MOUSTIQUES
inoU!§i!§>E DE JAFI\A. Le Plocaria lichenoïdes. nQVUSE nv JAPOi%. Algues, Gelldium.
JHOL'SSES i»iARi\'E!(i. Conferves, Varecs, Polypiers. MOLASSES MEMBRAIXEUSES. Tremelles et Nostocs.
MOUSSE DE MER. MoDSSE MARINE. {Voy. MoUSSE DE CoRSe).
MOUSSE DU I^ORD. Nom donné au Lichen des Rennes [Lichen rangiferinus L) .
MOUSSE PERLÉE. Nom donné au Sphœrococcus crispus Agardii, ou Carragaheen {Voy. ce mol).
MOUSSE DES REMIMES. Nom donné au Lichen rangiferinus L.
MOUSSE DE ROCHER. Nom donné autrefois à la Coralline blanche [Yoy. ce mot).
MOUSSE TERRESTRE. Le Lycopode.
MOUSSiCilVE. Mérat et de Lens désignent sous ce nom des fruits capsulaires, durs, ligneux, gros comme des pois, très-épineux, grisâtres, irréguliers, faits comme des chausses-trapes, à trois loges nionospermes, sans saveur et sans odeur. Ils sont employés en Chine comme sudorifiques.
Mérat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, IV, 499.
MOUSTIQUES. Nom vulgaire donné, dans les colonies françaises, et principalement aux Antilles, à des insectes Diptères dont la piqûre est très-douloureuse. Ces insectes paraissent distincts des Maringouins [voy. ce mot), qui se rapprochent des Cousins [Culex) d'Europe, par l'ensemble de leurs caractères. Toutefois, il cxisie encore de l'incertitude sur la vcritab'e détermination des insectes connus sous les noms de Moustiques et de Maringouins. Il serait à désirer que les Médecins de la Marine en rapportassent des spécimens qui lèveraient tous les doutes.
Bouffiers, dans sa Thèse inaugurale (Montpellier, 1857), dit, au sujet des Moustiques qu'il a observés sur le Parana, pendant la campagne du navire le Gassendi : « Chaque soir, à la tombée de la nuit, le navire était littéralement envahi par ces insectes. Leurs bourdonnements incessants, leurs piqûres, (|u'accompaguait toujours une démangeaison vive et cuisante, en faisaient des hôtes plus qu'incommodes. Leur acharnement était tel, que les vêtements de drap ne garantissaient pas de leurs atteintes. Le matelot, à qui une fatigue excessive permettait le sommeil quand même, s'éveillait le matin couvert de petites élevures au milieu desquelles se voyait un point noir. Les démangeaisons qui l'assaillaient alors l'engageaient à se gratter ; il excoriait inévitablement le sommet de ces élevures, et créait ainsi des plaies dont la guérison était interminable. Les lotions émoUieutes, les cataplasmes, les pommades opiacées ou excitantes, le chlorure d'oxyde de sodium, soit pur, soit étendu d'eau, l'alcool camphré, le vin miellé, les poudres de quinqiùua, ou de camphre, sucre et charbon mélangés en parties égales : aucune de ces médications n'a empêché ces plaies d'avoir une durée fort longue. Le pansement qui m'a le mieux réussi consistait à mettre sur les parties malades de la poudre de camphre, sucre et charbon, et à recouvrir le
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tout d'un cataplasme. Plus tard, la plaie étant devenue vermeille, j'appliquai des bandelettes de diachylon, sous lesquelles se formait la cicatrice.
« Du reste, la piqûre de la plupart de ces insectes renfermait une matière septique, car il n'était pas rare de voir apparaître, au milieu de l'élevure primitive, un léger amas de sérosité noirâtre, et, autour d'elle, se dessiner un cercle Ikuve foncé, comme on l'observe à la circonférence des anthrax gangreneux.
« Dans ce cas, la portion de la peau voisine de la piqûre tombait en mortification, et il en résultait une plaie profonde, irrégulière, dont la gucrison était l'oit lente. Aux Iles Marquises, des faits pareils à ceux fjue je raconte se sont olïerls à mes yeux. Là, comme dans le Parana, des piqûres de Moustiques ont été suivies de plaies gangrénexises. »
Le docteur Bouffiers signale le bourdonnement des Moustiques, et il ne désigne pas exactement leur taille; il y avait probablement plusieurs espèces nuisibles parmi celles dont il a parlé. A quels genres appartenaient-elles?
On trouve une précieuse remarque de Latreille dans le Dictionnaire d'histoire naturelle, de Deterville (t. XXI, p. 545, 1818). Le savant entomologiste dit que les Moustiques se trouvent par nuées le long de la côte de la mer, aux Antilles, dans la Louisiane, et que, bien que très-petits, ils pi(^uent aussi vivemeut que les Maringoiiins. Michaux, le botaniste, lui avait communiqué de ces insectes recueillis dans rÂmériq\ie septentriomiale, et Latreille les rapporte expressément « au genre qu'il a établi sous le nom de Simulie ». L'espèce était entièi-ement noire, et ne produisait pas de bourdonnement {voy. Diptères et Sijiulie).
A. Laboulbèine.
MOL'TABŒA. Genre de plantes dicotylédones qui a été placé daui diverses familles, et qu'on rapporte maintenant au groupe des Polygaiées, auprès du Krameria. Ce sont des arbrisseaux, à feuilles alternes, épaisses et coriaces; à fleurs en grappe courtes axdlaires. Ces fleurs ont un calice à cinq divisions un peu inégales, cinq pétales égaux entre eux et, avec les pièces du calice, huit élamines soudées au tube de la corolle en une sorte de gaîne fendue vers le haut. Les fruits sont des baies globuleuses à deux ou cinq graines, entourées d'une pulpe douce et sucrée.
Les baies du Moutabœa sont comestibles. Dans la Guyane, les habitants sucent particulièrement la pulpe des fruits du Moutabœa Gmjnnensis Aubl., qui est ÏAymoutabiri des Galibis.
AuBLET. Plantes de la Guyane, II, 689, tab. 274. — Bextham et Hooker. Gênera plantarum, 1, 140. — Mêiiat et De Lens. Dict. de mat. méd., lY, 500. Pl.
MOCTAX. MouTANG. Nom donné à une espèce de Pivoine en arbre {Voy. Pivoine).
inouXARDE. Sinapis L. § I. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille df;.a Crucifères; ce groupe contient des espèces qui présentent les caractères suivants : Calice des fleurs égal à la base ; corolle à quatre pétales égaux et entiers ; six étamines tétradynames, ovaire allongé surmonté d'un style anguleux ou comprimé et d'un stigmate entier, discoïde ; silique oblongue ou linéaire, cylindrique un peu comprimée sur le côté, à \alYes très-convexes, marquées de trois nervures rapprochées, droites et égales. Graines unisériées, globuleuses, renfermant un embryon à cotylédons bilobés au sommet, plies; en long et embrassant la radicule. Ces moutardes sont très-rapprochées, par
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leurs caractères, des choux ou Brassica. Une des espèces linnéennes les plus importantes, la Moutarde noire, l'ancien Sinapis nigra L. appartient même à ce dernier genre et nous l'avons déjà décrite à l'article Chou {voy. ce mot), sous le nom de Brassica nigra Koch. Nous n'avons donc plus à en parler ici. Mais la Moutarde blanche et la Moutarde sauvage ou SaJive sont restées dans le genre Sinapis.
La première de ces espèces porte le nom botanique de Sinapis alba, L. C'est une plante herbacée, de 2 à 5 décimètres, qui est commune dans les moissons, où elle fleurit aux mois de juin et juillet. Sa tige plus ou moins hérissée, dressée et rameuse, porte des feuilles pétiolées, lyrées pinnatifides, découpées en cinq, sept ou neuf segments oblongs etsinués dentés. Les fleurs sont jaunes; les fruits, portés sur des pédoncules droits, très-étalés, sont oblongs, bosselés, courts, surmontés d'une style en forme de sabre. Ils contiennent des graines globuleuses, grosses de 2 millimètres environ, de couleur jaune rougeâtre pâle. Leur surface est si finement chagrinée, qu'elles paraissent lisses à l'œil nu et ne montrent leurs saillies que sous un fort grossissement.
L'autre espèce, la Sauve ou Moutarde sauvage, est le Sinapis arvensis L. On la trouve aussi communément dans les lieux cultivés ; sa tige de 3 à 6 décimètres de long est tantôt glabre, tantôt hérissée : elleporte des feuilles ovales, inégalement dentées, dont les inférieures pétiolées et souvent lyrées, les supérieures sessiles. Les fleurs sont jaunes. Les siliques, munies sur le dos des valves de trois nervures équidistantes sont surmontées d'un style conique. Elles contiennent des graines noires à la maturité, de l'""',25 de diamètre environ, finement chagrinées ù la surface.
