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— 10 p. à — Il p. .
Au-dessus de S P. 11 p..
au-ilcssiis de 1922""'
total
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des conscrits
des conscrits
mesurés.
mesurés.
(a et a) Le iioml)re a est artifîciellem
înt grossi aux dépens de œ p.ir
suite des efforts des jeunes
conscrits dont la taille est sur la limite
pour passer du groupe k dan
3 li; groupe'a des e.'cemptés
pour défaut de taille.
(b et c) Pour les mêmes raisons le g
roupe c, dont la taille donne
accès dans les corps d'élite
à plus haute paie (génie et cavalerie lé
gère), est artiliciellemenl gro
ssi au détriment du précé-
deni (b) qui convient poui- l'inlanterie.
' Nous avons dit que nous renvoyons au mot taille le soin de justifier les modifications que la théorie des probabilités nou^ a autorisé à taire subir aux nombres de fait; nous préviendrons pourtant de suite que les irrégularités qu'on remarque dans la succession dos tailles du contingent ont des causes constantes et très-connues: 1° Par cxeinple, ceux qui sont au-dessous de la taille réglementaire, sont plus nombreux que de l'aison par suite des efforts que font les conscrits dont la taille est sur la limite pour se faire déclarer au-dessous de celte limite; 2° Le gi'oupe dont la taille (1G79-1705) donne entrée dans les corps recherchés du génie et de la cavalerie légère, est également surchargé aux dépens du groupe précédent, destiné à l'infanterie; ce sont ces causes constantes qui rompent la régulière succession des nombres, régularité rétablie par le calcul, b'il fallait prouver que les irrégulai'ités les plu.? marquées de cette succession, dans la taille de nos conscrits, sont le fait de causes arlilicielles constantes, et non celui de la nature, il me suffirait de citer la succession suivante em-
que la taille moyenne du contingent est de 1654 millimètres, mais, si l'on ajoute à ce contingent le groupe des conscrits qui en sont rejetés comme trop petits et que l'administration a le tort de donner en bloc, mais que, par un procédé spécial {voy. Taille), j'ai distribués également par groupes de taille comme ceux dont le détail nous est donné , on peut alors déterminer la taille moyemie de l'ensemble des conscrits. Nous avons trouvé qu'elle doit être environ de 1G40 millimètres pour la France entière, et de 1668 pour le département du Doubs que nous avons comparativement calculé à part. Le tableau ci-contre relate les données (jni ont servi à ce calcul ; nous expliquerons, nous légitimerons à l'article Tailll; la distribution théorique des 158 623 conscrits dont la taille est regardée comme au-dessous de la taiJle réglementaire ; ici il ne s'agit pas d'étudier la taille, ni même les procédés de calcul par lesquels on peut espérer de réparer, avec plus ou moins de bonheur, la fâcheuse lacune laissée par l'administration militaire, mais il faut donner une idée juste des qualités et de la signification d'une moyenne typique, ainsi que du surcroît de valeur qu'elle prend lorsqu'elle est accompagnée de la sériation des documents qui ont servi à la former.
16. Dans la première colonne, à gauche, nous avons rapporté la taille de chaque groupe simultanément en millimètres et en pouces de France (27""",07). C'est en effet par pouces que les tailles sont encore relevées et sériées par l'administration militaire qui, malgré la loi française, persévère dans la division par pouces, mais les écrit en millimètres : elle désobéit certainement à l'esprit de la loi, mais elle se llatte d'obéir à la lettre !
Dans les colonnes A et a, nous avons transcrit les relevés de faits, somme de dix années. Dans les colonnes B et b nous avons régularisé, complété la distribution que les données officielles incomplètes et viciées (nous disons en note comment et pourquoi) permettaient pourtant de rétablir avec une très-grande probabilité, probabilité que, parmi plusieurs autres, le document américain cité en note est venu encore augmenter ; et de plus nous avons ramené proportionnellement les nombres à convenir à un total de 100 000. Il est donc entendu que chaque nombre des colonnes B et b de ce tableau indique combien de conscrits, sur 100 000, se sont rencontrés être compris dans les tailles déterminées par la première colonne; ainsi en France, sur un tel nombre
pruntée aux documents américains et relatant la mesure de 25 878 volontaires de l'armée du Nord. Ces mensurations, rangées par groupe de 1 pouce anglais (d'environ 0"',025d) forment en lait, je veux dire sans aucun remaniement, la série suivante, où chaque nombre indiiiue combien, pour 1000 volontaires de toutes les tailles admises, on a trouvé d'hommes de chaque taille, à partir de ■l.U!)™"' ; le premier groupe de a s'applique à ceux dont la taille est au-dessous de 1549,
2, 2, 20, 48, 75, 11?, 134, «59, 140, 121, 80, 57, 26, 13, 5 et 3, Ces 3 derniers au-dessus de lOÔO™"», le groupe central répondant à la laille de 1727-1755 qui comprend la taille moyenne, laquelle est environ de «ïS, avec un écart médian d'environ 34 millimètres ; c'est-à-dire, que la taille de la moitié des volontaires est comprise entre 1716 et 178i millimètres. On voit que cette succession est des plus régulières, et, s'il s'ciait rencontré que la taille moyenne 175 fût le milieu du 8°"° groupe (dont la taille est comprise entre 1727 et 1733 millimètres), au lieu de tomber presque dans l'intervalle du 8°" et t)mc groupe, la symétrie serait presque parfaite. Par exemple, c'est parce que la moyenne, au lieu de tomber au milieu du 8°"^ rang, tombe près de sa limite supérieure, que les nombres de gauche, à partu' du plus grand groupe, sont toujours plus faibles que ceux de droite. Ainsi il parait prouvé que, dans la succession des tailles de nos conscrits, ce sont bien les causes constantes, mais arlilicielles, je veux dire indépendantes de l'organisme humain, qui troublent la régulière succession des nombres, et la théorie ne fait qu'amender ces causes perturbatrices.
4le jeunes gens, il y a au moins 18 260 (c'est-à-dire presque le cinquième et plus du sixième) dont la taille est comprise entre 1625 et 1651 millimètres, les deux limites incluses. La signification de tous ces nombres bien comprise, il :;uffira d'un coup d'œil pour voir que leur loi de succession est la même que celle ({ue nous avons rencontrée dans la détermination de l'ascension droite de la polaire. En efi'et, en nmltipliant chacun des nombres des conscrits par leur
moyenne taille (par exemple 1 8 260 par ou 1638 ; de même 1 5 907
par ô ^^ ^^"^^ ""^ ^^"*^ P'^'^^" ^^^^ ^^^ autres' groupes) et divisant la
somme de ces produits par 100 000, on a la taille moyenne; elle est entre 1639 et 16i0 millimètres, et, en conséquence, se trouve à très-peu près au milieu
du plus grand groupe dont la moyenne taille est ( — ^—^ j ou 1638 millimètres, un peu au-dessus pourtant, et c'est ce qui explique pourquoi le groupe suivant (15 907) est un peu plus fort que le précédent (15 774). On constate ici, comme précédemment, que le nombre des conscrits de chaque taille, soit au-dessus, soit au-dessous de la taille de ce groupe central, va en diminuant très-régulièrement.
17. En outre, en réunissant à ce plus grand groupe celui qui le précède et celui qui le suit immédiatement dans la série, on a la somme 49 941, c'est-àdire environ (à un millième près) la moitié de tous les conscrits mesurés, ce qui signifie qu'en France, il y a autant de chance pour qu'un jeune homme de vingt et un ans ait une taille comprise entre 1598 et 1678 millimètres, qu'une taille en deçà ou au delà. Ces deux nombres limitent donc des tailles que la moitié des sujets examinés ne dépasse ni en plus ni en moins ; aussi quelques auteurs, étendant à un groupe entier la dénomination de probable (médiane de Cournot) qui d'ordinaire ne s'applique qu'à ces limites, appellent-ils probables les tailles comprises entre ces deux limites. Cependant ces tailles ne sont ni plus ni moins probables, mais aussi probables que celles plus grandes ou plus petites qui tombent eu dehors des limites signalées.
18. Quoi qu'il en soit, il résulte de ces faits que la taille moyenne des conscrits français est de près de lfi40 (5 pieds et 6 lignes et demi) avec un écart médian ou probable de chaque côté de la mo;)enne de 41 millimètres et un écart maximum d'environ 280 millimètres*.
En outre de ces connaissances, la régularité de la succession croissante et décroissante des nombres de la sériation B, montre que, sous le rapport de la taille, la nation française, en son ensemble, possède une harmonie remarquable, puisque d'une part la moitié de ses citoyens s'écarte à peine de 4 centimètres de la moyenne générale, et que, de l'autre, les plus grands et les plus petits viennent 5e ranger fort symétriquement autour de ce grand groupe de tailles médianes, pareils aux piliers latéraux d'un monument qui en soutiennent la maîtresse voûte et concourent à l'harmonie générale.
19. C'est cette symétrie que met en lumière la courbe de probabilité de la page suivante qui (faisant pour le moment abstraction de la courbe pointillée) n'est que la représentation graphique de la colonne B du tableau numérique. Les
* Comme l'écart ou limite inférieure de la taille n'est pas donnée jusqu'à ce jour par les mensurations des conscrits, mais présumée sur des raisons diverses, mais contestables, il faut étie très-réservé sur cette limite des plus petites tailles.
DICT. E.NC. 2' s. X. 20
petits trapèzes cc'dd', dd'ee', etc., dont les hauteurs cd,de sont égales, et dont les moyennes des bases ah"\ah'^, sont proportionnelles aux nombres de la colonne B, ont donc des surfaces proportionnelles à ces nombres ; c'est pourquoi celui qui est construit sur le milieu de fi,OB répond au groupe de la taille moyenne comptant 18 260 conscrits, et ce nombre peut être pris pour la surflice du trapèze fl' 4i' le plus élevé de tous; si, à cette aire, on ajoute celle du trapèze qui lui est adjacent \ers la gauche et dont la surface, relativement au précédent,
Hauteur de la taille des conscrits enPiedâ = P et en pouces-^;
est de 15 774, avec celui qui lui est adjacent à droite, et dont la surface est, de même, 15 907, on aura une aire <in S n'a' à très-peu près é,.;alc à la moitié do la surface circonscrite par la courbe continue OSP, et représentant tous ceux des conscrits dont la taille est contenue dans les limites de 1598 et 1678 nùllimètres ; les surfaces adjacentes MSon et MSo'n' sont en rapport avec le nombre de ceux qui s'écartent un peu de la taille moyenne en moins ou en plus sans dépasser l'écart médian qui a pour limite les droites on et o'n'. Cependant, si on poursuit une recherche de même ordre sur chaque département, on rencontre des faits spéciaux souvent curieux et bien propres à montrer combien la mise en série des grandeurs sert à contiôler la moyenne, en détermine mieux la signification et peut étendre le champ des conclusions à tirer de l'investigation statistique.
20. Je rapporterai seulement, à titre d'exemple, ce qui concerne le dépar
tement du Doubs. La taille moyenne de ses conscrits (y compris les réformés pour dél'aut détaille) est de l«69 millimètres, une des plus élevées de France, et située à 29 millimèlres (1669-1640) au-dessus de la moyenne française. Voilà le seul euseignement à tirer des nombres, si on ne s'en sert que pour déterminer la taille moyenne. Mais, si on range ces nombres par ordre de grandeur, on arrive à la distribution de la colonne b dans le tableau de la page 320. Dans cette colonne on constate, contrairement à ce que l'on a vu pour la France, que la taille moyenne (tCfid millimètres) ne répond plus au plus grand groupe des coascrils, il n'en compte que 14 538, alors qu'il en est deux autres, l'un de taille inférieure qui en a 17 061, l'autre de taille supérieure, plus nombreux encore, qui en compte jusqu'à 17 701 . D'ailleurs, au-dessus et au-dessous de ces tailles, les nombres des conscrits de chaque groupe de taille vont régulièrement en décroissant comme dans la France entière.
Pourquoi donc, dans le Doubs, la taille moyenne n'est-elle pas, comme eu France, la taille du plus grand nombre ? Quelle peut êti'e la cause et la signification de cette singularité ?
