‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 92 sur 114 · tj g ^ „ ce cj* tu3§s^--o-22 = °aS©^ts · texte numérisé non relu

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m MORT VIOLENTE.

de 226 740 ouvriers fournissant annuellement 237 tués (soit 0,00148) et 1511 blessés (soit 0,00666) ; en tout 8,14 tués ou blessés par 1000 ouvriers; or, pour 100 tués ou blessés, on trouve (en 1863) que les éboulements ont causé environ 43 victimes ; les explosions de gaz hydrogène carboné, 4,6 (dont la moitié ont succombé) ; les coups de mines 6 ; asphyxiés et noyés, I ; les coups et contusions par les machines, 10 ; les chutes 9 ; diverses, 26,4.

On peut donner une autre forme à cette accidendalité : de 1860-65, la production moyenne en France a été de 100 millions de quintaux métriques de houille ayant coûté la vie à environ 200 ouvriers et en ayant blessé 1051 ; ainsi le million de quintaux métriques coûte * vies humaines et IO à il blessures entraînant un empêchement au travail de plus d'une semaine. Voilà, de nos jours, le tribut sanglant de notre témérité combinée avec notre ignorance.

6. Chemins de fer. Par leur retentissement inopiné bien plus que par leur intensité relative, les chemins de fer réclament sans doute une mention particulière.

Malheureusement, les administrations ne sont pas tenues, comme elles le devraient, de publier le bilan de leurs accidents et, depuis l'enquête de 1858 1 par les soins du ministère de l'agriculture, résumant les accidents de 1835 à 1855, aucun document d'ensemble n'a été publié. Nous devons donc nous en tenir à cette période, qui débute avec l'exploitation des chemins de fer (septembre 1835), jusqu'à la fin de décembre 1855; il y a eu par dix millions de voyageurs transportés :

43.5 tués comprenant 24,* employés, 8 voyageurs (dont 2,1 par leur imprudence) et IO, "3 étrangers traversante voie; de plus, suivant l'administration, sur ces 43,5 tués, il y en a 26,3 qui l'ont été par suite de leur imprudence (descente des wagons en marche ou avant l'arrêt, etc.) et 19, a par suite des accidents de l'exploitation.

81.6 blessés, dont 43 par leur imprudence (dont seulement 4,2 voyageurs), 38,6 par l'exploitation (dont 20,8 voyageurs).

7. Accidents comparés en différents pays. Pour les seuls voyageurs et abstraction faite des victimes de leur propre imprudence, on trouve par 10 millions de voyageurs transportés :

En France, 5,9 voyageurs tués et «6,* tués ou blessés ; mais de 1859 à 1869 il n'y a eu que 0,75 tués et 15,6 tués et blessés.

En Angleterre, 1,9 tués mais 33 tués ou blessés ; dans la période suivante seulement 26 tués et blessés, mais 3,2 tués.

En Belgique, l,s tués et 5 tués ou blessés.

En Prusse, ©,4» tués et 3,03 tués ou blessés.

Cependant, si nous paraissons l'emporter en Europe par le nombre de nos tués et de nos blessés, il paraît que les États-Unis l'emportent sur nous ; mais, pour établir avec ces vastes territoires une comparaison valable, il est juste d'observer qu'il faudrait rapporter les sinistres, non-seulement aux voyageurs transportés, mais au parcours moyen de ces voyageurs ; car il est clair que le danger croît comme le chemin parcouru. En France, plus encore en Belgique, les voyages sont courts2. Mais ils sont souvent immenses en Amérique ; il faudrait encore tenir compte de la vitesse, car le danger croît avec elle. Or, cette vitesse est plus grande en Angleterre et surtout en Amérique qu'en France .

1 Article rédigé en 1870.

2 Leur longueur moyenne, en 1865, était de 41 kilomètres en France; mais elle était certainement moindre au début, avant la construction des grandes lignes.

Cependant malgré ces accidents, qui d'ailleurs vont en décroissant, le danger des voyages actuels est moindre, beaucoup moindre, que ceux qui s'effectuaient par des voitures et des chevaux ; car, depuis vingt ans que les chemins de fer ont commencé à fonctionner en France, en réunissant les tués de toute catégorie, voyageurs, agents, passant par cause fortuite ou par imprudence, il n'y a eu en somme, dans l'intervalle de vingt ans, que 821 tués et 1553 blessés, tandis que les seules enquêtes judiciaires dénoncent, de 1840-1855, un nombre de 10 324 tués ou écrasés par les voilures, soit 757 par an; et cependant ces vingt premières années d'exploitation ont été une période d'apprentissage ; on y a vu des sinistres qui, dus à des causes faciles à supprimer, ne se reproduiront pas.

