MIMOSA. 2'H
rigides et longues interposées aux pinuules ; ces espèces appartiennent à toutes les régions chaudes du globe; elles sont i'rutescentes, arborescentes même, parfois herbacées ou même grimpantes. Dans les autres, les valves du fruit demeurent d'une seule pièce; on voit généralement dans les feuilles disparaître les £oies et les glandes; il n'y a môme parfois que des phyllodes; ces espèces-là forment la section américaine que M. Bentham nomme Ameria; elle comprend une cinquantaine d'espèces arborescentes ou herbacées.
Les Mimosa sont généralement astringents, riches en tannin et employés comme tels dans leur pays natal. Toutefois, quelques-uns renferment aussi des principes analogues à ceux des Casses et Sénés, car on les préconise comme médicaments évacuants. Leur racine peut être tonique; celle du M. piidica est irritante; son odeur est désagréable. A la Guyane, on se sert de la graine pulvérisée du M. acacio Jdes Benth. comme sternutatoire. Le M. Sensi^tua Benth. (M. KœrmigaRoxB., M. Jiringa Jack) s'emploie en Amérique au traitement des fistules et des hémorrhoïdes. Dans l'Asie tropicale et en Amérique, on prépare avec plusieurs espèces des décoctions qui servent topiqueraent en lotions au traitement des contusions, phlegraasies, etc. Tels sont les M. asperata L., longisillqua Arrabid,, Sicaria HorFMSG, fera Lour., Spongia A. S. H.
La plupart des Mimosées utiles étaient autrefois rangées dans le genre Mimosa dont on les a détachées. Le M. arabica Pom., qui donne de la gomme arabique, n'est qu'une forme de Y Acacia arabica. Le M. arabica de Roxburgh [PI. coromand., II, 26, t. 149) en est la variété indica. Le M. adstringens de Schumaclicr et Thôuning {Beskriv., 2), qui' donne la gomme Gonaté ou Gonakié, est l'Acacia adstringens du Sénégal. Le M. decurrens Vent. {Mahnais., t. 61) est un véritable Acacia {voy. ce mot) ; de même le M. procera Roxb. (M. coriacea Blanc.) Le M. Sirissa Ro.xb. est Y Acacia Lebbek W. (voy. Albizzia.) Les M. stipulata Roxi!., concinna W. sont des Acacia. Le dernier a reçu aussi le nom de M, SaponatHa, parce qu'en effet il rend l'eau savonneuse. Le M. scandens, dont la pulpe mucilagineuse des fruits sert à l'entretien de la chevelure, est maintenant une espèce du genre Entada. Le M. iuliflora Sw., des Antilles, plus connu sous le nom de Petite Algarobe {voy. ce mot), est un Prosopis. Le M. Inga L. {Spec, 1495), espèce laxative de l'Inde, est un Inga. Le M. Cateclm Roxb. est Y Acacia Catechu W. Le M. cochliocarpos Gom., l'une des « Écorces de jeunesse et de virginité » du Brésil, est le Pithecolobium Avaremotemo Mart. Le M. Bourgoni AuBL. {PL guian., II, t. 358) ouBI. fagifolia L. {Spec, 1498j est un Inga {voy. ce mot), et le M. ferruginea Roxb. {FI. ind., II, 561), préconisé dans l'Inde contre les affections scorbutiques, est un Acacia. A ce dernier genre appartient le M. lucida Roxb., espèce à semences huileuses, comestibles. Le M. trapezifoUa Roxb., plante indienne, tinctoriale, tannante, est un Pithecolobiurâ. Le M. fagifolia qui, à la Guyane, passe pour posséder les mêmes propriétés, est YInga marginata de Willdenow (nec H. B. K.). Beaucoup de Mimosa ligneux ont un bois recherché pour les travaux délicats d'ébénisterie. II. B.\.
L., Gen., n. 1158 (part. — Adans., Fam. des pi., II, 519 (part.). — J., Gen., 340. — Pom., Did.. Suppl., I, 49. — G^RTN., De fruct., II, 314. — K., Miinos., 1. — DC, Prodr., II, 425.— SpAcii. Suit, à Buffon, I, 51. — Endl., Gen. plant., n. 6831. — Mér. et Del., Dlct. Mat. méd., IV, 427. — Rosenth., Synops. pi. diaph., 1053. — Benth et IIoor (J.)., Gen., 1, 593, n. 587. — Histoire des plantes, II, 32, 52-Gl, 66 ; fig. 22, 23. II. Bâillon.
MIiniJLUi» L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des
'212 MINUSOPS.
Scropbulaiiiices. Les espèces qui le coniposciil sont des plantes de l'Aniérique exti'a-ti'opicale et de la Nouvelle-lIoUande. Ce sont des herbes à tige le plus souvent iétragones, à feuilles opposées, à fleurs axillaires ou en grappes terminales. Le calice est tubuleux, à 5 dents; la corolle est à deux lèvres, dont la supérieure bilobée et l'intérieure trilobée, portant souvent à sa base deux gibbosilés saillantes en dedans; les étamines sont au nombre de 4, didynames, incluses; l'ovaire est biloculaire, à placentas axiles portant plusieurs ovules. Le fruit est une capsule biloculaire, à débiscence loculicide, à valves entières portant la cloison sur leur milieu et laissant les placentas isolés.
Les Mimuhis n'ont qu'une espèce qui mérite d'être citée ici, c'est le Mimulus liiteus L. ou Mimulus jaune, qui croît dans le Chili et dans l'Amérique septentrionale, du côté de la Californie, et est cultivée dans nos jardins. Cette plante, tantôt glabre, tantôt couverte de poils visqueux, porte des feuilles presque sessiles, arrondies ou ovales, pointues, dentées en scie, iiarcourues par sept nervures longitudinales, dont les latérales, courbes, rangées symétriquement de chaque côté de la' médiane, toute droite. Les fleurs sont grandes et jaunes.
D'après Feuillée, la plante est rafraîcliissante, et les Indiens la mangent dans leur soupe.
Le Mimulus vioschalus Dougl., qui vient sur les bords de l'Orégon, a une odeur de musc très-marquée.
Linné. Gênera, n° 785. — Lamabck. Dict. Encijclop., IV, p. 184. — De Candolle. Prodrom, X, 368. — Feuillée. Histoire des Plantes médicales du Pérou et du Chili, p. 74o, tab. 54.
Pl.
MIMUSOPS L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Sapotacées. Ce sont des arbustes ou des arbres de la région intertropicale, contenant un suc lactescent. Leurs feuilles sont alternes, entières, le plus souvent coriaces et luisantes. Les fleurs ont un calice gamosépale à 6-8 lobes placés sur deux rangs. La corolle a un tube court et un limbe à 18 ou 24 divisions, plus longues que le tube et placées sur deux rangées : le premier verticille, formé de lobes étalés, placés par groupes de deux devant les pièces du calice; le second verticille, formé de 6 à 8 lobes dressés, exactement opposés aux pièces du calice. Les étamines fertiles, insérées sur le tube de la corolle, sont au nombre de 6-8 et opposées aux lobes intérieurs de cette corolle ; elles alternent avec un même nombre d'étamines stériles. L'ovaire est libre, velu, le plus souvent anguleux, ayant 6 à 8 loges, qui portent des ovules nombreux sur des placentas axiles. Le iruit est une baie 1-2 loculaire par avortement, globuleuse ou presque ellipsoïde. Il contient de 1 à 2 semences dressées, à testa coriace et brillant, marqué d'un tout petit ombilic rugueux ; l'embryon est placé au centre d'un albumen charnu.
Les Mimusops présentent un certain nombre d'espèces utiles, surtout à l'industrie. Plusieurs donnent un bois très-dur, très-compacte, d'un grain très-fin, d'une couleur rougeàtre, et pouvant prendre un très-beau poli. Ce bois a pour caractère de présenter sur la coupe transversale ù la fois des lignes blanchâtres concenti'iques fines et serrées et des points de même couleur formant par leur rapprochement dans le sens du rayon de petites lignes disconlinues qui croisent perpendiculairement les premières. Nous citerons, parmi ces espèces, précieuses pour l'ébénisterie :
Le Miinusops Enjthroxijlon Boj., de Tile Maurice, t^ui donne le Bois de nalte rouge;
WINADOUS (lES DEUX FRIRES). 213
Le Mhniisops angustifolia Boj., de la même région, (jui porte le nom de Bois de natte à petites feuilles;
Le Mirmisops nattarium Willem., qui vient aussi à Maurice et y porte le nom de Bois de natte ;
E\\(m\e Mimusops Balata Gœrta., de la Guyane qu'on nomme Bois de natte h feuilles de poirier ou encore à petite feuille., et qui produit les bois connus sous le nom de Bois de chair., Bois de Balata ou Bois de natte.
