Leucocyte un peu déformé spontanément
p,q,r,s. Leucocytes de la même préparation dessinés quelques heures plus tard et dans lesquels sont apparus de un à trois noyaux sphériques encore pâles.
Fig. 11. Leucocytes du pus produits parla plaie d'un séton chez le cheval.
abc. Leucocytes réguliers, unilormément granuleux et sans noyaux.
dcfglii. Leucocytes dont la paroi propre s'est séparée sous forme d'expansion vésiculiforme transparente entourant le reste de l'élément,
jkl. Leucocytes peu nombreux pourvus de un à trois noyaux et mêlés aux précédents.
■mno. Leucocytes de celte préparation traités par l'eau qui les gonfle, fait apparaître de un à trois noyaux et détermine l'apparition du mouvement brownien sur les granulations qu'ils renferment.
j^qr. Leucocytes de la même origine traités par l'acide acétique qui les rend trés-pàles et y fait apparaître de trois à cinq noyaux.
Fig. 12. Leucocytes d'une plaie chez le chien.
abcd. Leucocytes finement granuleux, réguliers, dans quelques-uns desquels [cd] se sont produits deux ou trois noyaux.
efg. Leucocytes généralement très-nombreux dans le pus des chiens, remarquables en ce que la paroi propre est gonflée et détachée du contenu sous forme d'expansion vésiculifornie transparente. Le contenu, mal limité, avec ou sans noyaux est appliciué sur un des côtés de la paroi distendue.
luj. Leucocytes de la même préparation traités par l'eau qui les a gonflés et a déterminé un vif mouvement bi'ovvnien des granulations.
klmnopqr. Leucocytes de même origine que les précédents, traités par l'acide acétique, qui les a rendus ti'ès- pâles, transparents, et y a fait ajiparaître de un à quatre noyaux, partoib plus gros que ceux qui se forment seuls.
ï.ElîCOC'ïTnÉMïE ou liEUCÉMBE. Définitions, synonymie, divisions. Sons le nom de Leucocytht'inic, nous désignons un état morbide caractérisé par une altération du sang, consistant dans le développement anormal des leucocytes, ou corpuscules blancs du sang, dont l'effet est de cliangrr considérablement la ];roportion relative de ces éléments et des globules rouges ou bcmaties, au point de l'aire que le nombre des premiers peut l'emporter sur celui des seconds. Cette altération du sang coïncide ordinairement avec une bypertropbie notable de la rate, du foie, ou des glandes lymphatiques, et constitue alors \n\e cachexie spéciale et progressive dont la terminaison paraît presque constamment fatale, ou avec un certam nombre de maladies générales d'un caractère plus ou moins grave.
Le nom de leucocylhémie (de liv/.6i, blanc; v.Otto;, cavité, cellule, et a.lij.a, sang) proposé par Benuett, a été adopté, en général, en France, de préférence à celui de
LEUCOCYTHÉMIE. 285
leucémie, ou leukœmie (de Irj/oç, blanc, et «îy-a, sang), qui a été donné par Vircliow au même état morbide. Ce dernier nom prête en effet à i'équivoque : on [ioiirvait confondre la leukéniie avec les observations de sang blanc laiteux ou chijleux qui ont été depuis longtemps rapportées par bien des auteurs et qui se rapportent à un état pbysiologique du sang ^ chargé teraporan^ment d'un excès de matières grasses. Laleucocythémie au contraire doit toujours être considérée comme un état pathologique^. Malgré la présence des leucocytes, le sang, tant qu'il est fluide, conserve sa couleur ronge plus ou moins altérés, mais la couleur blanche ne s'observe que sur des caillots ou sur des concrétions sanguines, qui manquent d'ailleurs dins bon nombre d'observations et ne peuvent par conséquent servir à caractériser la maladie.