II. 8. Mesures préventives et conclusions. Les mesures préventives sont sociales ou individuelles. Au point de vue de l'hygiène publique et des mesures préventives, les accidents se divisent en trois groupes :

a. Ceux qui résultent des dangers prévus et que le citoyen adulte affronte par sa volonté, par son activité, enfin qu'il encourt par sa propre témérité ;

b. Ceux qui résultent de son ignorance ;

c. Ceux qui sont dus à l'imprudence des autres.

a. Dans le premier cas, toute mesure préventive, si elle dépasse le simple avis est nécessairement restrictive de la liberté individuelle, et partant, tyrannique; je dis, de plus, qu'elle va contre son but en prétendant substituer la prudence administrative à la prudence de l'intéressé. En effet, j'ai montré précédemment que la famille, la mère elle-même, ne pouvait efficacement remplacer la vigilance naturelle et de tous les instants que chacun exerce autour de lui, puisque c'est aux âges extrêmes de la vie, où cette vigilance propre est défaillante, que les accidents nous frappent en grand nombre; en vain la famille veille, en vain les dangers journaliers qui naissent de la profession n'existent pas encore ou ont cessé; du moment que notre propre spontanéité est enchaînée par l'âge, les accidents nous frappent et nous atteignent jusqu'au foyer familial! Je conclus de laque l'administration fait fausse route quand, par sa prétention de nous aider, de nous sauvegarder, elle nous traite en mineur; quand, par ses prescriptions, elle entrave ou engourdit notre propre activité et s'oppose ainsi à l'exercice, au développement de la prévoyance individuelle, sans compter qu'elle devient quelquefois un obstacle irritant, odieux au progrès, aux découvertes souvent dues à l'audace, à la témérité même de quelques-uns. Mais ce qui est, sinon plus grave, au moins plus révoltant, c'est que cette intempestive tutelle de l'administration aboutit souvent à substituer un danger plus grand que celui qu'elle prétend prévenir. J'en rappellerai un exemple cruellement mémorable, en citant cette fatale mesure d'enfermer les "voyageurs dans les wagons et qui, lors de l'accident de la rive «auche, a coûté la vie à tant de monde. Sans doute, la libre faculté de sortir d'un wagon en marche permet chaque année à un certain nombre de téméraires de se rompre le cou. Mais si c'était ici le lieu, je prouverais que c'est là un malheur nécessaire..., que le téméraire est prédestiné à une mort violente; que le moyen de diminuer ou de redresser ces organisations vicieuses, c'est de les laisser libres et responsables de leurs actes ; qu'ici comme partout, avec la liberté, la sélection et l'hérédité vont sans cesse assurant le progrès, tandis que des lisières et des garde-fous piopageraientles infirmités. Il résulte de là qu'au point de vue social (le seul à considérer dans les prescriptions d'hygiène publique), on peut dire que la mort violente d'un téméraire est au moins indifférente; que la société n'a aucun intérêt à dépenser son activité, à sauvegarder les fous, les im-

prudents qui ne savent pas se garder eux-mêmes. Ce que l'administration doit au public, ce n'est pas une tutelle qui engourdisse la responsabilité personnelle,, mais une instruction qui l'excite et en éclaire l'étendue; ce qu'elle doit, c'est de porter incessamment et partout à la connaissance de tous les accidents des années précédentes avec le détail de leur nombre et de leur raison, afin que chacun se guide en parfaite connaissance de cause et suivant les indications de sa prudence personnelle ; car si nous avons vu que la surveillance de la famille est beaucoup moins protectrice que celle de l'intéressé lui-même, quelle administration aura l'outrecuidance de croire qu'elle fera mieux que la famille? Qu'espèrent, par exemple, ces défenses ridiculement impératives : « Il est expressément: interdit aux voyageurs de descendre d'un wagon en marche, etc. ? » N'est-ce pas aussi follement que vainement que l'on interdira à un esprit faux des jugements erronés, à un téméraire des actes de témérité, à un maladroit des maladresses? De telles défenses n'ont d'autre sanction que celle qu'entraîne souvent l'acte luimême; c'est donc sur cette conséquence qu'il faut attirer l'attention et non sur une défense qui, sans droit, s'adressant à des hommes, ne peut que provoquer une légitime rébellion. C'est pourquoi ces formules impératives devraient être remplacées par la publication des accidents arrivés à la suite des actes dont on veut signaler les dangers : dire par exemple, que, pendant le cours des cinq dernières années, il y a eu presque régulièrement chaque année sur le parcours du chemin de fer d'Orléans, 1 voyageur de tué, 7 blessés, plus ou moins grièvement pour être descendus de trains en marche; qu'il y en a aussi chaque année 4 à 5 qui se blessent en descendant trop précipitamment des wagons arrêtés et environ 2 qui se font écraser les doigts dans les portières.

