées, de sirop, de pastilles, etc. On prépare même sous le nom à'hélicine une poudre renfermant les sucs desséchés de l'animal. On fait encore un saccharum avec une espèce dési'niée vulgairement sous le nom de littorine ou d'escargot de mer, qu'on rapportait jadis au genre Ilelix et qui est devenue le Littorina Ultorea L. ; on conserve cette préparation dans des flacons bien bouchés. L. \\^^

BÉLICIIRYSE [Helichrijsum Gaertn.). Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Composées et au groupe des Gnaphaliées. Ses caractères sont les suivants : capitules à involucre formé de bractées scarieuses, imbriquées, planes, disposées sur plusieurs rangs et non étalées en étoile à la maturité; réceptacle plan ou plus ou moins convexe, tantôt im, tantôt alvéolé ou muni de paillettes; fleurs loutes lubuleuses; celles de la circonférence femelles, peu nombreuses, à corolle filiforme ; celles du disque hermaphrodites fertiles; anthères pourvues à leur base de deux appendices filiformes plus ou moins allongés ; achaines cylindriques-oblongs, surmontés d'une aigrette formée de soies tantôt lisses, tantôt scabres, tantôt plus ou moins longuement barbelées, parfois plumeuses à la base ou au sommet.

Les Ilelichrj/sum sont des plantes herbacées ou sous-frutescentes, à feuilles alternes, entières, tomenteuses-blanchàlres, ainsi que les liges et les rameaux. Leurs capitules, de forme et de dimension très-variables, sont de couleur jaune, blanche ou rosée. On en connaît plus de 500 espèces répandues dans les réo-ions chaudes de l'ancien monde, principalement dans la région méditerranéenne. « Leurs inflorescences, pourvues de bractées colorées, dont l'éclat ne s'altère pas par la dessiccation, les font rechercher, sous le nom d' hnmoi'telles, pour parer les tombes, les églises, les maisons, et il s'en fait dans le midi de l'Europe, en Orient, etc., un commerce considérable » {voy. 11. Bâillon, Hist. des plantes, VIII, p. 502). Les espèces les plus utilisées à ce point de vue sont 1'//. arenariuni DC. {Gnaphaliiim arenarutm L.) ou Perlière des sables, qui croît dans les sables siliceux en Lorraine, en Alsace, etc., VH. hraclealum Willd., espèce australienne cultivée dans les jardins de l'Europe, YH. angiistifolium DG., de la région méditerranéenne, et YH. orientale Qaeïin. ou Immortelle jaune, indigène en Grèce et dans l'île de Gandie. Il en est de même, en Australie, de YH. alaium Benth. [Ammobium alatiim R. Br.) ou Immortelle blanche, et au Gap, de VH. proliferum Willd., dont on a fait le type du genre Phœnocoma.

L'H. Stœchas D. G. {Gnaphalium Stœchas L.), si commun sur les coteaux secs du midi de l'Europe et qui remonte en France le long des côtes de l'Océan jusqu'à Nantes, est légèrement sudorifique et béchique. Ses capitules figuraient jadis dans les officines sous la dénomination de Flores Stœchadls neapolitanœ. VH. arenarium D. G. a les mêmes propriétés.

VH. fœtidum Gass. [Anaxeton fœtidum Gaertn.) est une espèce du Gap, qui s'est naturalisée sur plusieurs points de nos côtes de l'Océan et de la Manche. Toutes ses parties répandent, quand on les froisse, une odeur désagréable. On l'a préconisée comme aromatique-astringent. Il en est de même de 1'//. sangui-

596 IIliLlE.

nemn Kosll., espèce des îles de la Grèce, dont la racine fournit une huile aromatique particulière. En. Lef.

Bibliographie. — Gaertxer. Fruct., t. II, p. 404. — Candolle (de). Prodromus. t. Vf. p. 100. — Endlicher. Gen., n" 2741. — Bentham et IIookeb. Gen., t. II, 309, n" 228. — GiiEMERet GoDUON. FI. fr., t. Il, p. 185. — Rosesthal. Sijii. pi. diaph., p. 200. — Bâillon (H.). Hixl. desplantes, t. VllI. pp. 174, Ô02. Ed. Lef.

HÉLICIIVE'. C'ii'^O''. Produit d'oxydation de la salicine obtenu par Piria en Ivaitaul ce corps par l'acide azotique très-étendu :

Salicine. Ilolicine.

L'hélicine cristallise en aiguilles fines, très-courtes, très-peu solubles dans l'eau bouillante et l'alcool, insolubles dans l'élher, de saveur légèrement amère. A 100 degrés, elle perd i,5-i ])our 100; à 175 degrés, elle se transforme en un liquide transparent ; elle se décompose à une température plus élevée, vers 240 degrés.

Les alcalis étendus, les acides et les ferments tels que l'émulsion, convertissent l'hélicine en glycose et en hydrure de salicyle. L'amalgame de sodium en présence de l'eau régénère la salicine.

On connaît les dérivés chlorés, brumes, etc., de l'hélicine.

Michael a récemment obtenu l'hélicine par synthèse, en mettant en contact pendant environ trois jours molécules égales d'acétochlorhydrose et de salicylite de potassium dissous dans l'alcool absolu. Cette hélicine artificielle fond à 175- 176 degrés et se dédouble sous l'inlluence des acides étendus ou de l'émulsine en glycose et en aldéhyde salicylique.

Un a encore donné le nom d'hélicine à un prétendu principe contenu dans les escargots {voy. Hélice). L. Hn.

HÈLIÇOÏDIXE. C-^H'^^O^*. Substance cristallisée, analogue à l'hélicine, qu'on obtient en traitant la salicine par de l'acide azotique à 12 degrés Baume. La formule correspond à une combinaison de salicine et d'hélicine.

La synaptase la dédouble en glycose et en hydrure de saiicyle, avec formation d'une petite quantité de saligénine. La potasse donne lieu au même dédoublement, mais la glycose est attaquée par elle. Enfin, sous l'influence des acides se produit une réaction analogue, mais au lieu de saligénine on obtient de la salirétine. L. Hs.

HÉLIE (Louis-Thkodore). Médecin de grand méiite, né à Nantes, en 1804, fit ses études dans sa ville natale et à Paris, où il fut reçu docteur en 1827 [Dissert, sur la variole, in-i"). H alla ensuite se fixer à liantes et y devint médecin des hôpitaux, professeur d'anatomie et de physiologie à l'École de médecine (1857), puis directeur de l'École; Hélie a le grand mérite d'avoir fondé le musée anatomique de l'École de Nantes, l'un des plus riches de France. On y trouve un grand nombre de belles préparations, entre autres la squelettologie humaine depuis l'âge de six semaines, le développement de l'œuf, les organes des sens, le cerveau, un grand nombre de pièces pathologiques, etc. L'institut lui a décerné le prix Godai d, pour ses recherches sur la disposition des fibres musculaires de l'utérus : Recherches sur la disposition des fibres miiscu-

HÉLIOSACTE. 59?

laires de rutérus développé par la grosses^se (Paris, 186i, in-8», avec un Atlas 'm-¥ de 10 planches dessinées par Clienantais). llélie a encore publié un grand nombre de mémoires : sur les organes auditifs des sourds-muets, sur la surdité qui survient fréquemment dans les fièvres typhoïdes, sur des fœtus monstrueux, sur une épidémie d'herpès tonsurant, etc., dans les Comptes rendus de la Société académique de la Loire-Inférieure.

Hélie mourut à Nantes en octobre 1867. 11 était chevalier de la Légion d'honneur et membre d'un grand nombre de sociétés savantes. Il était le frère cadet de Faustin Hélie, le célèbre jurisconsulte, et de Félix llélie, l'éminent professeur à l'École d'artillerie de la marine. L. Un.

nÉLiLEH KELAIV. Nom sous lequel on désigne, en Perse, les Myrobalans chébules. Ed. Lef.

DÉLIODORE. Ce nom appartient à plusieurs auteurs grecs de l'ère chrétienne, (]ui ont été et sont encore plus ou moins confondus entre eux. Nous citerons entre autres :

lléliodorc. L'auteur d'un poëme en hexamètres sur la thérapeutique, dont Stobée ('Av^oXo^tov, cd. Gaisdorf, Oxon., 1822, lll, 209) a cité un passage qui traite des propriétés thérapeutiques d'une source minérale du mont Gaurus, près de Pouzzoles, contre les maladies des yeux. Cet auteur est peut-être identique avec un autre :

Héliodore. Auteur d'un poëme sur les poisons et les antidotes ('ATioXuTwâ), cité par Galien [De anlidotis, lib. II, cap. vu), qui le qualifie : Tragicus poeta Atheniensis.

Héliodore. Le plus important des médecins de ce nom, vivait du temps de Trajan à Home et jouit d'une réputation considérable pour son habileté chirurgicale; il est mentionné même par Juvénal. II est extrêmement regrettable que ses œuvres soient perdues; Galien et Paul d'Égine le citent fréquemment et Oribase l'a mis largement à contribution. Les seuls lambeaux de ses œuvres qui soient venus jusqu'à nous, ce sont précisément les fragments sur les fractures, les luxations, les lacs et les machines, qu'Oribase lui a empruntés pour en former en grande partie les livres 44, 45, 40 et 47 de ses Collectanea. On trouve ces fragments dans la collection de Gocchi : Grœcorum chirurgici libri... ex colleclione Nicetœ descripti, conversi atque editi, avec d'autres sur la trépanation, l'opération de l'empyème, la torsion des artères, la lilhotomie, le traitement chirurgical des rétrécissements de l'urèthre et des hernies, etc. Peyrilhe à son tour a rassemblé en quelques pages tous ces fragments d'Iléliodore.

Héliodore. Cet auteur, cité pour un poëme alchimique, a dû être de beaucoup postérieur aux précédents (voy. Hirsch's Lexicon der hervorrag. Aerzte, m, 156). L. Hn.

HÉLIOSACTE. Ancien nom du Sambucus ebulus L. ou Hièhle {voy. Sureau). Ed. Lef.

598 UELiOTROPlUM.

OEHOSCOPIOX. La plante désignée sous ce nom dans Pline est VEiiphorbia helioscopia L. {voy. Euphorbe). Ed. Lef.

HÉLIOTROPE [Heliotropium L.). Genre de plantes Dicotylédones, de la famille des Borraginacées, qui a donné son nom à un groupe spécial, celui des Héliotropiées, caractérisé par le style non gynobasique et par l'embryon non plissé, dépourvu d'albumen.

Les Héliotropes sont des herbes ou des arbustes à feuilles simples, alternes, et à fleurs petites, rapprochées en épis terminaux ou latéraux et roulés à leur extrémité en manière de crosse, avant leur entier développement. Chaque fleur présente un calice à cinq dents, une corolle hypocratériforme, à gorge nue ou barbue, à limbe divisé profondément en cinq lobes obtus, dont les sinus présentent chacun un pli longitudinal qui se termine entre les lobes par une petite dent et se prolonge jusqu'à l'insertion des étamines ; celles-ci sont incluses. Les fruits sont des nucules ovoïdes-triquèlres, soudés ensemble et ne se séparant qu'à la maturité.

Les nombreuses espèces connues de ce genre habitent les régions tropicales ou subtropicales du globe, plus rarement les régions tempérées. Elles offrent peu d'intérêt pour la médecine.

L7/. europœum L., qu'on trouve conimunément en France dans les décombres et les champs sablonneux ou pierreux, était préconisé jadis contre le cancer, la goutte, la gangrène, les scrofules, etc. H figurait dans les pharmacopées sous la désignation d'Herba Heliotropii majoris s. Vernicarii s. Cancri. On l'appelle vulgairement Héliotrope sauvage. Tournesol, Herbe de Saint-Fiacre et Herbe aux verrues, parce que les anciens prétendaient que le suc exprimé de ses feuilles, mêlé avec du sel, faisait tomber les verrues. C'est en somme une plante inerte, sans odeur ni saveur, qui est tombée depuis longtemps dans un juste oubli.

L'//. indicum L. {Tiaridium indicnm Lehm.), espèce des régions tropicales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, est employé en infusion à la Guyane, d'après Aublet, pour arrêter les liémorrhagies. D'un autre côté, Ainslie {Mat. ind.. Il, 414) l'indique comme usité topiquement dans l'Inde pour guérir les ulcères des gencives, les éruptions de la face et les ophthalmies. Enfin, d'après Walkenaer {Voyage, XII, 409), les naturels de la Guinée l'emploient en fumigations contre la céphalalgie.

Plusieurs espèces d'Héliotropes sont cultivées en Europe comme plantes d'ornement. Tel est surtout Y H. peruvianum L. , dont les fleurs violettes ou bleuâtres, à odeur suave de vanille, servent aux parfumeurs à préparer Y essence d'héliotrope.

Dans le langage vulgaire, on donne le nom d'Héliotrope au Vernonia odorû' tissima Kunth, de la famille des Composées (voy. Vernonia), et celui d'Héliotrope d'hiver au Tiissilago suaveolens Desf. {Nardosmia fragrans Reichb.), également de la famille des Composées {voy. Tdssilage). Ed. Lef.

BiBLioGKAPHiE. — LixsÉ. Sp., 187. — Endlicher. Gen. plant., p. 646, n° 3751. — Grenier et GoDROîi. FI. fr., t. II. p. 529. — Mérat et de Lens. Dict. mat. méd., t. III. p. 462. — RosENTHAL. Syii . pi. cliapfi., p. 4.15. Ed. Lef.