Cette dernière espèce est plus intéressante que toutes les autres, parce qu'elle donne en outre un suc connu sous le nom de suc de Balata, qui paraît intermédiaire par ses propriétés entre le caoutchouc et la gutta-porcha. L'arbre qui produit cette substance et qui répond au nom que nous avons donné, a des feuilles ovales, oblongues, soyeuses à la face inférieure. Le fruit est une baie verte, en forme d'olive, contenant des semences ovales, tronquées à la base ou triangulaires, arrondies, couleur de rouille. L'alb\mien est abondant, et les cotylédons peu épais, charnus.
Depuis 1860 environ, on a eu l'idée d'exploiter le suc lactescent que contient l'écorce ; pour cela on enlève les couches extérieures, et on fait sur la partie ainsi dépouillée des incisions en biais. Le suc s'écoule dans un récipient placé au pied de l'arbre; on en obtient environ 450 à 550 grammes par ])ied. Par la dessiccation, cette quantité se réduit à 350 ou 450 grammes. La substance a alors l'aspect et la couleur du cuir; elle s'enflamme facilement et brûle en donnant une odeur désagréable. Elle est plus lourde que l'eau. Elle fond vers 145" comme la gutta-percba, et reprend sa solidité primitive en se refroidissant. Elle peut devenir, lorsqu'on la traite avec le soufre, élastique et souple comme le caoutchouc.
D'autres Mimusops peuvent être utilisés en médecine. Le Mimusops Elengi L., qui vient dans les Indes orientales, aux Philippines, aux Mol uques, a une écorco astringente, dont les naturels du pays font usage dans leur thérapeutique. Cette espèce, à feuilles eUiptiques, oblongues, glabres, porte des fleurs nombreuses, fasciculées par 3 ou 6, d'une odeur extrêmement agréable ; on les utilise pour en faire une eau distillée, employée comme parfum dans le pays. Quant au fruit, qui est une baie ovoïde à 1 ou 2 semences, il a une saveur un peu astringente, mais est en même temps assez agréable à manger.
Les nègres mangent aussi, à l'ile de France, les fruits du Mimusops obtusifolia Boj. {Mimusops Kauki Sieb., nou L). Us sont ronds, du volume d'une pomme, d'un vert pâle, et d'un goût sucré et en même temps farineux.
RuMpiiius. Herbarium Amhonense, II, 189. — Linné, Gênera, W 478. — Lamarck. Diction. Encyclopédie, IV, 185 et Illustrations des ç/eitres. tab. 300. — Endlicher. Gênera, n° 4243. — Alph. De GixnoLLE. Prodronius, VIII, p. 201. — S^ldaniia d.a. Gam\. Travaux au sujet des produits du Brésil (jui sont à l'exposition universelle de Paris, 18G7. — G. Planciion, in GuiDouiiT. Drogues simples, Crédit., II, 593. Pl.
rairVADOVS (Les deux frères).
Minadous (GiovANNi Thomaso), médecin du seizième siècle, qui se distingua par son esprit pratique. Il était né, en 1540, à Rovigo oià son père exerçait la médecine, et après avoir fait de sobdes études à la grande école de Padoue, il lit comme plusieurs des médecins italiens de ce temps, et prit du service dans les consulats que les Vénitiens entretenaient dans le levant. Minadous n'était pas tellement absorbé par ses fonctions professionnelles, qu'il ne put consacrer une partie
214 MINDERER.
de son temps à des travaux historiques. C'est pendant son séjour dans ces contrées qu'il rassembla les documents nécessaires à une liisloire de la guerre entre les Turcs et les Persans, de 1576 à 1588. Revenu en Italie^ Guillaume de Gouzague, duc de Mantoue, se l'attacha en qualité de médecin. Vers 1596, il fut nommé professeur de médecine à l'Université de Padoue. Enfin, environ vingt ans après, le grand duc de Toscane, désireux de posséder un homme d'un aussi grand mérite, l'appela à Florence, mais il y mourut peu de temps après, en 1615, laissant les ouvrages suivants dont bien peu sont consultés aujourd'hui ; Bonet, cependant, dans ses recueils d'observations a rassemblé les faits intéressants publiés par 3'Iinadous.
I. Philodicus sive de piisana ejiisque cremore pleitreticis jiropinando . Mutiiiiîe, ISôi, iii-4°; Veneliif, 1587, iii-4°; Ibid., 15^11 . — II. De ratlone emiltendi sanguincm in febribua. Venet,, 1587, in-4°. — III. De morbo cirrhorum seu de helotide qux Polonk gozdzick, considtatio, Paduœ, 1590, in-i". — IV Medicarum disputatioiium Liber. Trévise, 1596, in-l" et Ibid., 1010, iii-4°. — V. Âpologia contra Jolianneni Lavcnclaviiini. Venet., 1596, 111-4°. — VI. Pi'o Avlceiina orntio. Paduce, 1598, in-4'>. — VII. Dispidationes duœ: 1° De causa, pcriodiccdionum in febiibus ; de febre ex sanguïnis puliedine. Ibid., 1599, in-4°. — MI. De luimani corporis turpiludinkhbus cngnoscendis et curandis, Lib, III. Il>id., 1600, in-fol. — IX. De artltritlde, \,. I. Ibid , 1602, in-4°; Veneliis. 160Ô, in-4°. — X. De variolk et mor- ' billis L. I. Ibid., 16U3, in-4°. — XI. De febre maligna L. II. Ibid. et Venet., 1604, in-4°. — .\II. Pro quadam sua seatenlia dispidatio. Paduaî, 16D4, in-4''.
Minadous (ÂuRELio), frère du précédent, était né également à Rovigo, et praiqua à Venise. Il n'est guère connu que par un traité sur les maladies vénériennes, dans lequel il soutient la nature virulente de la maladie, qu'il attribuait à la pu- Iréfaclion des différents spermes dans le vagin des courtisanes. Mais, partisan de l'introduction récente de la maladie, il croit que cette production putride et virulente avait eu heu seulement chez les Américaines qui en avaient communiqué les résultats aux soldats de Colomb. Il vantait par-dessus tout les sudoriiiques qu'il préférait au mercure.
Voici le titre de cet ouvrage :
Tractatus de virulentia venerea, in quo omnium aliorum hac de re sententixconfirmantur malinalura explicatur, causse et differentiœ, etc. Veneliis, 1596, in-4°. E. Bgd.
MSXDERER (Raymond). Ce personnage, si connu dans nos pharmacopées pour avoir baptisé de son nom l'acétate d'ammoniaque [Esprit de Mindererus), est un de ces nombreux chimiâtres du dix-septième siècle, qui réagirent contre la doctrine purement galénique, et cherchèrent dans des manipulations chimiques encore dans l'enfance, des produits nouveaux, qu'ils prétendaient devoir tout à fait remplacer les méthodes curatives des anciens. Reçu docteur à Ingolstad en 1597, il se fixa, en 1606, après plusieurs voyages, à Augsboiirg, oii il jouissait d'une grande réputation. Il fut ensuite médecin de l'empereur et de l'électeur de Bavière. On place l'époque de sa mort en 1621. Ses ouvrages, qu'on ne lit plus, que les plus intrépides bibliographes recherchent même peu, portent les titres suivants :
I. De 2}estilentia liber unus. Vienne, 1608, in-8°. —II. T/irenodia medica, seu Plandus medicinœ Ingentis. Vienne, 1619. in-8\— III. De Chalcant/io, seu vitriola, ejusque qualitale virtute, ac viribus, necnon medicinis ex eo parandis, desquisitio iatro-chymica, frigidis ac crudis quorundani de vitriola sinistre sententium opinionibus et sententiis oppo'sita. Vienne, 1617, iii-4». IV. Aleodarium Marocostinum. Vienne, 1616, in-8°.— V. Medicina miVdnri.s, Augsb. 1020, plus. édit. —VI. Epistola unica. (Cette lettre a été insérée dans le Cida medica de Jean Hoiwungus , imprimé à Nuremberg:, en 1025, in-4».)
]ni]«4lll. Nom donné, aux Indes, à un arbre de la famille des Légumineuses, appartenant au genre Pongamia {voy. ce mot),
Rheede. Malabar, VI, (ab. 3. — Raï. Hisloria Plantarum, II, 1733. Pi.
MIIVE DE COBALT. Poudre d'arsenic natif, noir, fréquemment employée pour détruire les mouches, et appelée, à cause de cela, poudre aux mouches {voy. Arsenic).