Virchow repousse au contraire cette dénomination avec une certaine vivacité, qu'explique d'ailleurs l'ardeur assez légitime, selon nous, qu'il apporte dans sa revendication de priorité contre Benuett (voy. plus bas l'HrsroiuQrjE), et maintient le nom de leukémie par des raisons que nous reproduirons rapidement. Selon lui, l'expression de leucocythémie représenterait mal l'état morbitle qui nous occupe, car le sang contient toujours à l'état normal un certain nombre de corpuscules incolores , dont le nombre augmente dans les états physiologiques, tels que la digestion, ou la grossesse, et dans la plupart des maladies inflammatoires et typhiques. De telles variations ne peuvent être désignées par le mot de leucocythémie, il faudrait au moins dire Poly leucocythémie, et l'on pourrait rapprocher cet état du sang de l'hypérinose, qui n'est pas non plus par elle-même une maladie ; toutes deux peuvent coïncider avec la conservation de la santé et ne sont que des états
* Haller [Elemcnta phijs'wlog., t. II, p. 15 et p. G3) avait liieii étudié ces faits déjà sig'iulés par Lower, Itiomas Sclnveiilce, J. Bolin, J. G. de Berger, Walœus et Olaus Borricliius, et reconnu dans ses vivisections que le sérum du sang devenait laiteux ou chijlcux, c'est-àdire trouble, opaque, blancliàtre, pendant le travail de la digestion et qu'il se couvre alors d'une couche blanche tout à fait analogue à la crème. Cuclianan [London med. gaz., t. XXXY, p. M, et Gaz. méd., 1845, p. 442) a démontré le même fait par deux expériences directes sur riiomine, et M. J. Béclard l'a constaté plusieurs fois sur des animaux [Rech. expcr. sur les fondions de la rate, p. 52, Paris, '1«48). Enfin i\I. Cl. Bernard {Leçons de physiol. expérimentale, t. I, p. 157 et suivantes, Paris, 1855) a montré que cette matière chyleuse se produit chez les animaux même nourris exclusivement de matières féculentes et sucrées, quand on les saigne pendant le cours de la digestion. Voyez aussi sur cette question Piobin et \ erdeil [Traité des principes immédiats, Paris, 1^55, t. III, p. 12), et P. Bérard [Coui's de pliysLologie, Paris, 1851, tome III, p. 119 à 125).
- Il est a-sez diflicile cependant de ne pas considérer comme pathologiques les cas bien authentiques où le sang est sorti de la veine blanc comme du lait. Telles sont, sans parler des cas anciens rapportés par Haller [El. phijs., t. II, p. 15), l'observation du docteur Fion [Arch, génér. de médec., 2" série, t. Vïll, p. 218, et Journ. de pkarmacie, 1855; l'analvse du sang a été faite par M. Lecanu, qui y a trouvé 117 millièmes de malières grasses) ; l'observation de G. L.lâcç,d.ve\\i[Annaliuniversalidi medicina, t. XX.IV, p. 14i, 1835, et Arch. génér. de médec., 2= série, t. YIIl, p. 218), où le sang présenta le môme caractère pendant quatre saignées consécuiives; celle du docteur J. Mareska [Soc. de méd. deGand, et Gaz. méd. de Paris, 1855, p. 510), où l'on trouva ii millièmes de malières grasses; l'observation de iJDl Ch. Chatin et Sandras [Gaz. des liôp., 1849, n° 72, p. 289), qui ont aussi constaté l'accumulatiou des matières grasses. Ces malades avaient présenté en général des troubles respiratoires plus ou moins considérables, et se rétablirent assez promptement. Le cas de M. Caventou [Arcli. génér. de méd., t. XVIII, p 6n5, et Ami. de chimie et de physique t. XXXIX, p. "288) paraîtrait se rapprocher davantage de notre leucocythémie, l'auteur ayant noté la diminution des globules rouges, et expliqué la coloration blanche par la présence d'une matière albuininoide spéciale. M. Uaspail [^vuv. sijst. de chim. org , 2' éd., t. III, p. 187) l'a expliquée par la précipitation de l'albumine, et M. Mareska a recueilli sur un filtre de linge des grumeaux qui ont présenté tous les cai-actères chimiques de l'albumine. Ke s'agissait-il pas plutôt dans ce cas de cette librine grumeleuse reucoatrée plus tard par Isam- ];u'l et l'ioliin? ;Voyoz ci-après.)