21. Mais avant d'entreprendre cette recherche, il convient de s'assurer si c'est là un fait constant. Nos chiffres, il est vi'ai, résument une période de dix ans (1851-60), et il est hien vraisemblable que les perturbations accidentelles, les erreurs elles-mêmes, si elles ne sont pas trop considérables, se sont neutralisées. Cependant, pour nous en assurer, nous avons divisé nos relevés en deux périodes, 1851-55 et 1856-60; et, avant tout arrangement théorique, les cinq groupes centraux, qu'il importe de considérer à partir de la taille de 1597 jusqu'à !732 millimètres, nous ont donné (toujours pour 100 000 conscrits) :
En. . . .
En ... .
Ensemble .
Ainsi, dans le Doubs, cet arrangement est constant : toujours le groupe central, formé des conscrits qui se rapprochent le plus de la taille moyenne, c'està-dire qui en diffèrent de moins de \ pouce (15 à 14 millimètres), toujours ce groupe est moins nombreux que celui de taille inférieure ou supérieure d'un pouce. J'ajoute que cet arrangement, poursuivi d'année en année, je l'ai retrouvé neuf fois sur dix ; il faut donc qu'il existe une cause constante pour expliquer un fait si constant.
22. Lorsquej'ai, pour la première fois, signalé cette disposition {Bull, de la Soc. d\intli., 1865, p. 258) , j'en ai conclu que le département du Doubs devait être habité par deux types à peu près aussi nombreux l un que l'autre et notablement différents par leur taille ; l'un plus petit avait une taille moyenne qui ne devait pas être éloignée de 1630 à 1640 millimètres, l'autre une grande taille dont la moyenne devait être assez près de 1700- Depuis, M. le docteur Lagneau, par l'examen des origines ethniques, a donné à cette vue le témoignage des faits historiques, qui nous montrent deux races, les Celtes et les Burgondes, habitant la Franche-Comté. Ainsi, voilà un mélange de mesures concernant la taille de deux races, qui a pu êti'c découvert et analysé sur le bureau et par la seule investigation statistique. Mais ou voit que c'est par la mise en série que cette conclusion a pu être tirée, et que la seule considération de la taille moyenne eût été impuissante à la faire soupçonner.
En outre, on peut voir dans la figure, page 506, que nous avons superposé à la courbe continue s'appliquant à la France, une courbe pointillée ; elle est la traduction graphique de la colonne Bdu tableau numérique (p. 505), couceniant
le départemenf du Doubs. A la première inspection, on y voit que la courbe poiiitillée, par ses deux sommets p et 7, accuse deux moyennes, dont les grandeurs relatives sont données par la longueur des abscisses du point 0 au pied des perpendiculaires abaissées des sommets 6 et 7 sur OP, chacune de ces tailles typique de deux variétés humaines, tandis que la moyenne annoncée par l'aritlimétique, Oa, est une moyenne factice, purement arithmétique, résultante complexe du mélange des mesures des deux types, et que concourent à former, d'une part, les plus grands des conscrits du type le moins élevé, d'autre part, les plus petits des conscrits du groupe ayant la plus haute stature. Le tracé de la courbe pointillée rend parfaitement compte de ce fait : il semble représenter deux courbes de probabilité qui se sont rapprochées et superposées en partie par leur base, mais dont les deux sommets restés distincts dénoncent encore l'existence des deux moyennes typiques.
25. Nous pouvons et devons même généraliser le problème, car il se présente bien souvent aux anthropologistes, et dire que, des mesures étant relevées sur une collectivité dans laquelle on n'a pas soupçonné le mélange des types, on peut, après coup, par la simple élaboration des mesures relevées, découvrir qu'il v a mélange de deux types, si toutefois ce« types entrent dans le mélange en forces à peu près égales, et s'ils sont notablement différents sous le rapport de la grandeur relevée. Pour cela, il suffira de réunir ensemble les valeurs voisines, de manière à avoir des groupes qui, en majorité, renferment un nombre suffisant d'observations (plus ou moins, suivant la précision avec laquelle les mesures ont été relevées ') ; l'arrangement de ces groupes par ordre de grandeurs (comme nous l'avons fait pour les tailles), ou leur traduction graphique par une courbe de probabilité que nous apprendrons à tracer à l'article Probabilité, donnera une solution élégante et curieuse d'un problème qui pourrait paraître insoluble. Dans ce cas la moyenne trouvée par l'arithmétique perd beaucoup de sa valeur, elle n'est plus la traduction approchée de la taille du plus grand nombre, elle n'est qu'un « average », qu'une moyenne-indice, et cède le pas aux vraies moyennes physiologiques, mises en évidence par la sériation des nombres, ou par la courbe de probabilité. Ainsi, cette étude du déparlement du Doubs nous amène à traiter de la seconde moyenne subjective ou moyenne-indice, dont nous avons déjà dit quelques mots (§ 5 et note p. 298).
24. Moyenne-indice, ou average (J.Herschel). Si nous supposons qu'on prenne la moyenne des hauteurs des maisons dans une rue, où ces hauteurs ne soient réglées, ni expressément par l'édilité, ni indirectement par les hauts prix des terrains, aucune loi de continuité ne reliant ces hauteurs, il est manifeste qu'alors, les valeurs ne se grouperont pas suivant l'ordre régulier que nous avons signalé pour les tailles, ordre que nous retrouverions identique pour n'importe quelle grandeur se rapportant à ce groupe typique d'êtres vivants et dont les exemples abondent dans V Anthropométrie de (juételet. Au contraire, dans le cas des maisons on rangera vainement les mesures par ordre de grandeur, il n'arrivera pas que la hauteur moyenne approchée se trouve dans le groupe contenant le plus de maisons,
* La déterminatinn de rintervalle de frrandeiir, ou module, Hélerminanl ces groupes élémentaires de la sériation est un des poiiUs délicats qui se recommandent à ceux qui relèvent les observations. Si le module en est trop étroit, on a des groupes Irop petits et irop soumis aux perturbations accidentelles; s'il est trop large, il en comprend trop et p. r suite il masque les mouvements intérieurs, dus à des causes constantes qu'il peut y avoir intéi'ètà étudier; il ne permet pas de déierminer expérimentalement l'écart probable, ou toute autre limite de probabilité qu'il y aurait intérêt à isoler.
il pourra même arriver que ce soit celui qui eu a le raoius, ou même qu'il n'y ait aucune maison appartenant au groupe de grandeur de la valeur moyenne. C'est, par exemple, ce qui arriverait si la rue avait deux ou trois types de maisons i'ort différents : leur hauteur moyenne pourrait fort bien n'être la hauteur approchée d'aucune des maisons qui auraient concouru à former cette moyenne. Mais, qu'on le remarque, elle n'en serait pas moins la moyenne hauteur des maisons de la rne.
C'est celte moyenne, que .1. Herschel appelle « average »; et si nous connaissions cet « average » ])onr les rues principales de Paris, au douzième siècle, en la comparant avec la moyenne actuelle, nous n'en aurions pas moins un mf/tce précieux poui' l'Iiisloire de Paris.
25. Un grand nombre de moyennes-indices sont en usage d;ms les sciences. Il suffit de signaler PAgè moyen d'une population, la durée de la vie moyenne, la production ou la consommation moyenne, pour que l'on sente que ce ne sont pas là des moyennes typiques, mais des moyennes-indices. En effet, l'âge moyen d'une population, qui, suivant les pays, oscille entre 26 et 31 ans, ne répond pas à l'âge du plus grand groupe de vivants, car ce plus grand groupe est nécessairement constitué par le premier âge, puisque, à partir de celte enlréc dans la vie, la mort va épuisant leur nombre d'année en année.
26. Le côté artificiel de la moyenne apparaît plus nettement encore dans la durée de la Vie moykkne {voy. ce mot) qui. suivant le.'; époijues et les pays, oscille entre 25, 30 et 45 ans (environ 40 ans en Fvancey. INon-seulement cette durée de la vie n'est pas celle dn pins grand nombre des vivants, mais on pourrait presque dire (juc c'est une dc^ durées les plus rares, un très-petit nombril succombe à cet âge; les durées de vie qui ont pour elles les grands nombres sont, d'une part, les durées de vie très-courtes, de moins d'une année, et, d'aiitj'e part, les durées relativement longues, — au-delà de 65 et 80 ans; voilà les âges qui, dans les mortuaires (listes de décès par âge), fournissent les plus gros chiffres de décès. Ainsi, dans ce cas, si on rangeait les durées de vie d'après le nombre des années vécues, on n'en trouverait que fort peu se groupant auloui: de la vie moyenne, les plus grands groupes s'en éloigneraient à pen près symétriquement et par conséquent formeraient des successions et une courbe de probabilité, à peu près inverses de celles que nous avons trouvées pour les moyeiuies typiques. Ces moyennes sont au contraire des spécimens de moyennes-indices, dont il ne faut pas récuser l'utilité et surtout la commodité pour interroger les variations qu'amène le temps, les modifications de milieu, etc. Mais il importe de connaître la portée spéciale de ces moyennes-indices, et l'on voit qu'elle est loin d'être égale à celle des moyennes typiques, qui offrent non-seulement des indices plus fidèles, mais aussi en quelque sorte des représentations approchées de l'attribut mesuré.
27. Dans les exemples que nous avons fournis pour la détermination et l'étude de la moyenne objective, page 299, § 8,etde la moyenne typique, page 502, le lecteur a dû remarquer la similitude, ou, plus exactement, l'identité qu'il y a dans l'arrangement progressif et symétrique des nombres. Une courbe de probabilité comme celle que nous avons donnée pour représenter la distribution des mesurages des conscrits français, ne diffère, en rien d'essentiel, d'une courbe de probabilité des relevés multiples d'une grandeur difficile à mesurer, par exemple, de celle qu'on eût dressée pour la sériation des nombres dans l'ascension droite de la Polaire.
28. Cette similitude a beaucoup frappé Quélelet, qui se complaisait à y voir quelque chose de mystérieux. Gomment arrive-t-il, eu effet, que la distribution des erreurs dans le mesurage d'une grandeur existante se range avec cette régularité autour de la grandeur moyenne ? Comment se fait-il que le même arrangement se retrouve dans la recherche d'une grandeur subjective qui semble d'abord purement fictive ? Ainsi les divers attributs du corps humain, mesurés clicz un grand nombre d'individus, se groupent autour delà riioyenne absolument ct^mme s'y distribueraient les mêmes grandeurs relevées un grand nombre de fois sur mie statue que sa position mouvementée rendrait difficile à mesurer, de sorte que les erreurs commises dans le mesurage d'un tel modèle ou les variations individuelles produisent des arrangements identiques de nombres ! Aussi Quételet dit-il poétiquement que les choses se passent comme si la cause créatrice •de l'homme, ayant formé le modèle du type humain, eiit ensuite, en artiste jaloux, brisé son modèle, laissant à des artistes inférieurs le soin des reproductions. Les défectuosités de ces reproductions sont de même ordre que les erreurs de mesurage, et dès lors se groupent de la même manière.
29. Celte comparaison est belle sans doute, mais aussi séduisante et dangereuse. Quételet, au lieu d'en chercher le coté exact, l'a prise pour une explication, il s'y est laissé entraîner, et il a conclu que le groupement symétrique des nombres, identiques dans l'un et l'autre cas, démontre que le type humain est un comme la statue mesurée, que les erreurs de mesurage pour celle-ci ont pour pendants des déviations, des altérations de reproduction dans la multiplication des hommes; et, ce qui aggrave la conséquence, il a pensé que, de même que par les déterminations des séries et des moyennes on pouvait à très-peu près retrouver les dimensions de la statue, de même par les mensui^ations prises sur un assez grand nombre d hommes pour la détermination de la moyenne et de la forme sérielle, on pouvait retrouver les grandeurs de chacun des attributs de l'homme-type, de l'homme-modèle du Créateur; et cette conception l'a mené à la conception de cette entité, Vhomme moyen, dont nous allons maintenant examiner la valeur.
50. L'histoire naturelle et notamment l'anthropologie ont à faire particulièrement usage des moyennes typiques qui servent à découvrir les traits caracli; istiqiies de groupes souvent fort rapprochés. .4insi, chaque type humain a ses grandeurs spéciales à déterminer : stature générale ou taille moyenne, taille et poids, volume de l'ensemble et de chaque organe. C'est ici que viennent se placer les moyennes des grandeurs crâuiologiques, diamètre, voussure, capacité, etc., etc., qui font de la crâniologie comme une science spéciale. Et chacune des moyennes typiques issues de ces nombreux mesurages vient caractériser avec plus ou moins de bonheur les divers types humains.