MINÉRAUX. On appelle ainsi, par opposition aux corps organises OU vivants:, les corps dits bruts, dont les molécules ne sont que juxtaposées par la force de l'affinité. Tous les corps inorganiques ne rentrent pourtant pas dans la science connue sous le nom de minéralogie ; celle-ci ne s'occupe spécialement que des corps qui se trouvent au sein de la terre et à la surface. La minéralogie n'entrant pas dans le cadre de ce dictionnaire, nous nous contenterons de renvoyer, pour de plus amples développements, à l'article qui traitera des différents règnes de la nature, dont l'un est constitué par les minéraux {voy. Règnes). D. ■
MirvERYES. On donne, en orthopédie, le nom de minerves à des appareils destinés à combattre le torticolis musculaire permanent. Il sera traité de leur emploi en même temps que du torticolis lui-même, et nous ne donnerons ici que de courtes indications générales.
Les minerves, différentes en cela des simples colliers, se composent de deux ordres de pièces qu'on pourrait appeler des pièces d'appui et des pièces de redressement. Les premières sont formées par une ceinture et par des montants latéraux, ou par diverses pièces dorsales maintenues aussi lixes que possible ; et c'est sur celles-ci que prennent leur point d'appui les pièces cervicales et céphaliques destinées à ramener le cou et la tête dansla rectitude. On com|)rend aisément comment ces pièces, au moyen de brisures, peuvent être disposées de manière à porter la tète, soit en arrière, soit latéralement, ou à lui imprimer un mouvement de rotation dans le sens opposé à celui de la difformité.
Les minerves les plus connues sont celles de Bouvier, Mellet, Charrière, Blanc et Bigg. Les personnes qui en désireraient connaître le mécanisme dans tous ses détails pourront consulter l'excellent ouvrage de Gaujot et Spillmann sur V Arsenal de la chirurgie contemporaine. La modification principale de l'appareil de Bouvier consiste dans une disposition qui permet d'éviter la pression sur les mâchoires. Dans celui de Mellet, le redressement s'opère par un simple levier de fer doux, fixé d'une part à la pièce thoracique, et de l'autre à un bandeau céphalique de toile ou de peau. L'appareil de Charrière, plus léger, est construit d'après les mêmes principes. Celui de Drutel et Blanc (de Lyon), dans lequel on a remplacé la compression circulaire de la tête par une pression latérale, se compose d'une légère cuirasse postérieure, d'un levier céphahque et d'un collier-mentonnière. Dans la minerve de Bigg, la portion supéiieure est formée d'une tige cervicale portant deux leviers céphaliques, dont l'extrémité libre est munie d'une' pelote concave. De ces leviers, mobiles à la base, l'un, horizontal, presse sur la partie antérieure de la mâchoire, du côté opposé à celui du muscle retracté, tandis que l'autre, vertical, appuie sur la région temporale du côté opposé. Enfin Richard a fait construire par Mathieu un appareil qui permet de joindre l'action des manipulations au redressement permanent. D.
MIKES. Mll^iEUKS (HygiLne PUBLIQUE ET professionnelle). On appelle mines les localités plus ou moins profondément situées dans le sein de la terre, et desquelles on extrait les substances métalliques, à divers états de combinaison, ou les lignites combustibles, bouilles, antbracite, etc. On donne plus particulièrement le nom de carrières aux exploitations qui ont pour objet l'extraction du plâtre, des pierres, marbres, ardoises, etc., destinés aux constructions. Ou comprend tout ce que ces travaux offrent de spécial, et combien ils doivent intéresser l'hygiéniste.
Du gisement des différentes sortes de minerais en général. M. Combes en a résumé comme il suit la disposition dans le sol. « Les minerais métalliques autres que les minerais de fer, se trouvent le plus souvent en fibres qui s'enfoncent sous une inclinaison généralement considérable, jusqu'à une profondeur que les travaux des mineurs n'ont encore atteinte nulle part. Ils sont aussi quelquefois en amas, en nids, en veinules (petits filons ou amas entrelacés), même en couches. Dans ces divers gisements, ils sont loin de constituer la totalité du gite. Ils y sont, au contraire, extrêmement disséminés au milieu de matièi'es stériles, tantôt en veinules minces, tantôt en nids ou enduits tapissant des cavités, tantôt eu particules pres:jue imperceptibles à l'œil, et dont la masse totale de la roche est comme imprégnée. L'association des minerais aux matières stériles ou gangues est tellement intense, que l'on est toujours obligé d'extraire une quantité de matières pierreuses beaucoup plus considérable que le minerai lui-même. La masse, extraite ainsi, est ce qu'on appelle minerai brut ; elle doit être soumise hors de la mine à plusieurs opérations pour séparer la gangue. Ceci est indépendant d'un premier triage, toujours exécuté dans l'excavation même, et qui permet de laisser en remblais une très-grande partie de roches tout à fait stériles, que l'on a dû abattre pour dégager la masse et donner aux excavations une grandeur suffisante. Les minerais ne sont pas disséminés dans le gite d'une manière uniforme. La richesse, c'est-à-dire la quantité relative de minerai associé aux roches stéliles est, au contraire, excessivement variable, de sorte qu'il y a des parties de filon très-étendues entièrement ou presque complètement dépourvues de minerais utilement exploitables.
« La plupart des substances minérales autres que les minerais métalliques, particulièrement les combustibles minéraux , les houilles , les lignites , se trouvent en couches ; ces substances sont à l'état massif ; elles constituent la plus grande partie de la totalité du gîte, et ne sont, le plus souvent, associées qu'à des lits de matières stériles qu'il est presque toujours possible de séparer et d'isoler dans la mine même, de sorte que le produit extrait est propre, sans autre opération, à l'usage auquel on le destine, et peut être immédiatement livré au commerce [Did.de Tindust. mamif., etc., t. VU, p. 663, Paris, 1838, in-8»).
On voit, par ce qui précède, que l'exploitation des mines métallifères et de celles qui renferment la houille, doit offrir de notables différences qui se manifestent surtout par la présence, dans ces dernières, d'un gaz explosible spécial, l'hydrogène carboné, dont nous aurons longuement à parler.
Nous diviserons cet article en trois parties distinctes. 1° Nous étudierons les travaux des mines dans ce qu'ils peuvent offrir de général ; 2° nous examinerons les différentes sortes de mines en particuher; 3° nous terminerons par l'exposé des règles d'hygiène applicables à ce genre d'exploitation.
I Des MINES EN GÉNÉRAL. A. HyGIÈNE INTRINSÈQUE. TRAVAIL DU MINEUR. L'ill-
duslrie dont nous parlons, comprend différentes sortes de travaux, la formation des galeries, l'épuisement des eaux, l'extraction du minerai, son Iranspoi t, etc., qui se divisent en plusieurs genres d'occupation dont chacune a son personnel particulier, ses peines, ses dangers.
lo Entrée et sortie de la mine. Nous n'avons rien à dire des mines situées dans le flanc des montagnes et dans lesquelles on pénètre par des galeries horizontales ou inclinées; mais les travaux pour l'exploitation des iilons et des couches sont souvent situés à une grande profondeur, cinq, six cents et même sept cents mètres; on y pénètre par des puits ronds ou rectangulaires à parois cuvelées en bois ou maçonnées, dont le diamètre ne saurait être moindre de deux mètres; ou descend à l'aide de diflérents procédés, successivement perfectionnés, qui ont pour but d'épargner de la fatigue et des périls à l'ouvrier. Nous ferons connaître les principaux.
Échelles. Autrefois la descente avait lieu par des échelles perpendiculairement accrochées aux parois du puits ou légèrement inclinées et aboutissant à des paliers successifs. On comprend quelle énorme fatigue il devait en résulter pour le mineur. Rien de plus pénible, en effet, que cette descente à reculons pour l'homme quelquefois chargé de ses outils, se retenant par les mains aux échelons supérieurs, la plante des pieds reposant sur la base étroite des échelons infélieiu's; il arrivait ainsi au terme delà course déjà fatigué, et cela d'autant plus que sa demeure était quelquefois à une certaine distance de la mine. L'inclinaison des échelles et l'existence des paliers était sans doute un soulagement mais bien insuffisant. La remontée, après la journée de travail, était plus pénible encore. Il y avait là une double dépense de foi'ce sans compensation aucune; il a donc fallu y remédier et les échelles sont aujourd'hui généralement abandonnées, sauf pour les petites exploitations, oà la substance à extraire est à une faible profondeur.