OELIOTROPIUM. Genre de plantes de la famille des Borraginacées {voy. Héliotrope). Ed. Lef.

UÉLIOZOAIRES. 599

HÉ LIOZO AIRES. Sous-ordre de l'ordre des Radiolaires, de la classe des Uhizopodes. Les Héliozoaires sont des animaux unicellulaires, de petite taille, constitués par une petite masse protoplasmique renfermant un ou plusieurs noyaux et émettant par toute sa surface des pseudopodes grêles, généralement rigides et rarement anastomosés entre eux. Dans celte masse protoplasmique on distingue une portion centrale (endosarque) plus dense, contenant les noyaux, et une couche périphérique (ectosarque) creusée de nombreuses vacuoles renfermant des particules alimentaires. Les pseudopodes se détachent de l'ectosarquc, mais ils sont traversés par un filament axial hyalin qui pénètre jusqu'à l'endosarque. Ce filament est regardé par certains zoologistes comme formé par une substance chitineuse, par d'autres comme constitué par du protoplasma condensé. L'ectosarque renferme une [Actinophrys] ou plusieurs vacuoles contractiles. Dans quelques espèces, il présente une légère coloration ou des grains de chlorophylle. Dans l'endosarque se trouvent un ou plusieurs noyaux suivant l'âge de l'organisme; ces noyaux se multiplient, d'après les recherches de Gruber et de Hertwig, par division indirecte.

Plusieurs Héliozoaires ont un squelette externe, soit gélatineux [Nuclearia), soit siliceux, formé de spicules très-fins entremêlés, disposés radiairement [Acanthocystis) ou tangentiellement [Rhaphidiophrys). Chez les Clathrulina le squelette externe est constitué par une couche siliceuse percée de trous pour le passage des pseudopodes.

Le mode de reproduction des Héliozoaires est variable. Cienkowski, Schneider et F.E.SchuIze, ont vu des h\di\idus d'Actinosphœrium Eichornii se fusionner, puis s'enkyster, et leur endosarque se diviser en un certain nombre de petites masses sphériques, spores, desquelles, après plusieurs mois de repos, sortaient de jeunes individus. Chez les Clathrulina, Cienkowski a vu des zoospores se former dans la masse centrale; enfin les Acanthocystis paraissent se multiplier par bourgeonnement.

Le groupe des Héliozoaires a été établi par Hreckel en 1866; beaucoup des animaux qui le composent ne sont connus que depuis peu de temps. Ehrenberg plaçait les Actinophrys parmi les Enchéliens. Dujardin a créé une famille des Actinophryens qu'il rangea dans l'ordre des Amibiens. Les recherches de Cienkowski, R. Hertwig etLesser, Archer, Carter, etc., ont fait connaître plusieurs organismes qui constituent des types de passage des Amibes et des Forarninifères aux Radiolaires et qui, placés provisoirement dans les Héliozoaires, font de ces Rhizopodes un groupe actuellement mal délimité.

Les Héliozoaires sont pour la plupart des animaux d'eau douce ; ils vivent librement ou fixés par un pédoncule chitineux {Clathrulina).

A l'exemple de Claus, on peut diviser les Héliozoaires en trois familles :

AeTiNOPHP.YiDEs. Pas de squelettes siliceux. Actinophrys Ehrhg)'., Actinosphcerium Stein.

AcANTHocYSTiDEs. Épiues, lamclles ou granules siliceux. Acanthocystis Cart.; Heterophrys R. Hertwig Less., arrin.; Raphydiophrys Arch. ; Hyalolampe Greeiï. Pinococystis Hertw., Less. arrin.

Clathrulinides. Corps pédoncule. Clathrulina Cienk., Astrodisculus Greeff. Hedryocystis Hertw., Less.

Certains organismes inférieurs tels que les Vampyrella Cienk. et Liliophrys Cienk. ont été rangés par certains auteurs parmi les Héliozoaires, mais ils paraissent devoir être plutôt placés dans les 3Ionériens. F. H.

600 HELLEBORE (noïANiQUii ).

Bibliographie. — Koluker. Ueber Actinophrys Sol. [Eichornii).ln Zeitsclir. f. wiss. Zool.,], 1848. — H.ECKEL. Gcnerelle Morphologie, 1806. — Cie^kowski. Arcli. f. inikrosl,. Anat., 111, 1867; XII, 1870. — Gheef. Arch. f. mikrosk. Anat., 111, 18r.7 ; Y, 1800; XI, 1875; XIV, 1875. — H. IIertwig et Lesser, Arch. f. mikrosix. Anat., X, 1874. — I\. Hertwig. Jenaische Zeistchrift, XI, 1877; XVII, 1884. —Archer. Quart. Journ. cf. micr. Se, XVI, XVil, 1876- 1877. — A. Schneider, Arch. de zool. expcriincnlalc, VII, 1878. — Schllze (F. £.). Arcli. f. niikr. Anal., X, 187 i. — Butschli. In Bronns Thierreich., S'édit., I, 188). — De Lanessan. Protozoaires, 1882. F. 11.

HELIX (Aîsatomie). Voy. Oreille interne.

HELIX (Mollusques). Yo]). Hélice.

HELLEBORASTER. Uii des anciens noms officinaux de VHelleborus fœti- (lus L. {voy. Hellébore). Ed. Lef.

HELLÉBORE (//e//eèo/v/.s' T.). ^ I. Rotanireue. Genre de Renonculacées, série des Aquilégiées, dont les Heurs sont construites en grande partie comme celles des Ancolics et des Nigelies, sinon que le port et le mode de vége'tation ne sont pas les mêmes, et qu'entre ces divers types il y a des dissemblances, en somme peu imporlantes, relatives à la forme des pétales ou nectaires, au degré de cohésinu des carpelles et à l'organisation des ovules. C'est ce dont on peut se convaincre en examinant successivement les divers types employés en médecine, et en commençant cette étude par une de nos espèces vulgaires, le Pied-de- Griffon ou Hellébore fétide {Helleboms fœlidus L.). Ses fleurs sont hermaphrodites et régulières. Leur réceptacle est conique et porte, de bas en haut, un calice, une corolle, l'androcée et le gynécée. Le calice se compose de 5 sépales Verts, ou teinlés de pourpre, dont la prélloraison est quinconciale. La corolle est formée (|uelquefois de 5 pétales alternes avec les sépales. Hs ont la forme d'un cornet à ouverture dentelée, et obliquement coupée de haut en bas et de dehors en dedans. Le fond de leur tube se renlle en une poche arrondie, dont la surface intérieure est glanduleuse et sécrète un liquide sucré. Les étamines sont très-nombreuses et disposées sur une spirale continue. Leurs filets sont libres et leurs anthères basiûxes sont à deux loges extrorses qui s'ouvrent par une fente longitudinale. Le gynécée se compose de 5 carpelles libres superposés aux pétales postérieurs et à l'antérieur. Chacun d'eux se compose d'un ovaire uniloculaire qui s'effile à son sommet en un style dont l'extrémité supérieure, à peine renflée, est garnie de papilles stigmati(|ues. L';mgle interne du carpelle est parcouru, dans toute sa longueur, par un sillon vertical, et, dans l'intérieur de la loge ovarienne, on observe un placenta qui occupe l'angle interne et supporte deux rangées verticales d'ovules anatropes, horizontaux, qui se touchent par leurs raphés. Le fruit est composé d'autant de follicules qu'il y avait de carpelles dans la fleur, et ces follicules sont entourés par le calice qui persiste. Chaque follicule s'ouvre verticalement, suivant son bord interne, pour laisser échapper les graines dont l'albumen charnu est abondant, et l'embryon peu volumineux. L'H. fœtidus est une plante vivace, à rameaux dressés, sortant d'une souche charnue, et chargée de feuilles alternes à pétiole élargi à sa base et à limbe pluriséqué. Ses fleurs sont groupées en cymes pauciflores à l'extrémité des rameaux supérieurs, dont l'ensemble constitue une sorte de thyrse. Les premières feuilles des rameaux et les bractées qui accompagnent les flear;

IIELLÉBOHE (uotanique). GOl

sont des feuilles réduiles au pétiole aplati et élargi. On voit, comme intermédiaires, de larges bractées qui ont un limbe très-réduit à leur sommet.

D'auties Hellébores, cultivés dans nos jardins, tels que les H. odorus W. et K., H. viridis L., H. orientalis Gaus., ont des rameaux dressés qui ne portent qu'une fleur terminale, ou un petit nombre de fleurs disposées en cymes avec quelques feuilles florales insérées sur le rameau. Une autre espèce, fréquemment cultivée sous le nom de Rose de Noël, VH. niger L., se distingue par un port tout particulier et n'a plus que des bractées sur ses axes floraux. Son calice est pétaloïde et ses nectaires sont au nombre de 15 environ. Cbacun d'eux représente un cornet à ouverture irrégulièrement crénelée, et supporté par un onglet grêle. Les anthères s'ouvrent tout près de leurs bords par des fentes longitudinales. Les carpelles sont au nombre de 5 à 10. Les fleurs peuvent être solitaires au bout de leur hampe, qui porte au-dessous deux bractées alternes. Une de ces bractées est souvent fertile; il y a un axe secondaii'e dans son aisselle, et cette hampe secondaire porte aussi deux bractées sous la fleur qui la termine. La portion souterraine de la Rose de Noël est une tige ramifiée et portant des bractées alternes on leurs cicatrices. Au voisinage de ces bractées, il se développe sur les rameaux des racines adventices. Chacun des rameaux se termine par une inflorescence. Après la destruction des fleurs l'extrémité du rameau cesse de s'accroître; elle demeure tronquée; son évolution est terminée. Mais alors, à l'aisselle des feuilles ou des bractées que porte cet axe sur ses côtés il se développe des bourgeons qui sont d'autant plus volumineux que leur position est plus élevée sur le rameau. Ce sont ces bourgeons qui, à leur tour, se termineront les années suivantes par des inflorescences, et sur l'axe desquels se développeront alors des racines adventices, pour suffire à leur alimentation. C'est également à l'aisselle des appendices que porte cet axe que se montreront des bourgeons appartenant à une génération consécutive. Quand on examine une plante qui a fleuri plusieurs années, on trouve donc que les hampes florales sont groupées sur un petit rameau qui leur sert de support commun. Il porte à sa base des écailles imbriquées alternes qui représentent des gaines de feuilles avec parfois un rudiment de limbe, ou plus rarement, près de la 'base, une véritable feuille avec sa gaine, son pétiole et un limbe formé de folioles qui sont libres entre elles, comme il arrive souvent dans cette espèce.

A côté des Helleborus se placent les Eranthis et les Coptis, qui ne nous paraissent pas devoir en être génériquement séparés, comme va nous le montrer l'analyse détaillée de leurs fleurs, h' Helleborus hijemalis L., dont on a fait le type du genre Eranthis, a un périanthe pétaloïde formé de deux verticilles ordinairement trimères, dont les folioles sont alternes et plus rarement tordues dans la préfloraison. L'androcée se compose d'un grand nombre d'étamines disposées dans l'ordre spiral, mais formant douze lignes secondaires rayonnantes, dont la situation est la suivante : 1" une série en face de chacun des sépales extérieurs ; 2" trois séries vis-à-vis de chaque sépale intérieur. Dans les séries qui sont superposées aux sépales intérieurs toutes les étamines sont fertiles, c'est-à-dire qu'elles se composent d'un filet libre, un peu renflé à son sommet et supportant une anthère basifixe, biloculaire, introrse et à déhiscence longitudinale. Mais dans les six autres séries l'étamine la plus extérieure est transformée en un petit cornet ou nectaire, comparable à celui des autres Hellébores. Le gynécée se compose de 6 carpelles superposés à ces staminodes, et construits

W2 llLLLtliOllt; (botanique).

comme ceux des Hellébores jîroprement dits. Les fruits sont des follicules qu* s'ouvrent de bonne beure par leur angle interne, pour laisser échapper des graines nombreuses. Chaque follicule est supporté par un pédicule étroit qui s'applique, sans leur adhérer, contre les pédicules des follicules voisins. Le tout est entouré d'une collerette formée par un involucre caliciforme persistant, dont les 3 folioles alternent avecles pièces extérieures du périanthe. Les organes de la végétation de 1'//. hijemalis consistent en un rhizome, construit en raccourci comme celui des autres Hellébores, portant des racines adventices et des bourgeons à feuilles et à fleurs. Celles-ci sortent de terre pendant l'hiver, supportées par une hampe qu'elles terminent et entourées de très-près par l'involucre à 5 lobes découpés dont nous avons parlé. Ces lobes sont alternes avec les sépales extérieurs. Les feuilles radicales, peu nombreuses et de trèsbonne heure flétries, sont alternes, digitinerves et disséquées. On ne connaît qu'un très-petit nombre d'Erantliis^ originaires des régions montueuses, froides ou tempérées, de l'Europe et de l'Asie.

En somme, les Eranthis sont des Hellébores dont le périanthe, au lieu d'être formé de 5 pièces disposées en quinconce, présente 6 pièces, formant 2 verticilles trimères. Nous verrons que le même fait s'observe dans certaines espèces des genres Renoncule, Anémone et Pivoine, sans qu'on puisse en détacher, à titre de genre, les espèces à périanthe hexamère.

