ES DEHORS DES FABRIQUES
garçons.
ûJles.
garçons.
mies.
garçons.
ûlles.
7il.
Il faut observer que les sujets dont il est ici question ont été pris sans choix dans de grandes et dans de petites fabriques ; on remarquera aussi, comme résultat assez curieux, qu'à partir de l'âge de treize ans l'accroissement en poids dans les fabriques de laine est beaucoup plus considérable pour les filles que pour les garçons; du reste, elles l'emportent non-seulement sur les jeunes filles employées dans les filatures de coton, mais encore sur celles qui sont en dehors de ces étabhssements.
Bredow a complété ces recherches par des études analogues, entreprises dans quelques manufactures de coton de Russie. Relativement à la taille, il a reconnu : i" que les garçons et les filles de onze à quinze ans ne présentent aucune différence avec les autres enfants du môme âge ; 2° que, de quinze à seize ans, chez les garçons des fabriques, il se montre un temps d'arrêt dans l'accroissement qui est alors d'un demi-pouce en moins de la taille ordinaire à celte époque, et qui, jusqu'à la fin de la période de croissance, peut ofirir une différence de 1 pouce 1/2 à 2 pouces 1/2 au-dessous de la moyenne correspondante chez les autres sujets; 3° que chez les filles l'accroissement a suivi sa marche normale. Sur des centaines d'ouvriers, l'auteur en a à peine trouvé quelques-uns dépassant d'une manière notable la stature ordinaire moyenne, tandis que dans les deu.x. sexes il y avait un grand nombre de sujets de très-petite taille. Le poids ne lui a pas offert de différences Lien accusées, comparé à celui d'individus appartenant à d'au 1res professions; cependant il était au-dessous de celui qui a été donné comme poids moyen aux âges correspondants par divers auteurs anglais, allemands ou belges. Des expériences tentées par Bredow lui ont appris que la force musculaire des bras est moindre chez les ouvriers cotonniers que chez ceu.t des autres professions de même âge et de mime sexe.
Comme preuve de la détérioration de la constitution, on a noté la fréquence de la scrofule chez des enfants des manufactures; les cotonniers, sans que l'on puisse donner de statistique rigoureuse, sont surtout signalés comme fournissant un beaucoup plus grand nombre de sujets atteints de cette diathèse que les ouvriers employés au lainage ; telle est, du moins, l'impression générale des observateurs. Les conditions intrinsèques et extrinsèques dans lesquelles se trouvent les ouvriers cotonniers, et que nous avons tant de fois rappelées, expliquent très-bien cette fréquence. M. Bredow a signalé à cet égard quelques parliculaiiLés qu'il est bon de rappeler. 11 a remarque à la manufacture d'Alexandrousk que les jeunes ouvriers tirés des m lisons d'enfants trouvés, et qui, demeurant dans l'établissement, sortent très-peu, sont atteints en bien plus forte proportion que les enfants venus du dehors, et que, parmi ces derniers, les affections strumeuscs
MA>iUFÂCTURES. 655
sont d'autant plus rares qu'ils demeurent plus loin dans la campagne. Beaucoup de garçons et de filles, qui avaient vécu jusqu'à l'âge de douze ou treize ans hors de l'établissement, commençaient à en présenter des symptômes aussitôt qu'ils avaient été admis dans les filatures, leurs frères ou sœurs, employés à d'autres travaux, demeurant parfaitement sains.
B. Effets des causes pathogéniques sur les divers systèmes de l économie. 1° Sur le système digestif. Ou a généralement reconnu le mauvais état des voies digestives chez les ouvriei s des manufactures. Ici les causes sont complexes, et il ne convient pas d'accuser seulement une alimentation grossière et insuffisante, car beaucoup de paysans, qui ne se nourrissent pas mieux, mais qui vivent et travaillent au grand air, se présentent sous des apparences de santé bien supérieures. Il faut faire entrer en ligne de compte le peu de temps accordé pour les repas, surtout aux enfants ; la nécessité où ils sont souvent d'aller les prondre chez eux: en courant et de revenir de même se mettre immédiatement au travail ; l'attitude inclinée en avant qu'exigent différentes occupations ; enfin le séjour dans des ateliers fermés, au sein d'une température élevée qui provoque la sueur et pousse beaucoup d'ouvriers à boire de grandes quantités d'eau. Les désordres des voies gastro-intestinales se traduisent par des digestions laborieuses et par conséquent peu réparatrices, diverses formes de dyspepsie, quelquefois le vomissement, le matin, de matières amères. La station assise, le corps penché, détermine des stases sanguines dans les grands viscères de l'abdomen, dans le foie en particuher; ces engorgements jouent nécessairement un rôle très-marqué dans les troubles digestifs qu: nous signalons; ajoutons-y les écarts de régime, les excès du dimanche, et nous aurons l'ensemble des circonstances étiologiques que l'on peut accuser.