Système des hennés ou cuffats. On a songé, il y a déjà assez longtemps, à utiliser les machines servant à extraire le minerai pour descendre et remonter les mineurs. Les bennes ou cuffats sont des espèces de tonnes attachées à des câbles ou à des chaînes, et mues par des systèmes divers. Ce procédé était assurément assez commode, mais non sans danger ; les bennes sont ballottées dans le puits, celles qui remontent et celles qui descendent peuvent se heurter, s'accrocher, se renverser ; de là des accidents terribles où des malheureux sont précipités de quelques centaines de mètres jusqu'au fond du gouffre. On a heureusement remédié à ce grave inconvénient à l'aide de longiierines , poutres situées les unes au bout des autres le long du puits et qui guident la benne. Mais ici se présente une autre source de dangers : le câble peut se rompre, et delà, encore, une chute terrible. Pour s'y opposer on a proposé d'introduire le système des parachutes ; M. Marchecourt, le premier, ancien élève de l'école de Saint-Étienne (1845), puis M. Fontaine, chef d'atelier aux mines d'Anzin (1849). Le parachute du premier, placé au-dessus de la tonne, est formé de deux barres de fer qui se croisent à peu près comme les deux branches des ciseaux des tailleurs, autour d'un même boulon horizontal. Lorsque le câble de suspension est tendu par le poids de la tonne, les deux barres se croisent sous un angle peu ouvert, et les extrémités de leurs branches inférieures sont maintenues à une petite distance des longuerines en bois qui guident la tonne. Le câble vient-il à se rompre, des ressorts, libreô alors d'agir, augmentent l'ouverture des deux barres du parachute, leurs extrémité inférieures viennent s'appuyer contre les longuerines dans lesquelles elles
pénètrent par une arête tranchante, et la benne reste ainsi suspendue, accrocliée par son parachute.
L'apparoil de M. Fontaine est fondé sur le môme principe, mais sa construction est mieux entendue. Elle est telle que, dans le cas de rupture du câble, le parachute tombe plus rapidement que la tonne elle-même, et cette chute, plus rapide détermine inftùUiblement un écartement des bras en fer, dont les griffes viennent s'enfoncer dans les longuerines. Un chapeau en tôle, heureusement ajouté par M. Fontaine à son appareil, recouvre la cage et i^eçoit la portion du câble inférieure au point de rupture, et qui , sans cela , tomberait sur la tète des ouvriers.
Cet ingénieux système n'en est pas à faire ses preuves. Nous citerons h cet égard les deux faits suivants : Un jour le câble soutenant la cage se rompit, au moment où un ouvrier renfermé dans cette cage commençait son ascension ; il se rompit presque à l'orifice du puits; 500 mètres de corde, pesant près de 2,000 kilogrammes furent précipités au fond du puits. Le parachute-Fontaine supporta ce poids en même temps qu'il retint la cage, et l'ouvrier fut préservé. Une autre fois, la corde d'extraction se rompit à. un mètre au-dessus de la cage qu'il portait, et à 50 mètres du fond de la fosse. Cette cage contenait quatre hommes ; les griffes du parachute entrèrent dans les guides en bois, et tinrent suspendus les quatre ouvriers qui n'avaient éprouvé qu'un temps d'arrêt et n'en apprii'ent le motif que quand on vint les chercher avec une autre corde.
Les motifs de sécurité que donne cet appareil, là où il est en usage, ne doivent pas dispenser des autres précautions qu'exige l'emploi des bennes, et par-dessus tout l'examen des câbles et leur changement fréquent.
Machines pour l'ascension. En 1833, M. Dœrel, inspecteur des mines (Bergmeister) dans le Harz, inventa, pour faire monter et descendre les mineurs, une machine très-ingénieuse appelée Fahrkiinst ou Fah7'maschine (machine à transporter), et qui est assez répandue en Allemagne.
En voici la description, donnée dans le Dictionnaire des arts et manufactures^ de M. Laboulaye. « Cette machine se compose d'un système de deux tirants eu bois établis dansle puits, parallèlement et à une petite distance l'un de l'autre, depuis la surface jusqu'au fond et qui reçoivent un mouvement rectiligue alternatif de la roue hydraulique ou de la machine servant à l'extraction. Chaque tirant porte des marches dont l'équidistance est égale au double de l'amplitude du mouvement alternatif, et des poignées en fer sont établies à la hauteur convenable, au-dessus des marches, pour que l'ouvrier puisse les saisir avec la main. Les tirants sont guidés par des rouleaux et sont munis de plusieurs patins de sûreté, disposés de manière à ce que, en cas de rupture, la partie détachée ne pût jamais tomber que d'une hauteur tout au plus égale à l'amplitude d'une excursion, c'est-à-dire de 1 mètre 50 à 2 mètres. L'ouvrier passe successivement d'un tirant sur l'autre en se tenant toujours sur les marches de celui qui monte, s'il veut monter, et sur les marches de celui qui descend s'il veut descendre. Des échelles fixes sont placés entre les deux tirants en cas d'accidents. Enfin, de distance en distance il y a des planchers horizontaux, comme dans le cas d'échelles fixes. On a remplacé, dans quelques mines, les tirants en bois par des échelles en fil de fer qui sont reliées de distance en distance par des sortes de balanciers qui les rendent solidaires l'une de l'autre, et qui, en les équilibrant ainsi à différentes hauteurs, ont l'avantage de décharger les points d'attache supérieurs et les parties supérieures des câbles du poids des parties mférieures. »
L'appareil Warocqué est construit à peu près suivant les mêmes idées que celui de M. Dœrell, et il a été appliqué dans beaucoup de mines en Belgique et en France. 11 est constitué par deux tiges parallèles, partant de l'orifice du puits et aboutissant au fond de celui-ci, elles portent, de distance en distance, des platesformes ou espèces de paliers qui se meuvent avec elles, et reçoivent les ouvriers. Deux cylindres à vapeur, fonctionnant en sens inverse l'un de l'autre, servent à mettre ces tiges en mouvement, de telle sorte que l'une descend taudis que l'autre monte. A l'extrémité -de la course, les paliers des deux tiges sont en contact et de niveau de manière à offrir une même surface horizontale. Alors les hommes changent de palier à chacun de ces mouvements de manière à arriver au fond du puits s'ils sont sur le palier descendant ou à l'orifice extérieur s'ils sont sur le palier montant. Ce système demande cependant quelque habitude, dit M. Rienibault, ilfaut saisir le moment précis de la rencon're des paliers pour passer de i'iui sur l'autre. Qu'on laisse passer le moment favorable pour enjamber la séparation, que le pied vienne à glisser, et l'on est en péril. Dans certuines machines le mouvement est continu et les paliers arriveat en face l'un de l'autre sans s'arrêter. A Rivc-de-Gier, dans la jnachitie construite par M. Warocqué, il y a un temps d'airêt dont la durée se règle à volonté.
Suivant une autre remarque de M. Riembault, il est important que le puits destiué à l'entrée et à la sortie des ouvriers ne soit pas cehii qui donne issue au mauvais air dans l'aérage de la mine. En effet, dit il, quel que soit le mode de descenderie, il faut toujours un certain temps variable, entre cinq et vingt minutes, pour gagner les travaux souterrains; or il est dangereux de respirer pendant un espace de temps aussi long des gaz délétères, et le danger est bien plus grand si les ouvriers doivent faire un exercice fatigant durant le trajet, comme dans le cas d'ascension par les échelles, l'anhélation si commune alors peut se transformer en asphyxie commençante si l'air est fortement vicié.
2" Du travail dans la mine. Une fois arrivé dans le sein de la terre, le mineur prend place dans les galeries pour procéder à l'exlraction du minerai. Ces galeries, communiquant entre elles, forment comme un réseau à mailles plus ou moins multipliées, et sont revêtues de parois en bois ou remblayées avec la matière rocheuse qui formait la gangue. L'existence des boyaux étroits dans lesquels on poursuit souvent un fdon a pour conséquence de s'opposer à la libre circulation de l'air , de là une viciation de celui-ci dont nous aurons bientôt à nous occuper.
Mais voyons d'abord les différentes fonctions des ouvriers employés dans la mine. Nous suivrons surtout ici l'excellent ouvrage du docteur Brockmann sur les mines du Ilarz, si nombreuses et si riches.
Lorsque la roche dans laquelle est enfermé le minerai est très-dure, il faut la faire éclater au moyen de la poudré. Dans ce cas, nous avons d'abord à considérer les foreurs qui percent les trous de raines pour faire sauter les blocs. Ce travail est plus ou moins pénible, suivant le degré de dureté de la roche, mais, cependant, une dépense très-considérable de force n'est pas nécessaire. Au point de vue de l'hygiène, celte opération exige une attitude inclinée en avant, et dans laquelle le ventre et les parties qu'il renferme sont fortement comprimés, à'on une altération dans les fonctions de celles-ci. Or cette compression porte particulièrement sur le foie. Les efforts accomplis pendant le forage amènent une accélération de la respiration et de la circulation et un afflux plus grand du sang dans les poumons et le cœur ; en même temps l'augmentation de fréquence des mouvements rcspi-
ratoiros introduit d;ins les poumons une plus grande quantité des gaz ou poussières nuisibles qui se rencontrent surtout dans les points reculés où travaille l'ouvrier. Le trou une fois creusé, il faut y introduire une cartouche toute préparée et munie d'une mèche assez longue pour donner au mineur le temps de se retirer suffisamment loin, après qu'il y a mis le feu. Quelques personnes ont la mauvaise habitude de verser directement la poudre dans le trou et de la vouloir bourrer avec une tige métallique ; il en résulte souvent une explosion immédiate; d'autrefois la mèche s'éteint, le coup ne part pas, il faut alors retirer la cartouche, ou, si l'on a versé la poudre, débourrer le trou, autre opération non moins dangereuse. Enfin, dans quelques cas, l'explosion n'est que retardée, on croit qu'elle n'aura pas lieu et au moment où l'on s'approche pour recommencer, le coup part. On voit à quels périls sont exposés les individus commis à ce genre de travail, sans parler de la violation de l'air produite par la déllagration de la poudre.
