‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 48 sur 50 · MENT AG RE · texte numérisé non relu

MENT AG RE

merveille après l'épilation, tandis qu'avant ils favorisent la germination du cbampignon intra-folliculaire, augmentent la tuméfaction delà face, favorisent le développement des éruptions tuberculeuses et furonculaires.

Quand les symptômes inflamaiatoires de la mentagre sont tombés, il reste souvent des noyaux sous-cutanés, indolents ou peu douloureux, qui réclament l'emploi des bains locaux, des lotions résolutives, des cataplasmes sur lesquels on étend une couche légère de la pommade ci-dessous :

Axonge 50 grammes.

loduie de plomb, i

Extrait de ciguë, j

C'est aussi dans ces cas que les douches de vapeur peuvent rendre d'utiles services.

Tel est le traitement local de la mentagre parasitaire. Ce traitement suffit dans le plus grand nombre des cas. Cependant, il y a toujours avantage à associer à ce traitement les soins hygiéniques et quelques moyens internes.

On recommandera le repos des organes malades, sinon l'interdiction absolue de la parole, du moins de parler le moins possible, et de se nourrir d'aliments qui n'exigent que peu ou point d'efforts de mastication.

Les grands bains de son ou d'amidon tièdes, avec recommandation de plonger le bas de la figure dans le bain ; les légers laxatifs, l'eau de Sediitz, l'huile de ricin tous les trois ou quatre jours, à petites doses, sont les moyens qui ne peuvent que hâter la guérison de la mentagre.

Mentagres artificielles. Le traitement des mentagres artificielles est des plus simples. On combat la dermite pustuleuse par des lotions émoUientes et résolutives, par des cataplasmes de riz ou d'amidon, des bains locaux d'eau de sou ou d'eau de pavot, et bientôt l'éruption disparaît ; mais elle ne tarde pas à reparaître si le malade se trouve exposé de nouveau aux causes qui l'ont une première fois déterminée. C'est donc uniquement à rechercher la cause de la mentagre qu'il faut appliquer tous ses soins. Ici plus que jamais il est vrai de dire : Sublata causa toUitur effectus.

Si la mentagre dépend d'un coryza chronique, si elle est occasionnée par le contact du produit plus ou moins irritant de la sécrétion catarrhale avec la lèvre supérieure, il importe avant tout de guérir le coryza par l'emploi des balsamiques, des sulfureux, des injections dans les narines d'eau saturnée, de solution trèsétendue de sulfate de cuivre ou de zinc, etc. Est-il nécessaire de dire (|ue la mentagre traumatique, occasionnée par un rasoir ébréché ou par une rasure à rebrousse-poil, par un pinceau trop dur ou un savon trop irritant, commande impérieusement la suspension du rasoir pendant quelques jours, et des soins de toilette appropriés à l'état de la face.

11 en est de même des mentagres professionnelles qui obligent souvent toutes les personnes qui en sont atteintes'à changer de profession (brossiers, cardeurs de matelas, commis de nouveautés, balayeurs des docks, etc.). Toutefois, il ne faut pas l'oublier, les mentagres artificielles sont souvent entretenues par une disposition constitutionnelle, et doivent alors être traitées comme la mentagre arthritique.

Dans nos hôpitaux, la mentagre est quelquefois simulée, provoquée à dessein dans le but de prolonger le séjour à l'hôpital. On ne saurait, dans ce cas, user de trop de surveillance pour démasquer la ruse du prétendu malade.

La mentagre cadique disparaît d'elle-même dès qu'on cesse l'emploi de l'huile de cade.

766 MENTAGRE.

Mentagre ou sycosis arthritique. C'est l'espèce la plus sérieuse et la plus rebelle aux agents thérapeutiques. Elle réclame toute l'aLtention du praticien, et souvent exige de sa part une très-grande expérience pour la direction du traitement.

On doit, pour obtenir la guérison définitive du sycosis arthritique, savoir combiner le traitement local avec le traitement général. Si la mentagre est récente, on prescrit des lotions émollientes, sédatives, résolutives, des applications de cataplasmes de fécule de pommes de terre, de riz, d'amidon ; des onctions avec la pommade au précipité blanc, au turbith, au sulfhydrate de chaux dans de faibles proportions, ou avec le blanc de baleine, le beurre de cacao, additionnés d'une plus ou moins forte proportion de glycérine, ou mieux d'huile d'amande douce. Des applications tous les deux ou trois jours d'huile de cade saponinée ou de goudron saponiné exercent parfois une influence favorable sur le sycosis. On a proposé aussi les poudres absorbantes d'amidon, de riz, de sous-nitrate de bismuth, etc., mais elles réussissent beaucoup moins bien ici que dans l'eczéma et l'impétigo, qui sont des affections cutanées sécrétantes.

Les douches de vapeur, celles d'eaux minérales pulvérisées de Saint-Gervais, de Saint-Cliristau, de Royat ont été conseillées, mais la vérité est que dans le plus grand nombre des cas elles échouent.

11 faut recommander au malade de ne pas se servir du rasoir, et de couper les poils, sur les parties atteintes, à plusieurs millimètres de la peau.

Quelques prescriptions hygiéniques ne sont pas sans utilité. On recommande au malade de soustraire la partie affectée au contact de l'air, d'éviter les savons, les cosmétiques, etc.

A ce traitement local il faut joindre l'emploi des alcalins à l'intérieur, du bicarbonate de soude à la dose de un à trois grammes chaque jour, en dissolution dans une tisane amère ou dans l'eau de goudron. On prescrit de couper le vin aux repas avec l'eau de Vichy. On ordonne enfin quelques boissons diurétiques et de légers laxatifs, comme un verre d'eau de Sedlitz ou de PuUna tous les trois ou quatre jours.

Les bains entiers sont utiles. Nous prescrivons habituellement deux bains par semaine, et de préférence des bains de son avec addition de 60 à 80 grammes de carbonate de soude.

Le régime alimentaire ne doit pas être négligé. On recommande de préférence les viandes blanches et les légumes herbacés cuits, les œufs frais, le laitage. Le malade doit s'abstenir de salaisons, de gros gibier, de poisson de mer, de coquillages, de vin pur et de café.

Mais, malgré tous ces soins et toutes ces sévérités dans le régime, on ne voit que trop souvent le sycosis résister et se perpétuer pendant des mois entiers ; c'est alors qu'il faut recourir à l'épilation, qui réussit d'autant mieux que l'affection est plus ancienne. A cette période, le poil, plus ou moins altéré dans sa structure, est une épine, et le mal ne cède que quand cette épine a été extraite parla pince. Une seule épilation suffit souvent à guérir des mentagres fort anciennes ; mais il ne faut pas craindre d'y revenir plusieurs fois, si le mal récidive.

Le sycosis arthritique est souvent lié, comme du reste toutes les autres affec^ tions cutanées d'origine arthritique, à des troubles du côté des organes digestifs, et il n'est pas rare de voir, après la guérison du sycosis de la lèvre supérieure, reparaître une gastralgie ou une dyspepsie dont la disparition avait coïncidé avec

MENTHE (botanique). 767

l'éruption du sycosis. Dans ces cas, il faut suspendre momentanément les alcalins et combattre l'afiection stomacale par le sulfate de quinine ou par l'emploi de la pepsine, de la diastase, de la bière de malt, qui agissent sur les phénomènes chimiques de la digestion, ou encore par la noix vomique, qui agit plus spécialement sur les phénomènes mécaniques. Beaucoup de médecins ne manquent pas de recourir, en pareille occurrence, aux préparations arsenicales qui, si elles font cesser les troubles de l'estomac, font reparaître le sycosis et ne guérissent un symptôme de la maladie qu'en en aggravant un autre. Selon moi, l'arsenic est ici tout à fait contre-indiqué. Il n'y a pas de sycosis arthritique qui puisse résister à l'emploi simultané et sagement combiné de l'épilatiou, des alcalins et du régime diététique.

Sycosis composés. Ce sont ordinairement des scrofulides ou des syphilides pustulo-tuberculeuses. La médication sera donc antiscrofuleuse dans le premier cas, antisyphilitique dans le deuxième, et dans l'un et l'autre appropriée à la forme morbide de l'affection, et au rang qu'elle occupe dans l'évolution constitutionnelle dont elle fait partie {voy. Scrofulides et Syphilides pustulo-crustacées).

Bazin.

MElXTACROPnTTE. Parasite de la mentagre {voy. Mentagre). D,

MEI^TALE (sous-) [Artère] . Voy. MAXILLAIRE INTERNE (Artère) .

MEl^TEL (Jacques), né eu 1597 à Château-Thierry, mort à Paris en 1671, descendait, dit-on, ou plutôt aimait-il à le répéter, de la famille de l'imprimeur strasbourgeois qui a longtemps disputé à Gutenberg l'honneur de l'invention de l'imprimerie. Jacques Mentel fit ses études médicales à Paris, où il passa pour un anatonn'ste habile.

On lui doit, d'après Hénault, d'avoir trouvé en 1629 le réservoir du chyle, en disséquant un chien. Docteur en 1632, il fut professeur de chirurgie, puis occupa en 1647 la chaire d'anatomie. On a de lui, outre plusieurs ouvrages sur la philosophie, Epistola ad Pecquetum de nova illius chyli secedentis a lactibus receptaculis notatione, Paris, 1651, in-4f°. Bureau.

MEXTHE. § I. Botanique. Mentha. L. Genre de plantes appartenant à la famille des Labiées. Ce genre, établi par Linné, dans ses hraites généralement admises aujourd'hui par la plupart des botanistes, est caractérisé de la manière

suivante :

Calice campanule ou tubuleux, quinquidenté, égal ou à peine bilabié. Corolle à limbe presque égal, quadrifide, à division supérieure plus large, presque entière ou émaro-inée. Quatre étamines égales, dressées, distantes, à filaments nus et glabres, à anthères formées de deux loges parallèles. Quatre achaines secs et lisses.

Les menthes sont des plantes herbacées, à feuilles opposées, comme toutes celles des Labiées, à fleurs groupées en cymes souvent très-fournies, disposées à l'aisselle de feuilles florales opposées, de telle façon que les deux cymes placées ainsi à la même hauteur formeut par leur rapprochement une sorte de faux verticille. Ces sortes de verticilles sont tantôt assez distantes et bien séparées par de grandes feuilles florales ; d'autres fois plus rapprochées et placées à l'aisselle de petites bractées, de manière à ce qu'elles figurent une sorte d'épi terminal,

11 est assez difficile de distinguer les diverses espèces de menthe, ces plantes passant de l'une à l'autre par des nuances souvent insensibles ; aussi les auteurs

768 MENTHE ^BOïA^■^QUE).

ont-ils beaucoup varié dans le nombre d'espèces qu'ils ont admises ; les uns les multipliant outre mesure, la plu[jart, au contraire, les réduisant à un petit nombre. Toutes ces espèces ont des propriétés analogues, de telle sorte qu'on peut, à la rigueur, les substituer les unes aux autres et qu'il faudrait les citer toutes, si l'on voulait énumérer celles qui ont un usage médical. Xous n'indiquerons que les plus importantes.