!2° Effets sur le système respiratoire. Deux ordres de causes peuvent être invoqués pour expliquer la fréquence des maladies de rap[ areil respiratoire chez les ouvriers des manufactures selon qu'elles sont aiguës ou chroniques. Les premières : bronchites, pneumonies, etc., résultent surtout des brusques alternatives de température auxquelles ils sont exposés en passant de salles fortement chauffées, où ils se tiennent à peine vêtus, soit à l'air hbre, soit dans d'autres pièces non chauffées, sans prendre la précaution de se couvrir.
Les affections de forme chronique sont beaucoup plus graves et méritent de nous arrêter quelques instants. Elles ont pour point de départ inconte;tablo les poussières, les corps étrangers, les duvets de chanvre ou de coton, voltigeant dans l'atmosphère de divers atehers, ainsi que nous Lavons dit plus haut. T. Thackrah s'est hvré à de curieuses recherches S'ir l'état des voies respiratoires chez les ouvriers d'une fabrique de lin; il a examiné, à l'aide d'un appareil gradué, la puissance respiratoire d'un certain nombre d'entre eux. Sur vingt-trois travailleurs pris sans choix, à la sortie de l'atelier, il a obtenu les résultats suivants : la quantité d'air exhalée avec effort était égale à 175 pouces cubes chez des garçons de l'âge moyen de 18 ans, et de 98 pouces cubes sur des femmes de l'âge moyen de dix-neuf ans. Chez treize peigneurs de chanvre de vingt-cinq à quarante-cinq ans, la moyenne lut de 191 pouces cubes, la moyenne normale étant chez l'adulte sain de 220 à 260 pouces cubes. Chez des sujets déjà malades, la puissance respiratoire descendait à 120, 80 et même 80 pouces cubes.
Les phénomènes pathologiques qui résultent de l'action de ces pous ières constituent h phthisie des fileurs {spinners phthisis) de Key (de .Manchester), ou la vneumonie cotonneuse de van Coetsem (de Garni). Comme nous l'avons vu pour
îes aiguiseurs, il ne s'agit pas ici de la phthisie tuberculeuse ordinaire, tout en reconnaissant que chez les sujets prédisposés à la tuberculose le développement et la marche consomptive de cette maladie sont singulièrement hâtés et activés par les influences qui nous occupent. Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, les poussières, les corps étrangers divers, se montrent surtout en grande abondance dans les ateliers de teillage du lin, de battage et de cardage du colon et des frisons de soie. Thackrah a beaucoup insisté sur l'état des voies respiratoires chez les ouvriers des fabriques de Un. L'examen très-minutieux qu'il a fait avec le stéthoscope de beaucoup d'ouvriers, les uns occupés depuis longtemps, les autres depuis peu, dans ces fabriques, lui a fait reconnaître, chez tous, des signes de lésion pulmonaire plus ou moins graves. Une chose digne de remarque, c'est que les jeunes sujets résistent assez longtemps à cette influence délétère : « 11 semblerait, dit l'auteur anglais, que chez eux le principe conservateur, si développé dans les premières périodes de la vie, leur permet de réagir contre une cause aussi profondément perturbatrice. »
L'affection décrite par Key et van Coetsem est caractérisée d'abord par qael- <jues symptômes vers la partie supérieure du système respiratoire : de l'enchifrènement, de la sécheresse à la gorge, du chatouillement au larynx, avec altération plus ou moins marquée de la voix; toux saccadée, avec crachats blancs, visqueux, dans lesquels la loupe fait reconnaître des débris des substances végétales mises en œuvre. Puis, au bout d'un certain temps, apparaissent des désordres du côté du poumon; la dyspepsie est ordinairement très-intense, le bruit respiratoire nul dans les lobes supérieurs; la marche de cette affection est lente, et la suppuration ne vient que progressivement. A l'autopsie, on trouve des traces de pleurésie, fausses membranes plus ou moins épaisses, épanchements ; le tissu pulmonaire dans les parties malades est détruit, transformé en une bouillie blanchâtre, ou bien changé en un tissu dur, lardacé. L'envahissement plus facile des lobes supérieurs parles particules pulvérulentes, les duvets, etc., explique la présence à peu près constante des altérations dans cette partie du poumon, de même que leur étendue, leur gravité plus considérable dans le lobe supérieur gauche, s'explique par la disposition de la bronche gauche qui se sépare de la trachée sous un angle plus aigu et qui est plus courte et plus large que la bronche droite.
