DES SOCIÉTAIRES. DE MALADIE
De 21 à 2b ans 5.9
Total des 50 années 925.5
Moyenne annuelle générale 18.5
Moyenne des 45 premières années 12.7
Nous voyons encore, en cette table, la morbidité moyenne des premières périodes d'âge varier assez peu, durant un temps en somme fort long, de 20 à 65 ans, relativement à la progression considérable qu'elle subit durant les années suivantes. Les statisticiens qui ont poussé leurs calculs et leurs recherches jusqu'aux périodes extrêmes de la vie ont confirmé le développement de cette progression jusqu'à la mort; suivant Scratchley, Finlaison, la morbidité annuelle s'élève à 120 jours à 75 ans, à 190 jours à 80 ans, à 504 jours à 85 ans; puis vient une période de morbidité presque constante jusqu'à la mort.
En défalquant, de la morbidité totale, celle des dernières années de la vie, on eu réduirait par conséquent de beaucoup le niveau ; on voit, dans la table de
Debout leville, que de 20 à 45 ans, il n'y a que 10 jours de maladie par an en moyenne.
D'après la table de Deboutteville, la somme totale de la morbidité pendant les 50 années (de 21 à 70 ans) dépasse notablement, de près de 200 jours (925 au lieu de 720) la somme admise par la société écossaise, et évaluée à peu près à deux ans.
De récents calculs fait en Angleterre établissent, d'autre part, que la moyenne totale des jours de maladie, pour un sociétaire qui fait partie d'une association depuis l'âge de 18 ans jusqu'à celui de 50 ans, c'est-à-dire pendant 52 ans, est de 260 jours, soit pour chaque année 8 jours et f , un peu moins que pour DebouUeville.
D'après ces cbiffres, il semblerait donc que réellement la morbidité est sensiblement moins considérable dans les associations ouvrières d'Ecosse et d'Angleterre qu'elle ne le serait d'après la table de Deboutteville ; ce qui a fait supposer ou que ce dernier auteur s'est laissé entraîner à adopter des chiffres trop élevés, ou que la sélection imposée aux candidats en Angleterre, réduit relativement la somme des aptitudes morbides de l'association; chaque admission est précédée d'un examen médical très-sérieux; mais il faut tenir compte, en outre, de la différence des époques d'observation; la table de Deboutteville date de 50 ans au moins ; or à cette époque la morbidité anglaise dépassait 8 jours |, comme le prouvent les documents suivants.
Dans le rapport présenté par Finlaison à la Chambre des communes, sur lesmaladies et la mortalité des sociétés de secours mutuels pendant une période de 5 ans, qui expirait le 51 décembre 1850, on voit que sur 792,980 sociétaires, il y en a eu 198,512 inscrits comme malades.
Eu ces 5 ans, sur 100 sociétaires, il y ? eu 24,99 malades ; ce qui fait une moyenne annuelle de 5 malades sur 100.
La moyenne de maladie par an, pour chaque sociétaire, a été de 10 jours,
La durée moyenne de la maladie, pour chaque malade, a été de 40 jours, 4809.
Par conséquent : 1° chaque membre jeune ou vieux des sociétés d'amis d'Angleterre, est en moyenne, chaque année, malade un peu plus de 10 jours; 2° une personne sur 4 est atteinte dans le cours d'une année ; 3° celui qui est atteint est malade environ 40 jours |.
Quoi qu'il en soit, la conclusion normale à tirer, au point de vue financier, de l'aggravation progressive de la morbidité avec l'âge, c'est l'établissement d'une cotisation annuelle également progressive pour les sociétaires. Dès 1817, dans un rapport fait à la Chambre des communes d'Angleterre, on présenta, comme pouvant servir de modèle aux sociétés de secours mutuels, un tableau dans lequel la cotisation hebdomadaire va toujours en augmentant pour les sociétaires, à mesure qu'ils deviennent plus âgés.
