‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 25 sur 50 · JAMBE · texte numérisé non relu

JAMBE

*Poplilé (fémoro-poplili-tibial).

'Jumeau externe (du condyle péronéal du fémur

au calcancum).

?Junieau interne (du condyle tibial au calcanéum) ■ Plantaire giêle (du condyle péronral au calcanéum). Long fléchisseur commun des orteils (tiftio-sous-

phalun^:etticll commun).

Long fléchisseur propre du gros orted (péronéo-

sous-pha'angeltien commun). Court fléchisseur commun des orteils (calcanco-

phalanginien commun).

Jambier postérieur (tibio-péronéo-sous-tarsien).

AVANT-BllAS

* Lonp pronateur (épitrochlo-radial).

•Cubital antérieur (épitrochlo-pisien).

? Long supinatc-ur (épicondylo-radtaZ).

Palmaire grêle (épiiroclilo-palmaira).

Long fléchisseur commun des doigts (cuî)i<o-sous-

pba angollien commun).

Long liéchisseiir propre du pouce (rarf/o sous-

plial.'ingL'liien du pouce).

Court fléchisseur commun des doigts {épitrochlo-

sous-phalanginien commun).

Grand pahnaire (épitrochlo-mélacarpien).

Plan cL ï extension.

Ligament rotuiicn (prê-Ubio-:otnlien;.

Extenseur conuriun des orteils (péroHéo-sus-pha-

langeltiin commun).

* Long extenseur propre du gros orteil (péronéo-

sus-phalangettien du gros orteil).

"Court péronierlatéral (grand péronéo-métatarsien). Jambier antérieur (?;tjo->us-uiétatarsien).

Adducteur du gios orteil (caicanfo-phalaiigieu). ■ Abducteur oblique du gros orleil (métatarso-pha-

langien).

Court fléchisseur du gros orteil .cuîieiphalan^icn). 'Abducteur du petit orteil (calcauéo-[ihalangien). Court flécbitiseur du petit oiteil [métalarso-'^Xvi-

langieu).

* Loinbncaux (planli-plialangiens).

'Intero.-seux (raétatarso-uhalangiens).

Anconê(épicondylo-cubito-olécranien).

Lxtenseur commun des doigts (épicondylo-s»:^

phalangeltien-commnn).

'Long extenseur propre du pouce (cubito-sus-ph.'i-

laiigottien du pouce).

'Cubital I ostérieur (cnbito-sus-métacarpien). Second radial (cV'iconrf!//o-sus-métatarsien).

Court abducteur du pouce (scapfto-plialangien). * Adducteur du pouce (métacarpo-phalangien).

Court fléchisseur du pouce (irapeio-phalangien). ' Adducteur du petit doigt (pisi-phulangien): Court fléchisseur du petit doigt (înict-phalangien),

'Lombricâux (palmi-phalangiens).

'Interos^.eu\ (métacarpo-phalangiensl.

La comparaison des muscles des membres supérieurs avec ceux du membre inférieur de l'homme prête à quelques considérations intéressantes. On reconnaît d'abord l'existence d'un certain nombre de muscles (|ui se répètent, ont les mêmes attaches, et sont par conséquent rigoureusement homologves. A la cuisse et au bras on remarque : le moyen fessier et le sus-épineux, le petit fessier et le sousépineux, l'iliaque interne et le sous-scapulaire, la longue portion du bic ps fémoral et le coraco-brachial, les deux triceps, la courte portion du bicej.s fémoral et le brachial antérieur. A la jambe et à lavant-bras, le poplité et le rond proiia-

ME51BRES (compapaison). 497

leur, le jumeau externe et le cubital antérieur, le plantaire grêle et le palmaire grêle, le court péronier latéral et le cubital postérieur, le long extenseur propre du gros orteil et le long extenseur propre du pouce. Au pied et à la main, l'abducteur oblique du gros orteil et l'adducteur du pouce, l'abducteur du petit orteil et l'adducteur du petit doigt, les lombricaux et les interosseux. Ces muscles ont à la fois les mêmes attaches et les mêmes fonctions au membre supérieur et à l'inférieur, sauf que L s pronateurs et les supinateurs de l'avant-bras deviennent de simples fléuhisseurs à la jambe ; les abducteurs du j^ied, des adducteurs à la main, et vice versa.

La seconde catégorie de muscles sont les analogues, c'est-à-dire des muscles dans lesquels l'une des insertions est homologue, tandis que l'autre ne l'est pas, mais dont les fonctions sont les mêmes. Tels sont le grand fessier et le deltoïde : l'attache supérieure n'est pas homologue, car la crête de l'os des iles ne correspond pas à l'épine et à l'acromion de l'omoplate; mais cette épine ayant disparu, l'attache a été transposée. Le pectine me paraît cor/ espondre à lu portion claviculaire du grand pectoral, surtout par son insertion pubienne. Le sternum n'existant pas, il est représenté par la symphyse du pubis ; voilà pourquoi je serais porté à comparer le petit et le moyen adducteurs à la portion sternale du grand pectoral. C'est avec hésitation que j'assimile au biceps brachial le demi-membraneux et le demi-tendineux réunis ; cependant la longue portion du biceps brachial se fixe à la portion de la cavité glénoïde qui est formée par la base de l'apophyse coracoïde, et la courte à l'extrémité de cette même apophyse ; le demi-tendineux et le demi-membraneux s'insèrent tous deux à la tubérosité ischiatique, c'est donc une réunion des deux attaches pelviennes du biceps sur la base de l'os qui représente celle de l'apophyse coracoïde. Les attaches inférieures sont homologues.

Pour le jumeau interne et le long supinaleur, les deux insertions supérieures sont similaires, l'inférieure ne l'est pas ; cependant je crois ces deux muscles analogues. Ce qui me confirme dans cette idée, c'est l'étude de la plupart des fléchisseurs et extenseurs des doigts et des orteils ; ces muscles, évidemment analogues, ont des attaches inférieures identiques ; les supérieures ne le sont pas. Ce serait l'inverse dans les deux muscles dont nous parlons. Pour les extenseurs ou les fléchisseurs des doigts, tantôt il y a déplacement latéral, c'est-à-dire que le muscle qui à l'avant-bras se fixe au cubitus, se fixera au tibia à la jambe, et vice versa. L'exemple le plus frappant sous ce point de vue, est le rac/jo-sousphalangettien du pouce, qui à la jambe est un j^eVoîieb-sous-phalangettien du gros orteil. Il y a pour ce muscle transposition réelle de l'attache supérieure. Le long fléchisseur commun des orteils, comparé à 5on analogue du bras, semble être dans le même cas, puisqu'il s'insère au tibia, et que le fléchisseur commun des doigts se fixe au cubitus. Mais nous savons que le tiers supérieur de la moitié péronéale du tibia, représente le cubitus. Or c'est précisément dans cette portion que s'insère le muscle en question.