On a beaucoup parlé de la phthisie qui dévore les dévideuses, tisseurs et tisseuses de soie de Lyon; mais, comme ces ouvriers travaillent, pour la grande majorité, dans de petits atehers particuliers, nous renvoyons au mot Tisserands ce que nous avons à dire à cet égard.
11 eût été bien intéressant de connaître le rapport exact de la mortalité par maladies du poumon au chiffre total des ouvriers dans chaque industrie, d'après le genre de travail ; mais, outre les difficultés de toute nature qui s'opposent à la réalisation d'une semblable statistique, il faut encore noter que beaucoup d'ouvriers des manufactures, commençant à se sentir malades, quittent ce genre de travail. S'il en est temps encore, ils peuvent guérir ; dans le cas contraire, ils languissent plus ou moins longtemps et succombent; alors le bulletin de décès, quand il y en a, mentionne seulement la profession nouvelle qu'ils avaient embrassée.
3" Effets sur le système des sens. a. Système cutané. Le contact de substances irritantes avec la peau, l'excessive malpropreté que nous avons signalée, peuvent, on le comprend, déterminer sur la peau des éruptions diverses, surtout ^hez les sujets prédisposés. M. Pétel a constaté, chez les laveurs de laine, une éruption prurigineuse aux bras, mais surtout aux jambes lorsqu'ils travaillent
dans l'eau jusqu'aux genoux. Cette ériiptiou consiste en petites élevures coniques, rouges, fortement enflammées et excitant de vives démangeaisons. Cette éruption guérit d'elle-même par le fait seul de l'interruption du travail ; l'action de l'eau, qui ramollit l'épiderme, et la dessiccation trop prompte à un soleil ardent, amènent parfois des gerçures profondes et douloureuses. Les poussières provenant du battage et du cardage du lin, du colon, de la laine et de la soie, déterminent à la peau une irritation qui se traduit par des furoncles et des efflorescences érytbémateuses diverses. M. Picard croit pouvoir attribuer à l'emploi d'huiles rances, dans les filatures, les éruptions pustuleuses diverses qu'il a rencontrées aux pieds et aux mains. On a beaucoup parlé des dangers de la pustule mabgne ou du charbon chez les ouvriers qui travaillent la laine, mais cette accusation n'est pas justifiée par les faits, ou, du moins, ces faits sont en réalité très-rares.
On a signalé diflérentes modifications des mains dans certaines branches des occupations industrielles ; ainsi les batteurs à la main, dans les manufactures de laine et de coton, présentent à la région palmaire les mêmes callosités qui se montrent chez les manouvriers ayant l'habitude de serrer dans la main le manche d'un outil. Les fileurs ont un calus très-épais à la face palmaire des articulations métacarpo-phalangiennes, notamment à l'iudicateur et à l'annulaire, moins prononcé à la face dorsale. A droite, la face palmaire de la main et des doigts est considérablement épaissie. Les ouvriers sontobhgésde temps en temps de couper ces stratifications épidermiques qui donnent lieu parfois à des gerçures très-douloureuses. Il y a, en outre, chez eux un épaississement de l'épiderme du talon, de la première articulation tarso-métatarsicnne et de la rotule du genou (Picard). Les fileuses au rouet présentent l'extrémité des doigts indicateurs et des pouces des deux mains allongée, effilée, fusiforme, avec amincissement de l'épiderme (Vernois). Les ouvriers employés au peignage des laines ont à la main gauche des durdlons, souvent d'une épaisseur considérable, situés à la partie externe du doigt indicateur, et qui résultent de la pression énergique qu'ils exercent sur la laine saisie entre ce doigt et le pouce (Tardieuj. Chez les foulons occupés à dégraisser les draps, la peau de la main est ramollie par le contact de l'acide sulfurique dilué qui imprègne les étoffes. L'épiderme est blanchi, ridé, et soulevé par places, surtout aux faces correspondantes des pouces et de l'index, entre lesquelles on tient les pièces de drap pour les tendre en les déroulant (Tardieu) .