I. Tout d'abord celles dont le calice est régulier, non divisé en deux lèvres ;

1° La Menthe sylvestre ou sauvage {Mentlia sylvestris L.) croît très-abondamment sur le bord des ruisseaux, eu France, dans presque toute l'Europe et dans l'Asie moyenne et septentrionale. Ses tiges dressées, bautes de 4 à 8 décimètres, sont pubescentes et cotonneuses, et portent des feuilles presque sessiles, ovales, lancéolées ou oblongues, pubescentes en dessus, recouvertes en dessous d'un tomentum blanchâtre ; les fleurs sont en épis cylindriques entremêlés de bractées très-étroites, linéaires subulées : elles sont d'un rose clair ou blanches. Cette espèce a les propriétés générales des menthes avec un peu plus d'astringcnce que les autres. Sa saveur est légèrement anière.

2° La Menthe à feuilles rondes [Mentha rolundifolia L.) qu'on appelle aussi Menthe simple, Menthastre, Menthe de cimetière. Cette espèce, voisine de la précédente, s'en distingue par ses feuilles ovales orbiculaires, arrondies au sommet qui est mucroné. Les fleurs sont en épis cylindriques aigus, entremêlées de bractées ovales lancéolées, munies de poils raides et courts et non allongés et mous comme dans la Menthe sylvestre.

Le Menthastre a une saveur amère, acre et astringente. Tourncfort le dit bo;i contre les vapeurs. On lui attribue aussi une action elTicace contre les sciatiques, lorsque, après l'avoir pilé on l'applique sur la partie douloureuse : il amène alors des phlyctènes « remplies, disait-on jadis, d'une sérosité nuisible. » Ses propriétés sont celles de la menthe poivrée, mais à un moindre degré.

5° La Menthe verte {Mentha viridis L.) a, comme la plupart de ces espèces, des variétés nombreuses. La forme la plus connue est la Menthe verte glabre, dont les feuilles presque sessiles, non bos^elées, étroitement lancéolées et aiguës, sont vertes, glabres, ordinairement planes et simplement dentées. Les fleurs sont ■ roses ou violacées-

C'est une des espèces qui a l'odeur la plus pénétrante. Sa saveur est acre et aromatique, et ses propriétés se rapprochent beaucoup de celles de la menthe poivrée.

A° La Menthe poivrée {Mentha piperita L.) e^t peut-être spontanée dans l'Europe septentrionale. On la cultive dans les jardins de toute l'Europe, de l'Asie moyenne, des Indes, de l'Egypte et jusqu'en Amérique, tant aux États-Unis que dans l'Amérique méridionale. Elle s'échappe assez souvent des cultures et parait alors spontanée.

Sa tige ascendante, de couleur rougeâtre porte des feuilles pétiolées, ovales oblongues, aiguës, dentées en scie sur les bords, glabres, ou plus rarement presque velues, de couleur vert foncé. Les fleurs sont de couleur pourpre rougeâtre, disposées en épis courts, obtus, interrompus à la base.

La saveur de la menthe poivrée est très-aromatique et piquante, et laisse dans la bouche une sensation de fraîcheur très-agréable ; c'est la plus employée de toutes les menthes. On la cultive avec soin pour les usages de la pharmacie, particulièrement dans certaines régions de l'Angleterre.

S*» La Menthe aquatique [Mentha aqualica L.) se distingue de la Menthe

MENTHE (boianiqle). 769

poivrée par ses glomérules de fleurs, dont les supérieurs sont disposés en un gros capitule globuleux ou ovale, tandis que les inférieurs sont écartés et munis à leur base de deux feuilles florales plus longues qu'eux. Les feuilles ordinaires sont pétiolées, comme dans le Mentha pipenta, ovales ou lancéolées, dentées en scie sur leurs bords.

Cette espèce croît sur le bord des ruisseaux. Une de ses variétés, Mentha aquaiica glabrata s Bentham, qui se distingue par ses feuilles tout à fait glabres et par ses glomérules supérieurs rapprochés en épis ovales ou oblongs, a été décrite par quelques auteurs sous le nom de Mentha citrata Elu h. Elle a une odeur très-agréable qui rappelle celle du citron. On la trouve dans quelques points de l'Angleterre et aussi sur le revers^ oriental des Vosges.

Dans les espèces précédentes, les verticiUes sont rapprochés en épi termuial plus ou moins allongé et parfois interrompu à la base. Dans les espèces suivantes, les glomérules sont tous placés à l'aisselle de grandes bractées, semblables aux feuilles ordinaires, distantes les unes des autres, et dont les supérieures forment un faisceau tout à fait dépourvu de fleurs. Le type est :

6" La Menthe des champs {Mentha arvensis L.), plante extrêmement répandue dans les forêts ombragées, et dans les stations humides de l'Europe et de l'Asie moyennes et septentrionales, plus rare dans la région méditerranéenne. M. Bentham, dans ses Labiées et dans le Prodromus de de Candolle, regardant cette espèce comme très-polymorphe, y rattache le Mentha sativa L. et le Mentha gentilis L., que beaucoup d'auteurs regardent comme distinctes, et donne comme diagnose de l'espèce ainsi étendue : feuilles pétiolées, ovales ou oblongûes, tantôt arrondies, tantôt cordiformes à la base ; feuilles florales toutes conformes, dépassant en longueur les glomérules globuleux, multiflores, écartés les mis des autres, formés de fleurs à calice tubuleux ou globuleux, campanule, dressé, à dents lancéolées subulées.

La variété vulgaris qui est le Mentha arvensis L., et de la plupart des auteurs, se distingue par son calice campanule, court, presque aussi large que long, à dents courtes triangulaires aiguës. Elle est très-commune dans les champs, oii elle épanouit ses fleurs roses en juillet et aoiit.

La variété cultivée [Mentha sativa L.) a des calices oblongs, sub-cylindriques, à dents lancéolées subulées, dressées. Ses feuilles d'un vert gai sont plus ou moins velues. Les fleurs sont assez grandes, rosées, et s'ouvrent en août et septembre. Elle est moins commune que la précédente et vient aux bords des eaux.

Enfin, la troisième forme qui nous intéresse est le Mentha gentilis L., qu'on a nommé Baume des jardins, Me7ithe baume, Menthe des jardins, Herbe du cœur. Elle se distingue surtout par ses glomérules plumeux avant l'anthèse et par ses feuilles florales sessiles.

On fait grand usage du Mentha gentilis L. et du Mentha sativa L., nonseulement comme plantes médicinales, mais aussi connne condiment et assaisonnement.

La plupart des espèces que nous venons de passer en revue présentent, nous l'avons vu, des variétés nombreuses. Parmi ces variétés, un certain nombre sont caractérisées par le plissement ou les ondulations des bords de la feuille et par l'allongement considérable des dents de cette feuille, qui devient alors ce qu'on appelle crépue. 11 en résulte, en même temps, un développement plus considérable des "landes qui contiennent l'huile essentielle, et, par conséquent, une plus grande valeur au point de vue des propriétés. Ce qu'on a appelé la Menthe ûicT. ESC. r s. VI. -ii)

770 MENTHE (eotamque).

créput, et qu'on a longtemps regardé comme une espèce spéciale et distincte, n'est autre chose que cette forme crépue de diverses espèces que nous éauméron» ici brièvement :

a. Mentha arvensis var. 6 crispa, Bentham, qui est le Mentha saliva^ Neesvon Eseab. et le Mentha crispa de divers auteurs.

b. Mentlta aquatica var. y crispa Bentham, qui est le Mentha crispa L.

c. Mentha viridis var. 7 crispa Bentham, qui est le Mentha crispata Sclirad.

d. Mentha sylvestris var. 7 Bentham, qui esl le Mentha undulata Willd., Mentha crispa Ten.

Parmi ces diverses formes il en est une cependant, qui a été plus spécialement appelée Menthe crépue; c'est le Mentha aquatica crispa, que Valérius Corda désignait déjà, dans la première moitié du seizième siècle, sous le nom de Mentha crispa et que Linnée et, après lui, bien des botanistes ont décrit sous le même nom.

II. La section du genre Menthe, qu'on a appelée Pulegium et qu'on a quelquefois distinguée sous ce nom comme un genre spécial, est caractérisée par la forme du calice qui est bilabié et qui est en même temps velu à la gorge. Le type de cette section est:

7" Le Mentha Pulegium L. {Pulegium vulgare Mill.) qu'on nomme Pouliot vulgaire. Menthe Pouliot. Ses tiges, couchées ou radicantes à la base, assez épaisses, rameuses et pubescentes, portent des feuilles elliptiques obtuses, atténuées à la base en un court pétiole, pourvues de dentelures très-petites et écartée's. Les (leurs, roses ou lilacées, sont disposées en verticilles épais, qui occupent une grande partie de la longueur des tiges.

Le Pouliot a une odeur très-pénétrante, une saveur acre et amère. On a supposé que son nom de Pulegium venait de la propriété qu'il aurait de chasser les puces: Sic Latinis dictum a pulicibus, quos nidore fugat et necat (Lobel, Adversaria, 214). Haller le cite comme un emménagogue très-efficace. 11 écrit à Gouan, en 1778, que c'est là le plus puissant et le plus fidèle emménagogue, à la dose de quelques poignées, mises à digérer au soleil dans le vin blanc avec deux onces de safran de mars. Il ajoute cette observation : Nunquam fefellit. Gouan dit avoir vérifié cette propriété (Gouan, Botanique et matière médicale, 238).

Diverses espèces de menthe ont été connues et utilisées par les médecins de l'antiquité. On rapporte au Mentha Pulegium le Vlrr/j^-j d'Hippocrate et de Dioscoride ; au Mentha saliva, le Mtv9a d'ilippocrale et de Théophraste ; enfin au Mentha sylvestris, le iiav^ièpio-j de Théophraste et de Dioscoride.

On comprenait autrefois dans le genre Mentha un certain nombre d'espèces qui sont maintenant passées dans des genres voisins. Telles sont :

1" Le Preslia Cervina Fresen. {Mentha Cervina L.), qui se distingue facilement des menthes par son calice à quatre dents concaves et aristées au-dessus du sommet. Cette plante de 15 à 40 centimètres, à tiges couchées, croît dans les lieux humides de la région méditerranéenne. Elle a des propriétés qui rappellent celle du Pouliot. Au dire de Lobel, elle était même prescrite de préférence à ce dernier par les professeurs de l'École de médecine de Montpellier.

1" Le, Dysophylla Auricularia Bjume {Mentha Auricularia h.) . Cette espèce des Indes orientales, de Java, des Moluques et des Philippines était employée d'après Rumphius, qui lui donne le nom de Majana fœtida, contre la surdité et aussi comme résolutive (Rumphius, Eerh. Ambon., VI, 41, tab. xvi, f. 2j.

3" Le Geniosporum prostratum Bentli. {Mentha ocimoides Lam.), qui, d'après

MEM'IIE (emi'I.oi médical). 771

Comnierson porte à Poiidichéry le nom vulgaire de Nagel-Nagai et passe pour ftbril'uge.

Eiitiu on a donné le nom de Menthe à une plante odorante d'une famille autre que celle des Labiées; le Balsamita suaveolens L., du groupe des Synanthérées, qu'on appelle vulgairement Menthe Coq, ou encore Menthe à bouquets, Menthe Notre-Dame. Planchon.

LiNNÉE. Gênera, n°291. — Benthau. Labiat, 168 et in Prodromus de de Candolle, XII, p. 164.