Le déplacement peut aussi se faire dans le sens de la longueur du membre : ainsi le /jeroneb-sus-phalangettien de la jambe est Vépicondylo-sns-i^hahngeUien de l'avant-bras ; le ca/cane'j-sous-phalanginien du pied, Vépitrocfilo-sous-pha.langinien de la main. Il est cependant impossible de méconnaître l'analogie de structure et de fonctions de ces muscles, auxquels l'usage a consacré les mêmes noms. Ils prouvent que les points d'attache musculaires ne sont pas immuables, et nous enseignent qu'il ne faut pas donner une importance exagérée aux insertions musculaires, pour la détermination des parties osseuses correspondantes,

DICT. ENfi. 2° S. VI. 52

498 MEMBRES (comparaison).

puisque nous voyons deux muscles analogues, le fléchisseur superficiel des doigts et le court fléchisseur des orteils, s'insérer l'un à l'épitrochlée de l'humérus, l'autre au calcanéum .

Le grand j^almaire et le second radial me paraissent reproduire au bras les deux jambiers postérieur et antérieur, quoique les attaches ne soient pas identiques. Me pai-donnerait-on enfin d'assimiler le ligament rotulien au muscle anconé? J'y suis d'autant plus enclin que: 1" les fibres musculaires et tendineuse? se remplacent perpétuellement dans les animaux, et qu'inférieurement l'anconé s'insère précisément à cette crête cubitale qui reproduit si bien la crête rotulienne du tibia; 2'^ les fibres musculaires de l'anconé se continuent avec celles du triceps bracbial, comme les fibres tendnieuses du ligament avec celles du triceps fémoral ; 5° son insertion à l'épicondyle est remplacée par le Hgament rotuhen interne, qui s'épanouit sur le condyle tibial du fémur, comme le tendon de l'anconé sur l'épicondyle de l'humérus.

En ne considi'rant que le système musculaire de l'homme, il est un certain nombre de muscles qui sont sans analogues évidents aux extrémités pelviennes et thoraciques. Au bras, le grand dorsal et le grand rond ; à la cuisse, le ppaniidal, les jumeaux, le carré crural, les obturateurs, le couturier, le tenseur de l'aponévrose fascia-lata, et le droit interne ; à la jambe, le soléaire, le long péronier latéral ; à l'avant-bras, le carré pronateur, le premier radial, le court supinateur, le long abducteur du pouce, le court extenseur du pouce, l'extenseur propre de l'indicateur, et à la main quelques muscles propres au pouce ou à un seul doigt.

On voit qu'en se bornant même à l'anatomie humaine, le nombre des muscles propres à chaque brisure des extrémités, et sans analogues dans les autres, est assez restreint. Il est très-probable que l'anatomie comparée nous ferait trouver les analogues de ces muscles dans d'autres mammifères, ou même dans les autres classes de vertébrés.

Influence de la torsion de Vhumérus sur Vappareil musculaire du bras et de lavant-bras. Si la torsion de l'humérus n'est point une illusion ; si la nature a procédé, comme l'eût fait un ouvrier en tordant mécaniquement cet os primitivement droit et semblable au fémur, il est évident que cette torsion a dîi déplacer les parties molles, comme elle a déplacé les parties solides. Nous devons donc trouver dans le système musculaire des preuves analogues à celles que nous avons puisées dans le système osseux. C'est en effet ce qui arrive.

Nous avons dit que la torsion de l'humérus portait principalement sur sa moitié inférieure. Elle s'est fuite comme si, une main fixant la tête de l'humérus, l'autre avait tordu l'extrémité inférieure en dehors, de façon que le bord interne devienne externe, et vice versa. Aussi, plus l'on descend de la tète de l'os vers son extrémité cubitale, plus les effets de la torsion sont visibles. En haut elle n'en a eu d'autre que de donner à la gouttière bicipitnle une direction légèrement oblique de dehors en dedans: voilà pourquoi les muscles qui s'insèrent à l'épaule et au bras ont la même position, la même direction et les mêmes effets mécaniques que leurs homologues de la cuisse. Le deltoïde est un élévateur et un rotateur en dehors, comme le grand fessier; le sus-épineux et le sous-épineux rotateurs en dehors, comme le moyen et, le petit fessier; le sous-sc;ipulaire rotateur en dedans, comme l'iliaque.

Mais au ph du coude, la torsion de l'humérus a changé tous les rapports : les fléchisseurs qui étaient en arrière de la cuisse, sont en avant du bras ; les exten-

MEMBRES (comparaison). 499

seurs qui étaient au-devant des deux os de la jambe, sont en arrière de ceux de l'avant-bras ; de même, les muscles externes sont devenus internes, et réciproquement; c'est une conséquence du mouvement de révolution de 180° environ, imprimé à l'avant-bras et à la main par la torsion de l'humérus. Donnons quelques exemples : le jumeau externe qui s'attache au-dessus du condyle péronéal du fémur, est représenté par le cubital antérieuf , muscle de la partie interne du bras qui s'attache à Vépitrochlée. De même le poplité qui s'étend du condyle externe in iémur au tibia, correspond au rond prouateur (épitrochlo-VAdml) qui se dirige de dedans en dehors. En parcourant le tableau des muscles analogues du bras et de la jambe, on rencontrera d'autres exemples de ce genre, comme le court péronier latéral et le cubital postérieur, le long extenseur propre du gros orteil et le muscle correspondant du pouce. Â la main, mêmes changements, puisque le gros orteil est en dedans du pied, et le pouce en dehors de la main. Ainsi donc, le système musculaire nous démontre a posteriori la réalité de celte torsion, dont la nature a imprimé la trace sur l'humérus, comme pour nous dévoiler le moyen, à la l'ois simple et rationnel, par lequel elle a transformé le membre pelvien en membre thoracique.

Comparaison des artères du membre pelvien et du membre thoracique chez ïhomme. Vicq-d'Azyr a donné une excellente comparaison des artères de l'épaule et de celles du bassin, et indiqué l'analogie de l'artère crurale dans le creux du jarret, avec la brachiale dans le pli du coude. Mais pour lui la pérouière répond à la radiale, et les tibiales antérieures et postérieures aux deux artères cubitales et interosseuses de l'avant-bras. Nous n'acceptons pas ces assimilations, conséquence des fausses analogies ostéologiques qu'il avait cru apercevoir entre le radius et le péroné, le cubitus et le tibia.