Quand la roche n'est pas très-dure, on peut l'entamer avec le pic; on détache le minerai plus facilement, mais il en résulte alors une poussière plus ou naoins abondante et nécessairement plus ou moins nuisible suivant la nature des particules métalliques qu'elle renferme (plomb, mercure, arsenic). Nous en dirons autant du premier cassage au marteau et du triage à la main qui s'exécutent dans la mine même, afin de séparer le minerai plus ou moins riche de la gangue stérile qui l'enveloppe; vient ensuite le transport à l'extérieur. A courte distance, le minerai est conduit au puits d'extraction à l'aide de brouettes, mais pour de plus longs trajets, on se sert de chariots àquatre roues ou chiens. Ce travail est souvent très-pénible, comme nous le dirons pour les mines de houille; la brouette exige des efforts continus; quant aux chiens, une modification très-avantageuse, introduite dans ces exploitations, consiste à les faire glisser sur des rails, ce qui ne demande pas autant de force. Dans les parties noyées, on est quelquefois obligé de se servir de petites barques plates que l'on tire avec des cordes. Les accidents qui peuvent résulter de ces travaux sont d'abord des hernies, puis un état congestif des poumons et du cœur qui peut avoir des conséquences dont nous parlerons plus loin. Un danger plus grand, à coup sur, c'est que l'ouvrier, tout en sueur, est exposé à des courants d'air souvent très- vif s, et à l'humidité froide, d'où résulteront des suppressions brusques de la transpiration ; les effets en sont bien connus.
Le minerai transporté au pied des puits d'extraction est chargé dans des tonnes ou bennes, et enlevé jusqu'à l'orifice extérieur à l'aide de machines.
Dans une autre catégorie de travaux se présentent les maçons chargés de murer les puits de certaines galeries, ce qui donne àcelles-ci une grande solidité et leur permet de résister davantage aux éboulements et à la pression des eaux souterraines ; les menuisiers et charpentiers qui doivent munir de charpentes les localités qui menaceraient ruine, et cuveler les puits, etc. Ces travaux, outre les dangers ordinaires de la profession, présentent, en outre, ceux auxquels sont exposés les mineurs, obscurité, humidité, mauvais air, etc.
A mesure que l'on creuse des galeries, il faut, afin d'éviter l'invasion des eaux, percer des trous de sonde dans divers sens, de manière à permettre un écoulement facile par les sondages. Dès que l'on voit l'eau filtrer à travers les parois, il faut promptement se retirer. Quand une masse d'eau considérable n'est séparée d'une galerie que par une faible épaisseur, il peut y avoir rupture, et envahissement des travaux qui sont inondés à une hauteur phis ou moins grande, de manière à
amener queltincfois des accidents terribles et la submersion d'un grand nombre de malbciireux. Certaines mines sont tellement infiltrées par les eaux, que des machines d'épuisement très-puissautes doivent être en jeu d'une manière incessante. Quelquefois ces trous de sonde aboutissent à des excavations anciennes, abandonnées depuis longtemps, et alors les gaz délétères qui s'y trouvent ordinairement en abondance, arrivent dans les galeries en exploitation et peuvent en vicier l'air d'une manière très-dangereuse. Ces sondages, on le voit, exigent de grandes précautions de la part de ceux qui les exécutent, sans compter qu'ils nécessitent beaucoup d'efforts des bras et de la poitrine.
30 Influence du milieu dans lequel travaille le mineur. Nous ne parlerons pas ici delà production de l'hydrogène carboné ou gaz explosible (grisou), qui est spécial aux mines de houille, mais seulement des altérations diverses dont l'air peut être le siège dans les différentes sortes de mines.
Altérations de l'air. Les émanations provenant des bois et charpentes qui tapissent les galeries et que l'humidité ne tarde pas à altérer; la combustion des lampes destinées à éclairer les travaux ; la respiration des hommes et des animaux qui se trouvent dans ces profondeurs ; la déflagration de la poudre lors des coups de mine, sont autant de circonstances qui contribuent à verser dans l'atmosphère des guéries des quantités considérables de gaz nuisibles.
D'un autre côté, la respiration des êtres vivants ne se borne pas à fournir de l'acide carbonique, mais elle absorbe une assez forte proportion de l'élément vital de l'air, l'oxygène. J'en dirai autant des différentes combustions, de la putréfaction des matières organiques. La proportion relative de l'oxygène se trouve encore diminuée par le fait de la dilatation de l'air que produit la température élevée qui règne souvent dans certaines parties de ces régions souterraines. En même temps que par les causes précitées l'oxygène diminue, la quantité relative d'azote augmente, sans compter qu'il s'en produit encore dans les coups de mine. Cette dernière cause donne aussi naissance à quelques gaz sulfurés, que fournissent également les pyrites et autres sulfures, bien qu'en très-faible proportion.
Ces considérations théoriques sont confirmées par les analyses chimiques ; mais, en général, ces dernières ont été faites dans les houillères; nous en parlerons à propos de celles-ci. Nous devons seulement signaler une série de recherches trèsintéressantes qui ont été faites sur l'atmosphère des mines de cuivre et d'étain de la province de Cornouaille par M. Moyle ; nous donnons les deux analyses extrêmes : 1" oxygène, 14,51 ; azote, 85,36, et acide carbonique, 0,150; 2° oxygène, 18,40; azote, 81,51; acide carbonique, 0,065. Viennent ensuite les expériences faites dans les exploitations métallurgiques du Harz par M. Bodemann et reproduite dans l'ouvrage de Brockmann. M. Bodemann a trouvé en moyenne une diminution de 1,030 d'oxygène en volume, et pour l'acide carbonique une augmentation de 1,196. Du reste, il n'a rencontré là ni gaz sulfurés, ni hydrogène carboné, ni oxyde de carbone.
Humidité. L'atmosphère des mines, différente en cela de l'atmosphère extérieure, est bien souvent saturée et sursaturée d'humidité, ce qui ne contribue pas peu à la rendre nuisible. Cette humidité, produite par des infiltrations aqueuses de toute provenance, est parfois tellement considérable que les vêtements des mineurs en sont, au bout de peu d'mstants, complètement imbibés (Brockmann). On voit aisément combien ces conditions sont fâcheuses et combien elles favorisent les refroidissements brusques.
Poussières. Les poussières qui se dégagent lors de l'éclatement des fragments
de roclics, par l'explosion de la mine, et que fournit la poudre elle-même; celles qui proviennent de ces fragments ; celles qui se développent lors du cassage du minerai, et qui renferment souvent des particules minérales plus ou moins nuisibles, telles que le plomb, le mercure, l'arsenic, contribuent encore à la viciation de l'air; elles peuvent, par elles-mêmes, donner naissance à des accidents d'un ordre particulier, les intoxications saturnine, bydrargyrique, etc. L'action de ces poussières est souvent accrue par les courants d'air qui les chassent au visage des ouvriers.
Pressmi de l'air. La différence de pression barométrique entre l'air extérieur et celui de la mine n'est pas telle qu'on pourrait le croire, même à de grandes profondeurs. Se fondant sur ce qui a lieu dans l'atmosphère Kbre, on dit généralement que cette pression augmente dans les mines à mesure que l'on descend ; mais plusieurs personnes, MM. Himal, Kuborn entre autres, l'ont, au contraire, trouvée plutôt diminuée. On peut croire que le mode de ventilation n'est pas ici sans influence. L'air est-il poussé avec force du dehors, il y aura augmentation; est-il, au contraire, entraîné par une aspiration énergique, il y aura diminution. Ces changements, qui sont du reste encore modifiés par la stagnation de l'air dans certaines parties, par des courants rapides dans d'autres, peuvent exercer une réelle influence. . t
Température. Rien de plus variable que la température des mines à une certaine profondeur. Ici, l'activité plus ou moins grande de la ventilation, la disposition plus étroite ou plus large des couloirs, la t'acllitc plus ou moins grande que trouvent les courants d'air à passer dans les différentes parties du réseau que forment les voies souterraines, la font varier à chaque instant, et pour ainsi diie à chaque pas. Cependant, quand l'air est tranquille, h profondeur considérable, il peut, sous l'influence de la réunion de plusieurs hommes, des lampes d'éclairage, de l'état particulier du sol, se produire une chaleur assez notable. Dans les mines où M. Kuborn a porté le thermomètre, il a trouvé, dans les tailles, de 22°, 50 centigrade à 26°, 25, et au pied des puits où l'air est le plus vif, de 16°, 25 à 20,00. Ce sont ces différences, quelquefois bien plu-s considérables, par lesquelles on passe sans transition, qui sont surtout nuisibles.