Lamaeck. Dicl. Encyclop.. IV, 102. — Exdlicher. Gênera Plant., 5594. — Grexier et

GoDRON. Flore de France. II, 648. — Hippocraie. Morb. Millier., I, 609 et Affect.. 525. —

TuÉoPHRASTE. Histor. Plant., II, 5. — Dioscobiue. Mat. Media., lib. II, cap. 153 et lib. III,

cap. 56. — LoBEL. Adversaria, 214 et 218. — 1]éi!At et de Less. Dict. Mat. Medic, IV, 325.

Berg ^Otto) et ScHMiDT. Darstellung iind Besc/treibung der offizinellen Gewâchse, XXIII,

c. et d. — GtiEouRT. Drog. simples, 6^ édit., II, 457. Pl.

g II. Emploi médical. Le genre Menthe contient un grand nombre d'espèces douées de propriétés médicales similaires, et qui peuvent en conséquence ■ être substituées l'une à l'autre. Toutefois il en est une qui est généralement adoptée de préférence à cause de la fines.se et de la richesse de son parfum; c'est la Menthe poivrée que l'on peut considérer comme l'espèce officinale, et que, eu conséquence, nous aurons particulièrement en vue dans le cours de cet article. — Parties usitées : Sommités fleuries et feuilles.

Menthe poivrée. Menthe anglaise, angl. peppermint, ail. Pfeiffer Miinze. Les feuilles de cette plante, qu'on emploie presque toujours sèches, se récoltent en juillet, un peu avant la floraison. Séchées rapidement et avec soin, elles conservent une partie de leur couleur et de leur odeur ; ce sont celles que l'on distille dans les pharmacies. Il faut rejeter cette plante sèche, si l'odeur et la saveur sont équivoques ou faibles, si les épis ne sont plus rouges ni les feuilles vertes. (Gaz in.)

Pharmacologie. La menthe poivrée a une odeur balsamique sui generis, fraîche, pénétrante, expansive; une saveur poivrée, légèrement camphrée, chaude d'abord, et laissant ensuite dans la bouche une sensation de froid.

Elle contient un principe amer, une matière résineuse, du tannin, et une huile essentielle qui en est le principe le plus intéressant et le plus actif.

Vessence de menthe poivrée contient au moins, d'après Guibourt, trois priucipes immédiats . un élœoptène ou essence liquide ; un stéraûptène ou essence solide et cristallisable ; une huile grasse susceptible de rancir. En la rectifiant avec de l'eau, on en sépare l'huile grasse et une partie du stéaroptène. On en retire alors une essence très-fluide, incolore, légère, du goût le plus pur, d'une pesanteur spécifique de U,899, bouillant à 190% composé de C-oH^^O^ Gaubius et Proust avaient cru y reconnaître du camphre; mais le produit supposé tel est considéré aujourd'hui comme un menthène, C^»H'» ; on l'obtient en beaux cristaux blancs, diaphanes, prismatiques, dans la rectification lente de l'essence; il se dépose aussi à la longue dans l'eau distillée de menthe. Il résulte de la cristallisation du ritéaroptène combiné avec un peu d'eau : C^ofF^-f-^HO (Walter. —Guibourt).

Par son exposition à l'air, et même sans cela, en vieillissant, l'essence de menthe jaunit et s'épaissit ; elle s'est résinifiée en partie en s'oxydant, et a perdu alors considérablement de ses propriétés.

On cultive en grand, pour l'extraction de son essence, la menthe poivrée en dilïérents pays, pa'iticulièrement en Angleterre et dans l'Amérique du i\ord. Cette culture est depuis longtemps pratiquée en Chine, où l'on emploie beaucoup la

772 MENTHE (emploi médical).

menthe et son essence ; selon toute probabilité cette plante est donc originaire d'Asie et non d'Angleterre comme on l'a prétendu. Il n'en est pas moins vrai que c'est la fat'riqiie anglaise qui produit la meilleure qualité d'essence de menthe. Cette supériorité est due aux soins excessifs apportés à la culture de la plante, et probablement aussi à des influences de terroir et de climat; le cru le plus estimé est celui de Mitcham, dans le comté de Surrey. L'essence d'Amérique est moins suave ; celle de France laisse encore plus à désirer. Guibourt attribue le goût désagréable de l'essence française à la menthe crépue. Il y a donc là, pour notre pays un perfectionnement à poursuivre, et qu'il ne me paraît pas impossible d'atteindre; c'est ce que tend à démontrer M. Roze, qui a fondé une fabrique d'essence de menthe justement estimée.

La menthe poivrée fraîche donne, pour 50 kilogrammes, 93,50 à 123,50 grammes d'essence; la menthe desséchée donne, pour 10 kilogrammes, 74,90 à 99,60 (Piesse). Le rendement serait un peu moindre d'après M. L. Roze.

Formes pharmaceuliqves et doses. A l'intérieur : Infusion : Feuilles sèches de menthe, 5 à 10 grammes pour un litre d'eau.

Eau distillée. 20 à 30 grammes pour aromatiser les potions; 60 à 100 grammes comme véhicule de potions cordiales, stimulantes, antispasniotîiques, etc.

Alcoolat de menthe. Feuilles récentes de menthe poivrée, grammes 1000; alcool à 80", 3000; eau distillée de menihe poivrée, 1000. Faites macérer pendant quatre jours, et distillez au bain-marie jusqu'à ce que vous ayez obtenu 2500 giammes à' alcoolat de menihe. On prépare ainsi les alcoolats de toutes les labiées (Codex). 1 à 4 et jusqu'à 20 grammes dans les potions cordiales, stomachiques, excitantes, antidiarrhéiques, etc.

Esprit de menthe anglaise. On trouve sous ce nom, dans le commerce de la parfumerie, et même dans quelques [iharmacies, surtout dans les pharmacies anglaises, une dissolution d'essence de menihe anglaise dans l'alcool, dans des proportions très-variables. 2 à 3 volumes d'essence pour 100 d'alcool suffisent pour obtenir un bon produit, plus fort en saveur et en parfum, et plus actif que que l'alcoolat des pharmacies, auquel il pourrait être substitué daiis plusieurs circonstances. Les parfumeurs et les pharmaciens anglais, pour satisfaire au goût de leurs compatriotes, préparent des dissolutions beaucoup plus concentrées, et l'une des officines ai\glaises de Paris élève les proportions jusqu'à 1 volume d'essence pour 7 d'alcool. Ces solutions concentrées sont ordinairement vendues sous le nom d'essence of peppermint ; les solutions plus étendues portent les noms desprit de menthe ou d alcool de menthe. Les unes et les autres servent vulgairement A'eaux pour la bouche après les repas. Pour dissoudre parfaitetenient l'essence de menthe, il faut employer de l'alcool à 95".

On peut remonter l'alcoolat de menthe en y ajoutant un peu d'essence.

Essence de menthe. 5, 10, 15, 20 gouttes dans une potion. Si la potion est aqueuse, il est bon de verser d'abord les gouttes dans 1 à 4 grammes d'alcoolat de menthe; ce mélange se suspend et se divise mieux dans la potion. L'essence of peppermint, citée plus haut, convient très-bien pour menther une potion, ou plus simplement, soit un verre d'eau sucrée, soit une tasse d'infusion aromatique.

L'essence de menthe s'administre aussi sous forme à'oleo-saccharure, de tablettes, de pastilles. Les tablettes sont du double plus riches en essence que les ])aslilles, d'après notre Codex. Les tablettes anglaises sont beaucoup plus fortes que les nôtres.

MENTHE (emploi médical). 775

Sirop de menthe poivrée. Eau distillée de menthe poivrée, 500 ; sucre, 950. Concassez le sucre et faites-le dissoudre à froid dans l'eau aromatique; filtrez au papier (Codex).

A. V extérieur : Infusion plus ou moins chargée, aqueuse ou vineuse, pour lotions, fomentations, injections, etc.

Pulpe, préparée avec les feuilles fraîches, pilées ou cuites, pour cataplasmes excitants, sur les tumeurs indolentes, les engorgements laiteux, les ulcères atoniques, iclioreux.

Poudre, employée autrefois à l'intérieur, en pilules, élecluaire, ne sert plus qu'à l'extérieur pour ap|ilication sur des plaies atoniques ; elle entre dans la confection des sachets aromatiques.

Pommade: essence associée à l'axoiige.

Teinture et aJcoolature simples ou composées (avec d'autres plantes aromatiques) pour frictions toniques, résolutives, antalgiques, et pour applications vulnéraires.

La menthe entre dans les espèces aromatiques et l'alcoolat vulnéraire du Codex ; elle manque dans l'alcoolat de mélisse composé {eau des Carmes) et dans les espèces vulnéraires (thé suisse) où elle aurait fort bien trouvé et justifié sa place. L'essence sert à fabriquer une liqueur de table, le ratafia de menthe; elle est admise dans la plupart des dentifricLS, poudres et élixirs, dans quelques eaux de senteur, entre autres Veau de la reine de Hongrie ou esprit de romarin compose', dans le'cachou de Bologne, dans le [>arfum de certains savons.

Historique. La menthe est désignée sous le nom de 'H^uoo-fxôç (qui a bonne odeur) par Dioscoride; sous celui de MwQa, par Théophraste, que les Latins ont adopté, nientha, et que nous avons conservé. Parmi les diverses espèces mentionnées par Pline, il n'est pas question de la menthe poivrée; et Guibourt l'ait remarquer que les anciens botanistes du continent, tels que les frères Bauhin, Geolfroy, etc., n'en parlent pas non plus. Mais Guibourt dit l'avoir reconnue dans une collection de médicaments usuels en Chine, où elle est nommée lin tsao. De mon côté, j'ai eu en ma possession de l'essence de menthe préparée en Chine, qui avait tout à fait l'odeur de celle de menthe poivrée. L'absence de relations avec ce pays a laissé ignorer cette plante aux Grecs et aux Romains ; reste la question de savoir si elle était également indigène dans les Iles Britanniques, ou si plutôt les Anglais ou quelque autre peuple navigateur ne l'ont pas importée de l'extrême Orient. Toujours est-il que les menthes connues des Grecs et des Latins, employées dans leur thérapeutique, y étaient réputées pour des propriétés analogues à celles qu'on leur reconnaît aujourd'hui. On trouve même, à ce sujet, dans Pline, à travers plusieurs suppositions ridicules, des indications entièrement conformes à celles de la pratique moderne. Les menthes sont au nombre des plantes auxquelles on a le plus souvent donné le nom de Baumes, sous lequel on les désigne encore dans les campagnes.

Action physiologique. La menthe possède au plus haut degré les propriétés toniques, stimulantes et antispasmodiques, des labiées les plus aromatiques. Les plus énergi(|ues de ces propriétés sont dues à son huile essentielle, qui se comporte comme les stimulants diffusibles, et a été souvent comparée, sous ce rapport, à l'éther et au camphre. La comparaison, toutefois, est plus juste avec l'éther. L'opinion que les essences des labiées doivent leurs propriétés physiologiques et thérapeutiques en parlie au camphre, doit être revisée ; les stéaroptènes cristallisables de ces essences, le menthène par exemple, ainsi que nous l'avons

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vu plus haut, ne semblent plus devoir être considérés chimiquement comme identiques à l'essence concrète du Lmirus camphora ; leurs propriétés thtrapeutiques restent encore plus différentes. D'un autre côté, si toutes les essences des labiées ont des propriétés thérapeutiques communes, chacune néanmoins a sa spécialité plus ou moins marquée; et la menthe, entre autres, répond à des indications que ne pourrait aussi bien remplir aucune autre labiée.

