LIVERPOOL
BETIINAL- GRËMN.
r.UTLAND- SIICP.E.
Gentlemen et professions libérales
Marcliands et leurs familles
Fermiers, herbagers
Artisans, journaliers, gens de service, etc. . Joarnaliers, cultivateurs
Ainsi, à Liverpool et dans le quartier de Belhnal-Green, les conditions pour la classe pauvre seraient encore plus mauvaises qu'à Manchester, mais, de l'aveu même de M. Chadwick, l'état hygiénique à Liverpool est des plus détestables, et cette fâcheuse influence se fait même sentir sur la classe aisée dont la mortalité est plus rapide que celle des journaliers du Rutlandshire. Au. total, la question revient toujours à celle que nous avons déjà résolue, savoir : que ce sont bien plutôt les conditions spéciales dans lesquelles le travail des manufactures place les ouvriers, que ce travail lui-même qu'il faut accuser. Une grande fabrique établie en pleine campagne, dans une contrée salubre, possédant de vastes salles bien ventilées, offrant à ses ouvriers des habitations saines, un régime alimentaire réparateur, avec travail modéré, présenterait certainement un état sanitaire et une durée de la vie fort différents dé ce qui existe en réalité. M. Chadwick rapporte, à cette occasion, qu'en Autriche, aux environs de Vienne, il existe des fabriques de coton datant du commencement du siècle et construites .sur le modèle de celles de l'Angleterre, où l'on tra\aille jusqu'à quinze heures par jour, mais dont les ouvriers occupent des habitations salubres et confortables, construites
par les cliefs de ces établissements. Eh bien, les effets en sont manifestes : tandis que la mortalité de la population générale est de i sur 27, elle n'est que de 1 sur 51, parmi la j opulation manufacturière dont il s'agit. Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ce point.
Mouvement de la population ouvrière. C'est encore aux laborieuses recherches de Villermé que nous emprunterons les détails qui vont suivre.
On a peu de données certaines sur le nombre des enfants vivants par ménage d'ouvi-ier, on l'évalue de o à 5, mais il faut ici tenir compte de plusieurs particularités ; ainsi le nombre des naissances illégitimes, toujours assez considérable dans les conditions dont il s'agit, vient grossir d'une manière variable, suivant les localités, le chiffre des naissances légitimes. Il faut encore faire observer qu'en raison de la grande mortalité qui pèse sur les enfants des pauvres, ils n'en sauraient conserver autant que les gens aisés sans en procréer davantage. Cette mortalité des enfants de la classe pauvre est surtout marquée dans les premières aimées de la vie; vers l'âge de dix ans la différence est moins grande, bien qu'il y en ait toujours une.
Les ouvriers des fabriques passent pour se marier de très-bonne heure. Villermé qui a dépouillé les registres de l'état civil pour les villes manufacturières d'Amiens, de Mulhouse , de Sainte-Marie-aux-Mines, de Tarare, de Lodève, etc., a reconnu que l'âge moyen auquel ont lieu les premiers mariages est de 26 à 50 ans, pour les hommes, de 24 ;i 27 ans, pour les femniey. Ainsi les mariages précoces sont bien plus rares qu'on ne l'avait avancé ; beaucoup, il est vrai, vivaient en concubinage avant de légitimer leur union.
Dans cette intéressante étude, Villermé a constaté que les mariages précoces des ouvriers ont lieu surtout dans le midi de la France et parmi ceux qui observent plus scrnpuleusement les lois de la morale ; que la presque lotalilc des unions en premières noces se concentre, pour les deux sexes, sur une période de dix à douze années de la vie, au milieu de laquelle répond à peu près l'âge moyen de ces unions ; que les deux ou trois années de la vie oii l'on se marie le plus souvent sont placées à la lin de la première moitié de cette période ; que c'est aussi dans cette même moitié, et près de l'âge moyen des mariages, que se trouve ce qu'on pourrait appeler leur âge probable, c'est-à-dire l'âge au-dessus et audessous duquel on en compte un nombre égal ; que la prospérité industrielle fait multiplier les mariages des ouvriers ; que les crises en diminuent le nombre ordinaire; enfin, qu'en général, les ouvriers indigents ont plus d'enfants dlégitimes et craignent moins que les autres de les reconnaître.
De ses observations Villermé conclut, sans pouvoir le démontrer par des chiffres, que la mortalité des ouvriers des manufactures est plus rapide que dans les classes plus aisées, leurs mariages plus précoces, et, relativement à leur population, les naissances plus nombreuses et cependant, de la mortalité plus grande d ne faudrait pas induire que l'industrie diminue la population ou bien ralentit son accroissement , c'est le contraire qui a lieu. On doit d'abord tenir compte de ce fait que beaucoup d'ouvriers agricoles quittent les champs pour l'ateher, tandis que la réciproque ne s'observe pas ; mais c'est surtout à l'excédent des naissances sur les décès que cette augmentation doit être attribuée, L. Millot, ayant examiné l'accroissement de la population française dans ses rapports avec l'industrie et l'agriculture pour la période 4801-56, a reconnu par la statistique que l'accroissement de la population étant en France de 226- sur 1000, 38 départements, dont 30 industriels, sont au-dessus de la moyenne et qu'il n'y a que 3 départe-
inents industriels au-dessous. En Alsace, une autre circonstance vient encore contribuer à cette augmentation , l'éniipration des Suisses et des Allemands, i{ui vitnnent chez nous chercher du travail.
La même chose existe en Angleterre; l'accroissement général étant 571 sur 1000, on trouve : 596 dans les 19 comtés agricoles; 584 dans les 13 comté? mixtes, et 741 dans les 10 comtés les plus maimfacluriers; l'accroissement de la population et le développement de l'industrie manufacturière marchent en raison directe l'un de l'autre. Cela se voit surtout pour certaines villes dans lesquelles en moins de 50 ans la population a plus que doublé, à mesure que l'industrie s'y est davantage développée. «Dans l'état actuel des choses, en France et en Angleterre, c'est dans les grands centres de fabrication de tissus et surtout des tissus de coton et de laine, que la population s'accroît le plus vite, que la mortalité générale est la plus forte, et que les enfants deviennent le moins souvent des hommes faits; tandis que, d'une autre part, c'est dans les districts agricoles que la population augmente le plus lentement et que la vie est le plus longue (Villermé, t. II, p. 292). «
IV. Prophylaxie. i° Des co7uUiions extrinsèques. Nous avons examiné en détail le genre de vie de l'ouvrier, nous avons signalé les mauvaises conditions dans lesquelles il se place lui-même, trop souvent, en dehors de la fabrique. Quels sont les moyens d'améliorer ces conditions ou d'en neutraliser les fâcheux effets, c'est ce que nous allons examiner.
Parmi les causes de démoralisation et de maladie, il n'en est peut-être pas de plus puissante qixe Vhabitation, que le séjour dans ces bouges immondes dont nous avons tracé le tableau. L'homme placé dans un pareil milieu y perd le sentiment de sa dignité ; il se sent, en quelque sorte, ravalé au-dessous des animaux mieux logés qu'il ne l'est lui-même, aussi cherche-t-il constamment à s'y soustraire et va-t-ii chercher dans les cabarets des distractions qu'un intérieur moins triste aurait pu lui donner. Un médecin allemand, le docteur Haller, a fait ressortir les graves inconvénients qui, à tous les points de vue, résultent, pour les ouvriers célibataires, de l'habitation commune par chambrée et surtout de l'iiabitudc de coucher deux dans un même lit. Ces remari|ues s'appliquent à ces misérables garnis, dans lesquels, à côté de l'ouvrier honnête et laborieux, se trouve le fainéant et le débauché, trop souvent même le voleur qui vient là recruter parmi les natures faibles ou avides de jouissances des auxiliaires et des complices. L'amélioration de la demeure implique donc, on ne saurait le nier, l'amélioration de l'état moral. On a d'abord voulu remédier à ces déplorables condition en construisant, sous le nom de cités ouvrières, de vastes bâtiments, dans lesquels les travailleurs auraient trouvé, à des prix très-modérés, des logements salubres ; le chauffage ayant pour source un calorifère central, aurait été distribué par toute la maison, épargnant ainsi la dépense du combustible pendant la saison rigoureuse. Le même système aurait été appliqué à la préparation des aliments à l'aide de fourneaux installés dans une cuisine commune; l'eau y aurait été amenée à chaque étage et dans chaque chambre; le gaz y aurait également été distribué pour l'éclairage' etc.. Mais cette entreprise en apparence si séduisante, essayée sans succès, avait contre elle un grave inconvénient, la vie en commun, dont, malgré les utopies de quelques rêveurs, les ouvriers, et avec raison, ne veulent point entendre parler. Ces espèces de casernes ou de couvents ne peuvent convenir à dos hommes libres, voulant disposer d'eux-mêmes comme ils l'entendent. Ainsi que l'a très-bienfait observer M. Bertelé dans une excellente dissertation, celte
DICT. E>c. 2' s. lA . 41
f,i2 MANUFACTURES.
existence en commun a pour premier inconvénient de relâcher les liens de la famille ; « celle-ci ne forme pins qu'une division de la grande communauté, qui l'absorbe pour ainsi dire ; autant devient grande la solidarité entre les membres de la communauté, autant diminue celle qui doit exister entre les membres de la famille. D'un voisinage si serré naissent inévitablement des gênes, des servitudes, des exigences réciproques, des frottements nécessaires, d'où suit que les bons souffrent pour les mau\ais et perdent jusqu'à la liberté de s'isoler et de se bien conduire. On sent que le rapprochement de beaucoup d'individus de sexes diU-'rents fovorise la propagation du vice, qui, par un seul individu, pénètre peu h peu dans toute la masse. Isoler ces familles, c'est donc les raffermir, c'est j rendre plus iacile la pratique des devoirs et l'observance des bonnes mœurs. Les célibataires doivent être bannis des cités où leur présence est un danger pour la morale. Suivant Villermé, il est au moins inutile, sinon mauvais, de bâtir pour eux des cités spéciales.... Les ouvriers célibataires sont toujours dans la force de l'âge, et gagnent un salaire bien suffisant à leur entretien ; leur imprévoyance, leurs vices seuls les rendent misérables ; si on leur procure de pourvoir avec moins de Irais à leurs besoins, tout l'excédant de leur saluire sera dépensé en débauche, etc. {Quelques mots sur les logements d'ouvriers. Th. de Strasb. 1865). »
Mais ce n'est pas seulement au point de vue moral que ces grandes agglomérations sont dangereuses; en temps d'épidémie, elles formeront de véritables foyers d'infection et de contagion. Ainsi, suivant M. Motard, on aurait vu le typhus se déclarer dans des cités ouvrières à Berlin ; on sait quels sont à cet égard les dangers des casernes, des prisons, etc.
Il faut donc en venir au système des cottages ou habitations isolées, soit simplement comme location, soit, ce qui vaut bien mieux encore, comme immeuble, dont l'ouvrier peut de\enir acquéreur. C'est sur cette dernière base qu'a été fondée la cité ouvrière de Mulhouse. On trouve là de grands avantages : le resserrement des liens de la f;imille, par la concentration et l'isolement, le développement de l'amour de l'ordre et de l'économie par la possession, la bonne éducation par les bons exemples et par l'habitude, etc.
Cette cité mulhousienne est bâtie dans une grande plaine ; les n aison ettes, dont on a pu voir des spécimens à l'Exposition de 1867, sont isolées, | our un seul ménage, ou groupées au nombre de deux ou de quatre, formant nu seul bâtiment , chacun ayant son entrée particulière. Ces habitations sont toutes entourées ou précédées d'un jardin potager de 120 à 150 mètres carrés, dont la culture occupe les loisirs de l'ouvrier, vient en aide aux besoins de la famille en même temps qu'elle le soustrait aux plaisirs ruineux et dégradants du cabaret. Ces maisons auxquelles on ne peut faire qu'un reproche, leur exiguïté pour certaines familles, sont bien ventilées, munies d'un conduit qui se rend à l'égout principal. Comme accessoire de ces habitations ou a créé des bains, des lavoirs en grand, un restaurant où l'on paye au prix de revient, etc. Pour l'acquisition de ces dememes, ou demande un premier payement de 200 à 400 fr., le reste est soldé en iO, 15 ou 20 ans, par une différence mensuelle en surplus du prix du loyer; de sorte que si au bout d'un certain temps, pour une raison ou pour une autre, un ouvrier veut quitter la maison, on lui rend ce qu'il avait payé en surplus. La cité industrielle de Guebwiller a suivi cet exemple, qui devrait être imité dans tous les centres manufacturiers.
On n'avait d'abord songé qu'aux ménages, on s'est depuis occupé des célibataires qui, dans de petites habitations subdivisées dans ce but, pe uvent trouve
des chambres meublées, saines et bien aérées, au prix de 7 à 10 fr. par mois, et même, en se réunissant à quatre et en se choisissant bien, ils peuvent occuper une petite maison avec un jardin. Il serait bien à souhaiter que l'on fît quelque chose d'analogue pour les jeunes filles seules ; qu'il y eut des maisons tenues par des personnes dont l'honorabilité serait connue et où elles pourraient se loger et se nourrir à bas prix. C'est ce que l'on a fait en Amérique, àLowell, oui l'on a organisé des espèces de pensions, offrant toutes les garanties de moralité désirables (Michel Chevallier, Lettres sur V Amérique du Nord ; lettre 15).
Moins de recherche dans le vêtement du dimanche, les habits de la semaine mieux appiopriés aux conditions du travail seraient d'une bien grande importance pour la santé de l'ouvrier, et particulièrement pour ceux qui sont exposés à de brusques changements de température; tels sera>ent le caban pour les hommes, des petits manteaux avec capuchon en caoutchouc pour les. enfants et pour les femmes. On a remarqué qu'à Sedan l'ouvrier, dont on a d'ailleurs signalé depuis longtemps la bonne conduite et les mœurs plus réguUères, a pris l'habitude des vêtements de laine. « Au lieu de porter le dimanche des souliers à semelles minces, tandis que pendant la semaine il a des chaussettes et des sabots qui entretiennent une bonne chaleur aux pieds, qu'il préfère des bottes ou des souliers moins élégants, mais à semelles épaisses; c'est là une nouvelle cause de refroidissements, quia aussi son importance (Picard).» M. Picard voudrait aussi que, dans Its ateliers, dont le sol graissé d'huile est trop glissant pour permettre l'usage des sabots et dans lesquels les ouvriers marchent habituellement pieds nus, on fit confectionner une chaussure légère et solide qui préservât le pied du contact direct avec le sol.
Nous avons parlé de l'excessive négligence de la plupart des ouvriers à l'égard des soins de propreté, et pourtant, dit avec raison M. Thouvenin, combien il serait urgent pour les ouvriers des filatures de coton, d'étoupe, etc., dont la figure, les vêtements, les cheveux et tout le derme sont couverts de poussière, de se laver les mains, la figure, et de se peigner au moins deux fois par jour. Nous ne saurions trop vivement applaudir à la mesure, prise par beaucoup de chefs d'établissements, de fournir à leurs ouvriers des bains chauds au moyen de l'eau de condensation des machines, si malheureuseme-at perdue dans une foule d'usines. La cité mulhousienne possède un bâtiment spécial où l'on a réuni tout ce qui est d'usage commun, et dans lequel on trouve des bains à 20 cent., avec le linge, et lavoir avec séchoir, à 5 cent, les deux heures. Ce sont là des institutions de première nécessité et qui ne devraient pas se trouver bornées à quelques localités.
Autant nous sommes opposé à l'existence complète en communauté, autant nous sommes partisan de l'association libre pour une foule d'actes delà vie; l'association a cet immense avantage de diminuer, dans une proportion notable,.' les frais d'acquisition par l'achat eu gros. C'est surtout à l'alimentation que? cette remarque est applicable : économie sur l'achat, économie sur la préparation, au moyen de fourneaux convenablement disposés, voilà ce que peuvent obtenir des groupes d'ouvriers à l'aide de cotisations. Certains établissements, tondes par les patrons, et dans lesquels les aliments sont donnés au prix de revient, le démontrent amplement. A Mulhouse, toujours Mulhouse! dans le restaurant établi par la Société industrielle, les avantages de ce système se montrent avec la dernière évidence. « Les habitants de la cité, dit M. L. Reybaud, ne sont pas seuls à profiter du rabais offert. Tous les ouvriers de la ville peuvent y paiticiper. L'entrée est hbre, on peut librement aussi emporter au dehors. Les
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prix sont des plus modiques ; on est parvenu à réduire la portion à une moyenne dp 10 centimes. Une soupe coûte 5 centimes; une portion de bœuf bouilli ou de légumes, 10 centimes; un bectogramme de veau, 15 centimes; un quart de litre de vin, 15 centimes. Pour 30 et 40 centimes on fait un repas convenable. Les salles du restaurant n'ont qu'un luxe, celui de la propreté, mais il est poussé très-loin : les murs, les tables, les bancs, les planclies, tout est net ; ou n'y souffre pas la moindre souillure. Les convives y sont servis en porcelaine, et le coup d'oeil à l'beure des repas est des plus animés. Ces deux salles, remplies d'ouvriers, sont moins bruyantes que ne le serait une pension bourgeoise; uno: certaine tenue y règne, etc. (i?in. d'hyg., 2^ série, t. X, p. 465 1858). »
Si l'usage des boissons fermentées, et nous parlons seulement ici du vin, d* la bière et du cidre, suivant les contrées, est nécessaire à la nourriture de l'bomme qui travaille, on sait, et nous n'avons pas à y revenir, combien l'abus lui est préjudiciable. Les boissons dont nous parlons doivent être prises à dose» modérées à l'heure des repas. Mais à côté des excès alcoobques du dimanche et du lundi, il y a l'abus de l'eau froide, dont se gorgent trop souvent les ouvrier» exposés à une forte chaleur. Dans les ateliers où règne une température l'ievée,, mais surtout pendant les ardeurs de l'été, on devrait laisser à la disposition des. ouvriers certaines boissons hygiéuiqiies dont on a donné une foule de recettes différentes. En voici une qui a été adoptée, d'après l'avis du docteur Bissou,, pour les ouvriers du chemin de i'er d'Orléans, et qui me paraît très-salubre : eau ordinaire, 50 litres; infusion de café, 1 litre 1/2; eau-de-vie, 1 litre 1/2;. sucre, 750 grammes. Cette boisson et tant d'autres analogues, oii peuvent entrer les infusions de houblon, de petite centaurée, etc., étanc::ent très-bien la soif sans fatiguer l'estomac.
Les questions relatives à Vâge auquel les enfants doivent être admis dans les fabriques, aux conditions de cette admission, à la durée du travail, etc., seront traitées à part. [voy. Enfants (Travail des)].
