‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 17 sur 74 · CZ · texte numérisé non relu

CZ

tn

»GJ

rî)

es

•a ai

ce a

ju e

Cd

es

MÉTAUX (uiGliiNK riiUFLiSKj.N.NELLli). 505

les métalloïdes, ce qui leur a valu le titre de métaux nobles. Au nom de chaque métal, on trouvera dans ce dictionnaire les combinaisons qu'il forme avec les différents métalloïdes ; ici nous ne considérerons que les combinaisons oxygénées parce que la classification de Thénard, modifiée suivant les exigences des nouvelles découvertes, est fondée tout entière sur l'affinité plus ou moins grande de l'oxygène pour les métaux.

L'affinité de l'oxygène pour les métaux peut être appréciée par plusieurs moyens :

1" Par l'action de l'oxygène gazeux aux diverses températures ;

2° Par la facilité plus ou moins grande avec laquelle les oxydes sont ramenés à l'état métallique ;

3" Par l'action décomposante que les métaux exercent sur l'eau à des températures différentes, et de plus en plus élevées ;

4° Par l'action décomposante que les métaux exercent sur l'eau en présence d'un acide énergique.

Se basant sur ces propriétés, Thénard avait divisé les métaux en six sections. Depuis, la découverte de nouveaux métaux, et la connaissance plus parfaite de métaux déjà connus, ont fait introduire une section de plus. Nous résumons dans le tableau cette classification de Thénard modifiée par* M. Regnault, et par les récentes observations de M. H. Deville.

La classification de Tliénard tout en étant plutôt artificielle que naturelle (elle est fondée sur une seule propriété : l'affinité pour l'oxygène), a rendu, et rend encore de grands services ; la raison en est que, connaissant la section à laquelle appartient un métal donné, on connaît par cela même ses principales propriétés chimiques.

Nous donnons cette classification dans le tableau II. Ldtz.

MÉTAUX (Extraction des), (Hygiène professionnelle). On désigne sous le nom de Métallurgie, l'ensemble des procédés mis en usage pour séparer les métaux des substances diverses avec lesquelles ils sont mêlés ou combinés, de manière à les obtenir à l'état de pureté. En effet, le minerai quand il est sorti de la Mine {voy. ce mot) se présente, le plus ordinairement, comme formé de plusieurs métaux, métalloïdes ou autres corps soit à l'état de combinaison chimique, soit à l'état de simple mélange; dans presque tous les c»s, d'ailleurs, on trouve ces métaux mécaniquement interposés dans les terres, dans des roches de nature diverse au milieu desquelles ils se rencontrent à des profondeurs diverses, et dont il faut, avant tout, les débarrasser.

Les procédés destinés à isoler les métaux sont donc de deux sortes, les uns purement mécaniques, le lavage et le cassage ou bocardage, et les seconds empruntés à la chimie, le grillage et la fonte.

A. Procédés mécaniques. 11 s'agit d'abord de détacher les matières stériles ou gaugues qui enveloppent le minerai, ce qui se fait directement dans un premier triage accompli au fond de la mme elle-même ; le reste porté au dehors est concassé à la main à l'aide de marteaux, et l'on obtient alors un minerai plus pur, mais qui doit encore subir plusieurs opérations. Le minerai à trier qui contient des gangues est soumis, à l'aide de l'eau, au débourbage sur des grilles superposées et à baries de plus en plus rapprochées à mesure que l'on descend. Les boues ou schlamms sont entraînés, et les parties riches du mhierai traversent ks différentes grilles suivant leur grosseur. Au lieu de grilles, on emploie quelmcT. EKc 2 s. vu. 20

300 MÉTAUX (hïuiéwe professionnelle).

quefois des tamis à secousses, également superposés et percés de trous de plus en plus lins, par lesquels s'écoulent les sclilamms et les portions les plus petites des minerais.

Pour les métaux provenant de terres très-argileuses, on emploie des patouUlets, constitués par des cuves où l'eau se renouvelle continuellement, et dans lesquelles un axe muni de bras de fer agite et bat le minerai. En Allemagne, on place souvent celui-ci, avec de l'eau, dans des tambours {trummels} percés de trous et animés d'un mouvement de rotation.

Quand au lieu d'être enveloppé d'une gangue-argileuse, le métal, à gros grains, est disséminé dans une gangue pierreuse, il faut le broyer au moyen du bocardage, et le réduire à l'état de schlich {minerai écrasé). On y parvient d'ordinaire au moyen de cylindres en fer, cannelés ou unis, mus par la vapeur, et entre lesquels on fait "passer le minerai ; d'autres fois, quand celui-ci est frès-dur, le travail est accompli par des pilons, mis également en mouvement par ime puissance motrice.

B. Procédés chimiques. La calcination, le grillage auxquels on procède après les opérations précédentes, ont pour objet d'abord de faire évaporer l'eau, l'acide carbonique, les matières bitumineuses, les métalloïdes volatils, soufre, arsenic, etc., qui, à un titre quelconque, entrent dans la composition du minerai ; et ensuite de provoquer l'oxydation des métaux qui les accompagnent. On peut employer trois procédés différents : 1" grillage en tas. Le minerai est accumulé en forme de pyramide tronquée sur un lit de lagots et de bûches, en ménageant une cheminée centrale également garnie de bois, afin de faciliter la combustion. Quand on veut recueillir le soufre des pyrites, on établit, au sommet du tas, un conduit en briques qui mène le soufre, dégagé par la chaleur, dans une chambre de condensation. 2° Les mattes de plomb et, souvent aussi, celles de cuivre sont brûlées en cases, c'est-à-dii'e sur des aires dont le sol est légèrement incliné et qui sont enfermées entre trois murs. Le minerai est là stratifié avec du bois. 5" Enfin, pour les minerais pyriteux de cuivre, on brûle souvent dans des fourneaux, on utilise alors le soufre mis en liberté en le transformant eu acide sulfurique dans des chîunbres de plomb où il arrive avec de l'eau. Quand en emploie les fourneaux à réverbère, on a soin de recueillir les vapeurs métalliques ou arsenicales, dans des chambres de condensation, tandis que les produits gazeux ou non condensés sont entraînés dans l'atmosphère par une cheminée très-élevée.

La fonte qui isole et purifie le métal a ordinairement Ueu soit dans des fourneaux à réverbère, ou des hauts fourneaux à l'aide de fondants appropriés, soit dans des fourneaux à tuyères ou à manches. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ces grandes opérations {voy. Gdivre, Étain, Fer, Mercure, Plomb, Zinc, etc.). Dans les fourneaux à tuyères ou à manches, les oxydes métalhques sont, en général, réduits par le charbon ou par les gaz combustibles en rapport avec eux. Dans les fourneaux à réverbère, la réduction des oxydes exige une forte charge de combustible sur la grille, et, de plus, le mélange du minerai avec du poussier de charbon de terre.

Ces différentes opérations ne sont pas sans exercer une certaine influence sur la santé des ouvriers qui les pratiquent. C'est ce que nous allons rapidement examiner. Nous prendrons surtout ici pom' guide Brockmann , dont l'important ouvrage ; sur les maladies métallurgiques observées dans les muies et les grandes usines du Harz, fait autorité en Allemagne.

MÉTAUX (hygiène professionnelle). - 507

A. Opérations mécaniques , lavage et hocardage. Bien qu'en raison de l'usage des machines, un grand déploiement de forces ne soit pas ici nécessaii*e, il faut cependant une action continue qui peut, chez les jeunes sujets surtout, déterminer une surexcitation de l'activité circulatoire et entraîner quelques conséquences lâcheuses.

L'eau jouant un grand rôle dans les lavages, V humidité àoii à coup sûr exercer une certaine influence sur les bocardeurs ; mais comme elle est partielle et bien moins considérable que dans le travail des mines, elle ne peut qu'exceptionnellement acquérir autant d'importance que pour celles-ci. Les courants d'air, dans des hangars, ouverts de toutes parts, où s'exécutent les travaux, ont certainement un effet plus nuisible. Des poussières se développent quelquefois assez abondamment pour avoir des conséquences dangereuses, surtout quand le hocardage se fait à sec et s'exerce sur des minerais schisteux. La chaux qui se dégage assez souvent est également à redouter. Jamais, au reste, les inconvénients résultant de ce genre de travail ne peuvent être mis en parallèle avec ceux des mines, mais il faut tenir grand compte de l'âge, souvent trop jeune, auquel on commence ces occupations. Si des natures vigoureuses y trouvent les conditions d'un développement musculaire avantageux, les sujets délicats, maladifs, y puisent, au contraire, les causes d'affections diverses plus ou moins graves. Il faut encore parler du transport du minerai qui se fait dans de petits chariots ou brouettes, et dont le mouvement exige beaucoup d'elforts; il en résultera des congestions dans les organes de la respiration et de la circulation favorisées par la laxité de la fibre, dans une période de la vie où les organes sont en voie d'évolution.

Nous ne disons rien ici des accidents qui peuvent être causés par les machines, ils ne diffèrent pas de ce que l'on observe dans d'autres industries, dans lesquelles les puissances mécaniques sont mises en jeu (voy. Machines).

Quelles sont donc les maladies qui peuvent atteindre le bocardeur, abstraction faite des affections diverses qui se montrent sous l'influence du froid et de l'humidité ? En tète des affections qu'il est permis de regarder comme spéciales au genre de travail qui nous occupe, il faut, dit Brockmann, placer le rhumatisme du cœur auquel il donne le nom de Cardiorrheuma metallurgicum. Très-souvent liée avec lui ou indépendante est l'hypertrophie des pai'ois du cœur, qui occupe le second rang, et dont un tiers au moins des bocardeurs sont affectés. Viennent ensuite, et reconnaissant la même cause (des efforts répétés et soutenus longtemps), les tumeurs de la glande thyroïde, avec lesquelles il n'est pas rare de voir des engorgements strumeux du cou.

L'action des poussières, de l'humidité, du froid, et le maniement continuel de corps durs et anguleux, déterminent souvent, aux mains et quelquefois aux lèvres, le développement d'un éry thème que l'auteur appelle j3amfrzm?wa metallurgicum. Cette éruption est caractérisée par une irritation assez vive de la peau terminée par desquamation. Quand l'inflammation est intense, elle pénètre toute l'épaisseur du derme et il en résulte souvent des crevasses très-douloureuses. Cet accident est fort commun, il n'est guère de bocardeur qui n'en ait été plusieurs fois affecté.

Ici se place une maladie particulière qui mérite de nous arrêter quelques instants; c'est la stomacace métallurgique. Suivant Brockmann, en dehors des influences professionnelles, il semble y avoir là une altération humorale, et, par suite, un danger réel. Cette maladie, qui n'est pas sans analogie avec le scorbut,

308 MÉTAUX (hvgiene professionnelle).

consiste dans le gonflement livide et douloureux de la muqueuse buccale, quelquefois saignante, et accompagné, dans les cas graves, d'hémorrliagies par le nez, la bouche, les voies digestives, ou le poumon, avec pétéchies, vibices, etc.^ comme dans le morbus maculosus; cet état indique une altération profonde du sang, et peut mettre la vie des malades en péril. La stomacace se développe aussi bien chez les bocardeurs travaillant par la voie buraide que chez ceux qui travaillent à sec. Dans ce dernier cas, les poussières minérales semblent jouer uji certain rôle; et, en effet, règle générale, plus les poussières sont abondantes, plus la maladie est fréquente. Les poussières de chaux y ont peut-être une action plus ou moins marquée. Au total, une alimentation insuffisante, des conditions hygiéniques mauvaises, augmentent la prédisposition et aggravent le pronostic.

La maladie la plus grave que l'on observe parmi les ouvriers dont nous parlons c'est y atrophie métallurgique^ caractérisée par un affaiblissement général avec émaciation progressive, et comme une sorte de dessiccation de tous les tissus • le pronostic en est des plus sérieux, et quand on réfléchit aux conditions lâcheuses dans lesquelles se trouve l'ouvrier bocardeur, on ne peut pas être surpris du nombre assez considérable de victimes que fait cette maladie. D'après les causes générales qui président à sa formation, Brockmann fait deux espèces d'atrophie, la scrofuleuse et l'adynamique.

Suivant le même auteur, l'âge moyen auquel succomberaient les bocardeurs et laveurs de minerais serait d'environ 57 ans, ce qui, en présence de tout ce qui vient d'être dit, est encore un chiffre assez élevé.

Prophylaxie. Elle concerne l'administration, le médecin de l'usine et J'oiivrier lui-même.

1" L'administration ne doit pas admettre un enfant sans une attestation soigneusement motivée du médecin, constatant son aptitude physique à ce travail. — Elle devra s'informer, auprès du médecin, si l'enfant est propre à toutes les opérations du bocardage ou seulement à quelques-unes . — Faire en sorte que l'enfant ne soit pas surchargé de travail , de manière à nuire à son développement physique. Cette précaution est d'autant plus nécessaire que le sujet est plus jeune, et que, dans le but de son développement moral et intellectuel sou instruction réclame plus de temps. — 11 faut avoir soin de changer de temps eu temps le genre de travail, afin que l'ouvrier n'ait pas continuellement ses forces au service d'une même occupation. — La répartition du travail sera faite d'après un rapport fourni tous les trois mois, sur l'état corporel des jeunes apprentis.

2" Le médecin doit établir la capacité pour le travail, chez les jeunes sujets, non-seulement d'après l'état des forces et du développement corporel, mais, surtout, d'après ïétat du système circulatoire. — La constitution scrofuleuse du sujet doit faire craindre les effets de l'humidité, des alternatives de température et des poussières minérales, il en est de même pour ceux qui présentent des traces de cardiorrheuma. — La disposition au goitre exige un travail modéré et qui ne demande pas de grands efforts. — Le fils d'un père mélanolique ne sera pas soumis au travail à l'humidité, ni aux tâches de nuit. — Celles-ci seront également interdites à ceux qui présentent une constitution chétive et un commencement d'affection métallurgique. — L'ouvrier présentant les premiers symptômes de stomacace, sera éloigné des poussières et des travaux humides. — Un examen attentif et répété permettra de reconnaître les maladies métaUursiques dès leur début, afin de pouvoir les combattre avec avantage.

MÉTAUX (nvGiÈNE pnopEssiONNELiE). 309

5" Relativement à l'ouvrier, il doit le plus possible ménager ses forces en deliors de son travail ; se concber de bonne heure, ce qui permet de jouir d'un repos réparateur ; ne pas courir en allant à l'usine, de manière à arriver en sueur et déjà fatigué, et de même pour le retour. Profiler des intervalles du travail et des moments des repas, pour se reposer tranquillement et ne pas s'épuiser encore par des jeux, des luttes, etc. — Au retour, changer de vêtements et se laver avec du savon des pieds à la tête.- — Enfin faire usage d'une bonne nourriture, viande, vin ou bière, et ne pas dépenser en orgies, dans l'espace d'une journée, le gain de toute une semaine.

B. Opérations chimiques. — i" Le grillage des minerais, quand il a lieu en tas ou en case, donne lieu à un dégagement plus ou moins considérable de gaz et de vapeurs nuisibles, suivant la composition des substances soumises à cette opération. Le soufre, l'arsenic quand ils sont en abondance, donneraient lieu, le dernier surtout, à de bien graves conséquences, si l'intérêt du fabricant n'était, ici, d'accord avec l'hygiène, de recueilhr et l'acide sulfureux que l'on fait transformer en acide sulfurique, et les vapeurs arsenicales qui donnent de l'acide arsénicux. Les émanations dont il s'agit sont alors conduites au fur et à mesure de leur formation dans des chambres de condensation, et soustraites en grande partie du moins à la respiration des ouvriers qui procèdent au grillage; le reste dans les cas de ce genre doit être entraîné dans de hautes cheminées ; c'est ce qui a lieu dans le grillage à l'aide de fours spéciaux. Enfin une dernière précaution à prendre pour les minerais très-arsénifères ou contenant beaucoup de sulfure, c'est d'abréger la durée du travail et de changer de temps en temps les équipes d'ouvriers chargés de cette opération (voij. Arsenic, t. VI, p. 2-46).

Quand les minerais n'ont guère à donner que de l'eau, de l'acide carbonique et de faibles quantités de vapeurs nuisibles, il n'est pas besoin de tant de précautions; seulement, dans ces cas, le grillage doit toujours avoir lieu au grand air air ou dans des hangars, largement ouverts. On évitera de se tenir sous le vent du foyer, etc.

2° La fonte des métaux a lieu, comme nous l'avons dit, dans des fourneaux spéciaux munis de cheminées d'évacuation. Mais les inconvénients n'en sont pas pour cela complètement annihilés, et les accidents éprouvés par les ouvriers diffèrent nécessairement suivant l'espèce des métaux sur lesquels on opère {voy. Arsenic, Coivre, Étain, Fer, Mercure, Plomb, Zinc), nous n'avons pas à nous en occuper ici, mais seulement de ce que le travail devant des foyers ardents peut offrir de commun et de général. La chaleur des fourneaux est tellement considérable, que les ouvriers, à peine vêtus qui se trouvent là, sont ruisselants de sueur. En même temps l'air, aliment de la flamme, est attiré avec une extrême violence, et traversant les portes ordinairement ouvertes de ces usines, forme des courants rapides qui offrent de réels dangers, à cause des brusques refroidissements qui peuvent en être la conséquence. D'un autre côté, l'effet do la lumière, projetée par des foyers ardents et les métaux en fusion, exerce nécessairement une action irritante très-nuisible sur les organes de la vue. Telles sont les influences générales qui se produisent dans toutes les fonderies, et dont les effets sont trop connus pour que nous ayons à insister sur ce point.

Relativement au voisinage, les procédés employés dans la métallurgie exigent impérieusement l'éloignement de ces établissements à une certaine distance des lieux habités et des cultures. Ils doivent être surtout placés sur des terrains un peu élevés où l'air circule librement et puisse entraîner dans l'atmosphère les

310 MÉTÉORISME.

émanations de toutes sortes qui s'en échappent ; aussi faut-il éviter de bâtir des demeures sous le vent de telles usines. En même temps, les autorisations ne peuvent être données qu'à la condition d'établir des fourneaux fumivores pour toutes les vapeurs dangereuses, et des cheminées élevées qui en emportent les restes très-haut dans l'espace. Les sources, les puits voisms seront attentivement surveillés, afin qu'ils ne soient point infectés par les eaux de l'usine qui doivent être conduites d'un côté où il n'y a pas d'habitation, et déversées dans un courant d'eau très-rapide et très-large si faire se peut, la perte dans un puits artésien pourrait être recommandée dans beaucoup de cas. Les eaux qui servent aux usages domestiques devront être analysées de temps en temps ; et même, siiivant Langendorff, qui insiste beaucoup sur ces questions, les précautions doivent s'étendre encore plus loin. Aux alentours des usines, les animaux morts, tels que poissons, volailles, ne doivent point servir à Falimentation, parce qu'ils ont j)u périr empoisonnés par des agents métalliques vénéneux. Dans ces localités, le commerce du lait, de la viande, doit être l'objet d'une attention très-rigoureuse, etc. E. Beaugrand.

BiBLiocnAPHiE. — MicHAELis (J.). De morhis metallariorum. Lîpsise, 1652, in-4°. — Hoffmann (Fred.). De metallurgiamorbifera. Halœ, 1695, in-4°. — âlberti (M.]. De metallicolarum nonnullis morbis. Halae. 1721, in-4°. — Du même. De prœservandis metallicolarum morhis. Mœller. De phthisi pulmonum inetallurgorum. Helmst., 1769, in-4°. — Broek {Van den). Réflexions sur l'hygiène des mineurs et des ouvriers d'usines métallurgiques. Mons, 1840, in-8°, 2" édit. ibid., 1845. — Wagner. Uebei- Rosten der Erze in Samtàtspolizeilicher Riicksicht. In Oesterr. med. Wchnschr . , 1843, p. 357. — Ettmuller. Gutachten tiber die beabsichtigle Anlegung von Flammenôfen zu Helsbrûcke. In Ver. Deutsch. Zeitschr., l. VIII, 1848. — Du MÊME. Die lirankheiten der Silberhûttenarbeiter in dén Freiberger Hûttenwerken In Arch. der Deutsch. med. Gesetzgebung , t. II, n°' 49-51 ; 1858, — Bbockmann. Die métallurgischen KrankJieiten des Oberharzes. Osterode, 1851, in-8''. — Langendorff. Veber die Gesundheitsrûcksichten hei Anlage und Unterhaltung von Hûttenwerken. In Henke's Ztschr,, t. LXXIII, p. 237 ; 1857. — Gunther (R.-B.). Ueber die Sanitâtspolizeilic/ie Zulàssigkeit der Errichttmg einer Argentenfabrik. In Arch. der Deutsch. med. Gesetzgebung, 1859, t. III, n° 11. — Weikert. Ueber Krankheiten der Hûttenarbeitcr, etc. In Varges Ztschr.,^" F% 1. 1, p. 315, 414, 1862, etc., etc. — Voy. Mines et les divers métaux. E, Bgp,

MÉTËORISME (de nsréupoç, élevé). Le nom de météorisme a été donné au gonflement de l'abdomen par des gaz ; mais ce mot ne s'applique qu'aux cas où les gaz sont contenus dans le tube digestif, tandis que le mot de tympanite désigne à la fois l'accumulation des fluides élastiques dans l'estomac et les intestins, et leur présence dans la cavité du péritoine. En ce qui touche spécialement la pneumatose gastro-intestinale, on a proposé de réserver le nom de météorisme à la pneumatose occasionnée par l'oppression des forces contractiles du tube digestif par suite d'une phlegmasie, par exemple, en donnant celui de boutfissure à celle qui dépend d'une diminution réelle de la contractihté. {Dictionnaire en 60 volumes. )ÇieUe distinction, quoique fondée sur un fait d'observation, serait souvent difficile à établir dans la pratique. Mieux vaut se borner à exprimer par un seul mot l'état pathologique caractérisé, dans tous les cas, par la pneumatose, en laissant au praticien le soin d'en discerner les causes diverses, pour lui appliquer les moyens de traitement appropriés.

Le mot de tympanite intestinale s'appliquant spécialement au plus haut degré du météorisme, et le météorisme devant être rapproché, eu égard au diagnostic différentiel, de la tympanite péritoniale, c'est à ce mot tympanite que sera étudiée, sous ses différentes formes et à ses différents degrés, la distension de la cavité abdominale par des gaz {voy. Tympanite). A. D.

MËTËOROLOGIE. La météorologie est la science des phénomènes piiysiques de l'atmosphère. Son nom nous vient d'Aristote; c'est donc en apparence une science fort ancienne. Mais si les traités assez nombreux qui ont paru sous ce nom, depuis plus de 2,000 ans, ont un intérêt littéraire ou historique, ils n'en ont aucun sous le rapport de la science qui nous occupe. Quelle théorie en effet, pouvait-on établir à une époque où l'on ne connaissait aucun instrument, et aucun autre climat que celui du bord de la Méditerranée, si ce n'est par les rapports de quelques marchands ? Cette prétendue météorologie des anciens se bornait à quelques vagues aperçus et à des pronostics, tirés du vol des oiseau^ ou des insectes, des aspects de la lune, etc. Si, délaissant ces vaines théories, les anciens avaient eu l'idée de tenir des registres météorologiques, tels qu'on pourrait le faire aujourd'hui, sans aucun instrument, ils nous auraient laissé un monument du plus haut intérêt, qui nous aiderait certainement beaucoup à établir les lois de la météorologie et surtout la prédiction du temps.

Nous laisserons donc de côté la science des anciens, pour ne nous occuper que de la météorologie proprement dite, science tout à fait moderne et même en voie de formation. C'est ce que nous allons essayer d'exposer en quelques pages.

La météorologie théorique n'est qu'une branche de la physique, mais on y a réuni des études qui tiennent autant de la géographie physique que de la physique proprement dite. Ses nombreuses applications l'en éloignent encore davantage. C'est aujourd'hui une science distincte ; sa subordination aux établissements astronomiques ou autres ne lui a été que nuisible; aussi a-t-on compris partout la nécessité de lui consacrer des établissements à part. On peut envisager la météorologie sous différents points de vue, surtout quant aux applications fort diverses dont elle est susceptible ; mai^ il n'y a pas deux manières de la pratiquer ; on peut se livrer à des observations plus ou moins nombreuses, mais la première condition, c'est que les nombres trouvés soient exacts; chacun est libre ensuite de les combiner suivant le but qu'il se propose, ou de les rapprocher des phénomènes naturels ou autres, qu'il lui plaît d'étudier.

La météorologie peut avoir pour but l'étude des climats ; c'est la climatologie proprement dite ; on en peut étudier les rapports avec la distribution des êtres organisés, avec leur acclimatation, avec l'agriculture ou avec la médecine (voir Climats). Enfin on peut se proposer d'étudier les lois qui régissent les mouvements de l'atmosphère et rechercher dans ces lois la prédiction du temps.

Considératio7is générales. Toute la météorologie dépend de trois choses absolument distinctes, ou du moins dont nous ne connaissons pas encore les relations mutuelles.

1° Température du soleil.

2° Température des espaces célestes.

3" Propriétés physiques du globe terrestre et de son enveloppe gazeuse.

1° Température du soleil. — On n'est encore arrivé à aucun résultat sur ce sujet si important. Ainsi tandis que les uns ont cru que le soleil ne devait pas être plus chaud que l'intérieur de nos fourneaux à fer, d'autres ont affirmé que cette température devrait se supputer par millions de degrés. L'énorme divergence de ces résultats provient en grande partie de ce qu'on a voulu interpréter quelques chiffres au moyen de formules basées sur des expériences exécutées sur une trèspetite échelle avec des températures infiniment éloignées de celles du soleil. Des expériences récentes faites à Genève par M. Soret montrent d'abord que les for-

mules dont nous veiions de parler sont fautives, et en outre que le soleil possède une chaleur très-supérieure à celles que nous savons produire.

2" Température des espaces planétaires. Cette question est tout aussi peu avancée que la précédente. Après avoir évalué cette température à 60" au-dessous de zéro, puis à 140"^ avec Pouillet, quelques physiciens ont adopté une température voisine de 100". Mais depuis qu'on a observé à Iakoustk, en Sibérie, avec le thermomètre à alcool, le 21 janvier 1858, une température de — 60", température qui avec le thermomètre à air et en pleine campagne aurait certainement atteint — 70", il est évident que le froid des espaces célestes n'en saurait être si rapproché, car alors on devrait remarquer une grande différence dans la marche du thermomètre en Sibérie ou dans le Sahara. Une autre considération mène à une conclusion analogue : la théorie mécanique de la chaleur a ])ermis de démontrer que le décroissement de la température de l'air dans la verticale ne dépend que de la dilatation de l'air soumis à une pression de plus en plus faible à mesure qu'il s'éloigne du sol; cette diminution, proportionnelle à la hauteur, est de 1" environ par 180 mètres de hauteur ; il esl donc certain qu'il doit régner audessus de nous, à 55 ou 40 kilomètres de hauteur, une température coiistanle de — 200". Sans chercher à pousser le calcul jusqu'aux limites de l'atmosphère, que nous ne connaissons pas bien, et où les gaz sont réduits à un état tel que leurs propriétés sont sans doute fort différentes de celles qu'ils offrent aux pressions ordinaires, nous arriverions néanmoins bien vite au terme que quelques physiciens regardent comme le zéro absolu.

5° La terre et son atmosphère. Après avoir constaté dans les deux paragraphes précédents notre ignorance sur deux points qui nous intéressent cependant beaucoup, nous voici arrivés au troisième, où tout, au contraire, devient accessible à nos moyens d'investigation, du 'moins tant que nous ne nous écarterons pas trop de la surface de la terre. Ce qui se passe dans les profondeurs du globe n'a plus aujourd'hui d'influence sur les phénomènes météorologiques, mais ce qui se passe dans les hautes régions de l'atmosphère, du moins jusqu'à 7 ou 8 mille mètres, serait très-important à connaître, surtout en vue de la prévision du temps. Jusqu'ici nous n'avons abordé ce sujet que par des ascensions en ballon dont quelques-unes ont donné des résultats précieux pour la science. Dans quelques stations très-élevées, comme par exemple le Saint-Bernard, haut de 2,478 mètres, on a pu faire et on fait encore des observations continues qui offrent un grand intérêt.

Tout le monde sait aujourd'hui la position de la terre et ses relations avec le soleil ; c'est une sphère un peu aplatie vers les pôles ou renflée à l'équateur, composée de matières minérales' solides, recouverte sur les trois quarts de sa surface d'eau salée. Elle tourne en un espace de temps que nous appelons un jour de 24 heures, et fait en une année de 565 jours et un quart environ une révolution complète autour du soleil, en décrivant dans un plan que les anciens ont nommé écliptique ou plan des échpses, une ellipse peu différente d'im cercle et dont le soleil occupe un des foyers. Dans son mouvement annuel, l'axe du monde reste à peu près parallèle à lui-même. L'équateur, plan perpendiculaire à cet axe et formant avec celui de l'écliptique, un angle de 25" et demi environ reste aussi à peu près parallèle à lui-même.

