MAL DE CHAVANNK-LURE
sidérable. Celte seconde période a duré plusieurs mois et même une année. Chez les deux tiers des individus qui en ont été atteints, la maladie me paraît s'être guérie spontanément ; les autres en conservent encore plusieurs symptômes. Jusqu'à présent elle n'a été funeste à personne. Le nommé Pierre-François Goudey, âgé de 28 ans, est le premier qui en ait été atteint, il y a environ vingt-huit mois. D'abord faiblesse générale et répugnance pour le travail ; ensuite douleurs dans les membres qui ont duré environ deux mois ; puis engorgements inflammatoires et apbtheux aux lèvres et à Lintérieur de la bouche pendant neuf mois ; en même temps inflammations à l'arrière-gorge et extinction de voix pendant trois mois. Une affection inflammatoire s'est aussi montrée au scrotum, ce que le malade attribuait au frottement d'un caleçon de grosse toile neuve ; il n'en reste point de vestiges, non plus que des autres symptômes de la maladie. Goudey a communiqué cette affection à ses trois enfants en bas âge ; tous trois ont eu les lèvres enflées et aphtheuses; un seul a éprouvé les symptômes inflammatoires de la gorge et l'enrouement.
(( Sa femme avec laquelle il cohabite est le seul individu de sa famille qui n'ait point été infectée par lui, ce qui semble indiquer que l'union des sexes est un moyen peu propre à communiquer le mal, quoiqu'il soit envisagé comme une modification particulière de la syphilis,
(( Cet uidividu , arrêté et retenu pendant trois jours dans un corps de garde autrichien, à Montbéliard, lors de la seconde invasion, prétend y avoir contracté sa maladie en buvant dans le même verre et immédiatement après un soldat de cette nation qui, dit-il, avait la même maladie aux lèvres. C'est quelque temps après que, rentré chez lui, Goudey a éprouvé les premiers symptômes. Elisabeth Goudey, âgée de 14 ans, assure l'avoir reçu des enfants du précédent, sou parent, et cela en mangeant avec eux ; elle a éprouvé les douleurs dans les membres, a eu les lèvres enflées, l'inflammation de la gorge et l'extinction de voix. Son frère, Claude-François Goudey, âgé d'environ 15 ans, a contracté la maladie quelque temps après sa sœur, et il a éprouvé les mêmes symptômes; de plus, une Oj hflialmie qui a duré plusieurs mois ; les paupières sont encore légèrement injectées et les yeux larmoyants. La femme de Jean-Baptiste Goudey, par la fréquentation que celle-ci avait dans la maison, elle y allait souvent manger. La maladie s'est manifestée chez elle par des douleurs dans les membres ; ces douleurs ont commencé par les membres abdominaux, se sont portées ensuite et successivement aux épaules, aux coudes et aux poignets et ont duré environ ciui) mois. Elle a eu une éruption pustuleuse générale, quoique plus particulièrement fixée à la tête, dont les macules existent encore, et forment des taches d'un rouge livide. Elle n'a point eu les lèvres enflées, mais des aphthes sur la langue, avec inflammation de la gorge, encore existante, ainsi que l'enrouement. Son maria pris la maladie six mois après elle; il n'a éprouvé les douleurs aux membres que pendant quinze jours ; il a la gorge fortement enflammée avec une extinction de voix telle, qu'à peine l'entend-on parler.
« Les habitants de Chavanne sont persuadés que cette maladie s'est particulièrement propagée par l'intermédiaire des ustensiles qui leur servent à prendre leur nourriture ; cela est d'autant plus probable, qu'on sait que les habitants des campagnes s'en servent les uns après les autres et sans la moindre précaution de propreté .
« Les observations ci-dessus paraissent appuyer fortement cette opinion Depuis h mois de mai 1828, j'ai donné des soins aux individus auvqueL^ il restait
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des symptômes (le la maladie ; je leur ai conseillé quelques bains, l'usage des toniques et des préparations mercurielles, particulièrement la liqueur de van Swieten. J'ai eu la satisfaction d'apprendre que le traitement avait réussi et que la maladie avait entièrement disparu de Chavanne sans se propager dans les com. munes voisines {Journal complémentaire du Dict. des Se. méd., t. Y, p. 514). ))
Ce qui distingue en effet les endémo-épidcmies de syphilis dont il vient d'être :juestion, c'est qu'elles n'ont eu, pour la plupart, qu'une durée limitée et qu'elles ne se sont pas établies en permanence dans les localités où elles s'étaient déclarées.
En cela elles ressemblent aux endemo-épidémies plus récentes qu'on a vu éclater dans certains villages lorsque, par exemple, la sypliilis, apportée par un nouveau-né, s'est transmise d'abord à la nourrice, puis aux personnes du voisinage, et dont j'ai rapporté plusieurs remarquables exemples {Etudes cliniques sur le chancre produit par la contagion de la syphilis secondaire, et spécialement sur le chancre du mamelon et de la bouche. In Archives générales de Médecine, 1859). Depuis cette époque les faits de ce genre, plus attentivemeat observés, ont paru se multiplier. Plusieurs cas analogues ont été relatés par M. A. Ricordi sous les noms d'épidémies de.MarcalIo, de Uboldo et de Cazorezzo {Sylphide da AUatamento, Milan 1865). Elles ressemblent aussi, sous ce rapport, aux endémo-épidémies de syphilis vaccinale observées dans ces dernières années et sur lesquelles nous aurons à revenir (endémo-épidémies de Rivalta, de Lupara, de Bergame, de Vannes, etc.).
Néanmoins, d'autres circonstances peuvent se présenter. Dans certaines localités, on a pu voir la syphilis se propager avec une grande activité, s'infdtrer pour ainsi dire au sein de la population tout entière et former des endémo-épidémies non plus éphémères, mais permanentes, constatées à plusieurs reprises et à de longs intervalles par divers observateurs, 11 en a été ainsi, notamment, pour l'endémo-épidémie suivante {Voy, Mal de Fiume ou de Scherlievo).