b. Système visuel. Les poussières, les émanations irritantes, qui se produisent surtout dans les opérations préliminaires, ont pour effet d'exciter vivement la muqueuse oculaire ; de là, des ophthalmies chroniques affectant particulièrement le bord libre des paupières. Ces accidents sont fréquents, on le comprend, dans les ateliers de battage et de cardage. On a remarqué que les énoueuses et épinceuses, chargées d'extraire avec des pinces les nœuds des fils rattachés pendant le tissage, et cela sur des étoffes d'une couleur foncée ou vive, sont sujettes à une fatigue très-notable de la vue.
c.d. Systèmes du goût et de Vodorat. Ces deux systèmes n'ont que faib.ement à souffrir des travaux dont nous parlons ; tout au plus pourrait-on signaler un certain degré d'affaibUssement par la présence des poussières et des émanations diverses qui rempUssent la bouche et les fosses nasales.
e. Il n'en est pas tout à fait de même pour Vouîe. On a noté que le bruit assourdissant des machines et des métiers amenait souvent un peu d'obtusion du sens de l'ouïe et des paracousies diverses.
4° Effets sur le système locomoteur. Des attitudes vicieuses longtemps soute-
nues, certains mouvements partiels incessamment répétés, des pressions continues sur diverses parties du corps pour accomplir certaines manœuvres, ont des résultats qui se manifestent par des altérations diverses de l'appareil locomoteur.
Les batteuses à la main travaillant souvent à genoux sont exposées aux épancliements et aux inflammations de la bourse séreuse prérotulienne. Dans les filatures qui ne sont pas pourvues de macliines marchant seules {self acting), il faut pousser l'appareil avec le genou ; delà également des hygromas quelquefois accompagnés d'arthrites, d'abcès circouvoisins. « En raison de mouvements fréquents de la cuisse et de la jambe droite, les fdeurs sont sujets à des douleurs musculaires et nerveuses, notamment des nerfs sciatique et crural et des muscles gastro-cnémieus; ces dernières souvent fort tenaces ; nous citerons encore des douleurs dans l'articulation du genou, et des arthrites commençantes. Que le fileur consulte le médecin dès les premiers symptômes du mal, car il peut en résulter des tumeurs blanches d'une durée indéterminée, quand la constitution du corps s y prête (Picard), n Ces derniers mots que nous soulignons, s'appliquent à la constitution scrofuleuse, si commune dans les manufactures de coton, et qui peut venir compliquer des accidents ailleurs sans gravité.
Lorsque, dans les filatures, les roues des dévidoirs et autres étaient tournées par des enfants, l'inclinaison continuelle du corps en avant, les mouvements exagérées des bras, les jambes demeurant immobiles, amenaient souvent des incurvations de la colonne vertébrale et des membres ; les bras étaient excessivement développés tandis que les jambes s'atrophiaiewt et devenaient cagneuses. L'attitude incbnée du côté droit qu'aflectent les dévideubcs de soie pendant tout le tirage a pour effet, surtout quand elles couimencent jeunes, de donner lieu à des obliquités du bassin (Gubian) et à des difformités de la taille (Melchiori).
L'introduction des machines a fait en grande [lartie disparaître ces causes de déviation qui ne se montrent plus guère que dans les petites fabriques. Il ne reste plus que la station debout qui, là, comme dans tant d'autres professions diverses, se présente avec ses conséquences ordinaires, les engorgements malléolaires, les varices, les ulcères variqueux.
