‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 39 sur 114 · journées de maladies en · texte numérisé non relu

journées de maladies en

En divisant ces nombres par celui des jours de l'année, on obtient un quotient exprimant le nombre des lits qui auraient été occupés dans les hôpitaux par ces malades, et qui varie de 2,309 en 1868, à 9,970 en 1870.

Enfin la durée moyenne du traitement, c'est-à-dire la morbidité moyenne de chaque malade a été

Kn 1868 de. : 14 jours.

11 est évident que la morbidité, môme celle de ce groupe spécial de la popula* tion : indigents et nécessiteux, peut et doit varier suivant les conditions de climat, de localité, du milieu où l'on observe; si ces conditions ne diffèrent pas trop, comme lorsque l'on compare, par exemple, ce qui se passe dans deux pays voisins on a chance de trouver des analogies qui donnent, dès lors, une consistance plus grande aux résultats statistiques, obtenus dans chacun d'eux. Or, dans un document officiel récemment publié, en Angleterre, sur les secours donnés et à domicile et dans les workhouses d'Irlande (Annual Report of the Commissioners for Administering the Laws for the Relief oflhePoor inlreland, Dublin, 1870), je remarque : que sur 69,260 indigents, ainsi secourus durant l'exercice 1869-70 (1er septembre 1869 au 1er septembre 1870), le nombre des prescriptions médicales quotidiennes (correspondant vraisemblablement à celui des journées de maladie) s'est élevé à 775,527, c'est-à-dire à un peu plus de 11 pour chaque malade, chiffre bien approchant, on le voit, de la durée, exprimée en jours, du traitement à domicile des pauvres et nécessiteux de Paris.

Nous croyons qu'il y aurait un intérêt considérable à donner plus d'extension et de précision aux documents relatifs à ce traitement. Le docteur Passant, secrétaire général des bureaux de bienfaisance de la capitule, a proposé récemment à ses collègues de chaque arrondissement de « remplir un bulletin spécial à chacun de leurs malades, bulletins où seraient notés : d'une part les noms, prénoms, âge, sexe, etc., du malade, d'autre part le diagnostic, la durée, la terminaison de la maladie. »

Par les réunions de ces bulletins, on obtiendrait, en les comparant aux résultats des recensements officiels, par sexe et âge, des indigents, les éléments de la proportion mathématique de la morbidité au chiffre des vivants pour chaque période principale de la vie; mais on obtiendrait plus encore, car l'on aurait les éléments d'une véritable géographie médicale de Paris ; on déterminerait, d'une façon à la fois rationnelle et rigoureuse, les conditions locales qui favorisent la pénétration des maladies de provenance exotique, et surtout les conditions qui entraînent la permanence, dans certains quartiers, dans certaines rues, dans certains locaux mêmes, d'affections essentiellement autochthones et de toutes ces épidémies de maisons, dont le transport du malade à l'hôpital fait souvent perdre la piste, alors que les secours à domicile placent, du même coup, le médecin en face du mal et de sa cause.

Morbidité des prisons. Jusqu'en ces dernières années, nous n'avons eu, sur les maladies des prisons, que des documents, ou insuffisants, ou trop spéciaux à quelques-unes d'entre elles, pour que l'on pût généraliser les conclusions auxquelles ils aboutissaient. Bien des rapports particuliers ont été publiés, dans l'excellente pensée de réformes à inlroduire, mais sans que l'on se rendît toujours un compte exact du motif qui avait joué le principal rôle dans les conditions défectueuses de l'état sanitaire des détenus ; heureusement qu'en revanche, des hygiénistes du plus grand mérite, à leur tête Villermé, démontraient les relations de cet état sanitaire avec les influences morbides les plus vulgaires, et, par là même, enseignaient la voie à suivre pour les réformes en partie obtenues aujourd'hui.