31. L'homme moyen. Cependant, en réunissant sur un seul individu idéal toutes les valeurs moyennes d'un âge et d'un sexe, peut-on se flatter d'avoir créé l'homme-type? D'aucuns même ont dit l'homme-modèle, comme l'éminent belge, Quételet, auquel la statistique humaine doit tant, mais qui s'est laissé enivrer par cette idée. Disons tout de suite que, si l'on ne fait pas entrer l'élément race sur le même pied que l'âge et le sexe (et nous ne croyons pas que Quételet, fort monogéniste, l'ait fait), cette prétention ne soutient pas l'examen. Que l'on songe seulement à nn des traits de la peau : sa couleur ; l homme-type de Quételet devrait avoir pour couleur de peau une teinte moyenne entre toutes les teintes existantes! Quelque chose entre le noir cirage, le brun chocolat, le rouge
.cuivre, le jaune... etcniiiile blanc rosé de la carnation anglo-saxonne. La teinte qui sortirait de cet affreux mélange pourrait-elle jamais être regardée comme la perfection ou seulement comme la couleur typique de l'humanité ! Je sais que, pour rendre le monogénisme plus facile à accepter, l'éminent professeur du Muséum, M. de Quatrefages, a imaginé quelque chose comme cela; au moins n'a-t-il pas proposé sa couleur comme un type de beauté ! Et il faut l'avouer, tant d'efforts pour ne pas contrarier l'orthodoxie ne sont pas heureux quand ils aboutissent à faire de la première œuvre d'un Créateur, un type évidemment inférieur, un laideron : car, ce qui est en évidence pour la couleur de la peau, si je n'étais obligé de me restreindre, je ne le démontrerais pas moins nettement pour la plupart des aulres attributs et grandeurs des divers types; je démontrerais qu'il est impossible de les mêler, que le gâchis auquel donnerait lieu une moyenne des feintes de la peau ne lait que mettre en toute lumière et nous avertir, par un sens particulièrement délicat, du salmigondis oii nous tomberions en prenant la moyenne des autres attributs, afin d'en constituer une unité. Remarquons, d'ailleurs, que cette pensée de fusion des types serait destructive du fait qui l'a inspirée ; car si les moyennes typiques de chaque race homogène (par origine ou par long mélange et fusion physiologique) sont assises sur les séries bien symétriques des nombres, on n'a jamais montré qu'il en fut de même, lorsqu'on consi- -dère tous les types pris ensemble, et le plus probable est qu'il n'en serait pas ainsi.
32. Cependant, écartons le cas dans lequel on ne distingue pas les races ; la critique en est trop facile. Deinaudons-nous si, en recherchant la grandeur moyenne de chaque attribut d'iui groupe humain homogène, on ne pourrait pas faire sortir le type pur, le type modèle, dégagé des déviations accidentelles et des variations individuelles qui altèrent plus ou moins le type idéal ou au moins le type primitif. C'était une idée très-chère à Quétclet. Elle mérite donc que nous nous y arrêtions un instant.
D'abord, il y a lieu de distinguer le type idéal et le type primitif : celui-ci a sa forme typique dans le passé, taudis que c'est plutôt l'avenir qui est appelé à réaliser le type idéal qui est celui de la beauté ; car c'est vers cet idéal que les sélections diverses, et notamment la sélection sexuelle, poussent les générations lutines. Que l'on preiuie un attribut quelconque de l'homme actuel, la taille, la forme du visage (^ou de tel détail que l'on voudra), la force physique, celle de l'iiitelligence, on verra bien vite que l'idéal est fort éloigné de la moyenne ; et, ce qui est plus décisif, l'un et l'autre n'ont pas les mêmes raisons constituantes ; les misères physiques et morales du passé et celles des temps présents entrent pour une large part dans les attributs de l'homme moyen, tandis que le ty])e idéal, celui de la beauté, est, au contraire, dépouillé de ces souillures. L'homme moyen sera nécessairement moyen en tous ses attributs. Il faut qu'il soit moyen par ses laideurs et moyen par ses beautés, deux moyennes absolument antipathi- •tjues à l'idéal de beauté. 11 me paraît que si ce type est idéal en quelque chose, ce sera un idéal de platitude et d'insignitiance, ni laid ni beau, ni bête ni intelligent, ni vertueux ni criminel, ni fort ni faible, ni brave ni poltron. Voilà l'homme moyen : c'est un triste sire, que la nature actuelle réalise en partie trop souvent; c'est le type de la vulgarité.
55. Pouvons-nous penser au moins que ce type moyen, tout vulgaire qu'il est, «ous rapproche de l'homme passé, de l'ancêtre? Je ne le ci^ois pas. Les attributs •que la civilisation a lait naître ou a développés, par exemple, la propreté, le sentiment de la pudeur, de la charité, y seront sans doute amoindris, mais y
seront encore; et ceux qui se sont effacés, par exemple, Tapplalissement et la courbure du tibia, manqueront, etc. Ainsi, par notre entité de l'homme moyen, nous ue retrouvons pas plus l'ancêtre que le type idéal.
34. Mais enfin, pouvons-nous au moins espérer de déterminer ainsi un type de l'homme actuel, tel que le réalise ou s'en rapproche le commun des hommes qui ne sont, comme dit Pascal, ni anges, ni bêles? Cela même me paraît au moins douteux, et M. Cournot a poussé à Quételet une critique à laquelle l'illustre statisticien n'a pas répondu, bien qu'il ne s'y soit pas rendu.
« 11 peut bien arriver, dit M. Cournot, et même il doit arriver, en général, que ces diverses valeurs moyennes ne s'ajustent pas entre elles et soient incompatibles dans leur ensemble avec les conditions essentielles de l'existence des individus et de l'espèce. Supposons, pour prendre une comparaison étrangère, mais simple, qu'il s'agisse d'un triangle dont le caractère soit d'être rectangle, et dont les côtés puissent varier entre certaines limites de l'un à l'autre individu, sans conserver les mêmes grandeurs ni absolues, ni relatives. On mesure un grand nombre de côtés, on prend les moyennes de chaque côté, et on construit avec elles le triangle moyen; mais ce triangle moyen ne sera pas le type, car la géométrie démontre qu'il ne sera pas rectangle, et si on fait un angle rectangle, les deux angles aigus ne seront pas la moyenne des angles correspondants, son aire ne sera pas l'aire moyenne, et, de quelque manière qu'on s'y prenne, il sera mathématiquement impossible de faire, construire ou définir un triangle qui soit moyen en toutes ses parties. S'il en est ainsi pour la plus simple des figures géométriques, combien plus vrai pour les formes vivantes auxquelles se joignent les propriétés de poids, de force, de couleur, etc. La table synoptique de toutes ces valeurs moyennes ne saurait être considérée comme définissant, non-seulement un individu-type, mais même un individu possible; exemple, la vie moyenne qui peut être avant l'âge oii les individus sont aptes à engendrer.
« Mais l'ensemble de ces moyennes, serait-il compatible, ne saurait prétendre donner le type ou primitif, ou plutôt tel qu'il se développerait s'il était soustrait aux causes perturbatrices, car rien ne prouve que les causes déformatrices de ce type vont agir également en tous sens : ainsi, en ce qui concerne la taille de l'homme, elles se manifestent bien plus en rabougrissant cette taille ; aussi la taille moyenne n'est pas la belle taille. »
55. Quételet s'est vainement efforcé d'atténuer cette juste critique en montrant, dans son Anthropométrie, que chacun des attributs de l'homme qui a été mesuré donne une moyenne typique et ausssi une succession de grandeurs de la même forme que celle que nous avons donnée pour la taille des conscrits français. Cela ne prouve, en aucune façon, que toutes ces moyennes se conviennent, puissent s'agencer pour constituer un être harmonique et possible, et surtout un être typique. Il est même arrivé à Quételet, quand il a voulu combiner deux attributs seulement, la taille et le poids, d'arriver à des antinomies.
36. Pour nous, nous avons à signaler des faits de même ordre à propos des grandeurs crâniennes. Voulant déterminer, avec le moins de travail et le plus de précision possible, les principaux rayons moyens du crâne parisien mesuré avec notre céphalomètre, nous avons pensé y réussir en ne nous occupant que des crânes que les mensurations antérieures de M. Broca avaient trouvés moyens en quelques-unes de leurs grandeurs les plus importantes. Donc, dans l'espérance de trouver ces crânes moyens réalisés, au moins dans leurs principales diraeu-
sions, nous avons relevé, d'un côté, les numéros des crânes ayant une capacité moyenne, ou voisine de la moyenne, de même ceux qui avaient un indice céphalique moyen, et ainsi de suite pour les cinq ou six principales grandeurs, espérant en trouver qui réuniraient en leur faveur plusieurs grandeurs moyennes; mais nous avons été fort désappointés de découvrir que ces moyennes principales ne se rencontraient jamais ensemble ; que si, par exception, on en trouvait deux, bien rarement trois, les autres non-seulement faisaient absolument défaut, mais semblaient différer d'autant plus. Donc, si cette recherche personnelle ne nous permet pas de conclure absolument qu'il est vain ou contradicloire de rechercher un crâne typique existant, c'est-à-dire se ra[)prochant de la taille et des formes moyennes, je ne dis pas dans tous ses éléments, mais seulement dans cinq ou six de ses éléments principaux (capacité, ses trois diamètres et l'indice frontal et autres indices faciaux), au moins puis-je allirmer que l'existence d'un tel crâne est bien peu probable, puisque, sur plusieurs centaines étudiés à ce point de vue, je n'ai pu en rencontrer un seul qui seulement s'en approchât. Au moment oii je corrige cet article, je viens de me heurter aux mêmes impossibilités dans la recherche d'un bassin moyen en ses principales grandeurs; sur une centaine de bassins mesurés par M. le docteur Verneau, je n'en rencontre aucun qui jouisse de la propriété de réunir en lui seulement les grandeurs médianes !
57. De cette discussion, je conclurai que l'homme moyen de chaque type humain est une entité artificielle, appartenant à la catégorie des moyeimesiiidices ; et, le réaliserait-on en pâte du docteur Auzoux, ce serait, sans doute, un spécimen commode pour l'enseignement, mais ce ne serait pas un être harmonique, ni pouvant vivre.
58. D'ailleurs, il importe de remarquer que cet homme moyen n'est pas le moins du monde une entité scientilique, mais une création de l'imagination. Ce qui est défait scientifique, c'est la moyenne et surtout la moyenne typique de chaque attribut. Si la science veut aller plus loin, si, de cette analyse, elle veut s'élever à une synthèse, il ne lui est pas permis de quitter le terrain de l'observation; il ne s'agit pas d'accoupler une moyenne à une autre moyenne, et de déclarer typique un assemblage qui peut aussi bien être monstrueux:
Desinit in piscem mulier formosa superne.
11 faut, par une recherche nouvelle, déterminer expérimentalement les grandeurs qui se conviennent et trouver les moyemics de ces combinaisons, etc. C'est, je ne le cèle pas, une œuvre formidable et que je crois au-dessus de nos moyens actuels ; mais c'est seulement par elle que l'on peut espérer de constituer des ensembles possibles et harmoniques.
59. Pourquoi les nombres producteurs d'une moyenne objective ou d'une moyenne subjective typique se groupent-ils les uns comme les autres, en série progressive et régressive, ordinairement symétrique autour de la moyenne? C'est cet arrangement imprévu que Quélelet qualifie de mystérieux, et qui l'a entrahié à sa conception de l'homme moyen ; voyons si nous ne pouvons pas nous en rendre compte à moins de frais. Essayons d'abord d'en saisir le secret pour la moyenne objective.
Nous verrons que la cause en est tout entière dans cette autre loi : que les trreurs commises dans le mesuragc sont d'autant plus probables, c'est-à-dire plus nombreuses, qu'elles sent moindres, et d'autant moins probables, c'est-à-diic
■d'autant plus rares, qu'elles sont plus grandes; delà leur nombre régulièrement croissant autour delà grandeur vraie à mesure qu'elles s'en rapprochent, ou leur nombre régulièrement décroissant à mesure qu'elles s'en éloignent. Il semble que cette explication soit suffisante; cependant, si des esprits plus difficiles insistaient et demandaient pourquoi les mesures les plus erronées sont les moins nombreuses, nous leur dirions que la nature des écarts, tantôt petits, tantôt grands, soit en plus, soit en moins, prouve qu'un grand nombre de causes différentes concourent à produire ces écarts (inattention de l'œil, de la main, de l'esprit, imperfections des instruments, etc.). Or, pour produire les petits écarts, il suffit qu'une des nombreuses causes d'erreur intervienne en un sens (en plus ou en moins) ; il peut sans doute, et il doit souvent eu intervenir plusieurs, mais il est peu probable qu'elles agissent toutes dans le même sens ; et dans ce dernier cas, l'erreur sera d'autant plus grande, que ce fait peu probable se produira plus complètement, mais on voit tout de suite qu'il sera d'autant plus rare, que l'erreur sera plus grande. Enfin, pour pi'oduire des écarts maximums, il faut que toutes les erreurs se produisent dans un sens, et aucune en sens opposé; on sent que c'est là une rencontre extrêmement rare.