Absence de lumière On connaît linflnence de la lumière sur les êtres oraanisés. Les expériences faites sur les végétaux et les animaux l'ont démontrée jusqu'à la dernière évidence ; on ne saurait donc douter des efi'ets qui doivent se produire chez les hommes livrés aux travaux souterrains pendant une partie de la journée, et que l'anémie si commune chez les mineurs, la constitution lymphatique, la disposition aux affections catarrhales, etc., ne doivent, en grande partie, leur origine, ù l'absence prolongée de la radiation solaire.
B. Hygiène extrinsèque. Genre de vie des mineurs. Dans beaucoup d'exploitations, les mineurs, l'ecrutés à peu près exclusivement dans les localités voisines, forment en quelque sorte une popul.ation à part, dans laquelle les habitudes professionnelles et certains états pathologiques sont transmis par voie d'hérédité. Cet état de choses s'est incontestablement amélioré; et, si les conditions notées par les auteurs et que nous allons faire connaître existent encore dans certains endroits, il en est d'autres oîi tout a bien changé de face.
Habitations. Ce que nous venons de dire est tout d'abord applicable aux habitations, généralement basses, humides, étroites et malsaines dans plusieurs contrées. Lés sociétés industrielles et les mineurs eux-mêmes ont, ailleurs, construit de petites maisons salubres entourées de jardins, etc. Il faut nécessairement
luire exception pour les individus sans lamille, qui vivent entassés dans d'immondes garnis. Là oiî les demeures ont été améliorées, le seul inconvénient que l'on ait à signaler, dans certains cas, c'est l'éloignement trop grand de la mine. Brockmann nous trace un tableau assez triste des habitations dans les contrées métallurgiques du Harz; elles sont, pour la plupart, dans de très-mauvaises conditions ; bâties en bois, ouvertes à tous les vents et encombrées outre mesure. On trouve, en général, dix tètes par maison, et souvent ce chiffre est encore dépassé. Telle chambre sert de domicile à plusieurs familles ; malades, femmes en couches sont réunis dans le même local ; là on sent les émanations des matières alimentaires, des vêtements de travail qui sèchent ; là des poêles fumeux, allumés pendant les chaleurs de la canicule aussi bien que pendant les rigueurs de l'hiver, donnent une température qui s'élève parfois à plus de 35" centigrade. C'est tout au plus si la toiture défend les habitants contre les vents , la pluie et la neige.
AUmentalion. iMèmes remarques que pour les habitations. Elle est très-supérieure à ce qu'elle était autrefois ; le bouillon, la viande, le vin ou la bière, y figurent dans une bien plus large proportion. Cependant elle est encore trop souvent grossière ou insuffisante, et, en général, assez mal réglée. Ordinairement Je matin* un repas avant de partir, un ou deux très-légers dans la mine, et le soir un souper très-copieux avant de se livrer au sommeil. Dans le Harz, la viande fraîche ne se montre guère sur la table du mineur qu'une fois par semaine ; pour le reste du temps, du pain, du lard, des soupes au cumin, des pommes de teiTe. Comme le fait observer Brockmann, cette alimentation est beaucoup plus riche en carbone qu'en principes protéiques. En Belgique, l'usage du café, où domine la chicorée, est très-répandu chez les mineurs, et même leur serait très-avantageux : question qui a donné lieu, dans le temps, à une controverse assez vive entre M. deGasparin et Magendie {voy. l'article Café, t. XI, p. 490).
Mœii7's et habitudes. Elles ne valent guère mieux que celles des ouvriers des manufactures, et les causes en sont à peu près les mêmes. La promiscuité des sexes, qui tend de plus en plus à disparaître; les mauvais exemples, les mauvais conseils et surtout la facilité de se soustraire à toute surveillance dans les coins obscurs des galeries, engendraient une débauche précoce, qui contribuait beaucoup à l'affaiblissement de la constitution. Là encore le concubinage qui, ne montrant pas d'avenir, est une cause d'imprévoyance et de désordre. Chez les mineurs comme chez les ouvriers des manufactures, trop souvent le dimanche est consacré à des libations qui absorbent presque tout le gain de la semaine, et qui se prolongent trop souvent le lundi. Enfin, toutes ces causes déprimantes sont encore aggravées par la syphilis et son triste cortège. On a signalé l'abus du tabac, qui empêche la faim, nuit par conséquent à une bonne nutrition, et, au total, prélève sur la bourse un tribut qui serait bien plus utilement employé à améliorer l'alimentation.
Propreté'. Les mineurs^ ceux-là surtout qui sont en rapport avec certaines substances nuisibles ou malpropres, comme le mercure, le plomb, la houille, etc., doivent se laver tous les jours avec le plus grand soin. Malheureusement, ils ne le font pas toujours avec assez d'attention et surtout d'une manière assez complète. Ces ablutions sont indispensables pour les mains et la bouche, au moment des repas. Dans le Harz, aucun ouvrier un peu soigneux ne pense, au moment du retour, à prendre son repas qu'il ne se soit lavé avec du savon des pieds à la tête^ el qu'il n'ait changé de vêtements.
Vêtements. Ils doiveul être chauds et mainfeims secs autant que possible, ils seront également serrés autour du corps afin de ne pas donner prise à tout ce qui pourrait les accrocher. En général, les mineurs ne se couvi'entpas d'une manière convenable; de là, les refroidissements qui deviennent la cause de tant de maladies, comme nous allons le voir dans un instant. Les ouvriers allemands sont à cet égard dans d'assez bonnes conditions. Chapeau de feutre résistant, blouse de laine, tablier de cuir, guêtres montant jusqu'au genou, gros souliers à clous : tout cela forme un vêtement très-approprié au genre de travail. C'est là que l'usagii des gilets de ilauelle ou tout au moins de tricot de coton, portés sur la peau, trouverait une heureuse application.
C. Maladies des mineurs. La constitution du mineur, transmise par hérédité ou acquise par une longue durée du travail dont il s'agit, est surtout caractérisée par un état lymphatique. Dès lors on peut s'attendre à une disposition très-marquée aux aifectious asthéuiques ; chez eux, les plilegmasies aiguës, franchement inflammatoires, sont rares et ne s'observent guère que dans des cas de refroidissement brusque, le* corps étant baigné de sueur. On voit alors survenir des angines, des bronchites, des pleurésies, des pneumonies, des entérites avec leurs caractères ordinaires. La scrofule est très-commune chez eux, ainsi que le scorbut, mais surtout l'anémie et les diftérentes affections catarrhales qui forment peut-être la moitié des maladies des mineurs (Brockmann). Enfin, ils présentent une très-faible résistance aux maladies épidémiques ; le choléra, le typhus, la variole, font de grands ravages parmi eux.
Maladies en particulier. Brockmann, qui accole l'épithète de métallurgique à toutes les maladies particulières dont les mineurs peuvent être affectés, a insisté sur plusieurs d'entre elles ; MM. Alison-Scott , Valat , Riembault, Boëns-Boissau, Kuborn, Demarquette, etc., etc., ont traité cette importante question avec beaucoup de soin et d'étendue, mais spécialement pour les bouilleurs. Nous donnerons seulement ici ce qui est applicable aux différentes catégories de mineurs prises ensemble, réservant les affections spéciales pour ces mêmes catégories prises en particulier et que nous examinerons successivement.
a. Maladies de Vappareil digestif. Rien de plus ordinaire, chez les ouvriers dont nous parlons, que les différentes formes de la dyspepsie. Les mauvaises digestions qui ont lieu nécessairement au fond de la mine, et surtout dans les attitudes inclinée, courbée, couchée, qu'ils sont obligés de prendre pour leur travail; l'état congestif des appareils hépatique et inteslinal; la disposition générale au relâchement ; l'habitude de se coucher immédiatement après le repas du soir, le plus copieux de la journée, en sont les causes les plus ordinaires. Il n'est pas rare, non plus, de rencontrer des gastralgies, des gastro-entéralgies plus ou moins douloureuses et rebelles. Les diarrhées sont encore très-communes; on peut les rattacher en })artie aux mauvaises digestions, à une alimentation grossière ou insuffisante, aux refroidissements répétés, à la disposition catarrhale, et à l'iugestion de grandes quantités d'eau, surtout si l'on a l'imprudence d'étancherla soif avec l'eau des mines plus ou moins saumâtre et quelquefois chargée de principes toxiques.
b. Maladies du système respiratoire. Elles figurent parmi les plus fréquente£ dont puissent être affectés les mineurs. Les influences thermiques qu'ils éprouvent, le mauvais air, les gaz irritants, les poussières de toutes sortes qu'ils respirent, expliquent parfaitement cette fréquence.
