‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.52Chapitre 19 sur 67 · IRIDIUM. 40Ï · texte numérisé non relu

IRIDIUM. 40Ï

Frémy conseille de griller l'osmiurc, de chauffer le résidu dads un creuset réfractaire avec quatre parties de nitre; en reprenant la masse par l'eau bouillante, il reste comme résidu de l'iridiate de potassium. On transforme ce sel par l'eau régale en chlorure double d'iridium et de potassium, composé peu soluble qui se dépose par le refroidissement en octaèdres réguliers, d'un brun noirâtre. En attaquant à chaud ce sel double par un courant d'hydrogène, on obtient l'iridium.

L'iridium est un métal blanc grisâtre, cassant, fusible seulement, comme le platine, dans le mélange oxyhydrique. 11 roche comme le platine et sa densité est la même (D=: 21,15). 11 est insoluble dans les acides, même dans l'eau régale. Intimement mélangé au chlorure de sodium et chauffé dans un courant de chlore, il fournit un chlorure double, soluble dans l'eau. 11 possède le même équivalent que le platine (98,5).

Il engendre avec l'oxygène quatre oxydes, qu'on obtient par voie indirecte, mais dont on n'a pu isoler jusqu'ici que le sesquioxyde et le bioxyde, le protoxyde et l'acide iridique ne paraissant susceptibles d'exister qu'à l'état de combinaison.

Le proto.rijde, IrO, est un corps problématique.

Le sesquioxyde, Ir^O^, se prépare en décomposant le sesquiclilorurc par une lessive alcaline.

Corps noir, insoluble dans les acides, excepté dans l'acide chlorhydrique qui en dissout un peu en prenant une coloration vert olive.

Il prend encore naissance lorsqu'on attaque par la potasse caustique le tétrachlorure et qu'on ajoute de l'alcool.

Le bioxyde d'iridium, I^0^ prend naissance dans l'action de la potasse sur le chlorure d'iridium.

H. Deville et Debray ont obtenu une combinaison cristallisée de ce corps avec l'oxyde de plomb :

IrO' + PbO,

en soumettant à la coupellation, au rouge blanc, un alliage de plomb et d'iridium. Elle est sous forme d'une poudre cristalline, qu'on sépare de la litharge qui l'accompagne au moyen de l'acide acétique.

L'iridium se combine avec les halogènes pour former des sels qui pourraient être expérimentés en médecine, notamment les chlorures, comme le sesquichlorure et le tétrachlorure.

Le sesqiiichlorure d'iridium se forme lorsqu'on attaque à chaud le métal divisé par un courant de chlore. Claus conseille plus simplement de chauffer fortement un sel double alcalin avec de l'acide sulfurique concentré. Une affusion d'eau sépare un sesquichlorure vert olive, insoluble dans l'eau et dans les acides étendus, identique avec celui qu'on prépare par voie sèche. Pour l'obtenir en dissolution, on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré dans du bioxyde dissous dans l'acide chlorhydrique. A l'évaporation il se sépare des cristaux hydratés ayant pour formule :

Ir*Cl'-H4H'0».

Il forme avec les chlorures alcalins et le chlorure d'argent des sels doubles, cristallisés, nettement définis (Claus).

Le perchlorure d'iridium, IrCl-, en atomes IrCl*, se prépare en attaquant le

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corps précédent par l'eau régale, ce qui fournit une dissolution d'un jaune rougeâtre.

11 s'unit aisément aux chlorures alcalins. C'est ainsi que le cliloro-iridate de potassium :

KCl-f-IrCP,

et le chloro-iridate d'ammonium :

AzH^Cl+IrCI%

sont des corps qui cristallisent en octaèdres réguliers, d'une couleur noire, mais dont la poudre est rouge brun. Ils sont solubles dans l'eau, surtout à chaud, insolubles dans des dissolutions concentrées de chlorure de potassium ou de sel ammoniac.

L'iridium et ses combinaisons n'ayant pas encore été utilisés par la thérapeutique, nous ne nous étendons pas davantage sur ce métal, dont les propriétés physiologiques seront sans doute très-rapprochées de celles du platine.

Edme Bourgoin.

IRIDOMNE. C'H^Az, Base renfermée dans les huiles lourdes de goudron de houille. Elle bout de 252 à 257 degrés et forme des sels difficiles à cristalliser.

11 ne faut pas confondre celte base avec un isomère, la lépi(li7ie, autre base contenue dans la quinoléine brute, qu'on obtient par action de la potasse sur la cinchonine et plusieurs autres alcaloïdes; c'est un liquide oléagineux, distillant entre 266 et 271 degrés, formant des sels bien cristallisés. L. Hn.

IRIDOTOMIE. Voy. Iris.

IRIS (ïjoiç, iris; allemand. Iris, Regenbogenhaute ; anglais, Iris; italien, iride; espagnol, iris).

§ I. Anatomie. Définition. L'iris, semblable à ces diaphragmes que les opticiens placent au devant de leurs lentilles, est un écran membraneux, circulaire et contractile, perforé à son centre pour livrer passage aux rayons lumineux, et transversalement situé dans l'humeur aqueuse entre la cornée qu'il sous-lend et le cristallin, dont il voile la partie périphérique (Sappey).

L'ouverture centrale que présente l'iris a reçu les noms de pupille ou de prunelle (xopc; pupilla; allemand, Pupille; anglais, Pupil; itahen, pupilla; espagnol, Pupila).

Anatomie. Conformation. Le diamètre de l'iris est de 15 millimètres. Dans un état de moyenne dilatation la pupille mesure de 5 à 4 millimètres, moins que le tiers du diamètre total de l'iris. Ce rapport d'ailleurs varie suivant le degré de constriction ou d'ouverture de la prunelle, la largeur de l'anneau augmentant lorsque la pupille se resserre et diminuant au contraire lorsqu'elle se dilate.

Par sa grande circonférence l'iris est fixé à l'enveloppe scléro-cornéenne du globe oculaire. II est très-important de préciser le point auquel correspond extérieurement cette insertion, puisque dans l'opération de la cataracte par abaissement, comme dans plusieurs procédés de pupille artificielle, il s'agit de pénétrer juste en arrière de l'iris. Or, d'une part, l'union de la sclérotique à la cornée se fait par un biseau taillé aux dépens de chacune d'elles, la sclérotique

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recouvrant la cornée; d'autre part, l'iris vient s'unir à cette dernière précisément à la pointe du biseau cornéen. Celui-ci mesure en longueur 3 millimètres environ : c'est donc un peu plus de 5 millimètres en arrière de la circonférence apparente de la cornée qu'il faudra plonger l'aiguille pour ne point intéresser le bord de l'iris (Kichet). On peut du reste reconnaître par l'observation directe que le plan de l'iris est postérieur à celui qui contient le cercle limite transparente de la cornée. Observons un sujet normal en plaçant une lumière et notre propre œil dans ce plan, chacun d'un côté de la cornée de l'œil examiné, puis reculons insensiblement : on voit alors disparaître le plan de l'iris avant le bord opposé de la sclérotique. D'après les mensurations d'Helrtholtz le plan de l'iris serait distant de 4 millimètres environ du sommet de la cornée. Vorifice pupillaire, limité par la petite circonférence de l'iris, se présente dans l'œil normal comme un cercle noir remarquable par la faculté qu'il possède d'augmenter ou de diminuer tout en conservant sa forme circulaire. Gauche» au point de vue médico-légal, propose d'admettre comme diamètre moyen de la pupille le tiers du diamètre de l'iris ; au delà et en deçà de cette mesure il y a mydriase ou myosis. Anatomiquement cette fixation nous paraît trop élevée : elle est d'ailleurs tout à fait théorique, vu les modifications incessantes que subi la pupille pendant la veille; fortement contractée pendant le sommeil, contractée durant l'agonie, la prunelle se dilate brusquement au moment de la mort.

La petite circonférence de l'iris qui circonscrit la pupille est fortement teintée en noir par une couche de pigment. Examinée à la lumière transmise sur un œil dont on a enlevé l'hémisphère postérieur, on la voit se détacher nette sur le fond clair de la pupille sous la figure d'un anneau noir surmonté de très-petites saillies : d'où un aspect finement dentelé. A l'état normal cette circonférence tend à se fusionner dans la teinte noire du disque pupillaire, coloration due à l'absorption par le pigment choroidien des rayons lumineux qui pénètrent dans la chambre postérieure. La rétine a besoin de l'éclairage du miroir ophthalmoscopique pour réfléchir une quantité de lumière susceptible d'éclairer en rouge la pupille. Cet orifice est fermé en arrière par le cristallin sur lequel repose le bord libre de l'iris, contact que permet de vérifier l'observation de la deuxième image de Sanson (celle fournie par la cristalloïde antérieure). En établissant une position relative convenable entre l'observé, l'observateur et la source lumineuse, il est toujours possible d'amener cette image à toucher le bord pupillaire, et, du moment où ce contact apparent existe, si le mouvement continue, l'image disparaît complètement. Or, si le bord de la pupille n'était pas en contact avec la capsule, l'image ne pourrait jamais venir se mettre ei» rapport immédiat avec le bord pupillaire; une petite bande obscure (ombre portée du bord de l'iris) séparerait toujours de la circonférence irienne l'image réfléchie par la capsule antérieure.

La pupille est elliptique dans le même sens que la cornée chez la plupart des animaux. La pupille du bœuf et des ruminants est transversalement oblongue et dans son plus grand resserrement elle devient une ligne horizontale. Le cheval présente la même particularité ; chez le chat, au contraire, animal nyctalope, la prunelle se rapproche d'une ligne verticale en passant par différents losanges de plus en plus étroits selon l'intensité de la lumière.

Enfin la pupille n'est pas parfaitement centrale par rapport à l'iris. Chez l'homme, selon Pourfour du Petit, elle se rapproche un peu de la portion nasale de la circonférence irienne.