Tous les éléments de l'orbite terrestre, aussi bien que de l'orbite de toutes les autres planètes, éprouvent, dans la série des siècles, des changements lents mais assez limités ; les grands axes seuls des orbites restent invariables au milieu de

cette oscillation universelle. Parmi ces mouvements, le plus grand, le plus apparent, celui qui à cause de cela n'a pas échappé aux anciens, c'est la précession des équinoxes. Ce mouvement, qui déplace chacun des points équinoxiaux dans le ciel de plus de 50 secondes d'arc par an, s'eflectue de telle façon que le point équinoxial revient au même point du ciel plus tôt après chaque révolution que si le plan de l'équateur fût resté parallèle à lui-même; de là le nom Aeprécession. La ligne des équinoxes dont le mouvement va en s'accélérant un peu de siècle en siècle, accomplira une révolution entière en 25,000 ans environ. Nous dirons quelques mots en terminant sur ce mouvement et sur le changement de l'obliquité (angle de l'équateur et de l'écliptique) à propos des changements séculaires possibles dans les climats de la terre.

La terre entraîne dans tous ses mouvements l'enveloppe gazeuse qui la recouvre. Ce gaz transparent est formé de deux autres, simplement mêlés, l'oxygène n'y entrant que pour 0,21, l'azote pour 0,79. L'air, qui pèse près de la terre lg'",o par litre, se dilate en s'éloignant de la terre; on suppose que sa limite est vers 80 kilomètres de hauteur. En tous cas, son poids est parfaitement connu : il équivaut à une couche d'eau de 10'"l7o d'épaisseur.

Voilà donc les conditions dans lesquelles se trouve notre globe : un corps presque sphérique de 40,000 kilomètres de circonférence, recouvert aux trois quarts d'eau salée, enveloppé d'un gaz transparent, accomplissant un tour sur lui-même chaque jour et un tour en une année, dans un espace excessivement froid, avec une vitesse de 50 kilomètres par seconde autour du soleil, globe immense qui a plus de 100 fois son diamètre, plus de un million de fois son volume et dont la température est infiniment plus élevée que toutes celles que nous savons produire jusqu'ici.

L'atmosphère qui enveloppe la terre a une influence énorme sur sa température, qu'elle régularise en empêchant les variations extrêmes, surtout le refroidissement des nuits, et en élevant beaucoup la moyenne générale. Elle contient un certain nombre de corps en petite quantité : de la vapeur d'eau depuis quelques millièmes jusqu'à quelques centièmes de son poids; de l'acide carbonique en quantité bien plus faible, de l'ammoniaque, de l'iode, etc. Mais de toutes ces substances, l'eau seule joue en météorologie un rôle, mais un rôle très-important. Les rayons du soleil traversent l'atmosphère sans l'échauffer, mais quand ils rencontrent la surface de la terre, surtout la partie solide, ils réchauffent rapidement et considérablement ; cette chaleur se communique à l'air en contact, lequel dilaté par ce fait s'élève par un mouvement souv(!nt bien visible à nos yeux, surtout au printemps ; c'est ainsi qu'en 5 ou 6 heures l'atmosphère s'échauffe jusqu'à quelques kilomètres de hauteur. Cet eftet du soleil est trèsdifférent suivant que ses rayons rencontrent la terre plus ou moins obliquement, par conséquent suivant les latitudes, les saisons et l'heure de la journée. Suivant les latitudes, les rayons solaires perpendiculaires à l'équateur deviennent tangents près des pôles ; dans son mouvement annuel, la terre s'offre au soleil sous des angles qui varient de 47« à midi, de l'hiver à l'été : de là la différence dos saisons.

Il est aisé de voir que le climat doit être d'autant plus irrégulier qu'il est plus éloigné de l'équateur. A l'équateur, le soleil ne s'écarte jamais de plus de 25"l/2 du zénith à midi, tandis que sous nos latitudes, la différence des écarts est de 47«. De plus, à l'équateur, les jours et les nuits ont perpétuellement la même longueur, tandis qu'à Paris, par exemple, la nuit de Noël est double de celle de

la Saint-Jean. En Laponie, on a des jours de plus d'un mois et au pôle même on n'a dans l'année qu'un jour de 6 mois et une nuit d'égale longueur.

Nous avons exposé d'une manière générale les bases de la météorologie terrestre. Prise en bloc, la terre se trouve toujours vis-à-vis du soleil dans la même situation, avec une moitié éclairée et chauffée et l'autre moitié qui se refroidit dans l'ombre ; mais la distribution très-inégale des mers et des continents apporte de grandes différences dans la distribution de la chaleur à la surface du globe. Quand même les terres et les eaux seraient symétriquement réparties de chaque côté de l'équateur, chaque point du globe éprouverait toujours les vicissitudes des saisons. Dans notre globe tel qu'il est, elles sont plus grandes et plus irrégulières. C'est l'étude de tous ces changements incessants, périodiques ou non, que la météorologie a pour premier but d'étudier. Nous allons, dans ce qui va suivre, donner une idée de la manière de les observer.

Observations météorologiques. Elles consistent principalement à observer les éléments suivants : température de l'air ; pression de l'atmosphère ; humidité absolue et relative; pluie tombée ; vent ; état du ciel. On y joint encore fréquemment des observations faites en plein soleil, par divers procédés, des observations de la température du sol à sa surface ou à diverses profondeurs, de celle des puits sources, rivières ou lacs; enfin des observations ozonométriques et électriques.

Comme chacun des instruments de la météorologie doit être décrit à part dans ce recueil, nous nous bornerons à y renvoyer le lecteur ; nous indiquerons en quoi consistent les observations qu'on peut faire avec chacun d'eux et les précautions à prendre pour en obtenir les meilleurs résultats possibles.

Les observations thermométriques ont pour but principal la détermination de la température de l'air. Telles qu'on les pratique presque partout, elles laissent beaucoup à désirer : on a généralement placé un thermomètre à une fenêtre et on a supposé qu'il prenait la température de l'air extérieur. C'est une grave erreur : le thermomètre contracte une température qui se compose de celle de l'air dans l'endroit où il est placé, en moyenne plus haute que celle de l'air libre, plus de la chaleur rayonnée par l'édifice ou provenant des réflexions solaires. Il en résulte que le thermomètre indique presque toujours une température plus haute que celle de l'air libre à une petite distance. Cette erreur est très-variable et change de sens quand la température s'élève rapidement si le thermomètre est bien garanti des réflexions solaires, tandis qu'un autre, tout semblable, mais plus découvert, marquera trop haut par l'effet de ces réflexions. Par les froids les plus intenses, ces deux mêmes instruments donneront des erreurs en sens contraires, et il n'est pas rare qu'un instrument bien garanti, dans l'intérieur d'une ville, marque 5° ou même 10° de plus qu'un autre exposé en plein champ. De là, par exemple, l'ignorance où nous sommes sur la température qui fait périr les végétaux : les orangers, les myrtes, les grenadiers. ■ Dans beaucoup d'observatoires ou simplement de points d'observation, on a éloigné les thermomètres des édifices et on les a placés au milieu d'un pavillon à persiennes. Ce système donne d'assez bons résultats en moyenne dans les contrées où le soleil n'a pas une grande intensité, mais par les temps très-chauds et calmes il donne des chiffres plus élevés qu'un thermomètre léger tourné en fronde en plein soleil ; dans le midi de l'Europe, il donne, à cause de cela, des résultats très -fautifs.

Un thermomètre doit être placé an-dessus d'un sol gazonné, à 1"',;jO au moins

au-dessus du sol, sous un abri formé de deux plans parallèles inclinés vers le sud de 30° environ. De plus, des abris latéraux sont nécessaires en été pour garantir les instruments le matin et le soir des rayons diivjts du soleil. Malgré toutes ces précautions, en été et en général par un ciel clair et calme, le thermomètre est encore exposé à marquer trop haut. Il vaudrait mieux, quand on le pourra, surtout quand on n'a pas d'arbres au voisinage de ses instruments, adopter un abri tournant auquel on donne trois positions suivant les heures de la journée ; cette manœuvre n'est nécessaire que pendant la moitié de l'année oii les jours sont les plus longs.

Nous engageons les personnes qui désirent entreprendre des observations météorologiques sérieuses, à se mettre en rapport avec les personnes compétentes qui leur indiqueront, suivant les lieux, toutes les précautions à prendre et les dispositions à adopter.

Ce qui nuit le plus aux observations thermométriques, c'est la position dans l'intérieur d'une ville, surtout d'une grande ; mais ce qui a le plus d'influence, ce sont les obstacles les plus voisins, une rue étroite, un mur de face à petite distance. Le plus grave inconvénient des observations laites dans ces conditions, c'est qu'il est impossible de comparer les nombres obtenus dans une ville avec ceux obtenus dans une autre ou même dans un autre quartier de la même ville, de comparer les observations faites à une époque avec celles faites à une autre. Beaucoup de personnes habitent les villes et n'ont pas le loisir de se transporter à la campagne ; c'est le cas de la plupart des médecins ; elles peuvent faire des observations à une fenêtre à l'exposition du nord, mais dans ce cas, nous engageons vivement les observateurs à consigner sur leur registre d'observations le détail précis de leur installation avec un plan à l'appui. On doit aussi indiquer sur son registre de quelle espèce d'instruments on se sert, comment on les a vérifiés ou comparés. Beaucoup de séries d'observations, précieuses par le temps qu'elles embrassent ou le mérite de leur auteur, perdent beaucoup de leur valeur après sa mort, parce qu'on manque des éléments nécessaires pour les apprécier.

Les observations thermométriques faites à une fenêtre, mais dans les meilleures conditions, donnent une moyenne annuelle plus élevée de 0",? que la température de la campagne ; quand on observe dans les rues d'une grande ville comme Paris, l'excès atteint aisément l°,o, mais les minima les plus remarquables sont trop élevés dans la ville, souvent de 7°, 8° ou 10°. Les plus grands maxima, selon que le thermomètre est très-garanti des réflexions solaires ou trèsexposé à des réflexions de murailles voisines, sont souvent en retard de 1° ou 2° ou en excès de 2°, 3° ou même 4°.

Quelle que soit la position qu'on occupe, on fera une chose très-utile en faisant des comparaisons de temps en temps entre les indications du thermomètre ordinaire des observation et celles du thermomètre-fronde observé dans la campagne voisine. On appelle thermomètre-fronde un thermomètre à mercure léger, long de 0",15 au plus, qu'on fait tourner au bout d'un cordon de soie long de 0'",60, avec une vitesse de 2 ou 3 tours par seconde ; on se place à l'ombre, mais dans une ombre de peu d'étendue, comme celle du tronc d'un arbre ; si on n'a que l'abri d'un mur ou d'une maison, on se place près de la limite de l'ombre du côté du vent ; c'est jusqu'ici la manière la plus certaine d'obtenir la véritable température de l'air. Les moyennes températures annuelles ainsi déterminées sont plus basses que les autres et beaucoup plus rapprochées de la vérité.

.316 METEOROLOGIE.

La pression de l'air se détermine au moyen du baromèlre, auquel on est arrivé à donner une grande perfection ; ce qu'on peut désirer maintenant, c'est d'avoir un instrument aussi parfait que le baromètre Fortin à mercure, mais plus léger, plus facile à transporter et moins coûteux. Ce baromètre ne laisse rien à désirer quand il est une fois placé et qu'il est observé par une personne compétente, mais confié à des mains peu expérimentées, il offre quelques inconvénients très-graves: au bout de quelque temps, le mercure de la cuvette s'altère à la surface et empêche d'établir le contact de cette surface avec la pointe d'ivoire qui règle son niveau constant ; l'instrument a besoin alors d'être nettoyé ; c'est ime opération pour laquelle il faut une certaine habitude et qu'on ne peut que rarement confier à des aides même habitués à faire journellement de très-bonnes observations. 11 est infiniment préférable d'avoir un baromètre à large cuvette dans laquelle le niveau de mercure est un peu variable et de tenir compte de cette variation, si par exemple la cuvette a 100 fois la surface de la section intérieure du tube barométrique et qu'on ait trouvé que l'instrument est exact à 760 mètres, toute variation au-dessus ou au-dessous du point doit être augmentée de un centième de sa valeur. Ainsi quand le baromètre marquera 770, c'est 770°"", 10 qu'on notera; quand il descendra à 750, c'est 729*"", 7 qu'on inscrira.

Toute hauteur barométrique doit d'ailleurs être réduite à 0", c'est-à-dire à ce que marquerait le même instrument s'il était maintenu dans un appartement constamment à la température de la glace fondante. La colonne de mercure ne marque en effet la pression de l'atmosphère qu'à une certaine température du métal et quand la température du mercure s'élève de 8° ou 8°,5, le baromètre marque un millimètre de plus sans que la pression ait changé. On obtient la correction à faire pour un baromètre muni d'une échelle de laiton en multipliant la hauteur barométrique par la température de son thermomètre et par le nombre constant 0,000161 ; mais on a des tables qui donnent ces corrections sans calcul.

Tout observateur doit se procurer l'altitude de la cuvette de son baromètre. A défaut de cette détermination, la comparaison des nombres obtenus, avec ceux d'autres lieux voisins d'altitude connue et munis de bons instruments, lui donnera le même résultat. Nous engageons bien les observateurs à n'avoir que des baromètres munis de verniers donnant les dizièmes de millimètre, toute graduation plus fine est inutile et gênante; avec un vernier gradué en dizièmes, oij apprécie les hauteurs aisément à 0™'^,02 ou 0°"",05 avec le secours d'une loupe.

Le baromètre anéroïde est extrêmement commode surtout pour des personnes qui ne font pas une étude spéciale du baromètre ; mais il est sujet à changer avec le temps; il sera donc bon, si l'on veut obtenir des nombres de quelque valeur, de le comparer de temps en temps avec un baromètre à mercure authentique. Les observations sont d'ailleurs si multipliées aujourd'hui en Europe, qu'en obser\ant à de certaines heures, par exemple à 7 heures en été et 8 heures en hiver, et relevant sur les journaux les nombres publiés chaque jour, on peut avoir au bout de quelques mois la correction assez approchée de son instrument.

Nous engageons les observateurs à avoir des baromètres Fortin pour le voyage, pour des déterminations sérieuses d'altitude par exemple; des baromètres à cuvette cachée pour les observations sédentaires ; des anéroïdes si on tient moins à la précision, et à rejeter tous autres instruments destinés au même usage.

L'air contient à l'état invisible de l'eau en proportions variables ; il n'exerce sur elle aucune action dissolvante; au contraire, il retarde beaucoup l'évaporation

MÉTÉOROLOGIE. on

de ce liquide, qui s'y répand eu vapeurs plus lentement que dans le vide et eu même quantité. Ce que l'air peut contenir de vapeur d'eau au maxiauuu ne dépend donc que de la température, et les tables indiquant les tensions de la vapeur d'eau, suivant les températures, en fout connaître la proportion. Plus l'air s'approchera de l'état de saturation, plus il paraîtra humide indépendamment de la quantité en poids qu'il pourra contenir par mètre cube ou de sa tension qui suit la même progression à tort peu près. Aussi a-t-on pris l'habitude de noter simultanément la tension de la vapeur contenue dans l'air, d'où l'on peut trouver par des tables le nombre de grammes d'eau correspondant par mètre cube d'air et la fraction de saturation qui indique le rapport entre la tension de la vapeur d'eau qui existe dans l'air à la tension qui aurait lieu si l'air en était saturé sans changer de température.

Plusieurs procédés tout à fait différents ont été imaginés et mis en usage pour déterminer la quantité de vapeur contenue dans l'air à un moment donné.

On avait remarqué dans le siècle dernier que beaucoup de substances' végétales ou animales changeaient de dimensions par le fait d'une augmentation d'humidité de l'air ; on a essayé successivement le bois, l'ivoire, la corne, le crin, les cordes, les cheveux ; l'effet est fort différent et quelquefois opposé dans ces diverses substances: ainsi une corde de chanvre, comme chacun sait, se contracte et dmiinue de longueur avec l'humidité, tandis que les cheveux en éprouvent un effet contraire. Après bien des essais peu satisfaisants, de Saussure s'est arrêté, il y a environ un siècle, à employer les cheveux pour la construction de son hygromètre. Nous n'avons point à le décrire ici, nous dirons seulement que cet instrument a été dans notre siècle considéré généralement comme ne pouvant nullement servir à des observations sérieuses. La raison de ce discrédit vient de ce que deux instruments construits absolument de même et gradués à la sécheresse et à l'humidité extrêmes qui en sont les points 0'^ et 1 00" s'écartent souvent de 8 ou 10 divisions vers les degrés moyens, de manière que l'on pourra conclure pour un même lieu et en mêaie temps une humidité moyenne de 55 ou de 65, ce qui est extrêmement différent. Mais en employant un hygromètre à cheveu concurremment avec un des autres instruments dont il nous reste à parler, on peut, aii bout de quelques mois, construire une table de correspondance des divisions de l'hygromètre à cheveu avec les fractions de saturation vraies et l'employer ensuite seul, sauf à vérifier de temps en temps si sa correction est restée constante.

Le procédé, pour ainsi dire mathématique, pour déterminer la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air, consiste à faire passer un volume d'air connu au travers de tubes remplis de ponce imprégnée d'acide sulfurique concentré et à peser ces tubes ; l'augmentation de poids donne celui de l'eau qui était contenue dans l'air qui a traversé les tubes. Ce procédé ne peut servir- qu'à vérifier les autres, il ne peut donner l'état hygrométrique de l'air à un moment précis ; l'air doit traverser lentement les tubes pour leur abandonner toute son eau; il faut une cinquantaine de htres d'air et une demi-heure pour faire une expérience convenable.

Le procédé le plus habituellement suivi aujourd'hui consiste à observer en même temps que le thermomètre ordinaire qui donne la température de l'air un autre thermomètre semblable entouré d'un linge fin qu'on entretient mouillé. Des tables donnent alors à vue, au moyen de ces deux températures, la tension de la vapeur d'eau et l'humidité relative en centièmes. Ce moyen d'investi'Tation ne donne guère l'humidité relative qu'à 3 unités près de l'ordre des centièmes

tantôt en plus, tantôt en moins; au-dessous de 10 degrés de froid, il ne donne plus rien. Par contre, il est le seul qu'on puisse employer dans les températures très-élevées, comme celles qu'on éprouve dans le Sahara, mais à la condition qu'on y fasse des expériences préalables qui permettent d'étendre nos tables aussi loin que ce climat l'exige.

Mais un procédé vraiment parfait, et dont beaucoup de personnes s'effrayent à tort, est celui qui consiste à déterminer le point de saturation de l'air ou point de rosée par le moyen de l'hygromètre à condensation. Inventé par Leroy, médecin à Montpellier, au milieu du siècle dernier, il n'a pas été compris des physiciens de cette époque, et c'est vingt-cinq ans après que de Saussure a construit son hygromètre à cheveu. Dans notre siècle, on a repris cette précieuse méthode pour la perfectionner ; aujourd'hui l'hygromètre condenseur de liegnault, muni d'un soufflet aspirant de Drian, forme un instrument tout à fait pratique. Il donne directement le point auquel il faudrait refroidir l'air pour le faire arriver au point de saturation avec la quantité de vapeur d'eau qui y est actuellement contenue. La température de l'air, celle du point de rosée et une table des tensions delà vapeur d'eau, suivant les températures, fournissent les deux éléments principaux de l'humidité de l'air. Ainsi quand, dans l'air à 10 degrés, on trouve le point de rosée à 0 degré, la table des forces élastiques de la vapeur doimant pour les tensions à 0" et 10<*, les nombres 4'"'", 60 et 9'°™, 17, la tension de la vapeur actuellement contenue dans l'air est 4'""', 60, et l'humidité relative est 50.

Cette méthode si parlaite a aussi des inconvénients ; l'éther, qu'on emploie pour produire le refroidissement du dé d'argent sur lequel se dépose l'humidité, ne peut se transporter que bien difficilement par les grandes chaleurs de l'été, et cela est tout à fait impossible dans le Sahara ; il faudrait alors employer d'autres procédés comme la glace ou les mélanges réfrigérants, mais ce sont là des procédés d'expérience et non d'observations courantes.

Dans des pays, comme la Sibérie, où la température se maintient souvent, en hiver, au-dessous de 40 degrés de froid, on n'a fait jusqu'ici aucune expérience hygrométrique par ces basses températures, ce qui sertnt très-intéressant mais orésente de grandes difficultés. Dans nos contrées, quand l'air s'abaisse cà 20 ou 25 degrés de froid, l'état hygrométrique de l'air varie extrêmement en quelques minutes, il en résulte des difficultés qu'aucun procédé ne peut faire disparaître.

11 y a donc encore dans les différents procédés hygrométriques des desiderata, des lacunes, des difficultés qu'on n'est pas encore parvenu à surmonter, du moins pour certains chmats extrêmes du globe.

La pluie se définit par la hauteur tombée dans un cylindje vertical. Pour plus de précision, l'entonnoir qui la reçoit la verse ordinairement dans un cylindre de section dix fois moindre, de manière que l'eau reçue y occupe une hauteur dix fois plus grande. Ce genre de recherches est d'une extrême simplicité en apparence, et cependant un grand nombre d'observations pluviométriques sont fort défectueuses i surtout à cause de l'emplacement qu'on donne à l'instrument. Placé sur un toit, un pluviomètre, à cause de l'effet du vent, donne une hauteur de pluie trop faible. 11 doit être placé près du sol à 1 mètre environ dans un lieu bien découvert et pas trop exposé au vent. Le plus ditficile, c'est de recueiihr la neige quand elle tombe en abondance et avec du vent ; dans les pays exposés à ces chutes de neige, on fera bien d'avoir des cyhndres de 0'°,oO ou 0'",40 de diamètre et de 1 mètre de hauteur; on jaugera l'eau de neige fondue. Mais on peut employer dans nos pays les pluviomètres ordinaires en les plaçant sur une

boîte en bois fermée, dans laquelle ou place une petite lampe ou simplement deux petites veilleuses à l'huile comme celles des chambres de malade. Cela sufiit pour entretenir le métal du pluviomètre à une température capable de fondre la neif^e instantanément, et l'empêcher, par conséquent, d'être emportée par le vent. Dans les contrées où la neige tombe en abondance et où on ne prend pas ces précautions, les observations sont très-fautives et ne peuvent qu'induire en erreur nos descendants.

Il se présente encore dans les pays du Nord une grave difticulté ; la neige tombée sur le sol est enlevée par le vent et retombe dans le pluviomètre comme si elle venait de l'atmosphère ; pour parer aux erreurs qui peuvent provenir de ce fait, il faut des observateurs attentifs qui le signalent quand il se présente, et ne comptent point la neige apportée par le vent. Mais si la neige vole au vent en même temps qu'elle tombe du ciel, il y a là une cause d'erreur bien difficile à vaincre. Dans les valléesdes montagnes, on mesure souvent des hauteurs de neige de plusieurs mètres en une nuit, parce que le vent l'emporte du flanc des montagnes. Ces observations n'ont alors qu'une valeur locale et n'indiquent point du tout la neige tombée directement de l'atmosphère.

La direction du vent est donnée par les girouettes, à condition qu'elles soient bien équilibrées et suffisamment mobiles.

L'état du ciel est très-important à noter exactement, 11 est essentiel de distinguer les diverses espèces de nuages qui occupent le ciel ; leur direction est aussi importante à noter que celle du vent et souvent différente, quelquefois opposée, surtout pour les cirrus ou nuages de neige, les plus hauts de tous. On doit no(er aussi avec soin la fraction du ciel soit en quarts, soit en dixièmes, occupée par les nuages capables d'intercepter le soleil.

A la suite des observations, un journal météorologique, relatant les accidents météorologiques principaux, est indispensable ; il comprendra le temps de la pluie, les orages, la grêle, etc., la débâcle des rivières, les remarques sur la végétation, l'agriculture, l'état sanitaire et toutes autres remarques qui intéressent spécialement l'observateur.

Telles sont les observations les plus importantes, celles qu'on doit faire dans chaque lieu d'observation ; mais selon le but qu'on se propose, selon le lieu dont on dispose on peut les étendre beaucoup.

Les plus importantes sont les observations au soleil soit avec l'appareil de P. Secchi, soit avec l'héliothéromètre d'Herschel. Plus simplement on peut observer un thermomètre à réservoir sphérique de 10 millimètres de diamètre recouvert de noir de fumée, renfermé dans un ballon de 10 centimètres de diamètre, sans nulle autre précaution que de le remplir d'air à peu près sec et d'y fixer le thermomètre avec un bouchon. On obtient ainsi des nombres très-élevés dont l'excès, au-dessus de la température de l'air, est très-propre à donner une mesure de l'insolation.

Des observations également importantes quand on a des terrains bien découverts ou en pleine campagne à sa disposition, sont celles qui consistent à observer la température du sol à la surface et à diverses profondeurs ; à 1 mètre sous la surface le thermomètre n'indique plus de variation diurne.

Les sources et les puits ont aussi de l'intérêt ; leur température ne s'éloio^ne pas beaucoup de la température moyenne de la contrée. Les sources ont leur température, la plus basse vers l'équinoxe du printemps, la plus haute vers l'équinoxe d'automne; presque toutes éprouvent une variation de 1 à 2 degrés

dans le cours de l'année. Dans les hautes montagnes, de même que dans les pys du Nord, leur température dépasse beaucoup la moyenne température de l'air correspondante à leur altitude.

On lait aussi souvent des observations ozonométriqiies qui consistent à exposer à l'air, pendant un nombre d'heures déterminé, une bande de papier imprégnée d'iodure de potassium et d'amidon, à tremper ce papier dans de l'eau distillée et à noter la coloration qu'il contracte après cette opération. Les chiffres qu'on obtient dépendant de la manière dont le papier a été préparé, il importe que tous les observateurs se servent d'un mémo papier. De plus, ces chiffres sont fort différents suivant l'exposition qu'on leur donne, surtout suivant qu'ils sont plus ou moins exposés à l'air de la campagne ; dans les rues bordées de maisons élevées, dans les grandes villes comme Paris et Lyon, on n'obtient généralement aucune coloration ; l'air des villes paraît manifester par là des propriétés différentes de celles que possède l'air de la campagne. 11 y a donc là une méthode d'investigation qu'on ne saurait négliger et qui prendra sans doute un jour une grande importance, mais jusqu'ici l'action de l'air sur le papier ozonométrique et les circonstances qui font varier cette action sont encore fort obscures.

Nous en dirons autant des observations électriques, qui sont encore tellement vagues, qu'on ne peut qu'appeler l'attention des expérimentateurs sur ce sujet plutôt que celle des observateurs.

Une fois l'observateur muni de bons ihstruments convenablement placés, la première question qu'on puisse lui poser, c'est quel système d'observation il compte suivre, c'est-à-dire à quelles heures il s'astreindra à lire les instruments.

Les personnes sujettes à de fréquentes absences, comme les médecins, devront surtout avoir des thermomètres à minima et maxima ; ils sont indispensables, mais ils ne peuvent exempter l'observateur de la lecture des divers instruments à heures fixes. Le maximum et le minimum manquent fréquemment en hiver; de plus le baromètre et les autres instruments ont besoin d'être lus à des heures régulières. Il est bien difficile d'imposer à tout le monde .un même système d'observation; le meilleur sans contredit, quand on n'observe pas d'heure en heure, c'est d'observer quatre fois par jour : 4 heures matin, 10 heures matin, 4 heures soir, 10 heures soir. Malheureusement bien peu de personnes peuvent adopter ces quatre heures, précieuses en ce qu'elles donnent les quatre mouvements du baromètre, ceux de la tension de la vapeur d'eau et la moyenne de toutes les observations météorologiques en toute saison. Le système le meilleur est ensuite 6 heures du matin, 2 heures du soir, 10 du soir ou enfin 7 heures du matin, 2 heures du soir et 9 heures du soir. On ne peut guère entreprendre de série météorologique de quelque valeur sans observer trois fois par jour; une seule observation par jour n'a qu'une bien faible valeur à notre époque. Tout observateur doit s'assurer d'un aide qui le remplace en cas de maladie ou d'absence, car les observations avec des lacunes perdent beaucoup de leur intérêt.

Il nous reste à dire quelques mots d'un mode d'observation qui n'est encore qu'à sa naissance, qu'à l'état d'essai, mais qui est destiné à remplacer tous les autres, c'est l'enregistrement des chiffres météorologiques par des machines.

Il y a longtemps qu'on a conçu la pensée de remplacer les observateurs par des machines , du moins il y a environ un siècle qu'on trouve mentionnés quelques essais dans ce genre. Mais ce n'est guère que depuis vingt-cinq ans qu'on a commencé à construire des appareils réellement applicables aux observations

MÉTÉOROLOGIE. -i-l

méttorologiques ; les premiers essais qui ont, réussi avaient pour but l'inscriptioii continue des hauteurs de la mer dans quelques-uns de nos ports, la direction et l'intensité du vent, la séparation des hauteurs de pluies tombées par diflereiilr vents; ensuite sont venus des essais d'enregistrement des oscillations de l'aiguilli! magnétique, puis du thermomètre et du baromètre.

Trois espèces de procédés ont été employés : mécanique, photographiipr, électrique.

Le premier s'applique sans difficulté aux variations de niveau des eaux naturelles, mer, fleuves ou lacs, aux hauteurs de pluie tombée, à la direction et à la force du vent. Le procédé est toujours à peu près le même, un tableau recouvert d'un papier bien tendu se meut par un mouvement d'horlogerie, tandis qu'un crayon qui suit les mouvements d'un llotteur ou de l'axe de la girouette y trace des courbes continues; mais pour enregistrer mécaniquement les oscillations de la température de l'air, il faut des thermomètres métalliques dont on a généralement bien de la peine à établir la concordance parfaite et soutenue avec le thermomètre à mercure. S'il est difficile de placer un thermomètre à mercure léger, isolé, de manière qu'il indique la vraie température de l'air, la difficulté est bien plus grande encore quand il faut isoler en plein air une machine délicate et bien plus volumineuse qu'un thermomètre d'observation. C'est là précisément l'infirmité des thermomètres enregistreurs qu'on a fait fonctionner jusqu'ici : ils donnent des nombres continus mais erronés, qu'il faut corriger par interpolation au moyen de trois ou quatre lectures directes faites sur les instruments ordinaires qu'on suppose donner la vraie température de l'air. Tout est encore à faire dans cette voie.