L'action de la menthe entière et colle de son essence ne sont pas tout à fait les mêmes. Le principe amer et le tannin donnent à la première des piopriétés toniques, tandis que la seconde est plus franchement stimulante. C'est aussi à son essence que la menthe doit ses pz'opriétés antispasmodiques, calmantes, anticatarrhales. Il n'est donc pas indifférent d'administrer telle ou telle préparation de cette plante, selon l'effet que l'on veut produire.

Action thérapeutique. Lorsque la menthe est donnée à l'intérieur, sa première impression sur la muqueuse gastrique est bientôt suivie d'une action diffuse, résultat de l'absorption de ses éléments volatils, qui influence particulières ment le système nerveux et s'étend aussi à d'autres appareils organiques. Voyond'abord ce que cette impression peut avoir de favorable à l'estomac et secondairement aux intestins.

La menthe est stomachique, carrainative, anti-émétique ; elle calme les dou leurs gastro-intestinales, et réprime les flux intestinaux; nous avons donc en elle un médicament utile à op[)oser à d'assez nombreuses lésions fonctionnelles du tube digestif.

Son infusion théiforme, prise avant les repas, à la manière des amers, éveille l'appétence pour les aliments, et mieux encore après, rend leur digestion plus prompte et plus facile; aussi la prescrit-on tant contre l'anorexie que contre la dyspepsie atonique. Si à ce dernier état se joint la flatulence, la menthe donne à la tunique musculeuse la force de réagir contre les gaz incarcérés, justifiant l'épithète que lui donnaient les Romains, mentha ructatrix. Son essence s'allie trèsbien à la magnésie, à la cliaux, au bismuth, et joint ses propriétés carminativcs aux propriétés absorbantes et antiacides de ces médicaments.

Cette même infusion, le sirop ou l'hydrolat de menthe réussissent souvent contre les nausées et les vomissements dus à diverses causes. Ainsi, tantôt une tasse d'infusion chaude de menthe, après les repas, préviendra le rejet des aliments que l'on observe, soit chez des sujets dyspeptiques, soit chez les enfants atteints de coqueluche ; tantôt l'édulcoration d'une potion purgative avec le sirop de menthe, en présence de mauvaises dispositions de l'estomac, empêchera cette potion d'i tre expulsée par le vomissement. Trousseau et l'idoux ont conseillé le sirop et l'hydrolat de menthe contre les vomissements des enfants pendant l'allaitement ou à la suite d'un sevrage prématuré, même contre ceux qui sont dus à un commencement de ramollissement de la muqueuse gastrique. Les mêmes moyens se recommandent contre les vomissements qui peuvent survenir à l'occasion de la dentition ; ils combattront en même temps la diarrhée et les tranchées si eUes coexistent.

La menthe est l'un dos meilleurs remèdes contre les douleurs d'estomac. Si prise par en haut elle ne calme pas celles de l'intestin, on peut avec avantage administrer en lavement l'infusion de cette plante. J'ai prescrit ces lavements avec succès contre la tympauite, souvent douloureuse et si fréquente dans la chlorose. De même les gasiralgies qui accompagnent cette maladie s'amendent ordinairement par l'usage habituel du thé de menthe après les repas. Dans les

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paroxysmes douloureux, l'essence est plus efficace. Celle-ci trouve encore son emploi dans les gastrodyiiies des goutteux, d'autant plus qu'il s'y joint un spasme flatulent que la menthe combat en même temps que la douleur. Cet état, offrant l'apparence d'une rétrocession goutteuse, était attaqué par Barthez à l'aide de l'eau distillée de menthe et de l'éther; Cazin dit avoir vérifié fréquemment les bons effets de cette médication. En parlant des névroses de la région de l'estomac n'oublions pas le hoquet, quoi qu'il soit plutôt un spasme du diaphragme; quelques gouttes d'essence de menthe poivrée sur du sucre ou dans une potion, le modèrent presque toujours et parfois le tont cesser immédiatement.

Les mêmes moyens n'ont pas moins d'influence sur les entéralgies. Mais à côté de son influence sédative sur l'innervation intestinale, la menthe en exerce une autre, non moins remarquable, sur les sécrétions de l'intestin ; elle les diminue sensiblement; elle est échauffante, selon l'expression vulgaire, et convient surtout aux diarrhées cliolériformes , indication déjà notée par Pline (Lib. XX, cap. 52, 55). Boerhaave dit l'avoir employée avec succès contre la lienterie. Pendant les fréquentes épidémies de ce siècle, le thé de menthe a rendu d'incontestables services dans le traitement de la cholérine et même du choléra; Bierling. Trousseau et Pidoux en ont fait un juste éloge; je l'ai moi-même beaucoup employé et n'ai en qu'à m'en applaudir, surtout dans la cholérine prémonitoire, dont il m'a paru souvent enrayer la transformation en choléra confirmé. Je formulerais ainsi mon opinion à cet égard : dans la cholérine, l'infusion de menthe poivrée, chaude, est la meilleure boisson à donner aux malades; elle est une des meilleures dans le choléra algide, mais mieux encore remontée par un peu d'alcool que pure. 11 semble que ce médicament, par son action stimulante, tant locale que diffuse, excite, dans les capillaires intestinaux le ton nécessaire pour arrêter les phénomènes exosmotiques, dans l'organisme entier l'activité fonctionnelle qui donne la chaleur et fait la réaction.

Sur les organes respiratoires, il y aurait également deux parts à faire de l'action des préparations de menthe : l'une pour les phénomènes d'innervation , l'autre pour les actes sécrétoires. Comme agent stinmlant, antispasmodique, la menthe peut vaincre l'élément nerveux de certaines dyspnées. Le nientastrum, mentha tomentosa, est très-efficace dans l'orthopnée, dit Plme. Il prétend aussi que le suc de menthe, étant pris au moment des luttes de la purole, donne de l'éclat à la voix. Au milieu des divagations de cet auteur, il y a là deux affirmations qui ne sont pas sans quelque fondement. Le concours, souvent invoqué, de l'hydrolat, de l'alcoolat, du sirop de menthe, dans les médications opposées aux névroses respiratoires, contribue bien quelque peu aux effets obtenues. Ainsi, par exemple, je donne souvent l'hydrolat de menthe pour véhicule ou le sirop comme édulcorant à la teinture de lobélie que j'administre aux asthmatiques, et je crois que les deux médicaments s'aident l'un l'autre. Les mêmes adjuvants s'allient trèsbien au bromure de potassium, d'autant plus que la menthe corrige le goiit désagréable de ce sel. J'ai conseillé l'élher contre l'aphonie nerveuse [Bull, de thér., 1852, t. XLII) ; je lui associe dans une potion les eaux distillées de menthe et de mélisse, les sirops de menthe ou de fleurs d'oranger ; et je crois que ces essences contribuent avec l'éther à stimuler les nerfs laryngés. Beaucoup de chanteurs boivent au moment d'entrer en scène un verre de xérès ou de madère ; il ne serait pas sans intérêt d'expérimenter si l'alcoolat ou l'esprit de menthe ne donneraient pas plus d'éclat à leur voix. Néanmoins les auteurs se sont peu préoccupés de l'utilité de la menthe poivrée dans le traitement des affections nerveuses des

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voies aériennes, tandis qu'ils y ont spécialement préconisé la menthe ponlioi ; plus loin, en traitant de cette dernière plante, nous verrons si elle justifie cette préférence.

Sur la muqueuse bronchique, comme sur la muqueuse intestinale, comme sur toutes les muqueuses, les substances aromatiques diminuent les sécrétions; h menthe, si puissante par son essence, n'y pouvait faire exception, et conséquemment est anticatarrhale. En stimulant les fibres lisses des bronches, elle provoque l'expulsion du mucus en excès, dont elle modère d'un autre côté l'exhalation. Ce serait, comme l'a dit Chamberet (Flore médicale) un moyen à essayer contre les catarrhes muqueux, persistant chez les constitutions froides et apathiques.

J'ai employé simultanément l'infusion de feuilles de menthe, parfois mélangées avec celles de mélisse, en boisson et en injections contre le catarrhe utérin plus ou moins compliqué de vaginisme, avec le double avantage de modifier la leu' corrhée et l'état spasmodique des parties.

Les propriétés nervines et antispasmodiques de la menthe sont particulièvcment mises à profit d;ms diverses affections ou simples troubles du système nerveux. En vertu de son activité supérieure et plus prompte, l'essence alors ou ses diverses préparations seront souvent préférables à la plante entière. Quoique les unes et les autres soient mieux indiquées dans les états de dépression que dans ceux d'excitation nerveuse, elles le sont encore cependant lorsque cette excitation, sous forme d'éréthisme, de spasme, d'ataxie, dépend plutôt de faiblesse, d'appauvrissement organique que d'un processus irritatif ou inflammatoire. En d'autres fermes, la menthe, plante chaude, comme disaient les anciens, convient à à certaines excitations nerveuses, non aux excitations circulatoires qui doivent même la contre-indiquer ; agent névrosthénique, ainsi qu'on le dit aujourd'hui, elle se place là où il faut apaiser l'innervation tout en la fortifiant et en tonifiant en même temps les organes.

Elle se présente donc comme un cordial, qui, seul ou joint à d'autres, relève les forces dans les lypothymies, dans les syncopes ; l'hydrolat et mieux encore l'alcoolat ou l'esprit de menthe poivrée se recommandent de préférence en pareil cas. Duval dit que l'essence de menthe en frictions sur les gencives est l'un des meilleurs moyens propres à tirer les malades d'un état de syncope {Bull, de l'Acad. de me'd., t. XIII). Cazin la donne dans les faiblesses à la dose de trois ou quatre gouttes sur un morceau de sucre ou en oléosaccharum, et la conseille également ainsi contre les affections soporeuses des vieillards.

Cette essence, en même temps qu'elle ranime l'influx nerveux, en apaise les désordres et en régularise les manifestations. Elle est utile contre les palpitations de cœur. Mérat et de Lens disent en avoir vu faire im emploi heureux dans les tremblements nerveux. Comme antispasmodique, on la prescrit contre l'hystérie ; comme excitante, contre les paralysies ; comme exhilarante, contre l'hypochondrie. Quoique cette dernière propriété ait été plutôt prêtée à la mélisse, elle aurait pu être attribuée davantage à la menthe, qui tout d'abord agit plus activement sur les troubles digestifs contribuant pour une bonne part chez les hypochondriaques aux inquiétudes de leur esprit ; et qui ensuite exerce sur le cerveau une impression plus vive, traduite par des résultats plus positifs. S'il est en effet un médicament qui, par son influence sur l'innervation cérébrale, comme nous le verrons plus bas, mérite le nom de céphalique, toujours rapproché, dans les idées anciennes, de celui d'exhilarant, c'est bien certainement la menthe, et surtout son essence.

MENTHE (emploi méi.ical). 777

L'une et l'autre trouvent encore leur application, par suite des diverses propriétés que nous venons de leur reconnaître, dans le cours des phlegmasies et des fièvres, selon les éléments qui viennent les compliquer. Ainsi, les tisanes et les potions menthées sont parfaitement indiquées, à titre de moyens antispasmodiques, lorsque ces maladies affectent une forme nerveuse, dans la pneumonie et dans la fièvre typhoïde ataxiques, par exemple. Si l'adynamie prédomine, le thé de menthe a été justement conseillé comme moyen tonique et stimulant, pouvant en outre, comme antiseptique, empêcher la maludie de prendre ultérieurement le caractère putride. Ces idées anciennes concordent encore en bien des points avec les nôtres, et beaucoup de praticiens continuent à admettre avec faveur les substances aromatiques dans le traitement des fièvres marquées du cachet de la septicité. L'infusion de menthe est l'une des meilleures tisanes habituelles à prescrire dans le cours du typhus, maladie éminemment nerveuse et septique à la fois. On retrouve enfin son emploi, à un autre titre, dans les fièvres muqueuses et catarrhales, pour réprimer les exhalations excessives des membranes dige^tives et respiratoires, et pour combattre en même temps le fond d'adynamie de ces alïections.