Le nom de moutarde sauvage a été aussi appliqué à la Bourse à pasteur, Thlaspi Bursa-Pastoris L., de la môme faniile des Crucifères.
On a aussi désigné sous les noms de :
Moutarde des Allemands ou moutarde des Capucins, le Cochlearia Armoracia L.
Moutarde de Mithridate, le Thlaspi Bursa Pastoris L.
Moutarde des haies, YErysimum officinale L.
LisNÉE. Gênera plantarum, n° 821. Species, n° 753 et 933. — De Candoi.le. Prqdromus, I, 217. — Kndlicheu. Gênera plantarum. — Ghenier et Godron. Flore de France, I, 75. — GuiBouRT. Drogues simples, 6" édil., p. 088, — G. Planchon. Traité pratique de la détermination des drogues simples, I, 576. Pl
§ II. Composition chimique. 1° Les semences de moutarde noire renferment : Une matière grasse perlée, une substance colorante, du sucre, quelques sels, de la sinapisine {voy. Sinapisine), de la myrosine {voy. Myiiosine), du myronate de potasse {voy. Myronique, acide) et de l'acide libre.
La propriété irritante que possède la semence de moutarde noire n'appartient en propre à aucune des substances qu'elle contient. Si l'on traite cette semence par de l'alcool pur, ni la solution alcoolique, ni le résidu ne présentent d'àcreté (Boutron et Robiquet). De plus, la poudre de moutarde, chauffée au baiu-marie, ne répand pas d'odeur irritante. Mais si l'on ajoute de l'eau à cette poudre, aussitôt, sous l'influence de la myrosine, ferment albuminoïde, analogue à l'émulsine des amandes, l'acide myronique, qui peut être représenté par de la glycose, de l'acide sulfurique et de l'essence de moutarde, se dédouble, et l'essence, qui est un sulfocyanure d'allyle {voy. Allyle), est mise en liberté; c'est cette huile volatile incolore ou très-légèrement citrine, d'une densité de
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1,010, à -+- 45° centigrades, à peine soliible dims l'eau, très-solublc ilarts {'alcool et dans l'éther, qui est l'agent actif de la semence de moutarde. C'est à M. Bussy qu'on doit la connaissance parfaite de la réaction que nous venons d'indiquer. Suivant Fauré et Hesse, l'iiuilc volatile ne se produit pas dans l'eau bouillante; elle ne se produit qu'en très-petite quantité à partir de 60 degrés.
Le myronate de potasse se présente sous l'aspect de cristaux prismatiques, incolores, transparents, très-solubies dans l'eau, insolubles dans l'éther et dans l'alcool, un peu solubles dans l'alcool faible. On le prépare de la manière suivante : le tourteau de farine privé d'huile par expression est épuisé par l'alcool à 85°, exprimé et repris par l'eau. La solution aqueuse est ramenée, par évaporation, à im extrait clair, que l'on précipite par l'alcool faible. La liqueur évaporée donne les cristaux de myronate de potasse, qu'on purifie en les lavant avec l'alcool faible.
Quant à l'essence de moutarde, on la prépare en laissant macérer, pendant douze ou vingt-quatre heures (Hesse et Fauré), de la farine de moutarde dans l'eau froide, puis en distillant tant que l'eau condensée reste laiteuse. En soumettant cette eau à une seconde distillation, on obtient une plus grande quantité d'iruile volatile.
On comprend, d'après ce qui précède, combien il importe de garantir de l'humidité la farine de moutarde, puisque, en s'humectant, elle devient le siège d'une fermentation qui en épuise peu à peu l'activité. Une farine do moutarde qui répand une odeur piquante et qui plaît, à cause de cela, à l'acheteur, peut être encore excellente, mais elle jieut aussi avoir déjà perdu une partie de ses propriétés.
Ajoutons qu'une poudi^c de moutarde débarrassée de son huile fixe et mise en tourteau se conserve mieux, en même temps qu'elle est plus active (Robiquet). On verra à l'article Siisapisme qu'on a tiré parti de cette circonstance pour l'invention de sinapismes extemporanés.
2° La moutarde blanche fournit, non une huile volatile, mais un principe acre, qui ne préexiste pas plus que celle-ci dans la semence, et qui se dégage également sous l'influence de l'eau, et d'une eau non bouillante. Ce principe acre a -élé isolé par Boutron et Robiquet ; c'est un liquide onctueux, incolore, de saveur piquante. Suivant Fauré, ce principe existerait aussi dans la moutarde noire.
La semence de moutarde blanche renferme d'^ la sinapisine {voy. Sina-
PISIiXE). D.
§ IIL Emploi médical. HISTORIQUE. Les moutardes étaient connues des anciens. Ils paraissent avoir employé surtout la moutarde noire. On retrouve au reste encore plus de confusion dans les auteurs qui les ont suivis, presque jusqu'à nos jours, sur l'espèce de moutarde mise en usage ; ce qui empêche souvent de bien apprécier les résultats.
llippocrate dit que la moutarde cause de la dysurie (De victus ratione, lib. II). Galien la croyait propre à purger les humeurs, et s'en servait en gargarisme contre les ulcérations de la bouche. Dioscoride la donnait dans l'hypoohondrie , l'anorexie, la chlorose, la cachexie, les fièvres intermittentes, etc. Les Grecs et les Latins employaient la graine de moutarde comme condiment et comme médicament, et les feuilles comme aliment en les faisant cuire dans l'eau. Un grand nombre des applications des semences de moutarde, indiquées dans les auteurs et puiseront reproduites dans le cours de cet article, se trouvent dans Pline (liv.XX,
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cil. Lxxxvii). L'auteur latin relate, entre autres, ses propriétés stimulantes, utilisées dans diverses maladies, son action irritante allant jusqu'à la vésication, ses effets laxatifs et diurétiques. On y voit que la sinapisation se pratiquait de sou temps en pilant la graine de moutarde avec des figues et en délayant ensuite ce mélange avec du vinaigre. Cette pâte était appliquée aux: jambes ou même sur la tète pour combattre le sommeil profond des lélbargiqnes ; elle s'employait aussi contre les vieilles douleurs de poitrine, des lombes, desbanches, des épaules, etc. Ou traitait pardes applications de moutarde plusieurs maladies de la peau. Enliii, on lui attribuait des propriétés alexitères, et on l'appliquait, pilée avec du vinaigre, sur les plaies par morsure d'animaux venimeux. Elle neutralise, d'après Pline, le principe vénéneux des cbampignons.
Dans l'antiquité, le vinaigre était généralement considéré comme le meilleur dissolvant des principes actifs de la moutarde, erreur qui s'est propagée jusqu'à nos jours. Toutefois, Aetius avait remarqué et dit que le vinnigre diminue l'activité de cette semence et la rend même inefficace. C'est donc encore là un point sur lequel l'observation des anciens a précédé celle des modernes.
i° Moutarde noire. Action physiologique. Dans la moutarde noire, l'huile essentielle domine tellement par son énergie l'action accessoire que pourraient avoir les autres principes contenus dans cette semence, que celle-ci peut être considérée comme devant à l'essence en question ses propriétés physiologiques et tiiérapeutiques. Or, l'essence de moutarde noire, ainsi qu'on l'a vu plus haut {voy. plus haut. Composition chimique), no préexistant pas dans la semence, .et se développant par la réaction de la myrosine sur l'acide myronique, l'emploi de J;t moutarde noire doit être conçu de manière à iavoriser cette réaction.
Si l'on administre à l'intérieur la semence entière de moutarde noire, elle produira, humectée par les humeurs, un peu d'Iiuile essentielle qui, traversant ultérieurement le périsperme, viendra déterminer sur les muqueuses l'action irritante qui lui est propre. Mais cette action sera bien plus considérable avec la graine concassée et surtout pulvérisée qui, sous cet état, se prête beaucoup mieux à la formation de l'huile essentielle. Toutefois, les milieux acides étant moins favorables à cette formation, la moutarde est moins irritante pour l'estomac que pour la bouche et le pharynx et que pour les intestins. Nous en avons la preuve dans les sensations produites par les fortes moutardes de table à base de sinapis nigra; celles-ci échauliént la bouche, picotent le palais infiniment plus que l'estomac. Cela ne veut pas dire que la moutarde ne puisse être olfensive pour la muqueuse gastrique ; elle le devient certainement par l'excès de sa dose ou la continuité, soit abusive, soit inopportune de son emploi ; mais elle l'est moins que sur d'autres points de la muqueuse digestive. Ainsi, on attribue à la moutarde (il est bien entendu que dorénavant, pour abréger, en supprimant tout qualificatif, c'est exclusivement de la moutarde noire qu'il s'agira dans cet article) des propriétés éméliques ; mais ces propriétés sont infidèles, tandis que l'action irritante est plus manifeste du côté des intestins. La moutarde tend moins à provoquer des vomissements que de la diarrhée, et celle-ci, sous l'influence de fortesdoses, pourra môme affecter une forme dysentérique, tandis que l'on n'observera du côté de l'esLomac qu'un peu de pyrosis ou de gastralgie. En un mot, la moutarde tend plus à enflammer les intestins que l'estomac; mais si l'on administrait son huile essentielle pure, c'est sur l'estomac que l'on aurait à redouter le plus d'irritation.