En tête nous pouvons citer le catarrhe bronchique, qui non-seulement se montre
ti'ès-comraun, mais qui complique, eu outre, quelques autres affections de ce même appareil et dout nous allons parler. A côté du catarrhe bronchique, citons les coryzas, les angines, les pleurésies, les pneumonies, mais avec une forme subinllunimatoire et tendance à la chronicité. Une circonstance digne de remarque, c'est que la plithisie tuberculeuse pro|)renient dite est assez rare cliez les mineurs, La même remarque a été faite en Angleterre pour les mines métallifères {Blue- Book, 1864) ; et l'on a fait voir que la maladie généralement désignée sous le nom de consomption, chez les mineurs, se présente sous la forme catarrhale ou astliniatiqiie {voij. plus bas Tabès metalliirgica).
\j' asthme occii[)e, disons-nous, une place importante dans la pathologie particulière dont nous parlons. Cet état a été constaté depuis longtemps déjà, et dans les différentes espèces de mines, par tous les observateurs. Il complique à des degrés divers la plupart des malaJies des poumons et du cœur, et même, suivant Brockaiann, il semble, dans certains cas, dépendre des centres nerveux i)ar voie directe ou réflexe. Le mode d'ascension par les échelles contribuait beaucoup à le produire et à l'aggraver; les machines nouvelles doivent exercer à cet égard une influence favorable.
Pneumo-mélanose . La pueumo-mélanose, décrite par Brockmann et observée par lui cliez les mineurs du Harz, n'est pas comme celle des bouilleurs constiluée par un dépôt de charbon végétal, mais par une association de celui-ci avec du charbon animal, lequel est en quantité beaucoup plus considérable que le premier. Ici, le charbon ne se trouve pas dans les vésicules pulmonaires, ni dans les bronches, mais dans la substance même du poumon et quelquefois enfermé dans des cellules allongées. Il existe dans les poumons, depuis-l'élat de simple ponctuationjusqu'à l'infiltration complète de tout l'organe. Quant aux lésions matérielles du poumon, telles que tubercules ou cavernes, elles sont excessivement rares et tout à fait exceptionnelles. Des expériences chimiques, faites par Bethe, pharmacien des mines, répétées par des hommes tels que J. Vogel et F. -Th. Frerichs, ont démontré là l'existence d'un peu de charbon végétal et d'une forte proportion de charbon animal ou pigment noir organique. Le charbon végétal semble jouer ici un rôle tout à lait accessoire, et, ce qui le prouve bien, c'est la rareté de ces lésions de texture dans la trame pulmonaire qu'il cause habituellement chez les bouilleurs atteints d'anlhracose, et que sa présence ne manquerait pus de déterminer. Quant aux symptômes, la maladie reste assez longtemps à l'état latent, puis les forces déclinent, le visage prend une teinte jaune brun, il survient des douleurs dans différentes parties du corps, de l'anorexie, de l'amaigrissement, delà toux d'abord sèche, puis accompagnée de crachats muqueux plus ou moins colorés, de la dyspnée, et, peu à peu, la maladie se confond avec le tahes metallurgica, dont nous allons parler. Ces états pathologiques ont beaucoup préoccupé tous ceux qui ont fait des recherches sur l'anthracose et, nous-même, tout le premier, dans le but de concilier les faits observés par Brockmann et ceux qui étaient signalés par les médecins anglais, belges et français, dans leurs observations sur la pseudoniélanose des bouilleurs. Mais, en y réfléchissant bien, on voit qu'il s'agit ici de deux maladies différentes. Les sujets observés par Brockmann sont des ouvriers employées dans les mines métallifères, et voici, d'après lui, ce qui se passe chez eux. La respiration d'un air pauvre en oxygène, riche en acide cai bonique; les efforts continus auxquels ils se livrent pendant leur travail ; une nourriture trop exclusivement végétale, et, peut-être aussi, l'abus des alcooliques, amènent une hypercarbonisation, et, comme il le dit, une sorte de vénositë exagérée du sang. Alors
DICT. ENC 2" s. Vill. 15
celui-ci Itud à se décarboniser, pendant l'acte de l'hématose, par un dépôt dans le poumon. Ainsi, suivant Drockmann, ce travail ne serait qu'nne sorlc d'effort critique de la nalure ayant pour objet d'empècber les effets nuisibles de cette liypercarbonisalion. 11 y aurait donc lieu d'établir nue distinction bien tranchée entre la pnenmo-niélauose des ouvriers des mines métallurgiques et la pseudo-raélanosc dt'S honilleurs. Chez les premiers, il s'agirait d'un dépôt physiologiquement Ibrnié, dans la trame pulmonaire, par une décarbonisation du sang; chez les autres, do raccumulation pui'ement mécanique de poussières charbonneuses introduites dans les voies respiratoires pendant l'acte de l'inspiration {voy. Anthracose et
PiNEUMO-MÉLANOSe).
Asphyxie. Elle se produit sous diverses influences. C'est d'abord l'insuflisance de l'oxygène avec prédominance de l'azote et de l'acide carbonique qui peu' vent acquérir des proportions telles que la respiration devienne très-difficile. Ces conditions se rencontrent dans certaines parties reculées de la mine oii la ventilation ne peut exercer son action; dans de vieilles galeries abandonnées où l'on veut pénétrer, etc. D'autres fois l'asphyxie est déterminée par une production très-abondante d'acide carbonique (mofette) qui se dégage, souvent en très-peu de temps, de certaines roches, de certains filons métalliques, de couches houillères, etc. Elle peut encore dépendre de l'invasion de la mine par 1 hydrogène carboné (grisou) ; nous en reparlerons plus b;is, à propos des houillères. Enfin nous ne devons pas oublier l'asphyxie par submersion, qui se présentera quand les travaux seront inondés par l'irruption subite d'une grande masse d'eau souterraine.
3" Maladies du système 'circulatoire. Les maladies du cœur sont assez fréquentes. Ce fait s'explique très-bien par la gêne qu'apportent à la circulation d'abord un certain nombre de maladies chroniques des voies respiratoires examinées plus haut, puis parles efforts énergiques, continus et répétés notamment chez les ouvriers qui transportent ou charrient le minerai ; par les émotions violentes auxquelles ils sont fréquemment en proie au milieu des dangers et des accidents si communs dans ces voies souterraines où leur vie est incessamment menacée, et, enfin, trop souvent par l'abus des alcooliques. Ces affections cardiaques, hypertrophie, dilatation, contribuent à augmenter chez eux l'état dyspnoïque.
4f" Maladies de Vappareil locomoteur. Au premier rang figurent les affections rhumatismales aiguës ou chroniques, musculaires ou articulaires, dont la fréquence balance presque celle des affections catarrhales. Les causes en sont bien connues, nous les avons signalées à chaque instant dans tout ce qui précède : l'humidité, les courants d'air, les changements considérables de tempéra^ ture d'un lieu à un antre, d'ordinaire très-rapproché, et qui exposent à un froid quelquefois assez vif l'ouvrier tout en sueur ; enlin, à ces causes, il laut souvent ajouter l'inlluence des habitations humides et ouvertes à tous les vents. La fatigue, les efforts pour soulever, pousser ou porter des fardeaux, occasionnent à chaque instant des courbatures, des lumbagos, etc.
Sous rinlkience de ces mêmes causes secondées de la constitution scrofuleuse si commune chez les mineurs, le système osseux peut être pins ou moins profondément altéré : ainsi on observera la carie, leiachilisrae, les tumeurs blanches, mais par-dessus tout la coxalgie. L'hydarlhrose du genou a été surtout signalée par U. liiembault comme dépendant de l'attitude de l'ouvrier travaillant à genoux sur un sol humide ; cette mcnie situation peut aussi donner lieu, par le fait
de la pression sur des corps durs et irréguliers ; à l'ixydi'opisie de la bourse muqueuse prérotulieiuie (hygroma).
\'ieuneut eufiu les dillormilés ; nous en parlerons à l'occasion des houiUeurs, chez lesquels elles se présentent plus souvent.
5" Maladies des voies génitales. N'ayant pas à nous occuper de la syphilis, très-commiuie paraît-il chez les ouvriers dont il s'agit, nous signalerons chez les femmes employées encore aujourd hui aux travaux des mines, des désordres trèsnombreux et très-variés de la menstruation : l'aménorrhée, la dysménorrhée, les flueurs blanches, diverses déviations de la matrice dont les causes sont trop évidentes pour avoir besoin d'être repi'oduites ici.