Un tel avis ne serait-il pas plus rationnel et plus efficace que les puériles défenses que l'on prodigue si vainement ?

b. A côté de ces dangers auxquels on doit laisser à chacun le droit de s'exposer, il en est d'autres qui viennent surprendre le citoyen sans qu'il ait rien fait pour les encourir : un passant reçoit un pot de fleurs sur la tète, un voyageur est tué ou contusionné en wagon ; ici la police municipale, là la surveillance administrative, et dans tous les cas, la justice, ont à intervenir : celui-ci pour obtenir de l'auteur involontaire de l'accident une légitime indemnité en faveur du blessé ; celle-là pour obliger les citoyens à prendre les mesures édictées par les autorités compétentes (comité de la sécurité et de la salubrité publiques) pour parer au retour de tels accidents.

c. Enfin il y a des dangers inhérents à certaines professions, et l'on peut même affirmer au fond qu'il est peu de professions qui en soient absolument exemptes. Or il y a deux manières de diminuer ce tribut professionnel :

1° En posant comme une des bases de l'instruction professionnelle la connaissance de ces dangers étudiés dans leur nombre, leur cause et leur intensité, la théorie de leur production et leurs moyens préventifs ;

2° Il nous paraît que des mesures propres à diminuer le nombre et l'intensité de ces accidents, délibérées et adoptées par les comités de sécurité et de salubrité publiques, doivent être édictées à toute entreprise qui, par la nature de son exploitation, expose la santé ou la vie d'ime collectivité quelconque ; on prétendrait en vain que cette proposition est contradictoire avec la liberté absolue que nous réclamons pour l'individu. Il n'en est rien, car il y a telle exploitation (celle des chemins de fer, celle des houillères, etc., etc.) qui ne peuvent être que des œuvres collectives; Y individu voyageur ou l'ouvrier n'est pas libre de

s'affranchir de cette collectivité, il doit en subir les conditions. Nous concevons d'ailleurs que tel règlement doit être imposé et tel autre donné à titre de conseil seulement, au risque par l'entreprise de se voir condamnée à de très-grosses indemnités si, pour n'y avoir pas obtempéré, un accident est survenu.

9. Publicité obligée. Enfin, une dernière obligation de toutes ces exploitations collectives absolument méconnue, c'est celle d'une tenue de livres des hommes, analogue à la tenue de livre des écus ; c'est, à la fin de chaque année, l'obligation de publier un résumé de cette comptabilité humaine afin que le public puisse toujours savoir ce que lui coûte en vie humaine telle exploitation, et comparer l'une avec l'autre, etc. C'est un soin qu'oublient trop les compagnies de chemins de fer et encore plus l'industrie privée, et qui mettrait au jour de nombreux et sanglants abus.

Tels sont les principes généraux qui nous paraissent devoir inspirer toute intervention des règlements concernant la sécurité et l'hygiène publiques. Ces principes, conséquence des faits que nous avons cités, ont, en outre, ce grand avantage qu'ils concilient le respect de la liberté individuelle avec les obligations de l'hygiène publique.

Les mesures préventives qui s'adressent à l'individu ont leur source dans une éducation générale et ensuite professionnelle, aptes à développer la rectitude du jugement, l'adresse du corps et la connaissance des dangers inhérents à chaque profession. Mais, en outre, un des ressorts les plus féconds de la société moderne, la mutualité, permet à chacun de mettre à l'abri des chances adverses le côté pécuniaire des affaires humaines. Celui qui est doué de quelque prévoyance» celui dont l'existence et le travail sont utiles à une famille doit, dès son entrée dans la vie, se pénétrer que personne n'est à l'abri d'un cas fortuit qui peut en un instant lui ravir la vie ou la faculté de travailler ; s'il ne peut se soustraire absolument à cette funeste chance, il peut, il doit en atténuer le plus possible les effets et, par Y assurance, acheter un cordial d'une haute efficacité : la sécurité pour lui et pour les siens. Beiîtillon.