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La face antérieure de l'iris convexe, d'après Galien et Vésale, ne présenterait cette disposition que chez l'enfant, suivant Pourfour du Petit, opinion que partage Ricliet. Sappey et Tillaux lui accordent une légère convexité, l'iris se trouvant repoussé en avant par le cristallin sur lequel il appuie. Pour Abadie, cette face est plane, mais paraît bombée en raison d'une illusion d'optique due à ce que l'indice de réfraction de l'humeur aqueuse et de la cornée est plus grand que celui de l'air. Ce qui confirme le dire d'Abadie, c'est que dans l'oeil examiné sous l'eau l'iris ne paraît plus bombé.

Cette face de l'iris est remarquable par la variété de son coloris. En règle générale dans les deux yeux la coloration est la même : aussi trouve-t-on dans les modifications pathologiques du coloris de l'une des membranes une indication séméiotique lacile à saisir par comparaison de l'iris malade avec son congénère. La coloration normale de l'iris ordinairement s'harmonise avec celle des cheveux et des sourcils. Elle est d'un brun jaunâtre chez les individus à cheveux noirs, par conséquent chez presque tous les peuples voisins de l'équateur ; d'un bleu clair chez les hommes à cheveux blonds des populations du Nord. La feinte de riris constitue donc un caractère de la race, mais, en raison des croisements, il existe une gamme chromatique d'iris presque indéfinie. Au dire d'Ogier, les Danois seraient le seul peuple qui ait conservé presque intacte la teinte bleue, couleur primitive des iris dans leur race.

La coloration des iris n'étant pas uniforme, comme nous le disons plus loin, on a reconnu certains tons primordiaux : le gris, le bleu, le vert, le brun; dans la pratique même on simplifie encore la classification et l'on parle des iris clairs ou bleus et des iris foncés ou bruns.

Les iris bleus, qui coïncident avec les cheveux blonds, se voient en Danemark, Irlande, Hollande, Allemagne du Nord, Saxe, Belgique, Iles Britanniques. En France cette coloration n'est plus aussi franche et on ne la trouve plus au sud d'une ligne oblique allant de Granville à Lyon. On rencontrerait cependant quelques iris bleus dans le pays Basque et le midi de l'Espagne.

En Europe les types bruns les plus remarquables sont les Circassiens, les Pélagiens ou Albanais, les Ligures, les Berbères. En Afrique, dans les milieux nègres, la coloration des iris est tellement foncée qu'on distingue avec peine la membrane de la pupille. La race rouge elle aussi a l'œil noir. D'une façon générale la pigmentation de l'iris marche de pair avec celle des cheveux et de la peau. On note cependant des exceptions : ainsi, selon Frazer, les Afghans auraient la peau bronzée et les yeux bleus ; chez nous, la beauté du type arlésien tient en partie à la coïncidence de cheveux bruns et d'yeux bleus.

Cornaz a signalé que chez le même individu la couleur de l'iris se modifiait avec l'âge. A la naissance la membrane est ordinairement assez claire sur le bord pupillaire; avec l'âge cette zone plus foncée semble pâlir, tandis que la partie primitivementclaire se fonce. Dans la vieillesse les yeux tendraient à prendre une teinte plus pâle; celle-ci serait rendue encore plus manifeste par la présence de l'arc sénile, qui ne laisse voir l'iris qu'au travers d'une cornée légèrement opaline à la périphérie.

La coloration de l'iris n'est pas uniforme; en général on voit sur la face antérieure de la membrane deux zones assez distinctes : l'une, circonscrivant la pupille, mesure 1 à 2 millimètres de largeur, c'est Vanneau coloré interne; la seconde, périphérique par rapport à la précédente, anneau coloré externe , est large de 5 à 4 millimètres. Ces deux anneaux ont encore reçu les noms de

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petit et de grand cercle de l'iris. La couleur du petit cercle est plus foncée que celle du grand duns les yeux bleus et plus claire dans les bruns.

Parfois entre ces deux anneaux colorés on remarque des arcades à convexité tournée vers la pupille et, lorsqu'elles se touchent par leurs extrémités, elles forment autour du petit cercle un feston assez régulier; presque toujours celuici se trouve interrompu en un ou plusieurs points.

Toute la face antérieure de l'iris est encore recouverte de stries qui correspondent aux vaisseaux qui se portent en convergeant de la grande vers la petite circonférence; elles sont droites ou indéchies, suivant que la pupille est resserrée ou dilatée. Lorsqu'on la regarde à l'aide d'une loupe, on reconnaît :

1« Qu'elles ne sont pas sinueuses, mais coudées à angle obtus sur deux ou trois points de leur longueur ; chaque strie représente une petite ligne brisée.

2» Qu'elles se correspondent par leurs angles rentrants et saillants, et que ceux-ci, disposés en série curvilignes, forment sur l'anneau coloré externe deux ou trois circonférences concentriques au bord pupillaire. Chacune de ces circonférences a l'aspect d'un petit sillon de couleur pâle, bien apparent sur les iris bruns à fibres fasciculées.

Z" Que chacune des fibres rayonnées de l'iris semble se partager en deux parties inégales, dont l'une répond au grand cercle et l'autre au petit. Ce sont ces fibres qui ont été décrites par Zinn et quelques autres anatomistes sous les noms de grands et de petits rayons de l'iris (Sappey).

La face postérieure de Viris, plane suivant quelques auteurs, serait concave au dire des anatomistes qui admettent l'application immédiate de la membrane sur la surface antérieure convexe du cristallin. Sa circonférence repose sur la base des procès ciliaires qui la recouvrent dans l'étendue de 1 millimètre sans y adhérer. Une épaisse couche de pigment y forme des amas disposés en séries linéaires et parallèles qui, au nombre de 70 à 80, convergent vers la pupille sans l'atteindre. Ruyscli d'abord, et ensuite Tenon, ont regardé à tort ces saillies comme autant de dépendances ou de prolongements des procès ciliaires. A la place de ces rayons on observe parfois de petits amas pigmentaires hémisphériques ou coniques sur la surface postérieure du grand cercle. Au niveau du petit cercle le pigment est régulièrement étalé : de là résulte (Sappey) que, bien que d'une couleur parfaitement identique sur la face postérieure de l'iris, les deux anneaux colorés de la face antérieure sont encore distincts, la surfoce de l'un étant presque toujours inégale et rugueuse, celle de l'autre régulière et unie.

Au niveau de la circonférence pupillaire la face postérieure de l'iris est en contact avec la face antérieure du cristallin (Helmlioltz). Il ne faut donc plus donner comme un signe de la cataracte l'ombre portée de l'iris sur la lentille; ce que l'on prenait autrefois pour cette ombre n'est que le liséré pigmentaire, déjà signalé à propos de la face antérieure de la membrane au pourtour de la pupille, liséré qui ressort avec plus de netteté sur le fond mat du cristallin opacifié. Il se produit toutefois une ombre portée par l'iris sur le cristallin, quand celui-ci est luxé en arrière, quand il a diminué de volume, ou encore lorsque son noyau ou ses couches corticales postérieures sont seules opacifiées.

Ce contact de l'iris avec le cristallin rend bien compte de la facilité avec laquelle se forment les synéchies postérieures.

Les anatomistes toutefois ne s'accordent pas encore sur l'étendue de ce contact ; les uns admettent la juxtaposition complète du cristallin et de l'iris, sans autre

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intervalle qu'une cavité virtuelle que Sappey compare à la cavité des séreuses. Pour d'autres auteurs entre l'iris plan et le cristallin convexe il existe un angle dièdre en forme d'anneau fermé à sa base par le corps ciliaire : c'est la chambre postérieure de l'œil. Elle a été décrite par Petit, qui, dans les yeux congelés, y trouvait une mince lame de glace. Presque tous les anatomistes acceptèrent ensuite cette description, jusqu'à ce que Stellwag de Carion et Cramer se déclarèrent de nouveau pour le contact complet de l'iris et du cristallin, fait qu'Helmholtz soutient également.

Structure. L'iris se compose de cinq couches, qui sont, en allant d'avant en arrière, de la cornée vers le] cristallin : 1» une couche endothéliale ; 2" une couche élastique (membrane de Demours prolongée) ; 3° une membrane propre ou fondamentale; 4° et 5" deux couches pigmenlaires (uvée).

La surface antérieure de l'iris est recouverte d'un épithélium qui est en quelque sorte la continuation de celui de la membrane de Descemet, mais qui en diflère un peu, car il se compose de cellules plus petites qui sont grumeuses et moins précises comme forme hexagonale : aussi les cellules ne se différencient pas autant les unes des autres que celles de l'épithélium de la membrane de Descemet.

Les deux couches postérieures de l'iris constituent l'uvée. L'uvée s'étend du bord de la pupille, qui pendant son resserrement en est nettement ourlé (tandis que pendant la dilatation cet ourlé disparaît), au bord ciliaire oij elle se continue avec la couche pigmentaire des procès ciliaires. La limite de ces deux zones se reconnaît à la présence, comme revêtement sur le pigment des procès ciliaires, d'une partie de la portion ciliaire de la rétine, couverture qui fait défaut sur l'uvée. Ce que l'on désignait autrefois sous le nom de memhrana limitans Pacini, Jacobini, n'est autre chose, suivant KôUiker, que la réunion des parois externes des cellules pigmentaires. D'après Henle ce serait la limite du ciment qui soude les granules pigmentaires, interprétation d'autant plus plausible qu'on ne réussit pas à découvrir de parois aux cellules de cette couche (Iwanoff).

' Les cellules pigmentaires de l'uvée, tout à fait semblables à celles qui tapissent la face profonde de la choroïde, se superposent en grand nombre et sont remplies de granulations qui recouvrent complètement leur noyau rond et finement granulé. En dilacérant cette couche, on voit sous le microscope des grumeaux de dimensions très-diverses, d'aspect irrégulier et ne rappelant nullement la forme des cellules. Celles-ci, chez le fœtus, où elles ne contiennent encore que très-peu de granules pigmentaires, présentent un contour hexagonal trèsévident.