On a remarqué dans la moutarde quelques propriétés diurétiques ; elles sont dues vraisemblablement à ce que son huile essentielle, en s'éliminant par les
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reins, leur communique momentanément un surcroît d'activité sécrétoire. Untra vail analogue d'élimination par l'émonctoire cutané a paru aussi déterminer un certain degré d'excitation de la peau.
Comme tous les stimulants, la moutarde excite et accélère le mouvement circulatoire. Mais ce qu'elle stimule particulièrement, en tant qu'elle est ingérée sous forme convenable et en proportion modérée, ce sont les fonctions digestives: effet sur lequel nous n'insisterons pas ici, devant eu reparler lorsque nous apprécierons l'intervention de la moutarde en bromatoloirie.
L impression de cette substance sur le palais réagit très-vivement sur la pituitaire et sur la conjonctive, soit par action réflexe, soit par diffusion de quelques molécules d'huile essentielle transportées sur ces deux muqueuses. Le sujet éprouve alors un double sentiment de piqûre, tant dans les narines qu'à la surface de l'œil, avec provocation de flux iwsal et de larmes.
Lorsque la moutarde pulvérisée est appliquée sur la peau, sous l'influence de l'humidité de cette membrane, il se produit au bout d'un certain temps une rubéfaction légère accompagnée de picotement. Mais lorsque la poudre de moutarde est délayée dans de l'eau tiède, ses effets irritants se manifestent plus rapidement, avec plus d'énergie et d'évidence. Si la poudre est récemment préparée, de bonne qualité, apposée sur une peau fine et délicate et sans antre intermède que l'eau, l'action irritante est presque instantanée. Cette action se compose d'une hypérémie avec rougeur du tégument et d'une douleur cuisante et piquante à la fois ; en se prolongeant, elle amène la vésication d'abord, la cautérisation ensuite. Si l'application de la pâte siuapique a été assez passagère pour ne( causer qu'une simple rubélaclion, l'hypérémie se dissipe par une sorte de délitescence, sans laisser de traces. Si le contact se prolonge, il en résulte une phlogose avec exsudât sousépidermique, dont la résolution demande plus ou moins de temps. Alors la peaa se bosselé par places comme dans l'urticaire, ce qui permet encore une résolution sans altérations trop persistantes ; ou bien la peau se soulève en forme d'ampoules comme sous l'influence d'un vésicatoire ; mais elles sont multiples, successives, et ne se réunissent pas en une bulle large et unique comme sous l'action des caatharides; en outre, ces ampoules ou plilyctènes, en crevant, tendent à l'ulcération.
Enfin, en portant plus loin son action, la moutarde cautérise plus ou moins profondément la peau, mais de la manière la plus perfide si l'on peut ainsi dire. En effet, tantôt les plaies succédant à la vésication sinapique, se recouvrent inopinément de plaques gangreneuses ; tantôt, et c'est ce qui a lieu le plus souvent, les parties sinapisées conservent une rougeur livide, et au bout de quelques jours, oa voit la peau se mortifier par places ; les eschares, ordinairement assez tenaces, donnent lieu ultérieurement à des ulcérations séparées ; ou bien, ce qui est plus grave, toute la surface atteinte par le sinapisme se mortifie, se gangrène, une seule et vaste ulcération en étant la conséquence. Les eschares ont une épaisseur variable ; elles sont telles parfois sous ce rappoi t, qu'on les comparerait à celles produites par les caustiques les plus destructeurs. Leur élimination est longue, laborieuse ; les ulcérations qui leur succèdent sont également longues à guérir ; la diphthérie les envahit parfois; les suppurations, les douleurs qu'elles occasionnent épuisent les sujets ; on comprend donc que, chez plusieurs, elles aient été suivies de mort.
La possibilité de tels accidents doit inspirer une extrême défiance dans l'action progressive des sinapismes, et faire recommander expressément de ne jamais les laisser appliqués au-delà du temps strictement nécessaire pour produire une simple
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.rnljéfaction: quinze à trente minutes au plus ; unelieure, concédée par Trousseau et Pidoux, peut être beaucoup trop dans bien des cas. Ces recommaudalions doivent être f'ailes surtout à propos des individus qui, plongés dans lecoma et privés -de sentiment, ne peuvent avertir ])ar l'excès de la douleur que la durée d'application du topique est arrivée à sa limite raisonnable ; et de ceux qui, dans un état -algide, n'éprouvent ni la douleur, ni les effets rubéfiants ordinairement causés par la moutarde ; si dans ce dernier cas, sur une peau paraissant inerte, la moutarde est négligemment laissée en place, elle n'en accomplira pas moiusson œuvre destructive qui se révélera plus tard. Enfin, il faut se défier tout parliculièrement de l'action de la moutardecliez les enfants, et nen user avec eux qu'avec la plus grande réserve, sujet du reste sur lequel je reviendrai.
J'insiste sur les accidents imputables à l'abus, à l'emploi inconsidéré de lamoularde, parce que j'ai eu occasion d'en voir plusieurs exemples. Je citerai entre autres un liommesur lequel, pendant la période algide d'un choléra, on laissa des sinapismes appliqués aux jambes pendant un temjis indéterminé. Lorsqu'on les èta, la peau semblait n'en avoir ressenti aucune im[tression; cène fut qu'au bout de plusieurs jours qu'elle commença à se mortifier, et il se déclara des ulcères épouvantables qui envahirent la totalité des deux jambes, qui mirent six mois à guérir et compromirent souvent la vie du malade.
Sans produire des désordres aussi graves que ceux dont nous venons de parler, les sinapismes, trop longtemps ap[)liqués, laissent fi'équemment à leur suite une rougeur persistante, des taclies jaunes, quelquefois indélébiles (Trousseau et Pidoux), un gonflement œdémateux, et des douleurs qui offrent un caractère névralgique ou qui, d'autres fois, rappellent la cuisson causée par le sinapisme. Les aiitiphlogistiques, les résoluiifs, les calmants sont indiqués pour faire justice de cesreliiiuats de l'action excessive de la moutarde; ces mêmes moyens pourraient prévenir l'explosion des accidents plus sérieux dont il a été question plus baut.
En résumé, comme substance expérimentée à l'intérieur, la moutarde est un stimulant avec action élective sur la voie gastro-intestinale ; comme moyen topique, c'est un irritant, produisant graduellement la rubéfaction, la vésicalion, la cautérisation, mais dont l'emiiloi ne se justifie qu'autant 'qu'on l'arrête à son premier eliét: la rubéfaction; en d'autres termes, en saine pratique, on l'accepte comme un rubéfiant, jamais comme vésicant et encore moins comme cautérisant.
Action thérapeutique. Examinons d'abord l'action topique de la moutarde, jwrce qu'elle est plus fréquemment et plus utilement employée à l'extérieur qu'à l'intérieur.
Usage externe. La moutarde, .appliquée avec la modération et la prudence xjuenous venons de recommander, produit une congestion hypérémique du tégument externe, avec rougeur et chaleur, et de plus avec excitation de la sensibilité. A ces titres, elle peut donc être invoquée comme moyen révulsif, calorifique et bypéresthésique.