MORT AU chanvre. Nom vulgaire du Phelip-ea. ramosa (Orobanchés).

MORT AUX CHIENS. Nom vulgaire du Colchique d'Automne.

MORT AUX panthères. Nom vulgaire des Doronicum plantagineum et pardalianches.

MORT a ex poules. Nom vulgaire de la Jusquiame noire, et, quelquefois, de la Mouelle noire.

MORT AUX POUX. Nom vulgaire du Deliuiinium Staphisagria.

MORT AUX RATS. Nom vulgaire de I'Hamelia coccinea Sw. (Rubiacées).

MORT AU safran. Nom vulgaire du Rhizoctonia Crocorum DC. (Thanalophyton Crocorum Nées), champignon qui, dans les cultures, s'attaque au Crocus sativus.

MORT AUX VACHES. Nom vulgaire de la Renoncule scélérate. .

MORTALïté (Morlalitas) . Ce mot désigne, dans un sens général, la sujétion à la mort; c'est dans ce sens que Pascal a pu dire : « L'homme sentant sa mortalité » (lettre 18j. La mortalité est, pour tous les êtres organisés qui tom-

bent sous notre observation, le complément et comme la caractéristique finale de la vitalité.

Quand on considère la mortalité dans les individus, indépendamment de la durée, elle semble d'abord être absolue, n'admettre ni degré ni mesure; mais, si on fait intervenir la notion du temps écoulé depuis le début de l'existence jusqu'à l'instant où la mort survient, elle pourra être hâtive, tardive ou moyenne. Dès lors si cette mortalité s'exerce sur des collectivités égales par le nombre des individus qui les composent, elle fournira, dans la même fraction de temps, plus ou moins de décès selon qu'elle sera accélérée ou retardée, et la mortalité deviendra une grandeur susceptible d'augmentation ou de diminution, et par suite de mesure.

1. Cette mortalité ainsi comprise, n'est-il pas certain que la connaître pour la combattre, pour l'amoindrir, est le but ultime des sciences médicales ? Si tout homme, succombant avant 70 ans, peut avec raison être dit mort prématurément, nous sommes encore en notre temps plus de 75 pour 100 prédestinés à de hâtives funérailles. Et qu'on y songe, la mort prématurée n'est pas d'abord et surtout un malheur individuel, c'est avant tout un malheur public. Pour l'individu, la maladie seule est un mal , car elle est une souffrance, mais une souffrance ordinairement de courte durée; quant à la mort, cesser d'être, être privé des satisfactions à venir ne saurait être qu'un mal négatif et fort problématique comme cet avenir; elle peut souvent devenir un bien quand elle nous soustrait à un avenir misérable, de douleur ou de honte. Mais pour la nation, pour notre France qui, sur ses 950 000 décès annuels, en compte plus de 500 000 avant la 45e année d'âge, ces 500 000 décès, si prématurés, sont une immense calamité publique; c'est le mal à sa plus haute puissance, car il épuise la nation par toutes les douleurs réunies, la frappant dans ses intérêts moraux, matériels et intellectuels.

Dans ses intérêts moraux : car il dissocie les familles, foyers de la moralité publique, il fait des veufs, des veuves, des orphelins, ou des époux auxquels il enlève les enfants, qui sont le plus fort lien de l'association conjugale.

Dans ses intérêts matériels : car 500 000 décès annuels survenus avant la 45e année, c'est-à-dire dans la fleur ou la vigueur de l'existence qui, d'abord absorbante, va devenir productive, ou l'est déjà, c'est (au seul point de vue de la valeur manouvrière) l'anéantissement d'une valeur considérable qui, supputée d'âge en âge soit par ce qu'elle a coûté, soit par ce qu'elle produit, ne peut être évaluée (j'en ai fait le calcul âge par âge) à moins d'un milliard.

Dans ses intérêts intellectuels : Qui pourra dire la somme de savoir laborieusement conquis, d'expériences longuement acquises, de talent ou de génie, inclus dans ce demi-million d'existences qui, chaque année, s'évanouissent avant d'avoir produit tous leurs fruits ?

