DIFFÉRENCE ENTRE LES MAXIMA ET LES MINIMA DES 24 HEURES
DIFFÉRENCE DIFFÉRENCE DIFP. MOYENNE LA PLUS GRANDE. LA PLUS PETITE. DU MARAIS.
Août 20,20 2 11,6
Septembre 16 4 10
Octobre 23 6 13
Un phénomène plus facilement appréciable, c'est le haut degré d'humidité atmosphérique et la fréquence des brouillards au-dessus et au voisinage des marais: la Hollande, la Bresse, la Brenue, la Vendée, sont pendant presque tou^.e la saison froide ensevelies sous des brumes épaisses que les moindres variations de température font également apparaître en été et en automne. En effet, le refroidissement de l'atmosphère est d'autant plus rapide que l'air, en se chargeant, d'humidité, est devenu meilleur conducteur, et que les couches supérieures du sol n'ont point accumulé de calorique qu'elles puissent rendre à l'atmosphère, quand la radiation solaire vient à cesser. L'air étant toujours très-voisin de son point de saturation, la vapeur d'eau qu'il ne peut plus dissoudre à sa nouvelle température forme un brouillard qui naît au niveau du sol, c'est-à-dire au contact de la surface d'évaporation rapidement refroidie et qui, peu à peu, retombe en rosée.
Ces brouillards, dont l'odeur est parfois fétide, annoncent d'ordinaire de trèsloin la présence de foyers marécageux, et tous les navigateurs en mentionnent la jTt'sence à l'embouchure et sur les deltas des grands fleuves. Ils peuvent/] fournir de précieux indices dans un pays inconnu, et révéler, par la rapidité avec? laquelle ils se forment, l'existence d'une nappe d'eau souterraine masquée par ' la sécheresse de la croûte sujjerficielle du sol. .\oiis verrons plus loin le rôle important que certains auteurs font jouer à ces brouillards dans la production des maladies.
Les marais ne modifient pas sensiblement la composition chimique de l'atmo- «phère; la proportion de l'acide carbonique s'élève de i à 8 parties pour 10,000 ?n volume; on y trouve une quantité d'ordinaire assez faible d'hydrogène sulfuré provenant de la transformation des sulfates en sulfures, et de la décomposition de ceux-ci par l'acide carbonique ou les acides oiganiques que nous avons vus donner souvent à l'eau des marais une réaction acidulé.
Cependant, dans certains marais de l'Inde, le gaz sulfhydrique se dégage avec une activité très-grande, et les marais salés de Singapour en produisent de telles quanti lés, que des bandes de papier chargées d'une solution d'acétate de plomb prennent une teinte noire par la simple exposition à l'air (Parkes, A Manuel of Practical Hijcjiene, 5'^édit., 18(39, p. 102).
L'analyse chimique révèle encore la présence d'hydrogène libre, d'ammoniaque et d'hydrogène phosphore, en proportions minimes. On retrouve aussi dans l'air riiydrogène protocarboné ou gaz des marais, qui se dégage parfois avec une telle abondance dans certaines maremmes toscanes alternativement desséchées et huniectces, qu'il se produit un mouvement appréciable à la surface du sol; on dit alors que la terre bout. Les autres modifications de l'atmosphère sont trop peu positives pour trouver place ici ; leur étude fait partie des discussions sur la nature du poison paludique.
La découverte de l'ozone a semblé éclairer un moment cette question difficile ; mais, sans rien préjuger, voyons le résultat des observations ozonométriques faites dans les pays de marais.
D'après ^chœnbein, l'ozone détruit les miasmes en les oxydant, et réciproquement les miasmes font disparaître tout l'oxygène ozonisé nécessaire à leur combustion ; de là résulte une proportion inverse dans les quantités respectives de miasmes et d'ozone en un même temps et dans un même lieu. Schœnbein ne semble pas avoir fait d'observations ozonométriques directes dans les marais ; il procède en général par induction et suppose toujours admise l'hypothèse sur laquelle il raisonne.
M. Pouriau [Comptes rendus de VAcad. des sciences, janvier 1856) croit avoir constaté que, dans le département de l'Ain, la diminution de l'ozone coïncidai avec la plus grande fréquence des fièvres pernicieuses dans les marais de la Bresse. Hammond {A Treatise on Hygiène, Philadelphia, 1863, p. 165) dit avoir observé à Fort-Riley, dans le Kansas, que les travailleurs qui vivaient dans les parties basses du pays, au bord de la rivière, étaient très-sujets à la fièvre intermittente, tandis que les soldats campés sur un plateau élevé, à un demi-mille de la rivière, n'étaient jamais malades. « J'ai trouvé, ajoute-t-il, avec l'ozonomètre de Schœnbein, que pendant la saison chaude il n'y avait qu'une quantité trèsfaible d'ozone dans la première localité, tandis que dans la seconde il y en avait une [iroportion beaucoup plus grande. J'ai répété ces observations très-souvent^ elles m'ont toujours donné les mêmes résultats. »
Au contraire, au congrès de Kœnigsberg, de 1852-53, on suspendit des bandes de papiers ozonomclriques sur les bords d'un lac stagnant, dont l'eau était souvent iLtide, et, au grand étoniiement des i bservateurs, on obtint des réactions ozoniques très-prononcées. M. Scoutetten plaçi de niême des bandelettes à 2Ô-59 centimètres au-dessus des fossés marécageux de la ville de Metz ; ces bandelettes furent toujours beaucoup plus teintées que celles qui étaient mises au-dessus de l'eau courante (Scoutetten, i)e Z'osone, 1856, p. 92).
M. Grellois {Recueil et mém. de médecine et de chirurgie nulit , 1885) a repris ces expériences en 1865, et c'est au-dessus des marais qu'il a trouvé les teintes les pins foncées du pa| icr ozonoiiiétrique. M. Bœckel fils, dans sa thèse en 1856, déclare que, d'après ses observations, la fièvie intermittente semllc n'avoir aucune relation avec l'ozone, et cette déclaration a d'autant plus de valeur, qu'au début de ses travaux sur l'ozone M. Bœckel père avait émis une opinion contraire.
Glcmens, un des partisans les i)lns décides des opinions de Schœnboin, avait déjà remarqué toutefois que les surfaces aqueuses dégagent, surtout sons l'influence de la lumière, une quantité très-notable d'ozone, et que des bandelettes placées à 2 pieds au-dessus d'un courant d'eau marquaient 4° ozonométriques, tandis qu'à 2 pieds au-dessus du sol, elles ne marquaien! que 2".