La couche moyenne ou membrane propre de l'iris, beaucoup plus complexe que les précédentes, constitue à proprement parler l'iris. De sa complexité résulte son importance comme organe de la dilatation et du resserrement pupillaire, comme siège des affections iriennes, enfin c'est à sa constitution particulière que la membrane doit ses variétés individuelles de coloration.

Des fibres de tissu conjonctif, des cellules pigmentaires, des éléments musculaires, des nerfs de deux ordres, des artères et des veines, telle est, en résumé, la structure qiie nous avons à étudier.

Le tissu cellulaire accompagne les vaisseaux sous forme de faisceaux fibrilîaires minces ; quelques fibres de plus courent dans les mailles du réseau vasculaire. La 'plupart se dirigent de la grande vers la petite circonférence,

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mais, comme il en existe aussi de transversales et d'obliques, elles constituent dans leur ensemble une trame à mailles inégales et irrégulières.

Dans ce stroma sont semées des cellules pigmentaires différentes suivant leur siège, leur forme, leur richesse en pigment. Comme siège, ces cellules sont les unes superficielles, c'est-à-dire voisines de la face antérieure de l'iris, elles se groupent en certains points, mais ne se juxtaposent nulle part en couche épithéliale. Les autres inégalement réparties dans la profondeur de la membrane restent toujours distinctes des cellules uvéales. Leur forme varie beaucoup; certaines sont sphériques ou ovoïdes ; la plupart présentent des prolongements étoiles anastomosés en réseau. Enfin c'est de l'inégale abondance et de l'inégale répartition des granulations pigmentaires dans les cellules que dépendent toutes les variétés de coloris si remarquables de la face antérieure de l'iris. Dans les yeux clairs, les granulations sont peu abondantes ; on y trouve même des cellules étoilées sans pigment, munies de longs prolongements minces, et une grande quantité de cellules rondes ressemblant aux corpuscules lymphatiques. Dans les yeux noirs les granulations pigmentaires se multiplient au point de remplir la plupart des cellules. Relativement à la teinte blene de l'iris Dertillon fait remarquer que le noir perçu dans l'organisme par transparence donne presque toujours une impression bleuâtre : témoin la couleur des tatouages faits à l'encre de Chine chez les Européens. La teinte foncée de l'iris ne serait autre que celle du pigment jaune orange foncée qui, imprégnant les couches superficielles de la membrane, ne laisse plus émerger le moindre rayon bleu.

Des deux muscles qui président aux mouvements de la membrane, l'un, le sphincter, resserre la pupille; l'autre, le dilatateur, en provoque la dilatation.

L'existence du sphincter n'a pas été contestée; il occupe la zone pupillaire de l'iris sur une largeur de 0""",9 à 1"'"',5, à partir du bord pupillaire. Près de celui-ci, il présente son minimum d'épaisseur (0"'™,iO), puis il s'épaissit et mesure non loin de son bord externe 0">'",25. 11 se compose de fibres musculaires lisses qui s'ajoutent les unes aux autres pour former des anneaux complets. Situé plus près de la surface postérieure de l'iris, il n'est séparé de l'uvée que par une mince couche de tissu cellulaire ainsi que par des trames musculaires extrêmement ténues qui appartiennent au dilatateur. Sa face antérieure est tapissée par les cellules pigmentaires.

Le muscle à fibres radiées ou dilatateur de la pupille, bien moins caractérisé que le précédent, a donné lieu à de nombreuses discussions. Jusqu'à Henle on a admis l'existence de ce muscle chez l'homme, plutôt d'après la nécessité physiologique de sa présence que parce qu'on en avait démontré en réalité l'existence. L'examen des yeux des animaux, il est vrai, avait permis de le reconnaître. KôUiker ne cache même pas que sa description du dilatateur est empruntée au lapin. D'après lui, ce muscle se compose de faibles faisceaux isolés situés entre les vaisseaux, par conséquent dans la substance même de l'iris. Henle par contre signale à la surface interne de'J'iris une couche uniforme et sans lacunes, mais très-mince, de fibres radiées étendues du bord pupillaire au bord ciliaire. Poui lui ce serait là le dilatateur de la pupille, que Hûttenbrenner décrit à peu près de même, mais en en poursuivant quelques fibres jusque dans le ligament pectine.

Merkel, puis Dogiel, décrivent également un muscle dilatateur qui se rapproche de celui vu par Kolliker. Pour le premier, il n'est pas question d'une

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couche uniforme sans lacunes, comme Hcnle l'a vue, mais de faisceaux isolés qui pourtant se trouvent, ainsi que Heiile l'avance, situés immédiatement derrière le pigment. Après avoir durci l'iris dans le liquide de Mùller et avoir chassé au pinceau l'épithéliura pigmentaire de la face postérieure, Merkel a vu sur des pièces colorées à l'hématoxyline une couche de cellules disposées en rayons, munies de noyaux en bâtonnets fusiformes. II déduit de l'existence de cette couche une preuve de la présence chez l'homme d'un dilatateur spécial. Gruenhagen, après examen des pièces de Merkel, conclut simplement à l'existence des cellules analogues aux cellules fixes du tissu conjonctif, reposant sur une couche de fibrilles conjonctives dont elles représentent l'élément cellulaire; leur proloplasma renferme du pigment accumulé au voisinage du noyau; elles se terminent par de fins prolongements souvent multiples, caractères qui les éloigneraient considérablenjent des fibres cellules contractiles.

Ainsi donc, à côté de la divergence dans la description du muscle, vient se placer une divergence d'opinion sur la nature du tissu regardé comme musculaire par les anatomistes qui admettent l'existence du dilatateur. Gruenhagen qui, en 1864, puis en 1867, publia deux grands mémoires sur cette question, fait remarquer que la présence dans l'iris de faisceaux de fibres radiées ne constitue nullement une preuve de l'existence d'un muscle dilatateur de la pupille. Pour lui les fibre; radiées du muscle pupillaire, qui n'ont pu être [)oursuivies par Kolliker jusqu'au bord ciliaire, ne seraient autre chose que des fibres d'insertion du sphincter iridien. Les fibres radiées feraient suite aux circulaires, les croisant pour venir se fixer au ligament ciliaire; elles ne seraient pas de nature musculaire. Fuchs nie également l'existence d'un dilatateur pupillaire ; un élève de Panas, Boe, puis tout récemment encore Réitérer et Chauveau, ont soutenu la même opinion. De ses recherches cependant Iwanoff conclut que toute la membrane qui recouvre la face postérieure de l'iris se compose d'une couche de fibres rayonnantes. Chaque fibre étendue du sphincter au bord ciliaire est constituée par une série de cellules fusiformes avec noyau en forme de bâtonnet. Beaucoup de ces cellules contiennent du pigment dans le protoplasma qui entoure le noyau. A leur origine, les fibres forment une zone de faisceaux en arcades entre-lacées, placées en partie dans l'épaisseur même du sphincter, en partie à sa surface externe entre celui-ci et la couche pigmentaire. Ces faisceaux se réunissent, après avoir dépassé la limite du sphincter, en une couche qui tapisse toute la surface postérieure de l'iris; toutes les fibres de cette plaque ont une disposition régulière; parallèles les unes aux autres, elles rayonnent du bord pupillaire vers le bord ciliaire. A la distance de 1/2 millimètre de son point d'insertion, le muscle se divise en faisceaux isolés répartis en deux couches superposées, puis tout près du bord ciliaire ces fibres changent à nouveau de direction, s'incurvent en arc et constituent en s'entre-laçant un fin plexus musculaire qui embrasse comme un anneau le bord ciliaire.

En résumé, les anatomistes ne se sont pas encore mis d'accord sur l'existence d'un muscle dilatateur de la pupille.

Les nerfs de l'iris, en raison des diftîcultés techniques de leur étude, eux aussi, ne sont pas encore bien connus (Iwanoff). Les meilleures recherches sur ce sujet sont dues à Arnold, qui a étudié les nerfs de l'iris chez le lapin.

Des branches émanées des nerfs ciliaires de la choroïde, après avoir pénétré dans l'iris, se portent de la grande vers la petite circonférence, sans suivre cependant une direction parallèle, puis on les voit se diviser dichotomiqueraent,

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former des arcs et se perdre on un réseau qui au point d'entre-croisement de ses libres fournit trois sortes de fibrilles nerveuses :

i» Des fibres pâles appartenant, selon toute probabilité, au nerf sympathique, forment près de la surface postérieure de l'iris un réseau très-délié destiné au dilatateur ;

2" Des fibres à moelle se dirigent vers la surface de l'iris et s'y perdent en un épais réseau de fibres déliées : ce sont les fibres sensibles de l'iris;

3" Enfin un troisième réseau, constitué par des filets pour la plupart moteurs, occupe l'épaisseur du sphincter (Iwanoff). Ces dernières fibres proviennent du moteur oculaire commun; elles émanent, comme les fibies sympathiques, du ganglion opiilhalmique. Après avoir traversé la sclérotique, cheminé entre celleci et la choroïde, elles constituent dans le muscle ciliaire un plexus circulaire dans lequel Krauseet II. Mûller ont observé des ganglions microscopiques, dont Formar conteste l'existence. C'est de ce plexus que partent les nerfs de l'iris.

Les vaisseaux san'^uins dans l'iris sont remarquables par l'extrême épaisseur de leur paroi (Arnold), particulièrement celle de la tunique adventice (Ilenle), qui est à elle seule plus importante, comme épaisseur, que toutes les autres. De plus, la musculature de la paroi vasculaire est Irès-développée (Arnold et Hiittenbrunner).

Les artères proviennent de deux sources, des ciliaires postérieures et des ciliaires antérieures.