Quant au sexe, nous ne pouvons que demander d'éviter la réunion des hommes et des femmes dans les mêmes ateliers ; des dispositions, très-faciles à réaliser, pourraient être prises contre cette promiscuité si contraire aux bonnes mœurs.
INous avons signalé les dangers qui résultent pour le nouveau-né du défaut, de soins de la part des mères employées dans les manufactures. Sur l'iuitiative d'un honorable industriel de Mulhouse, M. Dolfus, beaucoup de chefs de maisons ont adopté la mesure suivante : on paye aux femmes en couches leur salaire habituel pendant six semaines, de manière à leur permettre de rester chez elles, et de donner à leurs enfants les soins nécessaires pendant cette période. Elles reçoivent, en outre, les soins gratuits d'une sage-femme ou d'urv médecin. Les frais de cette institution ont été faits, moitié par les fabricants, moitié à l'aide d'une retenue de 15 centimes par quinzaine, opérée sur les femmes âgées de dix-huit à quarante-cinq ans. Les plus heureux résultats ont couronné cette mesure ; et, dans les conditions où elle s'est exercée, la mortalité sun la première enfance a diminué de 12 à 15 pour 100.
Les deux ou trois dernières semaines de la grossesse pourraient être l'objet deprécautions analogues; enfin, pour soulager les femmes enceintes livrées à des. travaux pénibles ou exigeant des altitudes fatigant:!S, on pourrait leur donnée d'autres occupations.
C'est à l'ignorance que nous avons attribué la plupart des vices que l'ois' reproche aux ouvriers des fabriques. A cela il n'y a qu'un seul remède, mais
impérieux, urgent, c'est l'instruction primaire gratuite et surtout obligatoire. Du ne devrait donc recevoir dans les ateliers que des enfants au-dessus de l'âge «le dou3e ans, sachant déjà lire et écrire. C'est ce qui a lieu dans différentes parties de l'Allemagne et de la Suisse; et dans ces contrées le niveau intelle^ tuel fies ouvriers est très-certainement supérieur à ce qu'il est dans les luèmes prol'ossions en France et en Angleterre. Chez nous, dans beaucoup de manufactures, on a établi des écoles ; mais quel goût peuvent prendre à l'étude des enfants fatigués par un travail au-dessus de leurs forces ! Les études à l'école doivent précéder l'admission dans la fabrique. Mais cela ne sutlit pas encore; l'ouvrier, jeune homme ou adulte, ne doit pas être abandonné à lui-même ; il faut l'arracher aux mauvais conseils, aux mauvais exemples; c'est ici que des cours scientifiques ou littéraires à leur portée, des bibliothèques spéciales, pourraient rendre d'immenses services.
On ^ contesté, je ne l'ignore pas, les avantages de l'instruction sur le sort des ouvriers, soit pour diminuer la misère, soit |:our leur. amélioration morale. Villermé, qui a très-sérieusement discuté cette question et débattu les arguments pour et contre, a fait voir que, en eftet, l'instruction, qu'il ne tant pas confondre avec l'éducation, l'esprit religieux et l'habitude des bonnes mœurs, n'empêche pas, par elle-même, les crimes contre les personnes, et ne peut, par elle-même non plus, prévenir l'indigence, qui dépend assez souvent de causes tout à fait extérieures; que l'universalité même db l'instruction en détruirait les avantages pour ceux qui la possèdent aujourd'hui à côté de ceux qui en sont dépourvus. Mais, ajoute-t-il, si l'instruction, toujours par elle-même, ne crée pas immédiatement de° produits, elle tend cependant, d'une manière indirecte, à augmenter la somme du travail, et alors, comme l'a étabh M. Naville, dans son ouvrage sur la Charité légale (t. I, p. 245), elle a peut-être ainsi une certaine indiience pour diminuer la misère. N'oublions pas, au surplus, ajoute Villermé, qu'elle développe les intelligences, conduit à une instruction plus élevée, et qu'elle est, comme cette dernière, une source de plaisir pur, de bonheur véritable, qu'elle remplace peu à peu la rudesse, la grossièreté des mœurs, la brutalité des passions, par des sentiments plus généreux, des mœurs plus douces, en un mot, qu'elle est peut-être le moyen de civilisation le plus puissant. » (Tableau, etc., t. II, p. 160.) Ces derniers mots, que nous soulignons à dessein, résument assurément tout ce que l'on peut dire de plus favorable sur la nécessité de l'instruction pour la classe ouvrière.
Il y aurait bien encore comme complément l'instruction professionnelle, dont l'utilité a été également très-contestée, mais elle s'appliquerait plutôt à des industries d'un autre ordre; disons cependant que, donnée à de jeunes ouvriers des manufactures, qui auraient fait preuve d'intelligence, elle préparerait d'excellents contre-maîtres. Mais il faut, pour cela, des cours spéciaux en vue de telle ou telle industrie, qui fassent connaître à l'ouvrier fileur ou tisseur les qualités et les défauts des nombreuses variétés de substances, lin, chanvre, coton, laine ou soie, qu'il doit mettre en œuvre; qui l'initient à tous les secrets du mécanisme qu'il doit employer, et à la valeur des divers procédés rais en œuvre ■dans les différents pays, dans les différentes localités. Pour les teintureries, quelques notions de chimie sont indispensables; pour les étoffes à fleurs, à sujets variés, un peu de dessin, etc. Nous pensons donc que les écoles générales oii l'instruction n'a rien de fixe ni de déterminé doivent être laissées de côté.
2" Conditions intrinsèques. On ne saurait contester, à plusieurs points de
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que, la supériorité du travail en famille sur le travail dans les grands établissements manufacturiers. Dans le premier cas, si, par une cause quelconque, le travail est suspendu, l'ouvrier, qui est ordinairement en même temps cultivateur, retourne à ses travaux des champs. Eu pareille occurrence, l'ouvrier des fabriques, surtout s'il n'a rien su mettre de côté, s'il a une nombreuse famille, tombe aussitôt dans une affreuse misère, car il ne sait pas faire autre chose. Cette différence se voit particulièrement en Suisse, et chez nous dans plusieurs départements, pour les tisserands qui sont en même temps cultivateurs, et qui Ibnt même habituellement alterner ces occupations, travaillant pendant l'hiver ;i l'industrie, et l'été dans les champs.
Relativement aux influences de la manufacture qui doivent être combattues,, nous avons à examiner les suivantes.
Le confinement est à peu près impossible à éviter, du moins dans certaines salles, qui doivent être tenues fermées; mais, dans la plupart des cas, la grande étendue de ces salles, par rapport au nombre des ouvriers qui y séjournent, et le renouvellement partiel de l'air qui peut encore y avoir heu, les rendent, en réa» lité, bien moins insalubres que ne le sont une foule de petits ateliers consacrés à des travaux sédentaires {voy. Professions). Partout où la ventilation sera possible, il est certain qu'on devra la mettre en usage. Du reste, on pourrait, par l'ouverture des portes et de fenêtres opposées, à châssis mobiles, changer complètement l'air des salles pendant les heures des repas.
Les effets fâcheux de la température élevée et de ïhumidité qui régnent dans les ateliers dont nous parlons, et surtout dans les filatures de coton et de soie, seraient bien atténués par la précaution que prendraient les ouvriers de se couvrir convenablement quand ils s'exposent à l'air froid du dehors. Nous en avons parlé à l'occasion des vêtements. M. Melchiori pense que pour le dévidage des cocons, si incommode surtout pendant les grandes chaleurs de l'été, on pourrait, au lieu d eau presque bouillante, employer seulement de l'eau tiède, qui, suivant lui, suffirait à dissoudre la substance gommeuse des cocons.
La question véritablement importante est celle des poussières, qui constituent un inconvénient si grave dans certains procédés industriels. Nous devons faire connaître quelques-uns des moyens qui ont été proposés pour y remédier. Le premier qui se présente naturellement à l'esprit, c'est d'empêcher les détritus pulvérulents et filamenteux de pénétrer dans les voies respiratoires par l'interposition d'un obstacle matériel, tel qu'un masque diversement configuré. Le plus simple serait, assurément, un mouchoir fin, plié en cravate et légèrement mouillé, placé au-devant de la bouche et du nez ; il est employé dans quelques localités; mais, surtout pendant les grandes chaleurs, il cause une gêne assez considérable. On a donc proposé des masques de gaze, s'adaptant à la moitié inférieure de la figure, de manière à recouvrir l'ouverture des fosses nasales et de la bouche. Cette gaze, surtout dans les atehers de battage, ne tarde pas à se couvrir d'un dépôt tellement abondant, que l'ouvrier, pouvant à peine respirer, s'en débarrasse et refuse de la reprendre. M. Picard a conseillé l'appareil suivant, surtout pour les débourreurs. Une pièce de linge double, contenant dans son épaisseur du coton cardé, recouvrirait la bouche et les narines, et viendrait se nouer à la nuque. Cet appareil ne serait employé que dans les moments où la poussière se dégage avec le plus d'intensité. Mais les ouvriers, fidèles à leur système d'insouciance, ont refusé de s'en servir. C'est donc à des moyens plus généraux, et placés en dehors de la volonté de l'ouvrier, qu'il faut avoir recours. Ces pro-
cédés ont tous pour but, non d'intercepter le passage des poussières vers les voies respiratoires, mais de les entraîner au dehors à mesure qu'elles se forment. Comme moyen naturel d'aération, le Conseil de salubrité du département du Nord a prescrit, pour les salles de teillage, des châssis de large dimension placés dans la toiture de l'atelier avec des ouvertures correspondantes, pratiquées à la partie iiifrrieure, alni d'établir un courant qui favorise la sortie des poussières. Mais ce mode de ventilation et quelques autres analogues, comme les toiles placées au-dessus des métiers, et sur lesquelles retomberaient les poussières, sont ins'illisants, il faut avoir recours aux machines.
T. Tliackrab a décrit, en 185'2, un appareil employé dans une grande fabrique de Manchester pour les ateliers de battage. 11 consiste en une roue à palettes, mue par la machine de l'usine; elle est placée dans une caisse, et fait 1,200 tours à la minute» L'air, ainsi mis en mouvement, entraîne par une cheminée tous les corps étrangers qui remplissent l'atmosphère de l'atelier. Le travail s'acLomplit, dès lors, sans inconvénients bien appréciables. Le même moyen, adopté dans diverses manufactures de lin et de colon, a donné les mêmes avantages. .M. Guérard a fait connaître un mécanisme analogue, employé dans la grande filature de Saint-Wandrille, près de Houen. Là, dans un bâtiment à trois étages, le ventilateur est établi dans les salles du rez-de-chau«sée. Il se compose d'un taiuLour à ouverture centrale de 0'",60 de hauteur, sur Û'",40 de largeur. Un a.\e y met en mouvement quatre ailes en bois, dont le diamètre est de r",13. Ces ailes font de 560 à 580 tours à la minute. Le tambour est mis en communication avec l'extérieur de l'atelier, au moyen d'un large conduit en bois, dont l'orifice externe a 0"',ôO de hauteur, sur 0'",70 de largeur. Cette machine ai tire de 50 à 60 mètres cubes d'air par minute, et la force nécessaire jour la faire mouvoir est d'environ un dixième de cheval. Le prix de construction de cet appareil ne s'élève pas à plus de 100 francs. Après de nombreux tâtonnements, on est arrivé à produire la ventilation sans gène, ni pour l'ouvrier ni pour le travail; les poussières, les émanations organiques qui vicient l'atmosphère, sont emportées au dehors. Depuis l'emploi de ce ventilateur, l'aspect sain et \igouieux des ouvriers contraste sensiblement avec la pâleur et l'air maladif des ouvriers des fabriques où cette précaution n'a pas été prise (ceci était écrit en 1845, avant que ces appareils se fussent généralisés).
Le débourrage était regardé comme une des opérations les plus dangereuses des manufactures. Grâce à .\I. Dannery, contre-maître d'une filature de Rouen, ce travail a perdu son insalubrité. On doit à cet ingénieux inventeur une débourreuse mécanique, qui, soulevant les chapeaux à cardes, passe au-dessous, en airache la bourre, la roule et l'emmène au dehors. Ce système lait donc tout simplement la besogne du déliourreur, et celui-ci peut être emplové h des travaux moins nuisibles. L'mvention de M. Dannery a été honorée d'une récompense par l'Académie des sciences (Rapp. de M. Combes, Compt. rend, de VAcad. dessc.,i. XLVllI, p. 507; 1859).
Dans les ateliers où les procédés de ventilation n'ont pu faire entièrement disparaître les poussières, on pourrait avoir recours à l'alternance, c'est-à-dire y faire passer à tour de rôle différents groupes d'ouvriers qui resteraient là trop peu de temps pour avoir à en souffrir. On sait d'ailleurs que la sobriété et un bon régime sont d'excellents préservatifs contre les influences patliogéniques, même contre celles des poussières. Viilermé a vu quelques ouvriers employés depuis plusieurs années dans les ateliers de battage et qui jouissaient cependant d'une
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bonne santé. 11 note, du reste, qu'ils avaient une liante paye, soit par les fabricants, soit par les autres ouvriers qui voulaient s"c.\em|iter de ce trivail. Lu excellent moyeu de lutter contre les effets du confinement et du b.itlagc est de passer en promenades et eu distractions au grand air la journée du dinianclie, au lieu de s'enfermer dans des cabarets au sein d'une atmosphère viciée par la fumée du tabac et des exhalaisons de toute sorte. Rapiielons-nous à ce propos ce que dit Bredow de la santé supérieure des eulants qui demeurent à une certaine distance des fabriques, comparée à celle des enfanîs qui demeurent dans les fabriques
mêmes.
Les émanations nuisibles on tout au moins incommodes pour les ouvriers et le voisinage ne se montrent guère que dans les grandes tilatures de soie. Doit-on, pour combattre ces émanations, avoir recours aux désinfectants de l'air, au chlore, par exemple ? Ce gaz n'exercerait-il pas une action nuisible sur la soie, sur le métal des machines ? n'agirait-il pas sur les ouvriers eux-mêmes qu'on délivrerait d'un inconvénient pour leur en infliger nn autre peut-être plus grave? car on sait que les émimations animales n'ont pas tous les dangers qu'on leur attribue. Assurcment il vaudrait mieux, pour les dépôts de chrysalides putréfiées, avoir recours aux désinfectants solidi'S ou liquides, lait de chaux ou de chlorurt; de chaux, solution de sulfate de fer, conltar plâtré, etc., qui emj êcheraieut le développement des exhalaisons putrides. On placerait ces résidus ainsi désinfectés dans des vases clos et on les transporterait dans les campagnes pour servir d'engrais. Les résidus liquides désinfectés par les mêmes moyens seraient dirigés vers de grands cours d'eau. On a [.'loposé de les \erser dans des puits profonds, mais il serait à •craindre qu'ils n'allassent, par imbibition, altérer les puits du voisinage; ils seraient assurément plus utiles en irrigation sur les terres cultivées, la désinfection serait immédiate et ils contribueraient à fertiliser le sol.
Nous le répétons, après tous les médecins qui ont écrit sur cette question, la durée du travail est généralement trop longue, et surtout les temps d'arrêt accordés pour les repas sont beaucoup trop courts. Dix heures de travail effectif pour les adultes, avec un repos d'une demi-heure pou>' le déjeuner, d'une h-^ure pour le dîner, et d'une demi-heure pour le goûter, total douze heures, telle devrait être la tàciie pour les adultes. Nous ne parlons pas ici des enfants [voy. ce mot).
Moyens d'améliorer le sort des ouvriers de manufacture. Ces moyens sont de deux sortes : les uns directs comme les caisses d'épargne, les caisses de retraite, les associations sous des titres divers qui assurent aux ouvriers une participation aux bénéfices de l'entreprise à laquelle ils concourent, etc., etc. On comprend que nous n'avons pas à nous en occuper, ce sont là des questions d'économie sociale qui ne sont pas de notr^ ressort. Les autres moyens que j'appellerai indirects ou auxiliaires sont seulement destinés à leur venir en aide dans diverses circonstances qui, antiement, leur seraient très-onéreuses; telles sont les crèches, les salles d'asile, les écoles gratuites ; ici l'hygiène est en cause.
Les crèches {voy. ce mot) ont un certain degré d'utilité, on ne saurait le nier ; elles ont aussi leurs inconvénients, c'est d'éloigner pendant trop longtemps l'enfant de sa mère, surtout pendant les premiers mois; examinant la question seulement au point de vue qui nous occune, c'est-à-dire au point de vue des manufactures, nous dirons que les crèches seraient pour celles-ci une excellente institution, si elles étaient placées dans les établissements eux-mêmes, de manière (pie la mère put aller trois on quatre fois par jour donner le sein à son enfant. 11 ne serait pas difficile de trouver dans les fabriques une salle bien chauffée
l'biver et suffisamment aérée, dans laquelle les enfants seraient confiés à la garde cl'une femme rétribuée par les patrons et à l'aide d'une très-minime cotisation de la part des ouvrières en âge d'être mères. Ce serait là le complément des mesures prises à Mulhouse relativement aux nouvelles accouchées et dont nous avons parlé plus haut {voy. p. 544).
On sait combien les salles d'asile se sont multipliées ; à peine, à l'époque oîi écrivait Villermé, en comptait-on trois cents pour toute la France ; ce nombre, en 1860, s'était élevé à plus de trois mille, recevant deux cent mille enfants [voy. Asiles (salles d'), t. VI, p. 566]. Nous n'avons pas à revenir ici sur ce qui a été dit, et si bien dit par notre regretté collaborateur Cerise, dans l'excellent article qu'il a consacré à cette institution, dont les bienfaits sont tous les jours mieux appréciés.
Les écoles gratuites ont été examinées plus haut {voy. p. 545), nous n'avons rien à y ajouter ; exprimons seulement le désir que pour ces grandes manufactures, qui réunissent dans leur enceinte toute une population, les asiles et les écoles soient, comme les crèches, installés dans l'établissement lui-même.
E. Bealcraad.
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MAMULUVE, Manuluvium. Bain des mains, immersion des mains dans un liquide, afin de produire un effet, soil local, soit général. Le manuluve s'administre à l'aide d'une bassine ou d'une cuvette, et alors la main seule est immergée; ou avec une petite baignoire dans laquelle le sujet plonge la main et l'avaiit-bras jusqu'au-dessus du coude ; c'est alors autant un bain de bras q.u'un bain de mains.