Il me paraît que ces indications, encore que très-sommaires, suffisent pour permettre au lecteur de les compléter dans son esprit, et lui faire sentir la raison de l'arrangement symétrique et décroissant des erreurs autour de la moyenne, — • au moins dans le cas de moyennes objectives.
40. Voyons maintenant comment nous rendre compte de l'arrangement identique des mesures d'un même élément, lorsqu'elles sont prises sur un très-grand nombre d'individus désignas par le hasard, mais composant une même nation, une par son origine, ou chez laquelle de nombreux mélanges de sang ont fondu les éléments ethniques et ont fait prédominer l'uniformité sur la diversité (car telle est la condition nécessaire pour obtenir les arrangements symétriques en question). Ici encore, nous remarquons que les causes de variation d'un seul élément (la taille par exemple) sont très-nombreuses ; les influences de milieu, celles d'hérédité, d'alavisme, d'alimenlalion, de concordance, etc., etc. Mais, parmi ces causes, celles toujours présentes d'hérédité prochaine et de milieu ne seront des causes de diversité que dans une très-faible mesure, et, vu runiiormité supposée de la nation, elles seront, dans une large part, des causes d'uniformité, puisque nous sommes partis de l'hypothèse nécessaire d'une nationalité dont l'unité, riiomogénéité sont depuis longtemps établies. Ainsi, de toutes les causes de déviation, les plus nombreuses et les plus actives seront celles qui agissent dans les limites les plus resserrées; en outre, quand une de ces causes agit dans un sens (nourriture insuffisante, par exemple), elle pourra et devra, le plus souvent, être plus ou moins contrariée par des causes agissant en sens opposé. C'est la différence et non la somme d'énergie de ces influences contraires qui déterminera le sens et la grandeur de la déviation. Cependant, dans des cas dont la rencontre est peu probable, il n'y aura de causes perturbatrices du type national que d'un côté; alors, les déviations seront d'autant plus considérables, qu'il y aura plus de ces causes accumulées ; mais en même temps (on le comprend), ces cas seront d'autant plus rares. Enfin, les cas, tout à fait improbables, oîi toutes les causes capables d'une même influence agiront sans aucune de celles qui infhient en sens contraire pourront se présenter, mais bien rarement.
Ainsi, les déviations les plus notables du type national seront nécessairement les plus rares, puisqu'il faut un concours peu probable de circonstances pour
les produire ; au contraire, les faibles altérations, pouvant se manifester par un jeu de combinaisons beaucoup plus nombreuses, seront les plus fréquentes, sans qu'il soit besoin d'y voir des causes mystérieuses que Quételet était enclin à invoquer.
M. Séries, ou courbes de probabilite's, moins resserrées ou même insymétriques. Cependant toutes les sériations ne se rangent pas autour de la moyenne avec la régulière uniformité et la même convergence que nous avons rencontrées pour la taille de nos jeunes Français, ni même avec la symétrie de la remarquable courbe à deux sommets offerte par les conscrits du Doubs. Le plus souvent la valeur problable (celle que limite la moitié des cas) est moins rappi'ochée de la moyenne, alors l'erreur ou l'écart probable est plus grand, la courbe de probabilité est moins élevée et plus élargie, les ordonnées plus courtes et plus nombreuses ; en un mot, la courbe est moins convergente, moins resserrée le long de l'ordonnée principale. Nous verrons à l'article Probabilité comment peut se déterminer à priori le degré de convergence de la courbe.
42. Cependant un enseignement important résulte de ce degré de resserrement de la courbe ou des nombres sériés autour du plus grand groupe. En effet, nous verrons à l'article Probabilité que cette convergence croît comme la racine carrée du nombre des observations ; c'est même parce {pie la somme de nos conscrits mesurés pendant une période de dix années est très-considérable, que la courbe de probabilité que nous avons figurée est si resserrée et si élevée; mais nous verrons aussi, quand il s'agit des moyennes objectives, que ce resserrement croît aussi en raison inverse de la somme des carrés des erreurs commises à cliaque mesurage. En transportant cette notion dans le c<is des moyennes subjectives, on conçoit facilement que les variations individuelles sont ici les équivalents des erreurs de mesurage, car ce sont les unes comme les autres qui éloignent plus ou moins cliaque observation individuelle de la moyenne cherchée. En conséquence, la convergence de la courbe de probabilité sera aussi en raison inverse de l'importance de ces variations, ou, plus précisément, de la racine de la somme des carrés de ces variations (évaluées d'après leur grandeur et leur nombre). Et, inversement, pour un même nombre d'observations, le degré de resserrement de la courbe de probabilité permettra d'apprécier l'importance des variations offertes par une collectivité, et par suite l'unité plus ou moins resserrée, plus ou moins lâche du type que l'on a étudié. C'est donc là pour l'anthropologiste un instrument précieux, et j'ajouterai, l'instrument unique non-seulement pour reconnaître, mais aussi pour mesurer ce qu'on pourrait appeler la valeur typique d'un attribut.
45. Cependant le resserrement ou le relâchement de la courbe de probabilité de chaque côté de l'axe formé par la perpendiculaire ou ordonnée principale élevée à l'extrémité delà grandeur moyenne et conséquemment le resserrement du type, n'est pas la seule indication fournie par la sériation ou par son expression graphique, la courbe de probabilité. En effet, la courbe peut être ou symétrique, c'est-à-dire ses contours descendant également de chaque côté de l'axe, ou insymétrique, si ces contours sont inégalement convexes'. Pour peu qu'on réiléchisse
* Le dictionnaire de l'Académie ne donne ni insymétrie ni asymétrique, bien que l'un et l'autre soient employés : symétrie étant depuis longtemps dans la langue française, il était naturel et analogique qu'on lui appliquât la particule privative in; c'est ce qu'a fait la langue populaire en disant insymétrie, mot que nous emploierons ici de prélérence à asymétrie.
aux raisons de cette insymétrie, ou se couvaincra qu'elle est une indication du manque d'unité typique dans la collectivité mesurée; c'est d'ailleurs ce que vont mettre en suffisante lumière, je pense, les deux exemples suivants ;
44. J'ai sérié par ordre de capacité deux groupes de crânes mesurés par M. le professeur P. Broca. Les uns sont des crânes parisiens au nombre de 358, les autres sont des crânes dits de nègres de différentes provenances, Afrique et Océanie, de la collection du Muséum, et seulement au nombre de 35. Ce serait sans doute un nombre insuffisant ])our des conclusions antliropologiques, mais peu nous importe ici, où il ne s'agit que de montrer des sériations de diverses formes. Ces crânes ont été réunis en petits groupes, en prenant 1 00 centim. cubes pour module de ce groupement (module trop grand, mais obligé par le petit nombre de crânes nègres mesurés). La capacité moyenne des crânes parisiens a été trouvée de 1-B33 ce; celle des crânes de nègres n'a été que de 1356 ce. Or, en i-amenant ces petits groupes à la grandeur qu'il faut pour être les parties constituantes d'une somme, 400 crânes de chaque catégorie, et en les ordonnant par ordre de grandeur, on obtient les deux arrangements ci-dessous, les capacités étant indiquées en décilitres (ou 100 centimètres cubes).
Capaeilé de chaque groupe en décilitre. . 11-12 12-13 15-11 14-15 io-lG 16-17 17-18 Nombre de crânes ( chez les Parisiens. . 5 t4 23 SO 18 8 3
de chaque capacité ( chez les nègres. . . 3 34 28 23 8 3 0
La régularité et la symétrie de la succession des crânes parisiens sautent aux yeux, et l'insymétrie de ceux dits de nègres n'est pas moins manifeste. Chez les parisiens, on voit le groupe qui compte 29 crânes et contient la capacité moyenne 1433 ce. (nous l'appellerons le groupe de la moyenne), être aussi le groupe occupant le milieu de la série ; à partir de ce groupe central, les nombres des crânes de chaque groupe successif, soit plus grand soit plus petit, vont régulièrement en diminuant. On peut même remarquer que, la grandeur moyenne étant moins élevée que la demi-grandeur (1450) du groupe qui la comprend ; dès lors, par un effet naturel de la symétrie avec laquelle les capacités se pressent autour de leur valeur moyenne, le groupe de capacité moindre (à gauche du groupe de la moyenne) étant par sa capacité plus près de la capacité moyenne que le groupe qui est au-dessus (à droite), renferme plus de crânes, et cette différence se poursuit de groupe en groupe. Enfin l'écart probable est environ de 100 centim. cubes en plus ou en moins de la valeur moyenne, ce qui veut dire que la moitié des crânes mesurés a 1433 zh lOO centim. c ou qu'ils sont compris entre une capacité de 1333 à 1533 ce ; ce double de l'écart, quand l'écart est symétrique (égal de chaque côté de la valeur moyenne), peut prendre le nom de l'amplitude médiane ; on voit qu'elle est ici de 200 centim. cubes, et qu'elle est égale environ au quart de l'amplitude possible au maximum de variations (785 cenlim. cubes), c'est-à-dire de l'intervalle entre les crânes de capacité extrême (le plus petit et le plus grand) ; c'est entre ces limites, sans doute encore larges, qu'est contenue la sériation des crânes parisiens. Cependant il est manifeste qu'une représentation graphique de cette sériation serait à très-peu près régulière et symétrique, ce qui dépend d'une part du nombre assez considérable des crânes mesurés, et de l'autre de la similitude relative des crânes parisiens.
45. Un coup d'oeil donné comparativement à la sériation des crânes dits de nègres montre tout autre chose. D'abord, la capacité moyenne de ces crânes étant de 135G, cette grandeur, qui dépasse le milieu du troisième groupe, ne
correspond plus au groupe qui renferme le plus de crânes, c'est le deuxième groupe dont la capacité moyenne n'est que de 1250 ce. qui se trouve avoir le plus de crânes (54, à lui seul le tiers des crânes observés), alors que le suivant, c[ui est le groupe de la capacité moyenne, n'en renferme que 28.
46. Pour peu qu'on conçoive comment se construit la courbe de probabilité, représentation graphique de cette sériatiou, on verra combien elle sei"a irrégulière et surtout insymétrique.
En effet, concevons sur la base ou l'abscisse OB, que l'on ait élevé équidistantes une série d'ordonnées dont les hauteurs relatives sont données par les nombres de crâues de chaque groupe, la première n'aura que 3 de hauteur, la seconde 34, et les suivantes 28, 23, 8 et 3 ; que, par ses sommets, on fasse passer la courbe de probabilité, on voit de suite que, vers la gauche de l'ordonnée principale c[ui par sa hauteur maximum (34) jouera le rôle d'axe de figure, la courbe sera presque réduite à une droite se levant tout à coup jusqu'au sommet (34) de la seconde ordonnée ; puis, au delà de ce sommet, s'inclinant lentement pour toucher les sommets successifs des ordonnées suivantes 28, 23, î et 3. Ainsi la courbe sera presque complètement rejetée vers la droite, et l'ordonnée principale qui, par sa hauteur 34, indique la probabilité de rencontrer un crâne de nègre de la capacité de 12 à 15 décilitres, ne sera pas l'ordonnée de la moyenne ; celle-ci, moins élevée, aura sa place vers la droite, entre la deuxième et la troisième, le groupe au milieu duquel elle tombe ; elle ne sera plus celui qui aura le plus de chance de rencontrer un crâue lui appartenant, etc.
47. La signification d'une telle figure ne saurait être douteuse. A part le trop petit nombre d'observations qui l'ont déterminée, dont ici nous faisons abstraction, on comprend bien vite qu'il y avait dans cette collection de crânes une majorité de très-petit volume dont la capacité moyenne devait avoisiner 12 70 ce, et formant (au moins au point de vue du volume) un groupe naturel auquel oiit été mêlés des crânes plus grands, mais en nombre moindre, ayant à peu près la capacité des crânes parisiens.