Après avoir couru au niveau de l'éqnateur de l'œil entre la sclérotique et la clioroïde les deux artères ciliaires longues postérieures se bifurquent en arrière du muscle ciliaire à une distance de la circonférence cornéenne variable entre 4 et 6 ou même 7 millimètres. De là le précepte, dans le cas d'intervention opératoire à ce niveau, de ponctionner la sclérotique à 2 ou 5 millimètres audessous de l'équateur de l'œil et à 4 millimètres en dehors de la circonférence de la cornée, précepte dont Nélaton surtout a bien discuté le principe et démontré l'utilité (Sappey).

Les deux branches émanées du tronc de la ciliaire se portent obliquement l'une en haut, l'autre en bas, et de leur anastomose avec celles du côté opposé résulte le grand cercle artériel situé dans l'épaisseur du bord antérieur du muscle ciliaire immédiatement en dehors de la grande circonférence de l'iris qu'il encadre. Ce cercle artériel reçoit aux deux extrémités du diamètre vertical de la membrane des ramuscules provenant des artères ciliaires antérieures, de plus il s'anastomose en arrière avec les rameaux des ciliaires courtes. De la concavité du grand cercle émanent de nombreuses artérioles qui courent dans l'iris de la grande vers la petite circonférence, s'anastomosent entre elles à la manière des artères mésentériques (Bertrand, Morgagni, Zinn) et forment à la limite des fibres circulaires un réseau à mailles très-fines sur toute la largeur du petit cercle de l'iris. C'est le petit cercle artériel de Kiris.

Les veines de l'iris, dit Sappey, succèdent aux capillaires irrégulièrement répandus dans l'épaisseur de la couche antérieure de celte membrane. Elles chemment de la petite vers la grande circonférence en s'anastomosant et formant un réseau irrégulier entre-mèlé au réseau artériel correspondant. De ces veines les unes passent au-dessous du muscle ciliaire sans le traverser et s'ouvrent dans le plexus veineux des procès ciliaires qu'elles contribuent à former. Les autres se rendent au canal de Schlenim, situé dans la sclérotique au niveau de l'insertion ciliaire de l'iris. D'après les recherches de Rouget et de Leber, ce pré-

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tendu canal n'est point un sinus veineux creusé dans l'épaisseur de la sclérotique, mais un véritable plexus veineux communiquant largement avec les veines ciliaires antérieures, qui se continuent avec les veines musculaires.

Ces anastomoses des vaisseaux iriens avec les vaisseaux ciliaires antérieurs extra-oculaires rendent compte de l'injection sous-conjonctivale qui accompagne certaines irilis et de l'heureux résultat des applications de sangsues à l'angle externe de l'œil.

Les lymphatiques de l'iris sont mal connus. D'après Schwalbe, la lymphe qui provient de l'iris et des procès ciliaires se déverse dans la chambre antérieure d'où elle s'échappe par les vaisseaux du canal de Schlemm et aboutit finalement dans les veines ciliaires antérieures. Un système particulier de valvules empêche le sang de refluer des veines dans le canal de Schlemm, qui pour cet auteur serait un véritable lymphatique. Dans sa thèse d'agrégation (1876), Chrétien combat cette manière de voir; il fait remarquer que, dans la chambre antérieure, l'épithélium de la membrane de Descemet n'a, quoi qu'en dise Schwalbe, aucun rapport avec l'épithélium des lymphatiques, que de plus le liquide de cette chambre n'a aucun rapport avec la lymphe. Enfin des expériences de Leber démontreraient qu'il n'existe aucune communication entre le système veineux et la chambre antérieure.

D'après Fuchs, ce seraient de véritables sinus lymphatiques que les cryptes visibles surtout au niveau du petit cercle de l'iris. Ces lacunes dans le tissu de l'iiis largement ouvertes dans la chambre antérieure s'anastomosent entre elles, et les gros vaisseaux iridiens semblent suspendus dans ces sinus, fixés à leurs parois par de rares fibres conjonctives.

Insertion de l'iris. A sa périphérie l'iris est maintenu par un ligament spécial, le ligament pectine. Après avoir tapissé la face postérieure de la cornée, la membrane de Descemet, au niveau de l'espace angulaire compris entre la cornée et l'iris, perd ses caractères de membrane vitreuse homogène pour se diviser en fibrilles qui recouvrent le canal de Schlemm, se recourbent et pénètrent dans le tissu de l'iris constituant le ligament pectine. Des fibres analogues provenant de la portion tendineuse du muscle ciliaire contribuent aussi à la formation de ce ligament suspenseur.

Si l'on examine sur une coupe le canal de Schlemm, on voit que sa paroi interne est composée de différents tissus : la partie postérieure est constituée des fibres tendineuses étroitement cntre-lacées qui constituent la sclérotique dont elle dépend, tandis que la partie antérieure est formée d'un tissu, moins translucide que celui de la sclérotique, composé de fibres de nature élastique. En avant ce tissu s'interpose entre la membrane de Descemet et la substance cartilagineuse de la cornée, en arrière il s'insère en partie à la portion tendineuse de la paroi et en partie il se relie aux fibres du muscle tenseur de la choroïde. Le système de la choroïde n'est fortement uni qu'à la moitié postérieure de la paroi interne du canal de Schlemm, à l'endroit où se réunissent les parties tendineuse et élastique. Cependant de la partie antérieure de la paroi du canal part aussi un réseau de fibres plus lâches qui présentent les caractères des fibres élastiques et qui s'insèrent à l'origine de l'iris. Les fibres musculaires du muscle tenseur et de l'iris viennent en partie de la paroi du canal, mais il est possible que certaines passent directement de la choroïde à l'iris.

Le mode d'insertion de l'iris déci'it par Helmholtz lui paraît important pour expliquer le recul des parties latérales de la membrane dans la vision rappro-

IRIS (anatomie). 41Ô

chée. En effet, si l'iris est relâché, le réseau des libres élastiques le tient appliqué contre la paroi interne du canal de Schlemm ; lorsqu'au contraire les fibres circulaires et rayonnantes de l'iris se contractent simultanément, la masse tendineuse du bord postérieur du canal est seule assez résistante pour leur offrir un point d'insertion fixe. On peut donc dire que, à l'état de relâchement, l'iris s'insère au bord antérieur du canal de Schlemm, mais que, contracté, il s'insère au bord postérieur de ce canal : or ces deux bords sont séparés en moyenne par un intervalle de 0""",45.

Embryologie. Nous emprunterons à la thèse de Picqué la description du mode de développement de l'iris.

« La membrane propre de l'iris naît de l'oculo-pie-mère non invaginée, c'està-dire de la portion de cette membrane qui fournit la choroïde ; elle dérive aussi un peu du mésoblaste correspondant. L'ébauche de cette couche est formée par un bourrelet annulaire placé au devant du bourrelet ciliairc, au niveau de l'équateur du cristallin et du carrefour anastomotique, entre les deux couches venues de la cornée et les deux couches procédant de la vésicule optique secondaire. L'orifice limité par le bourrelet irien répond à l'orifice de cette dernière vésicule et l'orifice pupillaire définitif ne serait autre chose que le reste de cet orifice primordial (Mathias Duval).

« Dès son apparition le bourgeon irien se trouve en contact avec la portion précristalline de la capsule vasculaire du cristallin. A mesure que ce bourgeon se développe, en se rapprochant de l'axe optique, l'équateur du cristallin semble se déplacer en arrière, de sorte que la couche profonde de ce bourgeon, c'est-à dire la couche dépendant de la limitante interne de la rétine, se trouve en rapport immédiat avec la région périphérique de la face antérieure de la portion précristalline de la capsule vasculaire du cristallin.

« Pendant son développement, le bourgeon irien dédouble cette portion précristalline vasculaire du cristallin en deux lamelles secondaires : l'une, postérieure, reste en rapport immédiat avec la face antérieure du cristallin et la face postérieure de la cinquième couche de l'iris (limitante interne) ; l'autre, antérieure, se place au devant de l'iris primordial (couche moyenne), et n'adhère à la première que par un pédicule vasculaire situé au niveau de l'orifice pupillaire. L'iris se trouve alors intercalé entre deux couches vasculaires, l'une postérieure, post irienne {capsula -'pupillaire), l'autre antérieure, préirienne, formant seule une véritable membrane, la membrane pupillaire, dans laquelle les éléments cellulaires sont d'ailleurs très-clairsemés.

« Cette façon d'envisager la formation de la membrane pupillaire nous est entièrement personnelle. Basée sur l'étude des cas tératologiques, elle trouve sa confirmation dans les coupes de Kôlliker (fig. 20 et 24), coupes dont cet auteur n'avait pas, selon nous, saisi le véritable sens.

« La pupille est bordée par un cercle artériel venant de la région capsulopupillaire. De ce cercle partent des vaisseaux qui abordent la membrane pupillaire par sa face profonde. D'autres vaisseaux, nés de l'iris, rattachent directement ce diaphragme à la face profonde de la membrane pupillaire, de sorte que cette dernière adhère à l'iris par toute l'étendue de sa face profonde. Mais, plus tard, les vaisseaux d'union centraux disparaissent, et alors la membrane pupillaire n'adhère plus à l'iris que par sa périphérie.

« A ce moment la capsulo-pupillaire disparaît et fait place à une sorte d'exsudat, zone de Zinn, qui se continue avec la face externe de la partie anté-

416 IRIS {\n\tomie).

rieure de l'hyaloïde, formée comme elle par une exsudation de l'oculo-pie-mère invaginée. Gomme la zone de Zinn est beaucoup moins épaisse que la capsulopupillaire à laquelle elle succède, entre l'iris et cette zone soudée au cristallin se trouve un espace, la chambre postérieure, qui ne communique jamais avec la cliambre antérieure, car, au niveau de l'orifice pupillaire, l'iris s'adapte exactement à la face antérieure du cristallin.

« Puis la membrane pupillaire disparaît à son tour et la face superficielle de l'iris primordial (couche moyenne) se met alors en rapport définitif avec la membrane de Demours prolongée.