Administré en vue de produire des effets purement locaux, le manuluve répond à de nombreuses indications dans la pratique chirurgicale. Composé d'eau simple, à la tenipérature du bain tiède, il s'emploie contre diverses lésions des extrémités Ihoraciques, avec douleur, gonflement, inflammation, suppuration, agissant comme émollient, modifiant les plaies et facilitant en même temps le décollement des pièces d'un pansement. On augmente ses propriétés éniollientes par l'addition de son, d'amidon, de guimauve, de graine de lin ; on lui conmiunique des propriétés calmantes par les leuilles de morelle et de belladone, les c;qDsiiles de pavot. On lui donne en un mot telles propriétés thérapeutiques que l'on désire, selon la nature de la lésion ; et l'on peut ainsi, par exemple, aux mains comme aux pieds, donner un bain partiel alcalin ou suHureu.v. En cas de doukurs rhumatismales fixées aux mains, aux poignets, aux coudes, nous y avons eu recours avec avantage, lorsqu'il y avait des contre-indications par ailleurs ou des empêchements à l'emploi d'un grand bain au soufre ou aux carbonates alcalins. Ainsi encore peut s'employer très-heureusement le manuluve à l'arséniato de soude conlre le rhumatisme noueux des articulations digitales.
Le manuluve destiné à produire un effet local est toujours plus ou moins prolongé. Pour citer, par exemple, l'une des affections chirurgicales contre laquelle
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on emploie le plus communément les manuluves, le panaris, on sait combien les douleurs qui l'accompagnent tendent à s'apaiser par l'immersion souvent répétée et durable de la main dans un liquide tiède, émollient, narcotique au besoin.
Les manuluves froids et résolutifs peuvent avoir une durée encore plus longue. Ainsi, dans les cas de brûlure de la main, d'entorse du poignet, le mamduve froid, et maintenu tel par un renouvellement fréquent du liquide, est souvent prolongé pendant plusieurs beures.
Ce n'est qu'exceptionnellement que le manuluve est employé à une température plus que tiède, comme moyen externe. On l'emploie ainsi contre certains engorgements scrofuleux ; on s'en trouve bien quelquefois contre les engelures. On tente là de résoudre par une forte excitation préalable des parties engorgées. Le calorique, en effet, est souvent, comme le jugeait Trousseau, un bon résolutif.
Aux manuluves résolutifs froids ou cbauds, on ajoute, selon les cas, de l'alun, du sel marin, du sel ammoniac, du carbonate de soude, de l'iodure de potassium. Nous recommandons contre les engelures des manuluves froids fortement additionnés d'hypochlorite de soude ou de potisse.
On le voit, comme moyens de tbérapeutique externe, les manuluves peuvent être extrêmement variés dans leur composition, et l'être aussi par leur température et la durée de leur application.
Au contraire, comme moyens invoqués pour susciter des effets généraux, ou plutôt des phénomènes distants du lieu de leur application, les manuluves ne sont généralement employés que très-froids ou très-chauds , pendant un temps limité, et avec peu de variation dans leur composition.
Chauds, ce sont des dérivatifs, des révulsifs comme les pédiluves ; et comme dans ceux-ci, pour ajouter à l'action stimulante du calorique, on y met du sel marin, du carbonate de soude, du vinaigre, de la farme de moutarde. 11 faut convenir que ce moyen, d'une application plus simple et plus expéditive que le pédiluve, est trop négligé. Les manuluves sinapisés peuvent cependant produire des effets révulsifs aussi efficaces que les pédiluves du même genre, et détourner de même les mouvements congestifs qui s'opèrent du côté de la tête, de la gorge et de la poitrine. Nous avons vu parfois la congestion céphalique mieux combat tue par les manuluves que par les pédiluves, et nous croyons que l'on tirerait plus d'avantage des premiers que des seconds dans beaucoup d'angines.
Les manuluves chauds, même avec la précaution de recouvrir les vases oii on es prend pour se mettre à l'abri de la vapeur qui s'en dégage, provoquent promptement une réaction à la suite de laquelle se répand à la périphérie une chaleur diffuse amenant bientôt elle-même la diaphorèse. Si donc on ne veut obtenir d'eux qu'un effet révulsif, il faut tiès-péu les prolonger, 10 ou même 5 minutes seulement, et les suspendre au premier indice de cette réaction. En revanche et par cela même, en les prolongeant, on peut les employer comme moyen diaphorétique.
Les manuluves froids, et surtout ceux qui sont très-froids, produisent presque immédiatement un sentiment de réfrigération générale, souvent avec frisson et horripiJation. Ces phénomènes peuvent être nuisibles chez des sujets affaiblis et impressionnables ; mais ils peuvent être mis à profit dans certains cas d'hémorrhagie, dans l'épistaxis, par exemple ; la constriction des capillaires sanguins concordant avec la réfrigération causée et perçue, favorise la suspension de l'écoulement du sang. Le trouble circulatoire produit par l'immersion des mains dans l'eau très-froide, et déterminant l'arrêt du flux menstruel, est un exemple et une
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prouve de l'influence que le même fait peut exercer en cours d'iiémoniiagie. ^■ Les ablutions manuelles, qui sont à la fois pour l'iiomuie un besoin social et.nne nécessité d'hygiène, sont à vrai dire des espèces de manuluves sur lesquels le médecin doit par conséquent porter son attention. Dans l'état de santé, peu importe à la rigueur la température de l'eau employée pour ces ablutions, sauf, toutefois pendant la période cataméniale pour certaines femmes, très-sensibles à cet égard, et qui se voient obligées à ce moment de faire toutes leurs ablutions à l'eau tiède. 11 en est de même pour les individus des deux sexes pendant la période aiguë des maladies que peut aggraver tout refroidissement extérieur. Telles sont ■ particulièrement les phlegmasies des organes resfiiratoires, les fièvres éru[)tives,. le rhumatisme articulaire aigu. L'immersion intempestive des mains dans l'eau froide peut alors accroître des congestions internes ou susciter des répercussions fâcheuses; nous avons vu, entre autres, des rhumatisants devoir à ce genre d'imprudence le retour des fluxions articulaires et la recrudescence des douleurs.
Les divers ingrédients qui entrent dans nos manuluves journaliers, ont aussi leur intérêt pour le médecin. Tantôt c'est un état pathologique de la peau des mains qui nécessite l'intervention de quelque composé médicamenteux ; tantôt, pour cause de dispositions physiologiques particulières de la peau, il s'agit d'un choix à faire entre ces différents accessoires, savons, pâtes, eaux de toilette, qui, tout en flattant notre sensualité, n'en doivent pas moins avoir leur valeur hygiénique. Mais la simple indication de ces éléments éventuels des manuluves suffit ici, et les détails qu'ils comportent appartiennent, tant à l'histoire des dermatoses qu'à la question des cosmétiques. D. de Savignac.
MAXl'S DEI ou Emplâtre de la main de Dieu. Emplâtre fondant peu employé aujourd'hui et préparé avec de l'huile, de la cire, de la myrrhe, de l'encens, du mastic, de la gomme ammoniaque, du galbanura, de la térébentliine, etc. {voy. Emplâtres). T. G.
MAPOU (Bois de). Les arbres dont le bois est en général léger sont ainsi nommés à Bourbon et à Maurice. Le Malacoxylon pinnatum ou Cissus Mappia Lamk est un Mapou. Le Baobab {Adansonia digitata) porte le même nom au Sénéû^al. Dans nos colonies insulaires de l'Afrique orientale, les Mapou sont surtout des Bombax, principalement le B. pentandrum L., ou Fromager à cinq étamines. H. Bn.
M.APP (Mauc), médecin laborieux, plein d'érudition, observateur éclairé, né à Strasbourg le 28 octobre 1652, docteur de cette Faculté (1655), mort le 9 août 1701. Il était professeur de botanique et de pathologie, chaires dans lesquelles il montra le plus grand attachement à Hippocrate et à Galien. Voici la liste de ses ouvrages et dissertations :
I. Thernwposia, seu dissertationes medicœ très de potu calido. Strasbourg, 107^1075, in-i". — II. Dissertatio de dolore nepliritico. Strasbourg, 1(372, in-4°. — ill. Dissertatio de lue venereâ. 167.3, in-i°. — IV. Dissertatio de flatibus. 1675, in-4''. — V. Dissertatio de fisiulâ gence termviatâ ad deiitem cariosum. 1675, in-4°. — YI. de febribus quesliones X. 1675 in- 4°. — VII. Dissertatio de catameniorum vitiis et siippressione. 1676, iQ-4°. — VIII. Dissertatio de oculi ht/mani partibus et usu. 1677, in-4°. — IX. Dissertatio de superstitione et remediis superstitiosis insignioribus . 1d77, 111-4°. — X. Dissertatio de aquts fœtus. 1681, in-4°. — XI. Dissertatio de voce articulatâ. 1081, in-i». — XII. — Dissertatio de fœdis virginum coloribus. 168-2, in- 4°. — XIH. — Dissertatio de risu et fletii, 1684, in-4'. — XIV. — Dissertatio de aiirium ceruinine. 1684, in-4°. — XV. Historia mo» dica de acephalis. 1087, in-i*. — XVt. Dissertatio de morbillis. 1088, in-4''. — XVII. Disser-
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tationcs iiiedicw très de receptis liodle m Eiiropâ polus caîidi generibus, thé, café, chocolatâ, 10',tl-16fio, in-i°. — XVn. Catalogua plantarum liorti Argcnloratensui. 1691, in-Sv — XVIU. Dissertatio de cephalalgiâ. lG9i, 111-4°. — XIX. Dissertntio de lieitosis. 1692. — XX. Ilistoria cxoltationis f/icriacariim iii theriaiam cœlesiem. 16 '5. 111-4°. — XXI. Dissertatio de Ichiibus in génère. 1697, in-ï°. — XXII. Dissertatio de erysipelate . 1700, in-4°. — XXIII. Dissertatio de rosâ de Jéricho vulgo dicta. 1700, in-4°. — XXIV. Historia plant arum Alsaticarum. 1742, in-4°. A. C.
MAPPA. Genre de plantes de la famille des Euphoibiacées, que A . de Jussieu a établi pour le Ricimts Mappa de Linné et antres plantes voisines. Elles ont frJquerament les proprijtés purgatives, évacuantes des Ricins, et sont employée^ comme eux: dans l'Asie tropicale. Quelques-unes, comme le M. tanaria Spre.no., sont astringentes, ce qu'indique l'usage qu'on en fuit pour la préparation des cuirs. Ce sont, eu général, des plantes dangereuses et dont le suc est acre, irritant.
.\.Juss., Tentam. Euplwrbiac., 44, t. 14. — E.^\\\.i.o^. Etude gén. du gr desEuphorhiac, 4J-^ t. 20, ijf 1-7. H. U.N.
MAQUEREAU. On désigne sous ce nom plusieurs espèces de poissons comestibles du genre Scombre {Scomber, fiun.).
Le SuojiBUE MAQUEREAU [Scomber scombrus L., Cuv. et Yalenc. , t. VUl, pi. 6), vulgairement Maquereau corumun, Berelli, a le corps allongé, d'un noir verdàtre, onde de bleu en dessus, avec des reflets argentés et dorés en dessous; màcboire inférieure avancée, ligne latérale voisine du dos, portant des laclies oblongues; cinq appendices en dessus et en dessous de la queue, les deux nageoires dorsales ont cbacune douze rayons. Longueur 50 à 4(1 centimètres.
Ce poisson a été connu des anciens : Aristote et Pline l'ont mentionné, et peu d'espèces des mers d'Europe sont plus célèbres et plus utiles pour l'alimenta tien.
Le Maquereau commun passe, comme le Hareng, l'hiver au fond de la mer; à la fin du printemps il arrive sur les côtes en troupes innombrables pour frayer. Les œufs des femelles sont extrêmement nombreux, dépassant cinq cent mille. La cbairde ce poisson est consommée tantôt fraîche, tantôt salée. Cette chair est de bon goût, mais elle est grasse et parfois indigeste.
Le ScojiDist: petit maqlereau {Scomber scolias Gaie)., Cuv, et Yalenc, t. Vlll, pi. 59, S pneimiatophorushsLioch.), vulgaii'ement Bize, Sansonnet, est plus allongé que le précédent, mais d'un vert plus clair, nuancé de bleuâtre. La première nageoire dorsale n'a que neuf rayons la deuxième en a douze. Cette espèce ne dépasse pas le golfe de Gascogne. Il est moins commun que le précédent et souvent mêlé avec les Bonites, dont il diffère au premier coup d'œd par les deux nageoirL'S dorsales conliguës chez celles-ci, tandis qu'elles sont distantes ou éloignées chez les Maquereaux.
Le nom singulier de ces animaux repose sur une erreur d'observation faite par ies pécheurs : ces poissons suivraient les petites Aloses , vulgairement appelées PuciUes, el ils sembleraient les conduire à leurs mâles.
Le Maquereau bâtard est une espèce du genre Caranx {voy. ce mot; voij. auss' PoissoKs). A. Laboulbène.
MARABOU. Genre d'oiseaux échassiers, démembré des Cigognes de Linné, dont il dilièie par le bec très-volumineux, la mandibule supérieure légèrement Toùté?, la tète et le cou nus, non emplumés, et une sorie de sac au bas du coi.
LeMARABOo DD Bengale iCiconia Marahou Temniiiick, Ardea diihia Gmel.iest le type de ce genre. C'est un grand oiseau, ayant le dessus du corps d'un bnin verdàtre, le dessous de l'abdomen blanc, avec les ailes d'un gris cendré.
Le Marabou habite l'Inde. Il vit de proie -vivante, de petits animaux, de reptiles, etc., et plus encore de viande morte; aussi est-il respecté des indigènes, qui connaissent les services qu'il leur rend en débarrassant le pays d'une grande quantité de charognes et d'immondices. Calcutta est peuplée de ces oiseaux, qi;i sont tellement familiers, qu'ils viennent, à l'heure du repas des troupes, se ranger devant les postes, s'y plaçant en files, et attendant qu'on leur donne les déchets, surtout les os, qu'ils engloutissent tout entiers.
Les plumes de la queue et des ailes du Marabou sont très-belles, flexibles et ondulées. Ces plumes sont recherchées, et l'industrie en tire parti {voy. Gigogsej.
A. Laboulbène.
iUARAlS {palus, lijivc, D.o; ; ail.: Sumpf, Marsch, Morast; angl. : Marsh; it. : palude). On désigne généralement, sous le nom de marais, un espace de terrain couvert ou abreuvé par des eaux qui n'ont point d'écoulement et capable, à certaines époques, de se dessécher en totalité ou en partie.
Le géographe réserve cette appellation à de vastes surfaces oti ces caractères sont permanents, habituels et grossièrement appréciables ; le médecin multiplie et localise davantage les foyers insalubres auxquels le nom de marais lui paraît appUcable : il s'arrête moins complaisamment à l'extérieur des localités , et le marais pour lui ne se limite pas aux points oiî le sol dis[ araît sous une nappe d'eau croupissante ; il étudie à des points de vue divers les qualités physiques du terrain, puis il y ajoute un élément nouveau d'appréciation : l'influence sur la santé ou la vie des êtres vivants. Dans l'esprit du médecin, l'idée de marais ne se sépare pas aisément de l'idée des phénomènes morbides qu'un foyer palustre est capable de produire, et réciproquement. Cette tendance instinctive à rapprocher l'effet de ce qui semble la cause a conduit à donner plus d'ampleur à la conception médicale du marais. On a dû reconnaitre que ce mot représentait un ensemble de circonstances dont les unes sont accessoires, les autres essentielles et fondamentales ; on a senti qu'à côté du marais type qui réunit les unes et les autres, il y avait place pour certaines sources d'infection, ne difterant des premières que par leur aspect, leur mode extérieur de manifestation, mais ayant la même origine, les mêmes réactions sur l'organisme, et résultant d'un processus physico-chimique identique.
Certains médecins sont donc très-disposés à remplacer la définition habituelle, géographique du marais par l'énumération des conditions essentielles de son existence, c'est-à-dire: 1° un sol non aéré, riche en matières organiques ; 2'^ de l'eau stagnante, sans renouvellement, en quantité suffisante pour maintenir le sol humide; 5^* une température capable de déterminer ou d'activer la fermentation des matières en présence. On est arrivé ainsi, par une sorte d'artifice, à rattacher aux marais certains foyers d'insalubrité qui ont avec eux des analogies non contestables, et qui se prêtent, sous de nombreux rapports, à des considérations presque identiques : les landes et les bruyères humides, les prairies ou les cultures mal drainées, les infiltrations souterraines, etc., où l'apparence extérieure du sol révèle parfois à grand' peine l'existence des marécages. Sans nier ces analogies, ni l'intérêt pratique qu'offrent ces rapprochements, nous étudierons particulièrement ici les marais proprement dits, nous réservant de revenir
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sur ce sujet en traitant des signes qui permettent de reconnaître les localités palustres.
Les conditions qui président à la formation des marais méritent à plus d'un titre l'intérêt du médecin ; c'est en sachant comment ils se produisent, qu'il pourra prévoir et peut-être par ses conseils prévenir leur développement, ou faire cesser leur luneste influence. A ce point de vue, il nous paraît avantageux de distinguer les marais en deux groupes: 1° les n^^arais naturels, spontanés, que l'homme subit sans les avoir provoqués, non pas toujours sans avoir concouru à leur torniation par sa négligence ou son incurie ; 2" les marais artificiels, créés volontairement par la main de l'homme, ou entretenus dans un but industriel.
A. Marais spontakés. Lorsqu'on examine la configuration du sol et le régime des eaux dans les locabtés palustres , il est une disposition qu'on rencontre d'une laçon presque inévitable et qui joue le rôle prédominant dans la lormation des marais. Ce sont des surfaces inclinées et des saillies combinées de telle sorte, que l'eau, après avoir parcouru la pente des premières, est arrêtée par les secondes comme par un barrage qui empêche son issue dans le ht des fleuves ou dans la mer. Cette condition se réahse le plus souvent et de la façon la plus simple dans ces vastes plaines, en apparence horizontales, dont les flancs se déprimant d'une façon progressive et presque insensible convergent vers un bas-fond central, inférieur de quelques mètres seulement aux parties les plus excentriques et les plus élevés du bassin. Quand l'eau pluviale est tombée pendant plusieurs jours avec abondance sur ces espaces creusés en cuvette, il est habituel de voir, pendant un temps variable, d'énormes taches accumulées vers le centre et formées par une couche d'eau peu épaisse. Il en est de même lorsqu'à la partie déclive des pentes se dressent des collines, des coteaux ou des montagnes qui forcent l'eau à s'arrêter dans les thalwegs des plaines. Si le sol est facilement perméable jusqu'à une assez grande profondeur, l'eau que l'évaporation n'a pas dissipée filtre peu à peu à travers les couches superficielles qu'elle lave, aère et fertilise, et va se perdre dans la nappe souterraine, dont le niveau est parfois très-éloigné de la surface. Lorsqu'au contraire une mince couche de sable ou d'humus recouvre un sous-sol argileux et imperméable, l'eau [luviale, comme aussi celle des sources , amenée par les pentes, s'accumule dans les parties déclives ; elle y séjourne tant que l'évaporation ne l'a pas épuisée, s'y ahèiv et s'y corrompt. La répétition des mêmes causes crée un véritable marais, ou simrlement des plaines humides et malsaines, suivant la configuration du terrain, la masse d'eau recueillie et la profondeur de la couche perméable. Telle est la cause principale de l'insalubrité de la Brenue, de l'Indre, de la Sologne, du Forez, des landes de Gascogne et en partie même des marais Pontins.