Pour le baromètre on n'a pas ces difficultés d'exposition, mais d'autres plus grandes encore; il faut employer un flotteur avec un baromètre à siphon ; quand cela marche bien, l'excursion est si petite qu'à peine peut-on relever sur ces courbes l'oscillation diurne du baromètre. On préfère employer dans les nouveaux essais le baromètre anéroïde, dont on multiplie le mouvement par des rouages et des leviers très-délicats ; mais la température a une inlluence dont il est difficile de tenir compte, et on a pris le parti dans la plupart des observations de ne s'en servir que pour interpoler les heures intermédiaires, par comparaison avec trois ou quatre observations simultanées faites avec le baromètre à mercure ordinaire.

Le baromètre à balance construit par le P. Secchi donne d'assez bons résultats.

Le procédé photographique consiste à employer des papiers impressionnables sur lesquels on projette un point lumineux au moyen d'un miroir qui suit les mouvements de l'instrument dont on veut enregistrer les indications; cela réussit bien, par exemple, pour la variation de l'aiguille aimantée. Pour tous les autres instruments, le procédé est toujours à peu près le même avec quelques modifications. Pour le thermomètre, par exemple, on s'arrange de manière que le mercure de l'instrument fasse sur le papier impressionnable une séparation d'ombre et de lumière ; de plus les divisions sur verre du thermomètre se reproduisant sur le papier, on relève facilement les degrés comme pai' la lecture directe. Le plus difficile est que la température accusée par l'instrument soit bien celle de la campagne.

L'enregistrement électrique peut être appliqué également, il réussit très-bien pour noter la direction et la force du vent au moyen d'une girouette et d'un anémomètre d'Osier placés aussi haut qu'on le veut. Plusieurs "de ces appareils sont mcT ENc. 2' s. VII 2j

52'2 METEOROLOGIE.

eu Ibnction en France, et ce sont les seuls appareils enregistieurs qui y foiictionnent jusqu'à présent avec les marégraphes un peu plus anciens.

Mais le véritable succès de ces appareils, c'est clans les observations astronomiques, surtout pour la détermination des longitudes ; ils permettent d'obtenir des résultats bien supérieurs à ceux obtenus de l'observation directe. Aussi ne doit-on point se décourager de Tinsuccès de quelques-uns de ces instruments dans leur application à la météorologie. Un jour viendra où l'on obtiendra plus d'exactitude des instruments enregistreurs que de ceux à lecture directe. Mais on ne pourra jamais se passer d'observateurs exercés et zélés si on veut noter avec ]-récision l'aspect du ciel, les orages et bien d'autres choses que l'œil de l'homme peut seul atteindre et comprendre.

Climatologie. Passons maintenant en revue les différents cbmats du globe, étudions la distribution, à sa surface, de la température, de la pression atmosphérique, de l'humidité, etc.

Dans tous les pays du monde, la marche de la température, dans les vingtquatre heures, est en moyenne assez régulière et presque la même, sauf une plus grande différence du jour à la nuit; on la représente bien, comme on représente tous les autres éléments météorologiques, par une courbe qui rend sensible aux yeux la loi que suit la variation du thermomètre dans une journée. Le minimum de la température arrive eu moyenne un peu avant le lever du soleil ; le maximum vers 2 heures et demie du soir, les moyennes vers 9 heures du matin et 8 heures du soir.

On peut représenter de même la marche des températures moyennes diverses dans le cours de l'aimée. Dans tous les pays situés en dehors des tropiques, cette courbe s'éloigne peu d'une sinussoïde. Cette courbe s'obtient d'une mauièie simple en roulant un carton en forme de cylindre que l'on tranche obliquemejit par une section plane ; le carton développé représente la courbe dont nous parlons. Si donc sur un cylindi'e di'oit nous traçons sur les différentes génératrices et à partir de la base, supposée divisée en 365 intervalles égaux, des hauteurs proportionnelles aux températures moyennes correspondantes à chaque jour pour un lieu donné, la série de tous les points ainsi tracés reproduira la même courbe. De sorte qu'ayant marqué sur un cylindre la température la plus basse et la plus haute, une simple section plane passant par ces deux points achèvera le tracé de la courbe et fera connaître toutes les autres. En réahté, cette courbe n'est pas tout à fait si simple, elle montre de certaines déformations systématiques qu'on avait cru naguère devoir attribuer à des irrégularités accidentelles, mais qu'on reconnaît aujourd'hui pour des faits constants. Ainsi, dans toute l'Europe, le mois de janvier a deux miuima, l'un au commencement et l'autre vers la fin, tandis que le miheu du mois est un peu plus doux; vers le 12 mai, une inflexion correspond aux trois saints de glace, tandis qu'à six mois précisément d'intervalle, l'été de la Saint-Martin vient offrir une protubérance inverse, liée évidemment à la précédente et en rapport, selon toute apparence, avec les étoiles filantes de novembre.

Entre les tropiques et surtout vers l'équateur, la marche de la température est notablement différente de ce qu'elle est dans nos contrées, mais alors il y a peu de différence entre les saisons. Les époques du minimum et du maximum de la température annuelle sont inverses dans les hémisphères nord et sud, et on doit naturellement trouver des dates intermédiaires quand on passe d'un hémisphère à l'autre. Quand on suit la côte orientale des Amériques et que, partant

des États-Unis, on se dirige vers Buenos-Ayres, on tiouve d'abord le maximum de l'été en juillet comme en Europe ; à mesure qu'on marche vers le sud, on voit ce maximum retarder; il arrive aux Antilles en août, en septembre ou octobre vers Cayenue, en novembre un peu plus au sud, puis en décembre, puis enfin eu janvier à l'embouchure de la Plata, où les saisons sont exactement opposées aux nôtres .

L'excursion de la température dans les vingt-quatre heures est pour la même latitude faible en mer, ou près de la mer, et plus grande à mesure qu'où s'avance dans l'intérieur des continents. Mais dans ces derniers elle est beaucoup plus grande près de l'équateur que dans les hautes latitudes.

L'excursion de la température dans l'année, c'est-à-dire la différence des saisons, est petite vers l'équateur et énorme dans les hautes latitudes, sm'tout à de grandes distances de la mer. Ainsi, tandis qu'à l'équateur il n'y a généralement que quelques degrés de différence du mois le plus froid au mois le plus chaud; dans la Sibérie orientale, la différence des moyennes températures de janvier à juillet diffère de 58° (de —42° à +16°).

La distribution de la température à la surface de la terre est en rapport avec la latitude de chaque lieu, mais cette distribution est profondément modifiée par la position relative des terres et des mers, et la direction des vents dominants. La mer égalise les températures, de sorte que, toutes choses égales d'ailleurs, les mers des pays chauds sont beaucoup plus froides que les continents voisins, tandis que vers les pôles le contraire s'observe et d'une manière encore plus frappante. Nous ne parlons que des grandes mers et des grands continents, car les golfes, les mers resserrées comme la mer Rouge, le golfe du Mexique sont dans un cas différent. Il y a longtemps qu'on sait que les parties orientales de l'Europe sont beaucoup plus froides que les pays situés à la même latitude au bord de l'Océan, surtout en hiver. En Amérique, on trouve les mêmes relations ; la côte des États- Unis, surtout le Canada, sont inlinmient plus froids que le territoire de l'Orégon situé à la même latitude. La cause de ces différences est fort simple, et pourtant il n'y a que peu d'années qu'on l'a universellement reconnue. Les vents dominants en Europe, aussi bien que dans l'Amérique du Nord, soufflent de la région de rOucït; il en résulte que les pays qui ont la mer à l'ouest ont un climat infiniment plus régulier que ceux qui, situés de l'autre côté des continents, reçoivent constamment le vent de l'intérieur des terres. Il y a un demi-siècle que Humboldt, dans son célèbre travail sur les Lignes isothermes, a appelé l'attention des savants sur ce fait capital de la climatologie du monde. Quelques-unes de ces isothermes ou lignes d'égale température moyenne annuelle présentent des inflexions énormes. Ainsi l'isotherme de 0 degré, qui au nord de l'Europe s'élève jusque vers 72 degrés de latitude, redescend à Tornéo, puis jusqu'à 50 degrés de latitude au nord de Pékin ; plus à l'orient, elle se relève en mer, mais pas aussi haut qu'en Europe, puis redescend de nouveau vers le 50° degré parallèle jusqu'au lac Supérieur.

Le Canada, à la latitude des côtes de France, offre la même température moyenne que Pétersbourg, mais des hivers excessivement rudes sont remplacés à six mois de là par des étés très-beaux et chauds. L'intérieur des États-Unis présente des différences encore plus grandes ; le blé, auquel conviennent spécialement ces grandes différences des saisons, donne d'admirables produits dans ces contrées. Tels sont, par exemple, les environs de Chicago. Toute la côte occidentale des deux Amériques, si droite, si peu accidentée et

524 MllïEOROLOGlE.

tîituée à la rive de l'océan Paciliqiic, qui forme à lui seul une moitié du globe, présente une égalité de saisons dont on ne retrouve point ailleurs d'exemples. A Saii-Francisco, l'hiver est aussi chaud qu'à Alger, et l'été n'est pas plus chaud qu'àPétersbourg. Au Chili, on trouve des relations analogues. Au Pérou, la température est étonnamment basse pour un pays situé tout près de l'équateur ; à Lima, qui est à 160 ou 180 mètres au-dessus de la mer, la température moyenne à 12°5' de latitude sud est 18°, 5 seulement. A Payta, Acapulco, etc., au voisinage de l'isthme de Panama, la température devient équatoriale, mais elle reste presque uniformément à 25 ou 26 degrés.

La côte orientale de l'Amérique du Nord présente des faits contraires ; le climat de New-York est excessivement rude ; l'été y est beau et chaud, mais en hiver on y éprouve souvent des variations de -H 15° à — 15°, et cela très-rapidement. Au Texas et dans le nord de la Louisiane, malgré des températures moyennes élevées, on éprouve des froids fréquents de — 15° et de — 20°, tandis qu'en été la chaleur moyenne est aussi forte qu'à Cayenne, et que le thermomètre y atteint 45 ou 46 degrés.

En France, les températures moyennes au niveau de la mer sont comprises entre 9 degrés dans le nord extrême et 14 degrés dans le sud-est extrême. A Paris, la moyenne des minima et maxima diurnes trouvés à l'Observatoire, est 10°, 65. Mais la vraie températue moyenne n'est dans la vallée de la Seine, en dehors de Paris, que 9°, 8 environ.

La température varie non-seulement avec la latitude en raison de l'obliquité de plus en plus grande des rayons solaires, à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, mais elle diminue très-rapidement, quand on s'élève dans l'atmosphère. Ce fait qu'on avait attribué tout naturellement à un effet de refroidissement par rayonnement vers les espaces célestes, ne dépend au contraire que d'un phénomène tout autre; le refroidissement produit dans un gaz par sa dilatation. Ce fait, entrevu par quelques physiciens il y a une quarantaine d'années, a été successivement nié ou aftirmé. Depuis que la théorie mécanique de la chaleur a introduit des idées plus rationnelles dans l'explication de beaucoup de phénomènes on a repris l'explication de ce décroissement de la température et enfin M. Peslia en a donné une théorie complète, il y a quelques années. A mesure qu'il s'éloigne de la terre. Pair se dilate par la diminution de la pression à laquelle il est soumis et le refroidissement qu'il en éprouve est de 1 degré par 160 à 180 mètres de hauteur. Dans la pratique on trouve plutôt 180 que 160 mètres ; aussi a-t-on adopté généralement ce nombre de 180 mètres comme Ja hauteur à laquelle il faut s'élever dans l'atmosphère pour y rencontrer un abaissement de 1 degrés de température.

C'est ce nombre dont ou fait usage pour réduire au niveau de la mer les températures trouvées à des altitudes diverses et tracer les isothermes théoriques.

Plusieurs de ces lignes ne sont connues, dans leur tracé, qu'imparlaitement, à cause du nombre insuffisant d'observations ou du peu de confiance qu'inspirent la plupart de celles que nous possédons. Une des mieux connues est celle de M degrés, qui passe par Brest, Blois, Genève, la Crimée, puis un peu au nord de Péking, dans le territoire de l'Orégon et aux Etats-Unis, un peu au sud de New- York. Si, au lieu de réduire les températures à ce qu'elles seraient au bord de la mer, on joint par des lignes courbes tous les points qui ont réellement une même température, on obtient un autre système de courbes, les isothermes réelles, qui ont aussi leur intérêt, surtout pratique. Ainsi l'isotherme de 10 dcyrés part du bord

de I Océan près de Fécamp, passe à Orléans, puis se dirige par un cours trèssinueux vers Rodez, passe dans la pente S des Gévennes, entre dans la vallée du Rhône, s'élève jusque vers Màcon, puis retourne au S. des Alpes et rejoint l'isotherme théorique au nord de la mer Noire.

Les températures moyennes annuelles les plus basses paraissent se présenter dans l'archipel au nord de l'Amérique et atteindre 18 degrés au-dessous de zéro ou environ. Les plus élevées dans l'intérieur de l'Afrique, un peu au nord de l'équateur, ou à l'embouchure de la mer Rouge, dépassent peut-être 28 degrés. Les hivers les plus froids sont ceux de la Sibérie orientale, où janvier offre une température moyeime de 42 degrés au-dessous de zéro ; les étés les plus chauds dans le Sahara, au midi de l'Algérie et aux environs de Baghdad, près de l'ancienne Babylone, oii les températures moyennes de juillet atteignent près de 55 degrés.

Les extrêmes de la température sont difficiles à préciser pour chaque lieu, pour plusieurs raisons : d'abord parce que les températures extrêmes ne se reproduisent souvent qu'à des intervalles très-éloignés et qu'il n'y a pas toujours des observateurs pour les constater ; ensuite parce que, dans la plupart des cas, les observatoires sont trop mal situés pour donner ces températures limites.

On a observé àMontargis, le 9 décembre 1871, un minimum de 27", 5 au-dessous de zéro ; ce froid est évidemment à fort peu près le même qu'on a éprouvé à Paris et dans une grande partie de la France, le 31 décembre 1788 ; les désastres produits à cette époque et la ressemblance qu'ils offraient" avec ceux constatés en 1871, àMontargis, le prouvent. En 1830, on a éprouvé dans l'est de la France des froids à peu près pareils, mais en Bretagne le froid ne paraît jamais dépasser 10 degrés au-dessous de zéro.

A Paris, le maximum de température à peu près certain ne semble pas dépasser 36",5. Le maximum 38°, 4, trouvé, en juillet 1793, au mnsée de Cluny, par Messier, dans une mauvaise situation, paraît beaucoup trop élevé. Mais la température maximum la plus sûre qu'on ait observée en France est 41", 2, obtenue dans une bonne position à Poitiers par M. Contejean, le 24 juillet 1870. 11 est probable qu'à de rares intervalles on en doit constater de plus élevées encore à Montpellier.

En Sibérie, le plus grand froid observé jusqu'ici a été 60 degrés le 21 janvier 1838. Ce chiffre, nous avons eu l'occasion de le dire déjà, serait devenu 70 degrés, mesuré sur un thermomètre à air, placé en plein champ, loin des habitations.

Les plus hautes températures qu'on connaisse d'une manière quelque peu certaine sont 46 degrés dans le midi des États-Unis, 48 degrés dans le Sahara, à Biskra, 48 degrés à Baghdad, et enfin 52 degrés sur la côte d'Afrique, près du détroit de Bab-el-Mandeb.

Le décroissement de la température dans la verticale dont nous avons déjà parlé, et qui est en moyenne de 1 degré par 180 mètres environ, se fait d'une manière fort inégale, suivant les saisons et même à des intervalles de quelques jours suivant tel ou tel état du ciel. Q est plus lent en hiver et plus rapide en été ; ces différentes s'exagèrent surtout du jour à la nuit; ainsi dans les nuits claires de l'hiver, le décroissement est souvent non-seulement très-lent, mais même inverse, c'est-à-dire, qu'il fait souvent dans ce cas plus froid dans les plaines que dans les hauteurs. En été, par les grandes chaleurs, surtout avant les orages, le décroissement est extrêmement rapide. Le vent fait disparaître ces états anormkv

de l'atmosphère, qui ne durent jamais qu'un petit nombre de jours. Ces diftérences de rapidité du décroissement de la température en hiver et en été sont en rapport avec un autre fait, c'est qu'à 10,000 ou 12,000 mètres de hauteur, il n'y a plus de différences entre les saisons. Déjà à des hauteurs de 7,000 mètres les variations accidentelles paraissent bien plus grandes que celles qu'on pourrait attribuer aux saisons ; la température de 40 degrés au-dessous de zéro, constatée à cette hauteur par MM, Barrai et Bixio en plein été, paraît le prouver.

Pression atmosphérique. L'air qui couvre notre globe est pesant comme tout autre corps fluide et le baromètre n'est qu'une balance hydrostatique qui en fait connaître le poids jusqu'à la limite de l'atmosphère sans que nous ayons besoin de connaître cette limite. Ainsi le baromètre marg^uant 760 millimètres de mercure, la colonne d'air qui le maintient à cette hauteur pèse nécessairement autant que lui. Si l'atmosphère était en repos absolu, le baromètre marquerait toujours et en tout lieu la même hauteur, mais les températures à la surface du globe étant fort différentes, suivant les latitudes surtout, l'air contracte des densités fort différentes et est continnelleraent en mouvement : de là les variations du baromètre. L'échange de l'air de l'équateur avec celui des régions polaires produit un minimum de pression vers les deux extrémités et un maximum sur le 50^ parallèle de chaque côté de l'équateur ; c'est le 50* parallèle qui partage chaque hémisphère en deux parties, équivalentes en surface. Mais il se produit d'autres minima et maxima à la surlace du globe ; près de nous un minimum de pression existe sur le golfe de Gênes, tandis qu'une ligne de maximum traverse la France de Toulouse à Strasbourg environ. Cette ligne se continue dans l'Est et va passer près de Moskou et en Sibérie.

Un minimum de pression existe vers l'Islande et le Groenland. Mais le plus remarquable est celui des parages du cap Horn : la pression moyenne annuelle n'y paraît pas dépasser 745 millimètres.

Quand on veut tracer à la surface de la France les lignes d'égale pression ou lignes isobares, il faut, comme nous l'avons fait pour les températures, réduire les hauteurs barométriques, trouvées à une certaine altitude, à ce qu'elles seraient au niveau de la mer. Ici les règles sont pour ainsi dire mathématiques et des tables très-précises, par exemple celle qu'on trouve dans l'Annuaire du Bureau des longitudes, permettent de faire cette réduction avec toute l'exactitude désirable. (]es tables sont à la vérité construites dans un autre but, celui de mesurer les altitudes au moyen des hauteurs des baromètres et non pour réduire des hauteurs barométriques au niveau de la mer ; on arrive à ce dernier calcul par le tâtonnement. Pour de petites hauteurs on peut compter que le baromètre varie de 1 millimètre pour 10'",50 de hauteur, mais pour des hauteurs plus grandes il faut tenir compte de la température, ainsi que l'indiquent les tables de l'Annuaire que nous venons de citer.

Le baromètre est continuellement en mouvement; il éprouve d'abord une oscillation diurne, souvent masquée par d'autres mouvements irréguliers, mais qui se trouve toujours dans les moyennes mensuelles. Cette oscillation diurne, considérable à l'équateur, oîi elle atteint jusqu'à 2 ou 5 millimètres, se réduit à une petite fraction de millimètre dans les régions polaires ou disparaît même tout à fait. Le baromètre est le plus bas à 4 heures du matin et 4 heures du soir, le plus haut à 10 heures du matin et 10 heures du soir; mais l'oscillation de 10 heures du matin à 4 heures du soir est, dans nos rlimats, double de l'autre. Ce mouvement périodique, dû à l'action seule du soleil, est composé de deux

autres, parce qu'il est produit par la dilatation et la contraction qu'éprouve l'air du jour à la nuit et par l'évaporation et le dépôt de l'eau empruntée à la surlace de la terre ou des mers et qui se font aussi alternativement chaque jour.

Le baromètre éprouve aussi dans l'année des variations périodiques : en France et dans les pays voisins, il est le plus bas en avril et octobre, mais à mesure qu'on s'éloigne de la mer, vers l'est, la pression en été devient de plus en plus faible ; en hiver, au contraire, elle est très-considérable. Ce mouvement alternatif est en rapport comme les moussons de l'Asie, avec la dilatation qu'éprouve l'air en été et la condensation qu'il éprouve en hiver.

Le baromètre éprouve de plus des oscillations perpétuelles, dites oscillations irrégulières, et les mouvements sont plus grands dans le Nord que dans le Sud, mais contrairement à ce qui a heu pour le thermomètre, ils sont plus grands près de la mer que dans l'intérieur des continents. A Paris, comme dans toute l'Europe en général, c'est en hiver que ces variations sont les plus grandes ; dans uw année le baromètre y parcourt en moyenne 40 ou 42 millimètres ; ce nombre augmente un peu en apparence à mesure qu'on observe mieux et que les observations sont plus multipliées ; avec des observations continues, il devient le plus grand possible, parce qu'on ne laisse pas échapper des oscillations qui passent souvent inaperçues dans des observations faites trois ou quatre fois par jour. Traduites en courbes, ces oscillations frappent les yeux par leur forme particu= lière; les maxima ont généralement lieu sur des convexitées très-plates ou à grandes courbures; les minima au contraire forment des pointes, souvent trèsaiguës ; autrement dit, le baromètre atteint bien plus rapidement les grands minima et s'en éloigne bien plus vite qu'il ne fait pour les maxima. A Paris, les oscillations extrêmes du baromètre, en ce siècle, se sont présentées dans la même année, en 1821 et ont atteint 715 à 781 millimètres environ, à l'altitude de 65^,80. Au bord de l'Océan les abaissements sont beaucoup plus grands quoi qu'à une si petite distance de Paris. En même temps qu'avait lieu à Paris ce grand abaissement, le 25 décembre 1821 à 5 heures du matin, abaissement qui équivaut à 719 millimètres environ au niveau de la mer, il descendait à Boulogne, aussi au niveau de la mer à 71 0 millimètres ; cet abaissement se voit quelquefois en Angleterre; mais l'oscillation de 1821 ne paraît pas se présenter à Paris, plus souvent qu'une fois par siècle. Il n'est pas rare d'y voir le baromètre descendre à 725 millimètres ou s'élever à 775 millimètres.

Dans les pays chauds, aux Antilles par exemple, le baromètre a une marche extrêmement régulière ; néanmoins de temps en temps un abaissement énorme comme ceux qu'on observe dans nos pays vient troubler momentanément cette régularité. Ces abaissements s'observent pendant les ouragans si désastreux de la zone tropicale, qui ont lieu aussi bien à l'île de la Réunion, sur les côtes de l'Inde ou de la Chine.

On ne connaît pas les limites de l'excursion du baromètre pour le monde entier; au cap Hom, il descend fréquemment à 710 millimètres; il doit atteindre quelquefois 705, peut-être même 700 millimètres. En Europe il paraît atteindre comme limite supérieure 787 millimètres au niveau de la mer.

L'humidité de l'air s'indique de deux manières, comme nous l'avons déjà vu, par la fraction de saturation et par la tension de la vapeur d'eau contenue dans l'air.

La fî-action de . saturation ou degré hygrométrique de l'air varie ordinairement d'une manière assez régulière dans le cours de la journée : le matin l'air est très-

humide, dans la journée beaucoup plus sec, par l'effet de l'augmentation delà température. Do grandes irrégularités sont apportées par les nuages et surlou'. par la pluie, mais en moyeinie l'humidité relative varie dans le jour et dans le cours de l'année exacfement en sens contraire de la température. On n'a pas encore assez d'observations sûres dans le monde entier pour bien connaître le degré d'humidité relative dans chaque point de la terre, mais on sait très-bien que cette humidité est au maximum dans les pays polaires, surtout dans les mers polaires ; en hiver, l'air y est toujours très-près de la saturation, en été un peu moins, mais toujours très-humide. Dans le Sahara, au contraire, l'air est toujours; excessivement sec, surtout en été. En hiver, il est quelquefois humide, mais Ju sécheresse même en cette saison y est encore très-grande.

Aux environs de Paris, on n'a pas encore assez d'observations pour bien savoir le degré hygrométrique de l'air ; il paraît en moyenne 65°; ce doit être aussi à peu près la moyenne du monde entier. Les extrêmes sont d'abord 100° ou la saturation qui se présente partout sans exception, mais pour le degré inférieur, il est probable qu'on l'a obtenu à Montsouris en juin 1871, où il s'est abaissé à 1 1 degrés. Ce degré doit être extrêmement rare et ne paraît guère se présenter que dans les déserts les plus chauds et les plus secs- La tension de la vapeur d'eau varie autour de Paris de 1 à 16 ou 18 millimètres, mais dans les autres régions elle a une excursion plus étendue : la tension de la vapeur en Sibérie, par des températures de 50 à 60 degrés de froid, ne peut être qu'une petite fraction de millimètre ; dans les pays chauds et pluvieux, elle atteint habituellement 22 et même 24 millimètres. Cet état de l'atmosphère accable les Européens infiniment plus qu'une température beaucoup plus haute', accompagnant un air plus sec ; aussi 40 degrés de chaleur dans le Sahara sont-ils beaucoup moins désagréables que 52 degrés d'air saturé d'humidité dans l'Inde,

Les variations de la tension de la vapeur d'eau dans les 24 heures sont en rapport avec l'apparition et la disparition de la rosée, phénomène général qui a heu tous les jours, quand môme il n'est pas visible à l'œil, et aussi avec la variation diurne du baromètre, comme nous l'avons déjà dit. C'est surtout dans les jours sereins que ces différents effets sont le plus saillants. Qu'une abondante rosée existe le matin, on la verra disparaître promptement aux rayons du soleil, le baromètre monte alors parce que l'air augmente de poids par l'introduction de la vapeur d'eau soustraite au sol, mais aussitôt que le sol à peu près sec ne fournit que peu d'eau à l'air, et c'est au moment où l'air augmente le plus rapidement de température, celui-ci se dilate, s'élève et la pression diminue rapidement jusqu'à ce que, un peu après le maximum de température, l'air refroidi recommence à affluer par les régions supérieures de l'atmosphère. Cet effet se produit jusque vers 9 ou 10 heures du soir, heure à laquelle l'air, sans avoir besoin d'atteindre son point de saturation, cède de son humidité au sol ; le sol en effet, plus froid que l'air par les temps sereins, tend à condenser plus facilement l'humidité ; le sol d'ailleurs par sa nature poreuse, et surtout par l'alumine qu'il contient, exerce une action énergique pour attirer et extraire l'eau contenue dans l'air et qui n'y est retenue d'ailleurs par aucune affinité spéciale. Il en résulte qu'après 9 ou 10 heures du soir, la quantité d'eau contenue dans l'air diminue rapidement ; de là la baisse barométrique de la nuit.

Dans les hautes régions de l'atmosphère, la distribution de l'humidité relative et de la tension de la vapeur diffèrent beaucoup de ce qui se p^sse près du sol ; dans la région des cumulus, l'humidité relative et la tension de vapeur sont plus

MÉTÉOROLOGIE. î)29

grandes dans le jour que la nuit. Les cumulus, c'est-à-dire ces nuages que nous voyons eu été se former dans le jour et disparaître le soir, sont tout à fait en rapport avec ces mouvements de la vapeur d'eau ; l'air qui s'élève par suite de l'écliauffement du sol, surtout vers 9 heures du matin, entraîne, comme nous l'avons dit, une grande proportion de vapeur ; à mesure qu'il s'élève, il se refroidit, de 1" par 130 mètres environ en été ; il arrive bientôt à une hauteur et à une température où il est saturé ; la vapeur se sépare alors sous forme de petits globules (pleins et non plus creux comme on l'a cru autrefois) et forme alors des nuages visibles. Ce plan où arrive le point de saturation est généralement trèsnet et c'est lui qui forme la base des cumulus ; cet état se détruit dans la soirée quand un mouvement descendant succède au mouvement ascendant du matin. Tels sont les principaux phénomènes qui se passent dans l'atmosphère par une journée sereine ; pendant les temps couverts ils sont moins tranchés, sur une échelle moindre, mais le temps n'est pas couvert partout et les effets que nous avons décrits et qui ne sont pas le résultat de l'action solaire sur un point restreint mais sur une moitié du globe, ne s'en produisent pas moins, ainsi que nos instruments nous le font voir.

Les vents sont le résultat de l'échange de l'air des pays chauds avec celui des pays froids qui a lieu constamment à la surface du globe, llien de plus simple dans l'ensemble, rien de plus compliqué dans le détail : la rotation de la terre, qui imprime à l'atmosphère une vitesse absolue très-différente suivant les parallèles, est la principale cause de cette complication. Si la terre était immobile, l'échange d'au" entre le pôle et l'équateur se ferait suivant les méridiens ; mais sur la terre, tournant d'occident en orient, l'air qui part de l'équateur et qui participe à son mouvement se trouve animé d'une vitesse de l'ouest à l'est de 465 mètres par seconde ; en arrivant aux latitudes moyennes, il conserve encore une petite partie de cette vitesse qui, combinée avec son mouvement de progression du sud au nord, lui donne cette direction du sud-ouest si habituelle dans nos cUmats. Par une raison toute semblable les vents qui se propagent des pôles vers l'équateur ont une vitesse relative de l'est qui en fait des vents nord-est dans nos contrées.