Villermé sut prouver, en particulier, que la cause principale et des maladies et de la mortalité énorme ( 1 décès par an sur 12 détenus) de certaines prisons de la Seine, était tout simplement la misère des détenus; ici, comme dans la vie ordinaire, le pauvre mourait plus que le riche. Son étude sur les Maladies et la mortalité du bagne de Bochefort mit en relief l'influence morbifique d'une cause toute différente, celle de l'intoxication palustre que les forçats subissaient toute l'année, alors que les ouvriers et marins de l'arsenal étaient envoyés à Saintes, durant la saison des fièvres, aussitôt qu'ils avaient été atteints. Dans la fréquence <les maladies de ce bagne de Rochefort, il est un fait cependant, dont Villermé peut-être s'est exagéré l'étrangeté, c'est la prédominance du chiffre des malades sur celui de la population du bague; de 1800 à J 825, 59 027 condamnés avaient fourni 61 ,974 cas de maladies, plus de malades que de vivants, dans la proportion de 6 à 4 environ. Or cette supériorité du chiffre des ca^ de maladie sur le nombre des vivants, dont Villermé s'étonnait, se retrouve non-seulement dans des établissements pénitenciers relativement mieux installés, comme dans la maison centrale de Nîmes, où constamment, de 1833 à 1 8 47, il y a eu annuellement plus d'entrées à l'infirmerie que de détenus (Boileau-Castelneau, De l'influence du régime des prisons sur la santé des détenus, in Annales d'hygiène, t. XLI, p. ùS; 1849), et dans nombre d'autres prisons que nous allons indiquer,

•mais dans une foule de conditions d'un tout autre genre; nous la retrouvons, par exemple, en diverses circonstances de la vie militaire, comme dans les régiments brusquement transportés en Algérie, et qui ont fourni souvent un nombre anormal de malades, double ou triple de celui d'effectif.

Aujourd'hui nous avons vu diminuer notablement les maladies enfantées dans le milieu des prisons, et même s'éteindre, devant les progrès de l'hygiène la plupart de ces afiections carceraires ; les prisons et les bagnes ne travaillent plus en nos pays à l'élaboration de la dysenterie, du scorbut et du typhus; et si, parfois de graves épidémies s'y développent, elles y viennent surtout par importation sans y trouver leurs conditions génératrices.

Le fait seul de l'agglomération humaine dans les établissements pénitenciers nous explique les ravages qu'y ont produits ces épidémies, et plus spécialement le choléra. On se rappelle l'histoire lamentable du pénitentier de Tours en 1849, et celle de la maison centrale d'Aniane qui, en 1854, était frappée à son tour si gravement, que le tiers de la population, 295 personnes, étaient atteintes, sur lesquelles il y eut 179 décès.

Parmi les documents officiels, aujourd'hui si complets, sur le chiffre, la durée et la nature des maladies dans les prisons, il est rationnel d'éliminer ceux qui se rapportent à des années trop notablement influencées par des conditions morbifîques accidentelles, et nous choisissons, pour ce motif, la statistique officielle publiée au ministère de l'intérieur pour l'année 1868 (I7me année), assez antérieure à la dernière guerre et à l'expansion épidémique de la variole en Europe pour nous fournir des résultats à peu près normaux.

Cette statistique est très-importante par l'élévation de ses chiffres, puisqu'elle s'applique à 49,480 détenus, représentent 18,109,769 journées de détention ; elle l'est plus encore par le signalement complet de chacun d'eux, et par la détermination précise de la catégorie de population libre, à laquelle il est comparable comme âge, sexe, profession, etc.

Nous ne ferons que mentionner le chapitre consacré, en cette statistique, aux maisons d'éducation correctionnelle, où il y a eu un total de journées d'infirmerie s'élèvant à 51,462, pour une population de 8,502 détenus; et nous abordons, de suite, certains chapitres bien plus importants en notre question : 1° celui des maisons centrales et pénitenciers agricoles ; 2° celui des maisons d'arrêt, de justice et de correction.

1° Dans les maisons centrales et pénitenciers agricoles, la morbidité se résume pav les chiffres suivants :

Sur 15,467 liommes détenus dans 18 établissements de ce genre, il y a eu 43,079 admissions à l'infirmerie, soit 85,23 p. 100 ; et 227,413 journées d'infirmerie, soit 4,05 pour 100 journées de détention.

Sur 3,506 femmes détenues dans 8 établissements, il y a eu 2,472 admissions à l'infirmerie, soit 72,28 p. 100 ; et 64,625 journées d'infirmerie, soit 5,16 pour 100 journées de détention.

La durée moyenne de la morbidité des malades, hommes, a été de 16 jours, 62. Celle de la morbidité des malades, femmes, de 26 journées, 14. Pour l'étude des conditions de la morbidité dans ces divers établissements, nous empruntons au rapport officiel les éléments du tableau suivant :

Ce tableau nous permet de constater que, dans plus du tiers de ces établissements, le nombre annuel des cas de maladie l'a emporLé sur celui de la population; cette fréouence excessive de la morbidité atteint son maximum dans les

NOMBRES PROPORTIONNELS DES ADMISSIONS A L INFIRMERIE, ET DES JOURNEES DE MALADIE DANS LES MAISONS CENTRALES ET DANS LES PENITENCIERS AGRICOLES DE LA CORSE.

Page 1