Dans ces plaines sans issue, à sous-sol imperméable, les inomlations, les crues subites des fleuves et de leur affluents causent de terribles ravages, même sur les terres de bonne nature, la masse énorme d'eau brusquement accumulée ne disparait que lentement, parfois au bout d'une année, après avoir formé des marais temporaires dont l'insalubrité ne le cède en rien à celle des marais permanents. Les cadavres d'animaux surpris par l'inondation, les récoltes de foin et les végétaux de toute sorte submergés ou entraînés se décomposent dans une couche épaisse de vase, formée par les débris des maisons en pisé que l'eau a délayées, par la terre labourable et le limon des fleuves. Ces cloaques immenses de\ieiuieiit des loyers pestilentiels dont l'assainissement immédiat a été
l'objet, en 1856, d'instructions très-précises du comité consultatif d'hyaiène publique. A toutes l'es époques et dans tous les pays, les débordements de grands fleuves ont causé de semblables désastres : les inondations annuelles du Nil ne fertilisent qu'au prix d'une insalubrité dont l'élévation de la températunî et l'activité de la végétation abrègent henreusement la durée ; en Krance, le> inondations de la Saône, du Rhône et de la Loire ont rendu tristement célèbres les dates de 1846, 1856 et 1860, etc.
Les parties les plus voisines du fleuve ne sont pas seules inondées ; les di-' gués, même L rsqu'elles ne sont pas rompues, sont souvent impuissantes à retenir les eaux à une grande hauteur. 11 n'est pas rare de voir des parties basses, parfois fort éloignées, transformées en marais par une nappe d'eau qui, filtrant à travers le lit du fleuve" et les couches profondes du sol, est venue prendre soit niveau loin de là dans la plaine.
Les inondations et infdlrations menacent surtout les régions où les canaux reposent sur des chaussées plus élevées que le niveau général du pavs ; chaque année en Sologne et particulièrement en 1866, les travaux d'assainissement et de dessécliement sont compi'oniis et retardés de la sorte. La Hollande, dominée de partout par la mer et par des canaux, présente au plus haut point cette disposition fâcheuse dont elle réussit à pallier les efiets par des travaux admirablement combinés et entretenus. La mer elle-même peut inonder dévastes surfaces excavées et sans écoulement, soit par la rupture de ses digues, soit par les marées exceptionnelles où le flot dépasse la ligne de faîte du cordon littoral.
C'est principalement au voisinage des côtes que se rencontrent ces bassins barrés, ces dépressions dn sol que nous avons vus jusqu'ici jouer un si grand rJl.^ dans la formation des marais. M. Scipion Gras, ingénieur en chef dts mines, a donné à ce sujet des exphcations pleines d'intérêt concernant l'origine dos marais et des étangs de la Corse et du midi de la France. C'est un fait établi par M. Élie de Beaumont {Éléments de géologie pratique, 7^ leçon) que, sur tout le littoral de l'Océan et de la Méditerranée, les vagues ont une grande tendance à accumuler des matières de transport sur le rivage quand l'inclinaison de celui-ci est trop faible : le flot montant affouille le sable de la live, l'entraîne avec lui et le dépose sur la plage en se retirant ; quand la mer est fortement agitée, les vagues élèvent des galets qui s'accumulent de la même façon, et il en résulte à la longue un bourrelet de sable et de gravier, auquel M. Élie de Beaumont donne le nom de cordon littoral. Ce cordon, dont on peut suivre d'année en année les progrès, modifie incessamment la configuration des côtes, et forme une espèce de digue élevée d'une part au-dessus du niveau de la mer, de l'autre au-dessus du reste de la plage. Lorsque celle-ci est très-plate, comme toute la zone orientale de la Corse, l'eau pluviale, les petits cours d'eau n'ont plus d'écoulement vers la mer : il en résulte des inondations, des marais qui deviennent saumàtres si les vagues, dans ks mauvais temps ou les hautes marées, réussissent à franchir le cordon littoral. Celui-ci s'étend et s'accroît par le sable desséché que le vent repousse vers lu plage, peu à peu de petits dunes s'élèvent, la mer est forcée de reculer ses limites et d'abandonner ses rivages. C'est ainsi ([ue sur les côtes de la Frise, aui\.-0. de la Hollande, se sont formés par le retrait progressif des eaux ces Marshs ou marais que l'agriculture a conquis sur la mer, et qu'elle réussit à assainir : les Schoores et les Polders de la Flandre, les }loëres {moor, marais tourbeux) et les terres de Wateringues dans le dépailemeut du A'ord et du Pas-de-Calais, ont une origine identique. Sur le littoral du Languedoc et du Bous-
sillon, la mer a laissé à nu en se retirant une vaste bande ensablée ei marécageuse qui s'étend d'Orgelés àNarbonne et Agde d'une part, de Cette à Saint-Gilles et Aigues-Mortes de l'autre ; derrière cttte zon3 sablonneuse, se trouvent de grands amas d'eau salée qu'on appelle étangs ou lagunes, communiquant incomplètement avec la mer par des canaux ou c/raus qui ont la plus grande lendance à s'ensabler. Te'.le est l'origine des étangs de Leucate, de Gruissan, de Yendres, de Tliau et de Mauguio, etc. Les changements de niveau qui résultent de l'obstruction des graus et de l'écoulement dans ces bassins de nombreux cours d'eau grossis parles pluies de l'hiver, mettent à nu pendant l'été des surfaces marécageuses et msalubres.
L'exhaussement progressif des côtes devient un obstacle très-sérieux pour les rivières et les fleuves qui descendent à la mer ; quand le courant et la masse d'eau ne sont pas assez puissants pour balayer devant eux tout ce qui les arrête, le flot montant accumule des matériaux et des déjections à la partie la plus avancée de l'embouchure ; ce qu'on appelle barre est un véritable cordon littoral submergé qui, élevant le niveau du déversement, rend d'autant plus faciles les inondations à l'époque où les affluents sont gonflés par les pluies. Si le fleuve n'est pas profondément encaissé, l'eau débordée s'accumule sur une grande surface dans les plaines déprimées qui longent ses rives ; au voisinage des cotes, les dunes ou la ceinture de sable emiiêchent son écoulement vers la mer ; parlois elle léiissit à se frayer loin de son lit | riniilif un ou plusieurs passages, et transforme ainsi son embouchure en un delta dont le fond s'élève et s'encombre de plus en plus par le sable de la mer ou le limon du fleuve.
Le limon que charrient et que déposent les eaux courantes joue en effet un grand rôle dans la production des marais. Lorsque les pluies et la fonte des neiges gonflent et font déborder les torrents des moulagnes, l'eau dans son cours rapide entraîne avec elle le détritus des roches et la terre végétale mai fixée ; le limon qui la colore atteint parlois des proportions extraordinaires. Si, sur un point de son trajet ou en arrivant dans la plaine, le courant est brusquement ralenti, les parties les plus lourdes se déj osent, obstruent le lit du toiTent qui répand ses eaux au hasard et crée de vastes marais au voisinage des points où cessent les montagnes. Telle est en partie l'origme de cette zone immense des marais de Terryani qui longe pendant 500 lieues le pied même de l'Himalaya, et où se confondent lis sources des grands fleuves de l'Inde.
Les canaux d'assainissement qui, dans certaines contrées, recueillent les eaux d'infiltration, charrient souvent à l'époque des grandes pluies une eau devenue bourbeuse en passant sur des terres labourées. La pente très-faible qu'on est obliiïe de donner à ces canaux, la lenteur avec laquelle l'eau s'écoule, amènent rapidement leur obstruction par le dépôt des troubles, et l'inondation de toutes les parties situées au-dessus de l'obstacle. Les grands travaux d'assainissement opérés depuis dix ans en Sologne, en Bresse et en Dombes ont surtout consisté dans le curage des canaux et des petites rivières obstruées de la sorte» et l'on peut dire que partout ils ont été couronnés île succès.
Ces torrents et ces canaux peuvent conduire sans encombre leurs eaux limoneuses dans les grandes rivières ou les fleuves auxquels ils sont destinés. A l'époque des crues, la rapidité du courant est telle dans les parties supérieures du fleuve „ que les matières terreuses restent suspendues et même s'accroissent des débris arrachés à toutes les rives. Mais si l'embouchure se trouve sur une plage basse,
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peu inclinée, si elle a neu par une surface très-large et peu profonde, le limon, d'autant plus abondant que tous les alfluents y ont apporté leur contingent, se dépose derrière le moindre obstacle, et forme avec le temps les allerrissements successifs, les deltas et les îles qu'on rencontre à l'estuaire de tous les grands fleuves. Nous avons vu quel rôle important jouent dans cette occasion le travail incessant de la mer et le cordon littoral; derrière cette digue naturelle, la nappe d'eau retenue coumie dans les bassins de colmatage abandonne à la pesanteur les particules solides qu'elle cliarie, et après avoir ainsi embarrassé ou obstrué son issue naturelle, elle ne peut disparaître qu'en se frayant un passage à travers les sinuosités d'un delta fangeux. Ces vastes surfaces où l'eau douce du fleuve se mêle incessamment à la vase marine tiennent une place considirable dans l'bistoire des marais : nous donnerons de la plupart une description sp'ciale, nous contentant ici de mentionner l'île de la Camargue dans le delta du Rhône , les deltas du Danube, du Nil, du Gange, du Mississipi, du Sénégal, etc.
Certaines parlies du littoral, jadis immergées, sont parfois laissées à nu dans des conditions oiî il est impossible d'admettre soit l'atterrissement par le limon des fleuves, soit l'exhaussement du rivage par des dépôts que le flot abandonne. C'est par un soulèvement véritable de la croûte terrestre que s'explique l'émergence des côtes septentrionales de l'Europe : la commission scientifique de 1820 a constaté que dans le golfe de Bothnie ce soulèvement avait été de 1",50 depuis cent ans ; au contraire, les côtes du Groenland s'enfoncent lentement et progressivement sur une longueur plus de 200 beues. Dans les latitudes septentrionales, les plages marécageuses formées de la sorte n'ont qu'une importance secondaire au point de vue de leur influence sur la santé. La même hypothèse a été invoquée pour expliquer le retrait de la mer et la formation des étangs sur le littoral de l'Océan et de la Méditerranée, en particulier au voisinage d'Aigues-Mortes. « J'ai constaté, dit Babinet {Pievue des Deux Mondes, 1855, XI, 1519), que la côte de France qui borde l'Allaiitique s'élève de siècle en siècle d'une quantité sensible. Les marais salants du littoral de l'Aunis passent successivement à l'état de marais gàts.... non parce que la mer se retire, mais bien parce que la mer se soulève réellement. « Jusqu'ici cependant aucune autre démonstration positive n'a démontré la réalité de cette opinion.
Un phénomène semblable, mais plus limité, a transformé en marécages inhabitables la délicieuse Baïa et toute cette partie du littoral de la Campanie qui s'étend dePouzzoles au capMisène. En 1538, l'éruption qui fit brusquement surgir le Monte-Nuovo souleva le fond du lac Lucrin, dont les eaux boueuses inondèrent ce qui restait des villas et des temples ; les alternatives de soulèvement et d'abaissement de toute la presqu'île volcanique de Misène entourent aujourd'hui d'une atmosphère méphitique les lieux mêmes que Virgile, au commencement de notre ère, jugeait dignes de représenter les Champs-Elysées.
11 est un autre mode de formation des marais oh la stagnation des eaux, favorisée sans doute par la configuration et la nature du sol, s'accroît encore par l'absence presque complète de lévaporation. Dans les forêts non défrichées de l'A--, mérique, en Abyssinie, sur les bords du Gange et dans les jungles qui bordent, l'Himalaya, les grands arbres, les lianes, les végétaux de toute sorte forment une voûte si impénétrable aux vents et aux rayons du soleil, que l'atmosphère saturée d'humidité se renouvelle à peine ; l'eau des pluies et des ruisseaux dont l'évaporation est supprimée s'accumule sur un sol jonché de débris organiques séculaires, les décompositions sont activées par l'élévation de la température, et un
séjour de quelques heures est parfois mortel pour l'homme qui respire l'air chaud, humide et miasuiatique de ces forêts ra«récageuses.
A ces foyers d'origiue si diverse, il faut peut-être ajouter les marais souterrains dout l'existence, admise théoriquement par les uns, contestée par les autrfs, ne repose encore que sur un petit nombre de faits positifs. F. Jacquot, qui s'est fidt surtout le défenseur de cette opinion, dit avoir observé le phénomène suivant dans les houblonnières de Neuvillers-sur-Moselle, près de Nancy: après a\oir enfoncé dans le sol avec assez de peine une perche à houblon longue de 5 à 7 mètres, on sent tout à coup la résistance cesser, et la perche disjiaraît dans l'abime souterrain; il existait jadis à cet emplacement un marais pEStilentii'l, les anciens du pays l'ont vu se couvrir d'une croûte solide qui peu à peu s'est épaissie, et a pris assez de lorco j our |iorter actuellement dos groupes d'hommes et des voitures chargées. De même en Algérie, on trouverait dans les plaines du Serzou de grands marécages souterrains à une faible profondeur; une perche, après avoir percé l'écorce solide s'enfonce et disparait. 11 est de notoriété que les eaux du Sahara n'ont qu'un cours limité à la surface du sol ; il n'est pas rare de les voir disparaître brusquement, après un court trajet, dans le sein de la terre oii sans doute elles forment de vastes réservoirs. Dans un grand nombre d'oasis, il n'y a aucun ruisseau, aucune source visible sur le sol, mais si l'on creuse de quelques pieds seulement, on trouve une nappe d'eau souterraine, parfois intarissable, qui explique la possibilité et la vigueur de la végétation an milieu du désert. A partir de quelques journées de Biskra jusqu'à Tougourt, dit F. .lacquot, verdit une longue oasis, une bande de dattiers que les Arabes appellent dans leur laufrage figuré la rivière des palmiers . Ces dattiers puisent leur nourriture dans une terre humide, traversée par un cours d'eau caché sous une couche de terrain sec ; aussi la rivière des palmiers est ravagée par des fièvres que les Berbères appellent ktobria. Quand le mois d'octobre arrive, le cheik fait avertir les étran- «ms de s'éloianer de ce lieu redoutable, où tous trouveraient la maladie et beaucoup la mort. Les marchands et les voyageurs se retirent alors plus au sud dans l'oasis du Souf, qui est loin d'être aussi malsaine.
Le même auteur rappelle que dans les plaines de l'Amérique méridionale Humboldt et d'autres savants ont rencontré de petits cônes volcaniques, appelés salsas, qui vomissent des quantités énormes de boues. .Mais est-il suffisamment établi par là qu'il existe des marécages souterrains, ayant leur flore et même leur faune, car on a trouvé, dit-on, dans ces véritables volcans de boue une espèce de poisson qui n'existe pas dans les eaux à ciel ouvert)? de quelle jTofondeur viennent ces boues? dans quelles proportions contiennent-tlles des matières fermentescibles ? quelle est leur aciion sur l'organisme humain ? Toutes questions qu'il est indispensable de résoudre d'abord si l'on ne veut tirer de ces faits une conclusion prématurée.
Dans ces dernières années, M. le docteur Armieux a défendu avec beaucoup de talent et une grande conviction l'existence des marais souterrains, et aux exemples déjà connus il a ajouté des indications précieuses recueillies en des pays divers. C'est en Algérie surtout que cette hypothèse a été soutenue et accueilhe avec faveur; en effet, dans cette Algérie si meurtrière par les fiè\Tes, les véritables marais sont relitivement assez rares; et il est, dans les plaines, certains foyers d'une insalubrité notoire où l'on chercherait en vain de l'eau stagnante à la surface du sol, couvert de verdoyantes prairies. 11 en est de même des marais Pontins, qui ne présentent aux regards qu'une immense nappe de verdure où
l'on rencontre à peine çà et là quelques amas d'eau croupissante. Le marais proprement dit manque souvent, mais non l'Iiinnidilé du sol; il suffit parfois de creuser de quelques décimètres pour voir l'eau s'accumuler au fond de la cavité; au-dessous d'une couche peu épaisse, souvent très-sèche, de terre arable, apparaît l'eau d'infiltration, retenue par le sous-sol imperméable et qu'une déclivité insuffisiinte empêche de s'écouler vers la mer. Cette disposition est commune, elle réalise pour nous le véritable marais souterrain, et tout au moins un marais, dans l'acception médicale de ce mot.
B. Marais provoqués. Certains travaux entrepris dans un but utile se transforment parfois en foyers marécageux, soit par leur nature même , soit par la négligence avec LKjuelle ils sont conduits ou entretenus.
Pour cultiver un sol qu'une sécheresse extrême rend stérile, on sillonne sa surface de canaux et de rigoles d'irrigation dans lesquels on détourne un bras de rivière ou des cours d'eau situés à un niveau supérieur. Parfois même on inonde complètement le terrain, on le laisse sous Peau pendant une partie de l'année, par imitation des inondations fécondantes de certains lleuves. Quand les canaux d'évacuation sont mal construits, qu'ils n'ont pas une pente suffisante, ou qu'on néglige leur curage, Pimpéritie, l'imprévoyance ou le défout de ressources peuvent créer un marais là où n'existait qu'un désert stérile mais non pas insalubre.
11 en est de même de plusieurs moyens enij loyés précisément pour faire disparaître les marais : le colmatage, le luarpage et le terrement tendent à exhausser It sol au moyen d'un limon riche en matières organiques qui se dessèche et fermente, lorsqu'on laisse écouler l'eau du fleuve, de la mer, ou des tranchées redevenue limpide [ ar l'abandon de ses troubles.
Les rizières sont des marais entretenus et provoqués par des irrigations incessantes, par la staguation de l'eau, par l'humidité indispensable au développement delà plante; leur insalubrité est telle, qu'en 1845 l'Académie d'agriculture de Turin proposait un prix à l'auteur du meilleur mémoire sur les moyens de concilier cette culture avec la santé des personnes, et que Charles-Emmanuel, au siècle dernier, avait essayé d'anéantir dans le Piémont cette industrie dangereuse autant qu'utile.
En assurant la continuité de la circulation de l'eau dans les rigoles, la province de Verceil, en Italie, une partie de la Chine, etc., arrivent aune immunité presque com] lète.