286 LEUCOCYTIIÉMIE.
purement transitoires du sang, aussi différcnls d'un véritalile état pathologique que l'élévation de température qui suit la digestion l'est de la chaleur Jéhrile. L'augmentation, môme pathologique, des leucocytes ne suflirait pas à caractériser un groupe de maladies. Ce qu'il a appelé leukémie, est entièrement différent de la polyleucocytiiémie inflammatoire, typhique ou scptique, comme le chlorose diffère de l'anémie des sujets cancéreux ou épuisés par des hémorrhagies. La leukémie n'est pas seulement une notion anatomique, c'est réellement aussi une entité pathologique caractérisée, non-seulement par le simple fait de l'augmentation des corpuscules incolores du sang, mais en même temps par le manque des corpuscules rouges, ou hien par le changement dans la formation et la constitution du sang, sous la dépendance de certains organes. « Leukémie doit signifier, dit-il enfin, qu'à la place des parties du sang, qui normalement doivent être colorés, il s'en présente d'incolores, qui, au stade le plus élevé de cette altération, rendent le sang plus ou moins blanc, et non pas que, dans un sang constitué par ses parties normales, il s'est mêlé des parties étrangères blanches, comme dans la dyscrasie graisseuse. 11 s'agit d'une décoloration du sang, d'une leiicopathie, d'un alhinisme du sang : au lieu de cellules colorées, pigmentées, il arrive des parties incolores, mais bien constitutives dans le torrent de la circulation. » {Gesammelte Abliandlungen zur wissenschaftlichen Medicin , Francfort-siir-Mein, 1856, p. 192.)
Nous avons tenu à laisser la parole au père de la leukémie, définissant lui même le mot qu'il avait créé. Nos lecteurs apprécieront, si le nom de leucocythémie n'exprime pas tout ce que l'auteur vient d'indiquer au moins aussi bien que celui de leukémie ; si ce dernier nom, et surtout ceux de leucopathie et d'albinisme du sang, ne prêteraient pas davantage à la confusion que nous avons signalée au début, et contre laquelle Virchow lui-même a soin de nous mettre en garde en séparant bien la maladie qu'il a décrite, des états transitoires, physiologiques, et notamment de la dyscrasie graisseuse (lipsemie). Le nom de leucocythémie nous paraît au contraire mieux exprimer la réalité des choses, puisqu'il nous indique quel est l'élément du sang qui arrive à prédominer sur les globules rouges, à les remplacer, si l'on veut, mais pas autant que l'indique Virchow, puisque, sur le vivant du moins, le sang, quoi qu'il en dise, ne devient jamais plus ou vioins blanc, et cj[ue cette apparence blanche appartient au contraire à la dyscrasie graisseuse.
Au reste, en fait de dénominations nouvelles, il suffit que l'on s'entende sur la valeur de celle que l'on adopte ; que l'on dise leukémie, ou leucocythéniie, on ne ris([ue plus, croyons-nous, après ces explications, de tomber dans la confusion que nous avons signalée.
Nous attacherions, pour nous, une plus grande valeur au mot de leucocytose, que Virchow a créé plus tard, pour désigner ces états temporaires du sang, soit physiologicpics, soit pathologiques, où la proportion des leucocytes se trouve augmentée dans une proportion variable ; outre les circonstances physiologiques indiquées, il s'agit ici des causes pathologiques les plus diverses, et non plus de cette dyscrasie permanente, qui, par une marche progressive et régulière, conduit presque toujours le malade à la mort. A des faits différents, il faut en effet appliquer des noms dillérents. Virchow a insisté avec raison sur cette distinction [Pathologie cellulaire, trad. Picard, Paris 1861, p. 159 et suiv. et p. 156-161), et montrait que la leucocytose se produisait dans tous les cas d'irritation ganglionhairCj auxquels il rattache, à côté de certains états physiologiques, les maladies
LEIjCOCYTHÊMIE (anatomie pathologique). 287
des ganglions proprement dits, des glandes intestinales, de la rate, certaines formes de pneumonie et des états généraux, tels que la pyohémie, la fièvre typhoïde, la fièvre puerpérale, le choléra.