6» Maladies des organes des sens. A la peau nous signalerons diverses éruptions dues souvent à la malpropreté, au contact de particules irritantes, etc. Mais ces dermatoses n'offrent aucun caractère spécial, sauf peut-être quelques éruptions furouculeuses notées par divers auteurs. Relativement aux fosses nasales, on a parlé de la fréquence des polypes muqueux qui résulteraient de l'action des poussières irritantes, mais surtout des coryzas si communs chez les mineurs. Pour les organes de l'audition, nous citerons l'otite, l'otorrhée, effets naturels des influences auxquelles l'ouvrier est soumis, et surtout des diathèses scrofuleuse et catarrhale qui dominent dans sa constitution. Les yeux sont souvent affectés de blépharite et d'oiihthalmie déterminées soit par les poussières, soit par les dispositions générales que nous venons de rappeler. Enfui la vue privée de son excitant naturel, la radiation solaire, doit en subir les conséquences, et comme le dit M. Boëns-Boissau, tons les houiUeurs ont la vue faible.
7" Tahes metallurgica rockmann désigne et décrit sous ce nom une dyscrasie, résultant de l'ensemble des conditions dans lesquelles se trouve le mineur, et conduisant à la mort avec tous les symptômes de la consomption, dont elle prend le nom en Angleterre. Elle semble être la complication ou la terminaison des maladies diverses dont nous avons parlé. A l'autopsie, on rencontre une émaciation extrême, peu de choses dans le cerveau ; l'état mélanotique du poumon à son plus haut degré ; la régression graisseuse du cœur, avec épanchement séreux dans le péricarde ; l'atrophie rouge, très-rarement jaune, du foie, avec dégénération mélanique par place ; l'engorgement delà veine porte contrastant avec la vacuité des autres parties du système circulatoire ; le sang lui-même est noir et fluide ; le sang tiré de la veine, dans les cas de phlegmasies aiguës intercurrentes, ne se couvre que très-rarement d'une couenne inflammatoire. La rate est diminuée de volume, noire et molle. Abstraction faite de l'étal congestif des veines de l'abdomen, l'estomac et les intestins sont tout à fait anémiques. Le tabès metallurgica se distingue des autres formes de phthisie en ce qu'il n'y a aucune lésion destructive locale ; c'est une sorte d'atrophie générale assez analogue au marasme sénile. L'auteur lui attribue la même origine qu à la pseudo-mélanose, une hypercarbonisation du sang, une sorte d'empoisonnement chronique par l'acide carbonique.
Statistiques des maladies des mineurs. Relativement au degré de fréquence des maladies dans les mines métallifères, nous citerons les relevés suivants, consignés dans différents travaux.
D'après une statistique dressée par M. Moll, en dépouillant les registres des sociétés de mineurs dans la haute Silésie, pour les années 1862-67, il y eut en moyenne 45 p. 100 de sujets malades, et leurs maladies furent ainsi réparties : affections internes, 26 p. 100 ; affections externes, 27 p. 100. Des maladies in-
loiiies, les plus fréquentes furent : les rhumatismes, 29 p. 100; les afiections catnnhales des organes respiratoires, iG p. 100; lièvics intermittentes et rémittentes, 10 p. 100; affections catarrhales des voies digostives, 14 p. 100 ; pneumonie, 4, 5 p- 100; le nombre des phthisiques fut très-minime : seulement 0,9 p. 100 des maladies internes.
Dans le rapport de la commission chargée de l'enquête sur l'état des mines de la Grande-Bretagne {Blue Book, 1864), on a constaté l'excès très-considérable de la mortahté chez les mineurs de Coi nouaille. Prenant la mortalité moyenne, en Angleterre, des cinq années, 1849-55, et représentant par 100 la mortalité des sujets masculins de diverses classes de la population, à chaque période décennale de la vie, on trouve que pour les mineurs la mortalité est de 125 entre 15 et 25 ans; de 101, entre 25 et 35 ans ; de 143, entre 35 et 45 ans ; de 227, entre 45 et 55 ans ; de 263, entre 55 et 65 ans; et de 189, entre 65 et 75 ans. 11 est bien évident que cet énorme accroissement de mortalité résulte des conditions d'insalubrité inhérentes à leur profession. Que l'on serre de plus près la question, on verra que c'est aux malailies de poitrine que cet excédant de léthalilé doit être rapporté. Ainsi, représentant par 100 le nombre des décès pour celle cause, chez les sujets masculins non employés aux mines, pour chaque période de la vie, on voit d'après les documents recueillis dans les trois années 18G0-62, que le chiffre de mortalité pour les mineurs est de 114 de 15 à 25 ans; de 108 entre 25 et 35 ; de 186 entre 55 et 45 ; de 455 entre 45 et 55 ; de 834 entre 53 et 65, et enfin de 430 entre 65 et 75 ans!... Les mêmes maladies se présentent dans les autres mines du Devonshire, du Yorkshire, etc., mais dans une moins forte proportion, quoique supérieure, en général, à celle du reste de la population. On a noté la bonne santé des ouvriers dans les mines de sel du Gheshire et dans celles du Yorkshire oîi l'on exploite le fer.
Voici, du reste, le tableau que trace le rapport cité plus haut, des ouvriers dont nous [larlons : leur état sanitaire dans les mines de cuivre, d'étain et de plomb du comté de Gornouaille, est de beaucoup inférieur à celui des ouvriers occupés à l'agriculture ou à d'autres travaux à l'air libre. Encore jeunes, toute leur physionomie, toute leur personne accuse manifestement une constitution détériorée : le visage est pâle, l'attitude soufireteuse, le corps chétif. Vers l'âge moyen de la vie, la santé commence à décliner rapidement, la décrépitade arrive à grands pas, et, comme on le dit dans le pays, un mineur de cinquante ans est un vieillard (a person of fifty is okl for a Miner). Enfin, lorsque par l'expérience ils ont acquis l'habitude et l'adresse qui font le bon ouvrier, ils deviennent incapables de travailler.
De son côté, M. Hezsey a donné un tableau des maladies observées par lui, en 1856, à Hodritsch. Sur 1,265 mineurs, 1,046 ou 82,71 p. 100 furent portés comme malades ; leurs différentes maladies étaient réparties comme il suit : fièvres intermittentes, 124 cas; rhumatismes arthritiques ou musculaires, 92; typhus, scorbut, choléra, 15; maladies du système nerveux et des organes des sens, 22 ; maladies des organes respiratoire et circulatoire, catarrhe, 134; pneumonie, 40; goitre, 22; phtbisie, 15; hémoptysie, asthme, hypertrophie du cœur, 27 ; maladies de l'appareil digestif, catarrhe de l'estomac, 96 , catarrhe intestinal, 25, vers intestinaux, 55; affections intestinales diverses, 58; maladies de l'appareil génito-urinaire, 9 ; maladies de la peau, 11 ; tumeurs de diftérentes natures et pseudoplasmas, 102 ; blessures, brûlures, fractures, etc.,
D. Accidents rans les minis. Les relevés suivants, publiés ]>ar l'autorilé et qu'a rassemblés et résumés M. Tardieu dans son excellent Dictionnaire cVhijgiène, portent sur toutes les mines qui existent en France. Or on sait que dans noire pays les gisements métalliques ne sont pas très-considérables, on ne sera donc pas surpris du ]ietit nombre d'accidents fournis par ces dernières; nos mines de houille sont beaucoup plus considérables. Nous prenons l'année
Sur un nombre total -de 178,245 ouvriers employés dans les mines, minières, carrières, etc., il y en a eu 1,196 qui ont été atteints par des accidents, soit 6,70 p. 100; 250 ont été tués et 960 blessés seulement. De ces 1,196 tués ou blessés, 1,025 l'ont été dans les mines, 9 dans les minières de fer et 164 dans les carrières ; les 1,025 seids doivent nous occuper. Ils se répartissent comme il suit : mines de houilles, d'anthracite et de lignite, 951 ; mines de plomb et d'argent, 16; de cuivre, 2 ; de manganèse, 1 ; de fer, 75. Ainsi sur 100 accidents, 91 ont été rencontrés dans les mines de combustible minéral, 7,1 dans les mines de fer, 1,5 dans les mines de plomb, argent, etc., et 0,4 environ dans les mines d'autre nature. Si nous rapprochons le chiffre de ces accidents du nombre des ouvriers cm[jloyés dans ces différentes exploitations, on trouve que 52,846 ouvriers étant employés en 1842 aux travaux dont il s'agit, les 1,025 cas observés sont dans le rapport de 51 ,12 p. 1,000, et, en particulier, de 55,07 p .1,000 dans les nunes de combustible, de 11,51 sur 1,000 dans les mines de plomb, de 15,55 sur 1,000 dans les mines de cuivre, de 4,18 pour les mines de manganèse, et enfin de 50,88 pour les mines de fer.
Relativement aux causes qui ont déterminé ces blessures, on peut les représenter dans le tableau suivant.