Vu la promptitude de son action, la moutarde se présente comme l'un des meilleurs agents delà révulsion immédiate. En thèse générale, on peut établir son utilité pour combattre les afi'ections les plus aiguës et les plus rapides, ii leur début, lorsqu'elles n'en sont encore qu'à la période d'irritation ou de congestion ; on lui demande alors une transposition irritative et congestive sur un point éloigné, effet qui a souvent son efficacité relative, sinon absolue, et qui modère du moins les accidents lorsqu'il ne parvient pas à les enrayer complètement. Ainsi, par exemple, on cherche à détourner par la sinapisation des membres les raptus DICT. EKC. 2° s. X. 16
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sanguins vers les organes encéphaliques ou pectoraux. Un pédiluvesinapiséliioniplie souvent d'une céphalalgie congestive ou des premières angoisses résultant d'une angine. f
Les sinapismes, tant sur les membres que sur le contour inférieur du thorax, ■' sont aussi conseillés et employés contre l'hémoptysie; toutefois l'excitation artérielle causée par la moutarde peut nuire iÀ la suspension de cette hémorrhape, presque constamment de forme active, et il est beaucoup plus logique de lui opposer les ventouses sèches. 11 faut se méfier encore plus des applications siriapisées dans les convulsions infantiles oiî l'on est trop disposé à en abuser ; l'excès d'irritation causée par ces applications surexcite le système nerveux, et l'or obtient alors un résultat tout opposé à celui que l'on poursuit. Dans ce cas d'ailleurs, comme en tout autre, il ne faut jamais oublier, en employant la moutarde, que l'on a affaire à un irritant dont les effets, surtout s'ils sont vivement ressentis et prolongés, se répercutent dans toute l'économie des sujets délicats et impressionnables, particulièrement les enfants.
La moutarde ne doit donc pas être considérée comme un simple rubéiiant, comme un simple irritant congestif local, mais en outre comme un excitant général; et si elle convient précisément sous ce rapport dans beaucoup de cas, oh il v a intérêt en même temps à appeler une congestion sur un point et à imprimer un certain degré de stimulation à l'ensemble de l'organisme, elle devient tout à fait inopportune dans les circonstances où l'on ne doit que congestionner une partie pour dégager une autre, sans donner un surcroît d'activité aux phénomènes nereux. Ces inconvénients, moins bien traduits, quoique réels, chez les jeunes enfants, sont souvent accusés par des sujets plus âgés et notamment par des femmes qui, après des sinapisations inopportunes et abusives, conservent plus ou moins longtemps, sans parler des douleurs locales, un éréthisme nerveux des plus pénibles,
Voici en revanche la période algide du choléra qui nous engage à utiliser toutes les propriétés excitantes de la moutarde. Sur la peau inerte, insensible, froide, elle agit à la fois comme excitant de la circulation périphérique, de la caloricilé, de la sensibilité, et, par o.vtension, comme stimulant des autres appareils organiques. La sinapisation dans ce but a été employée de diverses manières, et c'est ici que l'on a particulièrement recommandé les grands bains sinapisés. Les mêmes moyens ont été rationnellement employés pour aviver les manifestations cutanées des affections éruptives, pour les provoquer en cas d'absence ou de retard. Contre les paralysies, acinésies ou anesthésies, l'action stimulante de la moutarde trouve encore son application. Dans la syncope, un sinapisme posé sur la région précordiale peut contribuera ranimer les contractions du cœur. Girbal a rapporté un cas très-remarquable de mort apparente, dans lequel une jeune hystérique fut rappelée à la vie par une large sinapisation pratii|uée successivement sur la région précordiale, sur les bras, sur les jambes et sur la nuque {Comptes-rendus de l'Acad. deméd., mars, 1851, et Bidl. de thér., t. XL). Dans les métastases rhumatismales ou goutteuses sur le cœur, sur le cerveau , la moutarde, appliquée aux articulations, peut aider aussi à dégager les centres envahis, tant en rappelant les fluxions primitives qu'en stimulant les sujets plongés dans le coma. Dans les affections typbiques, les sinapismes promenés sur les membres inférieurs, pendant les périodes de prostration, de coma, paraissent agir autant comme stimulants généraux que comme révulsifs contre les congestions passives du cerveau.
« Dans les maladies inflammatoires et dans les fièvres, dit Cazin, il faut bien se garder d'employer les sinapismes ou les pédiluves sinapisés, lorsqu'il existe une
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réaction fébrile, une sorte d'angioténie générale, de pléthore, d'orgasme ou d'éréthisme ; ils augmenteraient ces symptômes, produiraient de l'agitation, du délire et autres accidents. Ou abnse communément de ce puissant moyen , soit comme stimulant général, soit comme révulsif. Dans le premier cas, le malade doit se trouver dans cet état de relâchement de toutes les fonctions qui caractélise l'atonie, l'adyuamie ; dans le second, pour opérer une sorte de métastase, diminuer ou f.iire cesser une concentration morbide, une irritation ou une plilegmasie, il faut que tout le reste de l'organisme ne participe eu rien de l'irritation ; qu'il soit, au coniraire, dans des conditions tout à l'ait opposées ; sinon l'action stimulante s'exerçant au protit de l'organe malade, tous les symptômes s'exaspèrent au lieu de céder. » (Traitédes plantes médicinales indigènes.)
L'action congestive de la moul;irde a été utilisée pour favoriser l'éruption menstruelle. Elle est employée dans cette intention de plusieurs manières : en pédiluve, pour en augmenter l'action ; la femme doit s'arranger de manière à recevoir sur les organes sexuels la vapeur irritante du bain ; en sinapismes, promeui's tant à la partie interne des cuisses que sur l'Iiypogastre ; plus rui euiont, eu bams de siège sinapisés. En considération des connexions sympathiques qui existent entre l'utérus et les mamelles , Paterson et Cormack ont aussi consedlé l'apidication de sinapismes sur celles-ci ; mais comme en même temps ils ont généralement employé d'autres moyens, tels que le fer, l'arsenic, le manganèse, les bains de siège chauds, on ne voit pas trop auquel doit être attribué le succès. Nous croyons que la seule application de moutarde sur les mamelles aurait une inlluence médiocre sur l'aménorrhée [BvU. dethérap., "1854, t. XLVI).
L'emploi du sinapisme ou du cataplasme sinapisé contre diverses espèces de douleur est devenu tellement banal, qu'il faut bien que l'expérience l'ait jusqu'à un certain point justifié. 11 est vrai que ce moyeu calme parfois des douleurs névralgiques ou rhumatismales, mais moins souvent qu'on le dit. D'abord, le calme n'est généralement pas durable, lorsque la douleur est violente, et mèmedans ce dernier cas la moutarde l'exalte quelquefois. Ensuite, la moutarde triomphe plutôt des douleurs musculaires; exemples, la pleurodynie et le lombago, souvent soulagés par son application ; les douleurs siégeant dans les articulations lui résistent davantage. En faisant succéder à l'action d'un sinapisme l'apjjlicatiiui immédiate d'un cataplasme laudanisé ou d'une pommade belladonée, j'ai fréquemment obtenu la disparition complète d'un point douloureux ; ce (loul)le moyen réussit mieux, en tout cas, que le sinapisme seul. Nélaton a guéri ra|)idement par des sinapismes la crépitation douloureuse des tendons {.lonrn. de méd. etdechir. prat., 1854). On modère, on dissipe même parfois la migraine, la céphalée, mut névralgie occupant divers points du crâne ou de la face , par ua «inapisme aj)pliqné sur la nuque ou entre les épaules.
Les uns explii|uent le> eftets antalgi(|ues de la moutarde par la révulsion, les autres par l'irritation substitutive ; mais le fait, à vrai dire, est plus facile à constater qu'à expliquer.
Van-den-Broeck, médecin de l'armée belge, a employé les pédiluves sinapisés comme moyen abortif des accès de fièvres intermittentes. Une demi-heure avant l'accès, le malade, convenablement couvert et assis près de sou lit, prend le ]iédiduve à une température que l'on maintient pendant sa durée à environ 50 degrés centigrades. Ce bain, continué jusqu'au moment de l'accès, produit une réaction assez vive, une sorte de fièvre artificielle. Le malade, couché ensuite dans un lit bassiné, éprouve une légère diaphorèse, suivie d'une apyrexie complète. Ce traite-
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mont aurait réussi à peu près dans les deiu tiers des c is (Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1854).
La farine de moutarde noire a été employée en gargarisme contre Fungine cedémaleuse. Caziu dit en avoir retiré de grands avantages dans les angines loiisillaires manifestées plutôt par lo gontlement que par la douleur et l'inflammation; il fait délayer la moutarde dans de l'eau miellée, et donne à ce gargarisme uu degré de force proportionné à l'état local : soit de 15 à 50 grammes de moutarde pour 250 de véhicule. Lorsque le malade ne peut se gargariser, Cuziu louche avec uu collutoire à la moutarde les parties tuméfiées. D'après ce médecin l'action locale de la moutarde aurait pour effet de contracter la luette, de dégoailer les amygdales, de provoquer une sécrétion abondante de salive et de mucosités, qui vient aussi contribuer au dégorgement ; mais eu même temps elle rougit et endolorit les amygdales. C'est donc une médication pou laite pour plaire auv irialades, en admettant qu'elle ait réellement de l'efficacité. L'initiative de ce mode de traitement est attribuée par Cazin i!i Rivière; mais elle remonte bien pins haut; car Pline indique, contre le gonflement de la luette, un gargarisme fait avec la moutarde, le miel et le vinaigre {loc. cil). C'est Macartanqui aie plus préconisé cette manière de traiter l'angine, mais en y employant de préférence la moutarde blanche.
