‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 110 sur 114 · IO G^ -^ ^-^■^■^lrt-*L- — l-GOCOCO · texte numérisé non relu

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âge par âge, la mortalité de la population parisienne et de l'ensemble de la population citadine du reste de la France, ce qu'il ne nous est pas possible <le faire, puisque cette dernière population ne nous est pas donnée isolément âge par âge. Mais il est fort vraisemblable que, si cette analyse nous était permise, nous trouverions un résultat inverse, c'est-à-dire que, malgré la mortalité générale moindre à Paris que dans les autres villes de province (vu le moindre nombre relatif de petits enfants et de vieillards), la mortalité à cbaque âge est plus grande à Paris : pourtant, quoique probable, la cbose n'est pas démontrée. Mais, parmi les rares pays qui publient àpart ces relevés, c'est en Suède où cette différence est la plus marquée. On voit en effet, dans le .VIe tableau, que la mortalité générale des campagnes a été de 19,65 par 1 000 habitants («©,53 pour les -hommes, 18,86 pour les femmes), et pour les villes de «6,5 (29,65 pour les hommes, 25,5 pour les femmes, soit un accroissement de mortalité dans le rapport de 100: 134,8. En outre, un trait remarquable est à signaler ici, c'est l'écart considérable qui existe en Suède entre l'aggravation de mortalité que l'habitat ville amène pour chaque sexe. En passant de l'un à l'autre milieu la mortalité des femmes s'élève de 100:126,2; mais celle des hommes dans le rapport 100: 144,2. Les causes d'une telle aggravation nous sont absolument inconnues. ■Cependant, en appliquant ici les critiques que nous avons si souvent faites de la mortalité générale, on pourrait supposer, avec peu de vraisemblance, il est vrai, que les villes suédoises (contrairement à ce qui arrive à Paris) renferment une ^population sénile ou enfantine relativement plus touffue, ce qui serait une cause nécessaire d'augmentation de la mortalité générale. Heureusement la statistique officielle de Suède, presque toujours supérieure à celle des autres pays, nous donne ici le moyen de comparer, âge par âge et par sexe, la mortalité des deux groupes de population. Les colonnes [15] et [14] du VIe tableau mettent en toute lumière l'aggravation pour cbaque âge qui résulte de l'habitat ville, et montrent aussi combien cette aggravation à chaque âge est plus marquée pour le sexe masculin : elles font voir encore, la première enfance (0-5 ans) écartée, que, pour les bommes comme pour les femmes, c'est de 20 à 55 ou 60 ans, c'est-à-dire aux âges de travail et de fécondité, que pèse le plus lourdement cette aggravation ; .mais, pour les hommes tout particulièrement, c'est de 30 à 50, où elle fait plus -que doubler les chances de mort! Il nous est impossible de dire la raison de cette formidable différence. Les conditions du travai dans les villes de Suède sont-elles si mauvaises qu'elles puissent expliquer ce surcroît de décès? ou sont-ce les excès alcooliques, ou vénériens? pour les femmes, les dangers de l'accouchement? A notre article Suède nous espérons, par une étude plus approfondie des -excellents documents suédois, pouvoir répondre à ces que.-tions.

Dans ce VIe tableau, on remarque aussi les colonnes [6] et [12] qui montrent, à chaque âge, combien la chance de mort est plus grande pour le sexe masculin; •on y verra peut-être avec surprise que, pour les jeunes gens, à la ville comme à la campagne, et malgré les dangers de la parturition qui pèse alors sur le sexe féminin, c'est de 20 à 25 ans que la mortalité des hommes dépasse le plus celle des femmes, et que cette différence est plus grande à la ville qu'à la campagne ; puis, plus tard, toujours dans les deux milieux, mais, surtout à la ville, il y a encore une aggravation plus marquée à partir de 45 ans (et même 55 dans les villes) jusqu'à 60 ou 63 ans.

En Belgique, les dilférences entre la mortalité des villes et celle des campagnes sont moins prononcées. Dans la période 1861-65, la mortalité des campagnes est

de «1,1, et celle des villes de «5,1. En outre, nous avons pu, par notre 12e tableau de l'article Belgique, p. 58, 2e colonne, montrer l'action respective des principales causes de décès à la ville et à la campagne, et constater que le danger de mourir, par exemple d'un érysipèle, est 3 ou 4 fois plus grand dans les villes, — que le danger de succomber à la suite d'un anthrax, d'une péritonite simple, d'une entérite, etc. (voy. le tableau cité), est 2 à 3 fois plus grand dans les villes, tandis que celui de mourir de pleurésie, de fièvre typhoïde, de fièvre palustre, est plus grand dans les campagnes.