48. Telle est au moins une des interprétations à laquelle se prêterait cette courbe, mais elle n'est certainement pas la seule.
Il y aurait pourtant un moyen de savoir quelle interprétation aurait le plus de chance d'être véritable (et nous attirerons l'attention des investigateurs sur €e moyen de contrôle) : ce serait de sérier de même les autres attributs principaux de ces crânes ; les courbes sérielles, ou celles des formes figuratives qui en résulteraient, seraient également passibles de certaines interprétations rendant compte de leur forme; et l'interprétation qui satisferait le mieux à toutes les sériatjons aurait évidemment le plus de probabilités; il suffirait ensuite de s'enquérir si les combinaisons de ces attributs abstraits, telles qu'elles sont réalisées en chaque crâne, permettent encore les groupements naturels que l'examen des attributs isolés avait suggérés.
49. Ainsi, voilà une méthode de recherche avec laquelle on arrive, par la seule considération de relevés numériques, non-seulement à distinguer les collectivités naturelles ou typiques de celles qui ne sont que des collectivités factices, mais encore à démêler, au moins en partie, les valeurs des unes et des autres, et à pouvoir présumer les moyennes de chacpie groupe naturel. Une méthode qui sert de pierre de touche poiu' dire si un attribut qu'on croit caractéristique de groupe, jouit vraiment de cette propriété, et à quel degré 1 etc. n'est-ce pas là
pour les sciences naturelles, et notamment pour l'anthropologie, un instrument précieux et tout à fait nouveau ?
50. On voit que la base de cette méthode de recherches est la sériation des grandeurs isolément relevées et convenablement agglomérées en petits groupes. C'est pourquoi nous avons insisté sur cette mise en série des grandeurs constitutives de la grandeur moyenne, et c'est pourquoi nous allons, dans les paragraphes suivants, poui'suivre de nos criti(|ues une méthode rivale et, sinon très-fautive, au moins fâcheuse, en ce qu'elle réunit dès le principe les éléments servant à déterminer les valeurs particulières, et, par suite, détourne de la détermination et de la sériation de ces valeurs.
51. Mise eîî série des grandeurs particulières. Module de groupement. Le lecteur qui nous a suivi a dià se convaincre de l'importance de la sériation des valeurs qui ont servi à déterminer la valeur moyenne. Il importe donc d'exécuter cette sériation dans les conditions les plus favorables. On a pu constater d'abord, par les exemples fournis, que l'on peut sérier les valeurs mesurées ellesmêmes, comme nous l'avons fait pour les crânes; mais, lorsque des causes étrangères aux grandeurs étudiées sont venues troubler artificiellement la succession des nombres, comme nous l'avons constaté pour nos conscrits, on peut et on doit la l'établir, non pas d'après ses propres appréciations, mais par les méthodes qu'enseigne le calcul des probabilités. Par ce moyen, nous avons obtenu pour nos conscrits une succession qui, à coup sur, se rapprochait bien plus de la succession vraie et inconnue que ne le faisaient les données brutes.
Eu outre, on a pu voir, par ces deux exemples comparés à celui de l'ascension droite de la Polaire, que l'on peut également sérier soit les grandeurs relevées (et régularisées quand il y a lieu), soit les erreurs ou écarts que l'on évalue par la différence entre les grandeurs moyermes de chaque groupe et la grandeur moyenne générale, comme Quételet l'a fait pour la Polaire, p. 500. Ces deux procédés me paraissent pouvoir être employés presque indifféremment. On. préférera celui qui diminue le chiffrage et, par suite, les chances d'erreur.
52. Mais ce qui fait une sériation plus ou moins significative, c'est un choix heureux dans la grandeur du module de groupement des valeurs particulières. On a pu comprendre en effet, par nos exemples, que cette mise en petits groupes des valeurs relevées est indispensable pour abréger les écritures et surtout pour concentrer l'attention. Il se fait, le plus souvent même au moment du mesurage S en réunissant les valeurs voisines que l'on suppose assez rapprochées pour pouvoir être considérées comme égales, et qui le sont en effet, à une demigrandeur du module près (en plus ou en moins).
Cependant le point délicat, d'où dépend le succès de la sériation, est de biea choisir la grandeur du module pour grouper ces valeurs voisines.
Presque toujours le module doit rester le même pour toute la série ; il doit, d\ine part, être assez grand pour que la plupart des groupes (les groupes extrêmes forcément exceptés) soient composés d'un assez grand nombre d'observations (d'autant plus grand que les erreurs ou écarts avec la valeur moyenne
1 C'est là un usage, souvent une regrettable obligation (à cause de la longueur des relevés), parce que si ce groupement est exécuté dès le principe sur un module trop grand pour l'étude, il ne pourra être amélioré; et c'e^t ce tjui arrive le plus souvent; c'est ce que nous oflrent les relevés de la taille des conscrits sériés par pouce, etc. Ces premiers groupements, exédUésau moment des mesurages, doivent donc être faits avec le module le plus petit possible. Les tailles des conscrits devraient être groupées par centimètres, la loi et la science sont d'accord pour le réclamer.
sont plus marqués) pour que la force de ces groupes ne soit trop influencée par les perturbations du hasard ; et, d'autre part, ce module ne doit pas être assez grand pour effacer les mouvements que des causes constantes peuvent imprimer à la succession des nombres (comme il est arrivé pour le Doubs), mouvements qu'il importe de ne pas voiler, mais, au contraire, de mettre en lumière. C'est une affaire de tact que donneront la réflexion et la pratique. Nous ne pouvons guère fixer à l'avance une limite à la grandeur de ces modules, et dire, par exemple, qu'ils doivent être tels que les groupes centraux soient composés de plusieurs dizaines d'observations au moins et de plusieurs centaines, ou même milliers, au plus; car, quelque vagues que soient ces indications, des cas se présenteront où il y aura avantage à les outre-passer. 3Iais nous pouvons dire que la grandeur du module de groupement, toutes les fois qu'on pourra le choisir, devra l'être sur la considération de l'amplitude de variations maximum et surtout médiane {vo]]. §0). Il ne saurait jamais dépasser l'amplilude médiane (double de l'écart probable dans les moyennes typiques), et égal à elle, il sera trop grand pour l'élude ; il est désirable en outre qu'il en soit une fraction exacte et plutôt impaire, le tiers ou le cinquième par exemple, ce qui fait tomber la grandeur moyenne au milieu du groupe médian et rend la sérialion plus symétrique. D'ailleurs, il sera toujours bon d'essayer plusieurs modules pour s'arrèler à celui qui paraîtra satisfaire le mieux aux conditions à remplir, et, par exemple, donnera la série la plus régulière.
53. différence entre une moyenne et un résultat moyen. Il ne faut pas confondre une moyenne, valeur qui doit être nécessaii-ement déterminée sur un nornbi e plus ou moins considérable de grandeurs de même ordre déjà mesurées, ou connues, avec ce qu'on appelle quelquefois un résultat moyen, comme on en considère souvent en statistique.
Si, par exemple, dans une épidémie frappant la population parisienne, supposée 1,800,000 habitants, on a enregistré 95,000 personnes atteintes de l'épidémie dont 45,000 ont succombé, on en déduira une morbidité de 52 par 1,000 habitants, et une mortalité de 24 par 1,000 habitants ou de 450 par 1,000 malades. Mais ces rapports, qui ne sont pas des valeurs intermédiaires entre plu- ■ sieurs autres rapports déjà connus, ne sauraient être regardés comme des moyennes ; ce sont des probabilités simples : d'abord la probabilité d'être frappé par le fléau, ensuite celle d'en mourir.
54. Cependant, lorsqu'on a deux termes correspondants de plusieurs rapports successifs (en nombre i») devant donner naissance à des probabilités successives dont on se propose de trouver la grandeur moyenne, il arrive souvent que, pour abréger,, au lieu de calculer d'abord les rapports un à un, ainsi qu'il le faudrait, [lour trouver ensuite leur grandeur moyenne selon les méthodes indiquées, on lait les sommes des deux séries de ternies correspondants (de tous les dividendes . d'une part et de tous les diviseurs de l'autre); puis, sans môme avoir besoin de diviser chacune de ces deux sommes par b, nombre des termes qui les ont forniées, pour avoir les termes moyens, on divise la somme des dividendes par celle des diviseurs, et on obtient un quotient qui est le rapport entre ces deux termes moyens, et non un rapport moyen, encore moins une moyenne. En effet, d'après ce que nous avons vu jusqu'ici, une moyenne doit être calculée sur des . grandeurs existantes et non sur les éléments constitutifs de ces grandeurs.
55. Pour fixer les idées par un exemple, supposons qu'il s'agisse à'indice crânien, — de ce rapport qui décide si des crânes doivent être classés dans le
groupe des dolichocéphales, dans celui des brachycéphales ou dans un groupe intermédiaire. Ce rapport se détermine en comparant la longueur du crâne avec sa lai'geur, c'est-à-dire, en divisant son diamètre longitudinal (mesuré en millimètres) par son diamètre transversal, et, suivant l'usage, en multipliani le quotient par 100 pour lu: enlever sa forme fractionnaire. Pour avoir riudice moyen de 100 crânes ainsi mesurés, il y a, suivant la règle, à faire la somme des cent indices préalablement calculés et à diviser la somme par 100. On pourra ensuite, en formant, avec ces cent rapports un certain nombre de groupes, composés des indices les plus voisins, suivant un module approprié, étudier la forme de la série qui en résultera. Des conséquences souvent fort intéressantes surgiront de cette ordination.
56. Cependant il est passé en usage, pour diminuer un peu le travail, que, au lieu de prendre ï indice de chaque crâne mesuré, on fait la ?omme de toutes les longueurs, et, respectivement, celle de toutes les largeurs; puis, en divisant la somme des largeurs par celle des longueurs, on se flatte d'obtenir l'indice moyen, tandis qu'on n'acalculéque le rapport des sommes des deux diamètres. Il est vrai que, dans la grande majorité des cas, on obtient ainsi un rapport qui, sans ètie identique à la moyenne des indices, s'en rapproche fort ; mais il peut aussi s'en éloigner notablement, et la science exige que l'on sache les causes de ces différences, afin de ne décider qu'en connaissance de cause la préférence que l'on donnera à tel ou tel résultat, — à la moyenne des indices ou au rapport des moyennes.
57. Pour éviter des abstractions aritbmétiques qui ne seraient pas goûtées par tous les lecteurs, prenons des exemples; et, pour concentrer l'attention, au lieu de 100 crânes, n'en considérons que deux; cela simplifiera les raisonnements sans changer rien à leur vérité ni à leur généralité.
Supposons donc 2 crânes résumant une série quelconque et ayant en millimètres les diamètres suivants :
1" cas : Un des crânes l'emporte sur l'autre par ses deux diamètres et par son indice.
Premier cr'me. . . 200 de Ions 180 de large, alors l'indice =90 ) .„
n ■• • ton lAa -ni movenne. . 80
Deuxième crâne . . 160 — lia — — = /O )
Crâne moyen . . . 5G0/2 — 2^2/2 — dont l'indice sera de 81,2
C'est le seul cas oii l'indice du crâne moyen (81, '2) dépassera la moyenne des indices (80). Dans les autres cas, c'est la moyenne des indices qui l'emportera.
2'^ cas : Un crâne l'emporte par son indice et un de ses diamètres (dividende ou diviseur) , mais il est inférieur par l'autre : premier exemple, le diamètre le plus grand est le diviseur :
Premier crâne. . . 160 de Ions, 144 de larpe, d'où un indice de 90 1 on
Deuxième crâne .. 200 - 140 - - 70 } "'<^1^^'^'- • ^
Crâne moyen . . . 360/2 — 284/2 — dont l'Indice sera 19
Second exemple, le diamètre le plus long est le dividende :
Premier crâne. . . 175 de long, i^^ de large, indice 90 1 on
Deuxième crâne. . 200 - 140 - 70 j moyenne.. 80
Gràne moyen.. . . 575/2 — 294/2 — dont l'indice serait 18,5
3- cas : Un crâne l'emporte par ses deux diamètres, mais est inférieur par son indice.