Dans les fleurs de VHellehorux irifolius L., qui a servi aussi à établir un genre particulier, sous le nom de Coptis Irifolia Salisb. {Anémone Groenlan- (lica Œd.), on observe encore les caractères généraux des Hellébores, et tantôt le nombre des pièces du périanthe est de o, tantôt de (i, et plus rarement de 4; elles sont pétaloïdes et imbriquées dans le bouton. En dedans se trouvent de& pétales ou stam inodes, en nombre variable, représentés par de petits godets slipités, de consistance charnue et comme iilanduleuse. Les étamines sont en nombre indéfini, à filets inégaux, surmontés d'anthères basifixes, dont la déhiscence est latérale. Les carpelles, en nombre variable, sont stipités, multiovulés et surmontés d'un style recourbé en dehors et légèrement renflé au sommet. Les fruits sont des follicules. On doit donc considérer les Coptis comme des Hellébores à carpelles stipités, souvent peu nombreux. Ce sont des plantes herbacées, vivaces, des régions boréales des deux mondes. Leur lige est un rhizome peu épais, rampant sous terre, et dont se détachent çà et là des bourgeons qui s'épanouissent à la surface. Hs présentent quelques feuilles alternes, à limbe trifolié ou partagé en un plus grand nombre de segments, et souvent une ou plusieurs hampes florales uni- ou pauciflores.

Dans 1'//. niger, c'est la portion souterraine qui est employée en médecine, sous le nom de racine. C'est en réalité une portion très-complexe de la plante, formée du rhizome, des écailles représentant des feuilles réduites que porte ce rhizome et d'un certain nombre de racines adventices qui prennent en général un grand développement. Les bases des branches aériennes annuelles que porte le rhizome se retrouvent aussi, sous forme de cylindres dressés et plus ou moins creux. C'est cet ensemble, auquel on donnait le nom impropre de Radix Hellebori nigri et de Radix Melampodi, aujourd'hui fort peu usité, qu'on préconisait jadis comme purgatif drastique. Cependant Rayer a démontré que ce rhizome sec et pulvérisé ne purge qu'à peine. Évidemment les propriétés très-énergiques de cette plante, encore presque partout considérée comme un poison violent, sont, comme celles des Renonculacées en général, puissamment modifiées par

HELLEBORE (botanique). 605-

l'action de la chaleur et de la dessiccation. Les principes actifs y sont essentiellement volatiles.

L'Helleborus viridis L. est, comme l'a fait voir Payer, la plante dont on expédiait presque toujours à Paris le rhizome, pour être -vendu sous le nom d'Hellébore noir. C'est une espèce des Alpes, du Dauphine', de l'Auvergne, de Normandie, d'Alsace. II existe aux environs de Paris, sous forme d'une variété à laquelle on a donné le nom (\'Helleborus occidentale. Ses sépales sont étalés, d'un vert pâle; ses fruits renflés, presque aussi larges que longs, avec un bec apical tubulé qui dépasse la moitié de la longueur du fruit. Son rhizome est court et noirâtre ; il en sort des rameaux aériens annuels, qui sont nus, sans bractées jusqu'au point où ils se divisent en ramules. Les feuilles basikaires sont longuement péliolées, à 9-12 segments pédales, lancéolés, serrés; les feuilles portées par les rameaux sont subsessiles et ont 5 segments très-quadrifides.

VH. fœlidus h., dont il a été question ci-dessus {Pied de Griffon, Herbe au fi, H. du cru, H. aux bœufs, Pied de lion, P. de lin. Pas de lion, Patte d'ours. Fève de Loup, Parménie, Marfouré), passait aussi pour purgatif et anthelminthique et est inusité aujourd'hui, sinon quelquefois en médecine vétérinaire. C'est une herbe vivace, commune dans presque toute la France, surtout dans les terrains calcaires; elle est très-feuillée sous les rameaux. Les feuilles sont à 7-11 segments pédales, lancéolés et serrés. Ses branches portent des bractées ovales, entières, membraneuses et d'un vert pâle. Ses sépales verdàtres, plus ou moins bordés de pourpre, suivant l'âge, sont dressés, concaves, connivents. Les nectaires sont de moitié moins longs que les élamines, et les fruits, renflés, plus longs que larges, ont un bec tubulé, de moitié plus court que le fruit lui-même. Cette plante est parsemée de petites glandes dont le produit de sécrétion lui donne son odeur particulièrement fétide.

Souvent ces Hellébores étaient remplacés dans le commerce par le rhizome de VActœa spicata.

Tous les rhizomes d'Hellébore sont plus ou moins amers ou acres au goiit; frais, ils irritent et rougissent les membranes. Leurs principes actifs siègent dans un abondant parenchyme dont ils sont en majeure partie formés et dans lequel on observe, vers la périphérie et non loin de l'enveloppe superficielle, de couleur foncée, un grand nombre de petits faisceaux fibro-vasculaires disposés circulairement. La plupart contiennent de Vhelléboréine et de Vhelléborine, qui sont des glycosides, et aussi, dit-on, de Vacide aconitique.

L'espèce d'Amérique, employée surtout dans ce pays contre les aphthes et comme tonique-amer, comparable comme action au Quassia ou à la Gentiane, est VU. (Coplis) trifolius, déjà mentionné plus haut. C'est le Golden thread des Américains. La saveur de son rhizome est amère; on y a trouvé (Cross) une huile fixe, une résine, une matière sucrée et de la berbérine, et un autre principe cristallisable, mal défini.

L'espèce uniquement asiatique, qui joue aussi un rôle en médecine, est VE. Tecta H. Bn. {Coptis Tecta Wall.), ou Mishnee-bitter , Mishmi-Tita^ Mamira, et en Chine Chuen-Uen, Hwang-lien. C'est aussi une herbe à rhizome d'un brun doré, ligneux, fibreux, de la grosseur d'une plume d'oie, très-amer, à feuilles glabres, avec des folioles pinnatifides dont les lobes sont incisés, le terminal plus long que les autres. Les fleurs sont réunies au nombre de une à trois sur la hampe commune. Les nectaires sont ligules et obtus. On importe le rhizome du pays de Mishmi ou Assam, au Bengale et jusqu'à Londres. On croît

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iju'il renferme de' la berbe'rine ; c'est un amer, sans astringence et sans arôme. H est fort usité en Chine et dans l'Inde comme tonique, et on le vante aussi (Stock) sur les bords du Scinde, contre les ophthalmies. On lui substitue encore le Tlialictrum foliosnm D C.

L'Hellébore d'Orient [Hellehorus orientalis L.) était, a-t-on cru, le fameux Hellébore des Anciens, qui passait pour guérir la folie et qui abondait aux environs d'Anticyre. Tournefort a observé cette espèce dans son voyage en Orient et l'a fait peindre par Aubriet. Elle est assez souvent cultivée dans nos jardins botaniques. C'est, paraît-il, une espèce toxique, comme le sont peut-être toutes celles de ce genre. Les fleurs ont 5 sépales verdâtres, teintés d'un blanc légèrement pourpré, et cela d'autant plus qu'ils sont plus intérieurs dans la préfloraison. Les nectaires sont souvent au nombre d'une douzaine, en forme de cornet stipité, avec une ouverture un peu oblique, ondulée. Leur fond est glanduleux et très-épaissi. Les étamines ont une anthère basifixe à fentes marginales. Les carpelles sont souvent au nombre de 5, et le style a le sommet dilaté, à deux lèvres papilleuses. Sous la fleur se voient d'ordinaire deux bractées foliiformes, digilinervcs et tripartites.

Nous ne faisons que mentionner les espèces suivantes, aujourd'hui peu importantes au point de vue médical : 1'//. purpurascens Waldst. et Rii., qui croît en Hongrie et qui passe pour vénéneux; VH. Bocconi Gass., qui se vendait àNaples comme //. niger; les H. odoriis Waldst. et Kit., atroruhens Wai.dst. et Kit., capreus IIost, laxus Host, graveolens Host, diimetorian VI xldst. et Kit., dangereux et acre-, VH. ve^icaruts âuch., de Syrie, etl'/i. olympiens Li>'[>l., de l'Olympe de Thessalie, qui sont, dans leur pays natal, employés en médecine.

L'Hellébore blanc est un Liliacée, le Veratrum album L. H. B.n.

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§ H. Tii«'rnpeii(iqiie. En grec indistinctement 'Eïliêopo; ou 'EX/îgoooç, en latin toujours helleborus, nom d'une plante ou plutôt de plusieurs plantes dont la racine a été employée de temps immémorial en médecine, et a été préconisée par les Anciens comme un remède puissant dans un grand nombre de maladies et particulièrement pour le traitement de la folie.

A côté (lu mot hellébore existe un second mot aussi célèbre, celui d'helléborisme. « On entend par là, dit Pelletan fils dans le Dictionnaire des sciences médicales, l'ensemble des procédés mis en usage par les Anciens pour l'administration de l'hellébore. »

Hellébore, au singulier, doit nous arrêter tout d'abord. Pelletan affirme ainsi que, si la botanique énumère un bon nombre d'espèces d'hellébores, au point de vue thérapeutique, il n'y en a qu'une seule, et que tous les hellébores ont la même propriété. C'est là, en effet, ce que les Anciens ont cru. Ils disent souvent hellébore tout court, d'autres fois ils ajoutent bien blanc ou noir, mais entre les deux ils n'indiquent généralement aucune sérieuse différence d'action ou, s'ils l'indiquent, elle est d'ordinaire erronée.

A choisir entre eux un purgatif, Celse, par exemple, désigne l'hellébore noir,

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et nous verrons plus tard ce qu'il en est de la vertu purgative de cet a^ent. ll'ailleurs, quand on n'approfondit pas la question botanique, et qu'on s'en tient aux apparences extérieures, comme l'ont fait les Anciens, la confusion entre les racines de i'iiellébore blanc et de l'iiellébore noir est facile à commettre. Elles sont à peu près également toutes les deux noirâtres à l'extérieur et blanches à l'intérieur.

C'est là ce que Pinel avait du reste entrevu avant nous (voy. Encyclopédie méLhodique [Médecime], t. V, p. 755, Paris, 1792).

Même de nos jours, des hommes considérables sont tombés dans la même confusion que les Anciens. Tel est le cas du professeur Bouchardat qui, dans son Manuel de thérapeutique et de matière médicale, à propos d'une prétendue tribu des Helléborées, se livre à de longues généralités sur les effets communs des Yératres, des Hellébores et même des Renonculacées.

L'éminent et si regrettable professeur Fonssagrives, qui a tant fait pour la thérapeutique et dont je m'honore d'avoir été l'ami, exagère peut-être encore celte confusion. Il identifie l'action irritante des plantes qui nous occupent et regarde comme synonymes les deux mots varaire noir et helleborux niger.

Or, s'il devient démontré que l'hellébore blanc {l'eratrum album) et l'hellébore noir {llelleborus niger) ont des actions radicalement différentes, et que l'un des deux même est un poison d'une violence extrême, on comprendra quelles erreurs la méthode générale du traitement par l'hellébore, V helléborisme , qui les a employés indistinctement, a pu entrahier.

On se rendra facilement compte par là de ce que la célèbre méthode soit aussi délaissée de nos jours que jadis elle fut en vogue I

N'ayant trouvé, dans les livres anciens et même modernes, qu'incertitude et contradiction touchant les véritables effets des hellébores, nous avons été contraint, pour les faire cesser, d'entrepiendre une suite d'expériences sur les animaux, ^ous avons été aidé, dans nos recherches, par notre élève et ami le docteur Rédier qui en a fait, sous notre direction et inspiré par nos conseils, le sujet de sa thèse inaugurale {Recherches expérimentales sur l'action physiologique des Ellébores. Thèse de Montpellier, 1881.) Cette étude a été en même temps insérée sous notre nom et celui de notre collaborateur dans la Gazette hebdomadaire (1881, n^' 17, 22 et 25).

ï)ès nos premières expériences, nous éprouvâmes — tant les affirmations des livres sont ici en opposition avec la vérité — un véritable étonnement lorsque entre les effets des hellébores, se produisit une différence capitale.

Et cependant cette différence, la botanique et la chimie n'auraient-elles pas dû la faire entrevoir à priori? Les plantes qu'on a réunies depuis l'antiquité sous le nom commun d'hellébore appartiennent à deux grandes familles bien distinctes l'une de l'autre, la famille des Colchicacées et celle des Renonculacées. Parmi les Colchicacées nous trouvons : 1" l'hellébore blanc {Veratrum album) mieux nommé vératre blanc, et le vératre noir {Veratrum nigrum). Les Renonculacées nous fournissent : l'hellébore noir {Helleborus niger); 2" l'hellébore oriental {H. orientalis) ; o'' l'hellébore vert {H. viridis) ; l'hellébore fétide {H. fœtidus) .

L'analyse chimique marque encore plus le contraste entre les plantes que nous étudions et sépare d'une manière complète celles des Colchicacées de celles des Renonculacées. Les hellébores provenant des Colchicacées, que nous appellerons désormais les vératres, contiennent deux alcaloïdes : la vératrine, décou-

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verte par Meissner en 1818, et mieux étudiée l'année suivante par Pelletier et (laventou, et hjervine, trouvée plus tard par Simon. Les hellébores proprement dits, ceux des lîeuonculacées, renlerment deux glycosides, Vhelléboréine eiVhelléborine, qui n'ont aucune ressemblance avec la vératrine et la jervine.

Les nombreuses recherches expérimentales, entreprises par nous sur l'action physiologique du vératre blanc pris comme type des hellébores provenant de la famille des Colchicacées, et de l'hellébore noir pris également comme type des hellébores appartenant aux Renonculacécs, ont mis cette opposition dans toute son évidence.