A la partie supérieure du bras, l'artère brachiale est placée comme la crurale, en dedans et en avant de la tête de l'os unique qui forme la charpente de la première brisure du membre thoracique ; mais la crurale contourne le fémur vers le quart inférieur de l'os, passe derrière lui pour se placer entre ses condyles, oij elle prend le nom de poplitée. L'humérus étant un fémur tordu, son mouvement de rotation a eu pour effet de ramener les condyles en avant et d'entraîner l'artère qui, conservant les mêmes relations avec les parties osseuses, se trouve placée en avant dans le pli du bras.

La radiale répond à la tibiale postérieure, la cubitale à la péronnière, les interosseuses de la jambe h celles du bras. On pourrait étudier ces analogies dans les branches secondaires ; comparer, avec Vicq-d'Azyr, la mammaire interne à l'épigaslrique, les circonflexes de la cuisse à celles du bras, etc., et même poursuivre les rameaux correspondants jusque dans les muscles homologues, analogues, ou ceux qui n'ont pas de représentant à l'un ou à l'autre membre; ce serait une recherche curieuse : je ne le ferai pas ici, exprimant le vœu qu'elle tentât le zèle de quelque jeune anatomiste.

Comparaison des nerfs. Vicq-d'Azyr fait observer d'abord que les nerfs cu- *anés du membre thoracique naissent des paires cervicales supérieui-es, comme le crural, tronc cutané de la cuisse, naît des paires lombaires, qui sont supérieures aux paires sacrées. Les nerfs musculaires, au contraire, proviennent au bras des dernières paires cervicales et de la première dorsale ; à la cuisse, des paires lombaires et de la branche lombo-sacrée ; il compare donc le nerf crural et ses ramifications aux deux cutanés de l'extrémité supérieure, et le tronc sciatique aux médian, cubital et radial réunis. Mais Vicq-d'Azyr n'a pas tenté d'expliquer les

.^00 MEMBRES (comparaison).

singiilicres dift'éiences que présentent les nerfs An bras comparés à ceux de la cuisse ; nous allons essayer de le fliire. Nous véiifierous ainsi, par un troisième appareil organique, le plus important de tous, la vérité du mode de transformation du membre inférieiu' en supérieur, que les systèmes musculaires et artériel ont déjà confirmé.

Le plexus des nerfs jirofonds du bras est situé entre la tète de l'humérus et l'apophyse coracoïde, comme le tronc sciatique entre la tête du fémur et l'ischion; mais au bras, ce plexus est au-devant de la tête de l'os, au fénmr il est en arrière; au bras, le faisceau nerveux principal est en dedans et en avant du membre, à la cuisse il est en arrière. La différence est donc plus grande que pour l'artère princi|iale qui, au bras comme à la cuisse, est en avant et en dedans de l'os dans la partie supérieure de son trajet, puis contourne le fémur en arrière pour devenir poplitée, et l'humérus en avant pour traverser le pli du bras.

La même symétrie ne se retrouve pas dans le système nerveux des deux extrénutés. Un des troncs nerveux, le sciatique à la cuisse, le médian et le cubital au

Fiff. 10.

Fig. 11.

Translormation du système nerveux de la cuisse en système nerveux du Lras.

bras, sont, il est vrai, dans Je plan de la flexion ; les deux autres nerfs, le cruial antérieur à la cuisse, le radial au bras, dans le plan de l'extension. Mais à la cuisse, tons les nerfs principaux restejit dans le plan où ils se trouvaient à leur orii^lue. Au bras, au contiaire, le médian et le cubital obéissent à cette loi, tandis que le radial quitte le pbin interne dès le quart supérieur du membre, se dirige en arrière, contourne l'humérus enhélice, suivant sa ligne de torsion, y laisse l'empreinte de son passage, et ressort sur la face radiale de l'os, pour se distribuer aux muscles qui s'y insèrent. Tous les anatomistes ont été frappés de la singula-

MEMBRES (comfaeaison). 501

rite de ce trajet, qui ne s'ex] liquc ni par des conditions de symétrie, ni par des adaptations fonctionnelles : car, pour gagner les muscles de la partie externe du bras, le chemin le plus court du nerf était de passer entre le biceps et le brachial antérieur.

La torsion de l'humérus rend parfaitement compte de toutes les différences qui existent entre les systèmes nerveux du bras et de la cuisse. Cette torsion étant peu marquée à la partie scapulaire de l'humérus, le plexus nerveux a été peu. déplacé ; il a seulement été reporté de la face postérieure à la face interne. Mais l'extrémité cubitale de l'humérus ayant exécuté sur elle-même une révolution de 180° environ, la moitié radiale qui se trouvait en dedans a été tournée en dehors, et le nerf radial, entraîné avec les muscles auxquels il se distribue, a dû contourner l'himiérus en arrière. Les muscles de la partie interne ou cubitale, au contraire, ont continué à recevoir directement les rameaux du tronc nerveux, avec lequel ils sont restés en contact.

Je suis parvenu à réaliser mécaniquement la transformation de l'appareil nerveux de la cuisse en appareil nerveux du bras ; voici comment : Je fixe le chef d'un cordon noir t (fig. 10) derrière un fémur du côté droit, entre les deux trochanters. Ce cordon représente le tronc sciatique ; je fixe son autre extrémité s, qui figure le sciatique poplité interne, entre les deux condyles fémoraux ; du milieu m de ce cordon en part un autre qui, s'attachant en p au condyle externe ou péronéal, simule le nerf poplité externe. Un autre cordon r, attaché en dedans du condyle interne ou tibial, représente le nerf crural. Je place ensuite le fémur sur une table comme le représente la figure 10. Sa convexité est tournée vers le ciel, le nerf sciatique et ses deux branches sont derrière l'os dans leur position naturelle, Un aide a tient lâchement, au-dessus de la tête du fémur, le cordon représentant le nerf crural. Les choses ainsi disposées, je fais tourner le fémur de 180", de manière à ce que le point r prenne la place du point p, et réciproquement. L'effet de ce mouvement de rotation est représenté par la figure 1! . Le sciatique t, entraîné par ce mouvement, vient se placer devant l'os, au lieu de rester derrière, et l'extrémité inférieure du ci"ural a r, que l'aide tient d'une main immobile, entraîné par le mouvement du condyle interne devenu externe, contourne le corps du fémur; parce mouvement de rotation de 180", nous avons simulé la torsion qui transibrme le fémur en humérus, et par cela seul nous avons aussi transformé le système nerveux de la cuisse en système nerveux du bras ; le sciatique f s de la figure 10 est devenu le nerf médian f s de la figure 11 ; le poplité externe mp (fig. 10) est devenu le cubital; enfin, le nerf crural ar (fig. 10), foi'cé de contourner en hélice la face d'extension du corps de l'humérus, devient le radial a r de la figure 1 1 .