MM. Boileau de Castelnau, Soulé et Levieux en 1850-53, ont démontré que les marais de la Camargue et des landes de Gascogne causaient des accidents plus graves et plus fréquents depuis qu'on y avait essayé l'établissement des rizières.
11 en est de même du coton, qui ne réussit que dans une terre humide ; dans les régions tropicales surtout, on aggrave encore les dangers de celte culture par l'habitutle de substituer aux engrais la vase des marais salins et les herbes marines ; cette pratique, usitée en particulier dans la Caroline du Sud, contribue sans doute pour sa part à la fréquence et à la gravité des épidémies palustres de cette contrée.
Les oseraies, aidnaies et saussaies se cultivent dans des conditions analogues; elles fournissent, il est vrai, un moyen assez fructueux d'utiliser les marais, mais par cela même elles empêchent toute tentative de dessèchement et d'assainissement ; elles devraient être limitées à des surfaces étroites et aux tossés qui reçoivent l'eau d'écoulement des champs trop humides.
L'exploitation des tourbières se fait à ciel ouvert, par l'extraction, en couches
successives, d'un soi presque uniquement formé de matières végétales arrivées à un certain état de désorganisation : les dé| restions ainsi créées sur une immense surface accumulent l'eau des pluies, et activent singulièrement la Ibrmalion et le dégagement des effluves marécageux.
Lorsqu'on établit les chemins de fer, on est souvent obligé d'emprnnter aux parties voisines de la voie la terre nécessaire à la construction des chaussées-, il en résulte des excavations rectangulaires, peu profondes, sans écoulement, qu'on nomme chambres d emprunt, et qui s'emplissent d'eau pendant l'uiNcr ou à l'époque des inondations. M. Dollfus-Ausset, en 1847, et M. Valéry iMeunier, en 1863, ont montré l'influence pernicieuse de ces tranchées transformées eu marais, le long du chemin de fer de Strasbourg à Bàle, et sur une longue étendue du chemin de fer de Madrid.
Les ports et canaux^ construits parfois au centre des villes, peuvent jusqu'à un certain point être assimilés à des marais ; l'eau y est sinon stagnante, du moins lentement et rarement renouvelée ; ils deviennent, au bout de peu d'années, les réceptacles d'immouilices de toutes sortes, la couche de vase s'y élève de plus en plus, le mélange de l'eau douce avec l'eau de la mer augmente souvent les sources de méj.hitisme, et les gaz infects qui s'en dégagent mesurent à la fois leur insalubrité et le travail de fermentation qui s'y accomplit. Le curage de ces cloaques entraîne une série d'opérations qui exaspèrent momentanément au plus haut point leurs propriétés malfaisantes. Les fossés des villes présentent, suivant leur étendue, les mêmes inconvénients et les mêmes dangers : dans les villes fortifiées, les fossés d'enceinte sont à sec pendant la plus grande partie de l'année ; leur fond vaseux, la putréfaction des plantes (jui y croissent ou des débris végétaux (jui y sont apportés en font trop souvent comme une petite ceiuluie de marais dont les garnisons subissent particulièrement l'influence.
Les routoirs sont des mares, des m;trais, des étangs utilisés, ou des fossés peu profonds creusés au bord des rivières, dans lesquels le chanvre et le lin doivent subir une fermentation qui permette de séparer le liber ou fi asse du parenchyme de la plante. On peut discuter encore aujourd'hui sur le degré d'insalubrité du rouissage, quand cette opération se l'ait dans des réservoirs dont l'eau se renouvelle rapidement ; mais quand elle a lieu dans des mares ou des fossés sans issue, il est évident qu'aux inconvénients de ces petits marais, de ces amas d'eau croupissante, viennent se joindre ceux d'une quantité considérable de matière végétale putréfiée dont les émanations fétides se répandent très-loin.
On peut rai)procher des murais les foyers d'ins;'lubrilé formés par les résidus de l'indigo, dont parlent les médecins de l'Inde, et qui, il y a peu d'années encore, formaient d'immenses amas au voisinage des chantiers ; au bout de trois ou quatre ans, ces débris alternativement inondés ou desséchés formaient un excellent engrais , mais on s'aperçut qu ils émettaient des miasmes aussi pernicieux que ceux des mnrais ; les ouvriers à leur voisinage prenaient il s lièvres graves, surtout à type rémitlent, semblables à celles des localités [lalu-lres; la supjiression de cette pratique a depuis lors fait disparaître les fièvres (Aitken, tke Science ofmed., t. Il, p. 986).
Sur la rive gauche de la Garonne, dans une étendue de 2,000 à 4,000 hectares, comme aussi dans la Meurtlie et dans la Nièvre, des marais en voie d'assainissement ou qu'on était enfin parvenu à dessécher sont devenus, depuis une vingtaine d'années, l'objet d'une spéculation qui a vivement excité l'attention des Conseils de salubrité. Dans le but d'élever et de reproduire des
sangsues, on a retenu sur ces marais, au moyen d'un barrage, une nappe d'eau de 15 à 50 centimètres d'épaisseur ; des chevaux, des mulets, des ânes, malades^ ou infirmes, furent introduits dans les bassins et remuaient de leurs piétinements une couche de vase tellement profonde qu'ils étaient fréquemment menacés de s'y engloutir; les sangsues s'attachaient par milliers aux membres de ces animaux et leur empruntaient le sang nécessaire à leur nourriture. Ces bassins, heureusement limités à un très-petit nombre de départements, et qui sont déjà en voie de décroissance, avaient le grave inconvénient de détruire l'œuvre du dessèchement si péniblement accomphe, et d'augmenter encore la profondeur des marais par le piétinement continuel des animaux livrés en pâture aux sangsues ; aussi, quoique les accidents d'impaludisme fussent moins graves sur leurs bords qu'on eût pu s'y attendre, on s'est efforcé, dans l'intérêt public, d'empêcher leur extension abusive et de réglementer leur exploitation.
Certaines localités oiî le sol était improductif, où les routes manquaient pour le transpoit des engrais et des amendements, ont utilisé les nombreux cours d'eau et la disposition naturelle des pentes en forme de bassin pour y créer une industrie et une sorte d'assolement qui semblaient d'abord capables d'enrichir le pays. Dans la Bresse, la Dombes, la Brenne, la Sologne, l'Allier, on a, par des barrages, transformé tontes les dépressions du terrain en étangs qu'on empoissonne pendau: deux aimées environ et qu'au bout de ce temps on vide au moyen de bondes ménagées à la partie déclive ; la chute d'eau est d'ordinaire utilisée comme force motrice par des moulins ou des u-'ines placés au bas de la vallée. Les détritus organiques de toute sorte accumulés pendant deux ans au fond de l'étang forment un limon lértile qui sert d'engrais an sol; quand ce fond boueux est suffisamment desséché, on y sème des graines fourragères, et dans l'année il se couvre de vertes prairies ou de gras pâturages. Cette transformation ne se fait point sans laisser pendant plusieurs mois de larges surfaces à l'état de marécages; d'ailleurs, même quand les ét;mgs sont en eau, les pentes qui descendent vers le bief ou fossé terminal sont d'ordinaire très-faiblement inclinées, et les changements de niveau qu'entraînent forcément les pluies, les cours d'eau ou les sources, découvrent pendant l'été des étages de terrains immergés pendant l'hiver. La partie extrême, la moins profonde, ce qu'on appelle la queue de l'étang, est presque toujours un véritable marais dont le sol vaseux à demi desséché laisse croître une végétation caractéristique.
A tous ces marais entretenus ou provoqués par la main de l'homme s'en rattache un autre groupe qui mérite une description séparée, en raison de la spécialité de leur origine, de leur influence sur la santé publique, de leur législation, etc. On donne le nom de marais salaiits à des réservoirs naturels ou créés par l'industrie, dans lesquels l'eau de la mer, après une évaporation suffisante, laisse déposer les sels et en particulier le chlorure de sodium qu'elle tenait en dissolution. Sur les côtes méridionales de la France, il existe certains étangs fermés où l'eau de la mer arrive par son évapora tion naturelle à un degré de salure considérable : dans l'étang de la Valduc, près de Marseille, la salure, variable selon l'abondance des pluies, atteint 20 et 2i° et n'est jamais au-dessous de 12 pour 100. Sur les plages peu inclinées de ces étangs, de minces nappes d'eau retenues par les changements de niveau se concentrent rapidement sous l'action du soleil et laissent déposer une couche abondante de sel : l'homme n'a fait qu imiter cet ingénieux concours de conditions naturelles.
11 existe entre les salines du Midi et celles de l'Ouest certaines différences de
constructiou qui s'expliquent par les différences de climat, la configuration des côtes, etc. ; mais, en définitive, un salin, une saline ou un marais salant se compose de deux parties ou systèmes de réservoirs reliés entre eux par des canaux de communication ; là, l'eau de mer se concentre ; ici, elle dépose ses cristaux. Le premier groupe comprend une série de bassins, plus simples dans le Midi, plus nombreux et plus multipliés dans l'Ouest oii la radiation plus faible du soleil, la fréquence des pluies, l'humidité de l'air rendent l'évaporation plus lente : aux chauffoirs ou partennements du Midi, correspondent dans l'Ouest : 1" \ejars,jas, vivres ou rasais, véritable étang vaseux qui recuit directement l'eau de la mer, alimente plusieurs salins et est d'ordinaire très-poissonneux; 2° les conches ; 5" le mort; A" les tables ; o°le miuoi, réservoirs secondaires ou fossés communiquant les uns avec les autres, et dans lesquels i'eau arrive peu à peu au degré de concentration voulue. Ce premier système de bassins a pour but de séparer de la solution saline le carbonate et le sulfate de chaux qui se déposent quand l'eau n'a que 15 ou 16 pour 100 de salure; quand elle atteint 22 ou 25", elle prend une teinte légèrement rosée qui arrive par degrés au rouge de sang ; elle exhale alors une odeur très-prononcée d'iris ou de violette que les sels nouveaux conservent pendant plusieurs moiî. Cette coloration annonce la cristallisation prochaine du sel ; elle a été jadis l'objet de nombreuses discussions et d'un rapport présenté par Turpin à l'Académie des sciences, en 1839. Turpin concluait au développement d'un végétal parasite, h protococciis kermesinus ou salinits, dont les globules fortement colorés donnaient à l'eau cette apparence rougeàtre, phénomène plusieurs lois signalé sur d'immenses proportions dans les eaux de l'Océan, la mer Rouge, etc. D semble admis aujourd'hui que le parasite qui transmet à l'eau sa couleur est un infusoire, le monas Dunalii.
Quand l'eau est prête à faire sa viraison, c'est-à-dire quand elle a 25" de salure environ, on la fait passer dans l'autre partie du marais, sur ce qu'on appelle tables de cristallisation dans le Midi, cobiers, phares, adernes, aires ou œillets dans l'Ouest. Ce sont de petites surfaces quadrilatères, très-égales, à fond de glaise bien battu , séparées par des rigoles où l'eau circule constamment. Au bout d'un ou deux jours, la couche liquide épaisse de 5 à 6 centimètres laisse déposer des cristaux, soit en plaques épaisses sur le lit même des tables (gros sel), soit en flocons neigeux qui restetit à la surface de l'eau (c'est le sel blanc, qui a surtout l'ode. ir de violette et qu^ les femmes pèchent avec des corbeilles). La récolte ou levage du sel se fait d'abord au centre des tables ou œillets, en pilons ou pilots qu'on rassemble plus tard sous forme d'énormes tas ou camelles, dans un endroit séparé et élevé du marais où le sel peut s'égoutter. La récolte sur tables se coutume chaque jour, quand le soleil est suffisant et que le temps est sec, du mois d'avril au mois de sejitembre.
Depuis les belles études de M. Balard, les grandes compagnies des salines du Midi utilisen les eaux mères qui ont abandonné le chlorure de sodium, et le succès est tel aujourd'hui, qu'il est difficile de dire laquelle des deux opérations est la plus importante. Les eaux mères sont recueillies chaque jour, et mises en réserve pour l'hiver quand le travad du sel proprement dil est terminé ; ces eaux qui contiennent du sulfate de potasse, du chlorhydrate et du sulfate de magnésie, sont alors amenées sur les tables de cristallisation en présence d une certaine quantité d'eau de mer concentrée ; là, sous l'influence d'une double décomposition et d'une diminution de la solubilité par l'abaissement de la température, il se dépose une couche épaisse de cristaux de sulfate de soude. Les salines de l'Ouest, moins
favorisées par le climat, divisées à l'infini entre un grand nombre de propriétaires sans entente et sans initiative, ne tirent aucun parti de ces eaux mères, les écoulent au dehors ou les rejettent sans profit dans les bassins de concentration.
Dans le Midi, le système de cristallisation se trouve sur un plan plus élevé que les cliauffoirs ou bassins d'évaporation; de sorte que l'eau saturée de sel passe dans l'autre partie du marais au moyen de pompes et d'appareils élcvatoires. Au contraire, dans l'Ouest, les ceiUets ou tables de cristallisation sont à la partie déclive, et l'eau y est amenée directement par des canaux à ciel ouvert garnis d'écluses. Cette dernière disposition a l'inconvcnienf grave de créer, au-dessous du niveau de la mer, de vastes surJaces qu'une inondation ou la suspension des travaux peuvent détruire et transformer en cloaques d'une insalubrité extrême.
Le marais est entouré de cbaussées ou bossis dont les revers sont parfois cultivés en prairies, en céréales, et auxquels sert d'engrais la vase marine retirée des jars ; ce sont de véritables digues qui préservent des inondations lors des hautes marées, digues parfois insuffisantes, et la fameuse marée du 5 mars iSôÂ, entre autres exemples, a causé les plus grands dégâts dans les salines de l'Ouest. En arrière des tranchées circulent plusieurs fossés tiès-pro fonds, dont l'un, fossé d'enceinte exigé par le fisc et servant à la garde de la saline, est souvent rempli d'une eau saumàtre, vaseuse et stagnante (Mélier).
Tel est cet ensemble compliqué qu'on appelle un marais salant et qui, lorsqu'il est bien entretenu, mérite à peine le nom de marais ; car si l'eau ne se renouvelle que lentement, au moins n'est-ellc pas croupissante, elle circule incessamment sur les surfaces ou dans les fossés de la saline. Nous verrons plus loin le résultat de l'enquête célèbre faite par Mélier en 1846-1847, et la salubrité relative des marais à sel bien dirigés et bien construits. Malheureusement, il n'en est pas toujouis ainsi : les inondations par les marées ou par la rupture des digues, le mauvais succès de l'entreprise commerciale, les chômages, l'inintelligence et l'incurie amènent souvent l'abandon des travaux ; les marais salants se transforment en marais gâls, et rien n'égale alors l'insalubrité d'un pareil voisinage.
Une division classique a admis la dislinction des marais d'eau douce, d'eau salée et des marais mixtes : ces derniers se forment par le mélange de l'eau de la mer avec de grands amas d'eau douce, chargée de matières orgai iques et capable de subir des décompositions que nous étudierons plus loin; il résulte de ce mélange une eau saumàtre qui se corrompt aisément, dans laquelle les poissons se dé\eloppent à peine ou meurent prumptement, et qui détermine des accidents graves chez l'homme. Les marais gàts ou abandonnés sont donc des marais mixtes ; ils conservent ce caractère pendant très-longtemps, tant que la pluie et l'eau douce des ruisseaux n'ont pas lavé et dessalé les couches protondes imprégnées de particules salines. Les marais salants sont presque toujours placés sur les côtes, et bien souvent ils occupent un niveau inférieur non-seulement à celui de la mer, mais encore à celui du pays voisin; ceux de notre liitoral occidental sont, à ce point de vue, dans des conditions très-défavorables, et le triste sort des marais de Brouage est à la fois un avertissement et un exemple du danger de l'industrie sahcole au point de vue de l'hygiène publique et de la police médicale. A côté des marais gàts, il convient de mentionner l'insalubrité extrême que produisent les eaux thermo minérales quand on les laisse se perdre sur des basfonds marécageux, ou quand elles s'écoulent dans des lacs, des étangs, des amas d'eau stagnante. Savi a rapporté l'exemple fameux du lac de Rinn'ghano infecté par les souLces chaudes et salines de Caldana ; les sels de chaux et de magnésie
eontenus dans l'eau de ces Ihernies, au contact d'une vase riche eu débris organiques, dégageaient des quantités considérables d'bydrugène sulturé; le méphitismc et les fièvres cessèrent dès qu'on eut détourné les sources et desséclié le fond du lac.
Géographie et statistique des marais. L'énuméralion géographique des marais qu'on observe à la surface du globe serait fastidieuse, forcément incomplète, et n'aurait qu'un intérêt secondaire : il peut être utile, au contraire, de signaler rapidement dans chaque contrée les régions les plus célèbres par leurs conditions palustres et par les accidents qu'on y rattache. Nous nous étendrons plus longuement sur la statistique et la description des marais de la France, autant du moins que le permettront les documents peu nombreux et parfois contradictoires que nous avons pu recueillir.
En celte recherche, quelques auteurs se sont laissé entraîner à indiquer bien plutôt la répartitio:! des eaux stagnantes que celle des marais proprement dits et des localités marécageuses ; peut-être <e sont-ils un peu trop inspn-és de la thèsf remaïquable soutenue par M. Motard en 1858, thèse ayant d'ailleurs ce titre : Des eaux stagnantes et en particulier des marais et des dessèchements. Sans doute , il est rigoureusement vrai au point de vue de l'étymologie que la mer Caspienne, la mer Moite, les lacs des liighlands d'Ecosse, etc., sont des amas à'eau stagnante; mais quel intérêt y a-t-il au point de vue médical cà rapprochesdans la même énuméralion les marais Poutins ou les m;irais de la Hongrie d'une part, et de l'autre le lac Lomond, p.ir exemple, dont l'eau admiialtlement pure, retenue sur une longueur de 40 kdomètres et sur une profondeur de 3 ou 400 pieds entre des montagnes verticales, a été amenée à grands frais à Glascow, et fait de cette cité une des villes les mieux douées au point de vue des eaux potables.