« En résumé, la partie fondamentale de l'iris et ses deux couches profondes ou postérieures ont la même origine que les trois couches superficielles du corps ciliaire, les unes et les autres dérivent, en effet, de l'oculo-pie-mère non invaginée et de la vésicule optique secondaire ».

Quant aux deux couches superficielles de l'iris, elles proviennent du mésoblaste précrislallinien. Au moment où apparaît l'iris, la lame élastique primitive de la cornée se dédouble en deux lamelles secondaires, dont la postérieure tapisse la face antérieure de la membrane moyenne de l'iris et l'antérieure se réfléchit en partie au niveau des espaces de Foatana, de la face postérieure de la cornée sur la face antérieure de l'iris en formant le ligament pectine. D'autre part, la couche endothéliale de la cornée se réfléchit au même niveau que la lame élastique qu'elle tapisse en formant la couche la plus superficielle de la cornée.

Enfin les deux couches profondes de l'iris {uvée) sont pigmentaires et dépendent des deux feuillets, proximal et distal, de la vésicule optique secondaire, l'euillets placés entre la partie fondamentale du corps ciliaire et la zone de Zinn. Ici comme au niveau du corps ciliaire, le feuillet distal se trouve réduit à la membrane limitante interne de la rétine, mais, au niveau de l'iris, cette dernière membrane offre ceci de particulier qu'elle se laisse envahir par la pigmentation (Picqué).

Membrane pupillaire. On désigne sous ce nom une fine membrane trèsvasculaire qui clôt la pupille pendant une grande partie de la vie intra-utérine et disparaît vers le septième mois de la grossesse en perdant ses vaisseaux, s'amincissant et se perforant par atrophie et résorption du centre à la circonférence (Robin). Elle est formée d'une substance amorphe ou à peine striée, transparente, ferme pour sa minceur, parcourue d'un réseau serré et élégant de capillaires tous à une seule tunique et à noyaux longitudinaux.

Rudolphi le premier démontra, chez un fœtus de huit mois, l'existence de celte membrane, et llenle, en confirmant cette donnée, ruina l'assertion d'après laquelle lu membrane pupillaire se trouverait dans un même plan que l'iris, comblant ainsi son ouverture centrale. La clinique montre également que la membrane pupillaire, quand elle persiste, est insérée sur la face antérieure de l'iris et d'ordinaire à la limite externe de ses fibres circulaires ou sphinctériennes. A ce niveau existe dans la plupart des yeux un relief en zigzag où viennent aboutir les fibres radiaires ou dilatatrices. Chez l'enfant, comme Merkel le fait observer, la surface antérieure de l'iris est plus lisse, et, dans l'œil fœtal, le relief irrégulier n'existe pas ou est peu accusé. Dans ce cas, la membrane pupillaire en impose davantage pour une continuation du plan des fibres radiaires de l'iris (Manz) .

A un certain moment de son développement, alors que l'iris a déjà progressé

IRIS (anomalies congénitales). 417

vers l'axe antéro-postéricur de l'œil, le cristallin est entièrement enveloppé de vaisseaux. L'artère hyaloïde s'e'panouit sur la cristalloïde postérieure, ses branches la tapissent, contournent l'équalcur de la lentille et se re'pandent sur «a iace antérieure. Les unes s'y terminent en anses, les autres se replient contre le bord pupillaire et débouchent à la face antérieure de l'iris où elles se mettent en rapport avec les vaisseaux de la membrane pupillaire. Ces vaisseaux établissent ainsi un lien et des adhérences à la fois mécaniques et organiques entre celte membrane et la capsule du cristallin (c'est à cette jonction des terminaisons de l'artère hyaloïde avec le réseau de la membrane pupillaire qu'on a donné le nom de vaisseaux capsulo-pupillaircs, mais ce n'est pas là un ordre distinct de vaisseaux) . On se rend compte, par ce qui précède, de l'absence de veines satellites de l'artère hyaloïde, puisque ses subdivisions capillaires se jettent dans le réseau pupillaire qui aboutit aux veines iriennes.

Dans la membrane pupillaire, outre les rameaux vasculaires émanés de l'artère pupillaire, on trouve des vaisseaux plus gros dérivant de l'iris, et de leur ensemble résulte le réseau vasculaire de la membrane. D'après Michel, ce réseau s'étale à la face postérieure de la membrane qui en avant est tapissée par un épilhélium en couche continue primitivement, de plus en plus disséminé par la suite et disparaissant avant les vaisseaux. Au troisième mois, le réseau vasculaire est encore complet, au dire de Kônigstein, mais dès le quatrième ou le cinquième mois apparaissent au bord de la membrane de nombreuses cellules fusiformes formant un anneau compacte qui s'unit intimement au sphincter de l'iris. Au sixième mois, il existe une infiltration générale de cellules rondes et déjà existent quelques traînées de tissu conjonctif qui augmentent de nombre et sont tendues entre les vaisseaux ou disposées parallèlement à leur direction. Kônigstein, à côté de vaisseaux charriant encore des globules sanguins, en a vu d'autres remplis de cellules conjonctives, et cette disparition des vaisseaux se produit graduellement du centre vers la périphérie. Il se formerait encore, d'après les recherches de Michel, au septième mois, vers le milieu de la partie cihaire de l'iris, un pli dont l'existence est passagère, pli qui amène le contact et l'agglutination épithéliale dans les deux portions contiguës de la surface de la membrane pupillaire. Tandis que cette dernière est maintenue par le pli en question, lachambre antérieure grandit, d'où extension mécanique avec amincissement et atrophie au centre de la membrane, en raison de la traction radiaire.

§° II. [Anomalies congénitales. Les anomalies congénitales de l'iris portent sur la coloration de la membrane, son absence totale ou partielle (iridéréraie, colobome irien) et les modifications que présente la pupille (acorie, micorie, polycorie, corectopie, persistance de la membrane pupillaire).

Il est difficile de faire rentrer dans une classification unique les différents cas de variations de couleur de l'iris rapportés dans la science. Tantôt l'anomalie de coloration paraît due à un défaut de pigment (œil des albinos) ou à un excès de cette substance (taches rouillées) ; tantôt on constate une teinte différente des deux iris (yeux vairons). Signalons enfin la coïncidence fréquente d'autres anomalies oculaires.

1» Albinisme ou leucose. Chez les albinos l'iris est rose ou d'un rouge

clair, surtout à son bord ciliaire, tandis que le pourtour de la pupille est lilas,

violet ou bleu clair. De plus, on y voit des fibrilles blanches radiées, tandis

que les fibrilles circulaires sont peu développées ou manquent complètement.

DICT. E.NC. 4° s. XVI. 27

418 IRIS (anomalies congénitales).

La pupille paraît rouge ; en raison du défaut de pigment de la choroïde, la lumière renvoyée par le fond de l'œil laisse apercevoir la teinte rouge de la couche vaseulaire; la même cause explique la couleur de l'iris, la lumière réfléchie se trouvant modifiée dans une certaine mesure en traversant le voile irien. Bans l'albinisme imparfait, l'iris est d'un gris clair ou bleuâtre et présente des rayons linéaires moins sensibles que dans la forme précédente; les pupilles sont plutôt violettes que rouges. Il n'est pas rare qu'avec les années l'albinisme se modifie.

De l'albinisme il ftiut rapprocher une autre anomalie de coloration qui consiste dans la présence sur le voile irien de taches blanches formant parfois un ou plusieurs cercles concentriques; elles résulteraient, d'après Walker, d'un manque local de pigment. Cormaz vit un jeune homme dont les iris gris présentaient chacun un cercle formé d'environ seize points blancs et placé entre les deux cercles irions. Desmarres observa près de la grande circonférence de l'iris plusieurs lignes semi-circulaires d'un jaune verdâtre gravées dans le tomentum de la membrane. Enfin, au lieu de points ou de lignes interrompues. Von Ammon a figuré une seule ligne d'un blanc nacré que Cormaz a également trouvée un peu sinueuse entre la zone pupillaire et la zone ciliaire de l'iris chez une jeune fille.

Autrement encore l'iris présente des fibrilles blanchâtres, en rayons; cela particulièrement sur des yeux gris ou bleus chez lesquels les deux cercles irions ne sont que peu ou point distincts l'un de l'autre. Ou bien la surface antérieure de l'iris, au lieu d'être réticulée, reste complètement unie ou ne présente que quelques petites élevures de figures variées, ainsi qu'on en remarque dans l'œil du fœtus, lors de la formation des zones iriennes, lesquelles, dans les cas dont nous parlons, sont souvent rudimentaires (Von Ammon).

Dans ces différentes anomalies de coloration on constate un certain arrêt de développement portant et sur le pigment et sur les éléments dont l'assemblage constitue les fibrilles et les stries normales de la membrane. De plus, Cormaz invoque dans quelques cas l'existence d'un véritable tissu de cicatrice dont la teinte tranche sur le reste du voile. Dans la variété de colobomes de l'iris que cet auteur a proposé de nommer pseudo-colobomes, une cicatrice blanche ou d'un jaune clair remplit l'hiatus de l'iris. Ce serait là, pour Mackenzie, le résultat d'un effort de la nature pour combler la solution de continuité du colobome. .

2" Mélanisme. Les dépôts anormaux de pigment sur l'iris se présentent tantôt sous forme d'upe circonférence noire circonscrivant la pupille, tantôt comme des raies ou taches disséminées à la surface de la membrane. La mêlanose complète s'observe chez les nègres à l'état normal, et chez quelques Européens on a observé des iris d'un noir intense.

Dans la première variété au bord de la pupille, en dedans du petit cercle irien, se trouve une ligne noire, formée par une couche épaisse de pigment; ce n'est antre chose que l'ourlet noirâtre si distinct sur la pupille des opérés de cataracte et normalement plus développé chez l'enfant que chez l'adulte.