M. Biirsel s'élève contre cette opinion que l'ozone disparaît au voisinage des marais, détruit par l'action des miasmes, et il ajoute : « Nous avons ex | osé des papiers ozonométriques au voisinage des marais, près des étangs, dans toutes les vallées basses et humides réputées les plus insalubres, et toujours l'ozonomètre, marquant zéro ou 2" au plus pendant le jour, nous a donné, lorsque l'air, en se refroidissant le soir, ramenait avec lui l'électricité contenue dans chaque vésicule constituant le brouillard, 7", 8", et jusqu'à 10°. »
M. Burdel est en cela en désaccord avec Uhle et un grand nombre d'observateurs, d'après lesquels la suppression de l'action solaire diminue la lormaliou d'ozone, d'où résulte l'accuinulation des miasmes à la fin du jour et pendant la nuit. M. Burdel n'a employé l'ozonomètre que comme moyen d'apprécier l'état électrique et hygrométrique de l'air, dont les perturbations sont pour lui la cause véritable des accidents palustres ; il ne s'occupe pas de savoir si les observations faites au milieu des marais de la Sologne diffèrent notablement de celles recueillies aux mêmes jours et aux mêmes heures dans des localités non palustres; ce travail est tout entier à faire. D'ailleurs, les réaclions de l'ozone sont encore si incertaines, tant d'influences chimiques peuvent modifier la couleur du papier aniidoioduré, qu'il serait téméraire d'accorder une valeur absolue aux résultats jusqu'ici connus, quel que puisse être d'ailleurs le rôle que joue l'ozone dans la production des maladies paludéennes (Von Maaeh, Beitràge zur Ozonometrie ; in Archiv fur wiss. Heilkunde ; B. II, S. 29 ; Houzeau, Nouvelle méthode pour reconnaître et doser l'ozone ; Annales de physique et de chimie, 1863, t. LXVII, p. 466 ; Schœnbein, Annales de physique et de chimie, 1868, t. XII, p. 57).
On peut en dire autant des changements apportés par les marais dans l'état électrique de l'air; JIM. Armand, Durand de Lunel, Burdel, etc., qui attribuent une grande importance dans la production des accidents à la soustraction et aux perturbations brusques de l'électricité, semblent n'avoir fait aucune recherche expérimentale directe. M. Burdel [loc. cit., p. 30) dit seulement qu'en Sologne, il a trouvé pendant les mois d'août et de septembre, à certnins jours, 42, 44° la tension électrique, puis quelques heures après 128 et 152» (Michel
Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 5"^ édition, 1869, t. II, p. 264). Mais n'en est-il pas de même dans les localités le moins palustres et en présence des variai ions mensuelles énormes consignées dans le tableau de Tiirley. Quelle preuve sérit'use a-t-on que les marais modifient réellement l'éleclricité atmospliéri(|ue du lieu? Le même auteur allirme que dans les pays marécageux les orages ^ont très-fiéquents et trîs-souvent accompagnés de grêle : » Dans le centre de la Fiance, qui compose en grande partie la Sologne, dit-il, les conjpagnies d'assurances contre la grêle ont exclu de leurs opérations bon nombre de cantons et de communes troj) fréquemment ravages par la grêle, et pour quelques autres, elles ont él vé leurs primes (Burdel, Lettres; in Gazette lœbd., 1865, p. 750).
Influence sur les végétaux. INous avons vu qu'à part certaines exce, tiens, les espèces végétales qui se développent dans les marais sont cbétivcs et d'aspect misérable ; celles qui servent à l'abmentation des animaux perdent une partie de leurs qualités nutritives, elles sont aqueuses, insipides, ligneuses, leurs tiges sont couvertes de sable, de vase ou de débris organisés en voie d'altér.ition ; sous l'influence de la clialeur et du l'humidité, elles acquièrent parfois un développement inusité, mais les animaux, et surtout les animaux qui s'en nourrissent, sont sujets à des maladies diverses, en particulier à la pourriture, quand ils en font usage avant que le soleil ait évaporé la rosée abondante dont elles sont recouvertes.
Le foin récolté dans les prairies humides et marécageuses présente le caractère de foin plat, qu'il doit à la prédominance des feuilles larges et aplaties du phalaris arundinacea, et d'un grand nombre de roseau.v, de joncs et de carex dont la valeur nutritive est très-faible. A la suite des inondations, le fourrage, imprégné de limon et de débris végétaux, est ligneux, sec, cassant; il dégage, quand on le remue, une odeur de moisissure et une poussière acre qui produit des inflammations de la conjonctive et de la muqueuse respiratoire.
L humidité persistante du sol, par suite de la constitution géologique, après des inondations, ou par le mauvais état des cimanx d'écoulement, favorise au plus haut point le développement de certaines maladies para>itaires des végétaux, qui sont un fléau pour l'agriculture. C'est dans les contrées basses, humides, exposées aux brouillards comme la Bresse et la Sologne, c'est dans les aimées pluvieuses, et à la suite d'inondations, comme en 1855 et 1856, que sévissent surtout la rouille, le charbon, la carie et l'ei got des céréales.
Le blé rouillé présente, sur la tige, les feuilles et l'épi, des taches rougeàtres qui, en grandissant, soulèvent l'épiderme, le font éclater, et dégagent une poussière abondante dont la couleur rappelle tout à fait celle de la rouille. D'après des travaux récents, rappelés dans une conférence très-inléressante de M. Eugène Fournier {les Parasites des céréales; in Revue des cours scientifiques, 14 mai 1870, p. 374), la maladie serait due à un parasite à génération alternante, Vuredo rubigo, qui devrait passer par une forme de fructification spéciale, le puccinia graniinis, fertile uniquement sur l'épine-vinelte, et certaines boraginées, a\aut de reproduire Vacidium ierberidis, dernière [hase de son évohilion, et qui ne germe que sur les graminées. Les épis attaqués par cette rouille deviennent jaunes, chitifs, rares, |:ou nourrissants; on les accuse généralement de produire des coliques et des atfections charbonneuses chez les animaux ; cependant M. Magne (Traité d' agriculture pratique et d'hygiène vétérinaire générale, 1859, 0^ vol., p. 40) dit avoir nourri pendant dix jours et sans aucun inconvénient plusieurs brebis avec du blé et de l'avoine rouilles
DICT. ESC. V s. IV. 45
tel point que les râteliers et les animaux étaient entièrement couverts de la pous sière jaune de la rouille.