Afrique. Le delta du IS'il est une immense surface marécageuse, tour à tour couverte d'eau croupissante et desséchée, oti la mal'aria sévit chaque année dans ^arrière-sai^on. Volney [Voyage en Egypte, t. I, p. 9) définit le delta: « Une plaine sans bornes, qui, selon les saisons, est une mer d'eau douce, un marais * fangeux, un tapis de verdure ou un ch imp de poussière. » L'étendue encore in- , connue de son parcours, la rapidité de ses torrents et de ses cataractes chirgent le fleuve d'un limon épais que les eaux déposent sur les surfaces inondi'es et qui, au moins dans la basse Egypte, engendre des maladies graves lors du dessèchement. La crue et le débordement du Nil se font à une épvXpic d'autant plus rapprochée qu'on remonte vers le p'ateau central de l'Alrique ; les digues sont rompues vers la haute Egypte dès la fin de mai ; ce n'est que le 15 août que se romi t le chalige, la digue principale du Caire, et le delta n'est complètement inondé que vers le 15 ou le 25 anùt. Le fleuve, à l'époque de la crue, présente un phénomène très-curieux qui doit concourir pour sa part à la production des fièvres endémo-épidémiques : les eaux prennent une coloration verte très-prononcée, en passant par les teintes vert pomme et même vert émeraude. « ... 11 n'y a plus de doute d'après nos recherches, dit Schnepp, que la coloration verte du Nil nelienneuniquemeiu à la présence de Ja clilurophy/^e déplantes 3quati(|ues, de conlerves, d'algues, eic. Cette teinte est transmise même aux intusoires qui nagent d.:ns ses eaux. Pendant les basses eaux, M. d'Arnaud a trouvé le fleuve B anc, au 10^ degré, littéralenienl co ivert d'une exubérance de végétation ; les premiers llois de ia crue rencontrent ces plantes sur leur parcours, et les entraînent avec eux; il se fait une espèce d'infusion végétale qui donne lieu à
la coloration du Nil. « Les lacs amers que traverse le canal de l'isthme de Suez sont dos marais saumàtres, de protondeur Irès-irrégulière, et le grand mouvement commercial qui va se développer sur cette ligne leur donne un intérêt et une importance nouvelles au point de vue de la salubrité publique.
Au pied du versant septentrional des montagnes qui limitent l'Abyssinie, se trouve une zone de terres basses appelée Kollas, où l'eau des torrents ne trouvant que des pentes insuffisantes, forme d'immenses marais couverts d'une végétation magnifique; celte bordure de bois nrirécageux s'étend entre le H^ et le 15*^ degré lat. N., sur 52° longlt. E. ; elle donne naissance à plusieurs ;iffluents orientaux du Nil, et notamment au Mateb. Les eaux enirainent au delà de cette ceinture des Kollas une terre grasse, noire, chargée de détritus organiques, et l'on doime le nom commun de Magaza au pays très-insalubre mais très-fertile formé par ces alluvioDS ; les Abyssins et les Changallas vivent misérablement au milieu de ces mai ais boisés que les fièvres, plus encore que les animaux féroces, rendent presque impénétrables. Le b.issin de Belad-el-Taka, situé plus au nord, est une plaine basse, isolée des précédentes, et inondée chaque année vers la fin de juin par les eaux du Mareb, un des ailluents orientaux du Taccazé : sa fertilité e^t extrême, mais* elle n'est cultivée qu'au prix d'une cnchexie palustre portée à ses dernières limites (Karl Ritter, Géographie générale comparée, t. 11, p. 336-587).
Les côtes de Mozambique et de Zanguebar sont plates, et presque partout les cours d'eau s'étendent en nappes mal contenues au milieu de- plaines et de forêts marécageuses, dont l'insalubrité explique la rareté des établissements européens sur celte côte.
Les rives occidentales de Madagascar, comme tout le littoral de Mayotte, présentent une couche d'ail uvions vaseuses, couvertes de lianes et de palétuviers auxquels on attribue les endémo-cpidémies de fièvre et de dysenterie.
L'expédition du Niger, entreprise par les Anglais, en 1841-45, dans l'intérieur de la Guinée, .i rendu célèbres les fièvres graves qui sévissent plus encore à l'em bou( hure que sur le cours su|)érieur du fleuve.
Pendant la saison des pluies, les crues du fleuve Sénégal élèvent son niveau de» 8 à 10 mètres, de juin à novembre ; aussi le bas Sénégal, formé en grande partie de lerrains d'alluvion, est sillonné de foyers marécageux, de bas-fonds, nommés marigots, où l'eau s'accumule pen;lant la saison sèche : les lacs de Cayor et de Paiiiefoula, s'emplissent puis débordent à l'époque des crues, reproduisant le phénomène que présente le lac Miéris dans le délia du Nil. Sur une longueur de 60 lieu.^s, de Podor à l'embouchure, s'étend un délia découpé d'iles nombreuses, élevées à peine au dessus du niveau des eaux, et dont l'une, où se trouve Saint- Louis le chef-lieu de nos possessions, ne combat son insalubrité qu'au prix de travaux considérables. Toutes ces régions, ainsi que la côte basse de Barbarie, sont alternativement sèches et submergées, abjeuvées d'une eau saumàtre mêlée à la vase que soulèvent les barres du lleu\e ; les palétuviers y couvrent le sol de leur feuillage épais ; la dysenterie, les fièvres palustres, parfois la fièvre jaune, y élèvent en moyenne la mortalité annuelle à 100 pour 1,000 hommes ; en 1830, par l'effet de la fièvre jaune, cette mortalité a atteint le chiffre énorme de 575 pour 1,000 (Dutrouleau). Les eaux siagnantes et le sable submergé renferment les larves du dragonneau ou. filaria Medinensis qu\ sévit non-seulement à Médine, mais à Siena-Leone et dans toute la Sénégambie (Benoit, Arch. 7iav.,' t. Vf, VII, VIII).
La partie du littoral africain qui rejoiut la Méditerranée est si peu explorée qu'on n'ose dire qu il ne s'y trouve pas de localités palustres.
Depuis quarante ans bientôt que nous occupons l'Algérie, il semblerait qu'on dût connaître la to| ographie des marais de cette annexe de la France aussi exactement que celle des départements de l'intérieiu-. Malheureusement un travail d'ensemble n'a jamais été publié; cette lacnne s'explique par la vaste étendue du pays, dont certains points n'ont été explorés ou contjuis que depuis une époque relativement récente ; elle tient en outre auv transformations, aux améliorations I progressives, obtenues par des travaux d'assainissement et de défrichement qui I ont certainement coûté à la France plus d'hommes et plus d'argent que les guerres ; de la conquête. Un fait, d'ailleurs, frappe tous ceux qui arrivent pour la première fois dans cette Algérie, foyer permanent des pyrexies complexes dont les travaux de M. Maillot ont révélé la nature et raiïinité : on s'attend à rencontrer partout de vastes surfaces marécageuses inondées, couvertes d'eau croupissante, et Tonne voit en réalité que des plaines accidentées, desséchées, fendillées et arides à la fin de l'été, verdoyantes au contraire au printemps et pendant une grande partie de l'année.
Ce n'est qu'à l'époque des grandes pluies qu'on rencontre de véritables amas d'eau stagnante le long des cours d'eau débordés ; quand la saison des chaleurs est venue, les marais proprement dits n'y sont pas beaucoup plus communs que dans certains départements de la France. De là est née cette tendance à nier à la fois l'existence et l'action des effluves marécageux, opinion qu'on trouve formulée d'une façon doctrinale dans le livre de M. Armand {l'Algérie médicale), et qu'accusent différents travaux émanés de médecins qui ont longtemps observé en Afrique. Dans cette revue forcément sommaire et très-incomplète des provinces de l'Algérie, nous verrons que si les marais, tels que les comprend le géographe, manquent parfois dans notre colonie, le sol palustre, tel que l'entend le médecin, s'y retrouve presque partout avec ses qualités essentielles et les conditions qui président à sa formation.
La Mitidja représente par excellence la partie littorale et palustre de la province d'Alger; c'est une vaste plaine de 95 kilomètres de long sur 10 à 12 de profondeur, qui du S. 0. au N. E. descend de l'Atlas vers le Sahel, c'est-à-dire vers la série de montagnes basses ou de collines qui bordent la mer. Le sous-sol de la plaine est formé par une argile grise imperméable ; dans les parties déclives, assez rapprochées du littoral, ce sol argileux est presque à nu, et n'est recouvert que par une couche mince de terre arable qui dégage, quand on la remue, une forte odeur de marécage ; au contraire, dans la zone rapprochée de l'Atlas, l'assiette de la plaine a été recouverte, dans la série des siècles, par les débris schisteux et la terre que les torrents ont emportés en descendant des montagnes. Ces terrains d'alluvion ont formé peu à peu un immense talus adossé à l'Atlas et se terminant en pente douce vers le milieu de la Mitidja ; ils sont perméables et absorbent assez rapidement les nappes d'eau accumulées à leur surface à l'époque des crues. Cette eau, arrêtée par le sous-sol argileux de la plaine, vient sourdre à l'extrémité inférieure du talus, sous forme de sources ou de ruisseaux, et donne naissance à des marais grossièrement appréciables quand la masse d'eau est suffisante. Après les pluies de l'hiver, les parties basses de la plaine sont recouvertes d'une couche d'eau de 5 centimètres environ, que l'évaporation dissipe au bout de trois mois; pendant cette première période, les fièvres sont peu fréquentes et bénignes; mais, quand l'évaporation commence à atteindre l'eau
dont le sol est resté si longtemps saturé, alors éclatent les fièvres graves et commence rendémo-é|iidéniie.
Oiilre ces conditions gém'rales d'immidilé, il y a encore en certains points de véritiibles marais et des bas-fonds remplis d'eau qui se dessèchent peu à peu , après avoir formé pendant plusieurs mois des amas d'eau stagnante. •
Le docteur Quesnoy, dont la Topographie médicale de la Mitidja doit désormais servir de modèle à l'étude de tout le territoire algérien, signale les marais suivants, en allaut de l'ouest à l'est :
Dans le bassin du Nador, les marais formés par le débordement de l'Ouedbou-Ardoun et de l'Oued-bou-Irsan ; le marais de Borrlj-il-Arbah.
Dans le bassin du Mazafran, le lac Alloulali, d'une étendue de 1,800 hectares, entouré d'une zone marécageuse qui en double la surface, et dans laquelle la couche d'eau, épaisse de 50 centimètres peudant l'hiver, est évaporée com[ilétement à la lin de l'été ; les travaux accomplis depuis un certain nombre d'années conduisent en partie ces eaux dans l'Oued-Jer, mais n'ont réussi qu'à diminuer seulement l'insalubrité proverliale de ce lac. La Chiffa, à l'époque des crues, couvre d'eau une grande partie des plaines qui longent sa rive droite, et iorme les immenses marais de Ferguen, de Cliaïba, de Mazafran, dont M. Quesnoy évalue la surface totale à 200 kilomètres carrés.
Dans le bassin de l'Harrach, les marais de Baba-Ali sont dus au débordement annuel de l'Oued-Guerrech ; ceux de la Rassauta, sur la rive droite, sont formés par les crues de l'Oued-Djemma et de l'Uued-Smar. De plus, la barre de sable que les vents ont formée dans la rade d'Alger à l'embouchure de l'Harrach rend presque inévitable, chaque hiver, le débordement de celte rivière sur la plus grande partie de son cours. Les barrages construits sans précaution pour faciUter les irrigations, le mauvais état d'entretien des canaux et des cours d'eau naturels, l'ensablement à l'embouchure des rivières, multiplient pendant la saison des pluies les amas d'eau et les inondations dans la plaine. Leur disparition assez rapide par l'évaporation de la couche libre qui recouvre le sol explique, dans une coitaint mesure, l'absence apparente des marais à l'époque précisément où l'endémcéj)idémie sévit dans tou^e sa rigueur. L'Enquête agricole pour le département d'Alger, publiée en 1870, dit en outre qu'il reste à dessécher complètement : les marais de l'Oued-Kebira (IjH'J hect.); ceux de Lamirat, de Ben-Kiouen, de Sidi-Erzin et du Oued-Hamed (1,838 hect.), sur la rive droite de l'Arrach ; ceux du Bou-Roumi inférieur et de la rive gauche de la Chiffa (2,520 hect.) ; ensemble, 5,270 hectares (p. 153). Déplus, l'assainissement des marais de la Rassauta (Maison carrée) laisse beaucoup à désirer par suite d'un entretien insuffisant, en particulier dans les marais des Sept-Palmiers, de Sidi-Erzin, d'Oulibadn (p. 105).
De l'autre côté de la première ligne de l'Atlas, dans la vallée profonde où coule le Chélif, le plus grand fleuve de l'Algérie, se trouve de même une zone de terrains infiltrés, plus rarement inondés, dont l'insalubrité n'a que faiblement diminué et qui a fait pendant longtemps d'Orléansx ille une des loL'alités les plus malsaines de la colonie. Les immenses marais de Kséria et tous ceux qui sont situés entre Bou-Guezoul et Djolfa, à droite de la route de Laghouat, ne méritent qu'une courte mention en raison de l'absence presque complète d'habitants dans ce pays.
Dans la province d'Oran, la plaine du Sig et de l'Habra qui mesure 50 kilomètres sur 30 environ est plate, à (lenle presque nulle, entourée de montagnes dont elle recueille les sources et les pluies; le canal de la Macta, destiné à conduire les eaux vers la mer, est souvent ensablé à son embouchure par le vent qui souffle
des dunes, et laisse alors une partie du pays inondée : le dessèchement de ces marais est actuellement en cours d'exécution. La plaine du Sig, oii l'on cultive avec succès le coton, est entretenue par des irrigations et des barrages parfois mal dirigés dans un état constant d'iiumidité, qui explique aisément les fièvres si communes à Saint-Dcnis-du-Sig et dans les campements temporaires établis çà et là. L'Enquête agricole de 1870 évalue à î200 hectares seulement l'étendue des dessèchement sopérés jusqu'à ce jour dans le département d'Oran (p. 510), et, en dehors des lacs salés, n'y signale l'existence d'aucun marais projtrement dit.
La ] laine de la Seybouse, dans la province de Constantine, est en grande partie située sur un plan inférieur au niveau de la mer ; il en résulte autour de Boue, à l'époque des pluies, une vaste étendue de marécages qui s'étendent entre la Seybouse et l'Oued-el-Kébir, depuis les dunes qui bornent le golfe de Bone jusqu'aux montagnes des Beni-Salah. Dans la petite plaine de Bone elle-même, les eaux douces mélangées à celles de la mer s'accumulent sur une surface de 500 hectares environ, par le débordement de la Doudjiiiah souvent ensablée à son embouchure parles cours d'eau qui descendent de la montagne pour gonfler la Seybouse. Un canal de ceinture, le Ridssemi d'or, a été construit pour réunir tous ces cours d'eau et empêcher leur débordement ; de grands travaux de canalisation ont été achevés depuis quinze ans environ, et Bone qui, du 16 avril 1852 au 16 mars 1855, avait reçu 22,250 fiévreux à l'hôpital militaire, est aujourd'hui un poste recherché. Cependant les marais ne sont pas détruits complet ornent, et des épidémies nouvelles se produisent de temps en temps par 3e débordement ou l'obstruction des canaux de dérivation. A quelques lieues à l'ouest de Bone. s'éteud Je lac Fezzara, d'une superficie de 12,000 hectares, dont les eaux, douces au milieu du lac, saumàtres presque partout, découvrent pendant la saison chaude une vaste zone iusalubre, où la Société algérienne a tenté récemment avec succès de grandes plantations d'eucalyptus. \J Enquête agricole qui mentionne les Iravaux de dessèchement entrepris pour le iac Fezzara, celui de Fedj-e!-.Vaïs, la plaine des Senendjas, celle des Beni-Urgnie et la petite [daine de Bone, lécîame le dessèchement des marais situés en territoire militaire, sur la rive dioite de rOued-Summann, à 4 kilomètres de Bougie, marais dout les émanations pestilentielles rendent la plaine inhabitable pour les colons pendant six à sept mois de l'année. Près de Constantine, la vallée de Soukua est rendue très-n)alsanie jar î?. présence des marais de ce nom et du lac salé qui est au-dessous (p. 345 et 414),
Indé|-eudamment de beaucoup d'autres localités marécageuses dont rénumération ne peut trouver place ici, il faut mentionuer les daia ou nierdja, prairies humides, dont le nom se trouve joint à l'ajipellation d'un grand nombre de lieux; les grands lacs salés, chotts ou scbkha, qu'on rencontre dans le Sahara al:^crien (Cholt-el-Saïda, Chott-el-Gerghin, etc.), et jusque dans le Tell, comme le lac salé de Meserguiu et les salines voisines d'Arzew. Ces marais, dont l'étendue est parfois immense, dont l'eau chargée de sel est croupissante, n'engendrent que peu de fièvres et seulement dans leur voisinage immédiat; le degré extiênîe de salure auquel Févaporation continue amène le liquide, la rareté relative des végétaux et des auiniaux qui y vivent, concourent sans doute à modifier les phénomènes de décomposition organique, et expliquent eu partie l'immunité dont jouissent les rares habitants de leurs rivages.
Asie. Par les nombreuses découpures de ses côtes, ses hautes montapnes of (gg grands fleuves ((ui en desceudeut, l'Asie préseule une élcudiie considérable di' :uarais dont la pestilence est accrue, dans les régions tropicales, par l'élévation delà
température. Dans les parties les plus rapprochées de l'Europe, ou rencontre comme autrefois les marais de la rive orientale de la mer d'Azov [Palus Mœotis) ; dans le pays cpii fut jadis la Colchide et que représentent aujourd'hui les provinces d'Iméréthie et de Mingrélie, le Rioni et la Kouirila se frayent un pénible passage vers la mer Noire à travers les marécages et les atterrissements où Hippocrate décrivait la cachexie palustre des riverains du Phase.
La vaste plaine de la Bekka, siluée entre les deux Libans à une altitude de i, 200 mètres, est, dans une grande étendue, transformée en marais vaseux, parfois impratroables par le débordement des rivières qui la traversent du nord au sud.
La vallée du Jourdain, au voisinage de la mer Morte, forme quelques marécages dont l'insalubrité trouve sans doute rarement des victimes ; la mer Morte, contenue pres([ue partout entre deux montagnes verticales, et dont la salnre extrême C^ôO pour lOOU) ne permet le développement d'aucun être vivant, végétal ou animal ; la mer Morte, dont les eaux sont profondes, ne peut être en rien comparée à un marais, et les touristes qui seuls la fréquentent n'y ont sans doute jamais contracté de maludies réellement palustres.
Dans la magnifique vallée oii coulent le Tigre et l'Euphrate, l'abandon complet des travaux qui, on réglant les débordements des fleuves, assuraient, la prospérité de Babylone, de Ninive et plus tard de Bagdad, a transformé ce pays en déserts arides ou en plaines inondées par une eau limoneuse et stagnante. Au-dessous de Hillah, l'ancienne Babylone, l'Euphrate ne forme plus que d'immenses marécages, au milieu desquels se trouve la ville de Lamloun.
Bassorah, au confluent des deux fleuves, est chaque année ravagée par les débordements du Cliat-el-Arab qui couvrent son entourage de marais.
