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IIVHIBITIOIV (de inhihere, arrêter, empêcher, suspendre, relarder). L'acte que nous appelons ainsi est connu en France sous les différents noms : arrêt, suspension, action modératrice ou paralysante. Toutes ces qualifications sont insulTisanles. 11 importe, en effet, d'appeler par un nom n'appartenant guère qu'à lui un acte biologique tout à fait spécial. Le choix du mot inhibition nous était, du reste, tout naturellement indiqué par les raisons suivantes : la première, que les hommes de loi, en France, emploient ce mot pour exprimer quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans l'organisme animal lorsqu'il y a inhibition; la seconde parce que le même mot est employé en Angleterre par les médecins et les physiologistes pour désigner l'acte spécial dont nous nous occupons. L'inhibition, pour les légistes, consiste en une décision qui arrête, suspend ou annihile une autre décision, ou dans l'action d'un juge qui met obstacle ou annule l'action d'autres juges. Pour nous, médecins, l'inhibition est un acte en vertu duquel une propriété ou une activité et, secondairement, une fonction ou une simple action, disparaît, complètement ou partiellement, soudainement ou très-rapidement, pour toujours ou temporairement, dans une ou plusieurs parties de l'organisme, à distance d'un point irrité du système nerveux et grâce à une influence spéciale, exercée par l'irritation transmise de ce point à la partie ou aux diverses parties où cette disparition se manifeste.
11 importe que Ton comprenne bien, ce qui, du reste, ressort forcément des termes de cette définition, que l'inhibition est un acte des tissus nerveux détruisant ou diminuant une puissance d'action en repos ou en activité, et non une simple cessation de puissance par une cause quelconque autre qu'une influence nerveuse. Que l'encéphale entier soit, par exemple, détruit par écrasement, il perd toutes ses propriétés, toutes ses activités et, conséquerament toutes ses fonctions. Cette perte s'opère sans inhibition, mais lors d'un pareil traumatisme nombre d'éléments de ce grand centre nerveux sont irrités et produisent dans d'autres parties de l'organisme des phénomènes d'inhibition. La destruction de DICT. Eue. 4° s. XV'l. 1
tissu dans ce cas donne donc origine à deux espèces de pertes de fonction, absolument distinctes l'une de l'autre. En effet, l'une d'elles est la coiisc'quence directe du changement organique causé par l'écrasement, tandis que l'autre ayant lieu dans des parties plus ou moins lointaines est due à une influence exercée sur celles-ci par une irritation provenant de l'encéphale irrité. Je montrerai, en effet, plus loin, qu'il y a deux sortes absolument distinctes de pertes de puissance ou de fonction : l'une directement liée à une destruction ou altération de tissu, l'autre indirecte et dépendant d'une influence inhibitoire exercée par irritation provenant du point lésé et se manifestant plus ou moins loin de ce t)oint.
Il importe que l'on comprenne bien qu'il n'y a pas d'inhibition d'action ou tle fonction et que, lorsqu'une action ou une fonction disparaît par une acte mhibitoire, c'est la propriété ou l'activité dont elles dépendent qui sont inhibées. Deux espèces d'inhibition peuvent exister : l'une consistant en annihilation ou en diminution de puissance d'une propriété, l'autre dans le passage d'une propriété en action à la passivité, sans perte de sa puissance d'action. Ces deux sortes d'inhibition coexistent quelquefois, une propriété en action pouvant non-seulement devenir passive, mais encore disparaître plus ou moins complètement.
L'analyse de ce qui a lieu dans toute inhibition montre que ce phénomène est caractérisé par trois actes bien distincts l'un de l'autre : 1" une irritation d'un point de l'org^iuisme à une distance plus ou moins grande de la partie où l'inhibition se montre ; 2" la transmission de l'irritation à celte partie ; 3" l'action spéciale de cette irritation, en vertu de laquelle disparaît la propriété ou l'activité {voy. mes Recherches sur de nouveaux faits d'inhibition, in Archives de physiologie, 1868, t. I, p. 159 et 518). L'inhibition consiste essentiellement en cette action spéciale qui, ainsi que je l'ai déjà dit, ne fait disparaître une action ou une fonction qu'en annihilant une propriété ou une activité.
Toutes les cessations d'action, alors que leur cause subsiste, toutes les pertes de fonction dans les centres nerveux, dans les nerfs et dans les tissus contractiles, ayant lieu sans altération organique locale, visible, et aussi sans changement notable dans l'état des vaisseaux sanguins ou de leur contenu, et se produisant à quelque distance d'un point irrité, immédiatement ou à peu près, après l'irritation, sont des inhibitions.