Le cliarbon est lormé par le développement de l'ustilago carbo et de certains carex dont les spores, sous forme d'une poussière noire, pénètrent les teig^nes du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, du maïs et de certains carex. Les blés et le sorgho envahis par la carie {Tilletsia caries) sont couverts d'une poussière fétide, grasse au toucher ; les grains attaqués sont grisâtres, légers, exhalent une odeur de marée insupportable. Ces parasites, qui détruisent un grand nombre d'épis et diminuent singulièrement les récoltes, ne semblent pas capables de déterminer des accidents sérieux chez les animaux ; toutefois la farine de pam carié donne au pain un goût répugnant qui occasionne, dit-on, des démangeaisons.
S'il existe encore des doutes quant à l'influence de l'humidité et des marécages sur le développement de ces deux affections parasitaires, il n'en est pas de même pour l'étiologie de l'ergot du seigle et du blé. C'est f)articulièrement dans les terres fortes, argileuses, basses et humides, c'est à la suite des inondations ou des étés très-pluvieux, qu'on voit le pistil du seigle entouré par les spores de la sphacélie se transformer en ergot, lequel plus tard donne naissance au claviceps. Ce n'est pas ici le lieu de rapjieler les accidents multiples que produit l'ergot introduit dans la nourriture de l'homme et des animaux, phénomènes qui ont motivé l'admission de ce parasite dans la matière médicale.
La Société centrale d'agriculture, dans l'enquête à laquelle elle s'est livrée en 1845 et 1846, sur les causes de la maladie des pommes de terre, a établi qu'aucune nature de sol n'a été exempte de ses atteintes, mais que les terrains humides, mal égouttés, sans pente sulfisante, semblaient favoriser le développement du bothrytis, et que la maladie sévissait surtout du 15 août jusqu'à la tin de septembre par une température douce et humide.
Influence sur les animaux. L; s marécages agissent sur les animaux directement par l'humidité du sol et par les émanations qui s'en dégagent ; indirectement par la mauvaise qualité des produits alimentaires, et par les parasites végétaux et animaux dont ils favorisent la propagation. 11 eu résulte d'une manière générale un abaissement de la videur commerciale du bétail; la race s'abàtaidit, la fécondité diminue, le lait est moins abondant, le poil et la laine deviennent de qualité inférieure, etc.
La fréquence des brouillards, les refroidissements brusques de l'atmosphère, l'humidité extrême déterminent des rhumatismes. Les inflammations catarrhales des voies respiratoires dans les troupfaux qui vivent au voisinage; des marais, surtout dans les parcages où le bétail est forcé de coucher la nuit sur le sol sans abris. Le piétinement incessant d'une terre grasse, argdeuse, ramollit les parties cornées du pied des moulons, et favorise la fréquence, chez les bêtes à laine, et en particulier le mouton, de ce qu'on appelle le piétiti : l'inflammation de la partie supérieure de l'onglon et de la région interdigitale est sans doute favorisée par la pénétration de corps étrangers dans les tissus ramollis ; l'onglon se sépare, des fusées purulentes dans les tendons amènent des caries, des arthrites et parfois môme la mort de l'animal.
Il semble que les grands animaux domestiques, et en particulier les quadrupèdes, incessamment courbés vers la terre pour y chercher leur nourriture, doivent subir l'action des émanations palustres plus encore que l'homme, à qui la ncsLiiie
Os sublime dédit, cœlumque tueri.
Les animaux toutefois sont impressionnés d'une façon toute autre que nous, et i parait démontré qu'on n'observe jamais chez eux ce qui, chez l'iiomme, est l'expr sion la mieux accusée de renipoisonuement palustre, la fièvre intermittente. Tandis que les médecins ont une tendance exagérée à attribuer à l'intermittence une spécificité rtiologiqne, et à y voir l'indice presque certain d'une maladie des marais, les vétérinaires semblent pécher par l'excès contraire, et employer pai fois cette expression « fièvre intermittente ;) dans le sens rigoureux, p.ir opposition à fièvre continente ; c'est ainsi que Rodet, Kôrber, Liégard, Spinola, etc , parlent de fièvre intermittente , compliquée de morve , de rhumatisme lombaire , de pleuro-pneumonie. En un mot, tandis que la fièvre intermittente, symptomatique de lésions viscérales se rencontre quelquefois chez les animaux, et en piuticulier chez le cheval, la fièvre intermittente essentielle est inconnue. Verheyeii semble ne pas avoir évité lui-même cette confusion qu'il reproche à beaucoup d'observateurs, et il admet des fièvres intermittentes essentielles, non palustres, souvent compliquées ou accompagnées d'une autre maladie {Dictionnaire de médecine vétérinaire, par Bouley et Raynal, t. YIl; art. Fièvre intermittente, par Verheyen, inspecteur vétérinaire de l'armée belge, p. 22). Yerlityen dit d'ailleurs que le miasme paludéen n'est pas la cause de la fièvre intermittente des animaux, qu'il n'y a pas lieu d'en chercher l'origine dans la même cause que chez l'homme. « On rapporte bien, dit-il, quelques exemples d'intermittentes épizootiques ou enzootiques, mais les faits sont loin d'avoir le cachet d'authenticité qui donne la conviction. Les épizooties de fièvres intermittentes que Buniard dit avoir vues à Arracan parmi les chevaux de la cavalerie anglaise, et Grabani dans le Deccan, contrées empestées par lamal'aria, manquent de détails et de précision. 11 en est de même des fièvres tierces qui attaquent les chevaux paissant dans les marais de Cambridshire (Royston) ; de leur fréquence, avec un type bien marqué, dans les marécages des Landes... D'ailleurs l'esprit de système n'est-il pas intervenu dans la question? quelle autre signification peut-on attribuer aux 500 moutons que Dupuy a vus périr avec les symptômes de la fièvre intermittente après avoir pâturé dans les marais ? Et les affections charbonneuses, ne sont-elles pas pour Lafore des intermittentes pernicieuses? Lessoua, se fondant sur une longue expérience en Algérie, en Sardaigne et à l'Ecole de Turin, affirme que la mal'aria ne détermine pas toujours des formes charbonneuses, mais qu'elle provoque aussi des intermittentes analogues à celles de l'homme. La raison qu'il en donne est qu'une même cause doit produire les mêmes effets ; et puisque les animaux inspirent comme l'homme l'iiir chargé d'émanations palustres, il faut que les maladies qui en résultent soient identiques. 11 nous paraît superflu de réluter des idées qui n'ont pas les faits pour base ; nous ajouterons seulement qu'à Minorque comme en ï^ardaigne, la mal'aria détermine le charbon ou une tuméfaction de la rate qui conduit à la cachexie palustre (Cleghorm) ; que dans la campagne de Rome, les chèvres sont sujettes à la rupture spontanée de la rate (iiailly), sans que l'on ait saisi de phénomènes d'intermittence. Dans les contrées marécageuseis de la France, en Hollande, dans les polders belges, le delta du Rhin, les fièvres intermittentes enzootiques sont inconnues, les sporadiques exceptionnelles; la mal'aria y provoque, comme sur tous les points où elle se dégage, le charbon ou la cachexie paludéenne.. U nous parait ressortir de ce qui précède que les émanations palustres ne sont point une cause de fièvre intermittente chez les auimaux. »
La conclusion de Verheyen semble acceptée par la plupart des vétérinaires ;
à peine est-elle contredite, à de longs inlervalles par des faits isolés comme ceux de M. Adeiiot, qui, pendant les travaux du cliemin de icr à Saint-Galien sur Dhaire, pays ravagé par les fièvres, a vu un cheval employé aux travaux présenter tous les deux jours à la même heure des frissons avec tremblement ; l'accès durait deux heures, pendant lesquelles les battements du cœur étaient tumultueux {Archives générales de médecine, 1865, t. I, p. 99, in Revue vétérinaire, de G. Leblanc).