La seconde forme du mélanisme irien a été vue par Seiler, qui a constaté deux fois l'existence d'une bande noire horizontale étendue de la pupille à la grande circonférence de l'iris. Bien plus souvent on trouve des taches ou des stries plus ou moins nombreuses, plus ou moins grandes, variant du brun le plus foncé au brun jaunâtre et au rouge cannelle clair. Vulgairement on les désigne sous le nom de taches rouillées, et l'iris est dit alors joi^we/e ou tacheté.

IRIS (anomalies congénitales). 419

Cette anomalie se rencontre surtout dans les yeux clairs, sur les iris bleus ou gris plus souvent que sur les bruns clairs. Plus communes sur le grand cercle de l'iris que sur le petit, ces taches sont rarement symétriques sur les deux iris d'un même sujet.

Lawrence a attiré l'attention sur une altération postérieure à la naissance qui offrirait la plus grande analogie avec ces iris tachetés. « L'iris présente souvent des taches noirâtres à sa partie antérieure... Je n'ai jamais vu ces taches sur de jeunes sujets, ce n'est ordinairement qu'après la période moyenne de la vie qu'elles se présentent. »

On a expliqué la première variété du mélanisme partiel de l'iris en admettant soit un prolapsus à travers la pupille de la couche uvéale, soit encore une absence partielle de la couche parenchymateuse de l'iris au devant de l'uvée. Quant aux taches rouillées, elles résulteraient d'une accunuilatiou de pigment dans certains points de la trame irienne. Walker les considère comme des nœvl materni.

Quelques faits particuliers se rapportant à la même anomalie méritent encore d'être rapportés. Lavater cite une personne sur l'iris de laquelle se voyait un as de pique; chez une autre observée par Cormaz une tache unique, d'une certaine étendue, au premier aspect en imposait pour un colobome de l'iris, et dans un cas de Desmarres on pouvait croire à une seconde pupille. Plus d'une fois aussi ou a lu des lettres tracées sur liris, mais ces observations fort anciennes d'ailleurs prouvent surtout en faveur de l'imagination de leurs auteurs. Borelli (1670) rapporte qu'un ancien chirurgien de Montpellier, nommé Formius, assurait avoir vu sur les iris d'un jeune garçon ces mots : Loué soit Dieu. Plus tard, on aurait lu sur un iris le nom de Charles XII, roi de Suède. Enlîn, il n'y a pas encore bien longtemps, Giraldès (1836) a mentionné un fait qui fit assez détruit, l'inscription des mots ; « Napoléon empereur n, sur l'iris d'un enfant. Wilde (de Dublin), qui s'étend un peu sur ce cas, y voit un effet d'imagination qui permit de reconnaître le mot « empereur » dans un assemblage de trous, fibrilles et stries, placés sur la moitié inférieure de l'iris droit. Des signes analogues paraissaient former le mot « Napoléon » sur l'iris gauche. On admet plus facilement le cas de Tenon, qui sur un iris bleu vil des traits blancs en forme de chiffres; sur un autre, ils formaient un T, dans un autre encore, un V.

On a signalé l'hérédité chez quelques sujets porteurs de taches rouillées de l'iris, et Hohl rapporte que, à la suite d'un traumatisme, il se forma une tache sur l'iris d'un homme dont plusieurs enfants présentèrent une tache identique.

Yeux vairons (veirons enverrons; en allemand, Glasaugen, yeux de verre). Le mot vairon viendrait de varius, différent; il signifie que les deux iris sont de couleur différente; pour d'autres auteurs, il dériverait de verre, à cause de la couleur particulière de l'iris anormal. Les vétérinaires désignent sous le nom de vairons les chevaux et les chiens qui présentent un iris blanc et l'autre d'une couleur naturelle. Ils nomment mi-vairons ceux de ces animaux dont une moitié de l'iris est d'un blanc mat, l'autre présentant- sa couleur normale. Cette anomalie a été observée chez l'homme et a encore reçu les noms d'hétérophthalmos, dicorus; Aristote le qualifiait hétéroglaucos. D'après Wardrop, cette anomalie coïnciderait parfois avec une coloration différente des soui'cils et des cils.

Les yeux mi-vairons s'observent également chez l'homme; les deux couleurs de l'iris sont alors généralement séparées l'une de l'autre par une ligne droite verticale ou plus rarement horizontale. Enfin on ne saurait, en raison de leur

420 IRIS (anomalies congénitales).

fréquence, regarder comme anormaux les yeux dont les deux cercles sont de coloration diflérentc, ainsi les yeux gris ou bleus à bord pupillaire jaunâtre ou brun clair, et cependant pour ceilains auteurs ce seraient encore là des yeux vairons.

Iridérémie (ïpn et spaiiicc, absence). Encore appele'e aniridie, l'iride'rémie consiste dans l'absence congénitale de l'iris. Cette anomalie le plus souvent héréditaire a été relevée par Despagnet chez 31 membres d'une même famille. Guthrie, au dire d'Ammon, rapporte le fait intéressant d'une famille dans laquelle l'aniridie se reproduisit dans quatre générations successives. En regard de ces faits, Bègue fournit un cas oij il n'existait ni hérédité, ni consanguinité.

11 est encore à remarquer que le plus souvent, avec cette anomalie, il en existe d'autres. Dans un cas de Laurentievv, l'iridérémie était compliquée d'une opacité cornéennc circulaire et d'une cataracte nucléaire. Les Comptes rendus du Congrès de Milan, 1880, relatent le fait de Cervera (de Madrid), cas d'aniridie complète avec cataracte double. Rampoldi a vu une cataracte capsulaire dans un cas d'aniridie complète. Outre ces anomalies congénitales concomitantes, l'iridérémie se complique parfois d'affections oculaires qui se développent après la naissance. C'est ainsi que Jany observa une fille de vingt-trois ans qui n'avait jamais rien éprouvé du côté de la vision jusqu'à l'âge de dix-huit ans, sauf un peu de myopie. Depuis cette époque, la vue devint mauvaise au point que la malade avec l'œil gauche reconnaissait à peine les mouvements du doigt, et avec le droit elle comptait les doigts assez péniblement. 11 existait du nystagmus et les cornées étaient devenues troubles. Chez cette jeune fille l'iris manquait complètement des deux côtés et le cercle de la pupille éclairé au miroir correspondait au bord de la cornée. A la lumière oblique, on voyait que la moitié inférieure de la chambre antérieure était sombre, et la moitié supérieure d'un gris bleuâtre. La séparation était nettement marquée par un arc noirâtre, convexe en bas. Les cristallins étaient déplacés en haut.

Outre les caractères précédents, l'iridérémie présente encore la particularité d'être le plus souvent bilatérale (Picqué). Enfin, elle peut être complète et plus rarement incomplète.

L'œil atteint d'aniridie complète offre un aspect spécial : les pupilles présentent des dimensions égales à celles de la cornée et, quand le sujet est placé en face de la lumière et dans une bonne position, on aperçoit la lueur rougeâtre du fond de l'œil (Van Duyse). Chez les personnes atteintes d'aniridie incomplète, tantôt cette anomalie est caractérisée par l'absence d'une portion plus ou moins grande de l'écran, tantôt il ne manque que les couches antérieures de l'iris, la couche uvéale est conservée. Cette variété, désignée par de Prael sous le nom d'ms uvealis, est d'une extrême rareté. Dans la première, la portion absente de l'iris peut présenter une étendue variable ; on ne trouve d'autres traces de l'iris que des lambeaux irrégulièrement disposés et arrondis, de quelques millimètres de longueur. L'œil prend alors un aspect particulier : le fond apparaît bleuâtre ou bien coloré d'un certain reflet. D'autres fois l'iris est représenté par une mince bandelette de tissu sous forme d'un anneau couvert en un point sur un espace de plusieurs millimètres. L'iris ressemble à une demi-lune placée derrière le bord cornéen.

On n'a eu que fort peu d'occasions d'examiner anatomiquement l'iridérémie; dans un cas do Pagenstecher, les rapports de la choroïde avec la cornée paraissaient normaux; l'adhérence entre le bord antérieur du corps ciliaire et la

IRIS (anomalies congénitales). -4 '21

cornée était solidement établie par un prolongement étroit, fortement vascularisé et pigmenté, qui remplaçait le ligament pectine de l'iris.

On a beaucoup discuté sur la présence ou l'absence des procès ciliaires et de la zonule dans les cas d'iridérémie. Les troubles fonctionnels présentés par les yeux iridérémiques dépendent du développement incomplet de l'organe et des anomalies concomitantes. De l'iridérémie relève l'éblouissement qui diminue ,dans l'obscurité ou un milieu peu éclairé, ce qui s'explique facilement par le rôle normal de l'écran irien. Terrier signale, à la naissance, une photophobie qui tendrait à disparaître avec l'âge.

Dans l'aniridie incomplète, les symptômes sont souvent moins accusés que dans l'aniritlie complète, et toujours en rapport avec l'étendue de la portion absente et les anomalies concomitantes.

Le traitement consiste dans une correction aussi exacte que possible de la réfraction (astigmatisme cornéen en particulier) et l'emploi des lunettes sténopéiques de Donders ou des verres fumés,

Colobome de l'iris ou iridochisma (pupille en comète [Helling], échancrurc de l'iris, fente, division congénitale (Streber), défaut de l'iris par perle de substance congénitale (Carron), défaut partiel de l'iris.)

Cette anomalie consiste dans la présence d'une fente plus ou moins large selon l'un des rayons de l'écran irien. De toutes les malformations de l'iris, probablement même de l'oeil, c'est la plus commune; elle serait un peu plus fréquente chez l'homme que chez la femme, et de plus s'observe très-souvent chez des sujets porteurs d'autres altérations congénitales, soit aux yeux, soit dans d'autres régions. L'hérédité ici encore est invoquée et, sauf dans quelques cas, la transmission aurait lieu de père en fils.

