I-XCULTES, ETC
hectares
ares cent.
qui est bien loin du tiers. Paimi les départements qui en contiennent le plus après ceux que nous venons de nommer, ajoute M. Tardieu, on remarque:
Eure-el-Loir » hectares
Le Jura 248 —
Saône-et-Loire » —
L'Alliei- 51 —
La Nièvre 14 —
Le Loi 133 —
Jlaine-et-Loire 1,220 —
La Marne 5,834 —
La Meurlhe » —
La Moselle » —
Les chiffres empruntés au rapport officiel, que nous plaçons dans cette citation en face de chaque département, font voir une fois de plus le peu de concordance qui existe entre les opinions émises et les documents publiés. Les uns en effet confondent les marais avec les amas d'eau stagnante, et comprennent parmi les marais l'immense étang de Berre ou le lac de Grand-Lieu, par exemple, qui ne sont palustres que sur des points limités ; d'autres ne considèrent pas comme marais les étangs de la Dombes et de la Brenne, qui représentent seulement pour eux une espèce particulière d'assolement.
Nous avons fait de notre côté des recherches nombreuses et des tentatives répétées soit au ministère des travaux publics, soit au bureau de la statistique, etc., et malgré l'accueil obligeant que nous avons reçu de part et d'autre, il nous a été impossible d'arriver à une estimation générale même approximative.
Les ministres signataires du rapfiort du 17 janvier 1860 ont constaté cette diliiculté et cette lacune, car ils disent : « On a souvent cherché à déterminer l'étendue totale des marais qui existent en France. Mais la difficulté de préciser la nature des terrains qui doivent être considérés comme marais a toujours laissé subsister une certaine incertitude dans cette évaluation. On peut cependant en porter le chiffre à plus de 500,000 hectares , représentant une surlace presque égale à celle d'un de nos départements. » Cette évaluation nous paraît encore bien au-dessous de la vérité ; nous en trouverons la preuve dans les indications fournies pour chaque département par l'enquête agricole et les procès-verbaux des conseils généraux. Poterlet, en 1817, dans son Code des dessèchements évaluait à 452,100 hectares la superficie totale des marais à dessécher, pour 61 départements ; malheureusement la façon un peu arbitraire dont Poterlet a construit ses tableaux empêche de leur attribuer une valeur absolue. C'est aussi au chiffre de 450,000 hectares que s'était arrêté l'Annuaire général des eaux de la France en 1851. Il y a loin de ce chiffre, quasi officiel, de 500,000, à celui de 185,460 hectares donné par le tableau de 1860.
Le rapport général au ministre annexé en 1868 à l'Enquête agricole dit, page 83 (chap. IV, Amélioration du sol) : « La surface des terrains sur lesquels des travaux de dessèchement et d'assainissement ont été exécutés a été, en 1866, de 140,000 hectares. Il existait ©ncore au commencement de cette année (1866 ou 1868), des projets à l'élude pour une superficie de 240,000 hectares. »
L'Exposé de la situation de l'Empire en 1 864 {Moniteur universel \ 9 tévr. 1865) dit également : « Au 1" janvier 1865, la superficie des terrains drainés dépassait 161,000 hectares ; les travaux avaient coûté 43 millions, et donné une plusvalue représentant un capital de 128 millions. Les ingénieurs ont étudié et dirigé l'assainissement de près de 363,000 hectares de terre, travaux qui devront être terminés dans l'année 1865. »
Ces chiffres, sur lesquels nous nous arrèlons peut-être avec trop d'insistance laissent entière et non résolue la question de la superficie actuelle des marais de la France Les 565,(100 hectares de terrains, draines et assainis de ls60 cà 1S65 seulement, font voir combien les 185,400 hectares énoncés au rapport de 18G0 sont loin de représenter l'état des marais en 1 870.
Nous allons successivement passer en revue les localités marécageuses les plus renommées delà France; nous tâcherons d'opposer l'état actuel et les progrès accomplis, aux descrijilion? que depuis plus de trente ans on emprunte encore à Fodéré, à Monfalcoii, à Motard, etc., comme- si depuis un demi-siècle la France était restée stationnaire, et ne faisait pas chaque année de grands sacrifices pour l'assainissement et l'amélioration de son territoire.
La Brenne est un plateau d'argile et de m:irne imperméable, occupant la partie occidentale du département de l'Indre et couvrant plus de 100,000 hectares dans les cantons de Mézières, Tournon, le Blanc. L'insalubrité n'a commencé qu'avec le déboisement des forets qui jadis couvraient le pays ; et c'est seulement aux quatorzième et quinzième siècles, d'après M. Léonce de Lavergne, que s'établirent les étangs, par l'exploitation des minerais ferrugineux du sol et par la conversion des bas -fonds en abreuvoirs nécessaires à l'élève des bestiaux. En 1789, l'Assemblée constituante ordonna le dessèchement des étangs, mais au bout de vingt ans à j eine le mauvais entretien des travaux ramena le pays à son état primitif. La Brenne comptait naguère -400 étangs, et en 1860, d'après M. Gaudon {de la Brenne et de ses étangs, par le docteur Gaudon; le Blanc, 18*î0, in-S", 1 o9 pages. Études statistiques sur le recrutement dans le cLêpartementdeV îndre de 1858 à 186-4, par le docteurBerlra.nd,Recueildes mémoires de médecine militaire 1865, t. XIV, p. 286 avec cartes), les surfaces inondées représentaient encore 6,274 hectares de surface; il restait 21,000 hectares de landes ou brandes à défricher. La Brenne peut être divisée en deux régions, nu point de vue de la salubrité etde la tO[.ographie : \° les rives de la Glaise et de l'tloson, où de grands travaux d'assainissement ont été exécutés, de nombreux étangs desséchés, et de vastes surfaces rendues ainsi à la culture; 2° entre la Glaise et le plateau de la Greuse, s'étendent d'im-menses bruyères ou brandes humides, incultes et insalubres, des étangs mal entretenus et marécageux ; c'est là que se trouve le véritable type brenou, et c'est h celle portion du pays que s'appliquent surtout les descriptions affligeantes données par la plupart des auteurs. D'ordinaire les pièces d'eau sont cultivées en poisson pendant une dizaine d'années ; la onzième année, on laisse écouler l'eau, on produit Vassec ; le bas-fond recouvert d'un limon riche en matières organiques est ensemencé et produit des pâturages de qualité souvent médiocre et toujours insalubres. Ces réservoirs ne sont pas nécessairement malsains et marécageux, ils ne le deviennent que par le défaut d'entretien, et surtout dans leur partie terminale la moins profonde, ce qu'on appelle la queue de l'étang : c'est ainsi qu'à l'extrémité du \aste étang de Corbançon s'étend un marais de 1 kilomètre qui a mérité à la commune de Subvrai, située à sou voisinage, le surnom expressif de Pays des Veuves. L'eau des réservoirs exliale d'ordinaire une odeur marécageuse bien prononcée : en outre le poisson et les batraciens y abandonnent une grande quantité de mucus qui, en se putréfiant, dégage une odeur de marée parfois insupportable. L'eau s'altère encore par les déjections des animaux qu'on laisse paître sur les rives étalées des étangs ; M. Gaudon s'est efibrcé de démontrer l'importance d'une pareille source d'infection dansun pays livré, comme la Brenne, à l'élève dubétail • rappelant que dans les vingt-quatre heures
une vache expulse au moins 8 litres d'urine, il conclut à la nécessité d'empêcher l'écoulement de ces liquides dans l'eau non renouvelée des étangs. L'insalubrité de a Brenne semble avoir diminué depuis quelques années, grâce sans doute aux améhoralions suivantes que nous relevons dans les procès -verbaux des conseils généraux du département : En 1868, 1734 hectares de landes incultes et insalubres avaient été mis en valeur; 1112 hectares avaient été drainés; 18 étangs, représentant 585 hectares étaient desséchés, et l'ensemble des conventions passées avec les compagnies de dessèchement comprenait 33 étangs avec une superficie de 655 hectares. En outre, 245 kil. de cours d'eau avaient été curés aux frais de l'État ou des conmiunes ; 25 puits donnant une eau potable, non marécageuse, étaient terminés et Uvrés ; la Situation de l'empire du 25 novembre 1 867 annonçait l'achèvement des routes agricoles, décrétées le 29 février 1860, et destmées à assurer le transport du noir animal, le délrichement et la culture des landes jusque-là slénk'S et insalubres.