Comme ces expériences, faites sur des chiens, des lapins et des grenouilles, ont été tout au long insérées dans la thèse de Rédier et dans la Gazette hebdomadaire, et que, depuis lors, aucune recherche nouvelle n'est venue modifier notre dire, nous no jugeons pas opportun de les reproduire ici. Renvoyant pour les détails au travail original lui-même, nous nous contenterons d'en résumer les conclusions.

Action physiologique de l'hellébore bla.nc {Veratrum album). La jervine est-elle active? Personne encore, que nous sachions, n'a guère cherché à le savoir. Mais, qu'elle le soit ou non, la vératrine est trop puissante pour ne pas imprimer, à un degré plus ou moins grand, son cachet si spécial sur les effets du vératre blanc. Aussi, il n'est pas rationnel d'étudier celui-ci sans connaître, au préalable, comment agit la vératrine elle-même. Le résultat d'expériences faites [)ar nous en collaboration avec Rédier et que nous rapporterons ailleurs {voy. Véiutrine), rapproché de l'opinion des auteurs qui se sont déjà occupés de la question, permet de résumer en quelques mots les effets de la vératrine : action irritante locale, nausées et vomissements abondants, selles copieuses et fréquentes, salivation considérable, diurèse, miction involontaire; accélération, puis ralentissement de la circulation; arrêt du cœur en diastole; accélération primitive et ralentissement secondaire de la respiration; abaissement prononcé de la température ; agitation courte, suivie d'affaissement ultérieur très-prononcé du système musculaire; intelligence conservée; sensibilité bientôt diminuée, puis abolie.

Yoiei maintenant l'action du vératre blanc :

1** Aclion locale. Propriétés irritantes admises unanimement ; hyperémie et inflammation sans suppuration des tissus où sont pratiquées les injections hypodermiques : d'où les bons effets substitutifs des lotions de vératre blanc contre certaines affections cutanées et la gale en particulier.

2° Action SU7' le tube digestif. Saveur d'abord douce, puis acre et amère ; nausées suivies de vomissements abondants, alimentaires ou bilieux; purgation violente, quels que soient le lieu et le mode d'administration. Ces effets sont si évidents qu'ils ne sont contestés par personne.

A l'autopsie hyperémie et inflammation du tube gastro-intestinal.

5° Action sîir les excrétions. Ici encore même unanimité, forte sécrétion de bile; ptyalisme très-prononcé; diurèse ; diaphorèse.

4° Action sur la circulation. Vicat avait noté la grande faiblesse du pouls, Gohier etOrtilason accélération, et Schabel, au contraire, son ralentissement. jNos expériences ont expliqué ces oppositions. II y a deux et parfois même trois périodes dans le processus qui suit l'administration du vératre comme après celui qui suit l'administration de la vératrine. Seulement elles sont souvent moins hien dessinées. L'accélération primitive de la circulation est courte, d'ordinaire

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faible, et ne s'est montrée que quatre lois (exp. m, iv, vu et vm). Elle a fait <léfaut deux fois (exp. v et vi). La dépression secondaire n'a jamais manqué; elle est plus accentuée, quoique moins coniplèle qu'avec la vératrine. Une accélération tertiaire dépendant de la faiblesse de l'animal a été observée dans les expériences v, vi et vu.

Chez les grenouilles, arrêt des cœurs lymphatiques avant celui du cœur sanguin et arrêt de celui-ci en diastole.

h'> Action sur la respiration. Les auteurs ont signalé une respiration diffi- ■cile, Gohier et Ilahnemann l'ont vue courte et fréquente, tandis qu'Orfila, Gazin et Marchand, attestent qu'elle se fait lentement. Nos expériences ont aussi donné la raison de ces contradictions. Après le vératre, comme après la vératrine, existe une accélération primitive de la respiration, qui se ralentit au contraire ensuite. Ce ralentissement, suivant nos expériences, a diminué le nombre des respirations depuis 4 jusqu'à 52 par minute.

Mais ce qui est surtout très-caractéristique, c'est une gêne particulière de la fonction, caractérisée par le mode de l'expiration. Tandis que le premier temps s'exécute librement, le second est saccadé et semble s'opérer avec difficulté. Cette difficulté est telle que le thorax reste quelques secoudes en inspiration forcée avant de commencer à s'abaisser, et encore s'abaisse- t-il souvent incomplètement.

Signalons enfin un défaut absolu de rapport entre les chiffres fournis par le nombre des respirations et celui des pulsations. Dans l'expérience ii, il v a au même moment 52 respirations et seulement 1)2 pulsations, et dans l'expérience m, ^2 respirations et 88 pulsations. A la dernière période, alors que le nombre des pulsations se relève, le nombre des respirations s'abaisse ou reste abaissé.

Chez les grenouilles, à l'autopsie, aflaissement des sacs pulmonaires.

6° Action mtr la température. Vicat, Schabel, Hahnemann, sont unanimes pour attester l'abaissement de la température. Toutes nos ex[)ériences témoignent dans le même sens. Suivant l'espèce d'animal, suivant la dose, suivant la période, cette chute de la température a varié depuis 0",4 (exp. m) jusqu'à 3°, 8 (exp. iv).

7" Action sur le système musculaire. Ici encore les contradictions s'accentuent entre les auteurs. Tandis que Vicat, Orfila, Haluiemann, signalent de la faiblesse, de la titubation, de la paresse, Schabel a vu des accidents tétaniques, de l'emprosthotonos, des convulsions. Cazin et Marchand, mieux avisés, ont noté tout à la fois des accidents tétaniques et de la faiblesse. C'est là, en effet, ce que nos expériences nous ont démontré. Les convulsions ont été ordinairement initiales, mais l'affaissement du système musculaire s'est toujours produit au bout d'un certain temps. Les chiens se couchaient, semblaient avoir horreur du mouvement et, si on les relevait, ils restaient un court instant debout, les pattes écartées, et retombaient bientôt sur le museau comme entraînés par le poids de la tète. Les grenouilles étaient couchées sur le ventre et ne pouvaient se tenir sur leurs pattes antérieures. Si on les suspendait par celles-ci, les postérieures pendaient flasques et inertes. On voyait clairement que la fibre musculaire répondait difficilement à l'excitation du nerf.

8° Action sur le système nerveux. L'opinion presque unanime des auteurs admet, ce qui est vrai, une courte exaltation primitive de la sensibilité et son abolition secondaire plus ou moins complète. Notons cependant que ce dernier phénomène a généralement été moins marqué à la suite du vératre blanc qu'à

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la suite de la vératrine, même quand l'animal a péri, comme cela a eu lieu dans l'expérience ix. Empoisonné par la vératrine, le chien ne crie pas; il souffre au contraire beaucoup, du moins dans les premiers moments, après une forte dose de véraUe blanc. C'est là ce que Goliier avait bien observé .

Comme l'a dit llahnemaun, l'intelligence est conservée jusqu'à la période ultime.

A l'autopsie, malgré l'assertion d'Orfila, nous n'avons trouvé aucune lésion appréciable dans les centies nerveux.

Action physiologique de l'iieli,édore noir (Helleborus niger). 1° Action locale. Nous avons expérimenté avec des racines d'hellébore prises dans une pharmacie, c'ost-à-dire à l'état sec. Les injections hypodermiques sur les chiens ont amené localement de la sérosité et non du pus. C'est là ce que nous avions observé pour le véralre. Mais à l'état frais la Renonculaeée, comme d'ailleurs la plupart des plantes de la même famille, eût produit des effets bien plus irritants. Telles est l'opinion de la [dupart des auteurs et entre autres de Schabel, de Cazenave, de Cazin, de Const. Paul et de Gubler. Celui-ci attribue avec raison à la plante fraîche des effets rubéfiants et vésicants.

2" Action sur le tube digestif: saveur acre, piquante, qui devient brûlante quand l'hellébore est à l'état frais.

Les auteurs qui nous ont précédé, sous l'influence des vieilles théories, ont attribué à l'hellébore noir des effets émétiques prompts et violents. Seul Marchand a nié ces effets en soutenant que l'erreur est due à ce que du Veratrum nigrum avait été administré au lieu de V Helleborus niger.

Or nos expériences ont donné raison à Marchand. Chez nos chiens helléborinisés les vomissements ont été moins fréquents et moins copieux que chez les chiens soumis au vératre. Tandis que ceux-ci parviennent à se débarrasser du poison par des vomissements prompts et énergiques, ceux-là obtiennent moins souvent et plus tardivement cette crise et meurent même (exp. xx) sans avoir pu vomir.

Mais, pour la diarrhée, le contraste est encore beaucoup plus frappant, et Marchand a plus que jamais raison vis-à-vis de ses contradicteurs. Les faits vus par nous iniirment complètement l'opinion de Gubler, qui a parlé d'accidents cholériformes, et de tous ceux qui, comme Schabel, Cazenave, Barbier, Marmé, C. Paul, etc., font de l'hellébore noir un purgatif énergique. Aucun des animaux que nous avons traités n'a eu la diarrhée, et une seule fois, dans l'expérience XXII, nous avons obtenu une selle.

A l'autopsie, Morgagni et Orllla ont noté une vive inflammation du gros intestin, Vicat celle de l'intestin grêle et Marmé une entérite généralisée. Toutes nos autopsies, au contraire, nous ont démontré l'intégrité du tube gastro-intestinal (exp. XV, XVI, XVII, xviii, XX et xxiii).

5" Action sur les excrétions. Dioscoride y voit un emménagogue, Richai'd, Schroff et C. Paul, un diurétique et un sialagogue. 3Iais, tandis que nos chiens soumis à la Colchicacée versaient à flots sur le pavé une bave abondante, ceux qui, au contraire, avaient subi l'action de la Renonculaeée, n'éprouvaient qu'une salivation modérée (exp. xx, xxii) qui le plus souvent a manqué. La diurèse, si marquée après le vératre, n'a été notée après l'hellébore que dans l'expérience xxn. La bile a été rendue en moins grande abondance.

^° Action sur la circulation. Alors que Cazenave, Schroff, etc., avaient noté le ralentissement de la circulation, Dragendorff a signalé son accélération, et

HELLÉBORE (thérapeutique). 609

enfin Gloquet et Caventou, successivement le ralentissement, raccélération et un nouveau ralentissement.

Nos expériences sont, ici encore, décisives pour établir un contraste entre la Renonculacée et la Colcliicacée. Tandis que le vératre blanc est en somme et surtout un contre-stimulant du cœur et de la circulation, dans fous nos essais avec l'hellébore noir nous avons trouvé une accélération très-grande des battements du cœur et du pouls. Dans l'expérience xvii, en particulier, en quarantecinq minutes il y a eu une augmentation de 92 pulsations et ce n'est pas là un effet secondaire, puisque dans l'expérience xx nous avions déjà 52 pulsations de plusea dix minutes, et dans l'expérience xxi 7t2 en cinq minutes.

Le ralentissement du cœur signalé par Gloquet et Caventou au moment de la mort, nous ne l'avons jamais trouvé.

L'arrêt du cœur a lieu en systole.

Enfin, dernière différence entre le vératre et l'hellébore, tandis qu'avec le premier le cœur sanguin des grenouilles survivait aux cœurs Ivmphaliques, ceux-ci, au contraire, avec le second, continuaient à battre, après l'arrêt de celui-là.

5° Action sur la respiration. Faut-il admettre, avec Schabel et Cazenave, que la respiration est ralentie, ou, avec Marmé, qu'elle est accélérée? Dans tous nos faits, à Tinvorse de ce qui se passe pour le vératre, c'est ce dernier symptôme qui a été constaté, variant d'une augmentation de seulement 4 respirations au bout de quarante-cinq minutes (exp. xvii et xviii) à une augmentation de 38 respirations en trente minutes (exp. xvi). Pas de ralentissement secondaire. La difficulté particulière de la respiration signalée à propos du vératre ne se réalise pis. En opposition avec Orfila, Gloquet et Caventou, qui ont vu après la mort une congestion pulmonaire assez marquée, nous avons généralement trouvé le tissu pulmonaire normal. Une seule lois (exp. xvii) il était congestionné.

Enfin, tandis que le thorax des grenouilles traitées par le vératre se trouvait affaissé, au contraire, celui de ces animaux morts par Tliellébore se dilatait. Les sacs pulmonaires des premiers étaient complètement vides d'air, taudis que ceux des seconds en étaient, au contraire, fortement gonflés.

6" Action sur la température. Les auteurs déjà cités parlent d'une chute de la colonne thermométrique. Cette chute est réelle, mais ce qui n'avait point été noté avant nous, c'est qu'elle est précédée d'une éiévalioii ({ui a été constante, sauf dans l'expérience xv, oi!i le lapin fut comme foudroyé par une forte dose.

L'élévation primitive a varié de 0",5 en cinq minutes (exp. xix) à 0",9 en quarante-cinq minutes (exp. xvii).

La délervescence secondaire est habituelle, soit que l'animal se rétablisse, soit qu'il finisse par succomber.