Le colobome de l'iris existe de règle aux deux'yeux, et, quand il est unilatéral, il siège de préférence à gauche. Les yeux bruns le présenteraient moins souvent que les bleus ou les gris. Il est plus souvent complet qu'incomplet ; dans ce dernier cas, il ne s'étend pas au delà du milieu de l'espace compris entre la pupille et le bord ciliaire de l'iris. Quand les deux yeux sont pris, le colobome présente à peu près exactement la même direction des deux côtés et le plus souvent il est vertical, ou bien il se dirige en bas et en dedans. Enfin, sur certains yeux, le colobome est double ; ainsi Magnus a vu deux fentes bien distinctes, l'une interne, l'autre inférieure ; Ammond et Tortual rapportent des exemples analogues. L'axe de la fente prolongé presque toujours passe par le centre de la pupille; les bords du colobome complet convergent d'ordinaire, mais, d'après leur direction, on a pu distinguer quatre formes de colobome : 1' les bords convergent vers la pupille (pupille en poire), colobome rayonnant, le plus rare; 2° ils sont parallèles, rare; 5° ils convergent vers le bord ciliaire; 4" ils décrivent un arc de cercle (colobome en demi-lune, pupille de chat).

Très-souvent, dit Mackenzie, on distingue du colobome de l'iris les cas où un léger filament, jaunâtre ou blanchâtre, sépare la pupille de la perte de substance, ou vient traverser cette fissure un peu au-dessous de la prunelle. On dit alors qu'il y a polycorie ; mieux vaut admettre un colobome à bride, car, dans le colobome véritable, on observe souvent un petit prolongement jaune ou blanchâtre au niveau des extrémités de la circonférence pupillaire incomplète.

Cette anomalie s'accompagne le plus souvent de lenteur des mouvements de la pupille qui, parfois, présente des changements brusques pendant lesquels la fente anormale ne subit aucune modification. La vision toutefois est peu

422 IRIS (anomalies CONCÉNITAtES).

affectée, sauf les cas de complications (cataracte, etc.); la photophobie est même loin d'être aussi fréquente que l'on pourrait s'y attendre à priori.

On a beaucoup discuté et on discute encore, dit Picqué, sur la pathogénie du colobome de l'iris. La coexistence fréquente du colobome choroïdien a pu faire croire à une lésion du même ordre. Mais à aucune époque de la vie intrautérine l'iris ne présente de fente semblable à celle que l'on voit sur la choroïde, de plus l'iris n'apparaît que lorsque le bord ciliaire de la choroïde est entièrement constitué. On ne peut donc, avec Walker et Meckel, considérer le colobome irien comme résultant de la non-réunion des deux moitiés de l'iris (Duborny, thèse de Paris, 1828). Avec de Wecker, il faut regarderie colobome comme un arrêt survenu dans l'accroissement de l'iris ; cet arrêt limité peut persister pendant tout le temps que dure le développement de l'iris et alors la pupille se prolonge jusqu'à la périphérie de cette membrane, ou bien il ne dure que pendant une partie de cette période, et alors le colobome plus ou moins com|)let échancre la pupille. Mais, comme le développement de l'iris, coïncide avec celui du muscle ciliaire qui entoure le bord antérieur de la choroïde, on comprend facilement que, si ce dernier manque, l'iris et le muscle ciliaire fassent défaut au même niveau. Cela explique les nombreux cas où le colobome irien se prolonge dans les membranes profondes. Mais cette explication n'a plus de valeur dans les cas o\x manque la coexistence du colobome choroïdien, dans ceux encore où le colobome ne siège pas à la partie inférieure de l'iris correspondant à la zone de la choroïde, siège habituel du colobome choroïdien. On a pour ces derniers émis l'hypothèse d'une rotation de l'œil embryonnaire, mais les cas de colobome double la renversent. 11 convient donc de rattacher le colobome à l'iridérémie dont il constituerait une simple variété. Le tissu de l'iris étant lié à la présence de la vésicule optique, on peut penser que, de même que la membrane pupillaire s'atrophie et disparaît, de même l'iris peut s'atrophier dans le point où il n'est pas suffisamment tapissé à sa face interne par les éléments rétiniens (Picqué).

Le traitement du colobome est nul; on remédiera à cette difformité dans les cas de gène visuelle, et le traitement palliatif de l'aniridie est alors applicable.

Acorie et micorie ou microcorie. La micorie est caractérisée par l'étroitesse extrême de la pupille, tandis que dans l'acorie, dont Desmours a observé un cas, l'aire de l'orifice pupillaire normal est occupé par un tissu qui présente tous les caractères du tissu irien. Cette dernière anomalie ne doit pas être confondue avec la persistance de la membrane pupillaire. On a parlé encore de myosis congénital, mais cette affection ne semble être que la micorie.

Ces anomalies sont justiciables de l'iridectomie ou de l'iridotomie.

Polycorie. La polycorie consiste dans la présence de pupilles multiples. Mackenzie en admet trois variétés : 1° les cyclopes présentent souvent une soudure telle des deux yeux que l'iris, en forme de 8 couché horizontalement, offre deux pupilles (diplocorie). Dans quelques cas de cyclopie, on a encore vu trois pupilles (triplocorie).

2"* On rencontre une pupille centrale plus ou moins régulière et, à côté d'elle, une ou plusieurs ouvertures plus ou moins arrondies, comparables aux fentes congénitales de l'iris;

3° Enfin l'iris présente deux ou trois ouvertures dont aucune ne correspond à son centre.

Dans les cas, fort rares du reste, où l'on constate une ou plusieurs pupilles

IRIS (anomalies congénitales). 423

supplémentaires près du bord de la pupille normale, de Wecker regarde comme des débris de la membrane pupiliaire les bandelettes étroites qui séparent de la pupille les orifices anormaux de l'iris. Lorsque la pupille supplémentaire siège dans l'iris à quelque distance de la pupille normale et n'en est séparée que par une bundelette étroite, on a affaire à une variété de colobome (colobome à pont d'Ammon, colobome annulaire de de Wecker). Alors il existe un colobome irien avec une membrane pupiliaire en partie persistante, ainsi que le démontre un cas de Sœmiscb. En troisième lieu, la pupille est voisine du bord tiliaire, alors elle provient d'un défaut de soudure congénital du bord de l'iris. Quand l'iris se montre dans l'oeil du fœtus sous la forme d'un petit anneau bleuâtre, on voit à la loupe qu'il n'adhère à la choioïde qu'au moyen de fibrilles isolées ou plus rarement grâce à un tissu réticulé, et à la fin du sixième mois seulement les deux membranes sont intimement unies. Que la soudure vienne à manquer en un ou plusieurs points, alors on a des cas de dicorie, tricorie... Cette dernière variété de polycorie se distingue des deux précédentes en ce que, si la pupille centrale conserve une certaine mobilité, les pupilles marginales restent constamment immobiles, tandis que dans les autres variétés les pupilles accessoires présentent une certaine contraclilité.

La polycorie ne trouble généralement pas la vue et ne cause pas de polyopie monoculaire; de Wecker |iensc toutefois qu'un iridodiaslasis étendu peut, comme l'aniridie, provoquer de l'éblouisscment.

Coreclopie [xôpn, pupille; èx, hors de; toVoç, lieu). A l'état normal, le centre de la pupille ne correspond pas exactement au centre de l'iris, il se trouve un peu en dedans et au-dessus de ce point. L'exagération de cette particularité constitue la corectopie. Le développement du cercle irien s'est fait irrégulièrement; la pupille se trouve soit plus haut ou plus bas, soit plus en dedans ou en dehors qu'à l'élat normal. Elle peut du reste occuper les points les plus divers de l'iris. Gescheidt distingue à la corectopie trois degrés qui passent insensiblement de l'un à l'autre : 1" le bord inférieur de l'iris est plus étroit que le supérieur et la pupille est éloignée de 1/6 à 1/4 de ligne du centre de l'iris; 2" la pupille est tellement excentrique qu'un des bords de l'iris est à .peine aussi grand que la cinquième partie de celui qui lui est opposé ; 5° l'iris a la forme d'un fer à cheval, son bord inférieur n'est plus représenté que par une ipince bandelette, c'est presque un colobome complet. D'ailleurs, bien des observations données comme exemples de corectopie rentrent dans la catégorie des colobomes et dans l'iridérémie partielle. D'après Von Ammon, la pupille déplacée occupe le plus souvent le segment supérieur de l'iris, rarement les segments inférieur et interne. Enfin Drouin a signalé que dans la plupart des cas la situation des pupilles est identique dans les deux yeux. Cependant, dans cinq cas de strabisme convergent, la pupille était déplacée en dehors dans l'œil dévié, et le contraire existait dans trois cas de strabisme divergent, si bien que la pupille chez ces sujets semblait s'être déplacée en sens inverse de la déviation strabique.

Sauf anomalie oculaire concomitante, ce qui est fréquent, la corectopie n'a que peu d'influence sur la vision.

Dyscorie (pupille difforme ou irrégulière, corémétamorphose) . Cette anomalie, d'après Mackenzie, ne serait pas très-rare, si l'on tenait compte des cas dans lesquels elle est peu prononcée. On a observé des pupilles ovales à grand diamètre transversal, à grand diamètre vertical; d'autres fois, la pupille est

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anguleuse, offre des bords dentelés, est trop grande, trop petite, cordiforme. La mobilité en général est normale aussi bien que la vue; les troubles \isuels résultent surtout des anomalies concomitantes.

On peut remarquer que cette difformité, comme la corectopie, tient à un développement irrégulier de l'iris sous une inlluence inconnue. Béer rappelle par suite d'une iritis chez le fœtus que la pupille parfois se montre anguleuse dès la naissance.

Persistance de la membrane pupillaire ou de Wachendorff. La première description exacte et détaillée d'une membrane pupillaire persistante a été fournie par Ad. Weber. Jusque-là des synéchies, des cataractes capsulaires, des pseudo-membranes, étaient prises pour la membrane pupillaire persistante. Récemment même (1884) Franke n'a pas hésité, à tort, croyons-nous, à décrire sous ce nom non-seulement les restes membraneux, mais aussi les filaments iriens, souvent isolés, voire même les dépôts pigmentaires sur la capsule antérieure, non imputables à une iritis. Le diagnostic d'ailleurs est parfois difficile.