La Sologne s'étend entre la Loire et le Cher, sur une surface de 500,000 hectares comprenant les parties limitrophes des départements du Loir-et-Cher, du Loiret et du Cher. (]'est un p;iys plat, légèrement onduleux, entrecoupé par le Beuvron, la Sauidre et le Cosson, dont les rives très-basses se couvrent chaque année de marécages. Le sous-sol est argileux, im[ierméable, recouvert d'une couche sablonneuse inégale ; les cours d'eau ont une pente très-faible et un écoulement difficile, ils débordent dans les années pluvieuses, et l'eau en s'accumulant forme des étangs dans les vallons ou les petites vallées qui sillonnent le pays. En outre, pendant l'été dans un grand nombre de points, bien que le sol paraisse entièrement desséché à la surface, on trouve, en creusant de quelques décimètres, un fond saturé d'humidité par l'imperméabilité des couches sous-jacentes. Les amas permanents d'eau stagnante sont peuplés de poisson, dont la pêche constitue un produit important du pays ; ces étangs sont trop souvent abandonnés sans entretien, leurs limites sont mal définies, les canaux qui les alimentent s'envasent ou s'obstiuent par la négligence du curage, et ils se transforment en vériiables marais qui jouent un grand rôle dans l'insalubrité proverbiale de ce pays. Tandis que dans la Bresse et la Bombes on fait alterner régulièrement les étangs avec le labourage, en Sologne comme dans la Brenne les étangs restent en eau jusqu'à ce qu'il devienne nécessaire de les assécher pour les restaurer, les curer et faire les réparations nécessaires {Patria, 1847, p. 608) ; les fonds et les bords sont alors cultivés en céréales, et le limon fertile qui les recouvre épuise progi'essivement par la végétation ses propriétés malfaisantes, jusqu'à ce que de nouvelles inondations viennent rétablir l'état primitif.
On comptait autrefois en Sologne 1,200 étangs occupant 17,000 hectares; aujourd'hui ces chiffres doivent être notablement réduits. Depuis 1852, on travaille activement à l'assainissement du pays : le canal de la Sauidre, d'une longueur de 45 kilomètres, destiné dans la pensée de son auteur à colmater et à irriguer en grand la Sologne est terminé depuis quelques années seulement ; d'après l'Enquête agricole, les dessèchements, presque nuls dans les arrondissements de Blois et de Vendôme, ont été considérables et ont donné d'excellents résultats dans l'arrondissement de Romorantin; les travaux sont terminés sur 2,80U hectares. Presque partout le curage régulier des canaux a été organisé en syntlicat; de 1855 à 186*J, 1,364 hectares ont été drames dans le département du Loiret; 726 hectares ont été desséchés dans le département du Cher, sans compter plus de 10,000 hectares dont le défrichement et le boisement ont dû singu-
lièrement concourir à l'assainissement du pays. L'établissement de la ferme impériale de la Mottc-Beuvron et la création de fermes modèles ont donné à ces améliorations une impulsion très-efficace. Une statistique complète des résultats obtenus pour toute la Sologne dans ces vingt dernières années est depuis longtemps à l'étude, et doit être présentée en 1870 aux conseils généraux des déparments intéressés.
La Bombes et la Bresse forment une sorte de presqu'île limitée par les cours de la Saône, de l'Ain et du Rhône; ce plateau élevé de plus de 100 mètres audessus du niveau du Rhône s'abaisse progressivement du sud vers le nord, c'est-àdire delà Dombes vers la Bresse; il comprend la plus grande partie et surtout la partie occidentale du département de l'Ain, la moitié orientale de Saône-et-Loire, et une petite partie du département du Jura. La Dombes est presque entièrement circonscrite à l'arrondissement de Trévoux ; la Bresse occupe la partie septentrionale de la région. Ce plateau agilo-siliceux, à peu près imperméable, est sillonné de vallées étroites, de plis de terrains profonds que des barrages transforment facilement en réservoirs où l'eau s'accumule. Aux seizième et dix-septième siècles, l'observance rigoureuse et la multiplication des jours maigres avaient élevé d'une façon excessive le prix du poisson; la Dombes et la Bresse, dont le sol maigre et ingrat nourrissait à peine ses habitants, créèrent une industrie nouvelle et très-lructueuse par la transformation en étangs poissonneux de toutes les dépressions du sol : c'est de cette époque quedatent l'insalubrité et la misère de cepays. Les étangs sont formés de deux rives assez basses se réunissant vers un bief, au fond duquel des bondes sont disposées pour laisser écouler l'eau et à un moment donné vider les réservoirs ; les étangs restent en eau pendant un an ou deux ; au bout de ce temps on produit lassée, les bondes sont ouvertes, l'on met à nu un limon fertile formé des débris de j:oissons et de végétaux qui se sont déposés pendant les deux années précédentes. Les fonds jadis submergés sont ensemencés et mis pendant un an en culture, l'année suivante on recommence la mise en eau. La surface ainsi occupée par les étangs représentait d'après le cadastre en 1862, 17,500 hectares, à répartir sur 50 communes ; un groupe de 37 communes formant ce qu'on appelle le pays des étangs figure dans ce cliiffre pour 16,354 hectares (RoUet 1862). Mais par suite des alternatives de l'assoUement, il n'y a guère que il à 12,000 hectares annuellement occupés par les étangs, dont M. Puvis en 1851 portait le nombre à 900.
Il n'est pas exact de considérer ces amas d'eau comme autant de foyers marécageux : ceux qui sont bien disposés ou entretenus avec soin ne sont insalubres que pendant les premiers mois ou les premières semaines de l'assec. Mais les étangs de la Dombes sont en général peu profonds, les rives sont très-plates, et l'abaissement de leurs eaux met à nu pendant l'été le quart au moins et parfois le tiers de leur surface, c'est-à-dire une zone de marais où les détritus organiques fermentent au soleil; les chaussées laissent, en outre, filtrer une,, eau rougeâtre qui forme une ceinture marécageuse au-dessous d'elles. 11 y a au moins, dit M. Puvis, 4,000 hectares de marais véritables, même en ne tenant pas compte des étangs couverts où la nappe liquide a une profondeur insuffisante pour retenir les émanations palustres. Ce n'est là encore qu'une faible partie des marécages : les usines utilisent l'eau, la retiennent dans des chaussées très-élevées au-dessus de la plaine dont le sol est saturé par les infiltrations souterraines; peu à peu, les cours d'eau s'engorgent au-dessous de l'arrêt par l'insuffisance de l'écoulement, leurs lits naturels disparaissent, et l'eau des chutes
\a l'ormer au hasard des inov.dations au voisinage des usines. M. Rollit {de ia Fièvre interinitlnite de la Bombes, et de son influence sur le mouvement de M population. Gaz. méd. de Lyon, 1862, p. 55. La seconde partie du mémoire jusque-là inédite, a été reproduite par M. Beaugrandz/i Annales d'hygiène, I8G2, 18« vol. p. 2-25) conlirme, en les reproduisant en 1862, les détails pleins d'intérêts que donnait déjà dix ans auparavant M. Piivis {des Causes et des effets de V insalubrité des étangs, Bourg-en-Bresse, 1851, in-8°, CO p.i'Tes). La population est décimée par la fièvre intermittente, et dans ciiaque commune le nombre des fiévreux est en rapport avec l'étundue des étangs : la vie moyenne qui est de 35 ans environ, par toute la France, tombe à 24 en Bombes et même à 18 ou à 20 ans dans les communes oii les étangs occupent, comme dans celles de Bilieux, Bouligneux, Saint-Nizier-le-Désert, plus du tiers de la surface totale. C'est sans doute parce qu'il rattache tous ces amas d'eau stagnante à un mode particulier de culture du sol, que le tableau officiel du 25 janvier 1860 ne compte dans le département de l'Ain que 1,584 hectares de marais. L'amélioration considéralile du sol par le marnage et le chaulage, l'intérêt commercial bien plus que les considérations d'hygiène, conduisent depuis quelques années à la destruction progressive de l'industrie insalubre des étangs. La Compagnie de la Bombes s'est engagée par une convention eu date du 1" avril 1863 à dessécher en dix ans 6,000 hectares d'étangs. B'aprèsles procès-verbaux des (lélil)érations du conseil général de l'Ain, au l*^'' juin 1868 la Compagnie avait présenté à l'examen de la cotninission 583 étangs, d'une surface totale de 5,989 hectares. Sur ce nombre, à la même époque, 249 étangs représentant 2,603 hectares étaient complètement desséchés ; il ne paraissait pas douteux que la Compagnie ue terminât tous les travaux bien avant le terme fixé.
L'arrondissement de Moulins dans le département de l'Alher contient encore plus de 4,000 hectares d'étangs poissonneux, souvent mal entretenus et insalubres.