Lorsque le vent, au lieu d'être le résultat si simple de l'échange de l'air entre une immense zone froide avec l'équateur, se précipite au contraire vers un point déterminé où s'est produite une dépression barométrique, une autre complication se présente ; à cause des différences de vitesse des différents parallèles, l'air qui se précipite du sud vers le nord est dévié à droite et tend à se précipiter vers le nord-est ou même l'est, celui qui du nord devrait aller au sud va aussi à droite, c'est-à-dire au sud-ouest ou à l'ouest. 11 en résulte que ces vents tendent à tourner de droite à gauche en laissant entre eux un espace circulaire où l'air a peu de mouvement. Cette manière d'être des vents a été découverte par Redlield (do New-York), il y a plus de quarante ans, mais ce n'est que depuis peu d'années qu'on s'est universellement rallié à cette théorie des cyclones ; c'est là le nom que Redfleld avait imaginé pour caractériser ce mouvement tournant des tempêtes.

Dans l'hémisphère Sud, le mouvement tournant se fait en sens contraire, ce qui prouve qu'il est lié au sens de la rotation de la terre.

Vers l'équateur, les vents soufflent toujours, de notre côté, du nord-est, de l'autre côté, du sud-est. Dans nos pays, les vents dominants sont ceux du sudouest alternant avec des vents un peu moins fréquents du nord-est. Entre ces deux zones il en existe une intermédiaire où les vents très-dominants sont du nord-

ouest. Tel est le mistral de la Provence ; on avait cru pendant longtemps que ce vent dépendait des Alpes ou des autres montagnes, mais sans nier l'influence d(?s circonstances locales, nous remarquerons que ce vent de nord-ouest existe dans le monde entier à peu près à la même latitude et dans une zone étroite.

En Asie, les vents équatoriaux et polaires, au lieu d'alterner comme chez nous un grand nombre de fois dans l'année, n'alternent qu'aux changements de saison et soufflent du sud-ouest pendant notre été et du nord-est pendant notre hiver ; c'est ce qu'on appelle les moussons.

On remarque souvent plusieurs couches de nuages au-dessus de sa tête. Souvent ces différentes couches ont des directions différentes et quelquefois opposées.

On remarque dans nos climats que les cyclones suivent presque constamment un même chemin ; ils prennent naissance au sud-ouest des Açores, passent par ces îles et viennent aborder l'Europe par la côte d'Irlande, puis se propagent au travers de l'Europe tantôt vers le Danemark et la Russie, tantôt vers l'Italie et la mer Noire.

Les vents sont toujours en rapport avec les principaux changements de temps ; les vents d'ouest et de sud-ouest sont pour presque toute l'Europe les vents de la pluie; ceux du nord-est concordent avec un temps généralement clair, avec les grands froids en hiver et les grandes chaleurs de l'été. Autrement dit, on a par les vents de nord-est et d'est des températures continentales ou extrêmes, tandis que les vents opposés égalisent tellement les températures qu'il n'est pas rare de voir à Paris des journées de décembre rester tout entières plus chaudes que certaines journées du mois de juin.

La direction du vent le plus chaud ou du vent le plus froid, dans chaque point du globe, est à peu près normale à l'isotherme de ce point. Le même fait a lieu pour chaque mois de l'année ; la direction est la normale à l'isotherme qui convient à ce mois.

La vitesse du vent ne dépasse guère, ordinairement, un petit nombre de mètres par seconde ; néanmoins on la voit s'élever à 40 ou 45 mètres ; elle s'est élevée à Paris à 50 mètres, d'après M. H. Mangon, le 10 décembre 1872, à 6 heures du soir. Il est probable que dans les ouragans des pays chauds qui renversent des édifices ou déracinent les arbres, elle est encore plus considérable.

Pluie. De tous les phénomènes météorologiques, il n'est pas de plus irrégulier en détail, de plus général dans son ensemble que le phénomène de la pluie. Nous allons exposer en peu de mots sa théorie et sa distribution à la surface de la terre.

La pluie n'est autre chose que l'eau des mers évaporée par le soleil ou simplement par la chaleur et retombant ensuite sous forme liquide. Le passage de l'eau de l'un de ses trois états à chacun des deux autres, constitue autant de phénomènes spéciaux et qui portent les noms de brume, brouillard, rosée, gelée blanche, glace, givre, grésil, grêle, neige, pluie.

La plus grande difficulté qu'on ait éprouvée jusqu'ici dans la théorie de ces diverses transformations de l'eau, c'est l'explication de la grêle. Pendant longtemps cette explication était impossible, parce qu'on ignorait certaines propriétés de l'eau qui y jouent le rôle principal. L'eau réduite à l'état de division extrême,. de même que l'eau dans un repos complet, ne se solidifie pas à la température de la glace fondante. Réduite à l'état de globules de 0'"™,02 ou 0™'",5 de diamètre, elle ne se gèle que vers 22" au-dessous de zéro ; l'observation qu'on a faite de

MÉTÉOROLOGIE. oôl

brouillards jusqu'à cette température, aussi bieu que l'existence de cirrus, c'està dire de nuages formés de neige, à 6,000 mètres de hauteur, le prouvent également ; les cirrus, de leur côté, jjeuvent contracter une température très-basse, de — 40°, au milieu même de notre été, ainsi que l'a fait voir le voyage en ballon de MM. Barrai et Bixio en 1850. Voici donc ce qui se passe pendant les temps chauds et à peu près calmes de l'été : la surface seule de la terre s'échauffe d'une manière anormale, tandis que les régions supérieures de l'atmosphère se refroidissent considérablement; le décroissement de la température est autrement dit très-rapide, ainsi que le démontrent les observations faites dans les stations trèsélevées, comme le Saint -Bernard, en Suisse. Pendant un tel état du ciel, le haromètre baisse rapidement jusqu'à ce qu'enfin l'équilibre instable de l'atmosphère se rompe brusquement; à ce moment se produit un mélange rapide de neige des cirrus à — 40° avec de l'eau liquide à — 22° (à l'état de surfusion, comme on dit) qui produit instantanément de l'eau à 0° et de la glace selon les proportions relatives des cirrus et des nuages d'eau liquide. Il est possible que ces proportions soient telles qu'il ne se produise que de la glace à 0°, alors le temps s'éclaircira presque subitement après une chute de grêle ; mais en général il y aura de l'eau excédante, seulement on voit que la chute de grêle commencera le phénomène. De plus, comme il est instantané, il ne tombera de îa grêle que pendant 5 minutes correspondant au temps de la chute au travers des nuages à grêle, La plupart du temps les températures ne sont pas assez basses et il ne tombe que de la pluie froide ; d'autres fois des vents chauds et secs viendront déranger le phénomène en voie de préparation et tout disparaîtra ; c'est ce qu'on voit souvent dans le midi de l'Algérie.

La pluie se produit aussi par la rencontre de deux masses d'air saturées à des températures différentes ; cela ne donne généralement que des pluies peu abondantes, mais fréquentes au bord de la mer et qui deviennent dominantes en hiver dans les contrées maritimes.

La neige se produit par l'arrivée de vents chauds et humides qui perdent leur vitesse dans une contrée froide et y déposent leur eau par cristallisation. On parle souvent de neige tombée en été dans les temps d'orage sur les hautes montao-nes, qui effectivement sont blanchies à tel point qu'on le voit des plaines voisines ; mais ce n'est pas de la neige qui tombe dans ce cas, mais bien cette grêle légère que nous voyons souvent en été et surtout au printemps. La masse d'air contenue dans la verticale d'un lieu ne peut jamais lui fournir que très-peu de nei^e, et quand elle tombe en grande abondance, c'est que de nouvelles niasses d'air succèdent aux premières ; dans les montagnes oii un obstacle matériel limite l'étendue du phénomène, la neige s'accumule sur une même zone ordinairement assez étroite, et c'est là en effet qu'on observe les hauteurs de neige les plus "^randes, surtout dans les concavités.

La pluie tombe plus ou moins dans le monde entier, mais la neige ne se voit, du moins dans les pays peu élevés au-dessus de la mer, que sur la moitié de la surface du globe, ou, pour parler plus exactement, sur la moitié de chaque hémisphère qui regarde les pôles.

La pluie est augmentée par les circonstances suivantes : la température, le voisinage de la mer dans le sens des vents dominants, l'irrégularité du climat, l'altitude et surtout une forme concave et fortement inclinée du sol du côté des vents pluvieux.

Ces diverses circonstances, quand elles se trouvent réunies, donnent des maxiraa

352 iMÉTÉOROLOGlE.

de pluies annuelles. Il est iacile de voir qu'elles se trouvent réunies dans l'Inde au pied de l'Himalaya ; aussi est-ce là que Ton constate les plus grandes hauteurs de pluies moyennes, aussi bien que les plus grandes averses. On dit qu'on y observe jusqu'à 7 mèlres d'eau par an. Au contraire, les contrées oii le climat est très-peu variable, le baromètre élevé, et qui sont garanties des vents pluvieux par des chaînes de montagnes, restent à l'état de déserts qui n'ont jamais d'autre raison d'être que le manque de pluie.

En France, le minimum de pluie annuelle 580'°"" se présente à Paris et jusque vers Tours; le maximum se présente à Valleraugue dans la pente méridionale des Cévennes; on y a trouvé 2™, 06 de hauteur de pluie annuelle, mais avec un très-petit pluviomètre placé sur un toit; il est probable qu'elle atteint réellement 2", 50. Bayonne reçoit près de 2 mètres d'eau par an. Au pied nord-ouest du Morvan, dans quelques points de l'Ardèche et des Alpes, on rencontre des points qui reçoivent l'^jSO à 1™,80 de pluie annuelle. La moyenne pour toute la France doit être 700 millimètres environ.

Dans la zone éqnatoriale il faut au moins 3 mètres de pluie par an pour que la végétation y soit riche. Dans les pays du nord, 0'",40 suffisent à la végétation de ces contrées.

On ne connaît pas de limites à la quantité d'eau que peut fournir une seule averse ou une seule pluie sans interruption : à Paris, on voit quelquefois tomber 35 millimètres d'eau dans une demi-heure d'orage, mais on a vu, quoique fort rarement, tomber 50 ou 60 millimètres en quelques heures. Dans le Midi, ces averses sont communes ; on y voit tomber 450 ou 180 millimètres d'eau en quelques heures. Enfin la plus grande averse qu'on connaisse est celle tombée à Gênes le 25 octobre 1822 et qui atteignit 810 millimètres en 24 heures. A Joyeuse, dans l'Ardèche, il en est tombé presque autant le 9 octobre 1827.

Dans tous les pays on remarque qu'avant les orages ou les grandes pluies, l'air devient extraordinairement transparent. Voici l'explication de ce fait : les orages ou les grandes pluies supposent toujours un décroissement rapide de la température dans la verticale, comme nous l'avons déjà vu, et une grande humidité dans les régions supérieures de l'atmosphère. Or dans le mélange des différentes couches qui se fait toujours même par les temps qui semblent les plus calmes, l'air des couches élevées rencontrant en bas un air relativement très-chaud y laisse dissoudre instantanément ses vapeurs. De là la clarté exceptionnelle de l'atmosphère dans ses parties basses; pendant ce temps, l'air d'en bas, quand il s'élève, rencontrant une région très-froide, y donne des nuages exceptionnellement épais.

Le brouillard n'a pas d'autre cause à la surface de la terre qu'un état du ciel opposé à l'état orageux, c'est-à-dire un décroissement lent de la température ou des températures plus élevées en haut qu'en bas ; alors l'atmosphère offre un état inverse du précédent, le brouillard se forme en bas, Tandis que l'air est exceptionnellement translucide en haut. Mais pour comprendre dans la définition des brouillards tous les cas qui peuvent se présenter, par exemple les nuages qu'on appelle de ce nom dans les montagnes, le brouillard ne peut être défini que : l'état de l'air dépassant inférieurement le point de saturation.

État du ciel. On n'a pas encore de nombres précis pour la nébulosité du ciel dans le monde entier, mais on sait cependant à peu près comment se distribuent les nuages à la surface de la terre. En Europe, le temps le plus couvert parait se présenter depuis le nord de la France jusqu'en Angleterre et en Suède. Le ciel s' éclaircil rapidement vers le midi de la France; à Alger, le ciel est encore plus

clair surtout en été, et dans le Sahara le mauque de nuages est la calamité de la contrée.

 Paris, le ciel est nuageux en été et très-nuageux en hiver. La différence de nébulosité entre l'hiver et l'été est encore bien plus grande vers la Méditerranée.

Cette distribution des nuages suivant l'année et surtout suivant les saisons exerce une grande influence sur la végétation. Au Japon comme en Chine, ou remarque des rapports tout différents ; l'été est beaucoup plus nuageux que riiiver ; aussi les plantes de ces contrées sont briilées chez nous par le soleil de nos étés et détruites par l'humidité de nos hivers,

D.uis les montagnes un peu élevées, comme les Alpes, la distribution de la nébulosité est différente de ce qu'on observe dans les plaines ; ainsi au Saint- Bernard, l'hiver est beaucoup plus clair qu'à Genève ; le contraire a lieu en été.

Prédiction du temps. Peut-on prédire le temps ? y àrrivera-t-on au moins un jour? telles sont les questions qu'on entend poser fréquemment. La plus complète solution serait d'arriver à prédire le temps comme on annonce le retour des planètes et de certaines comètes, ou tout au moins comme on annonce les grandes marées, sujettes à quelques variations que n'admettent point les astres. Les phénomènes de la météorologie sont si" compliqués dans le détail qu'il est peu probable qu'on arrive à une grande précisioji paur chaque point du globe ; mais on aura obtenu tout ce qui est nécessaire si on prédit les tempêtes, les pluies ou les sécheresses, les froids intenses, les grandes chaleurs, etc. Avant qu'on soit arrivé à un but si complet et si désirable, il est à peu près certain que quand on aura des communications télégraphiques dans le monde entier et des observations partout, on pourra annoncer les tempêtes 8 jours à l'avance et sans doute aussi les vents dominants et les principales circonstances du climat d'une grande contrée. Les grandes pluies ou les sécheresses prolongées seraient surtout trèsimportantes à connaître pour l'agriculture. Les avertissements aux ports dont le service est déjà en activité depuis un certain nombre d'années n'est pas arrivé à beaucoup de résultats, surtout parce que le champ des observations n'est pas assez étendu, principalement vers le sud -ouest, en pleine mer, du côté des Açores, par exemple, toutes les tempêtes suivant à peu près invariablement ce trajet pour venir aborder les côtes d'Irlande les premières en Europe.

La hauteur de pluie tombée observée dans un certain nombre de points du bassin d'un fleuve, surtout la crue des affluents rapides qui se fait la première, a permis déjà plusieurs fois d'annoncer aux populations riveraines les crues de la Loire et de la Seine. Le télégraphe marchant plus vite que les phénomènes, on a dans ce cas comme dans le précédent remplacé la prédiction des événements par des avertissements.

Quant aux pronostics du temps proprement dits, ils se réduisent à un petit nombre. Ils sont tirés principalement de la marche du baromètre. Voici ce qu'on peut dire de plus certain.

Une grande baisse barométrique de 20 millimètres et plus au-dessous de la moyenne, indique toujours dans la plus grande partie de la France et même de l'Europe des vents de sud-ouest forts, de la pluie et des temps en général assez longtemps variables. Ce dernier état du ciel arrive sûrement si le baromètre a éprouvé plusieurs mouvements de hausse et de baisse d'une grande étendue en peu de temps. En général, la baisse du baromètre pendant des temps clairs indique que le ciel ne tardera pas à se couvrir. La hausse du baromètre indique en général que le temps va se mettre au beau ; cette indication, pour être sûre,

ôU MÉTÉOROLOGIE.

a besoin d'être le résultat d un mouvement assez lent, soutenu ; mais elle niau(iue souvent, surtout en hiver ou dans les saisons de transition. C'est surtout en Clé après de grandes pluies qu'une hausse continue du baromètre annonce le retour du beau temps avec la plus grande probabilité. Quand ces caractères sont accompagnés d'un ciel très-voilé par un brouillard sec, c'est ordinairement l'annonce de chaleurs prolongées.

Certaines grandes intempéries sont soumises aussi à des retours périodiques : les grands hivers par exemple reviennent par groupes de 4 à 6 tous les 41 ans, 1789, 1850, 1871 et 1872 ; on les retrouve très-bien dans l'histoire des siècles passés. Les grands étés ont aussi une périodicidé ; ainsi on a constamment un été très-chaud 4 ans environ après l'hiver principal dans la série de 41 ans; il est donc probable que nous aurons un été de cette espèce vers 1875. Certains mois présentent aussi une périodicité dans leur température moyenne ; ainsi nous paraissons être dans une période de mois de juin relativement froids ; la température moyenne de mai va en s'élevant, etc. Enfin certains jours isolés présentent des intempéries spéciales comme les trois saints de glace de mai et 1 été de la Saint- Martin. Le 12 mars est presque toujours une époque d'intempérie remarquable ; le 16 juillet est un jour d'orage et le 18 octobre un jour de baisse barométrique ; ces deux jours sont précisément signalés par Cotte comme étant, dans le siècle dernier, des jours remarquables de beau temps ; il y aurait donc périodicité dans le caractère de ces journées, à un intervalle de temps que nous ne pouvons encore préciser.

La multiplication des séries météorologiques pendant un grand nombre d'années fera sans doute connaître d'une manière certaine ces retours si importants.

CJiangements séculaires des climats. Beaucoup de personnes croient que le climat subit des modifications profondes en peu de siècles, en se basant sur des faits isolés qu'on prend pour des faits habituels ; rien n'est moins prouvé que ces prétendus changements. Les variations de climat, et il y en a, ne peuvent se faire ([lie dans une très-petite étendue de l'échelle thermométrique et avec une extrême lenteur. Quelques personnes ont cru trouver, dans le mouvement de la hgue des équinoxes, les causes de cataclysmes périodiques dont la surface de la terre porte les traces. Adhémar, qui a publié un livre sur ce sujet,. admet qu'il se forme par exemple de nos jours, au pôle nord, un amas de glace qui pourra atteindie un jour 40 lieues de hauteur moyenne sur le cercle polaire tout entier, hypothèse contraire à tous les faits physiques les plus simples; rien ne peut se déposer dans l'atmosphère au-dessus de 8 ou 10,000 mètres de hauteur, et la glace, foulée à sa base, moulée sur le fond des mers, y fondrait certainement au lieu d'y persister.

La ligne des équinoxes a un mouvement tel, que la terre se trouvait le plus près du soleil précisément au solstice d'hiver au milieu du treizième siècle. Son mouvement est si lent qu'actuellement nous sommes le plus rapprochés du soleil vers le 1" janvier. Dans 12,000 ans, c'est au solstice d'été que nous nous trouverons le plus près du soleil; cette circonstance amènera certainement une différence notable dans le rapport des étés et des hivers, mais non pas d'une trèsgrande étendue et il est probable que le climat de Paris oscillera entre ceux de Brest et de Lyon. Les autres éléments de l'orbite terrestre ne peuvent occasionner par leurs variations que des changements très-faibles. Le changement de l'obliquité (angle de l'équateur et de l'écliptique) qui diminue actuellement de une demi-seconde par an, déplace lentement les tropiques } c'est ainsi que la ville

d'Assoviàn, dans la haute Egypte, que nous appelons Syène, a dû être dans une antiquité reculée sur le tropique du Cancer ou fort près de ce cercle ; uKÙnteuanl elle en est notablement éloignée ; autrefois, le jour du solstice d'été à midi, on pouvait voir l'image du soleil dans un puits qui ne présente plus aujourd'hui ce

spectacle.

Beaucoup de personnes croient que les déboisements des montagnes, la multiiilicité des cultures et l'action de l'homme enfin modifient les climats. Ce sont des théories qui n'ont aucune base, qui ne reposent que sur des faits mal interprétés. Tout au moins doit-on regarder la question comme à résoudre. On a prétendu que les inondations étaient plus rares autrefois que maintenant, mais M. Champion, dans un travail très-important sur ce sujet, a fait voir que les inondations étaient tout aussi fréquentes et aussi désastreuses autrefois qu'aujourd'hui.

En résumé, il ne paraît pas qu'il y ait lieu de concevoir aucune crainte pour l'avenir delà nature organique dans des temps même très-éloignés.

Rekod.

Météorologie ou aérologîe mystique. — Sous le titre de Météorologie religieuse et mystique, M. le docteur E. Grellois, médecin principal de première classe des armées, ancien président de la Société météorologique de France, a publié, il y a trois ans, un bon livre, qui \a nous éviter bien des recherches pour la rédaction de cet article; car il renferme judicieusement disposés la plupart des faits de superstition, née de la terreur inconsciente et irréfléchie qu'ont provoquée et que provoquent encore les phénomènes toujours grandioses, souvent étonnants, qui se passent dans notre atmosphère.

Seulement la moitié du volume en question, laquelle est consacrée à la météorologie religieuse, étudiée dans les livres saints, dans le paganisme, dans les livres indiens, chez les Perses, Chaldéens, Phéniciens, Carthaginois, Égyptiens, Grecs, Romains, Celtes, Scandinaves. Germains, Mahométans, ne nous semble pas être du ressort de ce dictionnaire. On est mal à son aise, lorsque attaché comme malgré soi, par les liens sacrés de la science, on veut analyser, interpréter, expliquer des paroles déclarées venir d'en haut, et que respectent tous les hommes fldèles à leur religion, quelle qu'elle soit.

Nous avons vu, à l'article Astrologie, que, poussé par un immense orgueil, aussi bien que par une espèce d'enthousiasme, d'admiration et de terreur secrète, que fait naître l'aspect du ciel, l'homme fut de toute éternité porté naturellement à regarder les globes innombrables qui roulent dans l'espace sans fin, comme le livre du destin, et à chercher à lire l'avenir soit en calculant le mouvement et les aspects des astres, soit en observant les phénomènes qui s'y passent.

Que l'on descende de ces hauteurs insondables vers la couche azurée qui nous entoure immédiatement; et tous les grands accidents qui troublent parfois le calme de l'atmosphère, la foudre, la tempête, les inondations, les météores, deviendront le sujet des interprétations les plus singulières, les plus fantasques, des manifestations mystiques les plus étonnantes ; et, bien entendu, les dépositaires de la religion s'en empareront pour rendre en quelque sorte visible la main d'un Dieu qui a sans doute ses raisons pour ne pas se montrer depuis tant de siècles que l'homme, éperdu, chancelant par le doute, invoque sa vue.

Bailly, l'infortuné Bailly, a pu dire presque sans conteste, que « l'astronomie était née de la curiosité des hommes. » La météorologie mystique a une autre origine : la terreur. Dans les temps reculés, surtout, où les phénomènes de la nature échappaient à toute explication physique, les hommes ne pouvaient voir dans ces grandes manifestions que des témoignages de la colère ou de la bonté divines. Mais tandis que les parties élevées de la voûte céleste n'offraient à leurs yeux éblouis qu'un splendide tableau d'harmonie, et n'éveillaient en eux que des sentiments d'admiration, les basses régions leur présentaient surtout des phénomènes irréguliers, capricieux, sans liaison apparente, tantôt propices, tantôt funestes. Les hommes peuplèrent le ciel des héros qui avaient bien mérité de la terre, mais ils soumirent l'atmosphère à l'empire de génies, bons ou mauvais, dont les combats incessants étaient, par la victoire des uns ou des autres, des sources de richesse et de joie, ou de misère et de chagrin.

Un fait très-remarquable, c'est que le mysticisme s'est particulièrement égaré soit sur les mouvements des astres, soit sur les manifestations de notre atmosphère, suivant la placidité habituelle de cette dernière dans certaines régions de notre globe, ou son bouleverse-

ment presque normal dans d'autres. C'est une observation faite par M. Grellois, dont la valeur serait amoindrie si nous ne la rendions dans ses propres paroles :

« Cependant, suivant les influences diverses des climats, et par conséquent aussi, suivant la variabilité des besoins, le culte des hommes se porta de préférence vers les scènes calmes et régulières du ciel ou vers les scènes, non moins grandioses et plus émouvantes de l'atmosphère. Dans les vastes plaines de la Chaldée et de la Mésopotamie, un ciel toujours pur, des nuits d'une incomparable limpidité, durent singulièrement favoriser l'observation astronomique et donner peu d'importance aux phénomènes de l'atmosphère. Chez les peuples voisins du littoral de la Méditerranée, Asie Mineure, Egypte, Grèce, les nuages voilant plus souvent l'aspect du ciel, les pluies, les vents, les tempêtes exerçant une action plus fréquente et plus énergique, l'observation doit porter également sur les uns et sur les autres, et, cliez ces peuples, généralement navigateurs, la théologie physique s'inspire à la fois des astres et des météores. Mais si nous quittons ces heureuses contrées, berceau des sciences et de la philosophie, pour pénétrer dans les sombres régions du nord de la vieille Europe, nous voyons les phénomènes cosmiques se présenter sous un aspect différent: des vapeurs épaisses obscurcissent le ciel; la vue s'élève plus rarement jusqu'aux étoiles; et l'observation se concentre sur une atmosphère brumeuse et menaçante, sur les flots agités par des vents furieux, soulevés par des ouragans destructeurs. Les dieux de la Scandinavie ne sont qu'un reflet de cette âpre poésie de la nature, et le chant des bardes ou des scaldes n'est qu'uu écho du mugissement de la tempête. »

Dans l'antiquité religieuse et profane, et durant tout le moyen âge, certains phénomènes météorologiques, dont l'interprétation semblait impossible par les lois naturelles, étaient considérés comme des prodiges ou des miracles, œuvres directes d'une volonté supéi'ieurc; météores bienfaisants, ils éveillaient dans les cœurs des sentiments de reconnaissance ; fléaux destructeurs, ils apportaient la terreur et la désolation; à titre de phénomènes purement insolites, ils exprimaient le plus souvent la colère céleste et constituaient, en général, des pronostics de fâcheux augure.

Aussi, après avoir soumis ces phénomènes météorologiques au pouvoir direct de puissances supérieures, est-on bien vite arrivé à leur opposer des génies, bons ou mauvais, et même de simples hommes.

Elle, envoyé pour détruire le dieu Belzébuth, prie d'une manière si fervente, que la foudre tombe sur les Philistins, et les anéantit. Les incantations de la devineresse Débora suflirent pour que le tonnerre tombât sur l'armée des Chananéens.

Qu'on ouvre les livres abominables des Bodin, de Hoquet, Remigius, ces affreux pourvoyeurs de créatures humaines pour le bûcher des sorciers, et l'on y trouvera une foule d'exemples qui mettent en évidence les pouvoirs attribués aux mauvais génie de l'air, aux démons de la foudre, pouvoir délégué aux soi'ciers, et que ceux-ci payaient de la vie.

A Rome, et durant tout le moyen âge, on connaissait sous le nom de tempestaires [kmpestarii), des hommes auxquels on supposait, en vertu d'un pacte infernal, le pouvoir de faire tomber la foudre et la grêle.

Chez tous les Celtes, certains individus avaient le redoutable privilège sur les tempêtes et les vents.

Aujourd'hui, encore, il n'est pas sûr que les matelots anglais aient détrôné leur David Jones, être fantastique qui commande aux orages et aux tempêtes, et auquel ils donnent de grands yeux, trois rangées de dents, des cornes et de larges narines, d'où sort un feu bleuâtre.

Sur les bords du Kil Blanc, on trouve, sous le nom de kodjours, des jongleurs qui s'attribuent le pouvoir de donner ou d'ôter les maléfices, d'empêcher ou d'amener la pluie.

Le besoin d'obtenir de la pluie a donné naissance à une singuhère superstition chez les aborigènes du centime de l'Australie ; les prêtres recommandent, spécialement dans ce but, de brûler des cheveux.

La funeste habitude de sonner les cloches pendant les orages , la coutume, plus inoffensive, de tirer le canon dans les mêmes circonstances, ne sont que des modifications et des applications modernes d'usages antiques.

Le tonnerre, surtout, par ses manifestations imposantes, par ses feux d'une inimitable grandeur, par le roulement merveilleux de ses coups, par le fracas épouvantable qui semble vouloir briser la voûte céleste, a dû, tout particulièrement, frapper l'imagination des hommes, et leur faire concevoir dans ce spectacle extraordinaire la main magique d'un génie supérieur. Le chapitre Foudre et théories fulminaires, dans le livre de M. Grellois, est plein de renseignements et de véritables curiosités. Il a étudié le fait dans les écrivains latins, du temps des empereurs d'Orient, dans Grégoire de Tours, au moyen âge, etc., et partout il a vu la foudre et ses diverses manifestations occuper une grande place dans l'histoire des superstitions, et notamment dans les rites divinatoires.