7° Action sur le sxjstème musculaire. Tous les hvres signalent des convulsions, mais Orfila les legarde comme précédées et suivies de prostration et de faiblesse tandis que Schabel parle de péristhotonos chez un chat. C'est l'opinion de Schabel qui est vraie. Après le vératre arrivent vite la flaccidité et l'inertie musculaire, tandis qu'après l'hellébore l'excitation domine. Ainsi nos chiens s'af^itaient, marchaient en tous sens, se plaignaient et étaient eu proie à des mouvements convulsifs violents. Dans l'intervalle même des convulsions on avait de la peine à fléchir leurs membres, et la chienne de l'expérience xxiii tombait foudroyée, les quatre pattes raides.

mcT. ENC. 4° s. XII. 59

610 HELLÉBORE (thérapeutique).

Nos grenouilles érigées sur leurs pattes étaient difficiles à contenir, elles coassaient au moindre frôlement de la peau et même sans provocation. Les tenait-on par les pattes antérieures, les postérieures, loin de pendre inertes comme celles des grenouilles soumises au véralre blanc, se raidissaient éncrgiquement.

Enfin, comme nouveau contraste, la rigidité cadavérique, que Morgagni prétend à tort être retardée dans l'empoisonnement par l'hellébore, apparaissait très-vite, une demi-heure au plus tard après la mort.

8" Action sur le système nerveux. L'hypereslhésie, ou tout au moins l'hyperesthésie primitive, est constatée par tous, mais, tandis que Cloquet et Caventou, ainsi que Schroff- insistent surtout sur ce symptôme, Orfîla et Marmé admettent une insensibilité secondaire. C'est la première opinion qui est d'accord avec nos faits. Les gémissements de nos animaux helléhorinisés, leur tentative de fuire nous ont constamment frappé. Quant à l'insensibilité secondaire, nos observations n'en témoignent pas et nous nous garderions bien de regarder, ainsi que Marmé, l'helléhore comme un narcotique. Dans l'expérience xiii, entre autres, la chienne, loin d'être insensibilisée, mourait brusquement, avec des plaintes^ vives et une raideur tétanique des quatre pattes. La motricité nerveuse est, elle aussi, surexcitée.

Alors que les ehieiis soumis au véralre conservent leur intelligence au milieu du plus grand affaissement et jusqu'à la] mort, l'hellébore, au contraire, supprime cette intelligence dès les premières convulsions.

Mais un des points les plus frappants de notre observation et qui, pour l'histoire de rhelléborismc, a une grande importance sur laquelle nous reviendrons, c'est l'action foudroyante produite par la Rcnonculacée.

De nos deux lapins, celui soumis à 1»%7 d'hellébore noir mourut avant même qu'on eût retiré l'entonnoir de sa bouche (exp. xv). Au contraire, celui qui prit SsfjSO de vératre blanc, dose qui le tua en cinq minutes, eut du moins le temps de se promener avec facilité avant de mourir (exp. i).

Pour nos chiens helléhorinisés, cette rapide progression des phénomènes mortels s'est montrée également évidente. La respiration, la circulation, paraissaient encore peu sérieusement atteintes, l'intoxication était en apparence modérée, lorsque l'animal, frappé de convulsions subites, tombait mort (exp. xxni), ou bien, s'il ne mourait pas du premier coup, succombait bientôt, après une ou deux autres séries de convulsions (exp. xx).

Pour les grenouilles, le contraste était encore plus éclatant peut-être. Ainsi, chez celles que nous soumettions à une dose un peu élevée de la Colchicacée, les symptômes toxiques paraissaient bientôt et se précipitaient ; la respiration, la circulation, s'éteignaient, et cependant après cette crise elles revenaient à la vie pendant un certain temps (exp. xi, xii, xiii et xiv). A côté, les grenouilles en proie à la même dose de la Rcnonculacée se dressaient sur leurs pattes, sautaient vivement sur la table; leur respiration précipitée n'était nullement gênée, l'œil était plein de vie, tout semblait même indiquer que l'animal se tirerait d'affaire, et subitement, ou après quelques convulsions, la mort arrivait au moment où, par une coïncidence assez bizarre, les victimes du vératre \ oyaient pour un certain temps reparaître le jeu de leur fonction.

L'autopsie des centres nerveux ne nous a révélé aucune lésion. Nous n'avons trouvé ni la congestion des méninges, ni l'accumulation de sérosité dans les ventricules cérébraux, signalées par Orfda, ni les foyers apoplectiques indiqués^ par Marmé et G. Paul.

HELLÉBORE (thérapeutique). 6H

Les présomptions de dissemblance formelle entre les effets des différentes plantes confondues jadis sous le nom d'hellébore, que donnent déjà la botanique et la chimie, demeurent donc absolument confirmées par nos expériences. Les hellébores des Colchicacées, les véralres, se trouvent, au point de vue physiologique et toxicologiqiie, en opposition tranchée avec les hellébores des Renonculacées. Les premiers sont surtout des éméto-calhartiques et des contre-stimulants qui peuvent avoir leurs indications thérapeutiques. Les seconds font mal vomir, ne pursent pas, sont des excitants dangereux, des convulsivants, qui trop souvent même déterminent soudain la mort par sidéralion. A l'exemple du chien de Tissot, ils mordent sans aboyer. En s'entourant des données de la science moderne, des lumières de la botanique et de la chimie et surtout de l'expérimentation sur les animaux, la confusion entre ces deux sortes de substances devient impossible. Mais les Anciens, qui ne se guidaient que par des apparences extérieures, se sont trop fréquemment trompés. Nous avons à plusieurs reprises tenu dans les mains en même temps des racines de vératre blanc et des racines d'hellébore noir, provenant d'une source sûre et nous avons été frappé de la ressemblance qu'elles présentent. Blanches à l'intérieur, elles sont toutes les deux noires à l'extérieur, et il faut presque de la bonne volonté pour trouver au rhizome de VHelleborus nàjer une teinte un peu plus foncée qu'à celui du Yeratrum album.

C'étaient les vératres qui avaient fait la réputation de l'helléborisme, et l'emploi des vrais hellébores multiplia les cataclysmes, qui finiz-ent justement par ruiner la méthode.

Il est facile de démontrer notre assertion par un aperçu historique, que nous nous contenterons de résumer brièvement ici, renvoyant pour les détails et les textes formels aux travaux ci-dessus signalés que nous avons publiés en collaboration de Rédier.

Nous ne remonterons pas ici aux légendes mythologiques, ni aux chèvres du berger Mélampe, ni aux filles de Prœtus, c'est sous l'égide justement respectée d'Hippocrate que fut placée surtout la cure par l'hellébore. Dans les Aphorismes, dans les Coaqiies, dans le Traité des épidémies, il en est bien souvent question. Comme l'affirme avec raison Galien, en opposition avec Théophraste, Rufus et Dioscoride, c'est l'action du vératre blanc que le père de la médecine voulait utiliser, mais il a évidemment aussi, consciemment ou inconsciemment, administré de vraies hellébores, et il en a vu les funestes conséquences. Il signale en effet maintes fois, chez les sujets ainsi traités, des convulsions et des accidents mortels. On peut même dire qu'éviter ces accidents est pour lui une préoccupation constante. Mais, au lieu de voir que l'empoisonnement qu'il redoute doit être attribué à l'administration, non de l'éméto-cathartique utile, mais du convulsivant, émétique très-douteux, il cherche par toutes sortes de moyens à obtenir l'évacuation salutaire. 11 veut que les sujets prennent au préalable une nourriture abondante, afin que le vomissement soit plus facile. Pour le même motif, il ordonne des agitations du corps, semblables à celles, dit-il, qui déterminent le mal de mer. Évidemment, si le malade vomit abondamment, le poison est expulsé et tout danger s'écarte. Voici deux poudres blanches, le tartre stibié et la strychnine : supposons que les lumières de la chimie n'existent pas pour les différencier. Elles sont, par ignorance et en vertu d'une grossière ressemblance extérieure, indistinctement prescrites pour amener des évacuations gastriques. Qui ne frémit à la pensée des dangers courus par

61â HËLLÉBOHE (thérapeutique).

l'inforluné sujet de l'cxpeYience ! Mais si, par un moyen quelconque, et au besoin en enfonçant les doigts dans la bouche, le malade strychnisé vomit vite et fort, il échappe aux convulsions et à la mort suspendue sur sa tête. Faisonsnous là une hypothèse absurde? Non, car telle était la situation des pauvres diables exposés à la cure par l'hellébore, à l'époque où l'on ne savait pas distinguer l'action des racines de la Colchicacée de celle de sa rivale.

Cette idée fixe de procurer sûrement le vomissement à la suite de la prescription de l'hellébore, pour éviter tout danger, se rencontre chez les successeurs d'IIippocrate, qui jtaraissent même avoir à leur disposition des moyens plus sûrs que leur maître. ïhéophrastc exige pour cela qu'au célèbre rhizome on ajoute la graine d'une « petite herbe », qu'il appelle helléboréine, et dont, malgré le dire de Dioscorido et de Pline, il est impossible de préciser la nature. A Anticyro, on s'adressait dans ce uième but au sésamdide, sur lequel les commentateurs et S[)rengel en particulier n'ont pu nous iixer.

Celse, en compilateur purement théorique, arrive au condjlo de la confusion entre les hellébores. Pour lui, la substance vraiment purgative, c'est l'hellébore noir, dont il redoute même, en certains cas de maladies fébriles aiguës, les évacualions trop copieuses! En vérité, ne serait-on pas tenté d'appliquer à l'élégant rhéteur latin le reproche que Scaligor adresse à Théophrasle : De elleboro récital sententias adeo absurdas ut piideat !

Beaucoup de médecins venus plus tard partagent la préférence de Celse pour l'hellébore noir, ([ue Mesné en particulier vante ainsi : EUeborus duplex est, aihus et niçier; IIicque salubrior albo!

Une confusion si dé|)lorable et si prolongée porte ses fruits. Aétius, Anlhyllus, Actuarius, et tant d'autres, signalent à l'envi les graves accidents trop souvent consécutifs à l'ingestion de l'hollébore; malades et médecins tremblent devant lui. Dans ses conmientaires sur les aphorismes d'Hippocrate, Etienne parle d'un praticien qui, avant donné de l'hellébore et ayant observé, chez son patient, des défaillances, le lit aussitôt vomir par des moyens mécaniques. Ctésias rapporte que, du temps de son père et de son grand-père, si quelque médecin faisait encore boire de l'hellébore, il recommandait à son malade de faire d'abord son testament, comme s'il devait courir un grand danger, car, de ceux qui en buvaient, ajoute-t-il, peu restaient en vie. Et Mnésithée écrit de son côté: L'hellébore entraîne de grands dangers...., celui qui désespère d'être guéri par un traitement exempt de péril doit seul se soumettre à une pareille cure.

Aussi, à partir du sixième siècle, la célèbre drogue est-elle à peu près abandonnée. Alexandre de Tralles, vantant le bol û' Arménie, lui reconnaît l'avanla'^e sur rilelléboro d'être xans inconvénient et sans danger. Enfin, si rUiazcs menlionne ce dernier quelquefois, Avicenne proclame que ses effets sont très-redoutables. Depuis la Renaissance, la plupart des médecins ne parlent plus que de ses périls. Cependant, si quelques-uns, Marchand et Pinel, en particulier, soupçonnent les confusions commises, leur opinion reste isolée. Le chaos rè"ne toujours dans les meilleurs esprits, puisque nous avons vu deux maîtres modernes de la thérapeutique, deux des professeurs qui, de nos jours, ont le plus coopéré aux progrès de cette science, Bouchardat et Foussagrives, identitier encore les effets de tous les hellébores. Une telle équivoque, trop longtemps persistante, ne fait-elle pas comprendre la nécessité des expériences que j'ai entreprises, il y a cinq ans, avec la collaboration de Rédier, en vue de cet article du Dictionnaire, qui m'avait déjà été confié?

UELLÉBORE (thérapeutique). 615

Hellf.borisme. Mais, nous objeclera-l-on peut-être, les effets de riiellébore n'entraient que pour une part dans le traitement célèbre dont la renommée, sous le nom d'helléborisme, a retenti dans l'antiquité tout entière, c'est à d'autres actions tliérapeutiques, c'est surtout à un certain nombre d'influences hygiéniques de premier ordre, que la grande cure a dîi sa valeur. Je suis obligé de démentir encore ici l'optimisme par lequel il a été de mode trop longtemps de juger les pratiques des médecins de l'anliquité, et de prouver, au contraire, que l'iielléborisme eût mérité une place à part, une place liors ligne, dans mon ouvrage, probablement, hélas! déjà oublié, sur les Illusions de la thérapeutique (Paris, chez Assclin, 18G2).

Pour répondre à l'objection, il faut jeter un coup d'oeil rapide sur les pratiques de l'iielléborisme, dont Pinel, dans le tome V de ï Encyclopédie méthodique^ et Pellelan, dans le Dictionnaire des sciences médicales, ont fait un compte rendu plein encore de foi et d'enthousiasme.

Tout d'abord, disait l'École, l'ingestion de l'hellébore demande à trouver chez les malades un corps robuste et un couiage ferme (d'après ce que nous venons de voir ce n'était pas sans motif) ; il est nécessaire que les humeurs soient fluides et les vomissements i'aciles.

La cure commençait par l'administration d'un laxatif. Puis l'alimentation était lorcée pendant plusieurs jours, pour en arriver au vomitif, qui était réservé surtout pour l'époque du déclin de la lune. Cinq jours après, le vomitif était réitéré, et suivi pendant un mois d'une nourriture très-tonique. Revenait encore la prescription dudit vomitif, cha({ue trois jours, pendant quinze jours ou un mois. Vingt-quatre heures de repos étaient alors accordées, pendant lesquelles on faisait prendre cependant un lavement et un bain. Le lendemain arrivait le tour d'une friction huileuse, et enfin on croyait pouvoir donner le grand remède, l'hellébore!