Premier crâne. . . 145 de long et 130 de large, indice 90 1 en
Deuxième crâne . . 193 - 155 - 70 } 'noï«""'=-- ^0 ^
Crâne moyen,. . . 358/2 — 2,55/2 — indice qui en résulte 'S.o
On voit que, duiis ces deux: cas, la inoyeiine des indices l'emporte sur l'indice du crâne moyen.
58. Enfin, restent les cas où la moyenne est égale à l'indice du crâne moyen; cette identité se rencontre rarement. Deux cas seulement et tout à fait exceptionnels :
1" Celui ou les crânes ont les mêmes indices, par exemple :
Premier crâm;. . . 180 de long, 144 de large, indice 80 i „„
Deuxième cran.; . . 170 - 136 - - 80 j "moyenne.. 80
Crâne moyen . . . 250/2 — 280/2 — dont l'indice est 80
Et 2" celui où les deux crânes ont un de leur deux diamètres égaux :
Premier crâne. . . 180 de long 140 do largo, indice 77,5 1
Deuxième crâne . . 193 - 140 - - 72,5 f -noyenne. , /3
Crâne moyen . . . 373/2 — 280/2 — dont l'indice est , 5
59. Mais, hors ces cas, évidemment rares oii les deux crânes sont égaux dans un de leurs trois éléments : longueur, largeur et indice, la moyenne des indices est nécessairement différente de l'indice du crâne moyen, tantôt en un sens,' tantôt en un autre. Le plus souvent, la moyenne des indices l'emporte sur l'indicedu crâne moyen, sauf dans lecas, moins fréquent, où les trois valeurs, les deux diamètres et l'indice, sont moindres dans un crâne; alors seulement la moyenne des indices est une valeur moindre que l'indice du crâne moyen.
1)0. Ces règles, qui ont leur raison dans la théorie des proportions, sont manifestement générales ; pour leur donner le degré de généralité qu'elles comportent, il suffit de remarquer que la longueur du crâne est le dénominateur (ou diviseur) de la fraction ou rapport; qu-e sa largeur en est le' numérateur (ou dividende), et que l'indice en est la valeur (ou quotient).
Ainsi il est démontré qu'en substituant le crâne moyen (entité à laquelle on peut d'ailleurs adresser les mêmes critiques qu'à l'homme moyen) à la raovcnne des indices, seule moyenne conforme à la théorie, on substitue une' valeur à une autre qui ne lui est pas identique; à la vérité, elle s'en éloigne peu, mais enfin elle s'en éloigne, et l'erreur qui en résulte peut, dans des casrares, il est vrai, être notablement supérieure à celle que comportent les erreurs de mesurage; elle est d'autant plus forte, que les indices sont plus différents l'un de l'autre, et nous avons vu que, dans l'indice crânien, la différence peut presque atteindre 2/80.
En outre, (et c'est ce point surtout que je trouve fâcheux, dans cette méthode) comme on n'obtient pas isolément les indices de chaque crâne, on se prive de l'enseignement si fécond qui résulte de la sériation de ces indices. On a une moyenne privée de ce contrôle.
61. La critique que nous venons de faire de l'assimilation du rapport des valeurs moyennes à la vraie moyenne, etde démonti'er par des exemples empruntés à l'anthropologie, s'étend-elle aussi à la démographie?
Oui sans doute, en principe; mais en pratique la difiérence qui existe enti^e ces deux valeurs est si faible, que, contrairement à ce qui peut arriver en anthropologie, elle reste toujours ou presque toujours au-dessous de la précision des documents, car il s'agit ici de ceux que l'on peut attendre des enquêtes officielles, généralement fort négligées. Dans l'étude des populations, cette différence est d'autant plus faible, que, le diviseur commun des divers rapports annuels étant la population, ce diviseur varie fort peu d'année en année, de sorte que, dans ce cas,
DrCT. ENC. 2= S. X. 21
en vertu du principe établi (§ 58, '■2°), la différenoe entre le rapport des moyennes et la moyenne des rapports doit être très-faible.
62. Ainsi la Bavière, pendant la période 1853-08, a vu sa population monter rapidement de 4 553 486 h 4 824 421, ses mariages sont montés aussi de 27 ou 28 mille à 42 ou 45 mille ; et pourtant, malgré ces accroissements, la moyenne des rapports pris année par année est de 7,31 mariages par an et par 1000 habitants, et le rapport des valeurs moyennes (popul. et mariage) donne 7,34. De même, pour la France, pendant la période où sa population a été le plus accrue et sa mortalité diminuée (1831-40), je trouve que la moyenne des mortalités annuelles est de 24,67 par 1000 habitants, et le rapport des valeurs moyennes de 24,65.
63. Ces différences, bien qu'appréciables, nous paraissent encore trop inférieures à celles qui résultent des erreurs de relevés, notamment dans la supputation des vivants, pour imposer le rejet des méthodes ordinaires qui, en abrégeant les €alculs, diminuent le labeur et les chances d'erreur. Cependant la méthode rigoureuse garde l'avantage très-grand de faire connaître les oscillations annuelles, de pouvoir les sérier et en scruter les causes, avantages tels, qu'ils doivent souvent décider le démographe, malgré le surcroît de travail qui en résulte, à calculer les rapports annuels. D'ailleurs, ce surcroît sera bien allégé par l'emploi de lai'ègleà calcul ' {voij. Statistique).
64. Nous avons étudié jusqu'ici les diverses espèces de moyennes, leur détermination, leur écart médian ou probable, et leur écart possible ; les séries plus ou moins symétriques ou décidément insymétriques autour des moyennes, ainsi que les causes de leur symétrie ou de leur insymétrie ; enfin, la synthèse de toutes ces moyennes, tentée prématurément par la conception de l'homme moyen. Il nous resterait à traiter de la probabilité que possèdent ces valeurs moyennes de traduire avec une précision suffisante la valeur cherchée. En effet, ces moyennes que détermine le statisticien ne sont que des valeurs approchées de la grandeur exacte, mais inconnue, que l'on s'efforce d'atteindre sans être bien sur d'y parvenir jamais, mais avec la certitude de s'en rapprocher autant qu'on voudra, et, ce qui n'est pas moins précieux, de savoir toujours quelle est la chance d'erreur à laquelle on est exposé. Mais cette partie de mon travail se confond trop avec les autres questions de probabilité et les applications du calcul des ProbaniLiTÉs {voy. ce mot) aux sciences naturelles pour que nous puissions en traiter ici. Nous résumerons seulement quelques principes ayant des applications essentielles, afin que cet article soit complet et puisse être immédiatement utile, au moins au point de vue pratique.
65. Une moyenne n'a quelque valeur que si elle repose sur un grand nombre d'observations ; ce nombre doit être d'autant plus grand : l^que les diflérouccs de chaque observation isolée (ou chaque groupe d'observations presque égales à la valeur moyenne M) sont plus fortes ; 2" que le sujet étudié exige plus de précision. Et enfin, 3° quand il s'agit de la fréquence moyenne de deux événements qui s'excluent (comme mort ou guérison), il laut d'autant plus d'observations
* Pour le statisticien oal'antbropologi.-te cette régie à calcul doit avoir au moins 50 centimètres de long, et porter deux écliellcs dont l'une, ordinairement inférieure, double de l'autre, permet de lire piécisément trois à quatre chiflres (par exemple le nombre 14'ii) et i>28) et, par approximation, un cliiifre de plus; en outre cette règle est munie d'un curseur pour l'extraclion des racines.
que les fréquences respectives des deux événements sont plus voisines, et d'autant moins que l'un est plus rare relativement à l'autre. C'est ce qui sera démontré à l'article Probabilité.
66. En général, les autres conditions étant égales, la probabilité de la précision du résultat moyen croît, non pas avec le nombre N d'observations, mais comme la racine carrée de ce nombre, ^''N. Ainsi, quand les nombres des observations croissent comme 4 — 9—16 — 25^36 — 49, la probabilité de la précision du résultat moyen croit comme 2 — 3 — 4 — 5 — 6 — 7; en d'autres termes : si on veut un résultat 2 fois, ou 3 fois plus précis, il faudra, toutes choses restant les mêmes, que les observations deviennent 4 fois ou 9 fois plus nombreuses.
67. Déplus, nous avons vu que la précision de la moyenne augmente quand l'amplitude des erreurs £ diminue. Elle est en raison inverse, non pas de la somme (i) des erreurs (s e) ', mais de la racine carrée du double de la somme des carrés de ces
erreurs (^/2 s s-) . Il serait donc utile que chaque résultat moyen fût accompagné du nombre N des observations, et de la somme des carrés des erreurs, ou écarts des observations particulières (prises une à une, ou assemblées en petits groupes) avec la moyenne générale, afin que l'on pût toujours déterminer, soit le module de convergence a de la courbe de probabilité ( a = ] , soit la précision avec la-
quelle est déterminée la moyenne expérimentale par rapport à la moyenne absolue; la mesure de cette pi'écision s'appelle h poids (P) de la moyenne expéri-
N mentale, et a pour formule p^ , — =•
Ces notions, que nous jetons ici en avant, seront éclaircics et étendues à l'article Probabilité.
68. Il est un moyen très-pratique et presque toujours suffisant, surtout en démographie, de s'assurer si la moyenne trouvée par le calcul est assez rapprochée de la moyenne vraie, inconnue ; ce moyen consiste à prendre une secoudc moyenne sur une série d'observations en même nombre, ou bien, si on n'a pas d'autres observations, à diviser au hasard (ou suivant une norme qui soit certainement sans influence sur la moyenne) en deux ou trois groupes à peu près égaux, les observations dont on dispose, et à rechercher les moyennes de chacun de ces groupes. Si ces moyennes s'éloignent peu les unes des autres et de la moyenne générale, surtout si l'arrangement sériel, ou la courbe de probabilité qui le figure, conserve la même forme générale, on pourra regarder comme sufiisamment approchée la moyenne trouvée ; c'est ce que nous avons fait pour le département du Doubs, afin de nous assurer que l'arrangement si particulier des nombres sériés n'était pas îiccidentel, mais constant (F. p. 507, ^ 21). Au con-
* On remarquera que, dans tous les cas (moyenne objective ou subjective), les erreurs [s] se déterminent comme dans l'exemple de la polaire, en prenant la différence entre la moyenne génér^ile (M) et chaque observation particulière; ou, pour abréger, eiUre cette moyenne générale et les grandeurs moyennes de cliaque groupe sériai (dans lesquelles on a réuni les observations de valeurs voisines). Pour avoir la somme des carrés {2s-], on élève chaque dilférence [•:) au carré que l'on mulliplie par les nombres [a, b, c, d....) des observations de chaque groupe correspondant (car il y a en chaque groupe autant d'erreur (jne d'observations), et on fait la somme de ces produits ; celte somme (Se*), que l'on peut doubler pour l'avoir telle ([u'elK; entre dans les formules, est d'une grande importance dans tous les cas ■où il importe de mesurer la précision avec laquelle on a déterminé la valeur moyenne.
traire, si les différences de ces nouvelles valeurs avec les anciennes dépassent le degré de précision que l'on désire ou en approche, on sera averti de leur nombre insuffisant et l'on s'efforcera de l'augmenter, ou, si c'est une moyenne objective qu'il s'agit de déterminer, on pourra encore s'efforcer d'accroître la précision des mesurages des grandeurs relevées. Cette méthode d'information de la confiance que méritent les résultats n'a pas sans doute la rigueur des formules que nous avons données. 11 pourrait se faire que, par hasard, cette épreuve, péchant dans le même sens que le premier travail, induisît en errreur ; mais cette probabilité est bien faible, et comme le viodus faciendi de ce dernier procédé est simple, et relativement rapide, on pourra le plus souvent s'en contenter. En tout cas, nous ne saurions trop le dire, un statisticien doit toujours faire connaître sur quel nombre primitif d'observations il opère; il doit^aussi s'efforcer de découvrir la valeur médiane ou probable, c'est-à-dire celle qui comprend la moitié des faits observés, et, aussi, les plus grands écarts possibles de chaque côté de la moyenne. Quand il s'agit de moyennes typiques, généralement incluses entre les limites de la valeur médiane, il faut en outre faire connaître à quelle distance en plus et en moins de ces limites tombe la moyenne.
69. Conclusion. Nous terminerons cette étude en résumant dans quels cas il y a intérêt pour les savants à recourir à la détermination des valeurs movennes.
Quand il s'agit de moyennes objectives, c'est évidemment dans le cas où il importe que la grandeur réelle que l'on a besoin de déterminer le soit avec une précision plus grande que ne peuvent l'obtenir les instruments dont on dispose. C'est ce qui se présente souvent pour les sciences dites de précision, et notamment pour l'astronomie.