« Les annales, écrit Pline, font foi qu'au moyen de certains sacrifices et de certaines formules on peut forcer la foudre à descendre, ou, du moins, l'obtenir du ciel. Suivant une an-

MÊTÊUROLOGIE. 557

cieiuic tradition, cet art fut pratiqué en Étruric, chez les Volsuniens, à roccasion d'un monstre appelé Voila, qui, après avoir ravagé la campagne, était entré dans leur ville; leur propre roi Porsenna, lit tomber sur ce monstre les feux du ciel. Lucius Pison, écrivain d'un grand poids, dit, au premier livre de ses Annales, qu'avant Porsenna, Numa Pompilius avait souvent accompli le même prodige et que, pour s'être écarté du rit prescrit dans l'initiation de cette pratique mystérieuse, Tullus Hostilius fut lui-même foudroyé. »

La chute de la foudre avait toujours un caractère grave aux yeux des collèges sacerdotaux des Étrusques et des Romains, qui en adoptèrent les i-ites fulminaires. Il fallait en détourner l'influence par des conjurations ou des cérémonies, suivant un code déterminé. Les anciens Rorayins apportaient à Jupiter des têtes d'oignons ou de pavots en lui demandant de détourner, sur ces têtes innocentes, les foudres dirigées sur les hommes. Un coup de foudre faisait dissoudre l'assemblée du peuple. On considérait surtout comme funeste la foudre tombant du ciel en s'accompagnant de traînées de feu venant des hautes parties de l'atmosphère. Il était tenu no'te exacte des coups de tonnerre, et des registres spéciaux, libri fulminares, conservaient ces indications. Plusieurs auteurs romains rapportent de nombreux exemples de chutes de foudre sur des empereurs, des personnages éminents, sur les statues et les temples des dieux. L'imagination devait être frappée, et les hommes ne pouvaient y voir que l'expression d'une volonté supérieure. On est étonné du nombre des temples renversés ou endommagés par le tonnerre entre les années 484 et 689. M. Grellois n'en cite pas moins de vingt e.xemples.

Grégoire de Tours, les chroniqueurs de nos annales nationales, fourmillent aussi de faits se rapportant à de violents orages, auxquels ils rattachent presque toujours un fait calamiteux arrivé, ou qu'ils regardent comme un avertissement du ciel pour des malheurs prochains.

Le lecteur comprendra que nous glissions sur cette foule de détails incompatibles avec un article de dictionnaire de médecine. Nous passons les visions apparaissant dans l'atmosphère, et dont les annalistes, les historiens et les vieux chroniqueurs nous entretiennent si souvent : ange de Dieu apparaissant (an 600) au-dessus des armées austrasienne et bourguignonne; deux armées combattant dans les airs (568) ; pluie de feu tombant sur Gonstantinople (62i) ; signe en forme de glaive (U55); pluie de cendre et de feu (655); homme et croix embrasés au milieu des nuées sanglantes (H20); l'image de Jésus crucifié (1462) ; la fameuse vision de Constantin ; la croix de Migné (1826), etc., etc. « Miracle 1 miracle ! » crient les prêtres... Jonglerie d'un prêtre, mystification des évêques, du clergé et des assistants... Immense cerf-volant lumineux enlevé et immobilisé dans les airs... Facétie attribuée à un paysan... Hallucination épidémique... Réflexion dans l'atmosphère d'une croix de mission qu'on venait de planter... répondent à leur tour la science et l'esprit d'examen.

Il est plus intéressant de nous arrêter quelques instants sur les pluies merveilleuses, parce que, grâce à la science moderne, tous ces prodiges ont été suffisamment expliqués par les lois ordinaires qui gouvernent le monde .

Pluies meneilleuses. 11 y en a eu d'or; d! argent (Dion Cassius) ; A'armes (ne dit-on pas : Il pleut des hallebardes?); de blé; de canards (1587) ; de chair humaine; de crapauds; de croix (à partir de 367, année de l'apostasie de Julien); de froment (1556); de graines (1805) ; de laine (571) ; de lait (234 av. J. G.) ; de pierres, de tessons de poterie (665) ; de briques cuites; de poissons (990); de poussière (1859, entre autres) ; de sang (très-commune) ; de soufre (1676) ; de turbans. Je tenais ces turbans pour le bouquet. C'est un Simon Goulard qui raconte qu'au temps des invasions des Turcs, il tombait en Allemagne, des pluies de petits turbans, " mignonnement ouvragés. »

11 est étonnant que la neige, avec les magnifiques tapis qu'elle étend sur la nature, les gracieuses girandoles qu'elle forme sur nos arbres, n'ait pas ses légendes météorologiques. Il y en a une cependant, mais elle est splendide. 11 s'agit du pape Libère s'entretenant, avec un sénateur, de l'église Sainte-Marie- Majeure, qu'il se proposait d'élever à Rome. Tout à coup (c'était au mois d'août) il tombe de la neige; et qu'aperçoivent les deux interlocuteurs, là, devant eux ? Le plan de la nouvelle église évidemment tracé par un ange...

La grêle n'a pas échappé à la loi commune. Julien de Samothrace donne, du reste, une explication étonnante de ce fait météorologique. « Dans la lune, dit-il, il n'y a point de fontaines, mais des arbres chargés de grêle, et lorsque le vent les secoue, la grêle tombe sur la terre, » exactement comme les pommes d'un pommier. Palladius assure que des fragments de veau marin, disposés sur certains points, préservent des atteintes de la grêle. C'est sans doute le même animal que J. B. Porta désigne sons le nom d'equus fluviatilis. Gharlemagne, dans ses Capitulaires, proscrivit comme sacrilège l'usage d'élever de longues perches pour détourner la grêle. Ces perches portaient à leurs extrémités des papiers chargés de caractères indéchiffrables. Quant à la grosseur des grêlons mentionnés par des gens « qui les ont vus », il y en a eu de 15 pieds de long sur 6 de large, et 11 d'épaisseur; il y en a eu, sous Tippo- Saïb, qui étaient gros comme des éléphants... ! »

DIGT. ECiC. 3* S. VU. 23

Rosée. Au rapport de Petrus Nobilis, il tomba en 1556, dans le canton de Berne, une rosée ayant un goût doux et sucré, supérieur à celui du miel. Heureux enfants, heureuses nourrices de ce temps-là !

Fil de la Vierge, ou fil de la fée. Noms que portent ces fils soyeux qui barrent quelquefois les chemins que l'on parcourt, qui pendent aux branches des arbres, ou bien flottent dans l'air. Nous en avons \'u souvent dans notre jeune âge ; on les attribuait tantôt à des fées de la quenouille desquelles elles tombaient ; tantôt à la vierge Marie elle-même. Ces fils ne sont, en réalité, que les produits du ti-avail spécial de plusieurs espèces d'araignées.

Un livre fort bien fait sur la matière que nous ne faisons qu'esquisser ici, c'est celui de MM. Désiré Monnier et Aimé Vingtrinier, et qui porte ce titre : Traditions populaires comparées, Paris, 1854, in-8°. On y trouvera une foule d'exemples de ces légendes qui courent les campagnes particulièrement, et qui, transmises de siècle en siècle, n'ont perdu rien de leur naïveté ni de leur fraîcheur. Ces deux auteurs sont même arrivés à ce résultat, à savoir que la plupart de nos croyances sont identiques avec celles des nations de l'Asie, et qu'on trouve là encore la preuve que nos contrées ont été peuplées originairement par des ti'ibus venues du plateau asiatique; que les Galls et les Scythes étaient de même race, et que le culte druidique fut un composé de celui des Perses et des Hindous. Les pia'ssances, les bons on mauvais génies de l'air jouent surtout un grand rôle dans ces croyances populaires : la Vieille qui court par le temps, au moment de la lune rousse; la Tante Arie, qui préside aux fêtes de Noël ; le Pleurant des bois ; l'Esprit de Grimont; le Soupirant de Vaux-de- Roche, qu'on rend favorable avec un peu de beurre et de sel ; le Chasseur Olifeme, que Henri IV entendit un jour dans la forêt de Fontainebleau ; la Vouivre, au cœur de leu, à l'œil en escarboucle, et dont plus d'un paysan de la vieille Séquanie tenta la conquête; le Basilic, être encore plus fantastique que la vouivre; les Ames errantes, qui logent habituellement dans les étoiles filantes (bolides) ; et tant d'autres génies, dont la peur, la superstition, la terreur ont peuplé les montagnes et les bois, sont, certainement, les expressions, quasi infernales, d'autant de phénomènes de l'ordre météorologique. L'homme est ainsi fait, '< sa nature, a dit Pascal, est de croire ; » il croit à tout ce qui frappe son imagination ou son cœur, et non sa raison ; le bruissement des feuilles, le tortillement des arbres par une trombe inattendue ; les résultats parfois si étonnants de l'électricité atmosphérique ; la configuration fantastique de certains nuages ; les lueurs phosphorescentes qui glissent et sautillent sur les prés ; les silhouettes dessinées par des rochers, par des sommets de montagnes ; les admirables couleurs de l'arc-en-ciel ; le vent qui siffle dans les serrures, fait grincer les girouettes sur leur axe, et qui frappe souvent l'oreille d'une gamme mélancolique et sinistre; lecrirauque, et comme humain, de la chouette autour des vieux châtelets démembrés; les échos doubles, triples, quadruples, répei-cutés dans certaines localités montagneuses,... et tant d'autres phénomènes dépendant des lois physiques et cosmiques, troublent profondément l'esprit de l'homme inculte, qui n'a jamais entendu parler de Cicéron et qui ne sait pas que ce grand philosophe a écrit cette phrase qu'on devrait graver en lettres d'or dans tous nos établissements d'instruction:

Quelque pkénomcnc qui se présente à vous, il est de toute nécessité que la cause en suU dans la nature; quelque étrange qu'il vous paraisse, il ne peut être hors de la nature.

Nous ne pouvons mieux faire en terminant cette notice, que de reproduire les parole^i si sages et si honnêtes de M. le docteur Grellois.

« Bien que les phénomènes atmosphériques, réputés prodiges, ne nous soient, en général, connus que par des descriptions inexactes, incomplètes, entachées d'exagéi'ation, la plupart d'entre eux, cependant, peuvent s'expliquer aujourd'hui par des lois physiques bien établies. Toutefois, quelques-uns échappent encore, il faut en convenir, à toute interprétation naturelle. Quoi qu'il en soit, et quelque insolites qu'ils puissent paraître, nous admettrons la réalité de tels phénomènes lorsque nous les verrons, bien qu'inexplicables ou du moins inexpliqués, affirmés par d'imposants témoignages, transmis par transition, de siècle en siècle, jusqu'à nous. Il estbien difficile, tout en faisant une large part à l'imposture des thaumaturges, non moins qu'à l'imagination et à l'enthousiasme irréfléchi des masses ignorantes et superstitieuses, de penser que certaines croyances reposent sur un vide absolu ; que des faits vus et racontés par des milliers de témoins n'aient de réalité que dans le cerveau délirant de tout un peuple, ne soient que les résultats d'hallucinations en quelque sorte épidémiques. Si tous les faits en apparence inexplicables, pouvaient être attribués à l'intervention divine, je m'inclinerais avec respect devant cette interprétation et n'irjis pas au delà. Mais du moment où ces faits, lorsqu'ils semblent en opposition avec la volonté de l'Etre infiniment bon, sont présentés comme œuvre de l'esprit du mal, ou comme l'action de ces divinités étranges qui peuplaient l'univers païen, je ne saurais plus ajouter foi au surnaturel. Dans des actes qui semblent de même nature, ne voit-on pas invoquer, comme agent efficient. Dieu ou le démon, suivant la disposition générale des esprits, suivant l'intérêt qui s'attache à l'interprétation de ces actes? Du moment, par exemple, où j'aurais accepté la réalité des prodiges accomplis en Egypte, d'un

MÊTHERIE (de la). 559

côté par les représentants du vrai Dieu, et d'un autre, par les prêtres des idoles, je ne saurais accorder que les uns et les autres fussent arrivés à des résultats presque identiques, en obéissant à des influences aussi opposées. Que Dieu ait daigné donner à son peuple un témoignage de sa grandeur, soit! Mais il s'était, avouons-le, choisi dans le génie du mal, un bien triste adversaire, et l'esprit, non moins que le cœur, se révolte à la pensée d'une semblable lutte. Que les légions infernales prennent à tâche d'entraîner l'humanité dans des voies tunestes, passe encore ! Mais croire qu'elles osent se dresser devant Dieu pour le combattre de puissance à puissance, me semble la plus monstrueuse des conceptions. ÎNe pouvant tout attribuer à l'Etre suprême, j'aime mieux admettre qu'il ne dérange pas, pour de si minimes intérêts, l'ordre imposant et immuable, qu'il a lui-même établi. Je me prononce donc contre toute interprétation surnaturelle, et lorsque des faits, admis par la raison comme vrais ou vraisemblables, sembleront se soustraire au.\ lois communes du monde physique, loin d'en chercher l'explication dans un autre ordre de causes, j'avouerai mon ignorance, — qui pourra bien être celle de tout le monde, — laissant à chacun le soin de les interpréter à son gré. »

On peut consulter, principalement, sur la météorologie mystique, les Mémoires de la Société des antiquaires de France; l'Histoire générale des voyages ; le Dictionnaire encyclopédique de Diderot ; les Publications de Chambry ; le Dictionnaire infeimal de Collin de Plancy, 1822 ; 4 vol., in-8° ; les Traditions allemandes des frères Grimra ; les Lettres et souvenirs de Xavier Marmier, ce charmant et érudit narrateur de voyages; les Reckerrckes savantes de M. Alfred Maury; la Normandie romanesque et merveilleuse de mademoiselle Amélie Bosquet; les Traditions populaires de la Lorraine, de M. Richard; les Traditions comparées de MM. Monnier et Vingtrinier; les Erreurs populaires de Salques, 1829^ 2 vol., in-8'; les Sciences occultes d'^usebe Salverte, 1829,2 vol., in-8°, \e Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires de M. A. de Ghesnel, collection Migne, ISoC; 1 vol. gr. in-S", de 1550 colonnes, etc., etc. A. Caereac.

METEORUS COCClî^ECS. Sous ce nom, Loureiro désigne, dans sa Flore de Cocliinchme,- un arbre de la famille des Myrtacées, que l'on a fait rentrer depuis dans le genre Banincjionia , et que Gœrtner a désigné sous le nom de Barringtonia acutamjula. Cette plante, dont on mange les grandes feuilles en salade, en Cochinchine, donne aussi à la thérapeutique indigène des Indes orientales son écorce amère, qui est réputée fébrifuge.

Une autre espèce de Barringtonia, le B. racemosa, a également une écorce amère iébrifuge. Ses fruits servent à empoisonner le poisson.

Loureiro. Flora Cochinchin., II, 498. — De Candolle. Prodromus, III, 289. — Esducueb. Gênera, n° 6525. — Catalogue des produits des colonies françaises envoyés à l'Exposition de 1867, p. 119. Pt.

MÉTHERIE (Jean-Claude de la), ou plutôt DELAmÉTHERlE, docteur en médecine, professeur-adjoint au Collège royal, rédacteur du Journal de physique, membre de l'Académie des sciences de Berlin, et de la Société des naturalistes de cette ville, de l'Académie de Munich, de la Société d'iiistoire naturelle de Paris, de la Société médicale d'Edimbourg, de celle des sciences physiques de Lausanne, des académies et sociétés savantes de Dijon... Ce savant, qui a fait beaucoup parler de lui, et dont le nom est destiné probablement au triste oubli, naquit à la Clayette, petite localité du Maçonnais, le 4 septembre 1743, de François Delamétherie, médecin, et de Claudine Constantin. Destiné à l'état ecclésiastique, il fut envoyé d'abord à Thiers, en Auvergne, dans une espèce de séminaire, puis à Paris, où il suivit les cours de la Sorbonne; mais son trère, François, docteur de l'Ecole de Paris, étant venu à mourir, il obtint la permission de se livrer à la médecine, qu'il étudia pendant cinq années, et qu'il alla pratiquer dans sa ville natale jusqu'en 1780. Cette année-là, il était à Paris, établissant des relations suivies avec les hommes marquants de l'époque, avec d'Alembert et Diderot, surtout, et se Hvrait avec ardeur à l'étude des sciences, sans y apporter, malheureusement, l'esprit sévère de l'observation qui fait les grands hommes'

340 METHERIE (de la).

et sans mettre un frein à une vive imagination, disposée aux vues théoriques et spéculatives. Néanmoins, on trouve, dans ses nombreux ouvrages, des idées fort remarquables, qu'il ne sut ni faire accepter ni soumettre au creuset de l'expérience, mais que les recherches modernes ont divulguées être très-voisines de la vérité. Citons-en quelques-unes : Le mouvement est essentiel à la nature; tous les corps doivent leur origine à la cristallisation; l'oxygène n'est pas le principe de tous les acides; la création et l'annihilation sont impossibles; chaque partie de la matière a une force propre, qu'elle ne perd jamais ; dans les corps solides, cette force est in nisu; mais dans les fluides, elle donne à chaque molécule un mouvement continuel de rotation, d'ondulation et de vibration autour de son axe, différente dans chaque corps ; c'est ce mouvement qui produit tous Isg mouvements de la nature ; on doit supposer que tous les corps sont dans un état électrique ou magnétique; la vie n'est pas autre chose qu'une action galvanique; les corps organisés n'ont pas tous commencé à la même époque ; il y en a certainement de perdus, et tous sont susceptibles de pertectibilité ou de dégénérescence, suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent; les végétaux sont doués d'une véritable circulation; l'homme, après tout, n'est qu'une certaine combinaison momentanée de molécules de matière affectée d'une forme déterminée par les lois générales de la nature, et il n'a qu'une voie à suivre pour être heureux, celle de la vertu. L'homme n'est qu'un singe perfectionné par l'état social; l'espèce humaine ne se partage qu'en deux races : la nègre et la blanche; son existence n'est pas postérieure à celle des autres animaux...

Eh bien, cet homme, qui a passé toute sa vie dans les travaux, dans les méditations ; qui s'est arraché aux joies du mariage pour consacrer toutes ses heures à l'étude, n'a pas été heureux ; ses livres se sont à peine vendus, et ont servi à d'ignobles usages (d'où leur rareté aujourd'hui); à part quelques amitiés solides, les hommes de la science officielle l'ont négligé; il a vu la gêne, presque la misère... De Blainville, qui a écrit son éloge, ou plutôt sa biographie, et qui a donné la liste complète de ses travaux {Journal de physique, in-4", t. LXXXV, p. 78-107 ; 1817), va nous donner peut-être la clef de ce mystère :

« L'une des causes les plus fréquentes et, cependant, peut-être des plus inaperçues des malheurs d'un assez grand nombre d'hommes est l'inconséquence ou le peu de rapports qu'il y a entre leur manière de voir et leur conduite, c'est-àdire qu'un homme, revêtu du manteau de philosophe, affectant le mépris des richesses et des honneurs, peut, cependant, quelquefois être dévoré de leur désir; ou que, au moins, pouvant bien réellement s'en passer, et par conséquent être heureux, il n'en sera pas moins profondément affecté, s'il voit que d'autres, qu'il ne regarde pas comme lui étant supérieurs, en sont pour ainsi dire accablés. C'est ce dont il est possible de trouver un exemple dans ce savant laborieux, qui, bon et vertueux, sans aucune ambition réelle, fut cependant malheureux, peutêtre parce qu'il ne put jamais se mettre au-dessus de toutes les petites affaires d'amour-propre, et que, joignant à une excessive susceptibilité une roideur remarquable, il ne sut pas ou diminuer celle-ci, ou abaisser celle-là, en sorte qu'il ne put réussir autant qu'il l'aurait peut-être dû. »

Jean-Claude Delamétherie mourut des suites d'une apoplexie cérébrale le 1" juillet 1817. Voici la liste de ses ouvrages :

I. Essai sur les principes de la philosophie naturelle. Genève, 1778, in-12. — II. Vues physiologiques sur l'organisation animale et végétale. Amsterdam et Paris, 1781, in-12. — 111. Essai analytique sur l'air pur et les différentes espèces d'air. Paris, 1785, in-S" —

MÉTHODE. 3il

IV. Principes de la philosophie natitreUc. Genève, 1787. in-8°, 2 vol. — V. Sciagraphic de Bertjniann, 1792, in-8", 2. vol. — VI. Analyse des travaux sur les sciences naturelles pendant les années 1795-1797... Paris, an YI (1798), in-4°. — VII. Théorie de la terre. Paris, 1795, in-8% 5 vol.; 1797, 5 vol. — VIII. De l'homme considéré moralement, de ses mœurs,et de celles des animaux. Paris, 1805, in-8°, 2 vol. — IX. Considérations sur les êtres organifiés. Paris, 1805, in-8°, 2 vol. — X. De la perfectibilité et de la dégénérescence des êtres organises. Paris, 1806, in-8°. — XI. Leçons de minéralogie données au Collège de France. Paris, 1812, in-8°, 2 vol. — XII. Leçons de géologie données au Collège de France. Paris, 1816, in-8% 3 vol. — XIII. Un très-grand nombre de mémoires dans le Journal de Physique. On peut en voir la liste exacte à la suite de la notice de H. de Blainville, in Journal de physique, in-4°, t. LXXXV, p. 102-107. A. C.

MÉTHïOiViQlJE (Acide). C'est un isomère de l'acide éthionique. On l'obtient de la manière suivante : on sature de l'éther par de l'acide sulfurique anhydre sans refroidir le mélange ; on étend d'eau la solution acide, on la fait bouillir tant qu'elle dégage des vapeurs d'alcool ; la liqueur refroidie est saturée par de l'eau de baryte ; il se forme du sulfate de baryte insoluble et du méthionate de baryte soluble ; on concentre par l'évaporation la liqueur filtrée, et on la précipite par un volume d'alcool égal au sien. Le métbionate de baryte, insokible dans l'alcool, se précipite ainsi ; on le pnrilie par des lavages à l'alcool et par de nouvelles cristallisations dans l'eau.

On en retire l'acide méthionique en le faisant dissoudre dans de l'eau et en le décomposant par l'acide sulfurique, en ayant soin de n'y pas mettre un excès. La liqueur filtrée est très-acide ; on peut la concentrer par l'ébullition sans qu'elle se décompose. L-

MÉTHODE On appelle méthode l'ensemble des procédés rationnels cm-, ployés à la recherche de la vérité. Cette définition, empruntée à M. Littré, en exige presque nécessairement une seconde. Que faut-il entendre par procédé rationnel? Cette expression nous paraît s'appliquer à toute opération intellectuelle portant soit sur des faits externes, objectifs, de l'ordre matériel, soit sur des idées, des impressions, des faits internes et subjectifs. L'ordre de ces opérations intellectuelles, c'est-à-dire leur succession chronologique et leur arrangement régulier, ont donné lieu à des méthodes différentes qui toutes sont tour à tour employées dans l'étude des sciences médicales, et que, dès l'abord, nous devons chercher à exposer. Avant de le faire, nous devons indiquer le plan qui a présidé à cette étude :

Épuiser un sujet aussi vaste que celui de la méthode considérée dans ses rapports avec les sciences médicales nous eût entraîné à des développements hors de proportion avec les limites imposées à ce travail. Pour le comprendre, il suffit de se rappeler que la médecine, en tant que science, emploie sensiblement les mêmes méthodes que les sciences physiques et naturelles, à la méthodologie desquelles les esprits les plus éminents dont s'honore l'humanité ont appliqué la puissance de leur génie. Nous avons donc forcément dû nous borner, et nous proposons d'esquisser, clans autant de chapitres spéciaux, trois points afférents à notre sujet et dont l'importance nous a paru plus immédiate.

Dans une première partie, nous indiquerons et esquisserons à grands traits les différentes méthodes qui peuvent être suivies dans l'étude des sciences médicales et biologiques.

Dans une seconde, nous passerons rapidement en revue celles d'entre ces méthodes qui ont prévalu aux différentes époques de l'histoire.

Enfin dans une troisième partie, nous chercherons à établir quelles sont les

méthodes qui trouvent leur application plus spéciale dans chacune des branches des sciences médicales.

I. Les méthodes employées dam V étude des sciences médicales et biologiques ont varié et varient encore :

Tantôt l'esprit après avoir reconnu, par l'application et l'étude, un certain nombre de vérités, les groupes en un seul faisceau, les réunit toutes sous un principe général et en forme ainsi une synthèse. C'est la méthode synthétique ((7ÙV, ^ifTii;), appelée aussi méthode de doctrine, parce que, dans l'enseignement doctrinal des sciences, on part ordinairement des principes généraux pour en déduire toutes les conséquences. Séduisante au premier abord, parce qu'elle permet à l'esprit de rattacher, à un petit nombre de principes primordiaux, l'immense quantité de faits et de vérités secondaires qu'il observe, la méthode synthétique ne laisse pas que d'être souvent dangereuse dans son emploi. Elle ne cesse de l'être que quand elle est maniée par des esprits supérieurs qui, par la puissance de leur génie et l'étendue de leurs connaissances, s'élèvent à la conception de vérités générales pouvant rigoureusement s'appliquer à chacun des faits spéciaux qu'elles tiennent sous leur dépendance. Il fallait le génie d'un Newton pour découvrir le principe et déterminer les lois de la gravitation universelle. Cette méthode est dangereuse , disions-nous , parce que beaucoup d'esprits éminents à bien des égards, mais trop impatients d'arriver à une idée synthétique, la formulent sans prendre en considération suffisante les faits spéciaux et les vérités secondaires qui viennent la contredire. C'est en procédant de la sorte qu'ont agi les auteurs de la foule de systèmes qui, dans la suite des temps, ont surgi dans le domaine des sciences n^édicales et en ont trop souvent entravé la marche. C'est pour avoir voulu s'élever d'un bond et par une sorte d'intuition, à des idées synthétiques qui n'étaient que des hypothèses brillantes, et pour n'avoir pas voulu et su y renoncer quand l'étude des faits spéciaux en démontraient l'inanité, que tant de fondateurs de systèmes ont fourvoyé la science dans des voies trompeuses et en ont momentanément arrêté les progrès. La méthode synthétique appliquée à un groupe de vérités scientifiques conduit au couronnement de l'édifice scientifique, mais celui-ci ne sera inébranlablement assis que si chacune des vérités sur lesquelles il repose est solidement établie, et si aucune d'elle n'est infirmée par une vérité contraire.

Appliquée à l'étude des sciences médicales et biologiques, la méthode synthétique a des avantages incontestables, elle permet de grouper les faits isolés, de les coordonner, de les rattacher les uns aux autres par un rapport nécessaire de cause à effet, d'en déduire les lois fixes et immuables qui subordonnent ces faits les uns aux autres. Mais pour offrir ces avantages, il faut qu'elle soit appliquée avec mesure et prudence, que chaque fait particuher rigoureusement observé et sagement interprété soit rehé à un fait subséquent, comme les anneaux d'une chaîne ininterrompue. A cette condition seulement, l'idée synthétique qui les résume tous et chacun sera réellement et légitimement établie.

Pour mieux faire saisir notre pensée, citons (|uelques exemples : Quand Virchow formula le principe : Omnis cellula e cellula, il y arriva par la méthode synthétique. En effet, après avoir étudié les différents tissus de l'organisme, il reconnut que tous procédaient de la naissance, de la multiplication, de l'évolution, du développement et des transformations successives des cellules qui, à l'origine, figurent partout comme éléments primordiaux. 11 reconnut que, bien que très-différentes dans leur structure, leurs formes, leur groupement, leurs

MÉTHODE. 5i3

modifications et leur évolution finale, les cellules se rapprochent pourtant par uïi grand nombre de caractères communs.

Quand le médecin ayant à apprécier la valeur et la constitution d'un organisme humain, déclare qu'il est robuste, ou débile, ou mauvais, il exprime un iu"-ement auquel il est arrivé par la méthode synthétique. Avant de le formuler, il a dû décomposer par la pensée cet organisme en ses différents appareils et oro-anes, apprécier le développement relatif, la structure, la conformation et le fonctionnement de chacun d'eux, puis rechercher si toutes ces parties se trouvent entre elles dans un rapport de coordination, d'harmonie et d'équilibre parfait ou défectueux. Ce n'est qu'après ce travail préliminaire qu'il est autorisé à formuler son jugement.

Dans les deux cas, on le voit, la méthode synthétique ne peut être employée que si elle a été précédée par une série d'opérations intellectuelles dans lesquelles l'esprit suit une méthode contraire : la méthode analytique.

En opposition avec la méthode synthétique qui s'élève de bas en haut et avant elle, vient se placer la méthode analytique (àvâ, Ixxnç, solution).

Si la première, brillante et quelquefois féconde, est le rare apanage du génie, la seconde, bien que plus lente, a le précieux avantage d'être plus sûre et plus ftciJement accessible à tous ceux qui explorent le vaste champ de la science. La méthode analytique procède par décomposition; en effet, elle s'empare d'un fait, le décompose pour apprendre à en connaître successivement toutes les différentes parties, en recherche les éléments, détermine avec soin ceux qui sont essentiels et ceux qui n'ont qu'une importance secondaire. Ce résultat acquis, elle examine et scrute les conditions dans lesquelles s'est produit le fait, et arrive ainsi à la connaissance de ses causes. Elle poursuit patiemment son œuvre, jusqu'à ce qu'elle se trouve arrêtée dans ses recherches par «n fait primordial, souvent en apparence seulement, au delà duquel elle ne peut plus continuer ses investigations; elle arrive ainsi à la connaissance des causes premières qui, en réalité, varient avec les limites des connaissances humaines. A chaque époque, à chaque génération de travailleurs, le devoir de les reculer. La méthode analytique est, par excellence, la méthode des découvertes. Si bon nombre d'entre elles sont l'heureux produit du hasard, le plus grand nombre ont été et seront encore dues à la méthode analytique patiemment appliquée à l'étude des faits dont nous sommes souvent les spectateurs inconscients. Mais si la méthode analytique permet de creuser les entrailles de la science, l'esprit humain ne saurait lui rester indéfiniment fidèle ; après être, grâce à elle, arrivé aux racines les plus ténues de l'arbre delà science, il aime, par une propension naturelle, à s'élever à sa cime, et alors il a recours à la méthode synthétique qui groupe, sépare, réunit les faits épars et souvent infiniment petits de la science, et, avec l'ordre, y introduit la lumière. Il semble que chaque race ait sous ce rapport des aptitudes innées, et que chacune par son génie spécial soit appelée à contribuer pour sa part au développement général et aux progrès de l'esprit humain. S'il est incontestable que les Allemands, par leur esprit de patiente analyse, ont pour une large part remarquablement approfondi les problèmes de la science, il n'en est pas moins vrai, qu'à la France revient l'honneur d'en avoir souvent généralisé les principes et formulé les lois.