La description célèbre laissée par Monfalcon de la plaine du Forez ne permet pas de passer sous silence cet antique foyer de la cachexie palustre, qui occupe le département de la Loire et une partie des départements de la Haute- Loire et du Puy-de-Bôme. Ce bassin à fond argileux recouvert de sable granitique et volcanique, entouré de hautes montagnes saus déclivité suffisante est exposé aux inondations de la Loire qui traverse la plaine et y forme des étangs et des marais. L'insalubrité, déjà décroissante en 1826, est entretenu encore par le rouissage du chanvre, l'une des principales industries du pays. Les 2,700 hectares d'étangs poissonneux mentionnés par Monfalcon, les marais de Chambon, Magneux, Sourcieux, Aillaud, etc., doivent aujourd'hui être notablement réduits; mais nous n'avons pu recueillir d'indications statistiques précises sur l'étendue des marais actuellement existants.
Bans le département de l'Isère, les marais de Bourgoin sont formés par un sol bourbeux mélangé à des parcelles de granit et de mica. Ce terrain léger manque de consistance, se mouille lacilement quand il pleut, et se réduit en poussière pendant l'été; la quantité énorme de matière organique qui entre dans sa composition (90 pour 100) exphque à la fois son ins;ilubrité et les efforts tentés pour l'améliorer.
Le pays désigné jadis sous le nom de Palus-de-Monteux, dans le département de Vaucluse, à peu de distance de la rive gauche du Rhône, mérite d'être rangé parmi les localités palustres de la France, bien que les marais proprement dits
MARAIS. GS'Jt
aient à peu près disjiaru. Sur une étend\ie île plus de 90 kilomètres carrés, s'étendaient Je vastes marécages couverts par les eauv stagnantes de la Sorgues, rivière ]'orméc par les eaux de la fontaine de Vancluse. Des travaux de dessèchement habilement combinés, l'introduction de la culture de la garance, etc., ont fait disparaître la stérilité et en partie l'insalubrité des marais de la Sorgues; actuellement le sol Cideaire, riche en humus, se réduit pendant l'été en une poussière très-légère, mais à quelques pieds de la surface règne une humidité constante à laquelle il faut attribuer sans doute la persistance des fièvres à l'époque des chaleurs.
La Durance, qui sépare les départements de Vaucluse et des Bouches-du- Rliône, est sujette à de fréquents débordements, et presque chaque année forme, dans ces deux, départements, des marais temporaires dont l'étendue et la répartition échappent par leur variété à une description précise.
Le lilidne peut être comparé aux grands tleuves de l'Afrique et de l'Asie pour l'étendue du delta marécageux qu'il forme à son embouchure. Des mont.ignes qui l'entourent se précipitent un grand nombre de torrents et d'affluents dont les eaux, dans leur cours rapide, se sont chargées d'un épais limon; leileuve, au contraire, n'a qu'une pente très-faible qui ne lui permet pas d'entraîner jusqu'à la mer les matières pesantes qu'il charrie : un peu au-dessous d'Avignon, à 80 kilomètres de son embouchure, le Rhône n'a plus qu'une pente de 12 mètres, soit 15 centimètres par kilomètre, tandis qu'en ce point il reçoit les eaux delà Durance qui a une pente de 1,24'J mètres pour 580 kilomètres de parcours, soit o™,20 par kilomètre. Ces conditions, comparables à celles qu'on cherche à réali ser dans l'opération du colmatage, expliquent la formation de ce delta triangulaire qui s'étend d'Arles à la mer sur une longueur de 50 kilomètres, à droite de la branche principale du Rhône. A Arles, à la pointe de la Camargue, le fleuve est à 2'", 20 au-dessus du niveau de la mer, distante de 50 kilomètres. Le sol de l'ile est formé par des couches d'alluvions fluviales mêlées aux dépôts salins que la mer a abandonnés ; on y trouve un nombre considérable de marais saumàtres, connus habituellement sous le nom de rozelières; le plus vaste de tous est celui qui s'étend au nord de l'élang de Valcarès dont il porte le nom. Les pâturages, imprégnés de particules salines, nourrissent pendant l'hiver d'immenses troupeaux qui, chassés à l'époque des chaleurs par les exhalaisons des marais, émigrent sur les versants des Hautes-Alpes. L'établissement de rizières dans les [lartics les plus marécageuses a plutôt augmenté que diminué l'insalubrité du sol {De l insalubrité des rizières, par le docteur Boileau-Gastelnau ; Annales dliy- //iène, t. XLIIl, p. 527, 1850).
Les marais, qui occupent surtout l'arrondissement d'Arles, ont été dessé( hés au dix-septième siècle par l'higénieur hollandais van Kms ; mais, à la fin du siècle dernier, les canaux cessèrent d'être entretenus et les marais se reformèrent. De 1856 à 184'l, on a repris les travaux comprenant 7,750 hectares, dont 1,700 sont encore à l'état de marais par suite de l'insuffisance des pentes. Le marais de Beaux (1,800 hectares) a été desséché de 1859 à 18o0; de 1847 à 1850, ^4 hectares de terres humides et insalubres ont été assainis dans la commune de Barbentane, par l'initiative des intéressés Presque nulle part, on n'a fait de travaux sérieux de drainage en raison des frais, du peu de valeur des terrains, et de la faible déclivité du sol : on se contente d'entourer les espaces irop humides de fossés profonds remplis de pierres, dans lesquels se déversent les eau\ d'infiltration. Voici quelle était, en 1864, l'étendue des étangs et des marais dans le
DicT. EKC. 2» s. IV, Ix'x
Mt> MARAIS.
département des Bouches-du-Rhùue [Enquête agricole, 1868; Bouches-du- Rhône) :
Marais 17, i4I hect. dont 11,306 dans la commune d'Arles.
Étangs 26,859 — 4,570 — —
Landes, friches, etc. . . 95,091 — 26,612 —
Dans le département du Gard, le voisinage du canal de Beaucaire à Ai^^ues- Mortes présente une suite do marais couverts de roseaux ; leur insalubrité n est pas contt stée, et cependant les avis sont partagés sur la question de savoir s'il est utile de les dessécher ou prétér;\blc de les conserver et d'employer les roseaux qu'ils produisent comme engr;iis pour l'amendement des terres. Toutefois, en ces dernières .innées, on a desséclié l'étang de Jonquièies (100 hectares), dans l'arrondissement de Nîmes, et la compagnie du canal de Beaucaire a ass.iini toute la zone qui avoisine le canal. Dans la partie méridionale du département, il existe encore un vaste territoire s'étendaiit jusqu'à la mer, entrecoupé de nombreux marais valants, susceptible d'être desséché ; au point de vue de l'hygiène, la convenance du dessèchement est évidente [Enquête agricole, département du Gard).
D'Aigues-Mortes à Per|iignan une zone insalubre s'est constituée peu à peu par la formation d'un cordon littoral, l'exlianssement des côtes et le retrait partiel de la Méditerranée. La plage est partout extrêmement plate ; certaines parties déprimées se sont transformées, à l'abri d'une saillie du sol ou de petitesdunes de sable, en étangs salés communiquant avec la mer par des canaux ou graus trop souvent obstrués ; les changements de niveau couvrent de marécages les rives peu inclinées de ces étangs alternativement fermés et ouverts, et s'il est nécessaire de ne pas ranger parmi les marais les immenses nappes d'eau salée qui, comme l'étang de Thau, longent le littoral, il ne l'est pas moins de mentionner les parties marécageuses et malsaines qu'on rencontre à leurs limites ou dans leur voisinage. « Près de la moitié de notre population, soit 210,000 âmes environ, se trouve exposée à l'influence des miasmes paludéens du littoral... l'action de l'insalubrité s'étend en moyenne sur une profondeur de 15 à 20 kilomètres de la côte. La diminution de la durée de la vie moyenne, comparée à celle du reste de la France, représente annuellement pour les 210,000 âmes intéressées 40,000 années, soit le 5^ à peu près. Les projets, plans et devis pour réaliser l'assainissement de notre littoral sur une longueur développée de 95 kilomèties, évaluent la dépense à 5,300,000 francs. Ces travaux forment quatre séries principales : 1° ouverture des graus pour établir d'une manière permanente la communication des étangs avec la mer; 2° établissement d'un cordon littoral entre la mer et les étangs ; 5° retranchement et endiguement des parties d'étang qui n'ont pas une profondeur suffisante ; 4° dessèchement des parties d'étang dont la mise en valeur forme une opération distincte... Ces travaux doivent rendre à la production agricole 7,000 hectares de sol aujourd'hui putiides, et en assainir 18,500 hectares qui sont à l'état de foyers d'inlèction [Procès-verbaux et séances du Conseil général de l'Hérault, 1869, p. 127). » MM. Régy et Duponchel, ingénieurs des ponts et chaussées, ont attaché leur nom à cette entreprise dont l'achèvement demandera sans doute de longues années.