70. Quant aux moyennes subjectives ayant, entre autres objets, celui de décharger la mémoire et l'attention en condensant en une seule grandeur moyenne idéale un nombre considérable de grandeurs particulières, elles seront employées soit pour la clarté de nos idées ou de l'enseignement, soit pour suivre plus facilement les variations d'un système de grandeurs de même ordre.
71. Cependant les moyennes typiques ont, en outre, un résultat plus élevé. Au milieu de la complexité des variations individuelles, elles nous aident à découvrir les modifications caractéristiques des groupes nat-urels; elles seules permettent de mesurer ces modifications, d'en caractériser l'importance, d'en saisir les mouvements à travers l'espace et le temps, c'est pourquoi elles sont surtout précieuses pour le naturaliste, et notamment pour l'anthropologiste et le démographe. Bertillon.
NOZitMBlQL'E (CÔTE de). GÉOGRAPHIE ET ETHNOLOGIE. Il faut entendre par ce nom toute la partie de la côte orientale d'Afrique comprise entre les douzième ' et vingt-cinquième degré^ de latitude australe, et qui s'étend depuis la baie de Lagoa au sud, jusqu'au cap Delgado au nord.
Cette vaste étendue de littoral est censée appartenir aux Portugais, qui y ont en effet quelques établissements ; et dont la domination se ferait sentir dans l'intérieur des terres, au deliî même de la chaîne de montagnes qui court parallèlement ta la côte, en remontant vers le nord. Mais on sait aujourd'hui par les relations d'explorateurs dignes de foi, combien peu cette autorité est acceptée par les nombreuses tribus qui couvrent ce territoire ; et l'appel récent fait par le Portugal à l'arbitrage de la France sur la valeur de son droit à posséder la baie Lorenzo-Marquèz démontre combien ce droit que l'Angleterre venait lui con-
lester a besoin de s'assurer désormais par iine colonisation plus active et plus profitable aux intérêts de la science,
C'est en comparant les documents que nous a laissés l'historien portugais loao de Barros, ainsi que les renseignements fournis par Xavier Botelho (1855), sur les colonies portugaises de l'Afrique orientale et la carte du gouvernement du Zambèze et Sofala, publiée en 1861, par le vicomte de Sa'Bandeira, avec les relations les plus récentes des explorateurs de TAfrique orientale : Moffat, Caldwin, David Livingstonc, Waller et Saint-Vincent Erskine, que nous avons pu consigner dans cet article tous les résultats scientifiques acquis de nos jours. Nous comprendrons dans notre description non-seulement le littoral, mais encore toute cette région nouvellement explorée qui, limitée à l'est par l'Océan indien , et correspondant en latitude avec les possessions portugaises, s'étend dans l'intérieur des terres jusque vers le 26'' delongit. E.
Orographie. HiDROGRAPHiE. Continuant les montagnes du Natal, et se dirigeant vers le nord, court parallèlement à la côte, et à des distances variables, une large chaîne montagneuse dont l'arête principale, entrecoupée par de nombreuses gorges, se dédouble en ramifications secondaires, dont les unes descendent vers la mer, en formant des terrasses et des étages successifs que traversent et séparent des cours d'eau parfois considérables, et dont les autres, s'enfonçant dans les terrres, vont en s'échelonnant gagner la rampe élevée qui circonscrit au centre de l'Afrique l'immense plateau où se trouve le lac « N'gami i).
Par les fissures et les crevasses de ces cbauies secondaires s'écoulent, vers la côte, de grands fleuves avec leurs aflhients, qui limitent d'abord entre eux des territoires moulagiieux, puis de vastes plaines touffues auxquelles succèdent bientôt les vallées alluvionnaires.
bu sud au nord, on rencontre successivement sur la côte du Mozambique, les embouchures du Mapouta et de la rivière Saint-Georges, dans la baie de Lagoa; celles du Lbn-popo, grand fleuve dont le bassin se partage avec celui du Zambèze les cours d'eau qui sillonnent les terres élevées. Le Limpopo coule dans une belle vallée d'alluvions de 24 kilomètres de lai'ge. il vient se jeter dans l'Océan indien, suivant Erskine, à V Inhampoiira des cartes, et présente, à son emboucbuic, une double barre où des passages tortueux et pi'aticables sont toujours ouverts. Le Limpopo reçoit sur sa rive droite de nombreux affluents, dont les plus éloignés arrosent, du ?:Ui\ au nord, le Transvaal ou pays des Boërs, et parmi lesquels nous citerons le Mahalakéina, le Moguari et YInyambué. Sur sa rive gauche, il a comme principal aillueut le Chaché, qui reçoit lui-même une partie des rivières qui prennent Icui' source chez les Ma-tabélès.
Entre le Limpopo et le Zambèze, s'écoulent vers la mer plusieurs grands cours d'eau qui ont leur source dans les contre-forts les plus avancés d'une chaîne de montagnes qui sépare, en courant de l'ouest à l'est, les affluents delà rive droite du Zambèze de ceux delà rive gauche du Limpopo. Parmi eux, on distingue du sud au nord, le « Gabaulou », Gavourd des Portugais, grand fleuve qui tombe dans la baie de Masomonc, au nord de l'île de Bazarenta, par 22", 16' de latitude S.; le (( Labi )) ou « Savi » par 21", 28' de latitude S., fleuve peu navigable, quoiqu'il ait plus de 1,600 mètres de largeur à son embouchure; le Goroiigosi, qui se jette dans la mer auprès de Sofala et le Bosi ou Dasi, dont le bassin, suivant Saint-Vincent Erskine, offre un des problèmes les plus intéressants pour la géographie, et dont l'exploration conduirait à la connaissance d'une vaste «entrée très-saine et très-fertile dans le voisinage de Sofala.
Le Zambèze est un des plus grands fleuves d'Afrique ; il est sans contredit le premier de tous ceux qui en arrosent la côte orientale. Il offre, lui et ses affluents, de grandes routes naturelles ouvertes à la civilisation pour pénétrer dans l'intérieur du continent africain. Il se jette dans l'Océan indien entre 18 et 19° de lat. S., par 4 bouches différentes qui sont du sud-ouest au nord-est : le Milambé, le Kongoné qui, d'après Livingstone, est pi^obablement de formation récente et serait aujourd'liui la plus considérable de ces bouches, le Louabo qui paraît être la rivière des bons signes de Vasco de Gama, et le Timboué ou Mmelo.
Le Kouakoua, ou rivière deQuilimané, qui, pendant longtemps, a été regardé comme étant le bras principal du Zambèze dont il se trouve à 60 milles, ne serait en communication avec le fleuve qu'au moment des gi'andes crues, et par un canal de formation naturelle d'une très-petite largeur qui prendrait naissance à Mazaro, un des premiers postes portugais dans l'intérieur des terres.
La description du bassin du Zambèze est la partie la plus importante de l'étude des pays qui nous occupent. Aussi devons-nous y insister.
Entre le 54'' et le 24*= degré de long. E., le fleuve forme dans son cours une large courbe à concavité inférieure qui indique, par sa direction, celle de la grande arête montagneuse dont nous avons parlé. Entre le oO'^ et le 55^ degré, cette ligne principale est rencontrée par une chaîne de hautes montagnes qni, venant du nord, rejoint le lit du Zambèze, le traverse et le comprime entre les murailles d'une passe étroite appelée « la Gorge de Lupata » . Cette nouvelle chaîne qui semble ainsi redresser la première et la remener dans le nord pour la conduire jusqu'à la région des grands lacs nouvellement découverts, borne à l'ouest la vallée du « Cliiré », dans laquelle coule du N. au S. le principal affluent de droite du Zambèze. Cette vallée se déploie entre deux étages de montagnes boisées qui lui laissent une largeur de !20 milles environ et vient aboutir, par une élévation successive dcs^ terres, à l'extrémité méridionale du lac « Nyassa », située par 14°, 75' tic latitude S. et 55°, 10' long. E. C'est de ce lac que sort le Chiré qui fait ainsi communiquer les eaux du Nyassa avec le Zambèze. Environ 60 milles après sa naissance, cet affluent descend de près de 575 mètres en 55 ou 40 milles, par une série de cataractes qui partagent ainsi la vallée en deux régions distinctes : le haut et bas Chiré. A l'est du Chiré, sur sa rive gauche, se trouve, à une hauteur de 565 mètres au-dessus de la mer, le lac « Chiriva » qui a 60 à 80 milles de long sur 2 milles de large. A l'ouest du Chiré , en remontant le Zambèze, on gagne de plus en plus les plateaux élevés, et après avoir traversé les passes de Lupata, on se trouve dans une contrée des plus pittoresques, composée de massifs montagneux, entrecoupés de nombreuses gorges à travers lesquelles coulent, perpendiculairement ou obliquement à son cours, les affluents du haut Zambèze. C'est cette contrée qui formait autrefois le Monomolapa occidental ou Mocarangua.
Parmi les cours d'eau qui se jettent dans le grand fleuve, nous citerons, par ordre d'importance, de l'est à l'ouest : le Loangona dont le confluent est à Zumbo, l'ancienne capitale du Monomolapa, le Kafoué qui arrose le pays des Baschoukoulompos, le Zoungoué ou Mozuma, tous affluents de gauche; sur la rivé droite : VAroenha, la Muzoa et le Longkoué q\n arrose le pays des Ma-tabélès.
En considérant l'aspect général de ces régions élevées, où l'on rencontre tantôt de larges vallées déprimées entre les montagnes et arrosées par des cours d'eau tranquilles, et tantôt des massifs rocailleux par les crevasses desquels s'écliappent les rivières comme au travers d'une véritable dislocation de la pierre, on
songe à tous ces grands lacs intérieurs que l'on connaît à peine, et l'on se demande : si là aussi, il n'y avait point autrefois de véritables lacs qui, vallées aujourd'hui, ont dû leur transformation aux déchirements de la montagne.
La configuration orographique, en effet, est à peu près partout la même ; et sur tous les cours d'eau on rencontre des accidents de terrain semblables,, tels que « rapides et cataractes ». Parmi celles-ci, nous citerons seulement les chutes àeMosi-oa-Toimga ou de Victoria, découvertes parLivingstone, que Ion rencontre sur le Zambèze dans le pays des Ma-kololos, et qui ont deux fois la profondeur du Niagara.
Quant au nom de Lupata que l'on a donné pendant si longtemps dans les anciennes cartes aux montagnes dont nous venons de parler, il ne désigne véritablement que les innombrables gorges et défilés qui sont comme la caractéristique topographique du pays.
Au nord du Zambèze, sur toute la côte du Mozambique proprement dite, on trouve des cours d'eau, très-larges à leur embouchure, qui semblent prendre leur source dans les ramifications les plus avancées des montagnes qui s'élèvent à l'est des lacs Chirwa et Nyassa. Aucun cependant ne présente l'importance de ceux qui arrosent la côte de Sofola. Nous citerons entre autres : les rivièies de Mazemba, de Quisungo, iV Angola, de Sangage, de Conducia près de l'île de Mozambique. Enfin, immédiatement au nord du cap Delgado, dans la baie de Roviima, se trouve l'embouchure du fleuve de ce nom. Le Rovuma ou Rofuma, d'une importance égale à celle du Limpopo , est navigable jusqu'à près de 550 milles dans l'intérieur. D'après le U.-P. Léon des Avancliers, il formerait, avec le Chii'é, deux grandes voies d'échappement des eaux du lac Nyassa. Il a pour principal affluent le Liendé, qui prend sa source dans les montagnes qui bordent à l'est la partie septentrionale du lac Nyassa, et qui lui amène sur sarive droite tous les cours d'eau qui ne vont point se jeter dans la mer.
Géographie politique . Démographie. Les possessions portugaises du Mozambique sont divisées en trois gouvernements qui sont le gouvernement d'hihambané, comprenant les districts de Lorenzo-Marquèz et d'Inhambané; le gouvernement de Zambèze et Sofala, comprenant les districts de Sofala, de Senna, àeQ II il imané sur Y Océixn; celui de Tété, dans l'intérieur, et le gouvernement de Mozambique, partagé en deux districts : celui de Mozambique et celui de Quéiimbé.