Un mot, en passant, sur ces nombreux vomitifs. On s'arrangeait pour que le vomissement eût toujours lieu après le repas du soir, car la condition la plus favorable, pour sa production, semblait être la plénitude de l'estomac. Il faut, disaient les praticiens en vogue, que les parois du viscère soient distendues, afin qu'elles puissent avoir un point d'appui pour réagir avec force et expulser au dehors ce qui est contenu dans sa cavité. On allait même si loin dans ce sens que certains prétendaient qu'il était utile de choisir pour se faire vomir les jours de fête, où chacun mange davantage. Et par quels aliments devait-on remplir l'organe pour le rendre plus apte à l'exercice exigé de lui? Les voici : du pain, de la bouillie, des fruits secs, des viandes grasses, des oignons, des radis, des poireaux, des gâteaux au miel, des figues, des noix, du moût, du vin miellé.... Et si, malgré l'amas de ces mets réfractaires au suc gastrique et grâce à un estomac que l'autruche aurait envié à l'homme, l'indigestion (car c'était vraiment une indigestion qui était produite) n'éclatait pas, il restait au patient à s'enfoncer les doigts jusqu'au fond du pharynx : c'était, en effet, la grande ressource du vomiiorium. Yoilà où l'on en était avant la découverte du tartre stibié et de l'ipécacuanha !

Je me trompe, on pouvait encore utiliser la médication par le raifort, médication vraiment originale.

Ici ce n'étaient plus des cervelles de petits oiseaux, comme dans les festins de Piome, mais de 500 à 750 grammes de raifort, qui devaient être ingurgités. Les raiforts les plus acres étaient les meilleurs, surtout s'ils se trouvaient tendres

614 HELLÉBORE (thérapeutique).

en même temps. Avant cela le malade avait pris un petit (?) déjeuner, un clystère et quelques bons verres d'eau. Pour favoriser l'indigestion, c'était, je le répète, l'indigestion (jue le médecin cherchait à obtenir, on l'aisait promener le sujet dans un lieu sans air et exposé au soleil, en le bourrant de miel. Résistait-il, il était obligé à se coucher, à se lever, à se recoucher, à se relever encore, à tournoyer, à valser, que sais-je! Enfin on le faisait, comme Don Quichotte, sauter à la couverte^, ou bien son bourreau lui allongeait de grands coups de poing sur le ventre; le 'malheureux finissait par enfoncer ses doigts ou de longues plumes d'oie dans la bouche, il vomissait enfin !

Alors la pitié remplaçait, chez le médecin, l'implacable cruauté du sectaire. Il ramassait son patient, le couchait, lui chatouillait les pieds pour l'endormir. Au réveil celui-ci trouvait tout servi un lunch dont une sauce piquante faisait les principaux frais Il était préparé à prendre l'hellébore!

Les doses de l'hellébore variaient : la plus forte était de deux drachmes, la moindre de 8 oboles (environ 5 grammes), la moyenne de 10 grammes.

Mais les martyrisés, alors même qu'ils étaient vingt fois plus dociles que les sujets d'aujourd'hui, ne voulaient pas toujours se soumettre à un pareil supplice. Beaucoup refusaient formellement l'hellébore, ce dont ils n'ét;iient pas trop coupables, le lecteur l'avouera, s'il se remémore le passage de Ctésias que nous avons relaté plus haut. D'ailleurs, c'étaient souvent des maniaques, qui devaient ])rendre le remède, gent peu obéissante, on le sait. Il fallait alors, leur donner l'hellébore sous une forme alimentaire, en le combinant avec certains mets. Ainsi, on accoutumait le pauvre fou à manger de la bouillie, ou bien des gâteaux miellés dans lesquels unbeau jour était introduit subrepticement le médicament. Quelques réfractaires se montraient si méfiants qu'il était nécessaire pour les tromper d'avoir recours à d'autres astuces. On faisait bouillir la drogue dans leur potage ou on la mêlait à leur boisson. Sous forme de décoction, la panacée inspirait plus de confiance, car elle passait alors pour plus apte à évacuer l'humeur atrabilaire, à la présence de laquelle était attribuée la perte delà raison.

Même en dehors de ces cas spéciaux, les préparations d'hellébore variaient à l'infini. Tantôt le rhizome devait macérer dans de l'eau pendant vingt-quatre heures avec de l'origan, de l'absinthe et du nitre, et tantôt cuire longuement avec du miel tout seul. Quelquefois on le faisait digérer dans du vin ou du moût; en certains autres cas enfin s'y ajoutaient du thapsia ou bien des graines de sézame. Plistonicus confectionnait avec lui des suppositoires qui, introduits dans l'anus, étaient destinés à produire le vomissement, ou bien des espèces d'électuaires qu'il donnait à flairer seulement, tandis que Dioclés, au lieu de s'adresser au rectum comme siège de l'application topique, introduisait la drogue dans le vagin sous forme de pessaire. 11 n'y avait pas jusqu'à des ceintures d'hellébore, ou des pédiluves composés avec une décoction de cette substance dans l'eau de mer, qui n'aient eu auprès de certains médicatres un rôle important à jouer.

Le chapitre des correctifs et des adjuvants serait trop long, si nous devions seulement l'ébaucher. Nous nous contenterons de citer en bloc tous les objets que celui qui entreprenait une cure par l'hellébore devait au préalable se procurer :

* Le malade était étendu sur une couverture de lit dont les extrémités se trouvaient tenues par des hommes robustes qui le faisaient sauter en l'air à différentes reprises (Pinel, article Elléborf., in Encyclopédie méthodique, p. 767).

HELLÉBORE (thérapeutique). 615

Trois lits, un premier horizontal, un deuxième incliné, un troisième sus" pendu, des plumes d'oie, des éponges de posca, des huiles de cyprès, de rose, d'iris, de l'hyssope, de l'origan, de la rue, du thym, des ventouses, des éponges imprégnées de mélicrat, des sternutatoires, des suppositoires, des clystères purgatifs et anodins, des emplâtres, de l'eau froide, de l'eau tiède, de l'eau chaude, divers topiques pour des fomentations, du vin d'absinthe, des gantelets de cuir allongés pour être introduits dans l'arrière-gorge (digitalia), etc., que dirai-je! des moyens moraux, des histoires gaies pour tuer le temps.

Les signes de l'action de l'hellébore étaient variables. Dans les cas heureux, la face devenait rouge et brillante, les veines du cou se gontlaient, des hoquets «t des vomissements formidables éclataient, accompagnés d'une salivation abondante, le pouls se déprimait ou se précipitait, passant chez certains malades avec promptitude de l'accélération à la rareté, ou de la rareté à l'accélération. Mais la chance n'était pas toujours aussi favorable, loin de là ; souvent arrivaient des accidents, et la liste en est longue. C'étaient des hoquets exagérés, des vomissements incoercibles, plus souvent l'absence complète des vomissements et des évacuations alvines, des sueurs immodérées, des resserrements spasmodiques du gosier, des convulsions partielles ou générales, le délire, les défaillances, l'arrêt du pouls, la syncope, la perte de la voix et du mouvement, le collapsus et la mort.

Et dire que cet hellébore était le remède à tous les maux, au moins à tous les maux rebelles. Nous n'exagérons pas, car voici, d'après Oribase (traduction de Bussemaker et Daremberg. Paris, 1854, t. Il, p. 157), la liste des maladies auxquelles il convient : la folie, la mélancolie, la podagre, les douleurs chroniques de la hanche, la goutte, l'épilepsie, la paralysie, les vertiges par influence divine, les maux de tête de longue durée, la stupeur de l'intelligence, Valphux, la lèpre et toutes les maladies de la peau qui produisent des efflorescences et la chute des cheveux et des poils de la barbe, le cauchemar et l'hydrophobie, la luxation d'une grande articulation avec plaie, la fracture avec saillie des os, pour éviter la gangrène et les convulsions, la fièvre quarte, mais jamais aucune autre fièvre, les calculs des reins, les indigestions habituelles, la leucophlegmatie, les maladies de la rate, les affections carcinomateuses occultes et certains ulcères !

Qu'on ait pu par ces moyens toujours grossièrement empiriques et trop souvent grotesques et barbares produire certaines guérisons retentissantes; que ce comble de la révulsion et de la perturbation ait amené, au hasard, la cure de maladies invétérées, nous ne le contesterons pas, mais, à côté de ces quelques cas fortuitement favorables, que de souffrances inutiles, que de dangers courus, que de malades sacrifiés ! En vérité, grande a été notre surprise, grande sera celle de tous ceux qui liront comme nous dans l'Encyclopédie les pages respectueuses que le grave Pinel a consacrées à ces pratiques justement et à tou' jamais condamnées par la science et, j'ajouterais volontiers, le bon sens modernes.

Toxicologie. D'après les phénomènes observés sur les animaux soumis à nos expériences, voici quels sont les signes de l'empoisonnement par le vératre blanc:

Goût acre de la drogue; vomissements prompts, énergiques et abondants, trèsbilieux; diarrhée copieuse; diurèse; ptyalismc prononcé; dépression de la circulation et de la respiration ; expiration très-difficile, le thorax restant un moment en inspiration forcée; chute de la température; résolution du système musculaire précédée de convulsions ; conservation de l'intelligence.

616 HELLÉBORE (thérapeutique).

A Vaulopsie, byperémie et inflammation de la partie inférieure du tube intestinal; cœur en diastole; rigidité cadavérique tardive.

Le traitement de cet empoisonnement est facile. Les évacuations spontanées très-abondantes par le haut et par le bas rendraient probablement sans objet l'administration d'un éméto-calhartique. Des boissons tièdes abondantes aideraient les évacuations produites par l'agent toxique lui-même , et calmeraient en même temps l'irritation intestinale, que les autopsies ont révélée. En même temps des cataplasmes émoUients seraient appliqués sur le ventre. Contre la dépression des forces, on aurait recours au café à haute dose, à d'autres excitants diffusibles, et surtout à des injections hypodermiques d'éther sulfurique. Plus tard, diète lactée.

Voici maintenant les signes moins précis et moins caractéristiques de l'empoisonnement par l'hellébore noir :

Goîit plus acre et plus brûlant, si la racine est fraîche; peu de salivation; rareté et retard des vomissements, absence de selles; accélération de la circulation et de la respiration; élévation de la température; excitation du système nerveux et du système musculaire; convulsions terribles; abolition de l'intelligence ; brusquerie de la mort.

Pas d'inflammation du tube digestif; cœur en systole; rigidité cadavérique prompte.

Ici, l'administration urgente d'un vomitif puissant et rapide s impose. Malgré leur danger possible, que nous avons signalé ailleurs, les injections hypodermiques d'apomorphine deviendraient légitimes pai' la gravité des circonstances. Un purgatif serait ensuite prescrit pour expulser la partie du poison qui aurait pénétré dans l'intestin grêle. Ne connaissant point d'antidote, nous ne pouvons ajoutera cela que des indications banales ."soutenir les forces; calmer l'éréthisme nerveux ; administrer des sédatifs et surtout prescrire des bains tièdes prolongés.

Emploi thérapeutique; indications. Quand nous sommes arrivés il y a cinq ans, Rédieretmoi, à fixer nettement l'action physiologique des vératres et des hellébores, nous nous sommes demandé si nous ne parviendrions pas, pour certains cas, à réhabiliter le médicament si célèbre dans le passé et ù lui trouver encore quelques indications précises, 11 y a là, en somme, des agents qui ont une énergie puissante sur l'organisme : ne serait-il pas possible d'utiliser cette énergie dans un but curatif ? La matière médicale de nos jours est plus que jamais pleine de poisons, il s'agit, par une étude attentive des effets de ces poisons et de leur dose, d'en faire des remèdes. Comme la réponse que nous fîmes à celte question nous paraît toujours juste et qu'elle ne semble pas pouvoir être plus nettement formulée, je vais la reproduire ici :

Il faut commencer par élaguer absolument l'hellébore noir de la matière médicale. Nous avons bien constaté à la suite de son administration des effets d'excitation sur la circulation, la respiration et le système nerveux, mais ne sommes-nous pas en possession d'un grand nombre d'excitants, moins toxiques et moins dangereux que lui? Au moment de le prescrire, à une dose quelque peu active, nous reverrions malgré nous dans notre pensée, avec un véritable effroi, les animaux que nous avons soumis à son influence, et qui, alors qu'ils paraissaient à peine impressionnés par lui, tombaient comme foudroyés.

Pour ce qui est du vératre blanc, il est vraiment moins toxique, et puis il nous a montré de nombreux effets que la thérapeutique semble pouvoir utiliser.

HELLEBORE (thérapeutique). 617

Il est émélique, purgatif, sialagogue, diiirélique, contro-slinmlant de la circulation, sédatir de la sensibilité Mais comme vomitif vaut-il ripécacuanlia ou le tartre stibié? Comme purgatifs, n'avons-nous pas des drastiques plus sfirs et moins irritants? Comme sialagogue est-il à la hauteur du jaborandi et de la pilocarpine? Comme diurétique, ses effets se rapprochent-ils de ceux du nitreou de la sciUe, et du régime lacté? Comme contro-stimulant de la circulation et de la respiration, ne trouve-t-on pas [)lus avantageusement à employer, suivant les circonstances, l'ipécacuanlia, le tartre stibié, le nitre, la digitale, etc.? Et toutes ces substances, plus utiles que lui, sont généralement moins toxiques. Cependant, puisqu'il est certains cas graves où les remèdes classiques échouent, puisqu'il laut alors avoir à sa disposition ce que, dans l'art militaire, on appelle des renforts, les médications moins usitées s'imposent alors, et parmi elles les vératres trouveraient peut-être de rares, mais de réelles indications : Ad extremos morbos siimmœ ciirationes, aphorisme auquel il faut pourtant toujours opposer celui-ci : Saltem non nocere !