Celte distinction devait aussi nous occuper dès à présent, au point de vue des divisions que nous devions apporter à cet article. Toutefois, au lieu d'étabhr tout d'abord des divisions dogmatiques dans un sujet encore si récemment introduit dans la science, nous préférons les ajourner, et les faire ressortir de l'étude même des matériaux que nous présentons à nos lecteurs. Nous agiterons plus loin la question de savoir s'il existe une lencocythémie aiguë et une leucocythémie chronique, ou mieux une leucocythémie essentielle et une leucocythémie sijmptomatique, répondant à la leukémie et à la leucocytose de Virchow. Nous aurons même à discuter, si la leucocythémie doit être considérée comme une entité morbide particidière, ou si elle n'est qu'une cachexie consécutive à des affections de nature très-dilférente.
Nous ajournerons également les divisions qu'on a voulu établir entre les formes chniques de cet état pathologique et certaines variétés des lésions anatomiques qu'on y rencontre pour décrire tout d'abord le fait le plus général, à savoir, l'altération caractéristique du sang et les lésions viscérales qui s'y rattaclient le plus souvent.
Nous commencerons donc par exposer les notions que nous fournit l'anatomie pathologique, puis la symptomatologie, la marche, la durée, la terminaison de la maladie, puis ses variétés, sou étiologie, son diagnostic, son pronostic, son traitement ; nous terminerons par la physiologie pathologique et les théories qu'on a données de la leucocythémie, pour arriver à déterminer, s'il se peut, la nature delà maladie, et le rang qu'il convient de lui attribuer. Nous terminerons par l'histotorique et la bibliographie.
I. Anatomie pathologique. 1'^ Étude DO SAJN'G LEUC0CYTHÉ5IIQUE. Les caractères du sang doivent être étudiés dans doux circonstances différentes : d'abord sur le sang extrait du malade encore vivant, ensuite sur le sang trouvé à l'autopsie dans les cavités cardiaques et dans les gros vaisseaux. Les premiers faits n'ont été observés que dans cette dernière circonstance : depuis qu'on sait diagnostiquer la leucocythémie pendant la vie, on devra toujours constater l'état du sang. 11 importe toutefois, dans l'intérêt du malade, de ne pratiquer qne de très-petites saignées, soit par la phlébotomie, soit par l'application d'une ventouse, car nous verrons que la leucocythémie prédispose essentiellement aux hémorrhagies.
1" Caractères physiques. Au début, lorsque les symptômes, sur lesquels nous aurons à revenir, font soupçonner la leucocythémie, lorsque le microscope pourrait déjà accuser la dyscrasie caractéristi({ue du sang, les propriétés physiques du fluide nutritif ne présentent pas encore, pendant un temps assez long, de changement bien manifeste. A mesure que la maladie fait des progrès, que la cachexie se prononce davantage, à mesure surtout que les hémorrhagies multiples se produisent, le sang présente des altérations considérables, déjà fort appréciables sans l'usage du microscope.
La coloration du sang est un des [iremiers caractères qui attirera notre atten^ tion. Le sang perd sa coloration normale; le rouge rutUant du sang artériel, la rutilance que l'on observe, même sur le sang tiré de la veine aussitôt qu'il subit l'influence de l'air, se perd de plus en plus pour faire place à des nuances violettes. puis violettes foncées analogues à la couleur de la lie de vin, h celle de la boue
288 LEUCOCYTHÉMIE (anatomie pathologique).
splénique ; dans d'autres cas, c'est une coloration chocolat clair, ou une coloration rouge brique ou brune de plus en plus foncée, à mesure que l'on s'approcbe de la terminaison funeste. En même temps, à ces couleui's sombres, salies, comme on dirait en termes de peinture, s'ajoutent des teintes grisâtres, opalines plus ou moins prononcées, et appréciables, surtout lorsque Ton regarde obliquement la surface du sang, étendu en couche mince, et qui couvre les plaques de verre d'une sorte de voile opaque, un peu irisé. Dans quelques cas (observ. de Robertson; observ. Blaclie, Isambert et Robin), le sang reprend assez vite à l'air une couleur rutilante, mais alors nuancée d'une teinte violette, due au mélange du rouge et de la nuance opaline. C'est à cette nuance, à ce reflet opalin, eu couche mince que nous parait se borner l'apparence blanchâtre du sang dans lu leucocythémie, tant que le sang est fluide, bien que Vircfiow déclara (PaihoL celluL, trad. Picard, p. 140), que, même pendant la vie, on voit le sang qui s'échappe de la veine présenter des stries blanchâtres. C'est, en tous cas, après la coagnlation que ce phénomène devient surtout apparent.