En faisant tourner ainsi le fémur de 180" sur son axe, il est clair que nous avons déplacé sa tête iliaque. Dans la torsion de l'os, ce déplacement n'aurait pas lieu, et la tète a, marquée au trait pointillé dans la figure 1 1 , occuperait la même position que celle de la figure .10; elle est censée n'avoir pas bougé, tandis que les condyles exécutaient leur mouvement de révolution. On peut, en prenant son moule en gélatine, comme l'a fait M. Pozzi, tordre réellement le corps du fémur; il prend alors la forme de la figure 1 1 , terminée par le col et la tête dessinés au trait pointillé, et rappelle par conséquent celle d'un humérus du côté droit entouré du système nerveux qui lui appartient.

Quand, sur le cadavre ou sur de belles planches, celles de Bourgery et Jacob ou Hirschfeld (Gruveilhier, Anat. descriptive, t. III, fig. 161 et 173), par

502 MEMBRES (comparaison).

exemple, on considère comparativement les nerfs sciatique et ci n rai d'un côté le plexus brachial de l'autre, on voit à la cuisse deux troncs uniques émettant des ramifications qui se distribuent immédiatement dans les muscles auxquels ils sont destinés ; le plexus brachial, au contraire, porte les traces de disjonction résultant de la torsion humérale. Les branches principales soiit séparées dès le creux de l'aisselle, et descendent jusqu'au pli du bras, sans fournir de rameaux aux organes environnants; cela est frappant surtout pour le nerf cubital, qui ne donne pas un seul filet aux muscles du bras.

En résumé, la torsion, et la torsion seule, rend compte des différences si notables et inexpliquées jusqu'ici, qui existent entre le système nerveux de la cuisse et celui du bras ; réciproquement aussi, cette transformation d'un système dans l'autre est un dernier argument en faveur de cette torsion déjà démontrée par les Hiodifications des systèmes musculaire et artériel.

L'auteur de cette ex})lication a eu la satisfaction de la voir successivement adoptée par MM. Cruveilhier, Ch. Robin, Ch. Rouget, Bro^Yn-Séquard, J. Pictet, Hugh Falconer, G. Vogt, E. Hœckel et G. Gegenbaur.

De la comparaison des organes appartenant au système locomoteur. .le ne saurais terminer cet article sans le compléter par quelques considérations gé. nérales sur la -comparaison des organes homologues ou analogues du système locomoteur. Nous venons de comparer séparément les os avec les os, les muscles avec les muscles, et nous avons pu reconnaître des homologies évidentes. Cependant il est certain que le squelette osseux est subordonné à l'appareil locomoteur ou musculaire et fibreux dont certaines parties s'encroûtent de phosphate calcaire, tandis que d'autres en sont toujours dépourvues; Bichat l'avait déjà reconnu pour les tendons et les os sésamoïdes, et nous en avons vu un exemple remarquable lorsque nous avons constaté que le ligament rotulien de la jambe était l'homologue du muscle anconé du coude. Mais si l'on invoque les lumières de l'anatomie comparée, on reconnaît clairement, comme Charles Rouget l'a parfaitement démontré, que le squelette osseux, eu dépit de son importance et de sa résistance après la mort aux agents destructeurs de toute organisation, est subordonné au système musculaire. Nous voyons d'abord que certains animaux, même dans l'ordre des vertébrés, sont dépourvus de squelette; tels sont YAmphioxiis et les poissons appelés cyclostomes, les lamproies et les myxines, quoique leur système musculaire soit parfaitement développé ; il en est de même de tous les poissons cartilagineux, les raies, les squales, etc., où le squelette ne s'ossifie jamais. Sans sortir de l'ordre des mammifères, auquel l'homme appartient, on voit que des os peuvent se développer chez un animal dans des parties qui restent fibreuses ou musculaires dans les autres, et de Blainville considérait avec raison les sésamoïdes comme des portions de tendons ossifiées, et les apophyses ellesm.êmes comme des sésamoïdes qui se soudent avec un os d'un plus gros volume. Ainsi, nous avons déjà vu que l'olécrane n'est qu'une rotule soudée avec le cubitus, mais qui ne se soude pas chez les roussettes, la chauve-souris vampire et le pingouin, dont le coude est muni d'une vraie rotule. Chez les kangourous, la rotule manque, mais l'olécrane existe. Souvent des intersections aponévrotiques s'ossifient. Ainsi, celles du muscle droit abdominal deviennent osseuses et sont de véritables côtes chez le crocodile, tandis que la ligne blanche forme un sternum abdominal, continuation du sterimm thoracique. Les os en forme de V qui supportent la poche abdominale des marsupiaux sont une ossification de l'aponévrose du grand oblique et du tendon des deux pyramidaux.

MEMBRES (comparaison). 503

Mais l'os le plus instructif, sous ce point de vue, est sans contredit la clavicule. Elle est nulle dans les cétacés, les pachydermes, les ruminants et les solipèdes; plusieurs carnivores, tels que les phoques, les procyons, h^s ours, etc. Chez ces animaux, un seul muscle remplace le cléido-mastoïdien, le trapèze et le deltoïde. Dans d'autres, une intersection aponévrotique apparaît ; elle s'ossifie imparfaitement et forme la clavicule flottante des blaireaux, des loutres, des putois, des chiens, des chats , des porc-épics, des lièvres, des lapins, des cobayes, etc. L'os est entièrement développé chez les monotrèmes, les édentés, la plupart des rongeurs , tels que les écureuils , la marmotte , le castor , les hamsters, les souris, et enfin les insectivores, les chéiroptères, les lémuriens et les primates. Ainsi donc dans les animaux dépourvus de clavicule, l'homologue de la branche horizontale du pubis est une intersection aponévrotique, et même dans beaucoup de mammifères inférieurs, l'homologue de cette branche horizontale n'est pas même indiqué, et est remplacé complètement par du tissu musculaire.