Nous avons interrogé sur ce point un certain nombre de vétérinaires de l'armée d'Afrique. Tous nous ont affirmé que dans les localités marécageuses où les troupes étaient décimées par les fièvres pernicieuses et la cachexie palustre, les chevaux de cavalerie campés sur les mêmes lieux, dans des conditions presque identiques, conservaient en général une santé parfaite.
Une d sépizooties qui cause les plus grands ravages, le charbon, est considérée par la plupart des auteurs comme le résultat des effluves marécageux. Dans l'article réi eut du Dictionnaire de médecine vétérinaire , Reyual et Leblanc adoptent et discutent très-longuement cette opinion [Dictionnaire de médecine vétérinaire, par Bouley et Reynal, art. Charbon, par Reynal et Leblanc, p. 472-483).
A l'action des effluves, ils ajoutent toutefois celle de la chaleur; les marais, par une teni| érature modérée, disent-ils, ne produisent que la cachexie aqueuse. Suivant d'autres, les marais concourent peut-être à faire naître le charbon, ou favorisent l'altération parasitaire des végétaux et des fourrages; nous avons vu que Gohier rattachait à l'usage de fourrages rouilles ou moisis une maladie charbonneuse observée sur les chevaux d'un régiment de chasseurs. « Le charbon, dit M. Magne {loco citato, t. III, p. 399), exerce les plus grands ravages dans les contrées à terrain calcaire ou argilo calcaire, produisant de très-bons fourrages. Dans tous les pays, les maladies charbonneuses se montient piincipalement à la fin de 1 été et en automne, alors que les marais desséchés d'gagent de fortes quantités d'effluves, que les sources sont basses, que les eaux des mares sont souvent infectes, et que toutes ks boissons que prennent les animaux sont plus ou moins altérées, fortement chargées de matières hétérogènes. Doivent encore être signalées parmi les causes des maladies charbonneuses l'air impur, les étables mal tenues, les fourrages vases, l'herbe couverte par les inondations, le pâturage sur les terres marécageuses, surtout quand il a lieu pendant la nuit. »
M. Ancelon (Gazette hebdomadaire, 1857-58) a insisté sur ralternance du charbon chez les animaux et des fièvres typhoïdes et intermittentes chez l'homme, aux environs du grand étang de Lindre-Basse, dans la Meurthe, alternance qui correspond à l'assec ou à la mise en eau des étangs. La discussion qui vient d'avoir lieu à l'Académie de médecine a de nouveau mis en question l'étiologie des maladies charbonneuses; à l'origine spontanée, palustre, M. Davaine oppose le transport du sang chargé de bactéries, des animaux infectés sur les individus sains. Un fait doit surprendre dans l'étiologie généralement acceptée de cette épizootie ; le sang de rate se rattache aux maladies charbonneuses par la présence des bactéries dans le sang des animaux atteints, et cependant les conditions étiologiques diffèrent , sont même opposées dans les deux affections ; tandis que l'une s'observe dans les pays marécageux et humides, l'autre, le sang de rate, règne dans les pays trop secs, sur les terres trop sèches, quand les animaux ont une nourriture trop succulente, qu'ils pâtissent sur les chaumes où se trouvent des épis de grains. « Le sang de rate, dit M. Magne {loco citato^
0* vol., p. 401), est rare dans les contrées siliceuses, dans celles où l'argile domine, où le sol humide et peu fertile produit des fourrages peu alibiles; mais il s'y montre à m sure que, par le chaulage, le marnage et le dessèchement, on augmente la fécondité des terres. »
Les a'fertions charbonneuses ne seraient pas l'unique exemple d'une maladie qui deviendrait virulente après s'être développée spontanément pour aiiisi dire, sous l'influence de certaines conditions hygiéniques défavorables. Tous les éleveurs expérimentés, dit Edward Harrison, connaissent le rapport de causalité qui lie l'humidité à la clavelée. Il est d'observation que cette maladie est devenue beaucoup moins fréquente dans le comté de Lincoln depuis i|ue les cours d'eaux et les ruisseau\ sont mieux entretenus, depuis qu'on a desséché le sol en oiiviant des fossés et en plaçant des tuy;iux de drainage... Backwell disait qu'apiès le l*"" mai, il pouvait à volonté faire naître cette maladie eu arrosant ses étables, et en les peuplant lorsiju'elles étaient encore humides... Harrison dit mênie que des troupeaux peuvent prendre la clavelée en un quart d'heure, par le S''jour dans des places pourries : 90 moutons broutent 1 herbe d'un fossé maréca^'eux pendant une heure ; peu de temps après, tout le troupeau avait la ( lavelée, moins un mouton qui s'éîait fracturé la jambe et qu'on avait porté sur l'épaule (Graves, Leçons de clinique médicale. Trad. de Jaccoud, t. I, p. i 17).
Il suffit de citer ces exagérations pour en faire justice ; on ne pjut nier l'inlluence des pacages marécageux sur l'extension et la gravité de ces alT. étions virulentes, mais c'est avec une grande réserve qu'il faut ac( epter leur développement spontané sous l'influence des émanations palustres. Vic(| d'Azyr, ianusi, Bailly et quelques observateurs modernes ont certainement accordé une trop grande part à cette étiologie banale, qui ne satisfait point les esprits rigoureux.