Si la menthe, comme nous, venons de le rappeler, exerce une influence modératrice incontestable sur les sécrétions des muqueuses, son action sur d'autres fonctions sécrétoires ou excrétoires, également admise par divers auteurs, ne peut pas être acceptée sans examen.

Dioscoride attestait sa propriété antilaiteuse ; Desbois (de Rochefort) y croyait. Linné, ayant remarqué qu'elle tarit la sécrétion lactée chez les vaches qui en mangent dans les pâturages, conseillait, pour obtenir le même effet chez les femmes, le cataplasme vineux de menthe sur les mamelles, l'huile essentielle en hniment sous les aisselles et à l'intérieur avec du sucre. Beaucoup d'auteurs ont partagé ces opinions, et recommandé en conséquence aux nouvelles accouchées et mx nourrices qui veulent faire passer leur lait, l'infusion de menthe en boisson et en fomentation sur les seins; mêmes moyens, et de plus applications des feuilles fraîches, en nature ou en cataplasmes, de l'huile essentielle (Gilibert), sur les engorgements laiteux, et pour prévenir ou pour combattre tous les accidents imputés à la diathèse et à la métastase laiteuses. Tout ceci paraît au moins fort exagéré. Il se peut que la menthe ait à cet égard quelque analogie avec le camphre employé aux mêmes usages, et, je crois, avec plus de succès ; mais encore faudrait-il des observations exactes , ce que l'on ne trouve nulle part, pour être fixé.

On a souvent répété aussi, depuis Dioscoride et Pline, que les feuilles de menthe empêchent le lait de cailler; ce qu'il y a de vrai, c'est qu'elles en retardent seulement la coagulation, comme l'ont reconnu Lœvis et vérifié Trousseau et Pidoux. Ce fait peut s'expliquer par l'entrave apportée par l'essence de menthe à la fermentation lactique, cause initiale de la séparation du lait en sérum et caillot.

On a attribué à cette plante des propriétés diurétiques et sndorifiques. Calefacit et urinam ciet (Hippocrate). Les essences en général, dans leur élimination partielle par les reins, les excitent et augmentent la sécrétion urinaire; le tannin contenu dans la menthe, peut aussi concourir à celte augmentation. Quant à l'action sudorifique, c'est encore ici l'essence qui, en se portant vers la peau, parraîtrait susceptible de la produire ; mais c'est l'infusion chaude qui détermine le mieux la diaphorèse, et il faut ainsi tenir compte de la température du liquide. Toutefois la menthe, parla vive stimulation qu'elle imprime aux systèmes nerveux

"78 MENTHE (emploi médical).

et circulatoire, peut réellement animer les sources de chaleur organique, et conséquemment être considérée comme uu bon agent de refocillatiou générale et de réaction cutanée. L'mfusion de menthe, surtout chaude, je le répète, ou l'alcoolat de menthe dans une autre infusion aromatique également chaude, sont donc des remèdes rationnels contre les phénomènes algides, tels que ceux du choléra et des fièvres pernicieuses. Ces remèdes peuvent encore rendre service dans les rhumatismes chroniques, dans la goutte atonique, où ils ont été d'ailleurs conseillés, et de même dans les cachexies avec tendance à des réfrigérations générales ou partielles, partout en un mot où l'on veut stimuler la caloricité, en provoquant une sorte de crise favorable vers la périphérie. La menthe, disent Mérat et de Lens, est la plus diffusible de nos plantes européennes, le végétal le plus chaud des climats froids.

Les auteurs accordent aussi aux diverses espèces de menthes la propriété emménagogue ; mais je ne la reconnais, comme je l'ai fait pour la mélisse, que relative et indirecte ; et je doute surtout do ce qu'avance Bodard au sujet de la menthe crépue, qui serait, d'a['rès lui, tellement emménagogue, qu'elle aurait souvent causé des hémorrhagies utérines. Pline, dont, il est vrai, l'autorité est souvent contestable, avait prétendu au contraire que la menthe arrête le flux menstruel. 11 n'y a de véritables emménagogues que ceux qui exercent une action élective et directe sur les ovaires et sur l'utérus ; aussi la hste en est-elle moins longue qu'on ne la trouve dans les auteurs. La menthe réussit mieux dans la dysménorrhée que dans l'aménorrhée. Elle agit contre l'état spasmodique et douloureux qui fait obstacle à l'éruption et au cours régulier des menstrues. Elle n'en convient pas moins à l'aménorrhée chlorotique, comme tonique et stimulant diffusible opposé à l'atonie générale au milieu de laquelle la fonction cataméniale s'est suspendue ; encore n'y fait-elle que prêter un concours à d'autres agents plus efficaces pour rétablir cette fonction. Mais que, au lieu de la faire intervenir contre une dysménorrhée nerveuse, on l'emploie contre une dysménorrhée congestive et chez des femmes pléthoriques, on prouvera tout simplement, si l'on provoque ainsi une hémorrhagie excessive, que l'on a méconnu son mode d'action et ses véritables indications.

La menthe poivrée peut aussi être employée à l'extérieur, en cataplasmes, dans les cas d'atonie de l'utérus, pour exciter dans cet organe la congestion menstruelle. Ces cataplasmes sont rubéfiants et presque vésicants. Ils agissent donc comme le feraient en pareille circonstance les cataplasmes sinapisés.

L'action de la menthe sur l'appareil génital de l'homme a été l'objet d'affirmations en sens contraire de la part de quelques notabilités de l'antiqnité. Hippocrate a prétendu qu'elle est anaphrodisiaque, mais à la condition d'un usage continu, Aristote a émis le même avis. Pline cite le préjugé d'après lequel elle rendrait le sperme impropre à la fécondation, et dit qu'elle empêche les songes lascifs. Dioscoride et Galien soutiennent, en revanche, qu'elle excite le sens génésique. Chamberet {Flore médicale) rapporte que les AIricains avalent quelques gouttes d'essence de menthe pour exciter l'appétit vénérien, et se montre luimême assez disposé à admettre la propriété aphrodisiaque de la menthe. Trousseau et Pidoux, prévenus en faveur de la propriété opposée, par suite du principe camphré ou supposé tel existant dans cette plante, ont fait des expériences qui n'ont abouti qu'à un résultat négatif; ils n'ont pas, il est vrai, ajoutent-ils, rempli la condition exprimée par Hippocrate : si quis eam (mentha) sœpè comedat. Mais Gulleii, qui fait observer avec raison que cette prétendue vertu ana-

MENTHE (emploi médical). 779

phrodisiaque de la mentlie chez l'homme serait incompatible avec sa propriété de stimuler l'utérus chez la femme, cite un exemple qui dément en tous points l'auteur grec ; celui d'un homme qui, mangeant presque tous les jours des feuilles de menthe, ne ressentait néanmoins aucune diminution de l'appétit vénérien. Pour qui jugerait que la question en vaut la peine, il y aurait donc matière à de nouvelles observations.

Nous avons vu tout à l'heure dans la dysménorrhée, comme nous l'avions vu antérieurement pour les flux intestinaux, que la menthe, tout en l'éprimant ceux-ci et en facilitant le cours des règles, apaise les douleurs coexistantes, coliques intestinales ou utérines. Nous l'avons vue également au milieu de ses autres effets stomachiques, calmer la gastrodynie. Il importe donc à présent, d'autant que nous avons à en indiquer de nouvelles applications, d'insister davantage sur l'une des propriétés les plus remarquables de ce médicament, qu'il doit exclusivement à son huile essentielle : la propriété antalgique.

Disons tout d'abord que cette propriété appartient à un grand nombre d'huiles essentielles, et il serait intéressant d'en faire l'étude comparative sous ce rapport; mais ce n'est pas le lieu ici, et je ne dois m'en occuper qu'en ce qui concerne l'essence de menthe, qui la possède du reste à un haut degré.

Lorsque, après l'administration des préparations de menthe à l'intérieur, les douleurs siégeant dans les organes internes s'amendent ou se dissipent, on peut encore rester dans le doute sur la nature de ce résultat, le considérer comme secondaire, comme la conséquence de modifications générales dans les systèmes nerveux et circulatoire. Au milieu des effets complexes d'un médicament entré dans le système absorbant, il n'est pas toujours facile de faire à chacune de ses diverses propriétés la part qui lui revient. Mais lors(|ue l'effet est topique et instantané, tel, qu'il suit, par exemple, l'impression de l'essence de menthe sur la muqueuse gastrique hyperesthésiée ou sur un point névralgique extérieur, la cause en est évidemment dans l'action primitive, immédiate, de cette essence sur les nerfs sensitifs. Ce n'est pas seulement la diminution de la douleur, c'est sa cessation complète que l'on obtient en traitant par l'essence de menthe à l'extérieur les névralgies périphériques et superficielles. Cet eifet remarquable se produit surtout pour les névralgies du crâne et de la face. Beaucoup de migraines, par exemple, qui ne sont autres que des névralgies temporales, frontales ou péricràniennes, cèdent rapidement à l'application de tampons de ouate imbibés d'essence de menthe. Lorsque la douleur est généralisée, les tempes sont le lieu d'élection pour cette application. Il arrive souvent alors que la douleur, disparaissant sur le point où on l'a premièrement attaquée, fait explosion sur d'autres points ; mais en la poursuivant par le même moyen, on l'éteint successivement partout où elle se présente, et un calme absolu est bientôt obtenu. En promenant ainsi l'essence de menthe à la surface du ci âne, on voit aussi survenir des sensations sub;ectives. assez bizarres, qui ne sont pas sans bien être, et que la plupart des individus traduisent par un allégement de la tête, un épanouissement du cerveau, d'oij il leur semble que quelque chose s'envole, s'évapore, en emportant leur mal. L'évaporation de l'essence, en effet, contribue à ces sensations, comme elle contribue à l'apaisement de la douleur. Mais une sensation moins abstraite et digne encore d'être signalée, c'est l'éclaircissement de la vue, l'aiguisement, autrement dit, du sens visuel, d'autant plus prononcé que l'on a opéré plus près de la région péri-orbi taire ou sur elle-même, et que la céphalalgie s'est antérieurement appesantie sur les yeux, en l s enveloppant d'une sorte de nuage. Tous les

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sujets accusent ce pliénomèiie, et il serait bon d'en prendre note pour apjiliquer l'essence de menthe aux traitemenls de divers affaiblissements de la vue. Les particules volatilisées de l'essence déterminent sur la conjonctive un picotement qui excite le globe oculaire et peut devenir momentanément douloureux; aussi lorsque, n'ayant pas besoin de cette excitation, on applique l'essence à proximité des yeux, faut-il recommander aux sujets de tenir les paiipièfes fermées.