Dans quelques animaux, le centre aponévrotique du diaphragme est osseux. Exemple : le chameau, le lama et le hérisson. Chez beaucoup d'oiseaux de l'ordre des échassiers et des gallinacés, les tendons des muscles de la jambe sont ossifiés. Mais ce qui montre le mieux que certains os ne sont que des productions pour ainsi dire accidentelles, c'est l'os qui se développe, chez certains arùmaux, d:ins le tissu musculaire vascularisé de la verge, distingué à tort sous le nom de tissu érectile . Tel est l'os du pénis chez les carnivores plantigrades : les ours, les blaireaux, les martes, la fouine, le putois, la belette; dans le phoque et le morse, et même dans les lémuriens, tels que les makis. Chez les carnivores digitigrades, chats, chiens, etc., l'os se réduit à un simple cartilage.

On démontre également que les os de la base du crâne sont des vertèbres modifiées, tandis que ceux de la voûte du crâne sont des os appartenant au système cutané. C'est un sujet qui sera développé dans l'article consacré à l'anatoniie philosophique de la tète chez l'homme et les autres vertébrés. L'anatomie comparée nous enseigne donc que des organes homologues peuvent avoir une structure différente, et l'histologie nous démontre, de son côté, qu'elle est souvent trèsanalogue au fond.

M. Huxley professe l'opinion que la comparaison des membres doit reposer principalement sur l'embryologie, qu'elle seule amènera définitivement la solution du problème; ce n'est pas mon opinion. Les membres antérieurs et postérieurs étant identiques dans l'embryon, leurs différences morphologiques etanatomiques ne s'accentuent que par la suite à la fin de la vie intra-utérine, dans l'enfance et dans la jeunesse. La comparaison des membres doit donc reposer principalement sur l'anatomie comparée des animaux sortis de l'œuf. Eu effet, il n'y a rien à comparer quand les parties sont identiques, et elles le sont à l'origine. Les différences ne s'accentueront que plus tard. On peut voir dans Hae'jkel {Natiirliche Geschichte der Schœpfung, p. 272) deux planches destinées à montrer que les embryons de l'homme à u.: mois, du chien et de la tortue au même âge, et du poulet au huitième jour se ressemblent complètement ; les membres antérieurs et postérieurs sont identiques entre eux et d'un animal à l'autre; c'est plus tard qu'ils se différencient d'un animal à l'autre et dans le même animal. Pour moi, c'est sur la morphologie et l'anatomie comparées que repose principalement la comparaison des membres tout en reconnaissant que leur déloppement,à partir de l'état embryonnaire, peut donner les indications les plus utiles.

504 MEMBRES (comparaison).

La torsion effective de l'humérus qui s'achève à partir de la période fœtale, découverte par Gegeubanr, en est la meilleure preuve.

Des membres considérés dans les vertébrés en général. Je terminerai cet article par l'examen rapide de la question que se posent à la fois le zoologiste etl'anatomiste philosophe ; qu'est-ce qu'un membre ? en la restreignant toutefois aux points qui intéressent spécialement l'anatomie humaine. Les plus anciens vertébrés munis de membres sont les poissons ganoïdesde l'époque dévonienne. Queljuefois les membres antérieurs existent seuls, comme dans les Pterichtys; mais dans les Acanthodes, les Dipterus et les Holoptychius, il y a déjà des nageoires pectorales et abdominales analogues aux quatre membres de la plupart des vertébrés. Les rayons de ces nageoii'es représentent la main qui est fixée immédiatement à l'épaule. L'humérus, le l'adius et le cubitus n'existent pas encore. Ils sont parfoitement reconnaissables d'abord dans l'Archegosauriis, espèce de reptile dont le docteur Gergens a trouvé les restes dans le terrain carbonifère de Munster- Appel (Bavière rhénane). Richard Owen a montré que cet animal avait la structure des Protées vivants actuellement dans les cavernes de la Carniole. Ainsi les membres des vertébrés supérieurs (reptiles, oiseaux et mammifères) apparaissent pour la première fois à l'époque carbonifère, et le dessin primitif s'est conservé dans le Prolée. Il persiste dans les Ichtbyosaures et les Plésiosaures, reptiles marins gigantesques des terrains jurassiques inférieurs. Dans ces animaux, ces os sont cubiques comme ceux qui composent les phalanges; mais dans les Ptérodactyles qui datent de la même époque, l'humérus, le radius, le cubitus, le fémur, le tibia et le péroné, sont déjà des os longs parfaitement caractérisés, ainsi que l'omoplate, le carpe et le métacarpe. La similitude parfaite qui existait entre les membres antérieurs et postérieurs chez les Ichtbyosaures et les Plésiosaures a disparu, et le membre antérieur, pourvu d'une membrane comme celle des chauves-souris, diffère complètement du membre postérieur. Chez le Ptérodactyle, l'humérus est déjà tordu de 90° environ, car l'animal fléchissait son avant-bras en dehors comme nos chauves-souris, et non pas en arrière comrao les Arc/ze^osaurus, les Ichtbyosaures et les Plésiosaures, qui nageaient à la manière des poissons. Dans l'état actuel de nos connaissances paléontologiques, c'est donc aux reptiles de l'époque houillère et jurassique inférieure qu'il faut rapporter les premiers linéaments de la structure des membres chez l'homme, qui ont persisté dans leur simplicité originelle chez le Protée, de même que le type de nos chauves-souris était déjà représenté par les Ptérodactyles.

M.. Durand (de Gros), prenant pour point de départ ou type originel des membres ceux de l'Ichthyosaure, considère ensuite les tortues marines comme ayant un humérus non tordu, semblable à celui des Ichthyosaures. Suivant lui, la torsion apparaîtrait d'abord chez les tortues amphibies, telles que la Cistude, et serait le résultat des efforts faits par ces animaux, d'abord complètement aquatiques, pour progresser sur un sol solide. La torsion serait une adaptation fonctionnelle à un nouveau milieu. Je ne répugne pas à cette idée : elle trouve Sii contirmation dans ce fait, que l'humérus est d'abord sans torsion dans l'Archecjosaurus, les Icbthyosaures et les Plésiosaures, et actuellement encore dans les Protées et les Cétacées; qu'il se tord ensuite, sans dépasser 90°, dans les reptiles, les oiseaux et les chéiroptères, puis dépasse cet angle dans les mammifères terrestres et amphibies, et que dans ceux-ci elle augmente progressivement à mesure qu'on s'élève dans la série jusqu'à l'homme eiu-opéen, où elle atteint chez l'adulte la valeur dç deux angles droits environ. Néanmoins, je dois faire observer que,

MEMBRES (comparaison). 505

dans l'état actuel de nos connaissances, c'est chez les Ptérodactyles, c'est-à-dire des animaux qui volaient comme nos chauves-souiis, qu'on voit aj)paraître d'abord la torsion et les résultats fonctionnels de cette torsion. Les tortues paludines les plus anciennes sont celles du terrain portlandien, près de Soleure, par conséquent bien postérieures aux Ptérodactyles, qui sont les premiers animaux dont l'humérus soit tordu. Il l'est également dans les ailes d'oiseaux fossiles qui se sont conserv.'es dans les terrains tertiaires. On ne connaît malheureusement que les mâchoires des premiers mammifères marsupiaux découverts dans les carrières de Sîonesfield en Angleterre, et, quand les mammifères monodelphes se montrent dans les terrains tertiaires, l<ms les ordres sont représentés avec les caractères ostéologiques qu'ils ont actuellement. Les Pachydermes sont les plus nombreux, et chez eux l'iiumérus est tordu comme dans les Pachydermes actuels : l'avant-bras est en pronation permanente.