La cachexie aqueuse ou pourriture est considéré comme le type des alfections épizootiques qu'eiigentlrent les marais ; la maladie est extrêmement connnune chez les herbivores, surtout chez les bêtes à laina, elle est presque toujours mortelle et cause de grands désastres à l'agriculture. On l'observe dans les terrains bas, inondés, sur les terres tourbeuses, alumineuses, quand les troupeaux broutent l'herbe mouillée, se nourrissent de joucées, de renoncularées, de lysimachées, etc., et se désaltèrent avec de l'eau des fossés et des mares. Chaque année, en Egypte, elle sévit épidémiquement après les inondations du Kil, et deux professeurs de l'école vétérinaire d'Abou-Zubel, Harnont et Z b-Fischer, l'ont décrite comme une véritalile anémie globulaire. Aujourd'hui encore beaucoup d'auîeurs la considèrent à tort comme l'équivalent de la cachexie palustre de l'homme, et l'on comprend que la fréquence des engorg' ments viscéraux dans les deux maladies ait favorisé celte erreur. G est également à la dégénén scence parasitaire du foie, bien plus qu'à l'hypertrophie simple de cet organe et de la rate, tiue s'applique la citation de Vitruve, d'après lequel les prêtres de l'antiquité, avant de choisir l'empliicement d'un camp, offraient des sacrifices aux dieux, et appri'ciaienl la quahté du sol par l'altération des viscères de leurs victimes. Les remarquables travaux qui dansées derniers lemps ont fait connaître la nature de l'alfection, sont un véritable encouragement pour une élude plus précise et plus positive d s inlluences palhogéniques. La cachevie aqueuse résulte de la présence de distomes ou douves du (oie clans les canaux et la vésicule bdiaire des animaux ; très-lîTéquenle chez les bêtes à laine, on la rencontre aussi, mais plus rarement, chez le bœuf, la chèvre, les ruminants domestiques, le porc, le lapin et même chez l'honinie. Ses rapports avec les marais .-.'espliquent de la façon suivante. Certains
trématodes, les distomaires, se reproduisent par génération alternante; leurs embryons ciliés, microscopiques, pénètrent le corps de certains mollusques d'eau douce, de larves ou d'insectes aquatiques, et même de quelques mollusques terrestres des genres limax et hélix. L'embryon disparait en donnant naissance à une génération de cercaires microscopiques, qui nngent par myriades dans Teau des étangs, s'introduisent encore une fois dans des larves d'insectes de mollusques aquatiques, et même, d'après de Siebold, dans certaines plantes des malais, oîi ils arrivent à l'état de distonie complet. L'on comprend dès lors la fréquence de ce parasite chez tous les animaux qui s'abreuvent à l'eau des mares et qui avalent en même temps des cercaires libres ou enkystés dans de petits insectes, ou des distomes même à des périodes peu avancées de leur développement. D'ordinaire on trouve de 200 à 500 distomes dans le foie des animaux atteints de pourriture; on comprend dès lors la série de symptômes observés : langueur, pâleur et bouffissure des muqueuses, œdème général, amaigrissement, épanchements splanchniques, diarrhée séreuse, etc., et la inort qui survient dans plus du la moitié des cas (Piaynal, article Cachexie aqueuse, in Dictionnaire de médecine vétérinaire de Bouley et Raynal, t. II, p. 0r)9 ; Baillet, article Helmintlies , ibidem, passim ; Fonssagrives, Annales d'hygiène, 1868, t. XXIX).
G'osi encore dans les marais que sévit cette autre épizootie, la bronchite vermineuse, qu'on rencontre sur le mouton, les bêtes bovines, l'âne, le cheval, etc., et qui est produite par l'accumulation, dans les bronches du strongylus filaria, mierurus elongatus, etc. Les animaux atteints expectorent un mucus chargé de filaires ovovivipares ; le parasite meurt et en se décomposant il laisse s'échapper de son ovaire un nombre extraordinaire de jeunes filaires, presque microscopiques, dont la vitalité est extrême. M. Baillet, en laissant des mères se putréfier dans des capsules pleines d'eau au milieu d'un pré humide, a retrouvé, trois mois après, parmi les débris putrides, un très-grand nombre d'emliryons parfaitement vivants. Il est probable que les embryons rojetés avec le mucus par les animaux malades sont repris, sur l'herbe couverte de rosée ou dans l'eau des boissons, par les mouton-; et les autres espèces domestiques qu'on mène paitre dans les lieux humides, ils pénètrent dans les voies res|)iiatoires, soit directement, soit à la suite de migrations dont les parasites fournissent de nombreux exemples (Collin, Bulletin de l'Académie de médecine, 1 7 juillet 1 866; Baillet, loc. cit. , p. 582 ). C'est presque uniquement dans les marais que la maladie vermineuse se développe, se propage, et prend parfois la marche d'une épizootie redoutable; l'aflVction ne se transmet point dans les étables, elle s'éteint promplement dans les pacages bien secs, sans doute parce que les jeunes filaires se détruisent dans les corps desséchés de leurs mères ou à l'air libre, quand ils ne trouvent pas l'humidité suffisante à l'entretien de leur vie.
Cest probablement de la même façon que se développe le tournis des moutons, favorisé, disent la plupart des auteurs, « parles pâturages marécageux, l'herbe fade, aigre et peu nutritive, les a imenis aqueux, les mauvaises boissons, par les saisons froides et humides, les hivers pluvieux, par les inondations et les fourrages qui ont poussé sous leur influence, etc. » Les chiens de berger contractent le tœnia cœnurus en dévorant le cerveau d • moutons mort du tournis ; les embryons expulsés avec les proglottis trouvent dans la vase et sur l'herbe mouillée des marécages les conditions de niibeu qui empêchent leurrapide destruction; avalés, avec l'herbe qu'ils souillent, par les moulons ou d'autres animaux, ils cheminent à travers les tissus, jusqu'au parenchyme cérébral, l'envahissent progressi-
•vement d'arrière en avant, et s'y transforment de nouveau en cœnures.
Mentionnons encore les accidents qui résultent de la pénétration, dans les premières voies digestives el respiratoires, des sangsues filiformes que les eaux dormantes de certains pays renferment en grande abondance, et nous aurons épuisé la série d'un groupe d'affections qui méritent à plusieurs titres de figurer dans l'histoire pathologique des marais. Pendant longtemps leur nature était méconnue, et leur description se retrouve sous des noms très-divers, parmi les épizooties attribuées à l'action des marécages; celle-ci, pour être indirecte, n'en est pas moins ici certaine en même temps que très-puissante.