Historique. Bien que M. S. Guerardi ait réclamé (voy. Leçons sur fa physiologie, par H. Milne Edwards, 1878-1879, t. XIII, p. 275) pour Galvani la découverte de l'inhibition, il est incontestable que c'est aux frères Ernest-Henri et Edouard Weber qu'est dii ce grand progrès. En effet, Galvani, pas plus que nombre d'autres savants (Legallois, Wilson Philip, Guvier et autres) qui ont viî le cœur s'arrêter sous l'influence d'irritations des centres nerveux, n'a constaté que cet arrêt était un effet radicalement différent de celui qu'on observe en irritant un nerf quelconque allant à un muscle. Les frères Weber, dans leur premier travail communiqué à un congrès de naturalistes italiens à Naples (voy. Annali universali di medicina, novembre 1845, t. GXVI, p. 227), ont bien montré que le cœur sous l'influence d'irritations faradiques du bulbe ou du nerf vao^ue s'arrête en diastole, c'est-à-dire à l'état passif et non parce qu'il se contracte comme le fait un muscle dont on irrite le nerf. Ceux qui voudront lire ce trèsimportant travail en trouveront la traduction dans le numéro de janvier 1846 d'un journal annexé aux Archives de médecine et publié par Mandl et Claude
Bernard {Archives d'anai. et dephysioL, 18i0, p. 12). Badge, qui a revendiqué la priorité de cette importante de'couverte, n'a publié son premier travail que dans le second numéro de 184(3 du journal de J. Mùller {Archiv fiir Anat. und Phydol, p. 29i). M. 11. Milne Edwards {bco cit., 1859, t. IV, p. 159-150) n'aurait pas émis de doutes sur les droits des frères Weber, s'il avait eu connaissance de la publication que je viens de citer et qui, ainsi ([ue je le sais positivement, à cause de l'impression causée sur moi par la lecture de ce travail, le jour même où j'ai soutenu ma tlièse de doctorat à la Faculté de médecine de Paris, le 5 janvier 18 iO, a paru le l"" ou le 2 janvier, ce qui impli(|ue que la publication dans le journal italien [Annali di niedicina) avait eu lieu en 1845.
Le second pas fait dans la voie de l'inhibition appartient à Eckhard {Recueil de travaux de la Sociélé allemande de Paris, 1855, p. 1). Ce physiologiste a trouvé que, lorsqu'on irrite le nerf d'un muscle de grenouille par du sel marin, et qu'on fait passer par ce nerf un courant galvanique, on inhibe le nerf à tel point que le tétanos cesse. Bernard {Leçons sur le système nerveux, t. 1, p. 208) et moi-même avons souvent répété cette expérience, qui est parfaitement exacte.
Le troisième progrès est dû à rfliiger {Ueber das Uemmunysncrvensystem fur die peristaliiscken Deweiiumjen der Geddrme. Berlin, 1857), qui a trouvé que les mouvements de l'intestin peuvent être inhibés comme ceux du cœur.
Avant la publication du travail de l'iliiger plusieurs physiologistes (Traube, Eckhard, Bernard, Budge) avaient trouvé des faits rendant très-probable que les mouvements respiratoires peuvent aussi être inhibes, mais ce n'est qu'en 18(il que J. Rosenthal {Comptes rendus de lAcad. des sciences, avril 1801, t. LU, p. 754) a établi d'une manière irréfutable que l'arrêt de la respiration, par certams nerfs, a lieu par inhibition.
^n{%%'l^(M\s.và {Wiener Sitzumjberichte, 1802, Abth. II, t. XLV, p. 342) a signalé un autre fait important il'inliibition et a, par là, donné" le premier l'interprétation véritable de certaines dilatations vasculaires. 11 a trouvé que c'est, en partie au moins, par inhibition que s'opère la dilatation des vaisseaux sanguins dans l'érection du pénis.
A partir de 1802 des faits nouveaux et des particularités nouvelles à l'égard des faits antérieurs ont été publiés en nombre toujours croissant, élargissant sans cesse le champ maintenant immense de l'inhibition. Depuis bien longtemps, mais surtout depuis 1808, j'ai pris une part très-active à l'étude de l'iuliibilion et j'ai publié plus d'une centaine de notes et de mémoires sur ce sujet, qui était déjà si vaste en 1879 et 1880, que j'ai pu faire quarante leçons sur les phénomènes inhibitoires, sans épuiser les questions s'y rattachant.
1. Champ de l'inhibition. Ce n'est pas seulement à l'état normal, mais aussi comme puissance pathogénique et comme moyen thérapeutique, que l'inhibition joue un très-grand rôle. Bien qu'elle soit loin d'être complète, Ténumération que je vais donner des phénomènes de cette action si remarquable du système nerveux, suffira pour montrer que ce rôle est, en effet, immense. Le meilleur groupement de ces phénomènes se trouve dans la classification suivante :