Il me reste à passer rapidement en revue les modifications que subissent les os de l'avant-bras, de la jambe, de la main et du pied, dans la série des Vertébrés vivants et fossiles. Chez les poissons, les membres se réduisent à la main, et les doigts, représentés par les rayons de la nageoire, sont en général en nombre supérieur à celui de cinq. Aussi le professeur Gegenbaur, prenant pour point de départ d'un membre en général la nageoire pectorale d'im squale ou requin, admet que ses nombreux rayons disparaissent dans les vertébrés supérieurs et se réduisent aux cinq antérieurs de la nageoire, qu'il désigne sous le mm àe metapterygium, et qui déjà dans les amphibies nus, les tortues, etc., constituent seuls le squelette delà main. Je n'entrerai pas dans les détails du nombre des doigts et des orteils chez les reptiles, les oiseaux, ni même les mammifères, où il se réduit ta deux chez les animaux à pied fourchu et à un chez les solipèdes. Ce qui nous intéresse, c'est que le nombre cinq est constant chez les Primates aux deux extrémités, et que le pouce est réellement opposable à l'extrémité antérieure, et jamais à l'extrémité postérieure, malgré le nom de quadrumanes qu'on avait donné à tous ces animaux, l'homme excepté. MM. T. Huxley, Hroca et Miwart ont parfaitement démontré que les singes étaient des bimanes comme l'homme, et réfuté les objections du docteur Lucae de Francfort, qui n'assimile pas le pied de l'orang à celui de l'homme.

Si le pouce opposable complète le mécanisme de la main comme organe de préhension, il est une autre disposition qui joue un rôle immense dans tous les actes dn membre supérieur, c'est le mouvement de supination, je dis de supination, parce que les premiers mammifères qui ap|)araissent en nombre dans les terrains géologiques sont des Pachydermes dont le membre est en pronation permanente; déjà cependant quelques écureuils et quelques singes devaient, comme ceux qui existent aujourd'hui, pouvoir exécuter un mouvement de demisupination très-visible quand ils portent un aliment à leur bouche. Dans le règne ammal actuel, les mouvements de demi-supination sont parfaitement caractérisés chez les kangourous, les paresseux , les rongeurs clavicules, tels que les écureuils, les marmottes, le campagnol et les castors, et même chez les chats lorsqu'ils jouent avec une souris ou une- pelote. La supination n'est complète que dans les singes proprement dits et dans l'homme, c'est-à-dire dans la classe des Primates. La condition ostéologique de ce mouvement, c'est une complète indépendance du radius et du cubitus, le premier os pouvant décrite une demi-circonférence en tournant autour de l'axe du second. Du moment qu'il y a fusion de la partie inférieure du cubitus avec le radius, comme on le voit dans beaucoup de

506 MEMBRES (comparaison).

mammifères inférieurs, le mouvement de supination devient impossible. A la jambe, la fusion du péroné, son atrophie et même sa disparition, sont sans influence sur les mouvements de la jambe, où les deux os sont toujours immobiles l'un par rapport à l'autre.

Tout ce que nous avons dit prouve qu'on a tort, en anatomie humaine, de mettre le membre supérieur en supination comme étant sa position normale. La position normale, c'est la demi-supination, intermédiaire entre la pronation permanente de la plupart des animaux et la supination des primates. En effet, c'est la position de la nageoire pectorale des poissons vivants et fossiles, des premiers reiAûes, teh que VArchegosaur us, les Ichthyosaures, les Plésiosaures, etc.; des oiseaux vivants et fossiles, des cliéiropières, dont l'aile est en demi-supination. Dans tous ces animaux, la main est dans un plan parallèle au plan vertébrosternal. Ajoutons que chez l'homme, qnand les bras tombent librement le long du corps, la maifi se place naturellement en demi-supination.

L'on pourrait hésiter à adopter cette règle, mais elle est confirmée par l'embryologie. Quand lemembresupérieur apparaît sur les côtés du corps d'un fœtus de l'homme, d'un mammifère, d'un oiseau ou d'un reptile, c'est la main qui se montre d'abord sous la forme d une palette parallèleau plan vertébro-sternal, c'est-àdire en demi-supination (lig. 12), le pouce en haut, absohmient comme si l'avant-bras él^it fléchi sur le bras et la paume de la main appliquée contre le corps; c'est ce qui m'a fait dire que l'humérus était tordu avant d'exister, puisque cette position de la main suppose la torsion de l'os avant même qu'il ne soit développé. Cet accord de l'embryologie avec la paléontologie et la morphologie comparée des êtres vivants est un critérium infaiflible de la vérité de cette proposition, que la position originelle et normale du membre supérieur est la derai-supination. Le membre inférieur se montre aussi d'abord sous la forme d'une palette parallèle au plan vertébro-sternal, comme la nageoire ventrale des poissons; mais, dans tous les animaux terrestres vivants et fossiles, elle se retourne ensuite vers le sol, et se maintient dans cette position; par conséquent, on ne saurait hésiter sur celle qu'on doit lui donner. Dans tous les oiseaux, tous les mammifères terrestres et dans l'homme, la position permanente est la même et la méthode descriptive identique, tandis que pour le membre aiitéiienr on mettait celui de l'homme et des singes en supination, celui des quadrupèdes en pronation : système inadmissible pour tous ceux qui considèrent l'anatomie comme une science qui , loin d'être limitée à une seule classe d'animaux, les embrasse tous dans sa puissante unité. Ch. Martins.

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MEMBRES (anthropologie). 507

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§ V. Anthropologie et proportions. Dans la série anthropologique, les membres fournissent comme éléments d'étude leurs proportions relatives et leurs formes, ou du moins la direction de leurs axes.