5° Effets sur le système génital. Ces effets ne sont réellement apparents que chez la femme. On avait dit, a priori^ que les jeunes filles employées dans les manufactures étaient soumises à une menstruation précoce qui contribuait à les affaiblir. M. Noble, en Angleterre, a reconnu d'après ses propres recberches et une enquête minutieuse que cette accusation est sans fondement. :Suivant M. Bredow qui a étudié cette question au même point de vue, l'évolution sexuelle et le penchaut vénérien ne se montrent pas plus tôt ici que dans les autres conditions; il a même pu constater, au contraire, que le flux cataménial semblait souvent retardé; rarement, dit-il, on le voit se montreravant 15 ou 16 ans (l'auteur observait en Russie). Un point sur lequel on est généralement d'accord, c'est la fréquence de l'aménorrhée, de la dysménorrhée et des llueurs blanches chez les ouvrières des fabriques; on l'expHque par le séjour habituel dans un air confiné, par une alimentation d'ordinaire insuffisante ou défectueuse, par la station assise, ou les altitudes vicieuses qui favorisent la stase sanguine dans les organes ^u petit bassin. Relativement à la fécondité, Bredow l'a étudiée sur trois cents familles environ. En général, dit-d, les ouvriers se marient jeunes et choisissent leurs compagnes, soit parmi les filles des ouvriers libres, soit, et le plus souvent, parmi les jeunes filles élevées dans la manufacture (ce sont des enfants trouvées), La plupart de ces unions sont fécondes, mais peu vont jusqu'à sept ou huit ea«
fants, le plus grand nombre est de trois à cinq, chiffre moyen quatre. De son côté, M. Melchiori a fait remarquer que l'atUtude des dévidenses inclinées à droite du côté de la bassine à de très-fàcheuses conséquences chez les femmes enceintes. Il a observé chez elles des hypérémies passives de l'utérus, se traduisant par une m enstruation, trop abondante ou trop rapprochée (deux ou trois fois par mois) par des métrorrhagies, des avortements à toutes les époques de la grossesse, ou des accouchements prématurés. Celles qui retournent trop tôt à la bassine, après l'accouchement, sont atteintes de congestions utérines très-pénibles, les lochies se transforment quelquefois en perte véritables; il survient même des métriles chroniques. Si la femme nourrit, son lait ne tarde pas à se tarir, etc. La station debout pendant toute la journée produit des effets analogues particulièrement chez les femmes enceintes.
Considérant actuellement la question pathologique dans son ensemble, nous aurons à examiner les deux questions suivantes :
La morbilité. Nous l'avons vu, et par le nombre et par l'importance des causes pathogcniques, les ouvriei's des manufactures sont exposés à plusieurs maladies plus ou moins graves ; mais c'est surtout leur constitution qui paraît atteinte, et dont l'affaiblissement diminue la résistance de l'économie contre les inlluences morbides. Malheureusement nous manquons de statistiques générales pour formuler en chiffres la degré de fréquence de chaque maladie en particuher suivant les dilfàeuts genres d'occupation ; à peine, çà et là quelques petits relevés numériques pour une localité ou une fabrique particulière, mais au total, rien qui nous permette de tirer une conséquence sérieuse sur la morbilité réelle des manufactures considérées dans leur ensemble et daiis leurs différences suivant le genre de fabrication. Nous devons cependant faire connaître quelques-uns des résultats partiels obtenus.
M. Toulmonde a fait paraître en 1849 dans l'Union médicale un travail intéressant sur les maladies observées pendant six années (1845-1849) parmi les sociétaires de la manufacture de draps de MM. Bacot à Sedan. Les ouvriers ayant fait partie de cette association étaient au nombre de 1775, dont 929 hommes audessus de 20 ans, 2 U jeunes garçons au-dessous de 20 ans, et 605 femmes, le nombre des malades soignés, se divise comme il suit :
Hommes au-dessus de 20 ans. ..... 563 ou 39,29 •/,
Hommes au-dessous de 20 ans 70 ou 29 •/,
Femmes 247 ou 40 ■>/.
Total 682 ou 56 •/•
ainsi les hommes au-dessus de 20 ans et les femmes sont au-dessus de la moyenne.