L'emploi de la menthe contre les céphalalgies nerveuses était connu dans l'antiquité, l^iine dit du suc de cette plante : illinitur et temporibiis in capitis dolore (lib. XX, cap. lui). Cette indication est restée dans l'oubli ; et je ne l'ai retrouvée nulle part, jusqu'au jour oià la Revue de thérapeutique médico-clnrurgicale (n° du 1" octobre ISTl) donna un extrait du Lancet, dans lequel un correspondant (non nommé) disait avoir appris en Chine et vérifié lui-même l'utilité de l'essence de menthe poivrée contre les névralgies de la face. Toutefois, antérieurement ce remède était connu à Paris, où un indigène du Céleste-Empire vendait à fort haut prix de tout petits flacons d'une panacée contre la migraine qni n'était antre que de l'essence de menthe. Je connaissais depuis longtemps et j'avais aussi utilisé les propriétés antinévralgiques de cette essence ; j'en ai fait venir do Chine, et j'ai même reçu une fois, au lieu d'essence de menthe, de l'essence de santal. Était-ce une fraude ou serait-ce que cette dernière essence serait ausï^i considérée par les Chinois comme antinévralgique? Je ne sais ; toujours est-il que j'ai dû m'en tenir aux essences d'l"!urope, et c'est avec elles que j'ai fait les nombreuses expériences qui me permettent de traiter la question dont il s'agit avec une certaine connaissance de cause.

Les névralgies intermusculaires et parenchymateuses ne cèdent pas aussi facilement; mais il en est de même avec l'opium, la belladone et les autres stupéfiants, avec lesquels il faut, pour réussir plus siàrement, poursuivre ces névralgies jusque dans leurs profondeurs. L'un des moyens employés dans ce but est 1 injection hypodermique. L'essence de menthe introduite sous la peau, pure, ou en dissolution concentrée, produirait de l'inflammation et de la douleur ; on ne saurait y songer. Mais j'ai injecté l'eau distillée de menthe, seule ou additionnée d'un dixième d'alcoolat, et j'en ai retiré quelques effets antalgiques ; toutefois ce liquide trop peu menthe n'est généralement pas assez actif par lui-même, et je ne l'emploie que comme véhicule adjuvant des sels de morphine ou d'atropine.

L'essence de menthe réussit également contre les douleurs rhumatismales et goutteuses, mais 'pas aussi bien que contre les névralgies.

Ce produit est d'un prix élevé, qui nuira nécessairement à sa vulgarisation. Mais on peut encore en obtenir de bons résultats, en l'employant moins largement et seulement comme partie de mixtures, liniments, pommades, etc., à prescrire contre les douleurs externes. D'ailleurs l'alcoolat de menthe, l'esprit de menthe, et plus économiquement encore la teinture alcoolique de feuilles de menthe, peuvent être employés avec quelque succès en frictions, onctions, ou simples applications sur les parties endolories ; en y ajoutant du camphre, du chloroforme, du laudanum, on a, pour l'usage externe, des médicaments très-utiles contre divers gtnres de douleurs.

L'essence de menthe partage depuis longtemps avec l'essence de girofle, dans le cabinet des dentistes, le privilège de calmer les douleurs causées par les dents cariées; l'une et l'autre entrent dans plusieurs remèdes antiodontalgiques.

Dans l'usage externe, la volatilité des essences concourt à leur action antalgique ; elle occasionne une réfrigération qui abaisse la sensibilité, et bénéficie

MENTHE (emploi médical). 781

surtout aux paiiies dont lu température est accrue par une co igeslion hyperéniique ou intlaumiatoire. C'est ce qui a également lieu, et plus i;ïiicore, pour les étiiers, dont la volatilité est supérieure à celle des essences. Mais (îes deux ordres de composés n'en ont pas moins une influence spéciale sur les nerfs sensilifs, à laquelle j'attribue la plus grande part dans la suspension de la douleur. Leur emploi interne, d'ailleurs, et leur passage dans les canaux circulatoires, où leur action antalgique se continue, tend à le prouver d'une manière incontestable. La diffusibilité de cette action calmante est remarquable dans l'essence de mentlie ; nous l'avons vu atteindre des organes profonds endoloris, et notamment l'utérus. Son usage interne vient à l'appui de son emploi extérieur contre les névralgie:.. Dans la migraine, fait patbologique complexe où interviennent des troubles gastriques, de l'hyperémie cérébrale, des névralgies péricràniemnes, dans le cas plus simple de céplialée nerveuse, dans toutes les céplialalgies en général, l'essence de menthe à l'intérieur est encore utile; et si, seule, elle est insuffisante, elle se combine avantageusement avec d'autres moyens. Ainsi : quelques gouttes dans la masse pilulaire d'un sel de quinine ou de caféine, ou mélangées avec la poudre de paullinia; une potion mentbée comme excipient d'un sel de morpbine, du bromure de potassium, du chlorhydrate ou de l'acétate d'ammoniaque; une cuillerée à calé d'alcoolat de menthe dans une tasse de café

noir.

La propriété anesthésique n'existe pas dans l'essence de menthe au même degré que la propriété antalgique. Elle supprime la douleur, mais non la sensibilité. Néanmoins elle abaisse un peu, elle émousse celle-ci, par une i'orte application ou par un contact prolongé. Je m'en suis quelquefois aperçu dans sou emploi contre les névralgies superficielles. On peut tirer parti de cette propriété pour empêcher de percevoir la saveur désagréable d'un médicament. Les pastilles de menthe anglaises, très-énergiques, et dont on devrait préparer de semblables dans nos officines, peuvent servir dans ce but. Mais il ne faut pas méconiiaitre qu'il y a là un double effet; aneslhésiedu sens gustatif, et développement d'une saveur très-iortequi couvre celle dont on veut s'épargner le désagrément. Lorsque l'on va prendre un breuvage déplaisant, il est donc logique d'user de la menthe au préalable plutôt qu'après avoir bu, comme on le fait communément.

Enfin le pnrfum de la menthe masque au^si pt^ut-ètie plus qu'il ne détruit d'autresodeurs; toujours est-il que c'est un des moyens le plus utilement employés pour corriger la fétidité de l'haleine, et notamment l'odeur fuligineuse qu'elle contracte après l'usage du tabac fumé.

Parasiticide comme toutes les huiles essentielles, celle de menthe a été indiquée contre la gale. Astier avait employé avec succès une infusion Irès-chargéo do menthe poivrée en lotions, chez les galeux. Boullay a proposé de remplacer ce moyen par une pommade formée d'essence de menthe incorporée avec l'axonge. La décoction de mousse de Corse, dans laquelle on fait infuser une pincée do feuilles de menthe, est, d'après Cazin, l'un des meilleurs vermifuges pour les enfants. L'infusion de menthe seule peut, comme le dit ce médecin, servir à la fois à expulser les vers et à ranimer les forces chez les enfants faibles et languissants.

La menthe, par ses propriétés toniques et stimulantes, se rapproche de la lavande, également, mais plus spécialement conseillée contre les paralysies, les faibless2s musculaires et nerveuses, fîlle se rapproche de l'oranger et plus encore de la mélisse par ses propriétés antispasmodiques; tout autant que cette dernière,

'82 MENTHE (emploi médical).

elle mérite l'épithète de céplialique. Elle a de l'analogie, comme calmante et antalgique, avec le laurier-cerise; comme excitante diffusible, avec l'éther. Nous trouvons, dans ces rapprochements, des substances synergiques qui peuvent, ou se substituer l'une à l'autre, ou s'enlr'aider en s'associant. Ainsi une teinture, composée de sommités de mentlie et de lavande, constitue un moyen très-utile pour frictionner les membres affaiblis, atroiibiés, froids, infiltrés; pour réveiller sur tout le corps la vigueur musculaire chez les sujets débilités. Les préparations de menthe s'unissent avantageusement à celles de mélisse, tant pour aiguiser le sens intellectuel que pour combattre les céphalalgies nerveuses. Le concours de plusieurs de ces substances constitue d'excellents médicaments antispasmodiques et calmants, et qui sont précieux dans les circonstances où l'on veut obtenir un effet prompt, vif, mais passager, sans faire intervenir des modificateurs plus éner. giques et plus durables du système nerveux, tels que les opiacés, les solanées vireuses, etc., qui pourraient être d'ailleurs contre-indiqués. Voici une formule comme exemple : hydrolats de laurier-cerise, 1 0 grammes ; de menthe, 50 ; de Heurs d'oranger, 30; de mélisse, 40; sirop d'éthcr, 30. Celte potion, prise à coups rapprochés, calme l'éréthisme nerveux, les troubles émotifs, les vapeurs, et porte ordinairement au sommeil.

Toutes les menthes possèdent des propriétés analogues, et peuvent au besoin être substituées l'une à l'autre. Après la menthe |ioivrée, celles que l'on emploie le plus sont la menthe crépue, la me.nlhe aquntiquo, la menthe verte, la menthe sauvage, la menthe pouliot. Nous ne parlerons que de cette dernière, parce qu'on lui a attribué quelques propriétés spéciales.

La MENTHE rouLmT, mentha pulegium, a été ainsi nommée parce qu'on la croyait propre à chasser les puces {puiez) et d'autres insectes, comme pourraien le faire d'ailleurs d'autres plantes aromatiques. C'est elle que l'on a particulièrement recommandée, comme béchi(jue et pectorale, contre les catarrhes laryngés et bronchiques ; comme antispasmodique et calmante, contre l'asthme et la coqueluche. Elle passait aussi pour mieux lavoriser l'expectoration et combattre l'engouement muqueux des voies aériennes. Mais rien ne prouve, ni même n'autorise à supposer qu'elle soit supérieure à la menthe poivrée, pour combattre les toux convulsives, les dyspnées, l'enrouement, l'aplionie; et comme anlicatarrhale, elle n'agit pas mieux que le serpolet, l'hysope, le lierre terrestre, etc. Sa réputation d'emménagogue n'est pas mieux établie, d'autant plus que Haller, qui y a le plus contribué, l'unissait au fer, et devait probablement plutôt au métal qu'à la plante les effets de sa médication. On l'a vantée aussi contre la goutte, ce qui lui a valu le nom de mentha podagraria. Le pouliot, beaucoup moins .usité de nos jours qu'il l'a été autrelois, était employé en infusion, et servait à "préparer une eau distillée, eau de pouliot; un alcoolat, esprit de pouliot; on s'est aussi servi de son huile essentielle. 11 a fait partie de plusieurs anciennes préparations : le sirop d'armoise, Veau hystérique, Veau générale, la poudre chalybée, etc. Il est encore estimé en Angleterre dans le traitement de la coqueluche et de quelques autres névroses ; on y préconise une eau antihystérique de Penmj-royal, qui est formée d'eau distillée de pouliot et d'une teinture de bryone composée.

Nous croyons devoir mentionner ici, à cause de l'un des noms anglais sous lequel elle est connue en Amérique, weni/^e sauvage, herbe au cheval, une plante de la famillle des urticées» VAmbroisia trifida. Les fermiers s'en servent avec succès contre la salivation du cheval. Rohertson, médecin de Harrods-Burgh, dit que depuis quarante ans il n'a pas employé autre chose que les feuilles vertes

MENTON (station hivernale). 785

de cette plante, en frictions et en tisane, contre la salivation mercurielle (Réveil, Form. desméd. nouv.). Delioux de Savignac.