A ces points de vue, ce n'est que dans ces dernières années que des documents

'lOS MEMBRES (axtiiropolocie''.

positifs, numériques, ont été produits, grAce au\ travaux de Wliite, de Carus, de Martins, de Broca, de Huxley, de Humphry, de Weisbach et de Quételet. Les proportions des membres peuvent être considérées, soit dans leurs relations avec la structure, soit avec la longueur de l'épine, soit des inférieurs aux supérieurs, soit enfin entre les divers segments du même membre. .

C'est ainsi que l'avant-bras, par exemple, dont la longueur est déterminée par le radius, peut être comparé au bras, à la cuisse et à la j.iuibe, à la hauteur du squelette, ou enfin à la longueur du racliis. De plus, l'bimiérus humain étant l'homologue d'un fémur tordu sur son axe, l'angle de torsion devient également un élément de comparaison des races humaiues entre elles et avec les espèces voisines. Il faut, pour le moment, s'en tenir à ces rapports déjà fort compliqués et négliger, jusqu'à plus ample informé, certaines particulurités, telles que la perforation de la fossette olécranienne , la conformation du tibia en lame de sabre, etc.

Cependant, si l'étude méthodique des proportions humaiues est une conception toute moderne, il s'en faut qu'au point de vue artistique elle ait été négligée par les anciens, et l'on sait que les premières mesures, la coudée, le pied, le pouce, etc., ont été empruntées aux membres. De là à vérifier combien de fois les différents segments du corps comptaient de pieds et à déterminer ensuite quelles de valent être les proportions régulières de la figure humaine, il n'y avait qu'un pas ; aussi les canons des Égyptiens et des Grecs le prenaient-ils pour étalon. Toutefois les Indons, d'après Quételet {Anthropométrie, p. 67), avaient subdivisé le corps en 48U parties, que divisaient exactement les limites naturelles des membres. Les Égyptiens faisaient leurs figures de 7 pieds de hauteur, tandis que les Grecs leur en donnaient 8. Polyclèle, qui vivait au cinquième siècle avant notre ère, avait déterminé sur une st,\tue célèbre, le DorijpJwre, statue perdue et dont les anciens mêmes ne parlaient que par réputation, ce qu'il considérait comme une règle absolue, et pendant de longs siècles le canon de Fohjdète servit de point de repère aux artistes grecs. La longueur des statues grecques produit cet elfet de grâce et de légèreté qui n'existe pas dans le style égyptien. Ainsi que le remarque Camper, le même phénomène s'est reproduit avec Rubens et Watteau, dont les personnages offrent respectivement les mêmes proportions que les canons égyptiens et grecs, et produisent sur le spectateur cet effet de lourdeur ou de grâce, quelquefois excessive, que réalisent ces maîtres.

Après les Grecs, Yitruve, et à la Renaissance, Léonard de Vinci, Albert Durer, et nombre de grands artistes jusqu'à Horace Yernet, donnèrent leurs conceptions des proportions de la figure humaine. Enfin Gerdy publia en 1829, sous le titre A'Anatomie des peintres, un ou\rage sur les proportions de l'homme, dans lequel Li tète étant prise pour unité et partagée en quatre parties égales, les rapports de longueur sont exprimés en termes plus simples qu'exacts.

Mais si ces nombreux travaux sur les proportions du corps sont de nature à permettre aux artistes d'exprimer la beauté humaine , ils ne nous fournissent aucun élément d'anatomie comparJe ou d'ethnologie. Ds ne sortent pas de la coH' ceptlon abstraite d'un type fictif du beau (l'oz/. A>ato5iie des beaux-arts).

Dans un ordre d'idées un peu phis scientifique, mais toujours synthétique, Carus a cherché la mesure naturelle, le module des architectes, applicable aux proportions européennes; et, considérant que la colonne vertébrale est la partie du squelette le plus tôt formée et la plus stable, il l'a divisée en trois et il a pris le tiers pour étalon ou, comme il dit, pour mof/«</e du squelette. Puis, appliquant cet

MEMBRES (anthropologie). 509

étalon, il a trouvé que la lougueiir du crâne, du front à l'occiput, égale un module ■ la circonférence du crâne, trois modules ; la longueur du sternum et celle de romoplale, \n\ module; le bras et l'avant-bras, trois modules; la main, un module; le tibia, deux, et le pied, un; la hauteur totale du corps est égale à 9 1/2, et le module moyen est égala 18 centimètres (cité par Humpliry, Human SA-e/etow, p. 87).

C'est eu partant de ces données que Carus a dressé une table des proportions idéales de la figure humaine aux différents âges de la vie. A la naissance, le module (le tiers de la colonne vortébrale), a 9 centimètres ; à trois ans, il en a 10; à six ans, il en a 15; à quinze ans, il eu a 16 ; au développement complet, il en a 18. De façon que, si nous voulons nous représenter, à l'aide de cette table, la oroportion relative des membres aux différents âges, nous trouverons que la longueur du bras est à la naissance de 2 modules 12 minutes (une minute est la 2-4^ partie d'un module), et qu'à la période de développement elle est de 5 modules, tandis que la jambe totale est de 3 modules 2 minutes à la naissance, et de 5 modules moins 2 minutes à l'état de complet développement. Le bras a donc crû de 12 minutes, tandis que la jambe n"a crû que de 4 minutes [voy. Carus, Die Vroportionslehre der menschlichen Gestalt, Leipzig, 18o4).

Ilumphry a obtenu des résultats généralement confirmatifs de ceux de Carus [loc. cit., p. 87). Mais sa manière de procéder, au lieu d'être plus ou moins arbitraire comme celles des canons ou celle de Carus, a ])Our point de départ la mensuration directe des différents segments du squelette. 11 est certain que la recherche du module humain, c'est-à-dire d'un diviseur commun des parties principales, n'a été guidée que par l'arbitraire, et ne peut avoir d'utilité probable que pour la détermination artistique des proportions du corps. Mais l'anatomie comparée doit avoir d'autres visées, et c'est par la comparaison avec les animaux les plus voisins de l'homme qu'elle a abordé l'étude de cette question. Quant aux vertébrés éloignés, il résulte de recherches que j'ai faites dans le laboratoire de M. Broca, que les proportions des membres varient notablement dans les variétés des chiens domestiques et que ce caractère est de premier ordre pour la détermination ostéologique.

Mensuration directe des membres. L'un des premiers, sinon le premier, un médecin anglais du siècle dernier, Ch. White, s'est occupé de cette question. Son mémoire, communiqué à la Société philosophique de Manchester en 1795, a paru à Londres, en 1799, sous le titre : An Account of the Regular GradaUon in Man and in Différent Animais, and from the former to the latter. C'est à Broca que nous devons de l'avoir vu tirer de l'oubli.