La densife du sang sur laquelle nous manquons de renseignements bien circonstanciés, et d'observations suffisamment nombreuses, doit être dès lors manifestement changée ; voici quelques chiffres que nous relevons çà et là dans les anteurs ; 10n6,, 1041.5, 10-45.5, lOU.O, 1049.5 (tableau relevé par H. Bennett, Onkucocythemia). En admettant que le chiffre normal est pour l'homme de 1060 et pour la femme de 1057.5 (selon Becquerel et Rodier), ou seulement de 1052 (Lecanu). On voit que la densité du sang subit dans la leiicocytliémie une diminution assez considérable. La densité du sérum reste à peu près la mém'i qu'à l'état normal; en prenant pour tei-me de comparaison, le chiffre de 1029,9, nous trouvons dans le même document de Bennett sur cinq observations, les chiffres de 1 029,1029, 1027, 1026.5, et 1023. Toutefois ce sujet mériterait encore des recherches nouvelles.
La viscosité du sang a été notée par un grand nombre d'observateurs : ce liquide donne aux mains qu'il imprègne, aux viscères que l'on manie, une sensation de substance poisseuse. La plupart des auteurs sont d'accord pour attribuer cette propriété nouvelle aux globules blancs eux-mêmes auxquels elle appartient en effet, [(Nasse, Virchow, Robin). [Voy. l'article Leucocyte).] On a même édifié sur cette propriété une expfication du ralentissement du cours des globules blancs, et de leur agglomération pour former les concrétions blanches que nous allons mentionner tout à l'heure. On peut toutefois penser que la viscosité du sang est souvent due en partie à l'augmentation des globules graisseux qui a été reconnue dans plusieurs cas.
La coagulation du sang nous offre enfin des changements extrêmement importants. Dans un certain nombre de cas, le sang tiré de la veine se coagule comme à l'état normal (observ. deYogel). Il est probable qu'il en est ainsi dans les premiers temps, lorsque l'altération du sang n'a pas atteint son maximum. Plus tard, le sang présente en se coagulant un caillot couvert d'une couenne molle analogue à celle que l'on observe chez les sujets anémiques, et un examen attentif permet quelquefois de reconnaître trois couches : à la superficie, une couche fibrineuse, blanc pâle, et peu consistante; au-dessous do celle-ci, une seconde couche, encore blanchâtre, ou blanc rosée, ou rose, d'un aspect caséeux présentant des amas de grumeaux, inégaux, mammelonnés ou noueux, d'une couleur opaline,^ grise ou gris rouge, et n'ayant entre eux aucune cohérence ; le microscope nous apprendra (pic c'est la couclie des glohul 's blancs, souvent cntreniêléc dans les vacuole^' ue
LEUCOCYTIIÉMIE (anatohie rATiioLuciQUE). 289
la couche tibriiieuse. Enfin, au-dessous, vient le cruoF, d'une couleur rouge plus ou moins foncé, et plus ou moins consistant.
Lorsqu'on agite le sang avec des baguettes, ou lorstpi'ou le filtre pour eu séparer la fibrine, il ne tarde pas à se séparer également eu trois coucbes : la plus inférieure formée par les globules rouges entraînés les premiers par leur pesanleur spécifique, la seconde, formée parles globules blancs, plus ou moins régulièrement stratifiés au-dessus de la couche rouge ; enfin à la superficie, le sérum, ([ui paraît trouble, légèrement opahn, surmonté quelquefois d'une très-légère couche crémeuse, que nous verrons être due à l'accumulation des matières grasses, lesquelles flottent à la surface, pendant que les globules se précipitent au fond du vase. (Yirchow, Patli. cellul., trad. par Picard, p. 140. — Gesainmelte Abhandlungen, etc. p., 184.)