Oiiclipies médecins ont renouvelé de l'Antiquité, peut-être sans s'en douter, l'ap|ilication de la moutarde, soit comme substitutif, soit comme parasiticide, aux alfictions c\itanées ; les avantages douteux de ces tentatives autorisent ;i n'en faue ici que la simple mention.
Usage interne. La semence entière de moutarde noire n'est plus usitée aujourd'hui, comme laxatif, à l'intérieur, ayant été supplantée par la moutarde blanche. ÎS'éanmoins, dans les cas où celle-ci resterait inefficace, on pourrait encore recourir à la première, tout en surveillant la pos.>*ibilité d'effets trop irritants; on l'essaierait, par exemple, contre les constipations dues à une inertie absolue des julcstins, telles que celles que l'on observe chez les sujets paralytiques.
I.a poudre de moutarde noire, d'après Caziu, agit comme vomitive avec promptitude, ce qui peut la rendre fort utile à la campagne, dans un cas pressant, lorsqu'on n'a pas sous la main du tartre stibié ou de l'ipécacuanha. Nous ne voyous que les cas d'empoisonneuient où, faute de mieux, l'on soit autorisé à tenter l'action vomitive de la moutarde, dont la certitude et la constance, d'ailleurs, ne nousparaissent pas sulfisamment prouvées. En toute autre circonstance, unvountil' "qui n'agit qu'au prix d'une smapisation de la muqueuse gastrique, ne saurait être consedlé.
Caziu considère la semence de moutarde noire comme pouvant remplacer tous les autres antiscorbutiques. 11 rappelle que Hay, pendant le siège delà Rochelle, sau\a un grand nombre d'individus des atteintes du scorbut, en leur donnant de la poudre de moutarde mêlée à du vin blanc. Il emploie lui-même, soit le vin, soit la bière, où l'on fait macérer de 15 à 30 grammes de semences de moutarde, -et donne l'un ou l'autre à la dosede 50 à 100 grammes. Il parait préférer la bière sinapisée, dont il rapporte des effets merveilleux sur les dilférents symptômes du scorbut.
Callisen dit avoir traité avec succès par la poudre de moutarde à haute dose les fièvres putrides et adynamiques. Dans ces fièvres, Savy, de Lodève, dit s'être également bien trouvé de l'administration d'une décoction de moutarde (ibgramîïiespour 750 d'eau), donnée par demi-tasse. L'usage de cette décoction a réussi
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à Caziii dans une épidémie de lièvre mucoso-piitride vormiiieuse {op. cit.). En somme, d';i|)rès ces auteurs et quelques auires, la moutarde, comme stimulant général, pourrait avoir quelque influence sur les phénomènes d'adynamie et de prostration ([ne présentent, les fièvres graves ; mais on ne peut s'empêcher de redouter son action irritante sur les voies digestivessi souvent comproniisos dans ces lièvres; aussi n'est-ce pas là un moyen, malgré sa simplicité et soncconomie» queTon puisse espérer d'y vulgariser.
L'application de la moutarde au traitement des fièvres intermittentes restera, comme la précédente, dans la catégorie des tentatives hasardeuses qui trouvent peu d'imitateurs. Quoique cette semence puisse avoir ici des effets analogues à ceux des poivres, il n'est guère probable, aujourd'hui surtout ([u'on dispose d'antipérindiqucs plus fidèles, qu'on renouvelle la prati(|ue de Bergius qui administrait jusqu'à 4 et 5 cuillerées de graine de moutarde pendant l'apyrexie des lièvres intermittentes. Caziu aessayéce prétendu fébrifuge ctl'a trouvépcu efficace.
Il n'y aurait aucun intérêt à rappeler ici d'antres applications peu probantes de la moutarde à diverses maladies : aux hydropisies, par exemple, où Mead, Marie de Saint-Ursin, Van lîhyn l'auraient vu agir comme diurétique; aux paralysies, contre lesquelles Swcdiaur la conseillait à cause de ses propriétés stimulantes. Eu. définitive, sauf dans certaines constipations opiniâtres, et, en considération de l'autorité de Cazin, dans le scorbut, nous ne voyons [jasquela moutai'de noire puisse être sérieusement utiliséedans la thérapeutique interne. Nous ne manquons pas de stimulants qui produisent d'aussi bons effets, sans faire courir le risque d'une inflammation inopportune de la muqueuse digestive.
Doses et modes d'administiiation. 1" A Vextérieur : la moutarde noire ne s'emploie qu'après avoir été préalablement pulvérisée; sa poudre on farine ^'emploie |iure, ou bien délayée, soit dans un liquide, soit dans une pâte, à des degrés divers de concentration.
On saupoudre d'un peu de farine de moutarde l'intérieur des bas ou des chaussettes, tantôt poin- combattre la frigidité constante des extrémités inférieures, tantôt pour rappeler une sueur pédieusc dont la disparition porte attehite à la santé. Chez les enfants, pour leur éviter l'activité trop grande des sinapismcs, on enveloppera les extrémités inférieures jusqu'au genou avec de la ouate dont la. surface d'application aura été préalablement saupoudrée légèrement de farine de moutarde ;j'ai souvent conseillé avec avantage, contre les convulsions, contre les congestions vers la tête ou la poitrine, ce moyen d'une douceur relative, mais dontil faut néanmoins surveiller l'action; la révulsion est alors doublement effectuée parla moutarde, agent d'irritation, et par la ouate, agent de caléfaction et de diapborèse.
Aujourd'hui que les conditions de production de l'essence de moutarde sont parfaitement connues, et que l'on sait que l'eau seule, à une température donnée, détermine la mise en liberté du principe actif de cette semence, il est inutile d'insister sur les motifs qui doivent faire repousser le vinaigre comme moyen de délayer la farine de moutarde. Nous constatons cette exclusion, justifiée par les expériences chimiques et cliniques, et nous renvoyons ceux qui voudraient connaître dans leurs détails les résultats intéressants de ces dernières, au Traite de matière médicale et de thérapeutique de Trousseau et Pidoux, dans lequel cette étude est présentée sous une forme aussi judicieuse que convaincante. En résumé, le lait acquis se déduit de ce principe, que toute substance, toute circonstance qui entravent les fermentatious, s'opposent à la fermentation myronique et consd
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quemmcnt à la production de l'essence de moutarde; pour l'obtenir, il faut donc se placer dans les conditions qui lui sont, favorables, et c'est à quoi l'on arrive en employiint l'eau tiède, c'est-à-dire à une température de 30 à 40 degrés centigrades, pour délayer la farine de moutarde,
La pâte faite avec l'eau froide est moins propice au développement de l'htiiio essentielle; mais appliquée sur la peau, elle se met bientôt en équilibre de température avec celle-ci ; de sorte que, après un léger retard, elle manil'este la niènic activité que si l'on avait employé tout d'abord de l'eau tiède. Dans un cas pressant, il n'y aurait donc pas à liésiter de se servir d'eau froide, si l'on n'en avait pas de tiède à sa disposition.
La pâte sinapiqnc ainsi formée et façonnée avec du linge comme im cataplasme, constitue ce que l'on nomme un sinapisme. C'est de ce procédé ou d'autres analogues, également extcmporaués, que nous avons à nous occuper dans cet article, réservant pour le mot SiiNai'Isjie l'examen des préparations pbarmaceutiques officinales récemment proposées pour produire la sinapisation. Mais nous pouvons ■dire ici par avance, sans méconnaître les avantages incontestables de ces pré[)ar;ilions, qu'elles ne feront jamais disparaître complètement de la pratique le sinapisme vulgaire, extemporané, et surtout qu'elles ne peuvent se prêter auxsinapisations lentes et mitigées, dont nous avons parlé à propos de la poudre, et que fou |)cntaussi obtenir avecles cataplasmes sinapisés, dont il vaètrequestion tout à riieiire.
Le sinapisme pur produit rapidement et dans toute leur intensité les plicnomènes pliysiologiques précédemment décrits. 11 est bon de le recouvrir av-c une gaze, à travers laquelle sou principe actif non agit pas moins, afin de ne laisser, lorsqu'on l'enlève, aucune parcelle de poudre de moutarde en contact avec la peau. ill serait bon également de laver toujours avec un peu d'eau la surlacesur laquelle ■on vient de faire une application sinapique ; cette précaution prévient beaucoup d'irritations et de douleurs ultérieures.