IX. 47 . Mortalité militaire. 11 semblerait qu'aucune mortalité ne doit être pluscertainement connue que la mortalité militaire; il n'en est pas ainsi. D'abord, en flagrante violation de la loi promulguée en 1851, qui oblige le ministre de la guerre à faire connaître, chaque année, le nombre des décès survenus dans l'armée, et qui enjoint « d'indiquer les maladies qui ont amené l'entrée dans les hôpitaux et infirmeries, » rien n'a été publié jusqu'en 1862 où l'autorité, après 13 ans d'attente, s'est décidée à obtempérer à la loi1. Donc, jusqu'à cette époque, on ne sait presque rien d'officiel sur la mortalité de nos troupes. Il y a bien, par-ci par-là, quelques révélations parlementaires, comme celle du général Paixhansaux Chambres, en 1846, qui dénonce une mortalité de 19 par 1 000 hommes pour l'armée intérieure, et de ©4 pour l'armée d'Algérie, mais sans aucune preuve à l'appui de ces chiffres calculés, on sait comme, par les bureaux et pour les besoins de la cause que défendait alors M. le ministre. C'est donc seulement en 1864 que l'on commence à satisfaire à la loi, sans une vue rétrospective qui eût été si utile, mais en commençant à l'an 1862 et continuant d'année en année jusqu'en 1869- Les années 1870 et 1871, qu'il eût été si intéressant de connaître au moins sommairement, sont absolument omises; nous ne savons donc rien de nos pertes en ces deux terribles années. Pourtant, un nouveau volume pour l'année 1872 nous fait au moins espérer la continuation de cette précieuse enquête ; espérons aussi son progrès.

48. Avant de parler delà mortalité militaire et pour en bien comprendre toute la portée, il faut se rappeler qu'on a ici affaire à une population choisie : car, sur 1 000 (contingent), on exempte 28© pour aptitude morbide (période 1831-69) , sans compter 6© autres réformés pour défaut de taille (depuis 1850)- En outre,, ces hommes, une fois choisis lors de la révision, peuvent être réformés pendant qu'ils font partie- de l'effectif, lorsqu'ils ont une maladie fatalement mortelle ou qui les rend impropres au service. C'est ainsi qu'on en renvoie définitivement chez eux ? par 1 000 (effectif) et par an. Ces 7 réformés se divisent ainsi : les uns obtiennent un congé de réforme soit pour affection survenue pendant le service (3,18), soit pour affection antérieure, mais non admise par le conseil de révision, et aggra-

1 Loi du 22 janvier 1851 :

« Art. 5. A l'avenir (cet avenir n'a commencé qu'en 1862 !), le compte rendu annuel relatif au recrutement comprendra des renseignements statistiques sur l'état sanitaire de l'armée, dans des tableaux indiquant pour chaque corps (il y a des corps, comme ceux dw Mexique, etc., qui n'ont jamais bénéficié de cette loi) :

« 1° L'effectif moyen de l'armée;

« 2° Le nombre d'hommes traités aux hôpitaux, ambulances et hospices civils, et aux infirmeries réglementaires, ainsi que le nombre des journées de traitement;

« 5° Le nombre d'hommes réformés ;

a 4° Le nombre d'hommes décédés ;

« 5° Enfin l'indication des causes (maladies, blessures ou infirmités, suivant la classification adoptée par le Conseil de santé des armées) qui ont déterminé l'admission aux hôpitaux. et aux infirmeries, les réformes ou les décès. »

\ée depuis (3, ©7) ; les autres sont mis en retraite anticipée, tantôt définitivement (©,55), tantôt pour un temps limité (©,26). Une autre analyse de ces 7 réformés montre qu'il y en a au moins 3 qui sont fatalement destinés à une mort prochaine.

49. Cela posé, donnons la mortalité de l'armée dans la période 1862-69, non compris les corps du Mexique. A l'intérieur, cette mortalité a été de i©,l pour 1 000 hommes d'effectif, pour l'Algérie de i?,i6, et pour la garnison entretenue par le gouvernement impérial sur le territoire italien de 15,51; dans son ensemble, cette mortalité a été de il, 41 dont io,32 par maladie; ©,6 par accident et ©,49 par suicide. Étudiant la mortalité selon les grades, nous la trouvons de 8,9 pour les officiers ; 9,35 pour les sous-officiers ; 12,35 pour les soldats.