Bibliographie. — D'Andla. Epistola de natura et viribus menthœ. Dordrecht, 1055. — Linné. Menthœ usus. — Upsaliœ, 1767. — Knigge. De mentha piperita commentatio botanico-medica. Erlangœ, 4781. — Nées d'Esenbeck. Sur la menthe poivrée. la Bull, des se. méd. de Férussac, t. I, p. 60. — Mérat et de Lens Dict. univ. de mat. méd. — Trousseau et Pidoux. Tr. de thérap. et de mat. méd. — Cazin (F.-J. et H.). Traité des plantes médicinales indigènes, 3° éd^t., 1868. — RozË (L.). 1m, menthe poivrée, sa culture en France, ses produits, etc Paris, 1868. — Delioux de Savignac (J.). L'essence de menthe et ses propriétés antalniques In Bulletins de la Société de thérapeutique. Paris, 1872. D. de S.

MEIVTIIÈTVE. Hydrocarbure obtenu par Walter au moyen d'une triple distillation du mentliol avec de l'anhydride pliospliorique. Liqueur incolore, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dans l'éther; d'une odeur qui diffère de celle de la menthe. Formule : G"Hi». D.

9IEIKTHOL. Produit appelé en Angleterre camphre de menthe (C" H^"), et qui est constitué par la partie solide de l'essence de menthe poivrée. C'est, suivant Oppenheim, un pseudo-alcool ou iso-ilcool (hydrate d'iiydrocarbure) . Le menthol, débarrassédu sulfate de magnésium avec lequel il est mélangea son arrivée du Japon, a la forme de prismes incolores ayant à un haut degré l'odeur et la saveur de menthe poivrée. Il est peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther.

Il existe plusieurs éthers de menthol {voy. Éthers). D.

nEXTON. Voy. Face.

11IE!\T0IV (Station hivernale de). Dans le département des Alpes-Maritimes, dans l'arrondissement de Nice est un chef-lieu de canton, peuplé de 5,000 habitants et une rade foraine de la mer Méditerranée sur le golfe de Gènes à 8 kilomètres au nord-est de Monaco. Menton est un centre industriel et commercial assez important à cause surtout de la fabrication des huiles et des essences que la distillation retire des fleurs et des fruits que portent les citronniers, les orangers, les palmiers, les bigaradiers, les cédras, les myrtes et les autres plantes des pays chauds qui croissent en pleine terre dans les environs de la ville.

L'énumération des quelques plantes que nous venons de faire et qu'il nous eût été facile de rendre plus nombreuse, suffit pour préjuger la douceur et la constance du climat de la station qui nous occupe. Tous les médecins savent, en effet, que la llore d'un pays est un critérium presqu'aussi fidèle que le baromètre, le thermomètre, l'hygromètre et l'anémomètre, pour renseigner sur la valeur d'un poste hivernal sur lequel des renseignements ultérieurs ne sont pas encore

connus.

La ville de Menton est séparée en deux parties distinctes qui ont chacune leur baie dont une vieille tour bâtie à l'extrémité d'un petit cap, forme le partage. La baie occidentale est abritée des vents de l'ouest par le cap Martin, promontoire bien boisé et suffisamment élevé pour préserver eflicacement contre les trop grandes ac^itations de l'air. La baie orientale, oîi s'élèvent quelques beaux hôtels et quelques jolies villas, est une bande de terre resserrée entre la mer et la chaîne abrupte du Bress. C'est cette partie de la ville qui est le faubourg de Garavan^ souvent appelé la serre chaude de Menton.

Les deux baies et le territoire qui entoure Menton sont importants à connaîtrej

i84 MENTON (station hivernale).

car ils sont presque exclusivement liabités par les étrangers qui viennent passa l'hiver dans ce point du littoral méditerranéen parfaitement défendu des vents du nord, du nord-est, et surloul du nord-ouest (mistral), par une agglomération semi-circulaire de montagnes, liautes de 1000 à 1100 mètres, souvent recouvertes de neige, très-rapprochées de la mer et profondément déchiquetées, qui circonscri\ent à moitié la plaine au cenlre de laquelle on a construit la ville. Il résulte de la disposition de ces collines ijue les vents froids qui prennent naissance dans les Alpes liguriennes dont elles sont la terminaison, passent au-dessus de Menton sans que leur souftle puisse y incommoder les habitants. 11 n'arrive même à la surface de la mer qu'à 5 ou 6 kilomètres de la côte. L'air froid dont les pêcheurs constalent Texistence au large ne se lait aucunement sentir dans la petite plaine abritée, où l'on a élevé Menton. Trois torrents, bien emprisonnés par des berges en niaçoimerie, coupent le pays, et, en temps ordinaire, ne laissent couler qu'un filet d'eau claire et limpide, ne pouvant jamais former des marais ou des brouillards. Le sol de la plaine est un humus très-fertile reposant sur une couche épaisse de galets roulés, drainage naturel qui empêche l'air par les temps de pluie d'être chargé d'une trop grande humidité.

Les observations météorologiques faites par M. de Montléon, publiées par M. le docteur Provençal sont incomplètes pour nous, puisqu'elles ne mentionnent que les températures niaxima et minima des vingt-six années comprises entre 1818 et 1844. Elles nous apprennent cependant que le thermomètre n'est descendu que trois fois au-dessous de zéro, en 1820, 1838 et 1842, c'est-à-dire, pendant trois hivers très-rigonreux. if. le docleur Bonnet de Malherbe dans le relevé de la température diurne de Menton, fait par lui en 1859, n'a jamais trouvé la colonne therraométrique intérieure à 3" centigrade. En été elle ne s'élève presque jamais à plus de 52" centigrade. Le froid' et la chaleur sont donc tempérés et permettent « ceux qui le veulent de ne pas souffrir à Menton d'un abaissement trop marqué de la température pendant les mois froids de l'année et des chaleurs excessives pendant les étés les plus brûlants. Ce que nous avons dit des cours d'eau qui arrosent la plaine de Menton, les remarques que nous avons faites sur la nature du sol et surtout du sous-sol de cette station hivernale, nous dispense d'insister longuement sur la 'sécheresse relative de l'air de Menton comparé à celui dePise et surtout à celui que l'on respire à Venise.

Tous les auteurs qui ont apprécié Menton comme séjour d'hiver, reconnaissent que son climat est sédatif et déprimant; qu'il faut par conséquent, se garder d'y adresser les malades qui, comme les scrofuleux et les anémiques, ont besoin d'être reconstitués. Ce que nous avons dit de la topographie de Menton nous permet de conclure d'une manière moins absolue et d'établir une différence radicale entre les résultats du séjour des malades dans l'une ou dans l'autre des deux baies de Menton.

Le climat tonique et fortifiant de la baie orientale convient au contraire aux anémiques, aux chlorotiques, aux lymphatiques et aux scrofuleux, tandis que l'air mou et hyposthéiiisantde la baie occidentale est propre à arrêter les accidents des névropathiques, de certains hypocondriaques, des rhumatisants dont les douleurs articulaires ou muscnluires coexistent avec une excessive irritabihté, des goutteux avec maniiestations nerveuses exagérées, des catarrheux, chez lesquels le système sensitifest trop développé.

Les qualités du climat différent des deux baies de Menton nous dispense d'entrer dans de plus amples développements sur le point de cette station hivernale

MENURET DE CHA.MBAUD. 785

qu'il importe de choisii* pour les personnes qui vont pour essayer de s'y guérir d'une affection sur laquelle le changement de climat a plus d'action, peutêtre, que tous les autres moyens réunis, nous voulons parler de la phthisie pulmonaire ou laryngée. Lesphthisiques torpides, comme disent les Allemands, c'està-dire ceux qui ont la fibre lâche, la réaction lente, dont l'organisme a peu de ressort et contracte difficilement la fièvre, doivent être soigneusement parqués dans la baie de l'est, tandis que les poitrinaires éréthiques, c'est-à-dire ceux chez lesquels la circulation sanguine et surtout l'innervation sont trop actives et les prédisposent aux hémoptysies et aux accès fébriles, doivent être exclusivement confinés dans la baie située à l'ouest de la ville. A. Rotureau.

Bibliographie. — Provençal, Observations thermométriques sur la température de Menton, de Vannée 1818 à 1844. — Carrière. Le climat d'Italie, sous le rapport hygiénique et médical. Paris, 1849, p. 137. — Bonnet de Malherbe. Du choix d'un climat d'hiver. In Union 7nédicale, octobre 1860. — Ladre (J.). L'eau d'Allevard et les stations d'hiver, au point de vue des maladies des poumons. Pai'is, 1860, in-8°, p. 116. — Gigot-Suard (L.). Des climats, sous le rapport hygiénique et médical, guide pratique dans les régions du globe les pilus propices à la guérison des ynaladies chroniques. Paris, 1862, in-12, p. '183-194. — Lam- BRoN (Ern.). Les Pyrénées et les eaux thermales sulfurées de Bagnères-de-Luchon... Des indications générales pour le choix d'une résidence d'hiver. Paris, 1864, in-12, p. 1040- 1050. — De Valcouht. Climatologie des stations hivernales du midi de la France [Pau, Amélie-les-Bains, Hyères, Cannes. Nice et Menton). Paris, 1865, in-8°. — Bennet. Du climat de Menton, en anglais. Trad. franc. 1870. — D'Aigremont du Yicel. Notes manuscrites, 1870. A. R.

aiEIMTOniIlIIER (Nerf). Voy. Maxillaire inférieur (Nerf).

MEIKTONNIÉBE (Bandage). Voy. Bandages.

]!NIEl\lTOl!Vl\'IERS (VAissEAyx). Voy. Maxillaires (Vaisseaux).

MEMTZELIA L. Genre de plantes appartenant à la famille des Loasées. La seule espèce intéressante est le Mentzelia aspera L. C'est une herbe à tiges dressées, couvertes, ainsi que les feuilles, de poils courts, terminés au sommet par cinq petites pointes recourbées et accrochantes, disposées en étoile. Les fleurs sont jaunes, à cinq pièces. Les fruits sont des capsules longues, cylindriques, uniloculaires, s'ouvrant au sommet en trois valves et contenant environ six semences oblongues et anguleuses.

Cette plante qui croît spontanément dans les Antilles et au Mexique, oii elle porte le nom de Zazal, y est employée comme un purgatif drastique et utilisée contre la syphilis.

LiNNÉE. Gênera, 670. -r Endlicher, n°51l. — Lamarck. Dict. Encijclop., IV, 114. — Mérat ET De Lens. Dict. Mat. ïledic, IV, p. 329. Pl.

MENUISIER. Voy. Charpentier.