Influence sur l homme. Nous n'avons point ici à décrire les maladies des marais, sinon ce paragraphe, qui doit être court, aurait l'étendue d'un gros hvre; chacune de ces maladies est traitée à sa place dans le cours de ce Dietioniiaire [IiMHRMiTTENTES (fièvres)] ; nous devons donc nous borner à des considérations générales et à une énumération sommaire. Pour mettre de l'ordre dans cette ■exposition, et continuer à marcher du connu à l'inconnu, il ne faut en rien préjuger la question pathogénique, et se contenter d'indiquer les accidents qu'on rencontre habituellement chez ceux qui fréquentent les marais. A ce titre, mentionnons d'abord une série nombreuse de maladies qui dilfèrent notablement entre elles par leur expres^^ion syniptomatique, mais qui se rapprochent assez par certains caractères générau.v pour constituer un groupe bien ■défini et accepté par tous les pathologistes. Ces caiactères généraux sont les suivants : 1" le retour périodique, sons des types divers, d'accès fébriles mar qués par les stades de frisson, de chaleur et de sueur; 2° sa tendance de plus en plus marquée à la récidive; 3° la terminaison presque fatale par l'hypertrophie •de la rate, l'anémie, des suffusions séreuses, et un état cachectique spécial, quand l'exposition aux mêmes causes continue; 4" l'action favorable du quinquina et des sels de quinine sur les accidenis périoniques. Aucun de ces caractères, pris individuellement, n'a de valeur absolue ; chacun peut faire défaut, dans un cas donné, en totahté ou en partie; c'est par leur association, par leur ensemble, qu'ils donnent à une maladie sa véritable signification diagnostique et pathogénique.
Toutes les fièvres qui naissent dans les marais sont infectieuses, c'est-à-dire qu'elles semblent le résultat de l'introduction dans l'oiganisme d'un principe toxique, d'un agent de contamination, qui souille à la fois tous les tissus et tous les liquides. Cet agent paraît être matériel, avoir une existence réelle, car l'individu frappé l'emporte avec lui, aj.rès avoir traversé le foyer ou après y avoir séjourné, et l'éclosion des accidents peut n'avoir lieu qu'à longue échéance, après être re.sté latent pendant une période d'incubation variuble ; ti lies sont, par exemple, ces fièvres palustres contractées dans les pays chauds, dont les .accès ne se ré\èlent qu'à l'occasion de causes hygiéniques comnmnes, à la suite d'excès, parfois d'un traumatisme (Coccud, De l influence de V impaludisme sur la marche de< affections chirurgicales, in Recueil des mém. de med. et de chirurg. milit., 1806, t. XVil), et même, dans des cas rares, à l'époque du retour dans un pays tempéré. Presque toutes ces affections sont endémo-épidémiques annuelles, avec recrudescences accidentelles; elles sévissent tout s à l'époque de l'année où les marais sont en voie de dessèchement, quand l'élévation de la température active le mouvement de décomposition organique. L'on trouNcra décrites ailleurs les différentes espèces de ces fièvres, avec leurs divisions, suivant le type, en quotidienne, tierce, quarte, etc. ; rémittentes, pseudo-
continues; suivant la gravité de l'accès, en simples ou pernicieuses; il est inutile éf^alement d'énumérer ici les sym[ilômcs et les lésions qui constituent la cachexie palustre, ainsi que les accidents décrits sous le nom de mélanéniie. Toi.tes ces formes, mor'uides par leur Irausfonuatioii l'une dans l'autre, leur gravité progressive, leur encliainement, appartiennent vérilaldenient à un même groupe, ressortissant à la fois à nne inlliience commune, identique, poiu" ainsi dire spécilique, en même temps qu'à un agent thérapeutique spécilique, le quinquina.
Mais il n'est pns aisé de limiter ce groupe, et de dire oîi s'arrêtent les fièvres qui le constituent. Faut-il comprendre parmi les subcontinues et les rémittentes si bien décrites par M. Maillot, toutes ces pyrexies graves, à allure bruyante, à terminaison souvent rapide, que llip';ocrale désignait sous le nom de causus, et dans l'ctiologie desquelles l'action directe de la chaleur semble jouer un rôle si iuiporlant? Est-on suffisamment autorisé à y rattacher encore toute cette classe des fièvres pernicieuses bilieuses, admise par M. Dutroulau, et dont certaines Ibrmes rappellent si étroitement les symptômes de l'ictère grave et de la fièvre jaune. On ne peut nier que le berceau de la fièvre jaune et du choléra ne coïncide avec les foyers marécageux les plus actifs et lus plus insalubres du globe, le delta du Gange, et les idluvions du Mississipi ; et, bien qu'il semble démontré que ces dernières alfections, et en particulier la fièvre jaune, diffèrent complètement des fièvres palustres proprement dites pir leur virulence, comme par leurs mauifeslations symplomaliques, il est difficile de ne pas les ranger parmi les maladies sur le développement desijuelles les marais ont une influence active.
Nous espérons démontrer combien est faux le raisonnement [)ar lequel on déclare que deux maladies de nature différente ne peuvent provenir d'une cause unique, le marais; un marais n'est point, à proprement parler, une cause de malailie; c'est un milieu très-divers et très-vaiiable, dans lequel se p;isse toute une série de phénomènes d'ordre physique, chimique et vital; chacun de ces phénomènes, directement ou indirectement, peut devenir cause de maladie, suivant son mode d'action sur l'organisme humain; et, delà sorte, des maladies très-diverses peuvent trouver leur origine dans un môme marais, à plus forte raison dans des marais dilférents. Un grand nombre d'auteurs croient que l'eau ou les émaiwtions d'un marais riche en produits de la décomposition animale sont capables d'engendrer des diarrhées rebelles, ou même la dysent. rie la mieux caractéri:ée ; en faut-il conclure qu'aux yeux de ces auteurs la dysenterie est de même nature que la fièvre tierce ou la cachexie palustre? 11 en est de même poia- le choléra, la fièvre jaune, peut-être certaines fièvres bilieuses graves des pays chauds, sans doute aussi pour la peste, qui empruntent à autant d'influences Sjjéciales la raison de leur origine dans certains foyers marécageux. Alléguer que ces maladies, une fois développées sous ces conditions, acquièrent la projtriété de se transmettre et de se propager loin de leur berceau, à la f.içon des affections virulentes, n'est point un argument décisif contre cette ori,ine; c'est siuipleraeut la preuve de la dillërence considérable qui les sépare des fièvres p;dustres comnmnes ; ce n'est pas non plus un exemple isolé de maladies nées d'un foyer d'infection, et qui deviennent plus tard transmissibles, carie typhu.'i, qu'on peut taire naître j)our ainsi dire d emblée, se reproduit loin de son berceau primitif, au mo\eii de foyers cré.'s p;u- les malades. Les accidents qui nous restent à décrire accusent peut-être encore mieux cette diversité d'origine