L'administration de la guerre, désireuse de prouver que tout est pour le mieux chez elle, fait remarquer que « sans le choléra des années 1865-67 qui lui a causé 1703 décès, sans le typhus (1868) qui a déterminé 258 décès, et sans 465 tués en Algérie, ces décès anormaux déduits du total, la mortalité générale n'est plus que l©,60 (au lieu de 11,41). »

J'observerai d'abord, au point de vue de la comparaison avec la mortalité civile, que cette soustraction est d'une légitimité contestable, car, lorsqu'on recherche la mortalité d'une période un peu prolongée et non choisie, il est de règle, aussi bien pour la population militaire que pour la population civile, que l'on n'écarte pas les causes prétendues anormales. Il y avait d'autant moins lieu de retrancher les mauvais cas que la population militaire est incessamment épurée par la réforme des militaires devenus malades et leur rejet dans la population civile, à laquelle la révision a déjà enlevé les meilleurs éléments. Or, nous avons vu que ces réformes semestrielles, dans la période 1862-63, se sont élevés à 7 pour 1 000; et sur ces 7 dont la cause est donnée (plus de 2 par phthisie, etc.), il y en a plus de 3,3 voués à une mort fatalement prochaine qu'il convient d'ajouter à la mortalité militaire officielle (l© à il) ; on aura une mortalité militaire de 13 à 14 par an et par 1000.

50. Cependant la population à laquelle s'applique cette mortalité est à une période d'âge qui contribue puissamment à en fixer l'intensité. La composition par âge de l'armée a été donnée avec précision par le dénombrement de 1866- On a vu que, pour 1 000 effectif, il y avait 37 soldats au-dessous de 20 ans,

361 de 20 à 25,

320 de 25 à 50,

150 de 30 à 35,

60 de 35 à 40,

43 de 40 à 45,

24 de 45 à 50,

Enfin 5 au delà de cet âge.

En appliquant à une telle population la mortalité masculine de France de la période 1857-66 (i©,6 par 1 000 viv. de 20 à 25 ans et, pour les périodes quinquennales d'âge suivantes jusqu'à et y compris 45 à 50 : 8,4, — 8,6, — 9, — 11,2, — 13,4) on a à peine 92 décès qui font pour l'ensemble une mortalité de ©,©096, tandis que la mortalité de l'armée intérieure (sur territoire de la France) est de l©,l, qu'il faut augmenter au moins de 3 à 4 réformés a^ant leur prochain décès, d'où une mortalité militaire sur le sol français de 13 à 14 pour 1 000, au lieu de 9,6 qui est celle de la population civile du même âge.

Si Ton poursuit d'âge en âge la comparaison de la mortalité militaire à la morla-

lité civile, ce qui, il est vrai, ne peut être exécuté avec quelque précision qu'eu 4866, on trouve les rapports suivants à chaque période quinquennale d'âge depuis 20 — 25 ans (la mortalité civile étant prise pourdénominalenr) 99/l©6; 92. G/84 ; 102/86 ; f 12/90; 162,112 ; 212/134, ce qui veut dire que si, dans Je premier groupe quinquennal d'âge, de 20 à 25 ans, les jeunes soldats, soigneusement choisis parmi lajeunesse française la plus valide, ontune mortalité (0,0099) au-dessous de la mortalité générale (0,0106), ils perdent ce bénéfice dès la période d'âge suivante, puisque le rapport de leur mortalité à la mortalité générale (eux •compris) est comme 96,6:84, soit comme 110,2:100; et, aux âges successifs suivants, leur mortalité continue à dépasser de plus en plus la mortalité générale, car en supposant celle-ci égale à lOO à chaque âge, la mortalité militaire devient •89,3; 110,2; 118,6; 124,5; 144,6; 158.

Ainsi, de 20 à 25 ans (et avant cet âge pour le petit nombre d'engagés volontaires) le militaire, choisi avec soin, a une mortalité moindre que la mortalité générale ; mais, la première période quinquennale écoulée, il perd le profit de la sélection, sa mortalité va dépassant de plus en plus la mortalité civile, et de 40 à 50 ans la mortalité de tous atteint à peine les 2/5 de la sienne. Voilà certainement un résultat (nous allons le voir confirmé sur l'armée anglaise) qui ne milite pas en faveur d'un long séjour sous les drapeaux et qui montre, quoi qu'on •en ait dit, que la caserne et, en général, le milieu unitaire sont peu favorables à Jasante. En outre, il est aujourd'hui avéré qu'en privant la majorité de ces hommes du milieu familial, il n'est pas plus favorable à sa santé psychique, comme les nombreux suicides en font foi.