2. Personne que je sache n'a encore essayé de saisir l'opinion publique de cet effroyable tribut de la mort prématurée. Pourquoi cette indifférence ? Pourquoi nos Assemblées, auxquelles incombe l'obligation de connaître nos charges publiques pour nous les alléger, pourquoi ne s'enquièrent-elles jamais ou presque jamais, de la plus douloureuse comme de la plus onéreuse de ces charges, — celle que nous imposent chaque année tant de morts prématurées? Ah ! c'est parce qu'il est passé en préjugé, préjugé funeste! que ce tribut est fatal, inéluctable, et même pour quelques-uns d'ordre divin (que la Divinité le leur pardonne!). Mais cette pernicieuse croyance est fausse, absolument fausse ; toute mon œuvre statistique, comme celle de mes prédécesseurs, le démontre, et prouve que nul budget

n'est plus facilement re'ductible. Déjà, mon célèbre prédécesseur en ces recherches, Villermé, en parlant des prisons, a pu écrire et prouver que : « Les détenus vivront et mourront autant qu'il plaira à l'administration. » Il faut aujourd'hui élargir la proposition et l'étendre à la collectivité sociale tout entière : car je m'engage à démontrer que le nombre de nos morts prématurées est formidable on minime, selon les milieux sociaux et physiques dans lesquels s'agitent nos existences ; et comme il nous appartient de plus en plus de modifier ces milieux, il nous appartient de plus en plus d'en atténuer les pernicieuses influences. Ah ! s'il m'était donné de propager cette conviction, fruit de vingt années de travail, touchant le pouvoir que nous avons de réduire rapidement ce funèbre budget, nos législateurs n'hésiteraient plus à s'engager dans la voie ouverte par un des plus grands législateurs de l'antiquité, et, avec Moïse, à considérer l'hygiène publique et la conservation de la vie humaine comme un des sujets les plus élevés qui s'impose à leur mandat, afin d'alléger autant qu'il est possible le douloureux tribut payé à la mort prématurée. Déjà notre Assemblée nationale, en préparant par l'organe de notre confrère, M. Th. Roussel, une loi sur la protection de la première enfance, est entrée dans cette voie féconde. Il y a 40 à 50 000 enfants dans la première année de leur vie à conserver chaque année. M. le professeur P. Broca, consulté entre autres savants sur les voies et moyens à poursuivre pour atteindre ce but, a dit, avec raison, qu'il suffit d'en indiquer un seul qui les renferme tous;, et moi aussi je dis, pour les adultes comme pour les enfants: Il n'y a aujourd'hui qu'un moyen à mettre en œuvre, celui-là nous renseignera sur tous les autres ; ce moyen donc, c'est, pour M. Broca comme pour moi, une bonne statistique des vivants et des décès qu'ils fournissent. Ce que nous avons est d'une insuffisance extrême, d'une pauvreté affligeante, quand on songe au but à atteindre, et à atteindre sûrement. Que l'administration, qui en a seule le pouvoir, mais qui l'a, se conformant enfin aux vœux des corps savants qu'elle a officiellement consultés (Acad. de méd. et Comité consultatif d'hygiène publ.), nous fasse donc connaître les décès par profession, par cause, par circonscriptions sanitaires, par âge précis, par degré d'aisance, par mois, etc., etc. Presque tout manque, ou ce qui nous est donné l'est avec une telle insuffisance» avec si peu de précision et tant d'incorrections, qu'il faut une habitude, un savoir tout spécial pour en tirer parti, et que ceux qui ne possèdent pas cette science et cette pratique de la mise en œuvre des documents, aboutissent aux plus flagrantes erreurs. Aussi, nous en prévenons le lecteur, cet article et ses annexes (Survie,. Vie moyenne et probable) seront surtout employés à dire ces méthodes d'investigations, et ensuite à signaler les diverses influences qui modifient la mortalité, avec renvoi aux articles où ces influences sont précisées et mesurées. Si nous avions voulu traiter ici le sujet dans les détails qu'il réclame, il nous eûtfallu un volujme entier, et nous fussions tombés dans d'inévitables redites, puisque chacune des nations, chacune des catégories sociales, chaque milieu qui a une influence connue sur la mortalité a son article à part.

Quant à la comparaison de ces divers facteurs entre eux, c'est un soin que nous avons en chaque sujet, et que nous aurons notamment à l'article France, section démographie, chapitre Mortalité. Car, la démographie comparée est le seul moyen de donner quelque intérêt à des nombres qui, isolés, seraient presque dépourvus de signification. Nous ne dissimulons pas que la vraie place de la mortalité comparée est ici, que la reporter à chaque nation serait une méthode peu logique, si les documents statistiques des diverses collectivités étaient comparables les uns

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