Toute cette partie de l'Asie dont la mer Caspienne occupe le bas-fonds central est fortement déprimée au-dessous du niveau de l'Océan; outre des lacs salés, fructueusement exploités, on rencontre sur beaucoup de points de cet immense bassin de vastes amas d'eau qui se forment pendant l'hiver, par l'accumulation des pluies dans les régions déclives, et qui, en se desséchant, mettent à nu des fonds couverts de vase et de débris organiques décomposés. Aussi l'influence palustre est-elle très-manifeste à Téhéran, bâtie au milieu d'un plaine élevée, très-fertile, mais entourée de tous côtés par des montagnes dont elle reçoit les eaux. Quoique les marais proprenjent dits ne s'y rencontrent qu'accidentellement, les maladies palustres y régnent pendant l'été avec une telle violence que la ville et la cour abandonnent Téhéran pour aller camp*'' sous des tentes dans la plaine de Sultanieh (Tholozan).
Les rives du golfe Persique sont presque constammenti^ md'^es, couvertes d "atterrissements et de marais insalubres; heureusement la population est rare et clair-semée dans cette zone que les Persans ap[)ellent Ghermasir, teiTe chaude, et Daschtistan, terre plate.
La vallée du Sind et de l'indus traverse des terrains d'alluvion imprégnés de sel. A l'époque des moussons, les torrents de l'Himalaya gonflent le fleuve et le chargent d'une quantité énorme de limon qui, après un parcours de 600 lieues, vient former un delta célèbre dans lequel se fout jour onze branches secondaires. Toute cette surface est un marais, dont la portion la plus rapprochée de la mer prend le nom de Marais de Rin. Au S. 0. de ce delta, se trouve la presqu'île de Guzarate, dont le sol bas et fangeux est fréquemment inondé par le iMaby, le Tapté et la Nerbuddah; de hautes forêts et des jungles ombragent ces marais, où
les fièvres sévissent de façon à rendre le séjour dans ce pays impossible aux Européens.
Le littoral de la presqu'île indo-gangétique présente la même configuration et les mêmes foyers d'infection. A l'est comme à l'ouest, une chaîne de montagnes très-rapprochée de la côte déverse ses eaux sur une plaine basse, oîi un cordon littoral très-marqué empêche l'écoulement facile des rivières. Presque partout, de Calcutta à Ceylan et de la côte de Malabar à Bombay, on rencontre une bordure ■de jungles formant de véritables forêts sur les marais vaseux: qu'abandonne la mer. La côte occidentale jusqu'à Bombay est toutefois la plus insalubre, les forêts de la côte sont presque non interrompues et engendrent des fièvres d'une gravité extrême.
Ceylan, à la pointe orientale de l'Inde, est très-salubre dans les parties élevées et montagneuses de l'ile ; mais les pluies que les hauts plateaux conduiseiit sur les plaines abaissées du littoral causent des débordements en mars et avril, et entourent l'île d'une ceinture de marécages dont la température équatoriale (7" et ■8" lat. N.) active encore les effets pernicieux. Les hépatites, la dysen'erie, les fièvres palustres, y font chaque année de grands ravages.
A l'embouchure du Brahmapoutre et du Gange, se trouve un immense delta triangulaire de 30 à 40 lieues de côté, traversé par un des bras du Gange, l'Hougly, qui donne son nom aux marais, à cette mer de houe dont parle Victor Jacquemont. Tous les ans, le fleuve inonde cette partie basse, sur une étendue de
plus de 100 lieues. « On arrive à Calcutta après avoir franchi la région du
delta, pleine d'îles basses et marécageuses, couvertes de tailhs, de buissons épais et de véritables forêts ; toutes ces îles sont bordées d'alluvions où, sous un soleil de feu, d'énormes quantités de matières végétales et animales entrent en décomposition. Quand on a franchi les barres périlleuses du Gange que créent ces alluvions, on côtoie les rives de ce delta, la région des Sunderbunds, effrayantes solitudes boisées (souudarivana, arbres soundari) qui forment au bord de la mer une zone de 55 lieues de long sur une profondeur de 20 à 50 lieues, rivages de mort, solitudes pestilentielles oii aucun être huinain ne s'aventure » (Pauly). Sur l'flougly, se dressent les monuments funéraires cù l'on brûle les corps avant de les lancer dans le Gange ; le plus souvent la combu:tion n'est que partielle, pour les pauvres même on n'en fait, que le simulacre, et les débris que les crocodiles, les requins ou les oiseaux de proie ont négligés voai s'échouer dans les marais fangeux de la rive où ils ajoutent leur corruption à celle de débris végétaux de toute sorte. Les débordements et les marais remontent dans la vallée du Gange jusqu'à Bénarès ; dans toute la province de Bengale couverte de rizières, on peut dire que la fièvre €t le choléra régnent d'un façon endémique.
Au pied de l'Himalaya, dans les parties septentrionales de l'Inde, se trouve une contrée marécageuse et boisée pe nous avons déjà mentionnée ; c'est le Teray, Teraï, ou Terryani. Sous des forêts im[inétrables que le soleil perce à peine, débordent et se mêlent les eaux des nombreuses sources du Gange et d'autres, fleuves, sur une longueur de plus de 500 lieues, et sur une largeur de o à 10. Lechloléra, les fièvres pernicieuses dévastent ce pays, et il est telle région où l'on ne peut séjourner un seul jour sans une certitude de mort presque absolue. La cachexie palustre à son degré exirême et aussi le goitre et la scrofule épuisent les populations clair-semées qui vivent sur la lisière de ces jungles (X. Raimond et Karl Ritter.) La basse Cocliinchine n'est à vrai dire qu'un delta de 150 kil. de profondeur,
formé par les allin ions du Mékong ; la partie inférieure de la province se trouve située un peu au-dessous du nivea;i des hautes eaux et des fortes marées. Le Cambodge, traversé également par le Mékong, est sujet, comme le Nil, à des débordements aunuels. « Au centre de la partie occidentale, dit M. Thorel, se rencontra le Grand-lac (Tonly-Sap), immense excavation... mal limitée pendant les basses eaux, tout à fait sans limite à l'époque des pluies, où ses eaux se confondent avec rinondation qui couvre la campagne et les forêts. Il en est de même dans le Laos mférieur, oià pendant trois mois l'œil n'aptrçoit qu'une immense nappe d'eau. Les deux tiers de tout ce pays sont cultivés en rizières ; l'abondance des pluies (3'", 96 en 18B5) transforme pendant si^c mois les vallées, les excavations et même toutes les plaines en marécages, fojers actifs de miasmes paludéens ; aussi rindo-Chine peut-elle être rangée parmi les contrées les plus insalubres du globe. »
Les côtes noyées de la Chine sont marécageuses jusqu'à une distance parfois considérable. Ilong-kong, Macao sont des foyers célèbres de mal'aria et de dysenterie; la culture du riz favorise partout des conditions d'insalubrité qu'une exploration insulfisante de la Chine permet seulement de préjuger.
Amérique. On peut dire que tout le littoral de l'Amérique centrale, depuis l'ishme de Panama jusqu'au Mississipi, est bordé d'une ceinture de palétuviers recouvrant des marais inondés ; il faut eu exci^pter la presqu'île de Yucatan, dont les côtes accores sont sèches et salubres. Dans la baie de Yera-Cruz, derrière les dunes couvertes de palétuviers qui s'avancent dans la mer, s'étend au voisinage de la ville une grande étendue de marais, les marais de Téjeria, où notre armée a campé lors de son arrivée dans le |iays. Le sol est au-dessous du niveau de la mer, couvert de plantes aquatiques, l'humidité y est extrême; ou y contracte des lièvres pernicieuses, foudroyantes, mais la fièvre jaune y est presque inconnue. Toute la partie des terres chaudes qui s'étend de la mer à la Soledad forme un soi détrempé pai' les pluies et les cours d'eau, où de vastes plaines sont alternativement couvertes d'eau et desséchées ; les foyers palustres, sinon les marais, se continuent jusqu'au Chiquihite, par une altitude de 250 à 500 mètres. La ville de Mexico est située au fond dune vallée, dominée par de grandes nappes d'eau qui se déversent toutes dans les lacs de Texcuco et de Chalco : ce dernier se trouve plus élevé d'un mètre que la ville tout entière et, pour éviter des inondations formidables, on a dû entourer la cité d'un système complet de canaux endigués, dont l'un, le canal de Huehuetoca n'a pas moins de 60 mètres de profondeur, sur 110 mètres de largeur et 20 kilomètres de longueur. Ces travaux ne réussissent pas toujours à préserver Me.xico dont les rues, en 1772 et en 1851 notamment, furent envahies par les eaux. Malgré des conditions topographiques cii apparence si. défavorables, il est de notoriété que l'on contracte assez rarenienl la fièvre soit à Mexico même, soit au voisinage des marais, et l'on n a pu donner jusqu'ici une explication satislaisante de cette curieuse immunité (Jourdauet, Coindet). De même, les nombreux marais de la Californie et en particulier de San-Francisco ne semblent occasionner que des fièvres rares et peu raves.
Le Mississipi a formé à son embouchure, par des atterrissements successifs, un delta marécageuv comparable à ceux du Nil, du Sénégal et du Gange : une digue de 80 kilomètres est devenue nécessaire pour jréserver la ville de la Nouvelle-Orléans des inondations du fleuve. L'élévation des atterrissements du cordon httoral entraîne des débordement- presque sans limites ; l'eau s'accu-
mule dans des bas-fonds fangeux, complètement isolés, à l'époque des chaleurs, dos bouches nombreuses du Mississipi ; les célèbres bayoux, peuplés de crocodiles qui se cachent sous la vase des marais, contribuent pour lu plus forte part à l'insalubrité du bas Mississipi et de cette partie de la Louisiane, un des berceaux de la fièvre jaune. Les débordements du Mississipi et de ses affluents se produisent jusqu'à une grande distance de l'embouchure, dans l'Arkansas et dans le territoire des Indiens où certains points, tels que le fort Gibson, ont mérité le nom de Cimetière de l'armée. Dans la Floride, les côtes marécageuses couvertes de jungles (Saint-Augustin, Fort-Broke, Pensacola, etc.), ne fournissent qu'un petit nombre de lièvres, tandis que les savanes de l'intérieur (Fort-Jackson, Gadsen, Escambia) sont le foyer des plus cruelles endémo-épidémies. La Caroline du Nord est, comme la Virginie, un pays humide et malsain : à l'est de ces deux ' provinces on rencontre les Pine-barrens, vastes forêts marécageuses, dont l'un des foyers principaux est célèbre sous le nom de Great-dismal-Swamp.
Au nord des États-Unis, le sol du continent semble s'abaisser vers les lacs Érié, Ontario, Hurou, Michigan, etc., de telle sorte que la rive méridionale de ces vasles réservoirs est très-basîe et parsemée de marécages, tandis que la rive septentrionale est élevée et salubre. New- York était encore, il y a quinze ans, entouré de marais, source de fièvres qui ont disparu par suite des travaux de dessèchement. Kingston, à l'extrémité du lac Ontario, forme la limite supérieure de la mal'aria endémique (45°,8N.) dans l'Amérique septentrionale ; ce n'est qu'accidentellement qu'on en observe les atteintes à Montréal, à Québec, Halifax et sur les côtes de la baie de Fundy (Boyle). La fièvre est inconnue dans la Nouvelle- Bretagne et dans la baie d'Hudson.
Dans les Antilles, les parties basses de la Jamaïque, de Haïti, sont des foyers de fièvre et de dysenterie qui fournissent des statisti'jues de mortalité désespérantes. Forl-deFranceà la Martinique et la Pointe-à-Pitre à la Guadeloupe sont entourés de tous côtés et à des distances variables dans les terres, de marais on ne peut mieux caractérisés (Dutroulau).
La côte de la Guyane est bordée de dépôts alluviens dans un rayon dont la profondeur est de A myriamètres. « Les parties les plus rapprochées des montagnes sont d'immenses plaines dont le sol argileux, formé par la mer aux dépens des roches feldspathiques voisines, conserve les eaux pluviales dans les dépressions résultant sans doute du tassement inégal des matériaux ; elles donnent naissance à des pinotières (bois de palmiers pinots) et à des savanes noyées ou prispris, espèces de marais qui ne dessèchent jamais complètement faute d'écoulement suffisant, bien que leur niveau exhaussé par un abondant terreau soit aujourd'hui supérieur à celui de la mer. On y remarque enfin de vastes espaces formés par l'assemblage d'herbes aquatiques reposant sur un fond de vase molle ; ce sont de véritables tourbières envoie de formation qu'on désigne dans le pays soiis le nom de savanes tremblantes » (Jtier; Dutroulau, Maladies des Européens, p, 15). Toute cette zone est un vaste laboratoire d'émanations palustres; en certains points, il suffit d'un mois de séjour pour déterminer l'anémie et la cachexie la plus prononcée.
Les fleuves du Brésil produisent, par l'inondation annuelle des plaines qu'ils traversent ou par les atterrissements de leur embouchure, des marécages dont l'influence funeste est attestée par tous les observateurs. Rendu {Études topographiques et médicales sur le Brésil; Paris, 1844) a rencontrée des fièvres pernicieuses sur les rives marécageuses du Sau-f rajicisco, du Rio- das-Mortes, du DICT. ENC. 2* s. IV. 43
Parahyba, duParana et des Amazones; de même Saint-Hilaire [Voyage aux sources du Rio-Negro, Paris 1848) a trouvé la cachexie palustre très-comjuuue dans les parties centrales du BrésU.
Le Paraguay, l'Uruguay et laPIata présentent d'immenses plaines horizontales, complètement inondées à l'époque des pluies par les rivières qui, descendant des contre-forts des Andes voisines de la côte occidentale, arrivent diflicilement de l'autre côté du continent, sans avoir obstrué et abandonné leur lit. Des lacs à demi desséchés, des esteras ou marais couvrent une grande partie de ces pampas; malgré l'élévation de la température, malgré la végétation luxuriante que baignent ces eaux croupissantes, le climat est très-salubre, les fièvres s'v rencontrent à peine. Les provinces de Cordova, de Santiago, de l'Estero, de Meiidoza et de Tucuman qiiisont particulièrement inondées, sont couvertes, après la retraite des eaux, d'admirables pâturages, et les explorateurs célèbrent à Tenvi les merveilles et la douceur de cet heureux climat.
La Bolivie et la Province de l'Equateur ne sont point exemptes de marais, fovers actifs de fièvres graves et rebelles. 11 en est de même du Pérou, où les torrents débordés, les prairies marécageuses se rencontrent surtout à Arica, Camana et Lima. La bande étroite du littoral qui hmite le Chih entre les Andes et le Pacifique offre un petit nombre de marais, et la salubrité y est telle que les malades qui out contracté les fièvres ou la cachexie palustre au Pérou ou dans la Province de l'Equateur viennent y passer leur convalescence, et y trouvent la guértsou.
En Océanie, Bornéo, Sumatra, les Célèbes et les Philippines ont des côtes basses couvertes de palétuviers ; les fleuves y forment des atterrissements redoutables, et le cortège habituel des conditions palustres a mérité à Batavia en particuher le surnom de cimetière des Hollandais; mais à mesure qu'on s'éloigne de l'équatenr et qu'on descend dans l'hémisphère sud, les marais, les palétuviers, les vases marines, les deltas, les jungles, qui ne font guère défaut, semblent moins capables de produire leurs effets désastreux. Cette remarque avait déjà été laite par divers auteurs, quand M. Bourgarel, dans un mémoire lu à la Société d'anthropologie (t. II, p. 575, sur la Géographie médicale de la Nouvelle-Calédonie) vint affirmer qu'on ne connaissait pas d'exemples de fièvres intermittentes dans ce pays malgré l'existence de vastes marais à l'embouchure des rivières. La thèse de M. Bochas vint confirmer cette assertion par une description très-précise : atterrissements, débordements, [lages vaseuses couvertes de mangliers, envahies à chaque marée ou accidentellement par la mer, en particulier le delta marécageux de Kanala, sol argileux ou argilo-siliceux, offrant partout des tourbières en voie déformation et des amas d'eau saumâtre, corrompue. « Les Européens, dit M. Bochas, ont remué ici des terrains neufs pour l'agriculture et poiu" la construction des routes; on a jeté des chaussées sur des marais, on a desséché une partie des marais de Port-de-France, et on en a fouillé le fond pour les constructions ; pourtant pas un seul cas de fièvre intermittente ne s'est déclaré, même chez les travailleurs. » M. Gallerand avait déjà fait connaître la salubrité exceptionnelle de Papeete et de toute l'île deTaïti, qui est entourée de marécages. Wilson,dès 1840 [Statistical Reports on the Health of the Navy for 1 830-1 856) , s'étonnait de voir les ports de Para, Femambouc, San-Salvador, Rio-Jaueiro, au Brésil; de Monterideo dans l'Uraguay, de Callao et Coquimbo au Pérou et au Chih, ne produire chez les marins anglais aucun cas de fièvre grave, malgré les marais, la riche végétation, le soleil ardent auxquels ils étaient exposés. L'île Maurice, dont les abords marécageux sont célèbres, la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, les îles Sandwich, etc., jouissent
de la même immunité, malgré des conditions aussi fâcheuses. Nous avons déjà mentionné la salubrité des plaines inondées et des esteras de la Plata, de Buenos- Ayres, de l'Uruguay et du Paraguay.
Il y a là assurément un fait remarquable qui avait fixé l'attention de Boudin, et qui fit l'objet d'une note riche en indications bibliographiques, insérée dans les Mémoires de médecine et de chirurgie militaires, 1866, t. XVI, p. 546. Mais avant de généraliser cette innocuité des marais dans l'hémisphère sud, il est bon d'opposer Madagascar, Mayotte, le Gabon, toute l'île de Java et la pestilentielle Batavia, oii les mauvaises conditions du sol et des rivages se traduisent par des fièvres et une mortalité considérable. .Vous avons vu en outre que si certains ports marécageux du Brésil et du Pérou semblaient parfaitement salubres, dans l'intérieur du pays Saint-Hilaire, Rendu, Sigaud, Gardner et Martins avaient rencontré très-fiéquemment les fièvres et la cachexie palustre. Boudin, dans son mémoire, emprunte à Tschudi la citation suivante : a On trouve au Pérou des vallées marécageuses et tiès-chaudes dans lesquelles les fièvres paludéennes font complètement défaut; » mais ce que Boudin ne dit pas, c'est que dans une autre partie de son travail publié dans le Oster. med. Wochenschrift, 1846, p. 443, Tschudi ajoute cette jibrase, qui ne contredit nullement la première : « On peut dire que plus de la moitié des habitants de la côte du Pérou est malade de la fièvre intermittente ; en quelques localités même il y en a les trois quarts, et plus d'un tiers de ces malades meurt de la fièvre oii de ses suites. » Nous avons vu également que la côte de .Mozambique et du Zanguebar à partir de la baie Delagoa, du 20* degré latitude S. à l'équateur, étnit aussi marécageuse qu'insalubre, et l'on trouvera dans le livre précieux de Hirsch {Handbuch der hist. geog. Path.,l, p. 6) les indications bibfiographiques les plus péremptoires à ce sujet. Reste donc à expliquer l'innocuité de certains marais des régions tropicales, dont l'hémisphère sud n'a pas seul le privilège : il suffit de rappeler que, dans \-a Floride, les côtes couvertes de jungles marécageuses ne fournissent qu'un petit nombre de fièvres, tandis que celles-ci font les plus grands ravages dans les savanes détrempées de l'intérieur.