51 . Pourtant, il y a un fuit général :rès-connu et qui paraît singulièrement contradictoire avec celui-ci. C'est que, en dépit de la révision qui vient d'avoir lieu, •c'est la première année de service qui est la plus chargée de décès : la mortalité y dépasserait 12 par 1 000 ; elle resterait à peu près stationnaire pendant la 2e et la 5e année de service, descendrait entre ÎO et il pendant la 4e et la 5e ; elle se maintiendrait entre 9 et ï dans les cinq années et même les dix années suivantes, pour ne remonter au-dessus de 9 qu'après 14 ans de service.

On voit combien cette régression et ces coefficients de mortalité parussent, et ^n quelques points sont en opposition avec les coefficients précédents. La contradiction est cependant moins profonde qu'elle ne paraît, [.a régression de la mortalité mâle d'année en année, de 20 à 28 ans, n'est pas propre aux miliciens; la mortalité générale des hommes, surtout en France, accuse le même fait, qui serait seulement plus prononcé et plus précoce dans l'armée. Mais ce qu'il faut surtout avouer, c'est que la comptabilité de l'administration militaire se tait sur cette •contradiction qu'elle n'a pas l'air d'apercevoir, car elle n'a fait aucun effort pour s'en rendre compte, aucun pour l'expliquer !

52. Une des maladies dont on peut constater la fréquence est l'aliénation mentale, dont le danger croit avec les années de service et paraît presque quadrupler après 14 ans passés sous les drapeaux ; mais ce qui est surtout remarquable et tient, en partie seulement, à l'âge (186-4-67), c'est que de 0,38 (par 1 000) chez îes soldats, ce danger monte à G,83 chez les sous-olficiers et s'élève à 1,48 chez les officiers !

Nous avons mentionné l'aliénation, bien qu'elle ne se résolve pas en mortalité immédiate pour arriver à une de ses manifestations fréquentes, le suicide, qui est un des éléments de la mortalité relativement fréquent dans l'armée ; eneffet.il s'élève annuellement (1862-69) à 9,5 (par 1 000 effectif, soit, chaque année,

•i par 2 000 miliciens). Or, à Paris, le lieu du monde où le suicide est le plus fréquent, il n'atteint pas 0,4 et en France o,i !

Enfin la mortalité par accident est de o,6 ; celle par maladie proprement dite *©,32 : 9,iO en France, 14,4 en Italie, 15,68 en Algérie. Elle est de 8,9 chez les officiers ; de 9,35 chez les sous-officiers ; de i«,35 chez les soldats.

53. Rapprochons de la mortalité de l'armée française sur le sol français quelques données sur la mortalité des armées intérieures de quelques autres pays :

Armée française (1862-69) lO,f décès et 7 réformés par an et par

1 000 effectif.

— anglaise' (1860-68) 0,5* — 33,8 —

— Prusse (1816-50) 4 3 — 3,1 —

— belge (période épidémique 1S6S 69). 1Ï.88 — 8,5 —

— austro-hongroise2 (1S69) 11,58* — 20,8 —

— portugaise (1861-67) 4«,9* — 17 —

— russe (1858-68) officiers super. . . 4 4,4*5 j compris les x ( sur un effectif

— — — troupe 4045 | pertes de guerre, x (moyen de 840000.

— États-Unis, troupe blanche (1859). . 43 5 décès avec. ... 25 réformés.

— — troupe de couleur. . . . 48° — x —

Ace tableau, nous pouvons ajouter quelques détails pour l'armée anglaise : en S ans (1859-66) et portant sur un effectif moyen de 78 629, la mortalité, 9,3» i 000 effectif (et 37,75 réformés), se décompose, selon les causes,

En 8,44 par maladie, O,Î0 par suicide, 0,«« par accident, 0,0* meurtre et exécution.

Dans cette mortalité de l'armée anglaise, la phthisie entre pour 2,6* par 1 000 effectif décédés et 5,2 réformés ; la pneumonie cause 4,53 admissions -©,53 décès; le delirium tremens 1,3 admissions et 0,08 décès; aliénation (Amenda) 1,68 admissions et 0,04 décès avec 0,83 réformés; la variole 1,18 admissions et O,©? décès. En Angleterre, où l'enquête statistique est généralement soignée, mais particulièrement la statistique militaire, on a soin de donner la mortalité de l'armée, âge par âge ; en comparant cette mortalité avec la mortalité civile correspondante, on obtient les rapprochements ci-dessus :

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