La hauteur relative de chaque couche mesurée dans une éprouvelte graduée indique approximativement les quantités relatives des globules. Cette méthode de séparation des globules par le repos, après défibrination du sang, indiquée par M. Donné [Cours de microsc. complém. des études méd., p. 84) dès 1844, donne déjà des résultats approximatifs assez satisfaisants et comparables entre eux. Elle a été suivie depuis par le docteur \oge\{Virchoiv's Arch., t. TII, p. 570), par Robertson (cité par Bennclt, Monthly Journ. 1851), par MM. Vidal et Luys [Soc. anatom. 1857, p. 338). Yirchow a vu le sang extrait par une ventouse se séparer spontanément en trois couches comme dans les cas où on l'a défibriné,et présenter d'une part le sérum, presque entièrement privé de globules blancs; d'autre part enfin, les globules rouges ayant une grande tendance à former des colonnettes. Wûrzburg's Yerhandlungen, t. VII, obs. IP de Bamberger, anal, du sang, par Yirchow.)
A une période plus avancée, ou dans certains cas plus graves, le sang perd entièrement sa coagulabilité ; au lieu de caillots véritables, on n'a plus qu'une sorte de masse diffluente analogue càde la gelée de groseille, (observ. d'Andral), qui à une époque plus rapprochée de la mort devient de plus en plus lie de vin, semblable à la boue splénique, ou à une sanie de mauvaise nature. Nous verrons plus loin que dans ces cas la fibrine a presque entièrement disparu, ou qu'elle a subi une altération particulière.
Sur le cadavre , on trouvera , dans les cavités du cœur , dans les gros vaisseaux, le sang en masses difiluentes, très-analogues par leur couleur, leur consistance, leur viscosité, à ce que nous venons de décrire sur le sang extrait pendant la vie.
Dans un grand nombre de cas, on a constaté, de plus, des concrétions blanches, ou blanchâtres, ou jaunâtres, formant tantôt des caillots de consistance variable, ordinairement ternes, granuleux, friables, tantôt des concrétions molles, dilfluentes, parfois même presque liquides, puriformes, puisque dans un cas de Yirchow, un assistant put s'écrier au moment de l'ouverture du ventricule droit : «Ah ! c'est un abcès.» Les premières observations, celle de Craigie, celle de Bennett, celle de Yirchow, qui ont amené la découverte de la leucocythémie, ont porté exclusivement sur des cas de ce genre, et les premières discussions ont été de savoir si l'on avait eu ou non affaire à du pus. Mais, les observations se multipliant, ou a vu que ces concrétions blanches étaient loin de se produire dans tous les cas oCi l'on observe le développement normal des leucocytes dans le sang ; que, dans bon nombre de cas, les concrétions blanchâtres se bornent à des grumeaux blanchâtres, gris rosé, ou violets d'un volume assez variable, dep^iii mci. ENC. 2° j, H. 10
290 LEUCÔCYTHÉMIE (anatohie pathologique).
celui d'un gfDs pois, jusqu'à celui d'un grain de semoule ; enfin, bien souvent, i! n'y a plus que des corpuscules presque imperceptibles, cl les verres grossi ss:;r.ls sont nécessaires pour les distinguer.
Ces concrétions blanchâtres se trouvent ordinairement dans les cavités dïo'.i s du cœur, dans l'aorte, dans les gros troncs veineux. Nous verrons en pari 'nt des lésions viscérales, qu'on les a retrouvées dans des vaisseaux de trcs-pclilc dimension.
2° Examen microscopique dti sang. Cet examen permet de rccounaUrc la leucocythémie du vivant du malade, bien avant que les caractères physiques si tranchés, que nous venons de décrire, soient encore appréciables. Car le microscope permet de reconnaître les globules blancs, d'en évaluer le nombre, et d'observer le changement de proportion qui s'opère dans leur nombre comparé à celui des globules rouges. Cette recherche peut être répétée fréquemment dans le courant de la maladie, puisqu'il suffit d'une piqûre d'aiguille , pour se procurer la quantité suffisante pour un examen microscopique, sans avoir à craindre d'affaiblir le sujet.