L'aspect de la membrane est des plus variables. Dans un cas de van Duyse c'était un voile blanchâtre, tendu au devant d'une partie de l'ouverture pupillaire et du petit corde de l'iris dont il cachait la partie supérieure. Celte membrane étranglée en sablier, mince, délicate, de couleur blanche légèrement grisâtre, présentait quelques trous et de plus se prolongeait sous forme de bandelettes bien au delà du petit cercle de l'iris, ce qui du reste est exceptionnel. Dans le second, la membrane pupillaire n'était plus représentée que par une mince plaque centrale et par des lilamenls qui presque tous prenaient leur origine vers le petit cercle de l'iris en s'y confondant avec les fibres iiicnnes. Au moins dans sa moitié inférieure, le petit cercle irien était constitué par un anneau proéminent dans lequel venait aboutir des fibres radiaires très-nettement saillantes partant de la zone moyenne de l'iris. La plaque centrale examinée à la loupe de Briicke était comparable à la trame d'une toile d'araignée non tendue, revenue sur elle-même. Dans d'autres cas toute membrane manque, il n'existe plus que quelques filaments (blancs dans un cas de van Duyse) qui s'étendent sans adhérer au bord pupillaire, du petit cercle de l'iris en avant de la pupille. Aplatis d'avant en arrière, effilés en cônes très-allongés, ils semblent venir se fusionner au niveau du centre de la pupille.

Dans un cas observé également par van Duyse, les filaments du champ pupillaire présentaient un agencement en tout semblable à celui que présentent les vaisseaux de la membrane fœtale.

En résumé, on peut observer : 1" une membrane véritable masquant en totalité ou en partie l'ouverture pupillaire et le petit cercle de l'iris. C'est le cas le plus rare ; 2" une membrane plus petite que maintiennent suspendue en avant de la pupille des filaments attachés au petit cercle de l'iris; 3" un réseau de simples filaments.

Deux points méritent d'être éclaircis [: 1° quel est le mode d'insertion sur l'iris de la membrane pupillaire persistante ; 2° quels sont ses rapports avec la cristalloïde antérieure et la cornée (Munz, Talko). Accidentellement la membrane pupillaire persistante peut ne présenter aucune relation avec la face antérieure de l'iris, comme dans un cas de Berger, mais avec cet auteur il faut admettre alors la rupture des liens d'union primitifs sous l'influence des mouvements de la pupille. Quelquefois le point d'attache de la membrane anomale se fait à la périphérie de l'iris (cas de de Graefe, Szokaloki, Talko, Rumszewicz), Dans un

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cas de van Duyse, l'insertion se voyait vers la partie moyenne de l'iris, à égale dislance de sa périphérie et du petit cercle, mais le plus ordinairement elle se fait sur la ligne qui limite en dehors les fibres circulaires de l'iris (cas de Weber, Horner, Cohn, Keyver, Korn, Munz, Talko). En réalité, la membrane persistante est située en avant de l'iris ; ce qui le prouve, c'est qu'elle n'adhère pas de règle au bord pupillaire et que par suite elle n'entrave pas le jeu de la pupille. Alors on peut voir, dans les cas oij existe une véritable membrane, celle-ci se porter en avant ou retomber comme un voile chaque fois que l'iris se contracte et se relâche.

Quant aux connexions de la membrane avec la cristalloïde antérieure, elles existent ou manquent suivant les observations. Dans le premier cas, l'opacité centrale que présente le cristallin, légèrement conique, arrondie à sa base, produit l'impression de ce que l'on est convenu d'appeler une cataracte centrale pyramidale. Dans cette variété de cataracte centrale, l'opacité est précapsulaire ; il va sans dire toutefois que la présence d'une plaque précapsulaire, plus ou moins saillante, vestige delà membrane pupillaire, n'a rien d'incompatible avec l'existence de lésions sous-capsulaires, le tissu pathologique soulevant la capsule et avec elle la plaque précapsulaire. Le cas de llorner appartient peut-être à cette catégorie,

La membrane pupillaire persistante peut encore présenter certaines connexions avec la cornée. C'est ainsi que l'observation IV du mémoire de van Duyse est intitulée : membrane pupillaire partielle. Plaque pigmentée centrale capsulaire et taches pigmentées cornéennes congénitales. Leucome cornéen. « 11 existe en dedans du centre cornéen un leucome de peu d'étendue et une opacité grisâtre qui occupe le centre de la membrane transparente. On trouve ici sur la membrane de Descemet une tache brunâtre de la dimension d'une tète d'épingle

et une autre tache beaucoup plus petite située à 1 millimètre plus haut »

Le leucome dans ce cas était l'expression d'une kératite suppurative d'origine strumeuse sans perforation de la cornée, il était venu se surajouter à l'opacité congénitale.

La pathogénie de la lésion explique ces particularités. D'après ce qui a été dit précédemment du développement de la membrane pupillaire et de l'iris, on sait que primitivement le passage est direct des vaisseaux de la première dans le stroma irien ; plus tard vers le sixième mois, lorsque se développe la partie ciliaire de l'iris et que le stroma gagne en largeur, on assiste à l'apparition de vaisseaux ayant une autre origine que ceux de la membrane pupillaire. Ces derniers peuvent disparaître, ainsi que nous l'avons vu. Si le travail de sub-involution reste incomplet, alors se produit l'anomalie qui nous occupe. Cette résistance de la membrane fœtale à la résorption s'explique d'ailleurs, si l'on admet que le subslratum conjonctif y était très-abondant et le développement des vaisseaux plus étendu que normalement : faits que la description histologique des membranes persistantes examinées par van Duyse et Confick ont permis de vérifier.

Les troubles fonctionnels sont fort variables : dans certains cas l'acuité visuelle est parfaite, d'autres fois il existe une amblyopie plus ou moins marquée. Mais il est remarquable que parfois l'anomalie tend à disparaître ; il semble alors que le travail de résorption, après être resté stationnaii e ou s'être produit tardivement, tende à se compléter à une époque plus ou moins éloignée de la naissance.

Il ne faut pas songer à traiter cette affection, car elle n'amène presque jamais

■4*26 IRIS (physiologie).

l'occlusion de la pupille. Cependant De Wecker a proposé l'iridectomie chez une jeune fille de dix-huit ans, chez laquelle la pupille se trouvait presque entièrement fermée par une membrane bleuâtre, mobile sur la cristalloïde et de même couleur que l'iris. Le contraste qu'offrait cet œil présentant une coloration bleu blanchâtre uniforme avec l'autre muni de sa pupille lisse et largement dilatée constituait une difformité très-choquante.

§ 111. Piiysioiog;ie de l'irîs. Envisagé au point de vue physiologique, l'iris doit être étudié comme organe de structure complexe, siège de phénomènes nerveux, vasculaires et musculaires; comme partie constituante de l'appareil oculaire.

La sensibilité de l'iris à l'état normal n'est pas très-développée, car, ainsi que l'a fait remarquer Cliibret, pendant l'iridectomie la section de la membrane est à peine ressentie par le patient, si l'opérateur a soin d'éviter toute traction. Celle-ci très-faible, portant sur les insertions delà membrane, donne lieu à une légère douleur, qui devient par contre très-vive, s'il y a arrachement de l'iris ou encore si l'on tente de rompre par traction des synécliies anciennes.

Les mouvements de l'iris sont de deux ordres : les uns produits par les éléments mêmes de la membrane se traduisent par des variations du diamètre pnpiilaire; les autres, purement passifs, ne sont que des déplacements du diaphragme sous l'action des modifications subies pendant l'accommodation par le cristallin.

Les mouvements de l'iris d'une façon générale ne sont point volontaires chez l'homme. L'iris des Mammifères (Dastre) n'a que la moitié de ce qu'il faut pour la motilité volontaire. Il reçoit bien, en effet, des fibres nerveuses motrices émanées de la troisième paire cérébrale, mais son muscle appartient à la catégorie des muscles lisses soustraits à l'empire de la volonté. Chez les Oiseaux et beaucoup de Reptiles il en est autrement ; les fibres musculaires de leur iris sont des fibres striées. On rencontre toutefois de rares individus qui peuvent à volonté contracter ou dilater leur pupille. Le fait suivant de Seitz Zehender prouve d'ailleurs que ces mouvements sont plutôt des mouvements voulus exécutés grâce à un artifice que des mouvements volontaires au sens propre de l'expression. « Un étudiant en médecine fut très-surpris d'entendre le professeur Brûcke dire dans son cours que l'iris ne pouvait se mouvoir volontairement; il se hâta de prouver le contraire. Ce jeune homme avait la faculté de dilater ses pupilles au point d'en augmenter le diamètre de 3 millimètres, en faisant une inspiration profonde et en retenant son haleine, puis en raidissant par un léger effort les muscles du cou et de la nuquf . S'il fixait en même temps un objet rapproché de ses yeux, il produisait plus facilement cette dilatation que quand il regardait un objet éloigné. Après la première expiration et le relâchement des muscles, les pupilles reprenaient leur étendue ordinaire ». Budge cite des cas analogues. Pour nous dans l'exemple précédent les mouvements de l'iris n'étaient pas volontaires au sens habituel de l'expression, le mécanisme des efforts nécessaires à leur production, le fait que les deux pupilles se modifiaient simultanément, viennent à l'appui de notre dire.

« Les mouvements de l'iris sont l'effet d'une action réflexe proprement dite (de la sensibilité sur le mouvement) ou le résultat d'une synergie musculaire » (Giraud-Teuton).

Le tableau suivant résume les influences qui produisent une contraction et une dilatation de la pupille (Beaunis) :

IRIS (physiologie).

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