et de nature des maladies imputables à l'action des marais. Sous le nom de béribéri, les médecins de Tlnile désignent une maladie endémique, qui fait de grands ravages à Ceylan, sur la côte de Malabar, dans une grande partie du littoral di' la baie de Bengale, etc. ; c'est un Cii^emble complexe de symptômes, où dominent un état cacliecti(|iie tiès-prononcé, îles hydropisies, des douleurs et des paralysies des membres, etc. Les uns en fout uue forme de la cachexie palusîre, combinée avec le scorbut, ou avec le rhumatisme, ou avec un œdème périmédullaire; d'autres n'y voient qu'une myélite avec ramollissement de la moelle; MM. Foussagrives et Le Roy de MJricourt, dans un mémoire publié en 1861, dans les Archives de médecine, avaient adopté l'opinion de llirsch, Oudenhowen, etc., et admettaient l'existence d'un principe miasmatique, analogue ou identique au miasme palustre. M. Le Roy de .Méricourt (Dictionnaire encyclopcdique, t. I, p. 159), dans l'article qu'il consicre au béribéri dans ce Dictionnaire, abandonne sa première o,jinion : « La maladie n'a pas avec les marais la coïncidence topograjhiquc qu'on a prétendu, elle sévit parfois loin des côtes, en pleine mer; les Kurop 'eus ont une immunité relative, le sulfate de quinine ne produit aucun effet favorable. C'est, dit-il, un ensemble de manifestations morbides loi-t complexes, qui par ît avoir pour cause prochaine uue dyscrasie assez analogue à celle qui engen Ire le scorbut. Elle se produit surtout chez les sujets, de race coloi ée, ordinairement anémiques, et prédisj osés aux congestions passives et aux suffusions séreuses. Elle résulte le plus souvent d'une alimentation vicieuse et insulfisante, jointe à l'action de vicissitudes atmosphériques débilitantes. Elle détermine habituellement le cortège des accidenis de l'hydropisie grni'rale; mais, dans certains cas, les localisations vers l'axe spinal amènent des symptômes qui rappellent la myélite chronique ou la paralysie atrophique progressive. »
On le voit, M. Le Roy de Méricourt rejette complètement l'étiologie palustre du bérib.'ri; étiologie défendue encore aujoiu'd'hui par un grand nombre de médecins, et qui nous obligeait à faire en c/tte place mention de celte alfeclion étrange et mal connue. Malgré la savante critique de l'auteur que nous avons cité, on peut dire qu'on ignore complètement la nature du béribéri; en face d'un état cach clique compliqu' de dé-ordrrs aussi variés, il semble que nous en sommes au point où étaient Vicq-d'Azyr et Huzard, quand ils décrivaient la cachexie aqueuse, la pourriture des bct s à laine, épizootique dans les marais de la Sologne, avant de connaître l'existence du distome dans l'appareil héuaiique de ces animaux. Celte comparaison vient naturellement à ^e^prit, quand on songe que le béribéri présente des analogies s\m tomatiques assez grandes avec coiVi autre alfeclion des pays chauds, la cachexie africaine, ou mal-cœur des nègres, hydréniie tropicale, due très-probablement à l'existence d'un parasite, l'aukylostome duotlénal.
Les maladi s parasitaires sont particulièrement communes dans les marais ; c'est à peine si on commence à eu coun.ùtre quelques-unes, et l'on peut s'étou' ner qu'on n'i^n ait pas encore découvert un pi js grand nombre, quand on souge « à toule cette vermine dont fourmide la terre, » à cette pullulation organiiiue que favoris nt les eaux dormantes, où la matière v'-géto-animale subit une incessante putrélaction. Il est impossible d'invo |uer de meilleurs exemples pour démontrer la diversité d'origiuj et de n dure des maladies dites palustres, c'est-àdire pruvoqiiées par les marais.
Sur la côte ;N. E. du goUe Persique, dans le sud de la présidence de Madras,
à Madura, Mysore, Bellary, et dans un grand nombre de localités marécageuses de l'Inde, vouées à la culture du coton, on rencontre une affection très-singulière, désignée sous les noms sui\ants : Pied de Madura, tuberadoiis foos, dégénérescence endémique du pied (Collas), etc. Le pied a l'asjiect d'un pied scrofuleux, avec gonflement des os, carie et fistules; les tissus sont gélitiuiformes, et les os spongieux sont creusés de cavités et de canalicules serpigin^ix, colorés en jaune ou en brun, par un parasite végétal, une sorte de mucédinée, le chionyphe Carteri [Bombay médical and p'iysiological Society s Transactions, 1855, 2" vol., p. 275; et 1861, G" vol., p. 104. Âitken, Tlœ Science and practice of Medicine, 5" édit., 186S, t. I, p. 998). La maladie ne se rencontre que dans les pays à coton, dont le sol, formé de calcaire magnésien, de dolomite, est entretenu par les irrigations dans une humidité constante, qui doit favoriser la végétation des organismes inférieurs. La maladie atteint presque exclusivement les indigènes, les Hindous ; toutes les classes de la société peuvent toutefois en être atteintes, mais elle sévit surtout dans les classes pauvres, chez ceux qui, toute l'année, travaillent aux champs pieds nus, et piétinent une terre humide et boueuse. L'affection ne siège jamais que dans les os du pied; et bien qu'on n'ait pu jusqu'à présent recueillir dans le sol lui-même le parasite qui constitue la maladie, la fdiation étiologique est trop naturelle pour ne pas s'imposer à l'esprit.