M. le professeur Robin a singuUèrement allégé notre tâche, en traçant avec Une grande autorité dans l'article qui précède {voy. Leucocytes) les caractères distinctifs des leucocytes, leur aspect sous le champ du microscope, la manière dont ils se comportent avec les réactifs, leur nombre à l'état normal, leurs dimensions et leur§ variétés principales, à savoir les globules blancs, ou cellules, et les gtobulins, ou noyaux libres. Nous n'avons pas à revenir sur un sujet traité aussi complètement, et nous nous bornerons à rappeler les modifications qui constituent un état pathologique à savoir : 1° l'augmentation du chilfre proportionnel des globules blancs, 2° l'altération de ces globules eux-mêmes.
Le chiffre normal des globules blancs [voy. à l'article indiqué les variations physiologiques ou individuelles) étant en moyenne à celui des globules rouges comme 1 : 500, nous voyons dans la leucocythémie ce chiffre s'élever à la proportion de 1 : 20, puis 1 ; 10, puis en 1 : 5, 1 : 4 ,1 : 5, ou même 2 : 5 ; enfin dans les cas les plus graves on trouve les rapports 1 : 1, ou même, mais rarement, une prédominance des éléments blancs sur les éléments rouges. C'est là la condition constitutive de l'état morbide qui nous occupe : sans celte augmentation de proportion, il n'y a plus de leucocythémie. Nous verrons cependant plus loin, que dans un grand nombre de cas, où la leucocythémie apparaît comme un symptôme accessoire de maladies très-diverses (leucocythémie symptomatique, temporaire, leucocytose de Virchow), la proportion des globules blancs ne s'élève pas autant, elle est en moyenne 1 ; 100, c'est-à-dire trois à quatre fois plus considérable qu'à l'état normal. Dails quelques auteurs, on trouve ces chiffres exprimés d'une autre manière ; il est dit que le nombre des globules blancs, par exemple, est de 25, de SO à 100 globules rouges. Il est facile de ramener par le calcul ces chiffres à Une évaluation commune.
Les globules présentent de plus une altération coilsistant surtout dans une augmentation de volume (déjà signalée par Bennett, 1845, parCliarcot et Robin, 1853) et quelquefois dans leur configuration. {Voy. l'article Leucocytes oii ces variations sont décrites par M. Robin.) On a noté aussi leur passage à l'état gras par l'infiltration de granulations, à bords réfringents, ne se dissolvafit pds dans l'acide acétique. {Voy. Observations de Charcot et Vulpian, Gaz. hehdom. 1860, p. 756.)
Les globulins ou noyaux libres prennent souvent un développement considc-
LEUCOCYTHÉMIE (akatomie pathologique^. 291
rable et constituent une des variétés de la leucocythémic. Ce sont bien ceux que Virchow décrit en parlant de a globules blancs beaucoup plus petits ouïes noyaux simples sont en comparaison volumineux, généralement à contours nets, foncés et un peu granuleux, dont la membrane est si rapprochée du noyau qu'on peut à peine distinguer un espace intermédiaire. » {Patliol. celL, trad. Picard, p. i42.) Il les fait provenir particulièrement des glandes lymphatiques, et les rattache à une forme clinique de la maladie, la leukémie lymphatique, où le sang serait moins riche en cellules développées, mais oiî l'on-trouve des corpuscules partie cellules, partie noyaux, qui ne diffèrent en rien des éléments trouvés dans les glandes lymphatiques. Virchow insiste beaucoup sur cette distinction dès l'année 1847 (Virchow, Archiv.,t.l, p. 567 — t. V. p. 58 — Wiirzburg's VerhanclL, t. II, p. 325, ei Gesammelte Abhandlungen, p. 197.)
L'augmentation des globulins est également notée par MM. Charcot et Robin (Soc. de biologie, 1855, p. 48) : « Ils existent en bien plus grande quantité qu'à l'état normal, on en rencontre de 10 à 25 dans le champ du microscope, tandis qu'à l'état normal, on en rencontre tout au plus 1 ou 2. Us ont d'ailleurs tous les caractères qu'ils présentent dans le sang normal. »
Nous avons nous-même observé, en 1855, avec MM. Blache et Robin {Bidletin de l'Académie de médecine, 29 janvier 1856, et Comptes rendus de la Société de biologie, 8 décembre 1855) un cas oii ce développement des globulins semble porté au maximum. Ici il n'y avait pas (( partie cellules, partie noyaux, » comme dit Virchow, il y avait prédominance énorme des globulins, tandis que les globules proprement dits n'élaient réellement pas plus nombreux qu'à l'état normal. « Les globulins étaient, aux globules blancs complets comme 80: 1. Au lieu d'être comme à l'ordinaire, obligé de chercher les globules blancs et les globulins au milieu des globules rouges, c'étaient réellement les globules rouges et les globules blancs qu'on était obligé de chercher au miheu des globulins. » Dans ce cas, comme dans les autres observations, les globulins semblaient d'ailleurs conserver leurs caractères ordinaires.