Ceci posé, et après avoir montré comment procède intellectuellement la méthode analytique, voyons (juels sont les moyens qu'elle emploie pour arriver à son but : la constatation de la vérité.

54i MÉTHODE

Étant donné comme sujet d'étude un point quelconque de la science, la méthode analytique impose le devoir de consulter les annales de la science, traditions précieuses léguées par les devanciers qui y ont consigné le fruit de leurs recherches. Gom}mlser tous les documents publiés dans la suite des temps, comparer en les indiquant les idées le plus souvent contradictoires qui ont été émises, et en déduire une opinion qui pourra peut-être devenir le point de départ de recherches ultérieures, telle doit être la première série de travaux quand on se propose d'élucider une question. Cette méthode historique, appliquée à l'étude des sciences biologiques et médicales, offre à plusieurs points de vue un incontestable avantage. D'abord, elle permet d'écarter par le contrôle sévère auquel elles doivent être soumises, les opinions erronées ou exagérées qui se sont introduites dans la science ; c'est déjà lui rendre un service que de les combattre et les réduire à néant. D'autre part, la méthode historique abrège et facilite la tâche en fournissant nombre de matériaux utiles, de résultats acquis et de vérités démontrées; agir différemment serait se condamner à reprendre a6 odo l'étude de chaque problème scientifique. Enfin, et surtout la méthode historique met sur la trace de toutes les idées justes qui, au milieu d'erreurs nombreuses et incontestables, ont pu être émises sur un sujet donné. On a dit d'une manière générale et non sans raison , qu'il n'est pas d'erreur qui ne contienne un grain de vérité. C'est ce grain de vérité qu'il s'agit de trouver, de dégager de son enveloppe d'erreur, et de faire germer par une évolution nouvelle ; ce n'est que par la méthode historique, appuyée sur la critique, qu'une vérité déjà émise pourra être exhumée de l'oubli et rendue à la lumière qui la fera revivre. Renoncer à la méthode historique serait se priver volontairement des trésors de connaissance péniblement accumulés dans les annales de la science, et se condamner incessamment à recommencer ce que d'autres avaient déjà fait avant nous avec succès.

Toutefois, la méthode historique qui, par la comparaison constante qu'elle exige, pourrait aussi être appelée méthode comparative, ne donne de résultats utiles qu'à une condition indispensable ; ainsi que nous le disions, il faut que les résultats qu'elle fournit soient contrôlés et soumis à une sévère discussion. Dès qu'un doute s'élève, un nouvel examen de la question devient impérieux. Gomment ce contrôle, cet examen des points encore litigieux de la science peut-il être établi? Ce n'est que par l'expérience.

On a dit, et avec raison, que le premier malade a été le premier médecin. La maladie avec le sentiment de douleur, ou tout au moins le malaise qui l'accompagne, pousse l'homme à employer un certain nombre de moyens qu'il pen?e pouvoir lui être utiles, le soulager et à écarter ce qu'il craint lui être nuisible. Dans ce tâtonnement sur le choix des moyens pratiques à employer, l'instinct et l'imitation des actes instinctifs des animaux ont peut-être été les premiers guides, la première source de l'expérience médicale ; les résultats fournis par l'emploi de ces moyens, la notion de ce qui a été utile ou nuisible ont constitué l'expérience acquise. Ces résultats en s'accumulant, en se répétant un certain nombre de fois ont pu guider plus tard la pratique médicale. C'est sur les données pures et simples de l'expérience considérée en elle-même qu'est fondé Yempirisme médical brut. 11 se contente de constater, par exemple, que dans une circonstance donnée en face d'une manifestation morbide déterminée, tel moyen est utile, tel autre nuisible ; que, quand une manifestation morbide se produit, elle est accompagnée et bientôt suivie d'une autre; ou bien encore que, quand tel plié-

nomène morbide se produit , la maladie aura une terminaison funeste ou favorable, etc., etc. Mais dès l'origine aussi, et de par les lois de l'intelligence humaine, le raisonnement est intervenu, et l'homme s'est demandé le pourquoi et le comment des faits observés sur l'organisme malade. Pour répondre à ce besoin, ont été formées des hypothèses, émises des idées plus ou moins justes, erronées, superstitieuses ou absurdes, sur les causes des maladies, leur nature, les remèdes et leur mode d'action : conceptions souvent bizarres qui, introduites peu à peu peu dans la science médicale, ont fini par y acquérir droit de cité pour un temps plus ou moins long. Ces ébauches informes de l'esprit scientifique caractérisent une seconde phase dans l'évolution de l'empirisme, celle de Ve^npirisme raisonné.

C'est en se fondant sur les données et les résultats bruts de l'empivisnie qu'est ;ondée une méthode à laquelle, en raison de sa base a été donné le nom de numérique : Méthode numérique ou numérisme, à laquelle Louis a attaché son nom. Voyons comment elle procède. Veut-on étudier un fait dans ses rapports de causalité avec un autre en procédant par la méthode numérique ; par exemple, veut-on connaître la léthalité d'une maladie, on dresse un tableau dans lequel on consigne tous les cas dans lesquels cette maladie a été observée, et d'autre part tous les cas dans lesquels cette affection a été suivie de mort. Ou bien encore veut-on connaître l'influence thérapeutique exercée par un médicament dans une maladie donnée, on dresse le tableau des cas d'une maladie dans lequcls un médicament donné a été administré, et, en regard, les succès ou insuccès qu'a fournis ce médicament. Quand on pense avoir réuni un nombre suffisant de ces faits individuels, on les additionne et on compare les résultats fournis par ces tableaux dits statistiques, et on arrive à établir un rapport de fréquence ou de rareté entre les deux faits soumis à l'étude, rapport qui s'exprime numériquement par une fraction en faut pour cent. C'est par cette méthode que Ion est arrivé à construire les tables de mortalité aux différents âges de la vie, les tables de longévité pour les différentes races, sous les différents climats, les avantages de certaines opérations chirurgicales pratiquées selon certains procédés, etc., etc. Les résultats de la méthode numérique sont, au premier abord, d'une rigueur mathématique puisqu'ils sont basés sur des chiffres ; cependant cette rigueur n'est qu'apparente. La méthode numérique ou la statistique ne peuvent, en effet, fournir des résultats certains, que quand sont réunies des conditions dont la réalisation est fréquemment entourée d'obstacles.

Tout d'abord, il faut qu'une bonne statistique ne porte que sur des imités morbides de même espèce, et c'est en cela que réside souvent une première dif ficulté. Veut-on savoir, par exempl'e, combien de temps il faut pour que le poumon affecté d'inflammation arrive à l'état d'hépatisation , il faudi'a se rappeler que la dénomination de pneumonie ne suffit pas pour caractériser une forme morbide, que sous ce nom sont réunies des affections très-différentes par leurs caractères anatomo-pathologiques , que dans certaines pneumonies (séreuses) l'hépatisation pulmonaire n'arrive jamais, que dans d'autres au contraire (pneumonies croupales, fibrineuses), l'hépatisation survient très-rapidement, etc. D'où la nécessité impérieuse de n'admettre, dans l'exemple que nous avons choisi, que des pneumonies franchement inflammatoires, et, en général, de ne réunir dans une statistique que des unités de même nature, c'est-à-dire des faits semblables. Or c'est précisément pour des faits rares, encore à l'ctutle [luisqu'ils sont peu connus, que l'on veut souvent recourir prématurément à l'emploi de la statistique,

5*fi MÉTHODE,

sans attendre un temps suffisant pour que des faits analogues, sinon identiques, aient été recueillis en nombre suffisant.

Il faut, en effet, de plus, pour qu'un résultat statistique mérite confiance, qu'il soit déduit d'un nombre de cas semblables suffisamment grand. Cela tient à ce qu'une maladie donnée affecte toujours un organisme, c'est-à-dire un ensemble d'organes et d'appareils dont les propriétés ont pu être modifiées par une influence béréditaire, une maladie antérieure ou concomitante, etc. Ces conditions nouvelles apportées à l'organisme peuvent, à leur tour, influer sur la maladie, la modifier dans ses symptômes, sa marche, sa terminaison, etc., et donner lieu ainsi à ce qui serait une exception apparente, comparativement à ce que l'on observe dans la plupart des cas de la même maladie. Supposons que dans une statistique restreinte à un petit nombre de faits, se glissent quelques-uns de ces cas soi-disant exceptionnels, ceux-ci modifieront le rapport numérique exprimé par la statistique et le rendront inexact.

Enfin, il faut qu'autant que possible chacun des faits isolés figurant dans une statistique ait été observé dans des conditions sensiblement analogues. Chaque organisme présente, en effet, des conditions et des propriétés spéciales dépendant de l'âge, du sexe, du tempérament, de la constitution du milieu dans lequel il s'est développé, des idyosyncrasies, etc., etc., et qui le font, sous l'influence d'une même cause, réagir d'une manière particulière. Or, les sciences médicales et biologiques ont toujours pour objectif l'étude des organismes, c'est-à-dire de corps dont, sous l'influence d'une foule de facteurs, les propriétés varient, se combinent à l'infini ; il faut donc de toute nécessité, si elles veulent comparer par la statistique les résultats obtenus sur chaque organisme en particulier, qu'elles choisissent des organismes semblables vivant et ayant vécu dans des conditions aussi semblables que possible.

Telles sont les trois conditions essentielles auxquelles doit satisfaire une bonne statistique ; à ces conditions seulement la méthode numérique pourra l'employer. Pour quel usage devra-t-elle le faire? Ce ne sera guère que pour établir certaines généralités, certains principes, certaines lois; là seulement la méthode numérique trouvera utilement son application. En présence d'un cas spécial, d'une maladie observée sur un organisme, la méthode numérique ne trouve guère son application ; ce qui a été reconnu vrai 99 fois sur 100 ne le sera plus Ja centième, par l'intervention d'une condition spéciale qui fait de ce cas non pas une exception, il ne saurait en exister dans la nature, mais un cas particulier, dont les causes, tout en nous échappant peut-être, doivent être recherchées.

Cependant chaque siècle vint augmenter la somme des connaissances empiriquement acquises ; des recherches nouvelles et plus exactes, une interprétation plus judicieuse des phénomènes observés permirent de trouver les causes réelles de beaucoup d'entre eux, et de remplacer par des idées justes et fondées les hypo thèses qui avaient cours dans la science. L'empirisme, qui n'avait que la prétention d'être raisonné, se transforma encore une fois et fit place à l'empirisme rationnel.

L'emploi de l'empirisme avec les modifications qu'il a subies constitue la nie'thode empirique, elle constitue une méthode souvent subordonnée à la méthode analytique, qui s'en sert pour arriver à son but. Le plus grand nombre des faits qui ont servi à constituer la science médicale ont été recueillis et le sont encore, grâce â la méthode empirique.

En même temps que la méthode empirique, et parallèlement à elle, a pris nais-

sance et s'est développée une méthode plus parfaite qui, bien appliquée, a déjà rendu et est encore destinée à rendre à la science les plus signalés services. Nous voulons parler de la méthode expérimentale. En quoi consiste-t-elle? en quoi diflère-t-elle de la méthode empirique?

Pour le bien comprendre, il importe de remarquer qu'il existe deux sortes de sciences : les unes, comme l'astronomie, la météorologie, oui le savant doit se contenter de constater les phénomènes sans pouvoir les modifier, les causes productrices de ces phénomènes échappant à son action ; ce sont les sciences d'observation. Lesautres, comme la minéralogie, la chimie, etc., et aussi les sciences biologiques et médicales, sont à la fois des sciences d'observation et d'expérimentation; ici le savant passe de l'observation passive à l'expérimentation. Intervenant activement, il produit lui-même et à dessein, et dans des circonstances données, voulues et connues d'avance, les phénomènes qu'il veut étudier; il en change les conditions, les isole, les combine, les reproduit à volonté.

En suivant la méthode empirique ou d'observation, le médecin, réduit au rôle de contemplateur patient, est obUgé d'attendre qu'un phénomène se produise, et s'il se produit, peut-être ne sera-ce qu'une seule fois ou sur un seul organisme; et s'il se produit à la fois sur plusieurs organismes, les conditions inhérentes à chacun d'eux pourront le modifier, d'où des conclusions trompeuses. Par la méthode expérimentale, au contraire, le savant dirige le phénomène, le manie, l'arrête dès qu'il le juge convenable pour en étudier les différentes phases, .\ussi, 31. Claude Bernard a-t-il pu dire : « L'expérimentateur est un inventeur de phénomènes ; l'expérimentation, une observation provoquée. «

Ici encore, citons des exemples : le médecm veut-il étudier la digestion, par la méthode empirique, il ne pourra qu'étudier les transformations qu'auront subies, au bout d'un certain temps, les aliments fortuitement vomis par des malades ou trouvés dans l'estomac et les intestins après la mort; ou il devra attendre qu'une blessure rare, suivie d'une guérison plus rare encore, donne lieu à quelque fistule stomacale, etc., etc. Par la méthode expérimentale, les phénomènes de la digestion pourront être commodément et rigoureusement étudiés dans des digestions artificielles réalisant des conditions sensiblement identiques à celles que les aliments trouvent dans l'estomac, ou bien encore par des expérimentations sur des animaux, qui, nourris avec des aliments déterminés, préalablement pesés, seront sacrifiés au moment voulu. Veut-on étudier la formation et les modifications successives du cal dans les fractures, parla méthode empirique, il faudra (ompulser et comparer des faits observés sur des organismes divers par leur âge, les conditions dans lesquelles ils ont vécu, etc. Par la méthode expérimentale, une même fracture ayant été produite par la même cause sur le même os d'organismes de même âge, vivant dans les mêmes conditions, le processus morbide auquel elle a donné naissance pourra être étudié jour par jour avec une sûreté et une rigueur scientifique incontestables.

Quelle que soit la valeur de la méthode expérimentale, quelque importants que soient les résultats auxquels elle ait conduit, il s'est élevé contre elle des objections que les faits sont venus réduire à leur juste valeur.

« L'être vivant, a dit Cuvier, forme une harmonie, un cercle, un tout dont chacune des parties est reliée à toutes les autres; qu'on essaye d'isoler les phénomènes nombreux dont se compose la vie d'un animal un peu élevé dans l'échelle, un seul d'entre eux supprimé, la vie disparaît. D'oii la nécessité, pour le physiologiste, par exemple, de jjreudre l'organisme tout entier avec toutes ses

conditions à la fois, et de ne l'analyser que pai' la pensée ; bien différent en cela du physicien, qui n'examine que des phénomènes dont il peut régler les circonstances. »

D'autre part, pensait encore Cuvier, les corps vivants jouissent de spontanéité et nous apparaissent comme animés d'une force intérieure qui préside à des manifestations vitales de plus en plus indépendantes des influences cosmiques, à mesure que l'organisme est plus élevé dans Téchelle. Or, comme nous ne pouvons atteindre les phénomènes que par l'intermédiaire du milieu, si ces phénomènes sont indépendants de tout milieu, nous ne pouvons agir sur eux par aucun moyen; par conséquent, ils tombent sous l'observation, mais non sous l'expérimentation.

Quelque fondées que paraissent au premier abord ces obiections, elles ne sauraient se maintenir en présence de la réalité des faits. De même que dans une machine très-compliquée, dont toutes les parties sont agencées de façon à se correspondre, on peut analyser, faire jouer et fonctionner chacun des groupes de pièces qui la composent , sauf à les replacer ensuite et mettre la machine en mouvement ; de même aussi, pourl'organisme humain, on peut par des procédés ingénieux isoler certains appareils, certains organes, pour mieux étudier leurs propriétés, leurs fonctions ; on peut le faire en utilisant la vitalité autonome qui leur est propre. C'est ainsi que M. Claude Bernard a pu transporter en dehors de l'organisme, afin de les mieux étudier, certains actes physiologiques, tels que la digestion et la fécondation; qu'il a pu isoler certains organes soit en suspendant par les anosthésiques les réactions et l'influence du consensus général, soit en les détruisant par la section des nerfs, tout en maintenant l'intégrité de la circulation vasculaire.

De plus, la spontanéité des corps vivants n'est qu'apparente : la matière vivante, comme la matière morte, est soumise à la loi de l'inertie. Sans doute les corps organisés jouissent de propriétés spéciales qui manquent aux corps bruts : ils sont irritables et réagissent sous l'influence de certains excitants, mais jamais ne survient en eux un mouvement absolument spontané. La fibre musculaire, par exemple, a la propriété de se contracter, mais, pour que cela arrive, il faut qu'elle y soit provoquée par une excitation venant soit du sang, soit d'un nerf; rien n'ayant changé dans les conditions ambiantes ou intérieures, elle restera au repos. Les propriétés vitales des tissus n'entrant ainsi en action que sous l'influence d'agents physico-chimiques externes ou internes, et chaque phénomène vital étant toujours relié à un phénomène antérieur, l'expérimentateur peut reproduire cette liaison et provoquer un phénomène en réalisant les conditions antérieures qui le déterminent.

On a regardé les corps vivants comme doués de spontanéité, parce que tous les organes peuvent, par leur activité, jouer par rapport aux autres le rôle d'excitants, et que dans ces réactions multiples et complexes il était souvent impossible de déterminer l'organe sur lequel avait porté l'excitation première. De même aussi on a considéré la vie comme presque indépendante des actions physico-chimiques, puisqu'on voit l'être vivant s'adapter aux milieux extérieurs les plus divers, sous le rapport de la chaleur, de l'état hygrométrique, de la pression atmosphérique, etc. Or, ainsi que l'a démontré l'éminent physiologiste dont nous essayons d'analyser les remarquables travaux, l'être vivant ne paraît indépendant du milieu extérieur que parce qu'il porte en lui un milieu intérieur, le sang, qui contient toutes les conditions physico-chimiques nécessaires à la provocation des manifestations vitales. Par un enchaînement remarquable, le sang, si nécessaire à l'orga-

MÉTUODE. 549

nisme, en est en même temps le produit; le corps vivant se fait a iui-mème son milieu et est })lacé sous soninlluence immédiate. Or l'expérimentateur peut à son "ré a^ir sur ce milieu, en le modifiant; il pourra étudier l'influence que ces modifications rigoureusement connues et déterminées à l'avance et variables à volonté exerceront sur les organes et leurs fonctions. C'est sur ce principe que sont basées les expérimentations consistant en injections dans les vaisseaux de substances diverses, produits de sécrétions normales ou anormales de l'organisme, substances toxiques ou médicamenteuses, etc.

Enfin s'est élevé contre la méthode expérimentale le vitalisme superstitieux, qui considère la vie comme une influence mystérieuse et surnaturelle, agissant arbitrairement, introduisant dans les phénomènes une irrégularité essentielle, pourvue d'une sorte de liberté qui trouble, change toutes choses et déroute l'expérience à chaque pas.

Or M. Claude Bernard s'est victorieusement appliqué à démontrer que l'expérimentation peut avoir lieu sur les corps vivants comme sur les corps bruts, et que de part et d'autre les principes d'expérimentation sont identiques. Seulement pour les corps vivants les phénomènes étant plus complexes, la méthode y est plus difficile à appliquer, plus lente à réahser des progrès. Il faut tenir compte de ces difficultés, les bien connaître pour les éviter. Dans l'ordre de la vie, comme dans l'ordre de la matière brute, tous les phénomènes sont reliés par un rapport nécessaire de cause à effet, l'un est déterminé par l'autre ; le détermiuisine est absolu. La force vitale se manifeste par une série de phénomènes rigoureusement liés, s'enchaînant les uns aux autres dans un ordre fixe et précis, de telle sorte que l'un étant donné, l'autre s'ensuive nécessairement, et que telle condition venant à manquer, le phénomène se modifie ou disparaît, et qu'à telle autre condition correspond tel autre phénomène. L'expérimentation a donc prise sur ces phénomènes, car elle peut écarter successivement toutes les conditions accessoires pour la production de l'un d'entre eux, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé celle qui est intimement liée à la production du phénomène, et, quand elle a trouvé cette condition, elle supprime à volonté le phénomène en supprimant la condition qui le produit. Ainsi donc, dans les manifestations des corps vivants, rien d'arbitraire, rien de fortuit. Aussi M. Claude Bernard a-t-il pu affirmer que « l'indéterminé n'est pas scientifique. »

Cet axiome fondamental de sa méthode, vrai en physiologie, ne l'est pas moins quand nous étudions l'organisme malade. Seulement ici les difficultés augmentent en raison du nombre et de la complexité des phénomènes, de la variété des organismes, de leurs propriétés innées ou acquises, etc. Quoi qu'il en soit, le principe du déterminisme absolu subsiste dans toute sa force, et quand, en pathologie, nous sommes forcés d'admettre un fait exceptionnel, cet aveu n'exprime que l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons au sujet d'une ou plusieurs des conditions qui l'ont produit. Et si, dans la pratique médicale journalière, notre ignorance partielle nous force trop souvent de renoncer aux mots jamais et toujours, au point de vue scientifique, ces expressions sont parfaitement légitimes, elles sont imposées : la même cause dans les mêmes circonstances devant nécessairement toujours produire le même phénomène.

Parmi les procédés qu'emploie la méthode expérimentale, l'un des plus importants et des plus fréquemment mis en usage est sans contredit Vhypothèse. 11 mérite d'être apprécié de plus près, d'une part parce que, pendant longtemps et cela par les génies les plus éminents, l'emploi des hypothèses a été banni de la

science ; d'autre part, parce que l'hypothèse figure comme procédé de recherches, légitime et nécessaire dans plusieurs branches des sciences médicales : elle est aussi familière au clinicien qu'au physiologiste. L'hypothèse, avons-nous dit, est légitime et nécessaire dans les sciences médicales. Elle est nécessaire, car l'expérience physiologique ou la constatation d'une manifestation morbide est impuissante et stérile, si elle n'est pas stimulée et guidée par une vue antérieure de l'esprit. Se livrer à des expérimentations physiologiques, recueillir une observation clinique sans idée et sans théorie anticipées, c'est faire des expérimentations, constater des symptômes, sans savoir pourquoi, sans avoir de but ni d'objectif déterminés. C'est vers ce but que conduit l'idée directrice, l'hypothèse qui a germé dans l'esprit de l'investigateur. Sans doute il faut observer les laits sans idée préconçue, autrement on ne verrait que ce que l'on voudrait voir ; mais un premier lait, de prime abord bien observé et dûment constaté, et dégagé de l'hypothèse qui dans certains cas a conduit à sa constatation, suggère lui-même une autre hypothèse qui provoque l'expérimentation physiologique ou la recherche clinique, la guide et la conduit. L'observation d'un fait ne suggère-t-elle aucune idée, cette observation restera fatalement stérile. En clinique comme en physiologie, le fait suggère l'idée, l'idée suggère l'expérimentation ou la recherche, et celle-ci juge l'idée : tel est l'ordre logique et naturel des opérations scientifiques et intellectuelles, l'esprit intervenant incessamment dans l'observation des faits.

Comment l'idée surgit-elle dans l'esprit? Ici les règles font défaut et force est de recourir à la spontanéité de l'esprit. Nous empruntons à M. Claude Bernard le passage dans lequel il décrit si bien cette remarquable vertu de l'invention scientifique : « Il n'y a pas de règles à fixer, dit-il, pour faire naître à propos d'une observation donnée une idée juste et féconde : cette idée une fois émise, on peut la soumettre à des préceptes et à des règles, mais son appaiùtion a été toute spontanée et sa nature est toute individuelle. C'est un sentiment particulier, un quid proprium, qui constitue l'originalité, l'invention on le génie de chacun. Il est des faits qui ne disent rien à l'esprit du plus grand nombre, tandis qu'ils sont lumineux pour d'autres. Il arrive qu'un fait ou une observation reste longtemps devant les yeux d'un savant sans rien lui inspirer ; puis tout à coup vient un trait de lumière, l'idée neuve apparaît avec la rapidité de l'éclair comme une révélation subite. La méthode expérimentale ne donnera donc pas des idées reçues et fécondes à ceux qui n'en ont pas ; elle servira seulement à diriger les idées chez ceux qui en ont. » Est-il besoin d'ajouter que ces paroles de l'éminent physiologiste trouvent leur application incessante dans les recherches chniques ? Ici aussi l'idée est toute spontanée , elle échappe à toutes les méthodes, à toutes les règles.

Nous venons de démontrer que l'hypothèse est nécessaire. Voyons si elle est légitime. Elle ne le sera que si elle satisfait à certaines conditions. La première, la plus importante, la condition sine qua non, c'est la parfaite indépendance d'esprit de celui qui la formule. Si l'hypothèse, comme cela n'arrive que trop souvent et a priori dans Tesprit du savant, dégénère en idée préconçue, s'enrachie, alors elle devient éminemment dangereuse, car elle place le savant dans de mauvaises conditions pour bien observer ; si elle conduit bien rarement à la vérité, c'est au hasard seul qu'elle le doit. Observer, en effet, c'est idéaliser un phénomène qui est devant nous, c'est le changer en pensée. Or ce phénomène physiologique ou morbide quel qu'il soit, le savant ne sera plus libre de l'idéa-

User de le transformer en pensée, si antérieurement au résultat de l'expérimentation physiologique ou de la constatation du fait clinique, il l'a déjà interprété, et que, malgré les faits, il reste fidèle à cette interprétation. L'idée préconçue éclaire les faits d'une lumière trompeuse, ne les fait voir que d'un seul côté : aveu<ïlé par une idée préconçue, le savant ne verra dans un fait que les éléments qui la fortifient et la contirment, négligeant sans le vouloir ceux qui la contredisent et la renversent. L'emploi de l'hypothèse comme procédé intellectuel exige donc impérieusement de la part de celui qui la conçoit la liberté d'esprit la [)lus absolue et la force d'y renoncer aussitôt que le fait qui devait la confirmer en a démontré la fausseté. Faute de quoi l'observation est trompeuse.

Une autre condition à laquelle doit satisfaire l'hypothèse pour rester légitime est de n'être que prochahie ; l'hypothèse est prochaine, quand pour expliquer un fait observé elle recherche l'existence d'un autre fait qui peut être rehé au premier par un rapport de cause à effet, guidée en cela par l'analogie existant entre d'autres séries de faits déjà constatés. Par exemple, le clinicien sachant que dans l'appareil circulatoire une hydropisie ou une stase sanguine dans les membres inférieurs peut être due à un obstacle ou à une cause de ralentissement siégeant en avant, sera conduit par voie d'hypothèse à rechercher l'existence de cet obstacle : l'ascitéet l'anasarque légitiment et imposent l'e.xamen du ioie, comme l'augmentation de volume du Ioie nécessitant l'examen du cœur et des poumons. Mais ce n'est qu'à la condition de conduire d'un fait à la recherche d'un autre tout voisin et de faire traverser successivement tous les aimeaux de la chaîne des faits que l'hypothèse reste prochaine, c'est-à-dire légitime et utile. Elle cesse de l'être et devient dangereuse, dès qu'ambitieusement elle veut s'élever d'un bond d'un fait à un autre plus éloigné, ou non susceptible d'être contrôlé. Elle devient dangereuse encore quand, procédant par voie de synthèse, elle tente de s'élever de quelques faits particuliers et isolés aux plus hautes généralités.

L'hypothèse, et l'on ne saurait assez insister sur ce point, pour être légitime a besoin d'un correctif, elle le trouve dans le doute, le doute méthodique de Descartes. Le doute doit porter non pas sur les faits, mais sur leur interprétation, sur les théories auxquelles ils donnent naissance. Ce ne sont pas les faits qu'il faut sacrifier aux théories, mais les théories qu'il importe de savoir subordonner aux faits ; les théories n'étant pas la vérité absolue elle-même, mais seulement des moyens de recherche, des représentations approximatives et partielles de la vérité. A peine une théorie basée sur un fait est-elle née, qu'il faut rechercher si une autre théorie ne rendra pas compte de ce fait et de plusieurs autres analogues mieux et plus sûrement. Tel est le doute scientifique, qu'il ne faut pas confondre avec le scepticisme : celui-ci doute de la science elle-même, le premier ne doute que des conceptions arbitraires de notre esprit.

II. ¥ aire l'histoire des méthodes qui, aux différentes périodes , ont préside au développement de la science médicale, constituerait une œuvre de longue haleine que ne sauraient comporter les limites imposées à cet article. Force nous est donc de nous borner à indiquer très-rapidement les plus importantes.

Remarquons tout d'abord que si les médecins ont suivi une méthode dans leurs recherches, leurs travaux et leurs écrits, ils nous apparaissent pendant des siècles comme l'ayant suivie d'une façon inconsciente ; la méthode qu'ils avaient adoptée n'étant point voulue et volontairement choisie par eux. D'autre part, n'est-on pas en droit de se demander si l'ensemble des procédés intellectuels suivis par les médecins pendant l'antiquité et le moyen âge mérite bien réelle-

meut le titre de méthode, et si la désignation de doctrines ou de systèmes ne leur conviendrait pas mieux? Nous sommes tentés de ne leur reconnaître que ce dernier caiactère et serons d'autant plus autorisé à être bref que les doctrines et systèmes qui tour a tour ont prévalu en médecine doivent faire l'objet d'un article spécial de ce Dictionnaire {voy. le mot Doctriise).