De Agde à la limite 0. du département de l'Hérault se trouve une vaste nappe d'eau de 56 kilomètres de longueur, recouvrant 16,000 hectares environ, et traversée par un canal mal entretenu, dit canal des étangs, qui met en communication les diflértnts points de cette zone. L'étang de Thau, qui en fait partie, n'est
pas insalubre, mais à son voisinage et principalement à sa limite occidentale se trouvent de nombreux foyers de fièvres : Bagnas, Enibonnes, Lunos, elc. Les étangs que le canal de Celte relie à l'étang de Tbau sont en général peu profonds, communiquent incomplètement avec la mer ; chaque année, à l'époque des chaleurs, ils laissent à découvert leurs fonds vaseux : ces marais sont surtout marqués à l'embouchure du Lez, aux enviions de Mireval, à Villeneuve, etc. Dans l'étang de Mangui en particulier, entre Cardillargues et Massillargues, s'étendent des marais très-actifs qui occupent au moins 1,800 hectares. Les travaux d'entretien du grau de Pérols, dans ces dernières années, ont réussi à diminuer la fréquence des fièvres dans la partie orientale de cette zone.
Plus à l'ouest, les parties marécageuses de l'étang de Truscas ont été récemment assainies. L'étang de Capestang, à 15 kilomètres de Narbonne, d'une surface de 1,400 hectares, décime les communes de Capestang, Montels, Nissan, Poilhes, etc. ; le dessèchement, commencé en 1854, se poursuit avec une lenteur qui retarde l'assainissement de l'étang de Vendres, d'une étendue de 550 hectares, bordé au sud et à l'ouest de prairies marécageuses et très-malsaines.
Dans le département de l'Aude, l'étang de Leucate ou de Salses occupe 5,800 hectares ; au sud-ouesl et à l'est ses rives sont basses, marécageuses, et engendrent des fièvres graves et rebelles à tel point, qu'il faut renouveler très-fréquemment la garnison du petit fort construit en ce lieu. L'étang de Gruissan (2, 1 00 hectares) subit de même des changements de niveau qui le rendent insalubre. Au nord, les marais de Maudirac infectent les communes de Vinassan et d'Armissan.
Le département des Basses-Pyrénées ne compte que 700 hectares de marais et 1,000 hectares de landes marécageuses, aliénés à une compagnie qui doit bientôt les faire disparaître.
Les landes de Gascogne {le Landes de Gascogne, par Joseph Ferrand, in Moniteur universel, 18 octobre 1860), occupant une grande partie des départements des Landes et de la Gironde, forment un vaste foyer dont l'insalubrité tient à deux conditions principales. Au-dessous d'une couche assez mince de sable se trouve un sol imperméable, formé du mélange de matières organiques avec une argile ferrugineuse très-compacte, à laquelle on donne le nom à'alios ou pierre de fer ; sous la couche aiiotique existent des lacs souterrains dont l'eau est chargée de détritus organiques; les pluies, très-abondantes pendant l'ijiver, ne trouvent donc aucun écoulement vers les parties profondes. D'autre part, depuis l'embouchure de l'Adour jusqu'à celle de la Gironde , sur une longueur de 250 kilomètres, s'étend une série de dunes, barrière infranchissable à toutes les eaux qui descendent vers la mer ; derrière les dunes sont les étangs salés et saumâtres, plus loin de véritables marais au barthes comprenant près de .'0,000 hectares, enfin les landes sablonneuses proprement dites. A l'extrémité méridionale de CL'tte côte, ou trou\e le pays de Marensin, hgue de flaques d'eau marécageuses occupant l'ancien lit de l'Adour, dont l'embouchure était autrefois au Vieux-Boucau. Dans toute la contrée régnait une insalubrité qui a provoqué, le 19 juin 1857, une loi sur le dessèchement et l'assainissement des landes de Gascogne. Le terrain sec et stérile domine dans le département des Landis ; on y a cependant, en ces dernières années, desséché plus de 1,000 hectares de marais; les étangs de Garcan, Hourtin, Lacanau trouvent aujourd'hui un déversement facile dans le bassin d'Arcachon. Le département de la Gironde comprend ."0,000 hectares de teirains marécageux, indépendamment de 504,825 hectares de landes réduites aujourd'hui à 187,000 par les travaux réalisés. Sur ces 50,000 hec-
tares de marécages, 30,000 appartioiineiil, à des propriétaires organisés en syndijat pour en Oj érrr le deF.séclunient ou l'assainissement, et tout fait espérer un succès prochain {Enquête agricole, Gironde, 18()8).
Dans la Charente-Inférieure commence la ligne de marais salants qui, sur cette côte, occupent 20,000 hectares, répartis dans les départements de laCliarente- Inférieure, de la Vendée, de la Loire-Inférieure et du Morbihan. La snperlicie des marais salants exploités semble décroître rapidement : elle était de 52,670 hectares en 1851 ; de 24,248 en 1852, répartis, en cette dernière année, de la façon suivante ^ :
Charente-Inférieure ■11,505
Morbilian 6,150
Loire-Inférieure 2,0i8
Vendée 1,661'
Actuellement, de Marennes à la Rochelle, l'exhaussement progressif du httoral, le mauvais entretien et l'abandon des salines ont fait naître une zone marécageuse d'une insalubrité proverbiale. La petite ville de Brouage comptait jadis 10,000 hectares de salins, elle n'en exploite actuellement que 2,000 environ ; elle est ainsi devenue le centre d'un vaste désert qui s'étend jusqu'aux jortes de Rochefort, où la cachexie palustre sévit de la façon la plus rigoureuse. De grands efforts ont été tentés depuis plus de trente ans ; ou a converti les anciens bassins en prairies, on y a essayé la pisciculture, on a élevé des dignes qui, tout en laissant écouler l'eau pluviale vers la mer, empêchent le reflux de l'Océan sur les terrains situés au-dessous de lui. Le tableau de 1860 évalue à 50,531 hectares la surface des marais du département ; nous n'avons pas d'indications précises sur les changements survenus depuis cette époque.
Les travaux d'assainissement ont été poussés avec plus d'activité et ont eu plus de succès dans le département de la Vendée, dont les parties basses, voisines de la mer, étaient jadis cullivées en marais salants. Le Marais, c'est-à-dire la vallée de la Sèvre niortaise, est devenu avec le temps un pays fertile, couvert de magnifiques herbages. Actuellement, il s'est formé une association syndicale pour l'entretien du dessèchement, comprenant une surface de près de 100,000 hectares ; depuis moins de trente ans, on a desséché 5,000 hectares de lais de mer et plus de 1,000 hectares de marais mouillés, sans compter plus de 2,000 hectares drainés dans le Bocage {Enquête agricole).
Le département de la Loire-Inférieure venait autrefois au cinquième ou sixième rang pour l'étendue de ses marais; depuis quelques années de grands travaux ont été exécutés ; 28 associations de dessèchement opèrent sur une surface de 26,000 hectares. Le lac de Grand-Lieu, qui a près de 4, 000 hectares de superficie, est en voie de dessèchement partiel, et plus de 500 hectares de ses rives jadis marécageuses sont transformées en excellentes prairies. Les marais de Saint-Gildas occupant 6,000 hectares, ont été réduits à 5,000. On a desséché également 5,500 hectares des marais de Donges et de Montoir, sur la rive droite de l'embouchure de la Loire, et 2,500 hectares de ceux de Machecoul ; des projets existent pour ceux de Goulaine, Saint-Père-en-Retz, Saint-Molf, la Grande-Biière et les Moutiers. Le département compte, en outre, environ 2,000 hectares de salines, dont plus de la moitié dans la commune de Guérande.
Les terres découpées du Morbihan sont sillonnées de nombreux marais et de landes humides que la pauvreté et l'isolement du pays ne permettront pas de
• Les Marais ialanis de l'Ouest, par G. Méresse. Saint-Nazairc, 1868. p. 192, in-8*.
sitôt d'améliorer; toutefois on a assaini les vallées de l'Arz, de la Sarre, le ruisseau de Pierre-Feudue, et l'on espère dessécher les marais de Pei squen. Une école de drainage et d'irrigation a été récemment éiablieau Lézardoau (Finistère).