Actuellement presque toutes les sociétés anglaises ont adopté un tarif de cotisation progressivement plus élevée chaque année, modification indispensable à la prospérité de ces associations, et parfaitement équitable du reste, puisqu'elle établit un rapport rationnel entre la contribution de chacun, et la somme probable des secours qui lui seront attribués. »
■ On va plus loin : 1 indemnité représentative du travail accordée aux membres malades ne se paye entière qu'autant que, dans le même exercice ou dans la même année, ces sociétaires ne comptent pas plus de six mois de maladie ; cette indem-
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nilé est communément réduite à la moitié, pendant les six mois suivants, si la maladie dure encore, puis au quart ; il est facile de prévoir que forcément ce sont les sociétaires les plus âgés qui courent le plus de risques de semblables réductions. En France même, on ne donne plus d'indemnités pécuniaires aux sociétaires parvenus à un âge très-avancé; on se borne à leur payer les frais médicaux et pharmaceutiques.
Pour la prospérité financière des sociétés, mieux valent les maladies courtes, fussent-elles mortelles, car les frais s'arrêtent alors à la mort du sociétaire, que les maladies longues, fussent-elles très-bénignes.
Mais la différence d'âge n'est pas la seule cause de la diversité des aptitudes morbides des sociétaires. Les chances de santé diffèrent suivant l'aisance des ouvriers ; en général, comme l'a fait justement observer Villermé, cette condition est une des plus importantes, et la fréquence des maladies est d'ordinaire en raison inverse du prix des journées, plus encore qu'en raison directe de l'insalubrité de la profession; les conditions de logement, d'habillement, de nature sont du reste la conséquence de l'élévation des salaires.
On tiendra naturellement grand compte cependant des influences professionnelles, de celles des métiers, suivant qu'ils s'accompliront soit en plein air, soit dans des chambres, ou des ateliers clos.
« Les étameurs de glace, les doreurs, les plombiers, les ouvriers employés dans les manufactures de céruse sont fréquemment malades et dans la nécessité d'interrompre plus ou moins longtemps la durée de leur métier, sans être, pour cela, sensiblement plus exposés que les autres à mourir. » Les sociétés de prévoyance, composées d'autres professions compromettent donc leur prospérité en admettant les ouvriers précédents dont la perte serait pour elles plutôt un bénéfice.
Villermé, en ramenant par le calcul les observations à une seule année, a constaté qu'une association de tisserands, composée de 1,115 membres, avait compté 25,800 journées de maladie ; tandis qu'une société d'ouvriers bijoutiers, dont la journée de travail se paye bien plus que celle des tisserands, composée de 2,747 individus, n'a eu que 17,675 journées de maladie. En sorte que les maladies des premiers, les tisserands, ont été à celles des seconds, les bijoutiers, dans le rapport de 3 à 1 .
Cette différence de la morbidité, suivant les professions, a été l'objet d'une série de considérations du plus haut intérêt dans le rapport de Finlaison. Il y a d'autant plus lien d'exposer les principaux documents du statisticien anglais, que les tableaux dans lesquels il les résume, confirment sur une large échelle la plupart des laits que nous avons exposés sur les variations de la morbidité aux différents àçes.
Finlaison a d'abord mis hors de doute que la morbidité des ouvriers à Londres (9,45 jour de maladie par an et par homme), était moindre que dans les districts ruraux (où elle peut atteindre 11 jours 01 par an et par homme), fait en rapport suivant nous, beaucoup moins avec la différence de salubrité des professions qu'avec l'élévation relative du salaire dans les grandes villes.
Finlaison attribue, dans la répartition générale de la morbidité, une importance cous dvrable à deux influences, dont, tous, nous pressentons la valeur : 1° à la nature plus ou moins pénible de la profession ; 2° au séjour de l'ouvrier sutt dans un local clos, soit en plein air. C'est pour faire ressortir cette double influence que, dans son rapport, il introduit les tableaux suivants :
MORBIDITE.