Lorsque Ton demande à la moutarde une action plus douce et en même temps iplus prolongée, on mélange une certaine quantité de farine de moutarde avec la pâte d'un cataplasme émollient, ou bien on saupoudre ce cataplasme avec de la ifarine de moutarde. Ces cataplasmes sinapisés agissent plus lentement, produisent beaucoup moins de douleur, généralement aussi moins de rubéfaction; ils ipeuvent être laissés en place plusieurs heures, occuper de plus grandes surfaces, •et ils conviennent dans les cas où l'on veut obtenir une révulsion moins active, mais plus prolongée et plus étendue ; ils sont aussi mieux applicables aux enfants que les sinapismes purs.
Les pédiluves sinapisés se préparent en délayant d'abord avec de l'eau tiède de la farine de moutarde à la dose de 50 à 100 grammes , de manière à faire une bouillie claire ; on recouvre ensuite le vase avec un linge pendant quelques minutes, on ajoute en dernier lieu la quantité d'eau nécessaire pour faire, soit un bain de pieds, soit un bain de jambes, et aussitôt après l'immersion des extrémités inférieures, on recouvre de nouveau la baignoire avec un linge, afin de concentrer la révulsion etd'éviter de la compromettre en laissant monter au visage du sujet la vapeur d'eau et les particules d'essence ; l'eau employée doit être à 36°, 40" au plus, et l'on doit d'autant plus s'abstenir de l'avoir trop cliaude, qu'elle diminuerait ainsi le développement de l'essence de moutarde et que c'est moins par sa température que par l'actionirritante de l'essence que le remède est appelé à apir. La durée d'un pédilnve sinapisé est de dix miimtes, quinze au plus; trop prolongé et en même temps pris à une trop haute température, il détermine
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unfi réaction, avec chaleur gcnérnle et diapliorèse, qui lait reiluer le sang vers Jes extrémités supérieures ; avant cet effet réaclioniiel ou dès qu'il est pressenti, les pieds doivent être retirés du bain, sous peine de voir celui-ci perdre son efficacité, sinon même révéler quelques inconvénients. Les pédiluves sinapisés exercent leur action révuUive sur une plus large surface que les sinapismes; mais ceux-ci sont plus faciles à mfinier , accusent davantage leur action irritante, et limitent mieux la réaction; ils peuvent enfin être employés dans des circonstances où le pédiluve est impossible.
Les mamduves sinapisés se préparent, avec une moindre dose de farine de moutarde, de la même manière que les pédiluves.
Les grands bains sinapisés se font avec une dose de farine de moutarde qui varie de 500 à 1,000 grammes pour les adultes; la dose est naturellement beaucoup moindre pourles enl'ants. Comme pour les pédiluves, on délaie préalablement la moutarde avec un peu d'eau. Peu de temps après l'immersion dans un grand bain sinapisé, les malades éprouvent une cuisson très-vive ou un frisson violent; l'un ou l'autre, et quelquefois l'un et l'autre, s'observent. Il est même assez étrange, disent Trousseau et Pidoux, àqui nous devons ces remarques intéressantes, que, sous l'influence de la sinapisation , la sensation de froid se produit parfois si violente et si douloureuse, que les malades la comparent à la coupure de la peau par des couteaux de glace ; ils doivent être retirés du bain dès que ces sensations sont intolérables, et eu tous cas, dix minutes au plus après leur apparition. Bonfils, qui a fait une bonne étude des effets physiologiques des bains sinapisés, partage ces effets en deux groupes successifs: d'ahord phénomènes convulsifs d'algidité et ensuite phénomènes de sinapisation. Ces bains ne seraient donc pas seulement des l'ubéfiants généraux, mais encore des agents perturbateurs puissants du système nerveux.
2" A Vintérieur, la graine de moutarde noire s'administre à la dose de 1 ou 2 cuillerées à café, de 1 cuillerée à bouche, comme laxatif; la poudre, depuis 1 cuiller à café jusqu'à 1 cuiller à bouche, dans un verre d'eau, comme vomitif.
Pour les autres modes d'emploi, nous renvoyons à ce qui a été ditcn traitant de son usage interne. Nous ne disons rien de Veau distillée de moutarde, qui pourrait convenir intiis et extra , mais qui est restée jusqu'ici à peu près sans emploi.
Il nous reste maintenant à envisager à part les propriétés et les modes d'emploi de\" huile grasse et de ïhuile essentielle de moutarde noire.
A. L'huile grasse ou huile douce de moutarde présente des propriétés laxatives analogues à celles de l'huile de ricin. Elle a été employée pour purger par Boerhaave, par Gullen; Julia-Fontenelle lui a trouvé aussi des propriétés anthelmintiques. Gazin la regarde, à ces deux titres, comme un bon remède à la portée des pauvres.
Cette huile oppose une résistance considérable ii l'action oxydante de l'air et à l'influence du froid; cette double propriété, qui lui permet de se conserver sans rancir et sans se figer, la rend précieuse pour l'horlogerie.
B. L'huile volatile ou essence de moutarde a été conseillée à l'intérieur, dans des potions excitantes, à la dose de une à quatre gouttes. On pourrait également la substituer à la farine de moutarde dans divers cas oîi Ton a cru pouvoir employer celle-ci à l'intérieur; il faudrait alors n'en administrer que des doses excessivement faibles et très-diluées dans un liquide mucilagineux, afin d'éviter une action trop irritante sur la muqueuse gastrique. Wolf conseille et foi'mule
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ainsi une émuhion d'essence de moutarde y à prendre par cuillerées toutes lés heures, contre l'anorexie produite par un embarras gastrique : essence de moutarde, lu centigrammes; gomme arabique, 15 centigrammes; sucre, 8; eau de fenouil, 180.
L'essence de moutarde paraît être l'une des substances qui paralysent le plus énergiquement les fermentations. Un viticulteur m'a assuré qu'il suffit de quelques gouttes de cette essence dans une masse considérable de moût de raisin pour entraver la fermentation alcoolique; ce serait, d'après lui, un moyen de fabrication des vins doux, en conservant une forte proportion de sucre et; en diminuant la production d'alcool. C'est à cette essence que la farine de moutarde, délayée dans l'eau, doit la propriété d'enlever leur odeur aux vases qui ont contenu du musc, de l'assa-fœtida, du camphre, de la térébenthine, etc., et à ces substances elles-mêmes. Les piopriétés désinfectantes et ontifermentescibles de l'essence de moutarde pourraient peut-être trouver leur application en hygiène et en thérapeutique.
L'essence de moutarde appliquée sur la peau la désorganise immédiatement. Ce ne pourrait être qu'un caustique dangereux et, en tous cas, éminemment douloureux. Aussi ren)|iloie-t-on à l'extérieur suffisamment étendue, afin den'oblenir que des effets rubéfiants et tout au plus vésicants. Ainsi Faurc a pioposé, pour lotion irritante ou comme rubéfiant, agissant à l'instant même, I» solution d'une partie d'essence de moutarde dans vingt d'alcool à ^'o°. L'action de ce rubéfiant, que l'on applique en imbibant un morceau de linge ou de 11anelle, serait plus prompte, plus certaine et plus facile à apprécier que celle du sinapisme ordinaire. Ileusler préconise une eau distillée alcoolique de moutarde {Bull, de thér., 18-49, t. XXXVIl, et 1848, t. LIV) ; des compresses imbibées decette préparation produiraient, selon lui, les mêmes effets que les sinapismes. Cet hydralcoolat a été également préconisé, comme liquide sinapisant, par Nées d'Esenbeck et Eberniayer. Cazin conseille un mélange de 4 grammes d'es* sence de moutarde avec un demi-litre d'eau, à employer comme un rubéfiant ou un excitant d'une grandt- puissance ; on l'emploierait sous forme de frictimis dans la paralysie, l'anaphrodisie, et dans tous les cas oîi une forte excitation serait nécessaire. Ce dernier auteur conseille également, contre les affections rhumatismales, une pommade rubéfiante compo^ée de 2 grammes d'essence de moutarde et 45 d'axonge. Une autre pommade rubéfiante, recommandée pour frictions par Yan den Corput, contient 2 grammes d'essence pour 50 d'axonge..
Grimault conseille, sous le nom de sinapistne liquide à la glycérine, le mélange suivant : glycérine, 12 grammes; amidon, 10; essence de moutardn, 10 gouttes. Agiter au moment de l'emploi. Une couche mince de ce mélange, étendue sur du taffetas gommé, sur une pièce de linge, sur un morceau de papier collé, suffit pour établir une révulsion aussi énergique et plus prompte que celle que procure la meilleure moutarde {Bull, de thér., 1860, t. LVIll).