Les côtes du Finistère et des Côtes-dii-Nord sont généralement accores, abruptes, peu marécageuses. Dans la baie du Mout-Saint-Michcl , au sud de Cancale, derrière une digue de 29 kilom. de longueur, s'étendent les marais de Bol, dans le département d'iUe-et-Vilaine. Ces marais conquis depuis le onzième siècle sur la mer, sont en partie desséchés et cultivés, et leur extrême fertilité permet de garantir pour l'avenir un assainissement définitif.
Le littoral français de la Manche est parsemé de prairies basses, de prés salés, dont l'insalubrilé est admirablement combaltuLi par la culture. Dans la basse Normandie, au voisinage de Carentan et d'issigny (Manche), on a dû, pour dessécher la zone de marais sulés qui infectait le littoral, établir des systèmes de canaux et de réservoirs qui rappellent les ^vateringues de la Picardie. Les tourbières ou les marais du Cotenlin, de Ham, des vallées de l'Ouve et de la Tante, y représentent encore plus de 6,000 hec'^ares. Le Calvados qui, en 1862, avait déjà drainé 4,500 hectares, s'efforce d'assainir les marécages des bords de l'Aure inférieure, de la Dive, de la Touques, ceux de Graye, de Courseulles, de Fontaine- Henry, de Pieviers, Mondeville, Banville, du Vailet,etc.
A l'embouchure de la Seine, près de Quillebœuf, dans le département de l'Eure, se trouvent les plaines marécageuses dites marais Vernier de 50 kilomètres carrés d'étendue ; marais qui doit sans doute son origine à un golfe que le hmon du fleuve et les sables de la mer ont successivement comblé.
Les alluvioiis de la Somme ont considérablement élevé les plages voisines de l'embouchure du fleuve ; le pays fertile nommé Marquenten e, entre Rue et le Crotoy, était autrefois en grande partie couvert par les eaux, et au neuvième siècle ces deux bourgs étaient au bord de la mer. Toute la vallée de la Somme, où les tourbières abondent, est marécageuse surtout dans sa partie supérieure; entre Saint-Simon et Bray on ne rencontre que des marais coupés de viez (via, route), ou digues.
Au nord de la France, au voisinage de Dunkerque, on donne le nom de Moëres à une bande de littoral occupant 4,000 hectares, formées par d'anciens relais de mer, dont le dessèchement a été commencé depuis le dix-septième siècle. On connaît de même, sous le nom de wateringues une série de travaux ayant po;ir but l'entretien et le dessèchement d'une vaste étendue de terrains situés au-dessous du niveau de la mer, et couvrant 51,000 he tares dans l'arrondiïsement de Dunkerque, et de Hazebrouck (Nord), 40,000 hectares dans l'arrondissement de Calais, de Saint-Omer et de Boulogne (Pas-de-Calais). Cette surface est découpée en carrés de plusieurs hectares par des fossés où s'écoule l'eau d'infiltration du sol et Celle des pluies; des moulins à vent et des machines à épuisement portent l'eau de ces fossés dans un canal de ceinture, nommé Rynsloot, qui la conduit à la mer. L'eau pluviale a fini par dessaler complètement ces terres, qui sont devenues très-ferliles et ne sont insalubres que dans des points limités. Le département du Nord l'ait disparaître peu à p,u les foyers palustres des vallées de la Haute-Deule, de la Scarpe, de la Sambre, etc. En 1860, ce département avait complètement achevé les travaux d'assainissement pour 59,177 hectares; ils étaient en cours d'exécution pour 2,046 hectares, en projet pour 5,600 hectares. Le Pas-deCalais contient, outre ses marais, de nombreuses tourbières dont l'exploitcitioii, ainsi que le rouissage du chanvre et du lin, multiplie les sources
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d'impaludisme (Études statistiques sur le recrutement dans le Pas-de-Calais, par le docteur Costa; Recueil des mém. de méd. milit., t. XVll, p. 195; 1866). Ce département comptait au commencement du siècle 22,000 hectares de marais; le tableau de 1860 en porte le chiffre à 6,071, ce qui semble bien au-dessous de la réalité.
Au nord du département des Ardennes se trouve un plateau boisé, arrosé par la Meuse et la Sémoy, couvert de landes et de marais ou fagnes, renommés par leur stérilité et leur insalubrité, en particulier ceux de Sécheval, Huut-Botté, Rocroi, etc.
Citons encore les marais de la vallée de la Dive et de la Briance (Vienne); des vallées de la Gartempe, de la Sème, delà Brame (Haute-Vienne); de k Bresche, de l'Epte et de la Troène (Oise); ceux de Briouze et de Bellou presque complètement assainis, de Rouelle, de Saint-Gille (Orne); de la Vallée de laVoise, de l'Aigre, de la |)laine de Poiipry (Eure-et-Loir) ; de Li vallée de l'Ourcq et de la rive droite de la Seine, ceux d'Episy, de la Genevraye, de Longue ville (Seine-et- Marne), etc.
Nous ne pouvons terminer cette revue très-imparfaite des marais de la France, sans nous arrêter un instant sur la Corse qui, par son insalubiité, ne le cède à aucun autre département. Â part quelques marais de peu d'importance, ceux de la Fi(;arella, de Ventiligue, de Figari, la côte occidentale est saine ; au contraire, toute la côte orientale, de Bastia à Solenzara, sur une longueur de 100 kilomètres environ et sur une largeur de A à 5 kilomètres, est basse, insalubre, marécageuse; c'est en même temps la partie la plus fertile de l'île : au mois de juillet, aussitôt la récolte faite, les travailleurs sont forcés de se réfugier dans les montagnes, oîi ils emportent trop souvent une cnche.vie palustre très-rebelle. L'infection s'est produite peu à peu par l'élévation du littoral, l'ensableaient des barres et de l'embouchure des étangs, le défaut d'écoulement des eaux douces vers la mer. C'est ainsi que se sont formés et sont devenus marécageux les étangs de Biguglia (1 ,800 hectares), ceux d'Urbino, de la Saline, et particuhèrement depuis l'embouchure du Tavignano jusqu'à Solenzara, cette série d'étangs d'une étendue de 40 kilomètres qui couvre la plaine d'Aléria. Ce territoire, d'une fertilité prodigieuse, et que Blanqui appelle une Mitidja française, comparable, dit-il, à la terre promise, était jadis la seule partie de l'île habitée par les Romains, et les ruines qu'ils y ont laissées attestent l'importance de cette colonie. Aujourd'hui l'étang de Diane remplace le port d'Aléria ; dans la plaine, la mal'aria est tellement meurtrière que le haut fourneau de Solenzara est obligé d'interrompre ses travaux de juin à octobre, et que la garnison du fort d'Aléria se retire à Gervione, dans les montagnes. Les tentatives très-dispendieuses d'assainissement qui ont été faites n'ont pas encore amené de résultats dignes d'être mentionnés {Assainissement du littoral de la Corse, par Scipion Gras, Paris, 1866; du Mauvais air en Corse, etc., par Régulus Carlotti, in-4, p. 1-15, Ajaccio, 1869).