Le filaire de Médine, ver de Guinée, ou dragonneau, est un parasite qui forme dans le tissu cellulaire sous-cutané de l'homme des tumeurs, et parfois des abcès graves; la maladie est endémique et extrêmement commune dans la haute Egypte, en Abyssinic, en Guinée, sur les bords du golfe Persii|ue et de lu mer Caspienne, etc. ; dans toutes les localités où elle sévit, abondent les terrains argileux et les marécages; on y a trouvé, dans la vase humide, surtout dans la vase salée et saumàtre, de petits vers presque identiques au filaire de l'homme, et capables de vivre très-lougtemps dans l'eau chargée de limon. Mitckell a pu en conserver vivants, pendant vingt et un jours, dans de la boue à demi desséchée. On trouve également dins l'eau croupissante des fos>és et dans les réservoirs mal tenus de petits vers {Gordius aqualicus, Tank-Worms, de Carter), ((ui ont avec les premiers une Ircs-grande analogie de structure ; les médecins de l'Inde rapportent une longue série d'observations oii l'on voit la maladie se déclarer successivement chez tous les individus qui viennent travailler dans telle localité marécageuse, ou qui se baignent dans l'eau fangeuse de tel fossé réputé pour la facilité avec laquelle on y contracte le ver de Guinée. L'exemple le plus remarquable est celui ([ue cite Lorimcr : « Tous les régiments qui se succédèrent pendant plusieurs années, sur un certain campement, à Secunde-^ rabab, au voisinage d'un vaste réservoir transformé en marécage, et appelé Hauseu Sanghur, présentèrent, au bout de peu de mois, des cas très-nombreux de cette affection parasitaire, inconnue auparavant dans ces régiments (Aitken, loc. cit., t. I, p, 939. Guyon, Académie des sciences, 18 sepl. 1805; Sur le dragonneau ou Ver de Médine, in Gazette médicale; 1865). Les filaires, qu'on a rencontrés dans presque toutes les parties du corps, dans l'humeur ntrée de l'œil, le cristallin, etc., pénètrent sans douté directement à travers les déguraents, au niveau des parties découvertes, en parlicuher par les extrémités mférieures, et continuent leurs migrations dans le tissu cellulo-adipeux. Il est de croyance populaire, dans les pays où l'affection est endémique, ipie le dragonneau pénètre très-souvent avec les boissons ingérées ; mais Forbes n'a jamais
réussi à produire la maladie, en faisant avaler à de jeunes animaux de l'eau chargée de filaires à tous les degrés de développement.
Nous devons clore cette liste très-incomplète par la matière des accidents qu'occasionne l'héniopie saiiguisuga, fixée à la partie postérieure des fosses nasales et du voile du palais, dans les replis de l'isthme du gosier et de la partie supérieure du larynx, sar la muqueuse de l'œsophage.
L'action des marais sur l'homme se traduit d'une façon di'fërente, mais non moins évidente, par les changements qu'ils im| riment à l'aspect général du pays, au mouvement de la population, etc. Dans une contrée marécageuse, la terre est inculte ou peu productive, les récoltes sont maigres, d'espèces médiocres, fréquemment altérées par les maladies épiphytiques ; mal nourris dans des pâturages de mauvaise qualité et insalubres, les animaux ne peuvent fournir à l'homme ni la ressource d'un travail productif, ni la compensation d'une alimentation réparatrice ; c'est la misère qui atteint toute la série des êtres vivants, qui rejaillit de la plante aux animaux et à l'homme, et qui imprime son cachet à tout un pays, avant même que les maladies aient commencé à jouer leur rôle dans cette œuvre de <létérioration. Celle-ci continue, dans une certaine mesure, par la disparition des individus riches, vigoureux ou entreprenanis, qui abandonnent un sol ingrat et vont porter ailleurs leur activité, leur intelligence, leurs forces physiques ou leurs capitaux. Faut-il s'étonner, après cela, que certains départements, où les marais occupent une grande étendue, aient une mortalité plus forte, une densité de population moindre ou une dépo, ulation croissante, des chiffres inférieurs de natalité, d'aptitude mihtaire, de production commerciale. C'est sur ces pays surtout, comme sur les départements peu favorisés, que le recrutement pèse de la façon la plus lourde, puisqu'il enlève la plus grande partie, parfois même la totalité de ceux que les infirmités, l'insuffisance de leur taille, etc., ne rendent pas impropres au service militaire. 11 serait sans doute très-intéressant d'étudier par la statistique les différences démographiques que présentent entre elles les parties de la France, suivant l'étendue et l'insalubrité de leurs marécages ; ce travail est complètement impossible par l'absence d'une statistique exacte des marais de la France, et l'on est obligé de recourir à des reclierches individuelles qui ne portent que sur des localités très-restreintes.
Tandis que, en France comme dans presque toute l'Europe, la mortalité moyenne annuelle est de 1 sur 40, dans les pays marécageux on voit cette proportion tomber jusqu'à \ sur 20, et même plus bas encore dans les cantons les moins favorisés. Dans les départements de l'Ain et du Jura, Rossi a trouvé 1 décès sur 38 habitants des montagnes du Jura, et 1 décès sur 20,8 dans les pays à étangs des Dombes et de la Bresse. Dans la vallée marécageuse de la Sprée et du Lobau, Reinhard {Étude statistique de l'influence des contrées palustres, etc., par le docteur Reinhard (de Bautzen) ; revue, par Beaugraiid, in Annaks d'hygiène, 1862, t. XVIU, p. 217) compte 1 décès sur 35,6 habitants, et 1 sur 46 dans les villages bâtis sur les hauteurs et exempts de toute influence palustre. A Brouage, de 1817 à 1832, il y avait i décès sur 21 habitants; en 1831, Motard a trouvé pour les dix départements les plus marécageux de la France 1 décès sur 37,25 habitants, 1 sur 42,03 dans les di^ départements les moins marécageux. Cette mortalité augmente avec les années, c'est-à-dire à mesure que se prolonge l'exposition aux causes défavorables, et le m iximura des pertes a lieu à l'époque la plus productive de la vie, c'est-à-dire de 20 à 60 ans. Villermé [De l'influence des marais sur la vie; in Annales d'hygiène, 1834, t. XI, p. 342, et t. XII, p. 31 ), par
un de ces accidents auxquels n'échappe pas toujours la statistique la plus sagace, Villermé avait été conduit à une coiicliisioii opposée, qui toutelbis lui paraissait inexplicable et inattendue; en étudiant 10,000 d.'cès survenus dans l'i e marécageuse d'Ely, en Angleterre, il en avait trouvé 2,823 au-dessous de un an, tandis que, pour toute l'Angleterre, sur le même nombre de décès, il n'en trouvait que 1,996 au-dessous d'un au; appliquant ses reclurclies aux départements de la France, il arrivait à celte conclusion, que ce senties enfants de 1 à 4 ans qui souifrentle plus des marais; en 1846, disait-il, dans les cantons salubres, s'il en meurt 1,000, il en meurt 1 ,546 dans les huit départements les plus marécageux. Reinhard a fait \oir que l'erreur dans laquelle était tombé Villermé tenait à des causes locales ; et mettant ainsi d'accord la statisi ique avec la conclusion que l'induction permettait de préjuger, il lait voir par une série de tableaux que, dans les villages marccageux, la supériorité du chiffre proportionnel des décès s'accuse de plus en plus avec l'âge. 11 trouve même que pour les enfants d'un jour à un an la mortalité est plus forte sur les hauteurs que dans la vallée : mais c'est 1 peut-être un accident fortuit, jjrovenant de ce que l'auteur opère sur de petits nombres, et il faudrait se garder d'en tirer une conclusion prématurée. Nous nous contenions de reproduire ici le tableau qu'il donne de la durée moyenne de la \ie pour les différents groupes :