Gubler a employé avec beaucoup d'avantage, et sur une grande échelle, l'essence de moutarde dans la dernière épidémie de choléra, pour obtenir la rubéfaction, et répondre par là à l'indication de stimuler la périphérie et de calmer les crampes. L'essence était dissoute, soit dans l'alcool, soitdansl'huiled'amandes^ douces, dans la proportion de 1 gramme pour 10, 12 ou 15 de véhicule. L'huile a sur l'alcool l'avantage de mieux retenir l'essence, ce qui en rend le maniement plus facile. La solution s'applique à l'aide d'un pinceau de charpie sur la partie qu'il s'agit de rubéfier, et que l'on recouvre aussitôt après avec du taffetas cir^
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ou du papier iiuilé, pour enipeeiier l'évaporalion. Ce procédé de siMa[);s:ition est ra[mie, certain et exempt d'inconvénients. Pour obtenir à coup sûr et proiuptement ua vésicatoire, Gubler emploie l'essence sous une forme plus concentrée, par exemple, 1 gramme dans 5 grammes seulement de véhicule {Comment. Ûiérap. du Codex).
Réveil a conseillé des bains rubéfiants qu'il ibrinule de la manière suivante
AUULTKS. ENFANTS.
Essence de moutarde 10 grammes. 4 grammes.
Pi\M>,\ à S.j° • 200 — 100 —
Lessive des savonnicr.s 2 gouttes. 1 goutte.
^raul^ionl)e/c ci ajoiiiez
li:m 250 liires. 100 litres,
On plonge le malade dans de l'eau tiède (50° à 53") ; on ajoute le mélange rubéfiant et on couvre la baignoire avec un grand linge. Ces bains doivent être de très-courte durée; ils sont employés toutes les fois qu'il s'agit d'exciter la pean, de bâter la circulation, d'augmenter la cbaleur animale, comme dans la ])érlode algide du cboléra, dans les convulsions prolongées des enfants, à la dernière période, etc. A défaut d'essence de moutarde, on peut la remplacer par ôOO grammes de i'arine fraicbe pour les eiillints et lOUOgrammes pour les adultes Formulaire des médicaments nouveaux).
1° Moutarde 1!Lanche. Action physiologique. La graine de moutarde blanche, beaucoup moins irritante et moins active que celle de la moutarde noire, doit ses propriétés, principalement à une matière acre non volatile, et accessoirement à du mucilage,, de l'huile grasse et un peu de résine. Cet ensemble constitue une substance qui, à dose modérée, stimule doucement le tube gastroinlestinal et e.xcite les fonctions digestives, en favorisant ultérieurement l'exonération des décbets alimentaires. Elle agit donc à la l'ois comme stomachique et comme laxatif. En outre, CuUen a remarqué en elle quelques propriétés diurétiques, et Macartan lui a reconnu une action sialagogue. A hautes doses, elle peut irriter la muqueuse digestive, tant par l'excès du principe acre que par l'accunmlation des graines dans les anses intestinales ; alors aussi elle peut, si son action est concentrée sur l'estomac, déterminer le vomissement.
Les semences de moutarde blanche sont ordinairement administrées entières, et elles sont rendues avec les garderobes telles qu'elles ont été ingérées. Il semble donc au premier abord qu'elles n'agissent que comme corps étranger. Mais il paraît que le principe acre traverse leur épisperme, et vient prendre une part active dans l'excitation de la muqueuse et des fibres intestinales. Pour s'en assurer, Henri Caziu a fait macérer dans de l'eau tiède des semences de moutarde blanche, et il a vu que, au bout d'une heure, l'eau avait acquis une saveur assez piquante. Ces semences agissent donc à la fois comme corps étranger et comme excitant spécial. Un sait aujourd'hui que le principe acre fi.xe de la moutarde blanche n'y préexiste pas, et qu'il se forme sous l'influence de l'eau qui traverse par endosmose l'épisperme, et suscite une l'ermentation analogue à celle qui, dans la moutarde noire, développe l'huile essentielle {voy. P(iar.macologie). On favoriserait donc la formation du principe acre excitant, et l'on augmenterait vraisemblablement, ainsi que Gubler le fait remarquer, l'activité de la moutarde blanche, en la concassant légèrement avant de l'administrer, et l'on pourrait alors l'administrer à moindre dose. Alors aussi on pourrait mieux compter sur rjutervention des matières grasses et mucilagiueuses qu'elle contient, matières
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qui viendraient adoucir l'aclioii irritante du principe acre et contribueraient aussi aux eflets laxatifs.
Pour obtenir l'effet vomitif, du moins avec plus de rapidité et de certitude, il est bon que la moutarde blanche soit préalablement pulvérisée.
Action thérapeutique. Cullen a signalé le premier, en 1789, l'emploi empirique que l'on foisiiit en Ecosse, depuis une cinquantaine d'années, de la graine de moutarde pour combattre la constipation. Mais ou employait alors aussi bien dans ce but la moutarde noire que la blanche; Cullen ne recommande pas l'une plutôt que l'autre, et il attribue aux deux les mêmes effets laxatifs, dont il rend du reste bon témoignage. Ce ne fut que plus tard et particulièrement de nos jours que l'usage des graines de moutarde blanche prévalut, justifié d'ailleurs par leur action moins irritante.
D'abord, en 1809, Macartan rappela l'attention sur la moutarde blanche, mais en l'envisageant sous le rapport le moins pratique, c'est-à-dire en lui attribuant des propriétés contestables, et en lui prêtant les indications thérapeutiques les moins confirmées par l'expérience. Ainsi il la conseillait à l'intérieur dans le rhumatisme, les fièvres intermittentes, et sous forme de gargarisme contre les angines graves. De pareils modes d'application, dont l'utilité était plus que douteuse, ne pouvaient accréditer la moutaide blanche. De 1822 â 1826, John Taylor ramena la question à son point de départ. Ayant éprouvé sur lui-même les bienfaits de la moutarde blanche contre des troTibles prolongés de la digestion, il se voua à la vulgarisation de ce remède, qui acquit bientôt une vogue extrême, et devint un moment, non-seulement le stomachique et le laxatif de prédilection, mais encore, le charlatanisme y aidant, une panacée de tous les maux. De toutes les propriétés attribuées à la moutarde blanche, il n'est resté hors de contestation que celles primitivement reconnues par Cullen et vérifiées en France par Fouquier, consistant à stimuler légèrement les intestine et à faciliter les évacuations alvines. En activant un peu les fonctions de l'estomac, elle ohvie aussi aux digestions laborieuses. Elle ne purge pas, c'est même plutôt un simple évacuant qu'un laxatif; car elle ne donne généralement lieu qu'à des garderobes naturelles, qu'elle provoque sans douleur et sans flitigue ; il y a en cela un avantage dont ou peut faire profiter les gens habituellement constipés, en leur évitant des purgations qui pallient plutôt momentanément leur infirmité qu'elles ne la guérissent. Trousseau et Pidoux disent avoir constaté que la graine de moutarde blanche réussit surtout chez les hémorrhoïdaires. Cazin la regarde comme le meilleur moyeu contre la constipation qui accompagne la chlorose ; elle combat en même temps la débilité des voies digestives et les flatuosités qui fatiguent les chlorotiques.
Cette graine est donc acceptée par les médecins comme un assez bon moyen de combattre la constipation due à l'atonie intestinale, mais non celle qui coïnciderait avec un état phlegmasique de l;i muqueuse digestive. Gubler recommande aussi de s'en défier à la suite des typhlites, des périty[ihlites et des pelvi-péritonites, ayant pu laisser des adhérences et d'autres obstacles mécaniques à la contraction intestinale, ce qui favoriserait l'introduction et l'accumulalion des corps étrangers dans l'appendice du ca?cuni.
L'opinion populaire accorde en outre à la moutarde blanche une action dépurative, dont Trousseau et Pidoux admettent la réalité. D'après leurs expériences personnelles, celte action s'exercerait puissamment dans les maladies cutanées et dans les rhumatismes chroniques. Ils l'expliquent, tant par une dérivation nio-
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•dérée sur la membrane muqueuse du tube digestif, que par l'intervention du principe sulfuré, commun à l;i moutarde et à la plupart des autres crucifères, lequel modifierait le sang, et, par suite, tout l'organisme. Ces auteurs, attachajit moins d'importance à l'explication qu'au fait, estiment que les propriétés dépuratives de la moutarde blanche sont trop peu appréciées, et appellent sur elles l'attention des praticiens.