White avait été frappé de la longueur considérable des bras du nègre, et il annonça que ce fait, dû principalement à la longueur de l'avant-bras, rapprochait la conformation du nègre de celle des singes. Pour montrer sur-le-champ le progrès de la science dans les considérations relatives aux proportions des membres, disons que l'écrit le plus récent sur cette question nous donne ce résultat, que les proportions de l'avant-bras au bras, chez le nègre, « ne sont autres que celles du foetus de race blanche, de cinq à sept mois )> (Hamy, Proportions de lavant-bras et du bras aux différents âges) .

On peut donc dire, à ce point de vue très-restreint , du moins, que le nègre , au terme de son évolution , est resté , par rapport à i.ous, à l'état fœtal, conclusion singulièrement démonstrative des grandis théories de Huschke et de Serres.

510 MEMBRES (anthropologie).

Quoi qu'il en soit, Broca a repris en 1852 les observations de White, et dès cette époque il mesura tous les squelettes de la collecùoudu Muséum {BiiJl. de la Soc. lïanthrop., 1862, p. 164). Puis, réduisant la longueur de l'humérus en centièmes, il obtient chez les Européens et chez les nègres les résultats suivants: Lonqueur du radius, Ihumérus étant lUO :.15 nègres, 79,40; — 9 Européens, 73,93.

Ce dernier chiffre diffère fort peu de celui qui est donné sommairement par Vogt, qui, pour cent de l'humérus, donne 75,5 au radius blanc, 90,8 à celui du chimpanzé.

Si maintenant on prend le radius de l'Européen pour unité, on trouve que les humérus des deux sujets mesurent 135,46, et le radius du nègre 107,60, ce qui revient à dire que les membres étant supposés égaux, le radius du nègre sera de 7,60 plus long que celui de l'Européen.

Ces chiffres suffisent pour nous montrer que les proportions des membres ou de leurs segments entre eux offrent des différences notables dans des races différentes ; mais, que l'on veuille bien le remarquer, ils ne nous donnent une conclusion positive que pour la longueur du radius relativement à l'humérus et seulement dans la race nègre. 11 ne faudrait donc pas se hâter de tirer d'un fait aussi particulier des conclusions générales sur les caractères d'infériorité ou de supériorité des races humaines. En effet, dans le même mémoire, Broca nous donne chez l'Esquimau du Muséum le rapport du radius à l'humérus comme égal à 70,28 pour 100; il est également de ,70,28 pour 100 sur le squelette de la Vénus hottentote, et chez un Australien photographié il serait de 70,93; c'està-dire, dans les trois cas, beaucoup plus petit relativement que le radius de l'Européeu.

Plus tard, en 1867, Broca a cru pouvoir mettre en doute, en suite de ses mensurations, le lait signalé par "White et généralement admis, à savoir, la plus grande longueur chez les nègres du membre supérieur relativement à l'inférieur. A cet effet, il a mesuré 16 squelettes de nègres et négresses et 14 d'Européens, sans tenir compte ni de la main ni du pied ; en représentant le membre inférieur par 100, il a trouvé que la longueur du membre supérieur était de 68,27 cliez les nègres, et de 69,73 chez les Européens [Bulletin de ta Soc. d'anthrop., 1867, p. 641). Contrairement à l'opinion générale, l'Européen se rapprocherait donc iaien plus que les nègres des types simiens, puisque le même savant a constaté que chez deux gorilles la somme du tibia et du fémur est de 114,19 et 120,62 pour 100 ; chez deux cliimpanzés, de 99,14 et 109;63, et enfin chez unorang, de 140,38.

Toutefois, il faut bien reconnaître que la difficulté de faire entrer comme éléments de longueur la main et le pied change considérablement les conditions apparentes de longueur totale. J'ai établi en effet que, sur 8 nègres et 8 Européens, la longueur de la colonne vertébrale étant 100, celle de la main est en moyenne de 32,4 chez les premiers et de 27 cliez les seconds {voy. Main). Les conclusions de Broca ne sont donc absolument vraies que si on les rapporte à la somme des longueurs de l'humérus et du radius d'une part, du fémur et du tibia d'autre part.

Elles restent vraies, a fortiori, lorsqu'elles ont pour sujet la comparaison de deux os homologues; ainsi le fémur étant égal à 100, la longueur de l'humérus a été :

Chez 16 nègres, 68,97; chez 14 Européens, 72,20.

MEMBRES (ANTIIROrOLOGIE). b[[

De même, la longueur du membre inférieur étant représentée par 100, la loneueur de l'iiumérus a été :

Chez 16 nègres, 38,20 ; chez 14 Européens, 40,11 ;

tandis que la longueur du radius était : chez 16 nègres, 50,28; chez 14 Européens, 29,54.

Ces différents points de vue ont incontestablement démontré que dans les races nègres l'humérus est plus court et le radius plus long que dans les races européennes, mais ils ne comprennent pas la compai^aison sur l'ensemble des membres.

Outre les documents qu'il a publiés, Broca a recueilli une cinquantaine de mensurations, qui sont inédites et qu'il a bien voulu nous commuiuquer, sur les anthropoïdes et sur un grand nombre de races diverses. Ces clnffres sont principalement relatifs aux rapports numériques des segments du même membre ou du membre inférieur au supérieur. Voici, par exemple, un tableau dressé d'après les mesures prises sur cinq grands singes :

Si l'on compare les données de ce tableau à celles qui sont fournies ciaprès par l'homme, on sera frappé du caractère mtermédiaire des chiffres du. gorille, entre l'homme et l'orang de Bornéo, et de ceux du nègre entre l'homme et le gorille .

FRANÇAIS DE l'aIN (n" 768 DU MÙSÉUM)

Humérus = 100 Fémur = ICO

Radius 76.57 Tibia 75

Clavicule ^2.04

NÈGRE DE MOZAMBIQUE (n° SOO)

Humérus = 100 ■ Fémui- = 100

Radius 78.69 Tibia .... 79, 10

Clavicule ^8.32

512 MEMBRES (asturopologie).

Le Français que nous avons pris comme ty[je est le sujet de îa première mensuration de M. Broca. Les autres Européens n'en diffèrent pas de beaucoup. Eu voici le résumé, l'humérus et le fémur égalant cent :

RAimS. TIBIA.

Française 7-4.34 78.78

Anglaise 7J.51 83.20

Piéniontaise. 76.35 78.94

Fl•ançai^e 73.53 ....... 82.91

Id 70.91 73. H

Européen 74.26 83.75

Id 70.58 79.13

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