État physique des marais. Sol. Le sol sur lequel reposent les marais est de composition très-variable. Le défaut de perméabiUté étant une condition favorable à la stagnation des eaux, on comprend la fréquence des marais au milieu des terrains argileux ; ce l'ait a fourni à Linné le sujet d'une dissertation peu connue, dans laquelle le savant naturahste rattache à l'argde elle-même la cause des fièvres intermittentes (Linnsei Amœnitates academicœ ; De febrium intermittenlum causa). Rœnald Martin, en exprimant cette opinion, que la mal'aria semble liée à la présence de principes ferrugineux dans le sol, n'emploie qu'une forme
un peu détournée pour affirmer cette coïncidence bien connue des fièATes et des terrains argileux ; l'argile, en eflet, contient presque toujours une quantité variable d'oxyde de fer, et il n'est pas sans intérêt de rappeler le rôle important que BoLissingault fait jouer à cet oxyde dans la décomposition des matières organiques mêlées à l'argile; le peroxyde de fer est un agent oxydant énergiijue, il abandonne un atome d'oxygène aux substances oxydables et le remplace par un atome d'oxygène qu'il emprunte à l'air. Largile terriigiueuse paraît donc capable d'activer la combustion des principes organiques qu'elle renferme, et, à ce titre, l'observation de Rœuald Martin est digne d'intérêt, bien qu'on rencontre à chaque pas des terrains ferrugineux complètement exempts de mal'iiria. Les marais se développent de préférence au milieu de terrains tertiaires et d'alliivion ; toutefois les roches primitives elles-mêmes peuvent donner naissance aux foyers [alustres par l'association de matière organique avec leurs particules désagrégées. Des granits incriminés, recueilHs à Hong-kong, n'ont donné par l'analyse que 'i pour 100 environ de matière organique ; mais Friedel dit avoir constaté dans des circonstances semblables le développement d'un clnmpignon très-petit qui donne à la roche un aspect noirâtre et la rend très-avide d'humidité. Les faits observés par M. Valéry Meunier, dans le Guadarrama, pendant la construction du chemin de fer de Madrid, viennent contirmer, dans une certaine mesure, les observations faites par M. William au Brésil, par Heyne à Madras, etc. Les tufs volcaniques forment parfois les bassins de mirais redoutables, en particulier sur le littoral de la Méditerranée, de la baie de Naples, au cap Misène; les vacuoles de ces débris ponceux retiennent emprisonnés, par la filtration prolongée d'une eau corrompue, des détritus organiques que le lavage en nappe ne réussit plus à séparer, et qui atteignent lentement les degrés ultimes de leur décomposition. Le mélange de sable, d'argile ferrugineuse, et de matière végétale qui, sous le nom à'alios, •constitue le sous-sol des landes de Gascogne, forme un feutrage seri'é où les mêmes phénomènes se produisent. Le caractère dominant du sol marécageux, c'est la grande quantité de substance organique qu'il contient; la proportion varie de 10 à 50 pour 100 , la couche moyenne des maremmes de Toscane en contient 55 parties ; dans un marais de la Trinidad (Antilles anglaises), on en a trouvé 50 parties. Les tourbières et les bruyères, où cette proportion atteint et dépasse parfois 90, sont formées presque uniquement par un terreau noirâtre, terme avancé de la désorganisation lente des débris végétaux que les eaux ont couverts. On rencontre au fond des marais, sous la couche de limon qui s'est déposée, des rudiments de tourbière en voie de formation; la végétation, souvent luxuriante, de leur boue lertile, accumule ses débris sur les couches plus anciennes qui lui ont donné iiais- ■sance, et dans ces dépôts successifs se passent les phénomènes très-curieux que Liebig a décrits sous le nom d'érémacausie. Tandis que la lumière, le renouvellement fréquent de l'air, l'apport d'une quantité toujours nouvelle d'oxygène, activent la combustion de la matière et sa réduction à ses éléments constitutifs, les ■conditions proposées que présentent au plus haut point les terrains compactes, argileux, imperméables, amènent des transformations lentes, des degrés d'oxydation et de réduction intermédiaires dont l'humus. Fulmine, les acides humique, ulmique, géique, crénique et apocrénique, sont les produits encore très-mal connus des chimistes. Le défaut d'aération du terrain, l'absence de l'exposition successive à la lumière de toutes ses particules, nous semblent un des caractères les plus importants du foyer palustre ; il se produit ainsi dans l'intimité du sol un méphitisme, un confinement, comparable à celui d'une salle de malades qui, après
avoir été souillée par les échanges respiratoires d'un grand nombre de personnes, resterait très-longtemps privée d'air et de soleil par l'occlusion hermétique de toutes ses ouvertures. Les réaulions que les gaz non renouvelés exercent les uns sur les autres, au sein de la tene, sont sans doute très-complexes; la quantité considérable d'acide carbonique dissous dans l'eau qui s'écoule des terrains drainés, permet de préjuger s n accumulatii)a dans les terrains compactes, non aérés, riches en matières organiques. Les travaux de Schiibler, Boussingault. Liebig, de MM. Isidore Pierre et llervé-Mangon, laissent entrevoir tout l'intérêt qu'aurait une étude des propriétés physiques et chimiques du sol entreprise au point de vue de l'hygiène et de la pl'.ysiologie expérimentale. Depuis longtemps on sait que les terrains marécageux ont une température notablement plus basse qu'un sol de bonne qualité situé dans le voisinage ; la difiérence peut, dans les couches supérieures oii se passe la végétation, atteindre de 6 à 10 degrés centigrades. Dans une tourbière du Lancasliirc, .losiat Sarsscs {Journal d'agriadhire pratujue, t. I, p. 451) enfonça des thermomètres à des j.rofondeurs différentes, et recueillit chaque jour, pendant trois ans, la température des diverses couches ; et lleci resta pour ainsi dire invariable, quelles que fussent les variations de la saison, et le thermomètre n'oscilla que de quelques dixièmes au-dessus et au-dessous de -|- 7°; de plus, ia température, à 50 centimètres au-dessous de la surface, était constamment égale à celle obtenue jusqu'à 9 mètres de profondeur. Au contraire, dans un autre endroit du même champ, où le sol bien drainé était devenu sec, aéré, perméable, il trouva les chiffres suivants :
La température â 1 mètre au-dessous du sol, à l'ombre, étant ■+■ 20*,6
à 18 cenlimèlres de profondeur -i- 15,6
Le même jour, à la même heure, dans la partie marécageuse du même champ, il trouvait les chiffres suivants :
à 18 centimètres de profondeur -t- 8*.3
à partir de celte profondeur jusqu'à 9 mètres, -h 1',% invariablement.
La propagation, jusqu'à la surface, de la basse température des profondeurs de la terre; la soustraction du calorique par l'évaporation continue des couches superficielles, exphquent suffisamment cet'e différence et le retard que ce défaut d'échauffement apporte dans la végétation.
L'aspect du sol marécageux varie singulièrement avec les localités, la saison, le climat, etc.; lorsque la nappe d'eau stagnante est visible, soit à la surface, soit dans la couche la plus superficielle du sol, on dit que le marais est mouillé, et le danger est facile à éviter, parce tju'il est grossièrement appréciable. 11 en est autrement, pendant la saison sèche, pour les marais dits alternatifs, c'est-à-dire alternativement couverts d'eau ou desséchés, et surtout pour ces foyers que le médecin appelle palustres en raison de leur action nuisible sur l'économie, bien qu'ils ne présentent pas les caractères extérieurs et l'apparence du marais proprement dit. Indépendamment d'une végéiation spéciale que nous indiquerons plus loin, la nature marécageuse d'un terrain se reconnait à quelques-uns des caractères suivants :
La terre est grasse, forte, s'attache aux pieds des hommes et des animaux, même quand il n'est pas tombé de pluie depuis plusieurs jours ; çà et là, dans
les parties les plus déprimées, apparaissent de petites flaques d'eau; eu des points où la terre est plus humide, d'une teinte plus ioncée, après l'action prolongée du soleil, le sol est recouvert d'une croûte fendillée, crevassée, se réduisant facilement en poussière, et d'une couleur jaune ou noirâtre, suivant la nature et la composition du terrain. Lorsqu'on enfonce un bâton de quelques décimètres dans le sol, on détermine un trou béant, à parois nettement limitées, sorte de puits au lond duquel, au bout de quelques heures, on voit s'accumuler l'eau qui infiltre les plans supérieurs des parties latérales. Lue poussière vaseuse souille la lige inférieure des plantes ou le pied des arbustes qui couvrent le pays, etc. La configuration du lieu, sa position déclive par rapport aux points qui l'entourent, sont autant d'indices capables d'éclairer le médecin dans les cas tréquents oiî il doit décider l'opportunité d'une halte ou d'un campement dans un pays inconnu.
Eau. L'eau stagnante sur les marécages présente souvent une teinte irisée de reflets bleuâtres et brillants, semblables à ceux que produirait une mince couche d'huile répandue à sa surface. Sa coloration et sa limpidité sont d'ordinaire troublées 1 ar les éléments de nature très-diverse qui s'y trouvent en suspension. Ce sont tantôt des particules ténues de matière organique dont la décomposition n'est pas encore complète, ou s'achève en donnant au liquide l'aspect trouble d'une intusion qui fermente ; tantôt la présence d'une énorme quantité de parasites microscopiques, en particuUerde l'espèce Protococcus, dont l'un, le P. polycystis, transmet à l'eau une coloration verte ; un autre, le P. aslasia, une teinte rougeàtre bien marquée. L'insalubrité de ces eaux n'est nullement eu rapport avec la quantité de parasites qu'elles renferment, et il est notoire que l'eau de certaines mares Iransformées ainsi en une sorte de purée verdàtre peut servir longtemps à abreuver les bestiaux sans altérer en rien leur santé. L'eau stagnante prend une odeur et un goût très-caractéristiques, qui sont un indice précieux de son origine, et inspirent parfois aux animaux eux-mêmes une salutaire répugnance; à l'odeur de marécage proprement dite vient souvent se joindre celle de l'hydrogène sulfuré, de la putréfaction animale, etc., suivant lu naluro, la quantité et le mode d'altération des détritus submergés ; le rouissage du chanvre, le mauvais entretien des étangs poissonneux, l'écoulement des résidus putrides des féculeries ou des fosses d'aisance, etc., sont les conditions qui modifient au plus haut point les qualités organolcptiques des eaux dormantes. Leur composition chimique, ou, pour mieux dire, leur provenance, établit avec les marais des différences qui sont restées classiques : marais doux, marais salés, marais mixtes ou saumàtres.