La méthode qu'ont suivie les pères de la médecine fut Vempirisme : leur pratique médicale était basée sur les résultats de l'expérience (èv, TTzîpu, essai). S'attacher aux faits évidents qui frappent les sens, repousser tout ce qui reste obscur ou caché, partir des faits particuliers pour s'élever par des inductions immédiates à quelques axiomes peu nombreux, se résumant dans cette formule : dans telle maladie il est utile d'employer tel traitement parce qu'il a réussi dans des cas analogues ; et pour arriver à ces résultats, employer trois procédés principaux : le hasard, l'essai, l'imitation, telle était pendant l'antiquité, est restée pendant le moyen âge, et, l'avouerons-nous, est encore de nos jours pour certains médecins la méthode suivie : l'empirisme. De par la méthode empirique pure, la, médecine cesserait d'être une science, elle ne serait plus qu'un art.

De bonne heure cependant naquit dans certains esprits le désir de contrôler et de vérifier sur les animaux les phénomènes et les faits observés sur et dans l'organisme humain. Galien fit de nombreuses expériences sur les animaux et nous en a laissé d'assez exactes descriptions. Bien rares, il faut le dire, lurent ses imitateurs. La méthode expérimentale, dont il fut le premier représentant,. fut abandonnée et nous sommes forcés d'arriver jusqu'à une époque relativement moderne pour retrouver ses adeptes : au dix-septième siècle, Césalpin et Haivey ; au dix-huitième, Spallanzani, qui s'illustra par ses admirables recherches sur les animaux inférieurs. Dans notre siècle, Jlagendie, de nos jours, M. Claude Bernard et la pléiade de savants qui marchent dans la voie qu'il leur a indiquée, ont fait de la méthode expérimentale la base et le fondement des sciences médicales et biologiques.

11 n'est pas sans intérêt de constater comment dès le commencement de l'histoire surgissent ces deux méthodes : la méthode empirique se continuant et se perpétuant et se perfectionnant jusqu'à nos jours, en arrivant de l'empirisme brut à Vempirisme rationnel ; et parallèlement à elle, la méthode expérimentale soumise à de longues éclipses, cultivée par des interprètes trop rares et tro[i éloignés, puis ai rivant à un remarquable épanouissement de nos jours, où les deux méthodes se donnent la main pour coopérer chacune dans sa sphère aux progrès des sciences médicales.

La méthode empirique toutefois ne pouvait pendant longtemps satisfaire ceux qui la suivaient. 11 ne suffit point, en eifet, à l'esprit humain de constater purement et simplement des laits ; par une tendance qui lui est naturelle, il veut en rechercher et en connaître les causes. Ne pouvant en trouver de réelles, on se mit à en inventer d'imaginaires. Un vaste champ était ouvert aux hypothèses ; alors naquirent en foule : la doctrine sur la puissance des nombres, à laquelle se relie celle des jours critiques ; la doctrine corpusculaire due aux épicuriens; celle du feu créateur et conservateur due aux stoïciens ; la doctrine de l'astrologie judiciaire, qui, empruntée aux Babyloniens et aux Assyriens, fait, à partir du treizième siècle en Europe, invasion dans la science médicale et trouve encore en plein dix-huitième siècle des représentants en Allemagne.

Dans les écoles du moyen âge, nous trouvons comme prédominante la méthode

dogmatique : elle s'efforce de remonter aux causes premières et raisoime sur la nature et l'essence intime des maladies ; elle a ainsi le tort d'égarer les esprits à la recherche d'éléments complexes, difficiles à apprécier, et les conduit à admettre des principes généraux hypothétiques. Mais, aussi, il faut le reconnaître, à mesure que l'on se rapproche des temps modernes, les esprits, fatigués de discuter sur un ordre de faits qu'ils ne pouvaient constater, de se mouvoir dans un monde d'idées dont il était impossible de vérifier la justesse ou l'erreur, se tournent de plus en plus vers l'observation des faits concrets. La méthode dogmatique se modifie sous cette tendance : elle recommande l'étude de l'organisme vivant, de sa structure, du jeu de ses organes. Elle pousse à l'observation des symptôme^ et des lésions cadavériques. L'observation et l'expérience sont les guides qu'elle conseille de suivre.

C'était préparer les voies aux deux écrits considérables qui devaient doter les sciences d'une méthode capable de les faire progresser. En 1657, Descartes faisait paraître pour la première fois le Discours de la méthode, pour bien conduire la raison et chercher la vérité dans les sciences. Les deux premières parties de ce discours ont pour nous un intérêt spécial : la première renferme des considérations touchant les sciences en général, la seconde contient les principales règles de la méthode de Descartes ; ses préceptes les voici :

« 1° Ne jamais recevoir aucune chose comme vraie, qu'on ne la connaisse évidemment être telle; c'est-à-dire éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en ses jugements que ce qui se présenterait comme si clairement et si distinctement à l'esprit qu'on n'ait aucune intention de le mettre en doute ;

« 2" Diviser chacune des difficultés que l'on examine en autant de parcelles qu'il se peut et qu'il est requis pour les mieux résoudre ;

« 3" Conduire par ordre ses pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés et en supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point mutuellement les uns les autres ;

« 4° Et enfin faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, qu'on soit assuré de rie rien omettre. »

Ce que Descartes fit pour le monde des idées, Bacon, en Angleterre (mort en 1626), le réalisa pour le monde des faits en composant ses deux importants ouvrages : de Augmentis scientiarum et Novum organum sive indicia de inter- [jretatione naturœ. Bacon y définit « le double but de la science : théoriquement, c'est la découverte des lois de la nature ; pratiquement, le développement de l'industrie humaine. Les lois ou formes sont les conditions des diveis phénomènes, propriétés et natures que le monde nous présente. »

Ces ouvrages font partie d'une grande entreprise qui ne tendait à rien moins qu'à la restauration complète des sciences sur une base nouvelle, avec un nouvel esprit et dans un but nouveau. Bacon la commença avec éclat, il dut en laisser l'achèvement aux travaux des siècles modernes.

III. Après avoir passé en revue, trop rapidement peut-être, les méthodes qui ont été plus spécialement en faveur, aux différentes époques de l'histoire des sciences médicales, il nous reste, pour terminer notre tâche, à rechercher quelles sont les méthodes plus directement applicables à chacune des branches des sciences médicales. L'anatomie et la physiologie, la nosologie, la clinique et la thérapeutique devront donc être tour à tour étudiées au double point de vue du

DicT ENc. r s. VU. 23

554 MÉTU0Ï5K.

but théorique et pratique que chacune d'elles se propose, et des méthodes le.s plus propres à atteindre ce but d'une manière sûre et complète.

L'anatomie, fondement des sciences médicales et biologiques, puisqu'elle nous apprend à connaître le corps humain, que nous devons maintenir à l'état normal ou y ramener quand des troubles y sont survenus, a tout d'abord pour méthode favorite l'analyse. Il est à peine nécessaire de démontrer qu'il ne peut en être autrement. Quand l'enfant poussé par la curiosité veut connaître comment est construit un jouet qui l'intrigue et l'étonné, il le brise, sépare chacune des pièces qui le constituent, examine chacune d'elles séparément, puis s'efforce, sans y réussir, de les réunir pour reconstituer le tout. L'anatomie suit la même méthode : elle analyse. S'agit-il d'apprendre à connaître une partie du corps, un membre, par exemple, l'anatomie l'étudié dans sa forme, son volume, ses dimensions. Après cette étude préliminaire, elle pénètre plus profondément, et par une séparation patiente, la dissection n'est pas autre chose, recherche les différents éléments qui entrent dans sa composition, s'assure de leurs propriétés physiques, volume, dimensions, forme, couleur, dureté, élasticité, etc. ; non contente de ces données, l'anatomie appelle à son secours des instruments d'analyse plus délicats, la loupe et le microscope, qui nous permettent de reconnaître la constitution intime des parties qu'une analyse relativement grossière nous a fait connaître. S'agit-il d'étudier un appareil organique, celui de la digestion ou de la respiration, par exemple, l'anatomie procédant toujours par voie d'analyse, reconnaît chacun des organes spéciaux qui entrent dans la composition de cet appareil ; elle détermine exactement sa direction, son volume, son poids, sa forme, sa nature, sa constitution intime, c'est-à-dire les éléments microscopiques qui entrent dans sa composition. C'est par une étude longue, patier.te et minutieuse, basée sur la méthode analytique, que s'est constituée Vanalomie descriptive.

Mais à ce premier travail fondé tout entier sur la méthode analytique en succède nécessairement un second dans lequel l'anatomie a recours à une méthode opposée, à la synthèse. Il ne jjeut sufhre en effet de connaître un organe dans toutes les particularités que considéré isolement il .peut présenter, il faut encore déterminer ses rapports avec les parties voisines et, pour cela, apprécier la situation et la position relatives des organes les uns avec les autres. C'est pour avoir négligé ce point de vue que se sont pour quelques temps introduites dans la science certaines erreurs ; au sujet, par exemple, de la direction du bassin par rapport à la colonne vertébrale, de la situation relative des cavités du cœur et de leurs orifices, etc. La méthode synthétique a permis de les reconnaître. C'est en la prenant pour guide et en déterminant rigoureusement les rapports relatifs des parties qui entrent dans la composition de chaque segment de l'organisme, qu'a pu se constituer Vanatomie topographique ou des régions.

Mais à cela ne se borne pas la méthode synthétique : elle intervient encore pour faire reconnaître que les appareils organiques de nature et de composition en apparence si variée et si complexe, sont constitués en réalité par un nombre restreint de tissus qui, dans des proportions diverses, entrent dans la composition de chacun d'eux. Vanatomie générale ou des tissus, fondée par Bichat, classe, groupe, réunit les parties similaires dont elle trouve les représentants disséminés dans les organes et les étudie sous le notti de système osseux, cartilagineux, nmsculaire, vasculaire et nei-veux, etc. Avec le secours du microscope, elle reconnaît eniin que les éléments qui constituent chacun de ces systèmes peuvent se

réduire à un très-petit nombre de formes, qu'ils procèdent les uns des autres par des transformations successives, des multiplications infinies, que tous peuvent se ramener à un élément primordial, la cellule qui, par ses évolutions multiples,

leur a dorme naissance.

C'est encore à la méthode synthétique qu'a recours l'anatomie, quand s'élevant à des conceptions plus élevées, elle compare entre elles les différentes parties de ror<Janismc et que dans le crâne elle reconnaît les transformations de ce que Meckel a appelé les cinq vertèbres crâniennes, ou qu'elle constate l'unité de plan que révèlent d'une façon si remarquable le membre supérieur et le membre

inférieur.

h'anatomie philosophique, car c'est ainsi qu'on l'a appelée, recourt à la synthèse quand, comparant entre eux l'appareil génital dans les deux sexes, elle en fait ressortir les analogies, assimile les testicules aux ovaires, les canaux déférents aux trompes de Fallope, et finit par retrouver le représentant de l'utérus dans l'utricule qui se trouve à la partie antérieure du veramontanum.

Enfin n'est-ce pas à la synthèse que s'adresse Yanatomie comparée quand, après avoir patiemment analysé la conformaiion et la structure du corps des animaux, elle les compare, établit entre eux les différences et les analogies qui lui serviront à les classifier, et qu'elle finit par découvrir entre eux à côté de l'unitc de plan, le lien qui unit les organismes cellulaires inférieurs aux degrés les plus élevés de l'échelle animale? C'est pai' la méthode synthétique que Darwin a été conduit à formuler la loi de l'évolution successive et progressive des êtres.

Par une tendance naturelle et innée à l'esprit humain, l'anatomie ne peut que difficilement se concevoir comme science isolée, si on ne lui associe comme corollaire presque obligé la physiologie, c'est-à-dire la science qui nous apprend à connaître le fonctionnement, l'utilité et le rôle des différentes parties de l'organisme à l'état normal. Les expressions d'appareil digestif, respiratoire, etc., qui s'imposent à nous dans le langage anatomique témoignent bien de cette union à bien des égards indissoluble de l'anatomie et de la physiologie. Assigner à chaque partie du corps son utilité immédiate, montrer comment elle fonctionne isolément, et comment ainsi elle contribue pour sa part à maintenir la vie dans tout l'organisme, tel est le but de la physiologie. Quelles sont les méthodes qu'elle emploie pour y pai'venir?

Parallèle à l'anatomie, fondée sur cette science, mais placée au-dessus d'elle dans la hiérarchie des sciences, la physiologie comme l'anatomie s'adresse d'abord à l'analyse. Elle isole par la pensée une partie de l'organisme, l'observe et ne tarde pas à y reconnaître l'existence d'un certain nombre de phénomènes caractérisés par des mouvements, des changements de forme et de matière qui, dans un temps donné, s'accomplissent avec une rapidité et une régularité variables. Elle cherche à expliquer les phénomènes qui se manifestent dans les organes par les propriétés physiques des tissus qui les composent. Mais quand l'anatomie qui les lui indique ne peut pas lui être utile, la physiologie invente des instruments propres à démontrer d'une façon claire et aussi exacte que possible telle ou telle partie du fonctionnement d'un organe. C'est ainsi que sont nés tous les appareils enregistreurs qui représentent graphiquement les mouvements qui se passent dans les organes : sphygmographes, cardiographes, etc., puis encore la série des instruments destinés à mesurer les éléments de certaines fonctions : thoracomètres, spiromètres, esthésiomètres, etc.

D'autres fois la physiologie s'adressse à la chimie, et, par des analyses compara-

556 ■ JIËIHUDE.

tives, détermine la composition chimique des corps solides, liqnides ou gazeux qui ont pénétré dans une partie donnée de l'organisme ou qui en sortent.

Sans s'astreindre à l'observation unique de l'organisme humain, la physiologie observe la vie chez les animaux, pratique les vivisections, met à découvert les organes de ses victimes, assiste à leur fonctionnement et note les conditions dans lesquelles celui-ci peut s'effectuer.

Jusqu'ici la méthode analytique suivie par la physiologie, reste uniquement basée sur l'observation impartiale des faits; un nouvel et fécond moyen de progrès va lui venir en aide : la physiologie entre dans la voie de V expérimentation. Soit qu'elle opère sur l'organisme humain, soit que, pour être plus libre dans ses allures, elle ait recours auv vivisections ou aux expérimentations sur les animaux, la physiologie place chaque organe dans certaines conditions choisies par elle dans un but spécial, et rigoureusement déterminées d'avance, elle varie ces conditions à volonté et enregistre les faits qui se déroulent sous ses yeux, hicessamment fécondée par Yindiiction et guidée par elle, elle parvient ainsi à connaître les conditions favorables ou nuisibles, indispensables ou seulement accessoires pour le fonctionnement de cet organe, attribue à chacune d'elles son importance et sa valeur relative, et arrive ainsi à dissocier les phénomènes si complexes et si variés de la vie. C'est en suivant cette voie, que la physiologie est arrivée à déterminer la digestibilité des différentes variétés d'aliments, les fonctions dévolues à chacune des parties de l'appareil nerveux, les principes sécrétés par chacun des appareils glandulaires, etc.

Arrivée à la limite infinitésimale de l'analyse et avant même qu'elle l'ait atteinte, la physiologie éprouve le besoin de recourir à la méthode synthétique. 11 ne suffit pas, en effet, de connaître jusque dans leurs plus minutieux détails le fonctionnement des différents organes et appareils, de savoir comment agissent l'appareil respiratoire, circulatoire, digestif, dans chacune de leurs parties ; il faut aussi déterminer quels sont les rapports fonctionnels qui rehent les uns aux autres les différents appareils, quelle est l'influence que réciproquement ils exercent les uns sur les autres. La méthode employée est différente, bien que les moyens soient identiques : la synthèse comme l'analyse s'appuie sur l'observation et l'expérimentation. C'est par la méthode synthétique que la physiologie est arrivée à déterminer la part d'influence que le système nerveux central et le système ganghonnaire exercent sur les mouvements du cœur, qu'elle a résolu les questions qui se rapportent à la température du corps, à son maintien, aux causes qui la produisent ; qu'elle a déterminé la marche des rayons lumineux dans les milieux de réfraction différente qui constituent l'œil, etc.

La physiologie, avons-nous dit plus haut, est la science qui nous apprend comment fonctionne l'organisme dans son état normal. Elle prend le nom de physiologie pathologique, quand elle recherche comment fonctionnent les organes et les appareils qui sont devenus le siège d'une maladie, c'est-à-dire d'un processus, d'une évolution morbide, et qu'elle détermine comment la lésion d'un appareil ou d'un organe agit, d'abord sur les autres organes, et, en fin décompte, sur l'organisme entier. La physiologie pathologique emploie les mêmes méthodes que la physiologie normale ; ces deux branches sœurs ne diffèrent que par l'objectif qu'elles poursuivent. La physiologie pathologique observe, analyse les faits qui se passent sous ses yeux dans l'organisme malade, ou sur les animaux préalablement soumis à l'influence de causes morbides déterminées et rendus volontairement malades par leur action. Puis, par la synthèse, elle classe, groupe,

réunit ou sépare, d'après leur analogie ou leur dissemblance, les faits observés. Elle arrive, par la synthèse, à établir d'une part que, quelque nombreux qu'ils soient, ces faits se produisent d'après un nombre relativement restreint de principes généraux; et de l'autre, que ces principes sont et restent les mêmes pour l'organisme sain et l'organisme malade.

La physiologie pathologique établit, par exemple, que tout obstacle siégeant dans un tube creux organique fibreux ou musculaire a pour conséquence nécessaire un rétrécissement en avant et une dilatation en arrière du point où il siège ; ou encore que tout fonctionnement exagéré d'un muscle, continué pendant un certain temps, a pour résultat une hypertrophie et une augmentation de volume de ce muscle, l'inverse étant également vrai; ou encore que, dans l'organisme sain comme dans l'organisme malade, les liquides obéissent aux lois de l'hydrodynamique, etc.

Immédiatement unie à l'anatomie pathologique, qui scrute en quoi consiste à un moment donné la lésion organique, détermine sa nature intime, son étendue, ses limites, la physiologie pathologique, de concert avec elle et par l'étude des matériaux enlevés à l'organisme ou rejetés par lui, recherche quelles transitions la' matière vivante a subies pour arriver de l'état normal à l'état anormal, par quelles modifications successives elle passe, et à quels produits elle aboutit, une fois qu'elle s'est engagée dans une évolution anormale. D'autre part, la physiologie pathologique applique, quand cela est possible, aux organes malades les mê|;ies procédés, les mêmes instruments qu'elle a employés pour l'étude du fonctionnement des organes à l'état sain, et contribue ainsi à rendre plus parfaites et plus complètes la connaissance des maladies et l'interprétation de leurs manifestations.

A ce double point de vue, la physiologie pathologique apporte un secours précieux et constant à la pathologie.

La nosologie ou la patholocjie, ainsi que son nom l'indique, est cette partie des sciences médicales qui s'occupe de la maladie. Avec l'anatomie et la physiologie, elle fait partie des sciences biologiques. Les deux premières étudient l'organisme, sa vie et ses manifestations à l'état normal. La pathologie étudie les évolutions anormales qui, sous l'influence de causes multiples et variées, ont pu survenir dans l'organisme, entraîner sa fin ou être pendant un temps plus ou moins long encore compatibles avec la vie.

La pathologie fait de la maladie une abstraction, sans se préoccuper de l'organisme qu'elle affecte. Autant son domaine est vaste, autant sont légitimes les divisions que la nécessité a forcé d'y établir. Nous en devons parler, chacune des branches de la pathologie ayant de préférence recours à certaines méthodes. La pathologie spéciale étudie chaque maladie en particulier, et, pour le faire d'une façon complète, elle doit l'ésoudre toutes les questions qui se rattachent à l'étude de chaque maladie. Elle s'attache donc à connaître ses causes, son mode d'invasion, ses manifestations phénoménales, sa marche, sa durée, ses modes de terminaison, son degré de gravité. Elle spécifie les signes qui permettent de la reconnaître, c'est-à-dire de la diagnostiquer, et enfin recherche si la même maladie ne présente pas plusieurs variétés. Jusqu'à ce moment, et pour déterminer chacun des éléments de la maladie que nous venons d'énumérer, la pathologie spéciale n'a guère eu recours qu'à l'analyse, fondée d'une part sur l'observation stricte, scrupuleuse et impartiale des faits, et, d'autre part, sur l'expérimentation, quand elle veut établir les causes prochaines des maladies. Mais, çiand lapatho-

logie spéciale veut faire ressortir les caractères d'une maladie f[ui l'empêclieiit d'être confondue avec les maladies analogues, c'est-à-dire quand elle veut en établir le diagnostic différentiel, alors intervient la méthode synthétique : plusieurs maladies, susceptibles d'être confondues, sont réunies par la pensée, envisagées comparativement, pour que de cette étude parallèle puissent ressortir les caractères qui serviront à les différencier.

Outre l'analyse et la synthèse, basées sur l'observation et l' expérimentation, la pathologie spéciale doit recourir à la méthode historique. En effet, la pathologiest, avec la clinique, la branche la plus anciennement cultivée de la médecine : les premiers médecins ont fait de la chnique, qui s'est condensée dans leurs écrit> sous forme de pathologie spéciale. Il existe donc pour chaque maladie une science traditionnelle, léguée par nos devanciers, et qui renferme la somme des connaissances médicales acquises à la suite des temps. La pathologie étant une science en voie d'évolution incessante, et renfermant un grand nombre d'idées qui ne sont pas encore suffisamment bien établies, un grand nombre de faits n'étant pas encore bien expliqués ou étant interprétés d'une manière peut-être erronée, il devient urgent de soumettre ces idées et l'interprétation de ces faits à une révision nouvelle, à une critique sévère, qui seules peuvent nous conduire à des vues plus fondées et faire progresser la science.

L'une des plus grandes difficultés que présente la solution des problèmes pathologiques réside, sans contredit, dans la grande complexité des phénomènes qui se passent dans l'organisme humain, tout comme aussi dans l'extrême mobilité .des conditions au milieu desc[uelles il se trouve placé. De là une extrême difficulté de mettre en lumière les causes des phénomènes et leur filiation ; de là les nombreuses exceptions aux règles, exceptions plus apparentes que réelles, car l'exception à la loi implique toujours une différence, une inconnue négligée dans les conditions de production des phénomènes. De ces difficultés est née la nécessité de simplifier, en les isolant, les phénomènes morbides, afin de pouvoir mieux et plus facilement étudier et déterminer les causes réelles et leurs conditions de production. De là est née la pathologie expérimentale, consistant dans l'étude de phénomènes morbides simples et isolés, volontairement produits sur les animaux. Quoique ne datant que d'hier, cette nouvelle application de la méthode expérimentale, procédant par voie d'analyse, a déjà fourni d'importants résultats. La pathologie y puisera de précieux enseignements.

Si la pathologie spéciale emploie comme méthode favorite l'analyse, la pathologie générale a recours à la méthode synthétique. A la pathologie générale, en effet, incombe la tâche d'étudier la maladie et les différents groupes de maladies dans leur nature, leur siège, leurs causes prédisposantes ou déterminantes, leurs symptômes, c'est-à-dire leurs manifestations anatomiques ou fonctionnelles; dans leur marche, leur durée, leurs périodes d'augment, d'état, de déclin; leur terminaison favorable ou fatale, etc. Or la pathologie générale ne saurait arriver à déterminer ces éléments divers, à en apprécier la valeur relative, sans en embrasser l'ensemble d'un coup d'oeil ; elle ne peut tracer le tableau des fièvres éruptives, des maladies épidémiques et endémiques, ùafectieuses et contagieuses, sans synthétiser les caractères propres à chacune de ces classes d'affections. En procédant ainsi, elle ne fait que mettre en œuvre, classer, réunir, grouper les nombreux éléments que la pathologie spéciale met à sa disposition.

Par ce travail de synthèse, la pathologie générale arrive forcément à reconnaître que cev'aines maladies présentent entre elles plus d'analogies que de diffé-

rences, se rapprochent par leurs causes, leurs caractères, leur marche, leur termmaison, etc.; qu'il existe parmi les nombreuses maladies qui peuvent se développer dans l'organisme des groupes naturels, tels que les inflammations, les fièvres, les néoplasmes, etc. Établir ces groupes de maladies, classer les maladies dans un ordre systématique, les diviser en classes, ordres, genres et espèces morbides : telle est la tâche qui incombe à une branche spéciale de la pathologn! générale, la nosographie.

Bien que de tous temps des esprits éminents se soient préoccupés de l'utilité d'étabhr une classification dans les maladies, à ne mentionner que Fernel (1558), Félix Plater, de Bâle (1 560), cette nécessité paraît s'être imposée d'une façon plus impérieuse à la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre. C'est en effet dans cette période, qui commence en 1770, que parurent les nosographies dont la trace est restée dans les annales de la science*. C'était l'époque oij Scheele et Priestley, Fourcroy, Vauquelin et Lavoisier, renouvelaient la chimie par leurs importantes découvertes ; oi!i Linné donnait à Upsal sa classification des végétaux. 11 était naturel qu'en voyant la chimie et la botanique dotées de nomenclatures et de classifications méthodiques, les médecins, eux aussi, tinssent à honneur d'introduire dans la science médicale une nomenclature rationnelle.

A une époque plus rapprochée de nous, les maîtres de la science ont proposé des systèmes de nosographie, à ne citer ici que ceux de Gendrin, Grisolle, Requin ; de MM. Dubois (d'Amiens), Bouillaud, Piorry, Tardieu, Hardy et Béhier, etc. L'espace nous manque pour apprécier chacun de ces systèmes en particulier. Nous ne pourrons que passer rapidement en revue les différents points de vue auxquels se sont placés les auteurs en proposant ce qu'un peu prétentieusement peut-être on qualifie du nom de méthodes nosographiques ; celui de systèmes nous paraitrait leur mieux convenir.

Ne parlons que pour mémoire de la méthode dite alphabétique; ce n'est qu'un ordre qui, adopté par les encyclopédies, dictionnaires et compendiums, pour faciliter les recherches, ne saurait prétendre au titre de méthode, puisqu'il rapproche les maladies les plus dissemblables, et ne présente par conséquent aucun caractère scientifique.

La méthode synoptique ou dichotomique, employée par les anciens (Ârétée, Caelius Aurelianus), se bornait à diviser les maladies d'après leurs principaux caractères, et établir, par exemple, d'après la durée du mal, les groupes des maladies aiguës et chroniques; d'après leur extension, les groupes des maladies générales et locales ; d'après leur siège, les groupes des affections internes et externes, etc. Ces divisions sont trop vagues, est-il besoin de l'ajouter? pour servir de base à un système de classification.

La méthode symptomatique, basée, comme l'indique son nom, sur les symptômes prédominants observés dans les maladies, réunit dans le même groupe des maladies de nature très-diftérente, parce qu'elles présentent un ou plusieurs symptômes semblables, tandis qu'elle sépare par le fait de l'absence d'un symptôme, des maladies qui devraient être rapprochées. C'est indiquer suffisamment que, si la méthode symptomatique peut servir à former certains groupes de ma-

' BoissiER DE Sauvages, 1752. Nosologia methodica. — Vogel, de Gœttingue, 1764. — Vitet, 1770. Tableau des classes, genres et espèces de maladies. — Macbride, 1772. Introduction à la théorie et à la jiratique de la médecine. — Cullen, 1775. Synopsis nosologiœ methodicœ. — Selle, 1789. Rudimenta pyretologiœ methodicœ. — Pixel, 1798. Nosographie. — Baumes, de Montpellier, 1801 . Fondements de la science méthodique des maladies^

ladies, elle ne saurait, sans faire violence à la vérité, les comprendre toutes dans ses divisions.

La méthode étiologique rassemble et groupe dans la même catégorie les maladies d'après la nature de leurs causes premières, qu'il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer ; ou de leurs causes secondaires, dont il est encore difficile de toujours préciser l'influence. Bien que le principe de la nosographie étiologique soit juste, qu'il nous apparaisse comme le plus séduisant et le plus élevé de tous ceux qui ont servi de base à la classification des maladies ; bien que la possibilité de l'adopter comme tel soit désirable, son application n'en restera pas moins, pour longtemps encore, d'une grande difficulté. Nous pouvons à la vérité nous servir de l'élément causal pour constituer certains groupes de maladies, tels que les maladies infectieuses, les intoxications, les maladies parasitaires, etc. ; mais, pour beaucoup d'autres maladies, cette base de classification nous fait défaut en raison de notre ignorance sur la cause réelle qui en a amené le développement,

La méthode anatomo-topograpliique, qui divise les maladies e'n prenant pour base la région du corps qu'occupent les organes, ne mérite pas le nom auquel elle prétend. Vouloir décrire, en les rapprochant, les maladies de la tète, du cou, du thorax et de l'abdomen, c'est se condamner à rapprocher des maladies qui n'ont de commun que leur siège anatomique et peuvent radicalement différer par l'ensemble de leurs autres caractères.

La méthode organo-pathographiqiie, à laquelle M. Piorry a attaché son nom, n'admet comme base de nosographie que les états pathologiques matériels simples ou composés des organes, c'est-à-dire les états organo-paihiques et les synorganopathies. Pour M. Piorry, il n'existerait point de nosographie ou de classification des maladies ; il ne pourrait y avoir que des descriptions ou classifications de souffrances dont les organes seraient les bases. Il est difficile d'absolument méconnaîtro la justesse du point de vue auquel s'est placé M. Piorry. Mais, tout en croyant que, grâce aux progrès de l'anatomie pathologique et notamment des recherches microscopiques, le jour arrivera où il sera possible de rapporter les troubles dynamiques aux altérations matérielles appréciables des organes et des tissus, il nous faut avouer que, dans l'état actuel de la science, il est des maladies, certaines névroses par exemple, qui échappent encore à la méthode organopathographique. Celle-ci ne peut donc être dès à présent admise comme base de la nosographie.