Relativement au degré de fréquence des maladies suivant le genre de travail, on voit que les professions qui ont fourni le plus de malades sont : parmi les hommes , les fileurs, 42, 91 pour 100 ; parmi les femmes , les pluseuses et bobineuses, 40, 47 pour 100 ; et les professions qui ont donné le moins ; les tondeurs etbrosseurs, pour les hommes, 51,60 ; et pour les femmes les napeuses et rentrayeuses 50,97. Ce faible degré de morbilité pour les tondeurs, s'explique par l'intervention des machines qui ont ôté à ce genre de travail toute sa gravité. Les maladies les plus communes ont été, les fileurs, les affections gastro-intestinales, 15,0Gp. 100, et les rhumatismes 10,28 pour 100. Les affections des voies digestivcs ont sévi d'une manière toute spéciale chez les chauffeurs et les mécaniciens 1 7, pour 100 (î;oy.CiiAUFFEur.s).Qiiandau\aulresmaladies,phlegmasies diverses, etc.,
elles se répartissent à peu près également entre les différentes catégories. Nous signalerons lararetédelaphthisie, 0,45 pour 100 ; mais n'oublions pas qu'il s'agit ici d'une manufacture de laine, et que nous avons constaté la supériorité des conditions sanitaires dans ce genre d'industrie.
Un fait de statistique assez curieux, signalé, dès 1818, par Jackson, nous montre, qu'en Angleterre, dans une société d'ouvriers cotonniers organisés pour donner des secours en cas de maladie, chaque membre a reçu en moyenne H sh., 6 d.; tandis que dans une société formée d'autres artisans, la dépense moyenne pour ceux-ci a été seulement 4 sh. Villermé a donné un résultat analogue tiré du même pays. Ramenant, parle calcul, à une seule année, les observations faites, en Ecosse, sur deux associations de secours mutuels l'une de tisserands, l'autre d'ouvriers bijoutiers, on trouve que la première, comprenant 1,115 membres, a compte 25, 800 journées de maladie, et la seconde, formée de 2,747 individu, n'a eu que 17, 775 journées; c'est-à-dire que les maladies des tisserands, sous le rapport de la fréquence et delà durée, ont été à celle des bijoutiers, à peu près dans le rapport de 3 à 1 .
Au total, considérant ce que nous avons fait ressortir plus haut, dans notre examen de la pathologie des manuiactures, on peut dire que, sous le rapport de la fréquence et de la gravité, les maladies sont eu rapport avec la misère, les excès de travail, l'exposition à certaines influences (poussières, température), et enfin l'intempérance.
Mortalité. On n'a pas non plus de renseignements généraux à cet égard; on ne peut utihser que des résultats, importants d'ailleurs, recueillis dans de grandes circonscriptions, et englobant des populations manufacturières dont on compare la mortalité à celle de grandes circonscriptions exclusivement agricoles, mais tontes deux comprenant d'ailleurs d'autres éléments. Ainsi, dans les localités à fabriques, les ouvriers sont mêlés avec des individus de toutes classes, de toutes professions; de même pour les cultivateurs dans les localités agricoles, et cependant les résultats généraux accusent des différences assez notables pour qu'un statisticien exact et judicieux comme Villermé ait cru pouvoir en faire usage.
Chiffres en main, contrairement à M. Ure, il a victorieusement démontré qu'en, Angleterre, dans l'état actuel des choses, c'est dans les districts où l'industrie des tissus a pris une immense extension, mais surtout dans les villes qui lui servent de centre que la mort exerce ses plus grands ravages, que les générations s'éteignent et se renouvellent avec le plus de rapidité, tandis que c'est dans les districts où prédomine le travail de la terre que la vie est le plus longue. Ainsi, tandis que dans le district d'Hereford et de York-North, exclusivement agricoles, la mort sur 100 naissances fait 30 victimes avant l'âge de 10 ans, et 50 avant celui de 40, elle en frappe 44 à 48 avant la première époque, et 6i à 69 avant la seconde dans l'York-West et le Lancaster, les deux districts les plus manufacturiers de toute l'Angleterre ; la durée probable de la vie au moment de la naissance serait de 59 et même de 45 ans dans les premiers, et seulement de 19 et 12 1/2 dans les seconds. Quant à la ville de Leeds si remplie de fabriques, la vie y est plus courte que dans tout le reste du Royaume-Uni.
Pour la période de 18 ans (1815-52) d'après laquelle Villermé a établi ses calculs, on a, pour 10,000 décès: