‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 48 sur 74 · B CA · texte numérisé non relu

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les cuirassiers et dragons, chargés les premiers du casque et de la cuirasse, les seconds du casque seulement, mais destinés à constituer la cavalerie de réserve ou de ligne, agissant par sou choc aussi bien que par ses armes proprement dites. Il est vraisemblable que l'introduction des armes à longue portée et à tir rapide, rendant à peu près impossible, même à des masses de cavalerie, l'approche de toute infanterie encore intacte, modifiera singulièrement le rôle de cette dernière. Déjà les lanciers ont été suppi'imés dans l'ai-mée française, les dragons, chasseurs, hussards feront à peu près le même service, celui d'éclairer au loin la marche de l'armée ; ils devront agir beaucoup plus par leiir vitesse que par leur choc, on pourra donc introduire dans, la cavalerie des hommes de plus petite taille qu'auparavant ; plus légers ils chargeront moins le cheval, relativement assez grêle de nos régions méridionales. L'attribution exclusive des hommes de haute stature à l'arme de la cavalerie a pour inconvénient de rejeter dans l'infanterie les gens les plus petits, souvent les moins robustes ; on la compose de tous ceux dont on n'a pas voulu pour les autres armes, sans penser que le fantassin doit fournir en campagne une somme de fatigue beaucoup plus grande que le cavalier, surtout eu raison du sac et du fourniment qu'il doit porter sur le dos pendant de longuts heures de marche.

L'a:rtillerie au contraire exige des hommes sinon très-grands, au moins particulièrement vigoureux, par suite de la dépense de force qu'exigent le maniement des pièces, les mises en batterie, le transport des projectiles, des poutres, gabions, et autres ustensiles destinés à la construction des batteries ; il en est de même du génie, dont les travaux ne sont pas moins pénibles.

Les chasseurs à pied ayant autrefois des manœuvres toutes spéciales exigeaient des individus lestes, vigoureux, à large développement du thorax, mais toute l'infanterie devant actuellement manœuvrer comme les chasseurs, il ne semble plus nécessaire de faire un triage spécial pour cette arme.

On trouvera dans le tableau XX VU les conditions physiques exigées dans les différentes armes, si à diverses reprises nous avons du abaisser le minimum de taille, il faut en voir la raison non pas dans un abaissement fatal de la taille générale en France, mais dans la nécessité de ne pas priver l'infanterie de sujets vigoureux et surtout dans l'augmentation graduelle des effectifs.

On pourra tirer quelques indications intéressantes du minimum de taille exigé dans l'armée prussienne pour le service des différentes armes {voy. tabl. XXVIIl), le tableau XXII a donné les mêmes indications pour l'armée anglaise.

TABLEAU XXVIIl. — minimum de la taille exigée dans l'armée prussienne

PODR LE SERVICE DES DIFFÉRESTES ARMES.

(Pied = O-'.SISSS, — Pouce = 1/12 de pied = 0°.026l5).

( Minimum 5'5" 1»,699

'''"'°^° ( 1/4 de l'effectif doit avoir au moins 5',6". l»,7-26

Artillerie à pied .... 5',2" 1°,6-21

Artillerie de forteresse. . 5',4" l'°,673

. ..,, . . ■ , ( Minimum, 5',3" i^MI

Artillerie a cheval. ... 1 « • wn» i™ iki-i

1 Maximum, 5 7 1°, /oa

„. . ( Réfrulièrement 5',4" 1",673

P""»"'^^ I Exceptionnellement S',2"- 1",621

, . . . . , , i Minimum, S',4" 1".673

Gturassiersetuhlails . . \ ^j^^^^^^^^ g-^g" 1»,778

... 1 Minimujn, 5',2" l-,6-2!

Dragons et hussards. . . ! „ ■ ki n" I-7K9

° ( Maximum, o ,i i ,iai

bfanterie Minimum, 5' 1",569

... ( Minimum, 5',2" l'",621

Chasseurs a pied . . . . { jj^^^j^m^ 5-^,» , . . . i.,7o2

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Les jeunes soldats immatriculés sont mis eu route sur uu ordre du ministre de la guerre. Avant leur départ, ils sont convoqués au chef-lieu du département et passés en revue par un officier général, accompagné d'un médecin militaire dont il prend l'avis pour statuer sur la position des jeunes soldats qui seraient ou se diraient infirmes ; lorsque quelques-uns de ces jeunes gens sont malades, il leur accorde un sursis de départ, ou les fait entrer à l'hôpital ; si leurs infirmités paraissent de nature à les rendre impropres au service, il les renvoie à une commis, sion spéciale, instituée par l'article xv de l'instruction du 5 mai 1844, et connue sous le nom de Commission départementale. Cette dernière se compose du général de brigade, commandant la subdivision, président, du sous-intendant chargé du recrutement dans le département, du commandant de la gendarmerie départementale, du commandant du dépôt de recrutement; elle est assistée de deux médecins militaires qui l'éclairent sur les cas d'exemption et prononce la rélbrme des jeunes soldats, reconnus atteints d'infirmités antérieures à l'incorporation. Elle a encore d'autres attributions, dont nous n'avons pas à nous préoccuper dans ce moment.

A la revue de départ, les jeunes soldats atteints de maladies vénériennes ou cutanées sont également signalés par le médecin à l'autorité, qui les fait admettre de suite dans les hôpitaux. Le général retient également les hommes soupçonnés de s'être mutilés volontairement, les consigne à l'hôpital s'il y a lieu et les signale au général, commandant la division, qui les fait poursuivre suivant la loi et les défère aux tribunaux civils.

La revue de départ terminée, les jeunes soldats sont mis en route dans les vingt-quatre heures, formant autant de détachements qu'il y a de régiments à fournir. Ils sont placés sous le commandement de sous-officiers qui doivent tenir la main à ce que les marches soient accomplies avec toutes les précautions dont nous aurons à parler plus loin en traitant des marches et de leur hygiène. Ils doivent y veiller d'autant plus, que ces jeunes gens sont souvent tort peu habitués à faire des routes à pied, qu'ils sont parfois fort empruntés et qu'enfin aux fatigues physiques vient parfois s'ajouter la dépression morale produite par* une récente séparation du foyer domestique. La nostalgie prend souvent naissance dès ces premiers moments et exerce sa fatale influence avant même que le jeune soldat ait rejoint son corps. Il serait avantageux que ces premiers voyages fussent toujours accompUs par les voies rapides, c'est du reste la tendance actuelle du commandement.

Arrivé au régiment le nouvel incorporé se trouve soumis à une dernière inspection médicale, passée par le médecin du corps, et les résultats de cette expertise sont inscrits sur le registre médical d'incorporation, destiné à donner pour chaque homme l'état exact de sa santé au moment de l'entrée sous les drapeaux, puis à relater tous les événements morbides qui se produiront pendant tout le temps de son service. Quelques médecins n'attachent point une importance suffisante à la tenue régulière de ces registres ; ils peuvent cependant fournir de précieux documents ; nous souhaiterions de leur voir donner ime plus grande extension, en transformant ce registre en feuilles de santé spéciales à chaque individu, suffisamment étendues pour que tous les faits intéressant la santé de l'homme puissent y trouver place ; à chaque mutation de l'intéressé, et a fortiori lors de son entrée aux hôpitaux, cette feuille seiait adressée au médecin du nouveau corps ou à celui de l'iiôpital ; ce dernier y trouverait relatés tous les antécédents de son malade et y consignerait sommairement les faits principaux de la

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maladie. Enfin, lors du congédiement définitif, ces feuilles seraient centralisées à la direction médicale du ministère de la guerre ; elles deviendraient la base de recherches et de statistiques véritablement précises.

Les médecins des corps de troupe doivent pratiquer la vaccination de tous les jeunes gens arrivant au corps, qu'ils aient ou non déjà été vaccinés, qu'ils soient porteurs de cicatrices vaccinales ou de marques de variole. Jusqu'en 185? étaient seuls vaccinés ceux qui n'avaient point subi cette opération, mais à partir de cette époque, les revaccinations ont été prescrites de la façon la plus formelle. Cette opération doit, d'après la note ministérielle du 51 décembre 1857, être pratiquée avant que les recrues soient soumis à aucun exercice. Si les circonstances ne permettent pas de s'en tenir toujours à la lettre même des règlements, on peut alTjrmer que les re vaccination s s'opèrent cependant avec une grande conscience ; de nombreuses circulaires rappellent les médecins à l'exécution de cette importante mesure prophylactique, ils doivent du reste en rendre compte dans les tableaux ■ statistiques qu'ils adressent trimestriellement au ministère. Le livret de chaque militaire porte également une indication spéciale constatant s'il a été vacciné ou non avant son entrée au service, ainsi que les résultats de la vaccination ou de sa revaccination.

Les bienfaits de cette mesure hygiénique ont été maintes fois constatés ; eu temps ordinaire la variole occasionne peu de ravages dans l'armée, beaucoup moins en tous cas que dans la population civile, et si, pendant la guerre 1870-71, un grand nombre de jeunes soldats, de mobiles et de mobihsés en ont été atteints, il faut l'attribuer en grande partie à ce que les événements et la hâte avec laquelle on avait incorporé de nombreux contingents n'avaient points permis de pratiquer régulièrement les revaccinations.

Après 'toutes ces initiations le jeune soldat se trouve enfin livré à la vie militaire, dont nous allons apprécier les différents aspects.

Vêtement et équipement. Les principes qui doivent présider à l'adoption des vêtements pour le soldat sont identiques avec ceux que l'hygiène réclame pour tous les individus et se résument en deux propositions : protection de la surface tégumentaire contre l'influence des agents extérieurs, liberté aussi complète que possible laissée au jeu des articulations et aux fonctions spéciales du tégument externe. Il n'y a donc point lieu d'y insister, nous nous bornerons à étudier l'application au soldat des lois de l'hygiène vestimentaire.

Dans toutes les armées régulières, les soldats portent un vêtement identique pour chaque catégorie ou spécialité militaire; l'uniformité de ce vêtement est indispensable tant au point de vue de la discipline qu'à celui d'une économie bien entendue. Introduit depuis Louvois dans l'armée française, l'uniforme fut au début variable dans chaque régiment, abandonné aux caprices ou au goût du colonelpropriétaire, qui, généralement, adoptait pour son régiment les couleurs de son blason. Plus tard, avec les progrès de la centrahsation, il fut admis que les mêmes spécialités militaires porteraient la même tenue, mais cependant avec certaines marques distiiictives ; aujourd'hui l'idée prédominante parait être, avec juste raison, de diminuer de plus en plus la diversité des types dans l'uniforme, sinon même d'arriver à un type unique, ce qui ne laisserait pas que d'être beuucoup plus économique pour les budgets de la guerre, fatalement surchargés par l'augmentation toujours croissante des effectifs et par la valeur du matériel de guerre.

Si nous sommes entrés dans une voie réelle d'amélioration, il ne s'ensuit cependant pas que Toa ait abandonné totalement les vieilles idées au sujet de

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l'uniforme. Pour beaucoup de gens le soldat doit être éiégammeut vêtu et c'est à ce principe que l'on doit la muUiplicité des couleurs vives, les brandebourgs, galons, cordons, plumets et autres appendices dont on s'explique difficilement l'avantage. Quelques-uns d'entre eux représentent des traditions, d'anciens privilèges ; pour beaucoup de personnes leur conservation n'est autre chose qu'une religion du souvenir, ime fidélité historique. Supprimer à certains régiments de hussards le dolmau marron, c'est oublier que cette couleur était l'apanage des hussards de Chamboran, dont ils doivent se considérer comme les descendants en hgue directe; enlever à un pantalon une bande de nuance spéciale, c'est lui faire perdre sa tradition et supprimer, dit-on, tout esprit de corps.

Le temps n'est plus où l'uniforme était un privilège, où, sans l'avouer précisément, son but piincipal était de plaire à la galerie un jour de revue, d'émouvoir tendrement les dames lorsque le régiment défilait devant elles. L'armée doit être considérée à un point de vue beaucoup plus sérieux ; elle est faite uniquement pour la guerre, le vêtement qui lui convient le mieux en campagne est celui que l'on doit adopter à l'exclusion de tout autre. Un régiment bien tenu, dont les soldats auront un air vigoureux, dont les uniformes seront peut-être sombres, mais dont les armes seront admirablement entretenues et solidement maniées sera toujours suffisamment beau, il aura même une beauté plus sévère et plus mâle, il inspirera tout autant d'enthousiasme et prob;iblement plus de respect.

Cioit-on de bonne foi que les soldats de l'époque actuelle se soucient beaucoup de savoir qu'ils appartiennent à l'ancien régiment Royal-Dauphin qui se couvrit de gloire à Esquerdes ou à celui d'Auvergne, infanterie? que leur régiment portait jadis le titre de Prince-de-Condé ou de Bercliini? Ce qu'ils savent, c'est qu'ils ont l'honneur d'appartenir à la 2^ compagnie du 1" bataillon du 18^ d'infautei'ie, que leur compagnie est la meilleure du bataillon et leur régiment le mieux commandé, le plus brave de -l'armée, voilà ce qu'ils savent et ce qu'on doit leur prouver; au delà tout n'est que sentimentalité inutile et temps perdu.

Du reste en France comme ailleurs, l'économie, la simplicité dans les aj'provisionnements ramènent fatalement à des considérations prosaïques; les budgets ne s'équilibrent pas avec des rêves, les ravitaillements ne se font pas avec des souvenirs ; il faut là du certain et du positif.

Le vérilable uniforme du soldat sera celui qui, conçu dans toutes les règles de l'hygiène, le protégera suffisamment de la chaleur, du froid et de la pluie, sera aussi peu encombrant que possible et par sa nuance le renilra moins apparent aux coups de l'ennemi. Que, suivant les saisons, les climats où une armée doit opérer, on modifie certaines parties ou même la totalité de l'nnforme, que l'on y ajoute certaines marques dislinctives pour reconnaître les corps ou spécifier les grades, rien de mieux; ce que l'on doit accepter aujourd'hui, c'est la réglementation de la tenue des troupes en ne prenant pour base que les lois de l'hygiène adaptées aux exigences du service, en laissant de côté la tradition et la fantaisie; une fois définitivement adoptés les types d'unitorme doivent rester à peu près invariables, et ne pas être modifiés tous les cinq ou six ans, au détriment des intérêts du Trésor, de la santé des hommes, de la dignité même du soldat.

l. Matières vestimentaires à employer pour l'armée. Le vêtement du soldat doit repondre aux mêmes indications que celui des autres classes de la société, il doit en outre présenter certaines conditions spéciales qu'il est important de ne point passer sous silence. Enfin, tandis que l'individu Uvré à lui-même peut modifier la forme de son vêtement et sa texture même suivant la saison, le vêtement iiir.T. EHc. r s. Vil. 4i8

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extérieur du militaire doit suffire en toutes saisons et à peu près en tous lieux. Il convient dont de fixer, d'après des règles scientifiques précises, les matières que l'on doit mettre en usage pour vêtir le soldat et leur nuance même.

De nombreuses expériences ont été entreprises à ce sujet ; celles de Coulier, dirigées précisément en -vue d'étudier les matières vestimentaires destinées à l'armée, ont une importance considérable ; elles confirment en partie les indications formulées déjà, soit à la suite d'autres recherches, soit par le seul fait de l'observation,

Coulier {Expériences sur les étoffes qui servent à confectionner les vêtements militaires, in Journal de la physiologie de Vhomme et des animaux, 1858, 1. 1, p. 122) prend un vase de laiton mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, le remplit d'eau à plus de 50° et le suspend par des cordons de soie dans un air tranquille ; un thermomètre très-sensible, fixé au bouchon qui ferme l'appareil, lui permet de constater les moindres variations thermométriques. L'appareil étant laissé à lui-même, on note exactement le nombre de secondes nécessaires pour obtenir une diminution de cinq degrés ; on a soin, du reste, de ne commencer l'expérience qu'à partir d'un point fixe, -l-40°, par exemple. Appliquant ensuite sur le vase des chemises faites avec les différentes étoffes à expérimenter, on note également le temps nécessaire pour arriener la même diminution de température de -1-40" à -+-35°.

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