Le mélange de l'eau douce des pluies ou des rivières avec 1 eau de la mer imprime aux marais qui résultent de leur stagnation et de leurs dépôts une insalubrité spéciale, très-réelle, mais qui toutefois a été exagérée par l'omission de certaines distinctions que nous étudierons plus loin. Le conflit des matières organiques en suspension et des sulfates dissous entraine des phénomènes chimiques qui ont été parfaitement étudiés par Chevreul, Daniell, etc. ; les sulfates abandonnent une partie de leur oxygène aux substances organiques dont le pouvoir réducteur est très-énergique; il se forme des sulfures, et l'hydrogène sulfuré est mis en liberté par l'acide carbonique ou les autres acides dissous dans l'eau (Daniell, Annales de phi/sique et de chimie, 18 il, III, 551; Chevreul, Mémoire sur plusieurs réactions chimiques, in Annales d'hygiène, 1855, t. L, p. 5). Les marais gàts, les étangs salés mal endigués, les ports de mer où l'eau se renouvelle difficilement, ne présentent pas seuls cette réaction ; il faut y joindre les plaines ab.indonnées depuis longtemps par la mer, qui y a laissé une grande quantité de
matière saline infiltrée dans le sol, comme les puits. saK's, certaines parties des maremmes toscanes, etc. M. Lembron pense que le sol delaBrenneet de la Sologne, formé de dépôts marias accumulés à l'époque tertiaire, doit sou insalubrité au mélange de ces sels à l'eau douce des marais actuels. Mèlier, dans son rapport sur les marais salants, se demande incidemment s'il ne faut pas faire jouer un rôle important à la petite quantité de sultates contenus dans l'eau des marais non salés, et chercher là la cause de la nocuité plus ou moins grande des amas d'eau douce retenus à la surlace du sol. Cet hydrogène sulfuré, quand il se développe brusquement ou en quantité inaccoutumée, fait périr les animaux et les végétaux qui vivent habituellement dans l'eau croupissante et dont les débris fournissent de nouveaux aliments à la décomposition de la matière organique.
En agitant sous l'eau la vase des marais, on voit se dégager en grosses bulles un gaz inflammable, de l'hydrogène protocarboné, auquel on a donné le nom de gaz des marais et auquel on a voulu à tort faire jouer un rôle important dans la production de la mal'aria. L'eau stagnante contient encore en solution des proportions très- variables d'acide carbonique, d'oxygène et d'azote. Tantôt l'oxygène disparaît progressivement par sa fixation sur les produits de la décomposition organique, et par la respiration des poissons ou des autres animaux qui habitent les marais ; tantôt une végétation luxuriante, et en particulier la croûte épaisse que forme le lemna ou lentille d'eau. Les parasites de toute sorte qui vivent dans l'eau stagnante y accumulent l'oxygène, résidu de leur respiration, à tel point que Morren (Morren, Recherches relatives à l'influence qu'exerce la présence d'animalcules de couleur verte contenus dans les eaux tranquilles sur la qualité et la quantité des gaz que ces eaux peuvent dissoudre , in Comptes rendus deV Institut, 1838, t. VI, p. 276) et Becquerel ont pu y trouver ce gaz dans la proportion de 61 pour 1 00 de l'air dissous, tandis que l'eau des fleuves n'en contient d'ordinaire que 32 à 55 pour 100. L'analyse chimique révèle dans l'eau des marais une proportion d'ordinaire considérable de matériaux organiques à l'état de solution complète, ou de particules très-tines que le filtre ne retient qu'incomplètement. 11 n'est pas rare d'obtenir par l'évaporation du liquide liltré un extrait azoté dont le poids s'élève communément de 50 centigrammes à 1 gramme, et peut atteindre le'",75 par litre (S. Parkes, A Manual of practical Hygiènes, 1869, p. 20 et 25). Les particules azotées, qui seules paraissent réellement nuisibles et impriment à l'eau l'odeur et le goût de marécage, sont à l'état de suspension; leur composition chimique, leur nature définie est inconnue, et c'est par l'anmio, niaque qui résulte de leur décomposition qu'on arrive à un dosage approximatif; peut-être existe-t-il dans ce groupe certains produits toxiques ou certains ferments organisés dont l'étude éclairera un jour la nature du poison paludique. Les autres substances organiques sont à l'état de dissolution complète, elles ne contiennent plus d'azote, leur composition chimique commence à être assez bien connue, et ces produits semblent, pour la plupart, n'être que faiblement toxiques : tels sont des acides gras, homologues de l'acide acétique; acides butyrique, formique, propionique, caproique. Kraut {A7in. der Chemie und Fharni , B. 1 03,^ S. 29, et B. 119, S. 257), dans l'eau d'un marais, a vu se développer des acides gras volatils ; dans un puits alimenté par l'eau d'une tranchée infecte, Schweizer {CEsteiden s Zeitscln^ift fur Hygiène, ^and], S. 166) trouva par htre jusqu'à l8%50 de bulyrate de chaux. Ce sont vraisemblablement ces acides qui donnent à l'eau des marais la réaction acide signalée par beaucoup d'auteurs, et sur laquelle il
n'a été fait jusqu'à présent qu'un très-petit nombre de recherches; toutes les eaux marécageuses ne présentent pas cette réaction qui manque généralement dans l'eau des mares et semble ne pas être en rapport exact avec le degré d'insalubrité de l'eau.
Floue. La végétation des marais, malgré une grande diversité d'espèces, imprime un cachet spécial aux localités palustres, aide souvent à révéler l'existence de ces dernières. Tandis que dans nos cHmats tempérés les terrains marécageux ont un aspect triste, misérable, dénudé, sous les tropiques une végétation puissante masque d'ordinaire la couche d'eau étendue sur le sol ; parfois même, alors que la chaleur torride a tout desséché, et que l'herbe a disparu brûlée par le soleil, c'est dans les marais seuls que se trouve un reste de verdure. Des lorêts peuvent se développer avec les siècles à la faveur de cette humidité persistante, les arbres formant un écran qui entrave à la fois l'échauftement et le dessèchement excessif du sol pendant le jour, et le refroidissement par le rayonnement nocturne. Les espèces végétales varient avec la nature des marais et la qualité de l'eau qui les abreuve. Entre les tropiques, sur la vase marine qu recouvre les côtes basses, les marigots, les deltas, etc., croissent les palétuviers, les mangliers, dont les branches entrelacées et le feuillage touffu forment des fourrés et des couverts parfois impénétrables. Les palétuviers, les chara, les phagnum, caractérisent les foyers les plus insalubres, ceux où la fièvre jaune trouve d'ordinaire les conditions de son développement; toutefois, la fièvre jaune existe là où il n'y a pas de palétuviers, et réciproquement. A mesure qu'on s'éloigne des tropiques, les mangliers disparaissent et on ne les trouve phis dans les vases du littoral méditerranéen. Les marais salants bien entretenus, les marais gâts récemment abandonnés sont généralement dépourvus de toute végétation; au contraire les prés salés, lavés par les pluies et les inondations des rizières fournissent des prairies verdoyantes et des fourrages renommés par leur saveur, leur qualité nutritive.
L'Annuaire des eaux de la France a donné une liste complète des espèces végétales qui croissent dans les marais ; Charles Marlins a dressé également dans Patria, p. 466, la géographie botanique delà France; il énumère successivement i° les plantes des sables maritimes , 2° les plantes d'étang, 3° les plantes de marais ; 4° les plantes des tourbières. Il suffit d'en extraire une énumération sommaire en rapport avec l'échelle décroissante des marais.
Les eaux dormantes sont couvertes de fleurs aux couleurs parfois très-vives, dont la tige, complètement immergée, s'allonge à partir du sol vaseux où plongent les racines : ce sont des nymphœa {alba, aloides, sparganium, salvinia natans, etc.)
Les typha, scirpus, carex, etc., prospèrent dans les marais où la couche d'eau ne dépasse pas quelques centimètres; dans les bas-fonds à demi desséchés, dans les parties les plus déclives des prairies humides, on rencontre les genres Carex, Juncus, Rumex, Elatine, Cyperus, Scirpus, etc. A mesure que l'humidité diminue, apparaissent les plantes fourragères, les graminées. Les unes, à tige élevée, en touffe volumineuse, constituent un fourrage plat, peu sapide, contenant sous un grand volume une très-faible quantité de matière nutritive : pitalaris arundinacea, roseau à balai {arundo phragmiles) , paturin aquatique {poa aquatica) , Yulpin roseau, fléole {phleum pratense) , festuques [festuca arundinacea, elatior pratensis), etc. Les autres fournissent des fourrages odorants, sapides, de qualité relativement bonne : flouve odorante {anthoxanthum odoratum), gesse des
marais {lathyrus saiivus) , lotier velu {lotm villosiis), trèfle {trifoUum repens, pratense), luzernes [medicacjo lupulina, maculata), etc.
En outre, il existe dans les marais tout un monde végétal cryptogamique, dont certaines espèces constituent les maladies parasitaires des céréales, et que nous mentionnerons en parlant de l'action des marais sur les végétaux. On connaît encore trop peu les parasites de ce genre qui sont nuisibles à riiomnie, et auxquels on s'est efforcé depuis peu de temps d'attribuer un rôle actif dans la pathogénie des maladies palustres. Des recherches prochaines ne manqueront pas de faire connaître les caractères botaniques précis de ces palmellœ dont Salisbury a trop négligé la partie descriptive; il en est de même des oscillariœ, des testilago, des urocystis, des pénicillium, qu'on ne peut qu'indiquer ici.
Fauine. Les animaux qu'on rencontre dans les marais n'ont d'intérêt pour le médecin qu'au point de vue des ressources alimentaires qu'ils fournissent, ou de^ maladies qu'ils peuvent faire naître. Nous n'avons point à énumérer les nombreuses espèces de la classe des oiseaux qui constituent le gibier des marais ; nous avons vu que la culture du poisson avait contribué pour la plus large part à transformer la Bresse, la Dombes, la Brenne, etc., en pays marécageux par excellence. Dans les régions tropicales, et en pailiculier dans l'Inde, les forêts et les jungles qui recouvrent le delta du Gange, de l'Indus, etc., servent de repaire à une quantité considérable d'animaux féroces : ceux-ci contribuent par leurs cadavres et les débris amoncelés de leurs victimes à charger ces marais d'une proportion de matière organique animale très-supérieure à celle qui existe dans la plupart des marais, et peut-être faut-il attribuer à cette cause les maladies spéciales qui en résultent.
xMais ce n'est pas le haut de l'échelle zoologique qui fournit des objets d'étude pour le médecin : l'intérêt augmente, au contraire, à mesure qu'on descend vers les infiniment petits. Dans la classe des insectes, il faut peut-être signaler le cousin, culex pipiens et annulatus, qui, dans certaines contrées basses et humides, forme des nuées compactes, fatigue beaucoup les animaux, et serait même capable d'en faire périr un grand nombre, comme l'alïirme M. de Raguse, pour la vallée du Danube. « On rapporte que dans les llanos de l'Amérique les cousins sont une des causes qui ont empêché les bœufs de se multiplier à l'état de complète liberté; les insectes les tourmentent au point de les empêcher de se nourrir au milieu des plus riches herbages (Magne, Traité d'agriculture et d'hygiène vétérinaire, t. III, p. 292). »
Les annélides sont représentés par une quantité considérable d'hirudinées : dont quelques-unes sont employées pour la thérapeutique.
D'autres, dites sangsues de cheval, sont d'une voracité extrême; elles peuvent causer des accidents par la multiplicité de leurs piqûres et la soustraction d'une quantité énorme de sang; on les a vues souvent assaiUir les troupes obligées de marcher pendant plusieurs jours à travers les marais inondés ; les animaux qui paissent dans les bas-fonds en sont parfois couverts, et elles s'attachent particulièrement aux parties de la peau voisines des orifices naturels.
Quand on songe d'une part à la quantité extraordinaire de parasites et surtout d'enlozoaires qui assiègent nos animaux domestiques, et d'autre part à la vitahté extrême de leurs germes au contact d'une humidité suffisante, on comprend l'intérêt qui s'attaclie à l'étude des animalc\iles microscopiques dans l'eau et la boue des marais. Pour éviter des répétitions, nous ne pouvons que mentionner ici les travaux de Mitchel, H. Scott, Guuther, Carter et autres médecins de
rincle sur les tank-worms (vers des réservoirs), qui sont probablement déjeunes filaires capables d'engendrer directement ou ])ar 1 eau des boissons le draçoimeau ou iîlaire de Guinée. Nous parlerons p'^'^' loiu de ces distomaires à générations alternantes, dont les colonies d'embryons s'enkystent dans des larves, des insectes et même, d'après de Siebold, dans des débris déplantes, à la surface des feuilles, et se transforment, dans le corps des animaux qui les avalent, en douves du foie et peut-être en d'autres espèces analogues; des strongylus filaria, dont les embryons vivipares provenant du jetage des animaux malades, souillent l'herbe humide des marécages ; des œufs et des embryons de divers cestoïdes, et en particulier du tenia cœnurus, etc. Ehrenberg, Hassall, etc., ont observé et décrit une quantité [irodigieuse d'iatusoires dans l'eau des marais, dont l'immobilité favorise la lepriidnction des parasites de toutes sortes : paramécies, monades, rolifèros, diatomacées, navicules, entomostracées ; c'est peut-être dans ce groupe que se trouvent les animalcules venimeux sur lesquels M. Bouchardat a fondé une curieuse hypothèse, mais dont personne encore n'a démontré l'existence.
Action des marais. Influence sur l'atmosphère et la météorologie. Les Italiens désignent sous le nom de maVaria les propriétés malfaisantes que les marais transmettent à l'atmosphère, et ils expriment par les mots aria pessiina, cattiva, sospetta, etc., les nuances décroissantes de cette insalubrité de l'air. Nous examinerons [lins loin quelle est la nature de cet agent patliogénique ; mais avant d'entrer dans le champ de l'hypothèse et de l'investigation théorique, il importe de décrire les changements matériels que les marais apportent dans la constitution météorologique du heu.
Nous avons déjà mentionné l'abaissement de la température et la résistance à l'échauffement des couches superlicielles du sol dans des terrains mal drainés, humides et marécageux. Cette influence est assez puissante pour modifier la météorologiedes localités paludéennes et imprimer son aciion sur la manière de vivre des plantes et des animaux.
Humboldt (Cosmos, t. I", p. 380) signale parmi les causes qui abaissent la température moyenne d'un pays des marécages nombi eux, dans le Nord, formant jusqu'au milieu de l'été de véritables glacières au milieu des plaines.
Les expi'riences deDalton, deGasparin, Dickinson, Charnocë, ont démontré la soustraction énorme de calorique que produit dans Tatnjosphère l'évaporation de l'eau répandue sur le sol. D'après les observations faites par M. de Gasparin à Orange, en iSli-'i'-l, la perte de chaleur occasionnée par l'évaporation des 82 centièmes de la pluie tombée est, pour 1 hectare, égale au calorique qu'eussent dégagé 596,700 kilogrammes de houille, c'est-à-dire qu'elle égale la vingtième partie de la chaleur envoyée en un an par le sokil à la terre (Barrai, Du drai' nage et des irrigations, 2^ édit., t. IV, p 141). M. Daubrée [Comptes rendus de V Académie des sciences, 1847, t. XXIV, p. 548) a également démontré par le calcul que l'évaporation emploie une quantité de chaleur à peu près égale au tiers de celle que le soleil envoie à la terre, et dans le même temps. 11 est regrettable que des observations nombreuses directes ne permettent pas de remplacer par des chiffres ces inductions théoriques ; il est indispensable de rechercher s'il est vrai que la température moyenne de l'air est généralement moins élevée dans un pays couvirt de marais que dans une localité voisine orientée de la même façon, mais reposant sur un sol sec perméable. Cette allégation revient souvent sous la plume de ceux qui ont écrit sur le drainage, et l'on ne cite pas d'observations positives sur lesquelles elle s'appuie. A ce point de vue on consultera avec
intérêt les travaux communiqués par Sabragnoli-Marchetti, médccin-inspcclem des maremmes toscanes, à F. Jacquet, qui les a publiés dans les Annales (T hygiène ^om 1854, t. II, p. 261. Sabragnoti, qui a recueilli lui-même les observations, trouve que dans les maremmes la température est plus constante qu'à Florence ; elle est plus élevée de 2 degrés l'hiver au lever du soleil et à midi, et pendant l'été plus basse de 2 degrés au milieu du jour. En outre, les six mois les plus malsains, juin-décembre, sont ceux où les oscillations nyctliémérales sont les moins amples; l'oscillation de juin est en moyenne de 7 degrés, celle d'août de 2°, 75.