Cazin dit que le vin ou la bière de moutarde blanche lui a réussi dans l'anasarque et l'œdème exempts d'irritation phlegmasique des voies digestives. Il s'en est également bien trouvé dans les cachexies qui suivent les fièvres intermittentes automnales, et dans les catarrhes chroniques, surtout dans celui de la vessie, lorsqu'il y a engouement de matières muqueuses s'opposant mécaniquement à l'émission des urines, sans irritation active.
Doses et modes d'administration. La graine de moutarde blanche, entière, s'administre à la dose de une ou deux cuillerées à bouche, le matin à jeun, au commencemmit des repas, ou le soir au moment du coucher ; on en continue l'usage pendant plus ou moins longtemps ; l'ingestion sinuiltanée de quelques gorgées de liquide en facilite la déglutition.
Si l'on préfère la graine concassée, la dose sera d'une cuiller à café au lieu de la cuiller à potuge.
Eu Angleterre, on emploie la poudre de moutarde blanche comme vomitif, •délayée dans une pinte d'eau, depuis la dose d'une cuillerée à café jusqu'à celle d'une cuillerée à potage ; ce vomitif serait, dit-on, particulièrement utile dans les cas d'empoisonnement.
Bromatologie. Les sinapis nigra et alha fournissent à l'art culinaire dos épices qui sont, non-seulement les semences, mais aussi les fleurs de ces plantes. Ces parties, associées à divers aromates, forment la base de la moutarde de table, dont la composition varie selon les pays, selon la recette des fabricants ou le goût des consommateurs. Les moutardes communes sont généralement faites avec les semences de moutarde noire; par suite, elles ont beaucoup plus de piquant, plus de montant. Tant par économie que par simplicité d'approvisionnement, on se sort aussi, à bord des navires, de la poudre de semences de moutarde noire, que, cxtemporanément, on délaie et on broie avec du vinaigre. Ce mode de préparation donne un produit fort excitant et même un peu irritant ; car la proportion plus ou moins considérable d'eau qui dilue l'acide acétique dans le vinaigre ordinaire, permet à une petite quantité d'huile essentielle de se développer. Ce genre de condiment ne conviendrait certainement point aux estomacs délicats ; mais tel quel il n'en est pas moins bien supporté par les matelots, dont il stimule les forces digestives en présence d'aliments souvent lourds et indigestes; ils y puisent peut-être en outre le bénéfice des propriétés autiscorbutiques que nous avons vu attiibuer auv semences de la moutarde noire.
Les bonnes moutardes de table sont faites, les unes avec la fleur de moutarde noire, les autres avec la graine de moutarde blanche. Les premières sont plus piquantes ; les secondes sont plus douces, et conviennent aux personnes dont le goût répugne aux fortes épices et dont l'estomac est irritable.
Les aromates que l'on ajoute à la moutarde sont le gingembre, le gérofle, l'estragon, le citron, la cannelle, l'ail, parfois des anchois, des truffes, etc. Enfin ces divers ingrédients ont pour véhicule ordinaire le vinaigre.
Ces mélan-ges en somme, à la condition, bien enlendu, de ne pas contenir en excès de principes irritants, ne constituent pas un condiment aussi incendiaire
'252 MOUTARDE (emploi médical).
que quelques hyjiiénistes tinioiés l'ont prétendu. La moutarde en est bien le principal mais non l'unique élément, et elle n'y intervient pas par le principe dont on pourrait le plus redouter l'action irritante, du moment que la semence de moutarde noire est écartée de la préparation. S'il en était autrement, si l'essence de moutarde entrait i;our une notable proportion dans ce condiment, celuici ne mériterait plus d'être amnistié aussi facilement des reproches qui lui ont été adressés. Dans les raoulanles l'ortes, dans les moutardes anglaises entre autres, il se pourrait que la Heur de moutarde noire permît le dégagement de quelques molécules d'huile essentielle ; en outre, l'abus du gingembre, qui y est fait souvent, peut contribuer à les rendre irritantes à l'excès. Ce ne sont pas de telles préparations qui se recommandent pour l'usage habituel ; tout au plus peut-on en excuser l'emploi chez les créoles énervés par un climat torride, ou l'admettre momentanément pour vaincre une anorexie absolue, une atonie s!0' macalc extrême et persistante, en l'absence, d'ailleurs, d'inflammation appréciable de la muqueuse digestive. Mais les moutardes douces comme celles que nous consommons généralement en France, offrent au contraire plus d'avantages que d inconvénients.
En effet, c'est un assaisonnement de nos mets, qui relève la fadeur des uns, qui facilite la digestion des autres. Sa principale propriété paraît être d'exciter, à la .•surface du tube digestil', la sécrétion des sucs destinés à la dissolution des aliments. La moutarde doit donc accompagner de préférence les substances dont l'assimilation est lente, difficile, ou qui même se montrent plus ou moins réfractaires à l'actioii des forces digestives, telles que les charcuteries, les viandes salées et fumées, l'anguille, le homard, etc. En pareilles circonstances, et sous l'influence de ce stimulant, une hypersécrétion de suc gastrique, un surcroît d'activité stomacale, triomphent des qualités indigestes de l'aliment ingéré. Mais grâce à sa composition complexe, la bonne moutarde condimentaire ne fait pas seulement appel aux humeurs digestives ; elle tonifie aussi les plans musculcux au tube gastro-intestinal, prévient ou combat les pneumalnses à la manière des carminatits, et favorise les évacuations alvines à i:n moindre degré sans doute que les semences de moutarde, mais en produisant cependant quelque peu de leur mode d'influence sur les fonctions intestinales. C'est un bon conseil à donner aux sujets habituellement llatulents et constipés, que de les engag-^-r à user largement de la moutarde à leurs repas.
Il en est de la moutarde comme de tous les condiments : une disposition particulière du goijt la fait rechercher par les uns, repousser par les autres, mais les premiers sont évidemment les plus nombreux. Les individus qui la recherchent le plus et qui d'ordinaire prisent en même temps les sortes les plus sapides et les plus piquantes, sont ceux dont le palais est affadi, émoussé par les boissons alcooliques et par le tabac fumé ou chiqué ; ces genres d'excès diminuant en outre leur appétence et les rendant plus ou moins dyspeptiques, ils demandent à la moutarde un triple stimulant pour l'impression gustative, pour l'appétit et pour l'accomplissement du travail digestif. Ce condiment convient é^alenient dans les autres cas d'anorexie, de langueur, de paresse des fonctions digestives; il éveille l'appétit et l'entretient pendant les repas; il agit comme stomachique pendant la digestion. A l'occasion, il pourrait devenir un remède pour ceux qui n'en font pas un usage journalier. C'est un bon moyen pour rendre aux convalescents de l'appétence pour les aliments. Toute irritation gastrique, à laquelle les stimulants seraient contraires, en contre-indiquerait naturellement l'emploi;
AIOUTIERS (eau mère de). 255
nous avons à peine besoin d'ajouter que l'abus de cet excitant est pfgiuliciable comme tous les ;ibus.
Le nom de moutarde vient de musLumardens, parce qu'on fabriquait aiUicfois Lette composition coudimentaire avec la farine de la graine du sinapis nigra et du moût de raisin, Di'Lioux de S.wiGiSAC.
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MOsL'TARaBER, GSSA?^'» MOlLTARfflSER, MOtTARDliËiS. «K SÉW^KD. ■Xoms donnés par Paulet à un Cbampignon de grande taille (|ue Léveillé a rapporté à V Agariciis sinapizans Fr. Recueilli dans la forêt de Sénard, il a été l'objet d'expériences faites par Paulet sur des cbiens ; le vomissement a été le seul effet obtenu sur eux deux heures après l'ingestion d'un de ces Agarics. Orlila a cilé cette expérience qui n'a du reste rien de bien concluant {voy. Paulet, Traité des Champignons, t. II, p. 187; et Orfila, Traité des Poisons, 1815, t. II, p. 49). J. DE S.
MOUTIERS (Eau mère de). Lorsque nous parlerons des eaux minérales de Samïns (Savoie), nous ferons connaître les ressources balnéotbérapiqucs de cette station thermale, qu'il a été un moment question de transporter à Moutiers, dont elle nest distante que de 700 mètres.
Nous ferons au mot Salins (Savoie), la description de ses sources, l'installation de son établissement et les propriétés physiologiques et curativesde ses eaux hypcrthermales chlonirées, sodiques fortes, bromo-iodurées. Nous nous contentons d'esquisser ici comment on obtient l'eauniièrc de Moutiers.
Moutiers, dans le département de la Savoie, chet-lieu d'arrondissement, •» 525 me-