MEiXlURET DE CRAMBAUD (.Jean-Jacqbes). Né à Montélimart, en 1755, mort à Paris, le 15 décembre 1815. Après d'excellentes études, Menuret fut reçu docteur à Montpellier, en 1758 ; il revint alors dans sa ville natale où il fut chargé du service de l'hôpital pendant vingt-cinq càiis. En 1785, Louis XVI le nomma médecin de ses écuries ; un peu plus tard, la comtesse d'Artois le choisit pour médecin consultant. Il s'attacha par la suite à Dumourisz, dont il était le médecin. Lorsque la Convention manda à sa barre ie général qui avait méconnu ses ordres celui-ci, embarrassé, demanda, dit-on, avis à Menm'et. Il lui conseilla la résistance. Ainsi compromis, il dut fuir avec le général et il se réfugia à Ilambour<^-. En 1802, il profita de l'amnistie pour rentrer en France, oià il mourut pauvre, mais estimé, considéré, regretté de tous et surtout des malheureux. Son Dicr. E.NC. 2" s. VI. 50

786 MÉNYANTHE.

conseil à Dumouriez, si tant est qu'il ait été consulté, prouve simplement que les faits ne lui étaient peut-être pas bien connus, car Menuret était un esprit aussi droit que libéral. D'Âlembert l'avait choisi pour travailler à sa grande Encyclopédie, si justement célèbre, et il y fournit sur les sciences médicales de très-nombreux et très-remarquables articles. C'était encore l'époque des théories à perte de vue, le plus souvent faites a priori ; le plus grand reproche à adresser à ces articles de Menuret, c'est qu'on y rencontre trop souvent l'exposé de théories vaines ou fausses. Il a publié, en outre :

l. Nouveau traité du pouls. Amsterdam (Paris), 1768, in-12. — II. Avis aux mères sur la petite vérole et la rougeole, ou lettres à Madame de '** sur la manière de traiter et de gouverner les enfants dans ces maladies, etc., etc. Lyon, 1770 et 1802, in-12. Traduit en allemand. Leipzick, 1772, in-8°. — III. Éloge historique de M. Venel, médecin. Grenoble, 1777, in-8°. — IV. Essai sur l'action de l'air datis les maladies contagieuses, couronné par la Société de Médecine de Paris. Paris, 1781, in-12; traduit en allemand. Leipzick, 1784, in-4°. — V. Essai sur l'histoire médico-topographique de Paris. Paris, 1786, in-12. Deuxième édition, augmentée de Lettres sur différents sujets. Ibid., 1804, in-12. Ouvrage curieux et intéressant. — VI. Observations sur le débit du sel après la suppression de la gabelle, relatives à la santé et à l'intérêt des citoyens. Ibid., 1790, in-8°. — VII. Mémoire sur la culture des jachères. Ibid., 1790, in-S". — Vlll. Essai sur les moyens de former de bons médecins et sur les obligations réciproques des médecins et de la société, etc., etc. Ibid., 1791, in-8°; 1814, in-8''. — IX. Essai sur la ville de Hambourg, considérée dans ses rapports avec la santé, ou Lettres sur l'histoire médico-topographique de cette ville. Hambourg, 1797, in-S". Traduit en allemand. — X. Discours sur la réunion de l'utile à l'agréable même en médecine, précédé de considérations sur l'état de la médecine et des médecins en France. Paris, 1809, in-8°. — XI. Notice nécrologique sur P. Chappon, docteur en médecine. Ibid., 1810, in-S». H. Mr.

MÉWTARiTHE. Menyanthes Tournefort. Genre de la famille des Gentianées. Établi jiar Tournefort sous ce nom de Menyanthes, ce genre fut élargi par Linnée, qui y réunit quelques espèces des genres voisins Villarsia et Limnanthemum. Les botanistes actuels sont revenus la plupart de l'opinion de Linnée et ne font entrer dans le genre Menyanthes que l'espèce type le Menyanthes trifoliata L., lui attribuant comme caractères distinctifs : une corolle infundibuliforme et une capsule à peine déhiscente, dont les valves portent les placentas sur leur partie moyenne.

Le Menyanthes trifoliata h. {Menyanthes palustre Tournef.) qui, à lui seul, constitue le genre, est une charmante plante des marais tourbeux de l'Europe moyenne et de l'Amérique du Nord. Les auteurs lui donnaient, au seizième siècle, le nom de Trifolium palustre et son nom vulgaire actuel est la traduction de cette dénomination : c'est le Trèfle des marais, Trèfle d'eau ou aquatique, Trèfle des castors.

Sa tige est une sorte de rhizome couché, rampamt, cylindrique, articulé, marqué d'empreintes annulaires qui sont la trace des gaines des anciennes feuilles. Elle émet par sa face inférieure des racines adventives de grosseur moyenne, et de son extrémité antérieure se détachent quelques feuilles alternes irifolioléesj portées sur un long pétiole, arrondi dans sa partie supérieure, élargi canaliculé et muni de membranes latérales dans sa moitié inférieure par laquelle il embrasse le bourgeon terminal en manière de gaine. A l'extrémité de ce pétiole sont les trois folioles du limbe. Elles sont glabres, lisses, d'un beau vert, de forme obovée; elles sont obtuses au sommet, entières ou lâchement denticulées sur les bords.

Un long pédoncule axillaire ou une sorte de hampe florale porte à son sommet un certain nombre de fleurs brièvement pédicellées et disposées en une grappe assez dense. Ces fleurs ont chacune un calice gamosépale, divisé jusque près de la base en cinq lobes ovales ; une corolle infundibuliiorme, à cinq lobes lancéolés-

MEiniITISME. 787

aigus, étalés, couverts à la face supérieure de nombreux filets blancs, grêles et déliés, d'inégale longueur, qui donnent à la fleur une grande élégance. Les etamines sont au nombre de cinq et portent des anthères d'un brun jaunâtre. L ovaire placé sur un disque annulaire cilié est surmonté d'un style filiforme. La capsule qui lui succède est globuleuse, de la grosseur d'un pois, uniloculaire, s ouvrant en deux valves pour laisser échapper des graines ovoïdes, légèrement comprimées, lisses et luisantes ; elles contiennent un embryon dicotyledoné placé dans l'axe d'une albumen charnu.

Toute la plante du Ményanthea une saveur amère très-prononcée, qui rappelle celle des Gentianées, auxquelles il appartient. On s'en sert à ce titre comme tonique. On lui a aussi attribué des propriétés emménagogues, que semble du reste indiquer le nom de /xflvaveo; (p-ôvo, lune, av9oç, fleur, fleur qui provoque les mois ou les menstrues), nom sous lequel l'a désignée Théophraste {Historia Plant., l\ ,\l).

Suivant Linnée {Flora Lapponica, 80), on utilise en Laponie dans les temps de famine la racine de cette plante pour en faire une poudre qui, mêlée avec un peu de farine, donne un pain très-amer, de très-mauvaise qualité, mais dont se contentent ces malheureuses populations. Dans quelques parties de la Suède septentrionale, on emploie les feuilles en guise de houblon pour la fabrication de la bière.

TouRNEFonT. Institutiones rei herbariae, 117, tab. 1-5. — Linnée, Species, 208. — Lamarck. Illustr. Genr., t. ^00, fig. 1. — De Candolle. Flore Française, III, 647. — E^'BLlCHt:R. Gênera Plant., 356i. — Guisebach. In De CancloUe Prodromus, IX, 137. — Grenier et Godpon. Flore de France, II, 497.

MÉIKTAIVTIIIIKE. €^21P«0". Substance amère contenue dans le menyanthes trifoliata. Se présente sous forme d'une masse résineuse, amorphe, friable, peu colorée, neutre, de saveur amère. Se ramollit vers 65°, fond à 115". Non soluble dans l'eau froide, plus soluble dans l'eau chaude, l'alcool et les alcalis, insoluble dans l'éther. Ses solutions aqueuses précipitent par le tannin. La ményanthine est omérique dans la pinipicrine. P. Son.

]flEl\iZER (Poudres de). Ces poudres ferrugineuses se préparent de 1a manière suivante :

Pr. : Sulfate de fer cristallisé 2 gr.

Sucre en poudre 6 gr.

Mêlez et divisez en 12 paquets étiquetés n" 1 ;

Pr. .- Bicarbonate de soude 2 gr.

Sucre en poudre 6 gr.

Mêlez et divisez en 12 paquets étiquetés n° 2.

On fait dissoudre séparément dans un quart de verre d'eau le contenu d'un paquet n° 1 et celui d'un paquet n° 2, et l'on mêle les deux dissolutions au moment de s'en servir.

Cette préparation a pour but de prévenir la suroxydation du fer, le carbonate étant administré au moment même où il vient de se former.

MÈPHITISME. Sous le nom de méphitisme (ail. : mephitismus ; angl. : mephitism ; ital. et esp. : mefitismo) on doit entendre le fait de viciation de l'air {voy. Atmosphère) par suite de la présence de principes impropres à la respiration ou directement nocibles à. l'organisme animal.

On le fait venir du latin mephitis, qui signifie odeur repoussante, désagréable, et dont on a formé également le mot français méphites, sous lequel on désignait, dans l'ancienne chimie, les produits de la combustion du soufre ainsi que diffé-

788 ADDENDUM.

rents carbonates qui dégagent facilement l'acide carbonique, reconnu de tout temps comme nuisible à la respiration. Quelques auteurs font venir le terme de méphitisme de l'ancien mot toscan moffeta, qui veut dire soufflé. On sait, en effet, qu'en certains points de la Toscane il se produit à la surface du sol des exhalaisons d'acide carbonique qui, en se dégageant, boursouflent légèrement la terre environnante, d'oià le nom de soufflures. On désigne encore sous le terme général de moffettes les gaz qui se dégagent soit continuellement, soit accidentellement dans les puits ou galeries de mines, surtout lorsqu'elles ont été abandonnées quelque temps.

L'étude du méphitisme pourrait faire le sujet d'un travail spécial ; il y aurait lieu de diviser, dans ce cas, les causes du méphitisme de l'atmosphère en trois grandes classes, comprenant : 1° méphitisme dû à la présence dans l'air de principes non nocibles, mais impropres à la respiration (acide carbonique comme type) ; 1" méphitisme dû à la présence dans l'air de principes agissant simplement comme irritants des voies respiratoires (vapeurs acides se dégageant dans certains ateliers, etc.) ; 5° méphitisme du à la présence dans l'air de principes toxiques, agissant sur l'économie comme des poisons (gaz toxiques, ferments en suspension dans l'air, etc.).

En suivant cette voie, on s'exposerait à reprendre successivement une série de questions étudiées plus complètement à propos des lieux oîi l'homme peut avoir à sôulTrir du méphitisme, des professions qui y sont spécialement exposées. Aussi renvoyons-nous le lecteur aux mots suivants, où la question du méphitisme est plus spécialement traitée : Atmosphère. — Casernes. — Cimetières. — Ecoles. — Egouts. — Ferments. — Fosses d'aisances. — Gaz toxiques en général. — Habitations. — Hôpitaux. — Inhumations. — Marais. — Miasmes. — Militaire (hygiène). — Mines. — Navale (hygiène). — Professions {Professions insalubres). — Putrides (émanations). — Typhus. — Ventilation. — Voiries. G. Morache.

ADDENDUM

]fIELAl\OX¥LOiV. Ce mot, qui signifie bois noir (pé^aç, noir, ÇOXov, bois), a été appliqué comme nom spécifique à diverses plantes, mais ])articuhèrement à un un Diospyros, le D. Melanoxylon L., qui fournit un bois dur et noir, espèce d'ébène.

C'est aussi le nom d'un genre de Légumineuses, de la tribu des Césalpiniées, dont l'espèce unique [Melanoxylon Brauna, Schott), croît au Brésil, où elle donne de grands arbres, à feuilles imparipennées, de couleur de rouille à la face inférieure. C'est à cette espèce qu'on a attribué VÉbène noire du Brésil, nommée aussi Ébène noire du Portugal, bois très-dur, très-pesant, d'un tissu fin, de couleur brun foncé avec des veines violacées. Ce bois est susceptible de prendre un beau poli.

Schott. Spreng. systema cur. post., 406. — Endlicher. Gênera Plant., n° 6761. — Ben- THAM et HooKER. Gêner. Plant., I, 56 i. — Guidourt. Drogues simples, II, 594 et Ilf, 353.

Pl.

fin du sixième volume.

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