Les recherches microscopiques faites sur le sang recueilli sur le cadavre, donnent les mêmes résultats si l'autopsie est faite dans le laps de temps convenable.
C'est dans ces cas que l'on a étudié les concréiioiis Manches dont nous avons déjà décrit les caractères physiques, et qui se forment spontanément dans les derniers temps de la vie. L'examen microscopique montre que ces concrétions sont principalement composées de globules blancs, absolument comme la couche blanchâtre subjacente à la couche fibrineuse de la saignée, ou à la couche blanchâtre intermédiaire au sérum et au cruor dans le sang défibriné. Les auteurs qui ont étudié les caillots blancs de la leucocythémie, apportent à ce sujet un témoignage trop concordant pour qu'on puisse se refuser à y voir le fait général. Il y a cependant des variations assez grandes dans la composition de ces concrétions blanches pour qu'il n'y ait pas quelques réserves à faire. En effet, la consistance de ces caillots est, nous l'avons dit, des plus variables : quelquefois ce sont des caillots figurés, moulés sur les cavités du cœur ou des gros vaisseaux, offrant encore une Certaine cohésion : il est difficile d'admettre qu'il puisse en être ainsi sans que les corpuscules blancs et arrondis soient reliés entre eux par l'agent uécessaire de la coagulation, c'est-à-dire par la fibrine. C'est du reste cequeBennett indique dans sa première observation (1845). Mais ces mêmes caillots sont friables, ils laissent par la pression échapper une bouillie crémeuse ; souvent enfin il n'y a plus de caillots formés, mais seulement des masses dilïïuentes et presque liquides : c'est
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dans ces cas qu'on trouvera presque exclusivement des globules blancs; il est évi. dent pour nous que ces variations proviennent de la quantité plus ou moins grande de la fibrine dans ces concrétions blanches, et sans doute aussi d'un élément dont on ne s'est pas encore assez préoccupé, la proportion des substances graisseuses dans le sang leucocythémique. ( Voy. Bull, et mém . de la Soc.médic. des hôpitaux de Paris, 1867,2'' sér. : tome IV, p. 2.75 — Observ. de M. Bourdon, et la discussion qui s'en est suivie, p. 278-280.) Nous reviendrons tout à l'iieure sur la question de la fibrine et sur une altération particulière qu'elle nous a présentée.
Globules rouges. La plupart des auteurs se sont bornés à dire que les globules rouges étaient dans une proportion moindre que les globules blancs, mais ils n'ont pas recherchés si les premiers présentaient quelque modification particulière. MM. Cliarcot et Vulpian {Gaz. hebdomad, 18G0, p. 756) ont trouvé dans une observation les globules rouges, non-seulement diminués de nombre, mais de dimensions manifestement au-dessous des dimensions normales. « La réduction de volume de ces globules était d'autant plus manifeste que les dimensions des globules blancs étaient généralement accrues, et ce fait concorde peu avec l'hypothèse qui voudrait faire provenir les premiers des seconds. C'est encore un sujet de recherche à signaler pour l'avenir. »
0° Composition clninique du san^. Nous ne possédons pas un nombre assez grand d'analyses chimiques du sang leucocythémique, et c'est là une lacune regrettajjle : on se contente, le plus ordinairement, de constater au microscope l'augmentation proportionnelle des globules blancs, et l'on ne se préoccupe pas assez des antres éléments. Nous allons montrer qu'il y aurait à cet égard encore bien des desiderata à satisfaire.
Les résultats de neuf analyses complètes, d'après J. Vogel, Parkes, Rot)ertson, Drummond, ont été résumés parBennett dans le tableau suivant {Monthly journ. ofmed. sciences, 1851, t. XII et t. XIII) :