Le principe de la méthode anatomo-physiologique est de rapprocher les maladies qui se développent dans les. grands appareils organiques auxquels une fonction spéciale est dévolue ; elle étudie et décrit les maladies de l'appareil circulatoire, respiratoire, digestif, nerveux, etc. Or, comme les maladies d'un appareil entraînent fatalement des troubles fonctionnels analogues, semblables ou communs, cette méthode présente l'avantage de rassembler des maladies qui, en raison de leur siège, de leurs symptômes et souvent de leurs causes, forment des groupes naturels. Malgré cet incontestable avantage, force nous est de reconnaître que la méthode anatomo-physiologique, pas plus qu'aucune des autres méthodes nosographiques, n'est à l'abri de reproche. Elle ne saurait, en effet, comprendre des classes importantes de maladies, telles que les fièvres, les maladies infectieuses, les zoonoses, etc., qu'on ne peut localiser dans aucun appareil. Car, si la cause de quelques-unes d'entre elles peut au début être trouvée dans le sang, des symptômes multiples et divers ne tardent pas à se produire dans la presque généralité des organes.

Aucun des systèmes nosograpliiqiiesrapidemeut esquissés jusqu'ici ne parvient à embrasser d'une manière naturelle et à classer rationnellement l'ensemble et la totalité des maladies ; cela tient à ce que chacun d'eux prend pour base un point de vue exclusif. La nosographie est donc forcée, pour arriver à son but, de procéder par voie d'éclectisme et de recourir à une méthode mixte ou sxjncrétique, qui lui permette de prendre plusieurs ordres de caractères essentiels, an lieu d'un seul, pour établir la division des maladies en classes et groupes naturels et bien déilnis. La combinaison de la méthode étiologique et de la méthode anatomo-physiologique nous paraît surtout propre à conduire à ce but.

En employant chacune de ces méthodes, la nosographie procède toujours par voie de synthèse : les éléments qu'elle réunit ou sépare, rapproche ou disjoint, sont les maladies que la pathologie est arrivée à connaître par voie d'analyse.

Dans l'enchaînement des sciences médicales, l'étude théorique des maladies, c'est-à-dire la pathologie, n'est qu'un moyen pour arriver au but vers lequel tendent et convergent les sciences médicales : la clinique, qui n'est autre chose que l'application pratique des sciences médicales dans le but de soulager ou guérir un organisme malade. Dans un autre article de ce dictionnaire {voy. le mot Clinique), nous étudierons la clinique quant à son objet, ses éléments; quant aux problèmes nombreux et importants qu'elle doit se poser et résoudre. Nous ne devons ici nous préoccuper que des méthodes qu'emploie la clinique pour arriver à la connaissance de la vérité.

Les problèmes, qu'au lit de chaque malade, le clinicien doit élucider, sont de deux ordres : Il faut tout d'abord qu'il reconnaisse la maladie dans son siège, sa nature, sa forme, ses causes, ses caractères anatomiques et fonctionnels, son type, c'est-à-dire qu'il en établisse le diagnostic, puis qu'il détermine tout ce qui a trait à l'individualité du malade, à son âge, son sexe, sa profession, son tempérament, sa constitution, ses maladies antérieures, ses conditions héréditaires, au.'c idiosyncrasics qu'il peut présenter, etc.; enfin qu'il prévoie la durée, la marche, la gravité, les complications possibles, la terminaison de la maladie, etc., c'est-à-dire qu'il détermine le pronostic. Résoudre les questions diagnostiques et pronostiques relatives à chaque maladie et à chaque malade, tel est tout d'abord le rôle de la clinique. Comment et par quelles méthodes le clinicien y peut-il arriver ?

11 est évident que ce ne peut être qu'en se livrant à un examen attentif de son malade, examen qui devra consister dans: 1° V interrogatoire ; 2° l'application des procédés ou moyens physiques d'exploration.

Occupons-nous tout d'abord de l'interrogatoire, bien que souvent il ne soit pas possible (comme chez les enfants, sourds-muets, étrangers, malades dans le coma) ou même quelquefois qu'il soit à peine nécessaire pour fixer le diagnostic, et bien que toujours avant même que le clinicien ait commencé l'interrogatoire du malade, il ne l'ait involontairement déjà inspecté d'un coup d'œil rapide qui, quelquefois, grâce à un symptôme prédominant: haleine fétide à odeur gangreneuse, cyanose, orthopnée, ictère, éruptions cutanées, etc., suffira pour permettre d'établir le diagnostic, ou tout au moins mettre sur la trace d'une maladie infiniment probable. Quoi qu'il en soit, quelle méthode suivre pour bien

interroger un malade?

Boerhaave, Bayle, Chomel se sont préoccupés de ce point important sans ïe résoudre d'une manière satisfaisante. Rostan conseillait d'adresser au malade une première question : Oii avez-vous mal? et de lui faire préciser du doigt le

point précis de la douleur; puis, comme seconde question : Depniif rpumd souffrez-vous ou depuis quand êtes-vous malade ? Sans vouloir contester leur utilité dans le plus grand nombre des cas, remarquons cependant qu'elles sont souvent insuffisantes, ou peuvent même conduire à l'erreur, le malade ne soulfraul pas actuellement et pouvant ignorer la date réelle de l'origine de son mal. D'autres cliniciens se sont complu à rédiger de longs et savants formulaires de questions à adresser aux malades, et portant sur tous les symptômes et sensations subjectives éprouvés par eux dans les différents organes et appareils. Sans compter les cas où une telle manière de procéder est inapplicable en raison de la faiblesse du malade ou de la gravité de son affection (hémoptysie, maladie du coeur, etc.), nous ne croyons pas que telle soit la méthode suivie par la majoriti' des praticiens.

Après avoir d'un coup d'œil embrassé son malade, lui avoir rapidement demandé son âge, sa profession, lui avoir adressé les deux questions formulées par Rostan, et pendant ce court espace de temps avoir tâté le pouls du malade et apprécié sa température, il arrive le plus souvent que le clinicien habile et expérimenté aura saisi une manifestation morbide extérieure, qui aura éveillé dans sa pensée Vidée non pas toujours d'une maladie probable, mais au moins de l'organe le plus probablement malade. C'est cette idée qu'il importe tant d'acquérif avec rapidité et surtout avec justesse, car c'est elle qui va servir au clinicien de guide-conducteur po^ir son interrogatoire ultérieur.

Arrivé à ce moment, le clinicien, s'il croit avoir reconnu l'existence d'une maladie déterminée, suivra hméthode nosologique. Procédant par voie d'analyse, il s'enquerra chez son malade de l'existence des symptômes propres à la maladie supposée probable ; et tout en le faisant ou immédiatement après, le clinicien recherchera par les moyens physiques d'investigation les symptômes qui deviendront autant de signes. L'interrogatoire et l'examen du malade ne sont en quelque sorte dans les cas de ce genre que le contrôle, la vérification de l'idée que le médecin s'est à première vue formée de la maladie de son patient. Telle est la méthode à suivre dans les cas où, par exemple, la fièvre, la dyspnée, les crachats rouilles abondants dans le crachoir permettent dès l'abord de reconnaître l'existence d'une pneumonie. L'exploration locale du thorax ne sert plus qu'à déterminer certains éléments du diagnostic, relatifs au siège, à l'étendue de la pneumonie, au degré d'altération anatomique du poumon, à l'existence possible de complications dans d'autres organes, etc. Mais l'examen du malade n'est pas toujours si facile , tant s'en faut ; cela est surtout vrai pour les maladies chroniques. L'idée première que le chnicien avait conçue de la maladie ne s'est pas vérifiée ; une seconde qui avait germé un instant dans son esprit a eu le même sort; le médecin, alors, loin de persévérer dans une idée qui ne le conduirait qu'à l'erreur, ou dans des tâtonnements incessants et dangereux, renonce à la méthode nosologique pour recourir à la méthode historique.

Le clinicien demande alors au malade un historique complet et détaillé de sa maladie ; il apprend ainsi les conditions hygiéniques dans lesquelles a vécu le malade, ses conditions héréditaires, ses maladies antérieures, puis encore la durée antérieure de la maladie actuelle, sa cause présumée, les symptômes qui l'ont caractérisée, leur ordre d'apparition et les modifications qu'ils ont éprouvées en bien ou en mal, le traitement employé et ses résultats, etc., etc. Or il est rare que de cet interrogatoire, que le médecin doit patiemment diriger et dont il doit préciser les questions, ne ressorte point quelque fait, quelque élément qui pour

le clinicien sagace et instruit deviendra un signe précieux en le mettant sur la voie du diagnostic. Ce signe deviendra le point de départ de recherches nouvelles sur le malade, pour lesquelles la méthode uosologique pourra être reprise.

Mais il peut arriver que les deux méthodes nosologique et historique, que nous venons d'analyser rapidement, laissent le médecin indécis au sujet du diagnostic; force est alors de recourir à la méthode empirique, c'est-à-dire à l'expérience. Or l'expérience ou la connaissance d'un organisme malade ne se peut acquérir que par l'exploration successive de, chaque appareil organique et de chaque organe de l'économie au moyen de Tinspection, de l'application de la main, de la percussion, de l'auscultation, de la mensuration, etc.

Le praticien procédera h. cet examen selon l'ordre anatomo-physiologiqiie, il le commencera en portant plus spécialement sou attention sur l'organe et l'appareil qui lui paraîtra devoir être malade. Plusieurs organes le sont-ils, il restera à décider celui qui a été le premier ou qui étant le plus gravement atteint, a entraîné les affections des autres, puis à établir le lien pathogénique qui peut exister entre elles. Cette méthode empirique est moins souvent employée qu'on ne le pense; souvent, dans les maladies chroniques et compliquées, elle rend des services signalés en faisant subir à toutes et à chacune des parties de l'organisme un examen approfondi.

Trois méthodes principales sont donc à la disposition du clinicien pour l'examen des malades; ou pourrait les comparer aux instruments dont l'artiste se sert pour achever son œuvre. Au clinicien qui à la science du savant doit joindre l'habileté de l'artiste (car la médecine est un art aussi bien qu'une science), de choisir celle qui lui paraît devoir le conduire le mieux, le plus vite et le plus sûrement à son but : le diagnostic. Le clinicien reste libre d'ailleurs d'abandon^ ner et de reprendre tour à tour chacune de ces méthodes.

Bien que différentes dans leur marche, ces frois méthodes ont des points de similitude, toutes trois en effet procèdent d'abord par voie d'analyse, puis groupent les éléments ainsi obtenus pour les réunir et arriver à la formule synthétique qui n'est autre que le diagnostic. Toutes trois aussi, mais surtout la méthode nosologique , impliquent de la part du clinicien une idée qui dirige constamment chacune de ses recherches, dicte chacune de ses questions.

Avoir établi le diagnostic et le pronostic d'une maladie ne serait qu'une œuvre stérile, si le chnicien ne la couronnait en instituant le traitement le plus propre à guérir ou tout au moins soulager son malade, il ne peut le faire qu'en fliisanf appel aux ressources que lui. fournit la thérapeutique. Mais avant d'y avoir recours, le clinicien doit établir les modifications qu'il lui paraît surtout désirable d'apporter à l'état de son malade, les symptômes qui doivent surtout être combattus, c'est-à-dire saisir les indications thérapeutiques. Celles-ci bien fixées, le médecin choisira dans l'arsenal thérapeutique les moyens qui lui paraîtront les plus convenables, en éliminant ceux dont l'emploi lui est interdit par les contreindications. Mais comment le clinicien pourra-t-il faire son choix parmi les ressources thérapeutiques, si, au préalable, il ne connaît : 1" les corps simples et composés que la chimie, la botanique, la zoologie, mettent à sa disposition : la pharmacologie ou phannacographie lui apprennent à en apprécier la composition chimique, la valeur et le nombre; 2° les agents divers (électricité, eau, gymnastique, etc.) dont la physique et la physiologie nous font connaître l'action; 5° la manière dont les composés, minéraux, végétaux et animaux doivent être préparés, les formes sous lesquelles ils peuvent être administrés, c'est-à-

.'6i MKTliODE.

dii'e aji|)liv['.'iL'S 5\ir, o;i introduiu ilaiis Torganisme : la pharmacotechnie ou j'Iiarmacie proprement dite nous en instruit; ¥ l'action que chacun de ces composés divers exercent sur l'organisme, les doses auxquelles, aux différents âges de la vie, on peut les administrer, la pharmaco-dynamie nous l'apprend. Armé de ces connaissances, le clinicien choisit un de ces médicaments ou agents, les administre ou les applique au malade dans un but thérapeutique, et les translorme ainsi en remèdes ou agents thérapeutiques. Ce dernier acte par lequel le médecin dirige contre une maladie donnée l'action d'un agent thérapeutique appartient à la thérapeutique spéciale ou pharmaco-thérapie.

Quelles sont les méthodes qu'emploie la thérapeutique pour arriver aux connaissances si nombreuses et variées qu'elle résume?

Rappeler que la thérapeutique exige pour chaque médicament ou remède la connaissance exacte de sa composition chimique, de ses préparations et formes médicamenteuses, des doses auxquelles on le peut administrer, de son action physiologique et thérapeutique sur lorganisme, c'est faire pressentir que la thérapeutique emploie l'analyse comme méthode de prédilection ; la mélhode analytique lui est en quelque sorte imposée, elle se combine et s'allie à la méthode expérimentale.

En thérapeutique, la méthode expérimentale opère tantôt sur les animaux auxquels des doses progressives d'un corps, dont on soupçonne ou entrevoit l'utilité comme agent médicamenteux, sont données; les effets produits sont patiemment observés, soigneusement enregistrés; on en déduit la possibilité d'agir à leur aide et dans un but tliérapeutique spécial sur des organismes malades. — Tantôt la méthode expérimentale agit sur l'organisme humain à l'état physiologique. Bon nombre de médechis, aussi dévoués à la science qu'à l'humanité, ont commencé par expérimenter sur eux-mêmes l'action de médicaments peu ou mal connus, que plus tard ils administraient à leurs malades. — D'autres fois enfin, la méthode expérimentale s'adresse directement à des organismes malades dans le but d'élucider et de spécifier l'utilité thérapeutique de certains agents. Avons-nous besoin d'insister sur les hmites qui s'imposent ici à la méthode expérimentale? tout médecin vraiment digne de ce nom les connaît et les observe. Les expérimentations dites in anima vili ne sont permises qu'autant que le clinicien a par devers lui des raisons sérieuses qui lui permettent d'espérer que, de l'expérimentation à laquelle il se livre, pourra résulter quelque bien pour son malade. L'intérêt du malade est sacré ; pour le médecin consciencieux, il primera partout et toujours l'intérêt de la science, quelque grand que celui-ci puisse être ! Les expérimentations sur les malades qui se confient à nos soins -devront être conduites avec prudence ; les médicaments sur lesquels elles portent seront contrôlés avec soin pour que leur composition reste toujours identique; leurs effets seront consignés avec soin dans les observations cliniques, les moyens propres à en combattre les effets fâcheux devront toujours être prévus et préparés d'avance; aussi n'est-ce surtout que dans les hôpitaux et dans les services cliniques, oîi des secours médicaux efficaces sont incessamment à portée, que l'expérimentation des médicaments pourra être entreprise. A ces conditions, mais avec ces conditions et ces réserves expressément formulées, l'expéiimentation des médicaments sur les malades nous paraît légitime et utile.

La méthode expérimentale en thérapeutique opère par voie d'analyse, avonsnous dit plus haut ; quant à l'idée qui dirige l'expérimentateur, ne dérive-t-elle pas souvent et dans une certaine mesure de la synthèse. N'est-ce pas une idée

* MÉTIIOL. 365

synthétique qui guide le clinicien quand, connaissant l'action elles propriétés thérapeutiques d'un corps, il expérimente un autre corps qui se rapproche du premier par ses caractères et sa composition chimiques ou son origine. N'est-ce pas une idée synthétique qui a conduit à expérimenter l'effet thérapeutique du bromure et du chlorure de potassium dans les maladies où l'iodure de potassium avait rendu des services ? Une vue synthétique n'a-t-elle pas été le point de départ des savantes recherches analytiques par lesquelles M. Claude Bernard a rigoureusement spécifié les effets des alcaloïdes dérivés de l'opium , et démontré Je degré de l'action soporeuse ou convulsive de la morphine, narcéine, codéine, narcotine, thébai'ne, etc. ?

Arrivés au terme de la revue des méthodes appliquées et applicables aux différeutes branches des sciences médicales et biologiques, embrassons-les dans leur ensemble. Nous les trouvons nombreuses et variées, ayant chacune sou utilité propre selon le point ou la branche spéciale de la science à laquelle chacune d'elles s'applique. Au milieu d'elles, émerge comme un phare lumineux la méthode expérimentale. Aux temps modernes, à un savant éminent en France revient l'honneur de l'avoir fondée et inaugurée. Basée sur l'expérience, née à la fois de l'observation et l'expérimentation, procédant le plus souvent par voie d'analyse, puis réunissant par voie de synthèse les résultats obtenus, formulant ainsi les lois fixes et immuables qui, malgré la grande complexité des phénomènes dont il est l'incessant théâtre, malgré l'excessive mobilité des conditions dans lesquelles il est placé, régissent l'organisme humain à l'état physiologique et morbide, la méthode expérimentale permet d'établir sur un fondement solide l'édifice des sciences médicales et biologiques. Elle justifie la prétention légitime de la médecine d'être une science au même titre que les autres sciences naturelles.

Les résultats importants et féconds déjà obtenus par la méthode' expérimentale nous autorisent à bien augurer des nouveaux progrès qu'elle fera réaliser aux sciences médicales dans la voie de la vérité. L. Hecht.

mÉTllODI^ME. Doctrine médicale dont Asclépiade jeta les fondement et qui fut développés, avec de grandes modifications, par son disciple Thémison. Elle rapporte toutes les maladies à l'excès ou au défaut de la tonicité [voy. Médecijse (Histoire de la)]. 1).

]IIÉTŒ]\Ji]VTnOL. Modification isomérique de l'œnanthol (aldéhyde œnanthylique) {voy. ce mot). On agite Trenanthol avec de l'acide uitritique, à la température de 0% et on abandonne le mélange pendant 24 heures, puis on le verse dans une capsule et on l'expose dans un lieu frais ; il se produit une belle cristallisation qui constitue le méthœnanthol. Ces cristaux se conservent solides à 5 ou 6°, ils sont inodores, ils se dissolvent dans l'alcool bouillant et y cristallisent par le refroidissement. Ils fondent par la chaleur, et entrent en ébullition à 250". Les alcalis caustiques ne les attaquent pas. L.

mÉTnOL, L'esprit de bois de certaines provenances renferme quelquefois une substance volatile appelée lignone. On la sépare de l'esprit de bois en saturant celui-ci par du chlorure de calcium et en distillant. La lignone passe, on la purifie en la rectifiant sur du chlorure de calcium.

Cette lignone distillée avec de l'acide sulfurique concentré se décompose en certains composés méthyliques (sulfate, acétate, oxalate de méthylc), et en un

360 MÉTIIYLAMI.NE.

hydrocarbure, le méthol, (jui surnage le produit distillé. C'est une huile plus légère que l'eau, bouilliuit à 175" et d'une odeur analogue à celle de l'essence de térébenthine. L,

MÉTnoxiQUE. Methonica, Hermann. Genre de plantes raonocotylédonées, de la famille des Liliacées. Ce genre, qui ne contient guère que trois espèces, a pour caractères ; des fleurs à périanthe composé de six pièces oblongues-lancéolées, ondulées, très-longues et retroussées ; six étamines, réfléchies comme la corolle, portant sur leurs filets des anthères didymes, situées horizontalement; un ovaire supère obtus, à trois loges rauldovulées, sur lequel est inséré obliquement un style filiforme, trifide au sommet. Le fruit est une capsule ovale, trigone et triloculaire, s'ouvrant en trois valves, qui portent les graines sur leurs bords.

L'espèce la plus commune et la plus remarquable de ce genre est la Superbe du Malabar, Methonica superba Lam. {Gloriosa superbaL.). C'est une des belles plantes de la famille des Liliacées, cultivée fréquemment dans les serres à cause de l'éclat de ses fleurs. Sa racine est formée de deux sortes de branches ouvertes à angle droit, longues et charnues, un peu aplaties, blanchâtres intérieurement, brunes au dehors, d'une saveur amère et désagréable. La tige est herbacée, cylindiique, et s'élève en grimpant à une hauteur de 1 mètre et demi à 2 mètres. Elle est munie de feuilles alternes, oblongues ou oblongueslancéolées, dont l'extrémité insensiblement rétrécie se termine par une sorte de vrille accrochante. Les fleurs axillaires sont grandes, penchées, à pétales fortement ondulés sur le bord, de couleur jaune à la base, d'un magnifique rouge sur le reste de leur longueur.

Cette belle plante vient au Malabar, où sa racine est réputée vénéneuse et ses feuilles données comme astringentes. On les emploie dans les Indes en topiques.

Une autre espèce, le Methonica vires cens Kunlh, vient au Sénégal, oiî, d'après Bodwich, on broie les oignons avec la Maniguette pour les appliquer en cataplasme sur les entorses.

Rheedje. Malabar, p. 10'?, f. 57, — Linné. Gênera Plant., 410. —^ Jussiec. Gênera, 48. — Lamarck. III. Encyclop., tab. 247 et Diction. Encyclop., IV, 155. — Endlicheb. Gêner., PlaïU.., 1099. — KoNTfl. Enumeratio planiarum, lY, p. 276. — Walkenaer. Voyages, XII, 468.

MÉTHYL-ACÉTYLE. Voy. AcÉTONE.

MÉTHIXAL. Composé intermédiaire entre l'alcool méthylique et l'acide formique. En distillant un mélange d'esprit de bois, d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse, il passe, entre autres, produits, un mélange d'éther méthylformique et d'un corps particuher, le méthylal. Ce mélange, agité avec une solution de potasse caustique, est attaqué vivement, en doimant du forraiate de potasse, de l'alcool méthylique et du méthylal C«H*0^ Ce dernier est un liquide limpide, son odeur rappelle celle de l'éther acétique, il est soluble dans trois fois son volume d'eau ; la potasse le .sépare de sa solution aqueuse. 11 est soluble dans l'alcool et l'éther, il entre en ébullition à 42" ; sa densité est de 0,855. La densité de sa vapeur = 2,625. Les réactifs oxydants tels que l'acide azotique, l'acide chromique, etc., le transforment en acide formique. L.

IHÉTHYLAMEKE. Le méthyle C-fl^ en se substituant à 1, 2, 5 ou 4 équivalents d'hydrogène de l'ammoniaque, produit \ alcalis dont les combinaisons avec les acides correspondent à des sels à' ammonium.

MÉTIIYLAMINE. ÔG7

Isolés, ti'ois de ces alcalis correspondent au type ammoniaque,

Méthylamine H J Az = C^H^4z

Diméthjlamine Cni^ [ Az = G^H^Az

. cm \ Triméthylamine C-H'^ Az = C^H^Az.

Le quatrièine alcali correspond à l'hydrate d'oxyde d'ammonium Hydrate d'oxyde de tétraméthylaramonium „ \ Az.O.HO.

MÉTHYLAMiJSE. D'apvès M. Wurtz, on obtient ce corps à l'état de pureté en chauffant les éthers méthylcyanique et métiiylcianurique, dans un ballon avec une solution concentrée de potasse caustique, on élève la température à la fin de l'opération, et on distille jusqu'à ce que le tout soit réduit à l'état de siccité. Sous l'influence de la potasse, les éthers cyaniques sont décomposés en acide carbonique et méthylamine.

C^AzO,C2H^O + 2H0 = 2C0* 4- C^H^Az.

Éther Eau. Acide Miiliylamine.

méthylcianique. carbonique.

L'acide carbonique reste combiné à la potasse et la méthylamhie se dégage ; on condense les vapeurs dans de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique, il se l'orme du chlorhydrate de méthylamine ; on évapore à siccité, on fond le résidu, on le réduit en poudre, et on le mêle avec le double de son poids de chaux caustique. Ce mélange est chauffé dans un matras dont on remplit la partie supérieure avec de la baryte caustiquoo On chauffe doucement et on recueille le gaz raélhylamine sur la cuve à mercure.

La méthylamine se forme encore par l'action de la potasse caustique sur la caféine, la cadéine, la morphine. M. Holfraann l'obtient, en chauffant dans des vases fermés une solution alcoolique d'ammoniaque et de l'iodure de méthyle il se forme de l'iodure de méthylamine

AzH^ + Cmn. = G^H^AzHI.

Ammoniaque. lotlure lodliydrate

de méthyle. de méthylamine.

L'iodhydrate est décomposé par la potasse caustique, et le gaz méthylamine, desséché dans un tube rempli de fragments de potasse caustique, est recueilli sur la CuVe à mercure.

La méthylamine est un gaz incolore, non ])erraanent, quelques degrés audessous de 0 suffisent à le condenser en un liquide léger et incolore. Son odeur est forte et ammoniacale.

3G8 iMÉTHYLAMINE.

Le gaz raéthjlamiiie est le plus soluble de tous les gaz ; ua volume d'eau eu dissout à la température de 12" 1,150 fois son volume; il est fort alcalin ; il bleuit instantanément le papier de tournesol rougi, et répand des fumées blanches très-épaisses au contact d'une baguette humectée d'acide cl)iorhydrique ; il se combine avec un volume de gaz chlorhydrique égal au sien, pour former du chlorhydrate de méthylamiue, sel blanc et solide, mais tombant en déliquescence dès qu'il a le contact de l'air humide.

Sa combustibilité le distingue du gaz ammoniac ; par le contact d'une bougie allumée il prend feu et brûle avec une flamme jaunâtre, livide ; les produits de sa combustion sont de l'acide carbonique, de l'eau et de l'azote. Lorsqu'on le l'ait passer à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge, il se décompose en acide cyanhydrique, hydrogène protocarboné et hydrogène

SG^H^Az

= C^Az,H ^ C^H^ + 2H.

Méthylamine.

Acide Hydropène Hydrogène, cyanhydrique. protocarboné.

La solution aqueuse de la méthylamine possède l'odeur forte du gaz ; elle est caustique ; lebullition lui fait perdre le gaz qu'elle tient en dissolution. Comme l'ammoniaque, elle décompose un grand nombre de sels métalliques.

La méthylamine se combine facilement avec les acides pour former des sels ayant la plus grande analogie avec les sels ammoniacaux correspondants. Nous indiquerons les suivants :

Chlorhydrate de méthylamine. On l'obtient en saturant par l'acide chlorhydrique la méthylamine obtenue par l'action de la potasse sur les éthers cyanique et cyanurique du méthyle. Il cristallise en belles et larges feuilles, qui offrent des reflets irisés au moment de leur formation. Pour fondre, il exige une température supérieure à lOU", ce qui le distingue du chlorhydrate d'éthyluniine qui entre on fusion au-dessous de cettetempérature. Chauffé à une température trèsélevée, il se sublime en une poudre blanche cristalline. 11 est soluble dans l'alcool absolu et bouillant.

Bromhydrate de méthylamine. C'est un sel blanc, cristallisant en lames brillantes, très-solubles dans l'eau et dans l'alcool; les cristaux ont un aspect gras et sont très-déliquescents.

lodhydrate de méthylamine. Ce sel cristallise en lames incolores, brunissant à l'air, très-solubles dans l'eau et l'alcool.

Nitrate de méthylamine. Ce sel cristaUise en beaux prismes droits rhouiboïdaux très-allongés. Ces cristaux sont déliquescents et fort solubles dans l'eau et l'alcool.

Sulfate de méthylamine. Sel incristallisable, très-soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'alcool.

DiMÉTHYL\MiNE. Cette basc se forme en chauffant dans des vases fermés du bromure de méthyle avec la méthylamiue ; il y a combinaison et formation de bromhydrate de di-méthylamine

G2H%Br -h C^H^Az = C*H''Az. HBr.

Bromure Méthylamine. Bromhydrate

de méthyle. '^^ dimélhylamii.e.

En décomposant le bromhydrate de di-méthylamine par la potasse caustique, on obtient la di-méthylamine ; c'est un liquide incolore, doué d'une loitc odeur ammoniacale, soluble dans l.'eau, l'alcool et l'éther.

MÉTHVLAMLl.NE. 569

Triméthylamine. Cet alcali existe en quantité notable dans la saumure des harengs. La viilvaire (Clienopodium vulvaria) lui doit son odeur. En distillant ces corps avec de la potasse caustique, on obtient la triméthylamine, mais le produit est mêlé d'ammoniaque. Le seigle ergoté di-tillé avec de la potasse caustique en fournit également. Pour l'obtenir pure, il faut faire réagir la diméthylaniine ^ur le bromure de méthyle :

C«H%Br

-h C*H^Az =

G^H^Âz. HBr.

Bromure de méthyle.

Dimélhylamine.

Bromliydrate de trimétliylamine.

En décomposant le bromhydrate de triméthylamine par la potasse caustique, on obtient la triméthylamine.

Combinaisons du iétramétiiylammonium. La triméthylamine mise en contact a\ec l'iodure de méthyle (éther méthyliodhydrique) donne immédiatement un magma cristallin d'iodure de tétramélhylammonium :

Page 1