Nous verrons le rôle important, peut-être excessif, qu'on a voulu faire jouer aux vents capables de balayer librement les émanations insalubres (Pauly, Études sur quelques climats partiels, Mém. de méd. et de chir. milit., 1869-70j. M. le docteur Nadeaud, chirurgien de la marine, a tenté récemment d'expliquer la rareté des fièvres qu'on observe à Taïti au voisinage des marais. La plage de l'île est très-plate, assez étroite, et pourrait fournir 2o,0U0 hectares à l'agriculture: c'est là que se rencontrent les amas d'eaux vives qu'on a décorés du nom de marais. Cette plage repose sur une couche pi'ofonde de coraux ensablés qui font office de drains ; l'eau des hauts plateaux descend vers la mer, s'échappe un peu au-dessous du sol, à travers ces amas madréporiques, de sorte que la nappe qui sur la plage parait dormante, serait en réalité renouvelée incessamment par un courant souterrain [Arch. de méd. navale, 1865, t. IV, p. 195). Des observations de ce genre multipliées et confirmées feront sans donte cesser l'exception un peu mystérieuse signalée pour l'hémisphère méridional.
Europe. 1° En Espagne, les désastres de l'armée anglaise en 1810 ont rendu célèbres les marécages qui bordent le cours de la Guadiana. Ce fleuve naît des marais de Ruydera, il disparait bientôt au nailieu des amas de vase et d'herbages qui traversent la province de Giudad-Real, et ce n'est qu'après un trajet de 24 kilomètres qu'il reprend un cours régulier, au niveau des deux étangs appelés
los ojos de Guadiana. Les rives abaissées du Guadalquivir, les côtes de Grenade et d'Andalousie sont sillonnées de marais, où sévissent parfois des fièvres d'une gravité ]iart]culière. Les parties méridionales du Portugal, en particulier la province de Alentejo que traverse le Guadiana portugais et la province des Algarves, sont rendues insalubres par la présence de bas-fonds humides, de lacs et de lagunes, etc.
2° Le sol dans la haute Italie est sur une grande surface transformé en marécages par la culture du riz, l'une des sources de la grande prospérité du pays; malgré l'insalubrité des rizières, le bon état d'entretien des canaux et le renouvellement des irrigations empêchent la fréquence et la gravité des fièvres. Les lacs Majeur, de Côme, de Garde dont l'eau est très-pure, ne forment ijénéralement pas de marais sur leurs rives. Venise est bâtie sur une lacune qui, chaque jour, montre à nu ses vases chargées d'algues et de plantes marines, et les voit disparaître avec le flux sous les eauv du golfe ; malgré cette source apparente de méiihilisme, la fièvre est inconnue dans l'intérieur mcme de la ville, et cette immunité parait s'expliquer par la direction des vents qui débarrassent Venise de l'air impur des lagunes (E. Carrière).
la Toscane a deux régions marécageuses : la vallée de la Cliiana, au centre du pays, les Maremmes, sur le littoral. La vallée qui s'étend d'Ûrvieto à Arezzo, longue de 50 kilomètres sur 4 à 5 de large ne formait, du temps de Cômel", qu'un vaste marais; le canal de laChiana conduit dans le Tibre et dans l'Arno les eaux qui ne trouvaient pas de pente vers un ileuve, et ces travaux, combinés avec le colmatage, entretenus avec persévérance depuis le dix-huitième siècle, ont transformé cette vallée en une campagne fertile où la fièvre ne sé\it qu à de rares intervalles. Les Maremmes sont des plaines incultes, désertes et insalubres, séparées du littoral par des dunes de sable qui empêchent l'écoulement des eaux vers la mer; elles occupent une surface de 1,5U0 kilomètres carrés; ou ne compte que 24 habitants par kilomètre dans ces prairies submergées, couvertes de forêts de chènes-hége, de maquis, de marais et d'étangs salés (marais de Castiglione, de Scarlino, de Piombino, de Coltano, de Tucecchio, etc). Ce pays autrefois florissant, abandonné au quinzième siècle, a été l'objet de tentatives d'assainissement tour à tour délaissées et reprises. Les succès du colmatage dans le val di Chiana ont conduit, depuis 1829, à adopter ce moyen, combiné avec un système d'écluses qui empêche les eaux douces de se mêler à l'eau de la mer. Les dessèchements assez avancés dans la province de Pise, sont à peine commencés dans celle de Grosseto.
Les marais Pontins font suite à la maremme de Toscane, sur une bande du littoral de 42 kilomètres de longueur, si basse et si peu inclinée que la partie de la plaine la plus éloignée de la mer, à 18 kilomètres, n'est encore que de l",oO au-dessus de la Méditerranée. Le sol tourbeux et fertile, formé des débris d'une végétation luxuriante, est imprégné de toute leau qui tombe dans cet immense bassin, sans doute aussi de l'eau des vallées voisines et qui ne trouve ni des pentes suffisantes pour descendre vers la mer, ni un sous-sol permiable pour se perdre dans les couches profondes. Les travaux de dessèchement commencés sous Léon X et Sixte-Quint avaient enfin réussi, sous l'impulsion puissante de Pie VI, à rendre à l'agriculture les quatre cinquièn;es de cette vaste surface; mais Je défaut d'entretien, l'obstruction des canaux par la prodigieuse abondance des plant, s aquatiques ont ramené une insalubrité que des tentatives mcomplètes d'amélioration n'ont pas encore fait disparaître. Toutefois les Documents étrangers de ÏEn-
quête sur ragriculture contiennent cette déclaration : « Les travaux commencés sous Pie VI paraissent avoir atteint, sous Pie IX, le but désiré; lesprodiiiis aboadanls en blé, maïs, fourrages que fournissent ces plaines enlevées au domaine des eaux sous lesquelles elles étaient ensevelies,... conlirment éloquemmenl les sages prévisions de l'auteur de ce grand travail, et l'efficacité des moyens adoptés » (1868, t. II, p. 54).
Tandis que les marais Pontins sont couverts d'une végétation vigoureuse, parasite ou développée par la culture, la campagne romaine qui leur lait suite a un aspect plus triste et plus désolé ; son sol onduleux se recouvre encore au printemps et à l'automne d'un tapis de verdure ; mais pendant l'été la terre est nue, aride, fendillée. De Maccarese jusqu'au Tibre, s'étend un groupe de marais qui se confondent avec les atterrissements du fleuve ; Ostie, dont la mer baignait les murs au commencement de l'empire romain, se trouve aujourd'hui à 6 kilomètres au-dessus de l'embouchure, et l'on a ciilculé que la plage avançait en moyenne de 5 mètres par an. Bien que l'agro romaiio soit d'une insalubrité comparable seulement à celle de certains foyers palustres des tropiques, le sol, d'après M. Léon Colin [Traité des fièvres intermittentes, Paris, 1870, p. 34), y est en général d'une grande sécheresse, et cet auteur, après une longue expérience, conclut volontiers comme un écrivain du commencement du siècle : « La campagne de Rome est si peu marécageuse, que je ne connais pas de pays sans police où il y ait aussi peu d'eau stagnante que dans la grande plaine de Rome » Sur la côte de l'Adriatique, le delta du Pô, qui se confond presque avec celui de l'Adige, comprend entre ses bouches des lagunes marécageuses, dont la plus importante, celle de Comacchio à 50 kilomètres de long et autant de large ; le littoral de l'ancienne Fouille, la terre de Bari, d'Otrante, etc., est sillonné de marais incultes.
Nous avons déjà mentionné les marais qu'on rencontre depuis le cap Misène jusqu'au fond de la baie de Naples ; la Sardaigue, pour l'insalubrité de ses côtes, rappelle les maremmes toscane et romaine; l'absence de culture ne fait qu'accroître partout l'effet des mauvaises qualités du sol et de la déclivité insuffisante du littoral.
3" Les marais de la Moréeel d- toute la Grèce sont célèbres à des titres nombreux : par les descriptions de lièvres qu'elles ont fournies à Hippocrate, les mythes que leur danger et la difficulté de leur assainissement a inspirés à l'antiquité; par les désastres qu'y ont subis toutes les armées des puissances beUigérantes et auxquels l'expédition française de 1828 n'a point complètement échappé. L'Albanie, la Bulgarie, les provinces danubiennes présentent de vastes marécages parmi lesquels ceux de la Dobrudcha ont vu un é^ isode funeste de la guerre de Crimée.
4° La partie méridionale de ['Allemagne renferme deux grands foyers palustres, ce sont les Pusztas ou plaines salées de la Hongrie centrale : l'un est la petite plaine de la Hongrie, bassin situé à l'ouest du cours vertical du Danube, et dont le niveau, plus bas que celui du fleuve, est couvert de lacs, de marais, de prairies constamment inondées ; l'autre est la grande plaine de la Hongrie, de l'autre côté du Danube, sillonnée par ses nombreux allluents, la Theiss, la March, la Drave, qui débordent chaque année, et font naître des endémies palustres auxquelles on a donné en Allemagne le nom de dacischen Fieher. L'Islne et la Dalmatie sont à ce point marécageuses, que, d'après Hirsch, certaines localités ont parfois tous leurs habitants dans les hôpitaux et que la fièvre ou la cachexie produit le tiers de la mortahté des campagnes. Les côtes de la Poméranie, où depuis quelques années de grands travaux de drainage et de dessèchement ont
été accomplis, les duchés de l'Elbe et de Mecklembourg, formés de terrains d'aï» luvion, présentent des dépressions qui descendent parfois au-dessous du niveau de la mer; le littoral est bas et sujet aux inondations (Von Ritter, Shidien ûber Mal aria- Infection in Elbemarschen, in VircJiow's Archiv, avril 1869); le Ditmarschen, dans le Holstein, entre l'Elbe, l'Eyder et la mer du Nord, rappelle la Hollande par son mode de formation comme par la nature du sol, et il. est le théâtre fréquent d'épidémies meurtrières. Les tourbières marécageuses du Hanovre, les marais de l'Oldenbourg, les Mooren de Westphalie, et en particulier • du cercle de Laderborn, commencent une zone de terrains humides Iréquemment inondés qui, rejoignant les rives abaissées du Rhin, complètent par la Hollande l'immense alluvion des grands fleuves de l'Allemagne et de la France.
Les polders de la Hollande, les prairies qui ont remplacé la mer de Harlem et le Zuid-Plas desséchés, tout ce pays qui, derrière ses digues, vit au-dessous du niveau de la mer et des canaux, représente l'image d'un marais, mais d'un marais inoffensif, assaini, utilisé, fertilisé par des travaux admirables et une vigilance continue.
5° La Belgique se ressent du voisinage de ces grands fleuves, et l'on rencontre encore un grand nombre de polders marécageux et insalubres dans la Campine, dans la Flandre occidentale, au voisinage de Bruges, (Jstende, Furues, Dixmude, Courtray.
6° La Zélande forme une série d'îles marécageuses, dont l'une, 1 île de Walcheren, a vu disparaître par les fièvres l'armée anglaise en 1748, 1794 et en 18U9 presque sans avoir combattu.
h' Angleterre ne compte que peu de marais : les principaux se trouvent dans les comtés d'Essex, de Norfolk, Cambridge et Lincoln ; à Tiverton, dans le comté de Cornouailles ; à South-Mark, sur le plateau du Dartmoor, dans celui de Devon. De grands travaux de dessèchement et de drainage ont fait disparaître les fens (mai'ais) et les mosses (tourbières), des comtés de Bristol, Glocester, Upton, Worcester et Hunlington. Les montagnes qui entourent l'Irlande circonscrivent au centre du pays une plaine basse, couverte de pâturages, mais très-insalubre; sur une étendue de 600,000 hectares existent des bogs, espèce de fondrières ou mers de boue noire et infecte, formées de tourbe à demi liquide, et qui peu à. peu envahissent et submergent les terres riveraines (Dussieux).
8" Bnssie. A Saint-Pétersbourg, par .59°,57 on encontre encore quelque? fièvres dans les -vastes marais qui s'étendent autour et a > voisinage de la ville; toutefois, c'est la limite supérieure des marais actifs de la Russie.
La Finlande {fen, marais), le gouvernement d'Olonetz et la Sibérie sont presque entièrement couverts de tourbières et d'amas d'eau stagnante; ces toundras,. glacés en hiver, deviennent pestilentiels et meurtriers pendant l'été.
La Livonie et l'Esthonie, en particuher Dorpat, la Lithuanie et la Pologne offrent de nombreux marécages, et payent un lourd tribut aux endémies palustres. Au sud-est, dans les gouvernements de Grodno, de Minsk, de Volhynie, commencent ces immenses plaines fangeuses, mais fertiles, cette terix noire formée par un terreau d'origine diluvienne, qui couvre plus de 80 millions d'hectares dans la Iiussie méridionale; celte couche, d'une épaisseur de plusieurs mètres, s'étend sans interruption des monts Ouraîs aux monts Karpalhes, et da centre de la llussie descend jusqu'aux côtes septentrionales de la mer Caspienne. ît de la mer Noire.
Les marais de Pinsk ou de Pripet, d'une étendue de 500 kilomètres sur 150, occupent la plus grandiî partie de la Russie noire ou centrale.
9° La Suède et la Norwége ne manquent point de marais, surtout au voisinage des côtes basses et plates qui semblent subir sur de vastes surfaces, là un travail de soulèvement lent et progressif, ailleurs un travail d'alfaissement. Des épidémies ont été observées dans lelan de Gelleborg, spécialement à Gefle et dans le Wester- Nordland, où la maladie en 1858 commença sur les côtes basses et submergées, remonta le cours de l'Angermann, jusqu'à 12 milles dans l'intérieur des terres, et frappa 5 pour 100 de la population; ce point, situé à 62°, 20 lat., est considéré par Hirsch, qui donne ces détails, comme la limite supérieure des épidémies de fièvre palustre en Europe.
10° France. Nous avons hâte d'arriver à la France pour laquelle nous avons tâché de réunir quelques matériaux statistiques plutôt encore que géographiques.
Les documents auxquels nous avons puisés sont :
1° La Statistique agricole, publiée par le ministre de l'agriculture en 1858-60.
2° La statistique des marais de la France annexée au Rapport à VEmpereur du 17 Janvier 1860.
5° Les rapports sur la Situation de l'Empire en 1865 et 1867.
4" VEnquète agricole, commencée depuis quatre ans, à peine terminée et qui comprend 50 volumes in-4°.
5° Les ProcèS'Verhaiix des Conseils généraux de chaque département.
L'étude attentive de ces documents fait voir que sous leur apparente fécondité ils cachent des contradictions, des lacunes, des différences qui permettent difficilement d'arriver à des chiffres précis et positifs.
La question à résoudre est celle-ci : quelle est en France l'étendue des terrains marécageux préjudiciables à la santé de l'homme ou des animaux; en d'autres termes, quelle est l'étendue des localités à malaria ?
La statistique de la France, 2'^ série, t. VII et VIII, fournit l'indication suivante sur la répartition du territoire :
Étangs, marais et canaux d'irrigation 260,432 hectares.
0>eraies, aulnaies et saussaies , 6l,i90 —
Landes, pàtis et bruyères 1, "389, 672 —
Sol limoneux ou marécageux 284. 464 —
Sol argileux 2,232,883 —
Etc., etc.
En réunissant les deux premiers groupes : étangs, marais, canaux d'irrigcu lion, oseraies, aulnaies, etc., en obtient un chiffre de 555,922 hectares qui nous paraît bien au-dessous de la vérité ; et encore comprend-il les canaux d'irrigation qui occupent une très-vaste surface et doivent être distingués des marais, sous peine de confondre le mal avec le remède. Dans le groupe suivant : « landes, pâtis et bruyères, » figurent sans doute un grand nombre de localités marécageuses; mais comment faire le départ des landes arides, rocailleuses, inclinées, où l'eau ne s'accumule pas, dont Tinsalubrité est ni.lle? On pourrait espérer trouver dans la superficie du sol limoneux ou marécageux le contrôle de l'étendue des marais : mais, comme l'a fait observer V Annuaire des eaux de la France, 1. 1, p. 17, il s'en faut de beaucoup que cette désignation sol limoneux ou marécageux comprenne toutes les localités palustres; car le département de l'Ain, par exemple, où il existe des marais étendus et des étanrs nombreux, ne figure pas
dans cette classe, tandis qu'il est représenté pour 214,000 hectares dans le sol argileux qui occupe en France 2, 232, 885 hectares.
La statistique agricole publiée en l^'SS-ôO, sur des documents recueillis généralement en 1852, indique, dans le tableau suivant, la superficie des marais suS' ceptibles d'être desséchés ivoij. tableau n'^ 1).
Ce tableau, qui ne représente qu'une partie seulement des marais de la France, tire son intérêt de la comparaison avec les documents qui vont suivre.
Le 5 jan\ier 1860, dans une lettre qui est demeurée célèbre, l'Empereur traçait le programme des améliorations agricoles les plus urgentes, et mentionnait spécialement l'exécution de grands travaux d'assainissement et de dessèchement des marais. Le 17 janvier 1860 les ministres de l'intérieur, des finances, de l'agriculture et du commerce dans un rapport inséré au Moniteur, esquissaient l'historique des tentatives de dessèchement faites en France depuis plusieurs siècles. A ce rapport était joint un tableau présentant par département: 1° la contenance des marais appartenant à l'État, aux communes, aux particuhers; 2° la contenance des landes et autres terrains incultes appartenant aux communes [Moniteur universel du 25 janvier 1860, voy. tableau n° 11).
Le rapport évalue l'étendue foia/e des marais à 185,460 hectares, tandis que la statistique agricole concluait à la possibilité d'assainissement pour 205,154 hectares. Cette différence tient sans doute pour une faible pari aux travaux de dessèchement accomplis dans l'intervalle de six ou huit ans qui sépare les deux statistiques ; mais elle provient surtout de l'esprit de classification différent qui a présidé à l'une et l'autre rédaction : l'opposition de quelques chiifres rend ce défaut de concordance très-évident :