L'une des maladies dans lesquelles nous serions le plus tenté d'essayer le vératre blanc serait l'hydropisie rebelle : d'abord parce qu'il y a en faveur de cette pratique d'anciens témoignages cliniques, et puis à cause des effets vraiment évacuants et diurétiques des varaires.

Nous nous garderons bien d'ailleurs d'engager l'avenir; nous espérons même que d'autres seront plus heuieux (lue nous; mais, pour le moment, nous ne voulons pas tomber dans cet optimisme f;ichcux qui a fait de tout temps à la thérapeutique plus de promesses qu'il n'en a tenu.

En faveur des bons résultats que la médecine pourrait retirer des varaires, et en opposition avec notre scepticisme que certains trouveront exagéré, on se prévaudra peut-être de ce que la véralrine, dont nous avons vu les aftinilés avec le vératre bbinc, est devenue pour certains médecins un médicament important. Aran l'a employée dans la pneumonie, Gebbhort (de Moscou) dans le rhumatisme articulaire aigu et les névralgies, Gmtrac dans la goutte, etc. Mais ce n'est pas le lieu de s'occuper maintenant de cet alcaloïde, que nous avons sérieusement étudié et sur lequel nous reviendrons plus tard (voy. Vépatrine).

Que penser maintenant du traitement de la folie par l'hellébore, traitement auquel les Anciens ont attaché tant d'importance? IN"est-ce point là encore une de ces illusions thérapeutiques h laquelle notre époque de précision et d'exactitude ne peut plus attacher la moindre créance? Le médecin qui s'aviserait, de nos jours, d'avoir recours à cette médication, ne s'exposerait-il pas justement à être par ses pairs jugé digne d'en |)rendre lui-même quelques grains?

L'aliénation mentale dépend de causes si variables, se manifeste sous des formes si diverses, qu'il est impossible de rêver pour elle un remède spécifique, et, en tout cas, ce spécifique ne serait certainement pas l'hellébore. On a bien dit que, dans certaines circonstances, les troubles psychiques et moraux de l'aliéné étant subordonnés à un élat gastrique, l'hellébore, avec ses effets évacuants énergiques, avait pules dissiper. Mais, dans celte hypothèse, qui, sans être inadmissible, est pour sur exceptionnelle, il existe vingt évacuants qui, mieux que l'hellébore, rempliraient une pareille indication.

Tournefort, qui a retrouvé à Anticyre un hellébore, VHellehorus orientalis, qu'il prétend être le véritable hellébore noir des Anciens, a été frappé des splendides panoramas de cette île célèbre. Il s'est alors demandé si le spectacle de l'admirable nature qu'il avait sons les yeux n'avait point réagi sur le moral

618 HELLÉBORE (inÉRAPEnTiQUE).

des pauvres fous, qui venaient y chercher l'heRébore, et n'avait point ainsi pu calmer leurs symptômes nerveux et leurs transports furieux. C'est là une remarque sensée et digne de ce grand homme. Mais si, dans ces cures autrefois célèbres, tout a dépendu d'un voyage d'agrément, il est plus facile aujourd'hui d'aller «n Suisse ou dans les Pyrénées que dans l'île de d'Archipel.

Préparations pharmacectiqdes. Poudre de vératre : à Vintérieur de 5 à 10 centigrammes; en pilules ponr obtenir un effet altérant, et à celle de 25 centigrammes ou même plus comme éméto-cathartique.

On peut préparer la décoction suivante, qui est à peu près celle qui a servi pour nos expériences :

Racine de vératre blanc. 10 grammes.

Eau Jjùiiillante 100 —

à réduire par l'ébullilion à 25 grammes.

Un gramme de ce liquide contient 40 centigrammes de vératre. Ce serait une dose trop forte, du moins pour l'administrer en une seule fois.

En évaporant cette décoction, on obtiendrait un extrait aqueux très-actif.

Nous avions aussi pour nos expériences une teinture qui est celle du Codex:

Racine de vératre râpée 100 grammes.

Alcool à 8J degrés . 500 —

faites macérer, passez avec expression et filtrez.

Cette teinture devrait être formulée par gouttes, pour l'usage interne.

Le docteur Lilienfeld l'a employée en lotions contre les taches hépatiques.

On fait aussi un vin d'hellébore.

Avec A grammes de vératre pour 52 grammes d'axonge, on prépare une pommade active qui est susceptible de quelques applications, pour obtenir une action substitutive.

Inutile d'insister plus longtemps sur des formules qui gardent aujourd'hui si peu d'opportunité, et d'ailleurs il paraît bien plus simple et plus sûr d'employer la vératrine que le vératre blanc. Nous rappellerons cependant qu'il n'y a pas identité absolue entre les effets des deux médicaments. Ce point est absolument acquis pas le résultat de nos expériences. Alors même, d'ailleurs, que la vératrine, cet agent si puissant, imprime évidemment son cachet énergique sur l'action de la plante qui la contient, comme ladite plante contient aussi de la jervine, on doit supposer celle-ci capable d'une certaine vertu modificatrice ou complémentaire. C'est ainsi qu'on ne peut pas identifier le quinquina et la quinine, et surtout l'opium et la morphine.

On comprend, d'après ce que nous avons si souvent répété, que nous ne citerons pas, comme formules à prescrire, celles des décoctions et des teintures d'hellébore noir, dont nous nous sommes servis pour notre expérimentation collective, pas plus que celles du vin et de l'extrait de cette substance qu'on trouve dans quelques ouvrages.

Mais voici la formule des célèbres pilules toniques et hydragogues de Bâcher, qui ont joui d'une grande réputation :

Racine sèche d'hellébore noir SOO grammes.

Carbonate de potasse purifié 123 —

Alcool à 11 degrés Cartier 'i kilogrammes.

Vin blanc 2 —

Concassez la racine d'hellébore, mettez-la dans un matras avec le carbonate

HELLEBORE (thérapeutique). 619

<le potaj^se et l'alcool; faites digérer douze heures. Passez avec expression; versez le viu blanc sur le résidu ; laissez macérer vingt-quatre heures, puis portez à lébuUition et passez. Réunissez les liqueurs alcooliques et vineuses; clarifiezles par le repos ou la filtration, et faites-les évaporer en consistance d'extrait ferme. Prenez alors:

Extrait ci-dessus 100 grammes.

Extrait de myrrhe 100 —

Poudre de cliardoa bénit 30 —

Faites une masse pilulaire, que vous diviserez en [)ilules de 20 centigrammes, que vous tiendrez renfermées dans un llacon bien bouché.

L'hellébore noir est évidemment le remède le plus saillant de cette préparation complexe que quelques médecins emploient encore à la dose de une ou deux pilules par jour contre l'hydropisie.

Si nous étions tenté d'utiliser cette formule, nous remplacerions certainement l'hellébore noir, qui n'y a été introduit qu'en A'ertu de la confusion sur laquelle nous avons tant insisté, par le vcratre blanc dont les vertus diurétiques et purgatives sont beaucoup plus prononcées et ractioa toxique moins dangereuse: inutile de revenir longuement sur ce point.

Nous ne ferions, par contre, aucune opposition à l'emploi extérieur de l'hellébore noir, réglé par de sérieuses précautions, car nous avons vu que ses effets topiques irritants, substitutifs et certainement autizymotiques, étaient leur seule analogie avec les vératres.

Voici la formule d'une pommade à l'hellébore noir qui pourrait, dans certaines dartres anciennes, avoir quelques avantages :

Poudre d'hellébore noir 10 grammes.

Axonge S —

Pécholier.

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620 IIELLÉBORÉINE (action physiologique).

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HELLÉBOBÉIXE. C-''H''''0'\ § I. ciiiniic. Glj'coside découvei'te par Marmë, en 1864, dans le rhizome et dans les feuilles radicales des Helleborus viridis, H. niger et //. fœtichis. Pour la préparer, on épuise par l'eau bouillante le rhizome divisé en fragments ou on se sert des eaux-mères de la préparation de l'helléborine. On traite par l'acétate de plomb en évitant d'en employer un excès, on filtre et on précipite le plomb du liquide filtré au moyen du sulfate de soude; enfin, la liqueur est traitée par le tannin et le précipité exprimé, lavé à l'eau et exprimé derechef. On délaye ensuite ce précipité dans de l'alcool, puis on le décompose par l'oxyde ds plomb en quantité suffisante, on fait sécher le résidu et on l'épuisé par l'alcool bouillant; la solution obtenue est concentrée et traitée par l'étber qui précipite l'helléboréine en flocons; on purifie par solutions répétées dans l'alcool et on précipite finalement par l'étber.

L'belléboréine se dépose de sa solution alcoolique concentrée en petites masses verruqueuses, formées d'aiguilles transparentes, presque incolores, qui blanchissent rapidement à l'air. Lorsqu'on fait évaporer sa solution aqueuse, on l'obtient sous forme de résine jaune transparente qui se convertit en une poudre gris jaunâtre, douée de propriétés stcrnutatoires énergiques. L'helléboréine est inodore, douceâtre, douce d'une faible réaction acide et très-hygrométrique. Elle se dissout aisément dans l'eau, plus difficilement dans l'alcool, et est insoluble dans l'élher. L'acide sulfuriquc la dissout avec une coloration brun l'ouge, à reflet violet. Sa solution alcoolique n'est pas précipitée par les sels métalliques, à l'exception de l'azotate mercurenx ; elle est précipitée par le tannin, l'acide phosphomolybdique et l'acitle phosphotungslique.

Sous l'influence de la chaleur, l'helléboréine brunit, devient pcàteuse, puis à ■280 degrés de consistance sirupeuse et se charbonne. Les alcalis étendus et le baryte ne l'attaquent pas même à l'ébuUition, mais les acides étendus la transforment, à ufie température élevée, en glycose et en helléborétine :

Helléboréine. Helléboréline. Glycose.

L'hélléboréline, obtenue pour la première fois par Huscmann etMarmé, est en flocons bleu foncé qui, par la dessiccation, se convertissent en une poudre gris verdàtre, inodore et sans saveur, infioluble dans l'eau et l'étber, soluble en violet dans l'alcool, en rouge brun dans l'acide nitrique.

g 11. Action piiysioiug'iquc. C'est à l'belléboréine qu'est due en partie l'action drastique de l'hellébore, mais cette glycoside constitue surtout un poison cardiaque très-puissant; l'intensité de son action varie dans certaines limites selon l'espèce d'hellébore qui l'a fournie : ainsi celle qui provient de VHelleborus viridis est beaucoup plus énergique que celle que fournit \'H- niger.

La dose mortelle est, pour l'helléboréine provenant de VU. viridis, de 8 à 12 centigrammes en injection sous-cutanée et de 25 à 50 centigrammes donnés par la voie stomacale, chez le chat, tandis qu'il faut 20 à 40 centigrammes de la glvcoside fournie par 1'//. niger, en injections sous-cutanées; encore la mort arrive-t-elle bien plus lentement dans le second cas que dans le premier.

UELLÉBORlNfc: (chimie). 621

Dans les elfets produits par l'hcUéboréine il faut distinguer l'action locale et raction éloignée ou générale. L'action locale, irritante, surtout très-nette lorsque ce principe est en solution concentrée, se manifeste avec sa plus grande intensité sur les muqueuses et sur l'intestin. Elle est à peu près nulle sur la peau. L'helléboréine enflamme violemment la conjonctive, provoque l'éternument, mais avec moins d'énergie que la vératrine ; appliquée dans la bouche, elle détermine de la salivation; introduite à dose suffisante dans l'estomac, elle provoque des nausées, des vomissements, de la gastro-entérite, de la dysenterie, parfois même de l'entérite ulcéreuse avec tous ses symptômes.

L'action éloignée de l'Iielléboréine s'exerce particulièrement sur le cœur et est en tout comparable à celle de la digitaline. Donnée à doses faibles, mais répétées, elle ralentit les mouvements du cœur, tandis qu'elle les accélère à forte dose ou les arrête totalement; elle se comporte à l'égard du nerf pneumogastrique exactement comme la digitaline ; elle augmente la tension intra-artérielle. La paralysie du cœur est rapide après la mort ; la respiration persiste plus longtemps que les battements cardiaques.

La respiration, accélérée au début, devient plus lente et pénible par la suite ; après la mort on trouve les poumons liyperémiés. On remarque de la salivation, même si le poison a été donné en injections sous-cutanées; la sécrétion urinaire est excitée par les faibles doses ; les doses mortelles détei minent de l'byperémie rénale. Chez les femelles, on trouve les vaisseaux de l'utérus gorgés de sang et la muqueuse fortement injectée.

Enfin, du côté du système nerveux, on observe de la parésie, du tremblement, finalement des convulsions ; généralement on constate de la mydriase pupillaire avant la mort. Marmé n'a constaté la présence d'aucune lésion dans le cerveau. II n'a pas retrouvé l'helléboréine dans l'urine.

§ IlL Emploi médical. L'helléboréine n'est pas encore entrée dans la pratique médicale. Cependant ce serait un excellent succédané de la digitaline ; elle se recommande par sa facile solubilité dans l'eau et son action énergique à petites doses, surtout en injection sous-cutanées, dans les maladies du cœur et l'hydropisie. En revanche, il ne paraît pas que son action drastique soit utilisable, pas plus que son action emménagogue; il faudrait l'employer à dose trop élevée ou à petites doses trop fréquemment répétées, ce qui constituerait un danger réel. L. Un.

Bibliographie. — Husemannu. Marmé. In Ann. der Ckemieu. Pharm., Bd. CXXXV, n° 55. — W. Marmé. In Zeitschrift fur rai. Medicin, 5. Reihe, Bd. XXVI, nM. — Husemann (\.u. Th.) et HiLGER. Die P[lanzensloffe, 1882, Bd. II, p. 608. L. Ilx.

UELLÉBORIXE. C^^H^-0^ § L Chimie. Découverte par Bastick, en 1853, puis étudiée particulièrement par Husemann et Marmé, l'helléborine accompagne l'helléboréine dans le rhizome des Helleborus viridis, H. niger et E. fœtidus, mais elle ne se trouve en quantité un peu appréciable que dans la première espèce et encore surtout dans les vieux rhizomes, dont il faut Vl^s^^ pour produire 4 à 5 grammes.

Pour préparer cette glycoside, on fragmente les rhizomes et on les épuise par l'alcool ; on distille ensuite et le résidu renferme l'helléborine, l'helléboréine et une huile verte ; on traite ce résidu à plusieurs reprises par l'eau bouillante en excès, qui dissout l'helléborine et laisse l'helléboréine ; on se débarrasse de

622 IIELLEBORUS ALBUS.

l'huile verte par décantation, enfin on concentre. L'helléborine cristallise par le refroidissement. On la purifie par des lavages à l'eau et des cristallisations dans l'alcool bouillant.

L'helléborine forme des aiguilles blanches brillantes, groupées concentriquement; elle est inodore, sans saveur à l'état sec, mais d'une saveur acre et briilante en solution alcoolique ; elle est neutre aux réactifs, insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans l'étber et les huiles grasses, se dissout bien dans l'alcool et le chloroforme. L'acide sulfurique concentré la colore wa rouge vif et l'eau la précipite en flocons blancs de sa solution dans cet acide. Elle fond au delà de 250 degrés et se cbarbonne à une température plus élevée.

Les acides minéraux dilués la convertissent difficilement, mais le chlorure de zinc en solution chaude la dédouble totalement en glycose et en helléborésine, C'^^II^'O* :

(j'HV'O' -h 41P0 = C-^»1P«0'* -f- C'W'-O'.

Ilelléborine. Hclléborésine. Ciycose.

L'helléborésine a l'apparence d'une résine et est souillée de zinc, dont on la débarrasse par ébullilion avec l'acide chlorhydrique, solution dans l'alcool bouillant et traitement par l'eau. Desséchée, elle forme une poudre gris blanchàtre,. insipido, qui brunit et se ramollit à 1 iO-150 degrés, insoluble dans l'eau, à peine soluble dans l'élher, très-soluble dans l'alcool.

g II. iictioii pii;<» biologique. L'helléborine contribue à l'action drastique des hellébores et leur communique leurs propriétés narcotiques ; 24 centigrammes en injection sous-cutande tuent généralement un chien. Ses effets locaux sont bien moins énergiques que ceux de l'helléboréine. Introduite dans l'estomac, elle provoque, à dose suffisante, des symptômes de gastro-entérite. Son action la plus importante est celle qu'elle exerce sur les centres nerveux, en particulier sur le cerveau qu'elle paralyse.

Chez les animaux empoisonnés, on remarque tout d'abord de l'agitation, bientôt suivie de parésie des membres postérieurs, de tremblement et d'oscillations du corps; à forte dose, la stupeur est complète et l'anesthésie presque absolue. A l'autopsie, on trouve les méninges du cerveau et de la moelle hyperémiées; chez les lapins, du ramollissement de la moelle et des épanchements de sang dans la cavité crânienne. Pendant l'intoxication, les autres fonctions présentent à peu près les mêmes troubles que sous l'influence des narcotiques. La respiration est ralentie; on trouve le poumon hyperémié et infiltré; le cœur ne se ralentit que sous l'influence de très-fortes doses ; les pupilles sont dilatées et réagissent aux excitants électriques. L. Hn.

Bibliographie. — W. Bastick. In Pharm. Journ. Trans., t. XII, n° 74. — Hcsemahs et Marmé. Ann. Chem. u. P/iann., Bd. CXXXV, n" 61. — Marmé. Zeitschr. fiïr rat. Med., 3 R., Bd. XXVI, n° 1. — IIdseuax.n et Hilger. Pflanzenstoffe, 1882, Bd. II, p. GlI. L. Un.

HELf^EBORITES. Suivant Mentzel, les anciens Grecs désignaient sous ce nom VErythrœa centaurium Pers. {voij. Erythrée et Centaurée). Ed. Lef.

HELLEBORUS ALBUS. Ancien nom du Veratrum viride (voy. Veratrum). L' Hn.

IIELLFELD. 6ii5

HELLÉI^ES. Voy. Grèce.

HELLER (Les deux).

Heiier (Samuel). Médecin français, né à Paris en 1796, prit de bonne heure du service dans l'armée et prit part à la campagne de France. [1 fut reçu docteur à Paris en 1818 et dès l'année suivante fit un cours à l'École pratique sur la physiologie. « Auteur d'un grand nombre d'articles dans les journaux de médecine et les recueils scientifiques, esprit original et indépendant, observateur exact. Relier avait déjà fait des recherches consciencieuses sur les effets de plusieurs poisons. Quand Magendie fit connaître le résultat de ses travaux sur l'acide prussique, Heller osa les contester ; il institua une série d'expériences comme contre-épreuve, il publia plusieurs mémoires remarquables qui reçurent l'accueil le plus favorable et lui ouvrirent les portes de l'Académie, d'abord comme membre adjoint et peu après comme titulaire (section d'anatomie et de physiologie) » (Gaffe). 11 se livra avec succès à la pratique jusqu'à sa mort, arrivée le 19 janvier 1861. Nous citerons de lui :

I. Essai sur le sommeil. Thèse de Paris, 1818, n° &i. — 11. Nouvelles rcciterches sur l'emploi de l'acide hydrocyaniquc dans diffe'renles maladies, parlicul. dans les maladies nerveuses. Paris, 1823, in-8°. — JII. De la nécessité de ne point trop insister sur l'usage intérieur des excitants dans l'empoisonnement par l'acide hydrocijanique. Paris, 1824, in-8°. L. Un.

Délier (Johann-Florian) . iMédeciu et chimiste allemand, né à Iglau, en Moravie, le 4 mai 1815. Après avoir pris ses degrés en médecine, il se livra à l'étude de la chimie et en 1844 fut attaché comme chef des travaux chimiques à l'hôpital général de Prague. Plus tard, il devint professeur de chimie pathologique à l'hôpital général de Vienne et prlvat-docenl à l'Université, enfin directeur de l'Institut de chimie pathologique de Vienne. ^Malheureusement, il trouva peu d'encouragements à ses travaux de la part du gouvernement. Il mourut en automne 1871.

Heller fonda et publia de 1844 à 1847, puis de 1852 à 1854, VArchiv fur physiol. u. pathol. Chemie iind Mikroskopie. C'est dans ce recueil qu'il a publié la plupart de ses remarquables travaux sur l'urologie cHnique, sur les pigments de l'urine, l'analyse de ce liquide, etc. Un grand nombre de réactifs usités dans cette analyse de nos jours sont dus à Heller. Il a fait faire enfin de grands progrès à la connaissance des concrétions urinaires et a publié sur ce sujet : Die Harnconcretionen, ihreEntsleJmng, Erkennungund Analyse, mit Riicksicht aufDiagnose und Therci'pie der Nieren iind Blasenerkrankung. Wien, 1860, in-8«. L. Hn.

HEEEFELD (Christian-August-Friedrich von). Médecin allemand, né à léna, le 18 décembre 1757, fit ses études dans sa ville natale et à Gottingue, fut reçu docteur à léna en 1779 et immédiatement après privat-docent à l'Université. Il fut nommé en 1785 professeur extraordinaire de médecine et peu après conseiller à la Chambre des comptes. Hellfeld mourut à léna, le 7 novembre 1840, laissant :

I. Diss. inaug. de origine icteri. lenae, 1779, in4°. — II. Betracht. ûber den Nutzen der Ausleerungen, vornehmlich in Riicksicht der Gesundlieit der Gelehrten. lena, 1784, in-8°. — III. Kurzer Entwurf einer Lebensordnung fur Gelehrte. lena, 1790, in-8°. L. Hn.

62t HELLWÂAG.

IIELLIIVG (Gkorg-Lebrecht-Andreas). Oculiste allemand distingué, né à Gross-Salze, près Magdebourg, le 25 février 17G5, servit dans l'armée, puis en 1787 prit ses degrés à Berlin et fut nommé médecin en chef des lazarets militaires. En 180J, il alla prendre le bonnet de docteur à Francfort-sur-l'Oder {Diss. de fiatula lacrymnli). Il se fixa alors à Berlin, et en ISO^ institua un cours privé d'oplithalmologie; il fut nommé médecin des pauvres et acquit une grande renommée pour son habileté dans les opérations sur l'œil. En 1815, il dirigea le lazaret des prisonniers de Berlin et en même temps (1815-1814) un lazaret pour les maladies des yeux. Il mourut le 25 novembre 1840,

Helling a imaginé plusieurs instruments nouveaux pour les opérations sur l'œil et perfectionné le traitement de l'enlropion. Outre un grand nombre d'articles dans les recueils périodiques, il a publié :

I. Beob. ûber die im lelzten Feldtuge von 1815 u. 1S14 hei deii Preuss. Soldaten (jleichsam epidemisrh gewordenen Augenhranhheif. Berlin, 1815, in-S". — II. Praklisches Handbuck der Augeiikrankheilrn, elc. Berlin, 1821-1822, 2 vol. in-8°, pi. — III. Uebo- die Augenhrankk. der preuss. Soldaten, etc. Berlin, 1817, in-8". L. Hn.

IIELLM.WX (.Ioh,v:sn-Caspa«). Médecin allemand, né à Halle, en Weslphalie, le 22 mai 1756, fut chirurgien pensionné et assesseur du collège de médecine de Magdebourg. Il mourut dans cette ville le 20 mars 1795. Ce fut un ophtlialmologiste très-habile. Il a publié un excellent ouvrage sur la cataracte: Der grave Stanr nnd dessen Herausnehming, nebst einigen Beobachtungen. Magdeburg, 1774. Cet ouvrage est vanté comme très-pratique par Richter, Béer et les premières autorités de l'époque. L. Ils.

IIELLOT (Jean). Chimiste français, né à Paris, le 20 novembre 1685, mort dans cette ville, le 15 février 1766. Use livra avec prédilection à l'étude de la chimie, et entra en relations avec le savant Geoffroy. En 1755, il fut reçu à l'Académie des sciences en qualité d'adjoint chimiste. Il lit ensuite un voyage en Angleterre où il se lia avec plusieurs membres de la Société royale de Londres, qui l'admit aussi dans son sein. Hellot a retouché et enrichi de ses remarques la traduction faite par ordre du gouvernement du traité De la fonte des mines et des fonderies, écrit en allemand par Schlutter. Paris, 1750-1755, 2 vol. in-4°. On lui doit en outre plusieurs ouvrages et mémoires sur la chimie industrielle. Enfin, il a fourni au recueil de l'Académie des sciences divers mémoires, parmi lesquels : Recherches sur la composition de l'éther, 1754. — Le phosphore de Knnckel et analyse de V urine, 1857. — Sur le sel de Glauber trouvé dans le vitriol sans addition de matière étrangère, 1758. — Examen du sel de Pécais (avec Lemery et Geoffroy). 1740. — Examen chimique de l'eau de la rivière d'Yvette (avec Macquer), 1762. — Sur les vapeurs inflammatoires qui se trouvent dans les mines de charbon de terre de Briançon (avec Duhamel etMontigny), 1765. L. H?*.

HELLWAtt on HELLIVAAG (Christoph-Friedrich), Médecin allemand, né à Calw, dans le Wurtemberg, le 6 mars 1754, fit ses études à Tubingue et à Gottingue. Reçu docteur à la première de ces deux Universités, il se fixa à Guildorf, en 1781, puis en 1782 passa à Oldenbourg avec le titre de médecin particulier du prince Pierre de Holstein et devint médecin et directeur-adjoint de l'hospice. Enfin, en 1788, il alla résider à Eutin et y fut nommé médecin pensionné en 1800, conseiller privé du grand-duc d'Oldenbourg et médecin de la

IIELLWIG (Les). e-2h

principauté de Lnbeck en 1854. Hellwag mourut à Euliii, le IC» octobre 1K")5, laissant :

J. Diss. inaiig. de formatione loquelac. liûm^ac. 1781, in-4°. — II. Ein Wort ûber die Blailern. etc. Eulin, 1797, in-8°. — III. Erfaliritngcn ûbcr die Ileilkrâfle des Galvanismus. elc. Ilainburg, 1802, in-8°. — IV. Pliy.sik des Unbelehien und des Beleblen, etc. llamburg, 1824, in-8°. — Y. Newtons Farbenlehre, ous ihren rtchligen Priiicipien berichligl- Lubeck, 1835, yr. in-8°. — VI. Nombreux articles dans les recueils périodiques.

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