Ce serait une grande erreur de prêter de l'importance à une pareille division politique. Sur cette immense partie du littoral africain, dont les Portugais s'efforcent de faire croire qu'ils sont les possesseurs, tous leurs établissements se réduisent, en vérité, à quelques comptoirs peuplés de métis et de convicts ,. défendus à peine par un petit nombre de soldats, et qui sont situés soit sur la côte, soit, plus souvent encore, sur une petite île. Ce sont les comptoirs de Lorenzo-Marquèz, à'Inliambané, de Sofala, d'Inaquea, de Quilimané, d'Angoxa, de Mozambique et dlboë ou O'ibo.
Quant à leurs possessions dans l'intérieur des terres, elles comprennent un certain nombre de postes, presque tous échelonnés sur le Zambèze, placés là comme autant d'étapes d'une civilisation impuissante, que représentent seulement quelques trafiquants intéressés et des fonctionnaires forcés le plus souvent d& subir les tristes résultats de l'isolement et du laisser-faire.
Ces postes sont, à partir de l'embouchure duZambè/e, ceux de Mazaro, de Chuvanga, de Senna, de Chicago, de Benga, de Tété, de Baroma et de Zumbo^
Paiiout ailleurs, le pays est possédé parles Cafres dont les nombreuses Uibus, superposées depuis la côte jusque sur les plateaux les plus élevés de l'inlérieur, se distinguent par les mœurs et les habitudes que la différence du sol entraîne chez elles. Les unes, essentiellement guerrières, habitent les hautes terres; celles qui occupent les plaines se livrent à l'agriculture; d'autres, en plus grand nombre, vivent de la vie nomade, fuyant devant la cruauté des chasseurs d'hommes, et sauvent forcés d'abandonuer, au plus vite, le terrain qu'elles avaient ensemencé depuis peu.
Parmi ces diverses tribus, nous cilci'onscn premier lieu celles des Ma-kololos et des Ma-tabélès. Toutes les deux habitent au delà du 28'' degré de long. E., sur. les bords du Zambèze : les Ma-kololos sur la rive gauche du fleuve, les Ma-tabélès sur la rive droite. Ce sont des peuples guerriers, souvent en hostilité entre eux.
Les lla-kololos, originaires du sud, appartiennent au type Bechuana. Leur langue est la même que celle des Beehuanas du sud : c'est le SicJuianà, langue dans laquelle la bible a été traduite par Moifat. Les vrais Ma-kololos sont d'une teinte moins foncée que les peuples cafres qui les entourent et qu'ils ont soumis (voy. l'article Cafres de ce dictionnaire). Leur peau est brune, mais d'un ton chaud et riche. Ils parlent lentement, d'une manière délibérée, et prononcent distinctement chaque parole. Ils sont généreux et hospitaliers. Chez eux, le proscrit qui vient chercher un refuge sur leurs terres, loin d'être vendu comme cela a lieu chez les Cafres Zoulous, conserve le rang qu'il avait dans sou pays. Suivant Livingstone, les femmes des Ma-kololos sont infinement supérieures à toutes celles d'Afrique : leur physionomie est agréable, leur intelligence trèsvive. Elles se couvrent d'ornements, et portent avec soin, et non sans une certaine •coquetterie, le « karols », sorte de manteau confectionné avec une peau d'agneau, ■de chevreau, d'ocelot ou de chacal, quelquefois de singe. La seconde partie du vêtement est une petite jupe entourant les hanches et le tiers supérieur des cuisses.
Parmi les peuplades soumises par les Ma-kololos, les unes sont seulement tributaires, telles que les Barotsés, les Munifétis, les Batloloras, qui sont encore plus reculées dans l'intérieur des terres ; d'auti'es, comme les Ma-kalakas et les Ma-shonas, ou Ma-saras, sont de véritables serfs.
Les Batokas qui reconnaissent l'autorité des Ma-kololos paraissent être les anciens possesseurs du sol. Ils sont d'humeur pacifique, et essentiellement agriculteurs. Plus civilisés que les autres Cafres, ils ont des bardes et des poètes. Leurs filles sont très-recherchées par les Ma-kololos. Toutes ces peuplades occupent la rive gauche du haut Zambèze.
Les Ma-tabélès habitent sur là rive droite. C'est un peuple agressif et barbare. Leur type est celui des Cafres Zoulous.
En descendant le cours du fleuve, on trouve encore sur la rive droite : les Aboiitouas, les Bazizoulous ou Moruzurus des Portugais, qui sont des peuplades montagnardes ; dans la plaine et plus rapprochés des bords du fleuve se trouvent les Banyaïs auxquels les trafiquants des postes portugais payent tribut; les Sidimas, ou Chidimas, qui occupent les environs de Tété. Sur la rive gauche du Zambèze, à l'ouest du Loangoua, sont les Bablmpés, qui habitent les hauteurs à deux journées de marche du fleuve, et les Bakoas, ou Batonyas, qui se livrent à l'agriculture. Parmi ces tribus, qui occupent toutes aujourd'liui la région formant autrefois le Monomotapa occidental, ou rencontre quelques groupes qui alti-
rent particulièrement l'aftentioa. Tels sont : les Bahoiiés, peuplade guerrière que leurs compatriotes appellent Baenda péz-i, ou va-tout-nu, parce qu'un badigeon d'ocre rouge forme leur unique vêtement ; et ces « chasseurs d'hippopotames » dont parle David Livinsgstone, qui vivent entre eux, et qui forment, sous le nom à'Akombouis, ou de Mapodzos, une tribu particulière dont les hommes s'allient rarement avec les peuples voisins. « C'est une belle race, à peau fine et trèsnoire, qui ne se défigure jamais par les affreux ornements que l'on voit chez les autres indigènes. »
A l'est du Loangoua, sur la rive gauche du ZanJjèze, vivent un grand nombre de peuplades qui se rattachent toutes ù la grande nation des Manganjas. Ce sont les Sengas ou Basengas, qui habitent à l'ouest de la vallée du Chiré; les Manganjas proprement dits, qui peuplent les bords de ce fleuve; et, plus au nord, dans les environs du lac Nyassa : les Maravis et les Ma-toumhokas.
Les Manganjas sont des peuplades actives et laborieuses, les habitants des hautes terres surtout. Non-seulement ils travaillent le fer et le coton, fabriquent des paniers et des nattes, mais ils s'adonnent largement à l'agriculture et au défrichement des bois; ils tissent eux-mêmes le coton qui sert à faire la jupe qui est leur unique vêtement. Dans toute la vallée du Chiré, comme aux environs des lacs Chirvva et Nyassa, ils font de la poterie, des marmites, des écuelles, de grands pots où l'on serre le grain, des vases de toute sorte qu'ils modèlent sans tour, et qu'ils décorent avec la plombagine que l'on trouve dans les montagnes. Sur les bords des lacs, les populations sont compactes et s'adonnent à la pêche.
Toutes ces tribus ont la singulière habitude de se limer ou de s'entailler les incisives. Quelques-unes, comme les Maravis, se les arrachent complètement. Le tatouage y est largement pratiqué. Les Manganjas, lesMa-toumbokas, les Maravis €t quelques autres tribus du Zambèze ont la poitrine, le dos, les bras et les cuisses ornés de coutures saillantes qui s'entrecroisent sous différents angles et forment, sur ces parties, de nombreux dessins triangulaires. Sur le visage, les reliefs arrondis de ces cicatrices leur donnent l'air d'avoir la peau couverte de verrues ou de boutons.
Au nord et à l'est des Manganjas, se trouvent des peuplades agressives qui viennent, de temps en temps, dévaster le territoire et y faire de véritables razzias. Ce sont, sur les hauteurs occidentales du lac Nyassa, les Maz-itous ou Maiitis, tribu de pirates d'origine zoulou, sortis, dit-on, du pays de Sofala.
Entre Quilimané et le Rofuma, la nation des Makouas possède toute la contrée qui est à l'ouest de Mozambique, et ne permet à aucun Portugais de pénétrer sur son territoire à plus de deux heures du fort. Ces Makouas sont des Cafres zoulous, connus aussi sous le nom de Lcmdias ou Landines. Ils sont d'un naturel féroce, et très-laids. Suivant Sait, les femmes des Makouas ont l'épine dorsale très-courbée, et le derrière saillant presque autant que chez les Hottentotcs. Parmi les Makouas, il en est qui, possédant des armes à feu, et excités par les traitants portugais, se sont mis à faire le commerce des esclaves qu'ils vont prendre ches les tribus Manganjas. Nous citerons, entre autres, les Ajahouas, véritables chasseurs d'hommes; les Angouros, h l'est du lac Chirvva, et les Mabihas, dans le district de Quérimbé.
Les tribus qui habitent au sud du Zambèze, dans les districts d'Inhambané et de Sofala, sont moins connues. Elles sont confondues sous le nom général de Landines et apparlienneut au type zoulou. Parmi elles, nous nommerons seule-
ment les Maqnanas ou Maquas, qui paraissent être de la même nation que les Macouas du Mozambique; les Chigankas, les Matoucas ou Maiiicas, les. Baroiiés et les Balonyas ou Butongas.
Tous ces peuples, que ne diliérencient dans leurs nombreuses divisions ethniques que des particularités peu importantes de mœurs et de coutumes, appartiennent à la race noire et forment la portion la plus importante du rameau cafre. Toutefois, le plus grand nombre des groupes que nous avons cités se rapporte surtout au type zoulou.
Nous avons déjà dit un mot du costume. 11 est à peu près le même partout : un caleçon de peau, de cotonnade ou d'écorce d'arbre battue et rendue souple par le rouissage. Chez les Batokas, le costume des femmes est pareil à celui des Nubiennes de la haute Egypte. Il se compose d'une frange de 6 à 8 pouces de haut, attachée à une ceinture, et formant jupon. Le tablier des jeunes filles est orné de coquillages et n'a de franges que par devant.
C'est probablement à l'effet produit par cette bizarrerie de certains costumes sur l'esprit de quelques voyageurs que l'on doit l'opinion de l'existence d'(( hommes à queue ». C'est ainsi que Livingstone parle d'une peuplade cafre dont le simple costume, agrémenté de feuillage, présentait des appendices branchus; et Saint-Vincent Erskine a rencontré, sur la côte de Sofala, une tribu de noirs portant une espèce d'appendice caudal fait en cuir et enjolivé d'ornements en cuivre.
Selon Livingstone, toutes ces peuplades ne seraient point réellement noires. Chez elles, c'est le brun qui domine; il est de nuance différente et souvent d'une teinte de bronze à reflets brillants. Chez tous, les cheveux sont laineux; mais le mode de coiffui'e est varié. Tantôt les cheveux sont disposés en mèches ou en tortillons, et tantôt taillés en étages, ou bien encore rasés. Beaucoup y font des découpures en guise d'ornements. En général, ils tiennent à ce que leur tète paraisse se projeter à la l'ois en haut et en arrière, et ils atteignent ce but par la façon d'arranger leur chevelure. Chez quelques tribus, la coiffure simule un casque. Dans les pays situés au sud du Zambèse, on se barbouille les cheveux de noir; dans le nord, au contraire, les indigènes se les teigneiJ en rouge.
Leur goût pour les bijoux est très-prononcé. Ils portent comnmnément des bagues à tous les doigts; des bracelets ; des anneaux de jambe, en laiton, en fer ou en cuivre; des colliers ou carcans, etc.
Mais le plus étonnant de ces bijoux est le « pélélé », ou bague de lèvre, que portent les femmes. Dans leur enfance, on leur perce la lèvre supérieure, près de la cloison du nez ; une petite épingle on bois est mise dans le trou, pour qu'il ne se ferme pas. Quand les bords de la plaie sont cicatrisés, on retire l'épingle, qui est remplacée par une plus forte; celle-ci, par une cheville qui va toujours grossissant, jusqu'à ce qu'un anneau de 2 pouces de diamètre puisse entrer sans peine. Cette parure est commune chez les femmes Manganjas. Dans les classes pauvres, c'est un disque ou un anneau de bambou ; chez les riches, il est en ivoire ou en étain. (Livingstone.)
Le pélélé est en usage chez toutes les populations du lac Nyassa. Il devient la cause d'un allongement considérable de la lèvre supérieure, qui, chez les vieilles femmes, tombe souvent au-dessous du menton. Celte flaccidité des tissus est peut-être, à son tour, la cause de l'obliquité que présentent les incisives supérieures, ce qui engage les indigènes à se les arracher.
Sur les bords du P.ofuma, chez les Mabihas et les Makondas, les hommes por-
MOZAMBIQUE. î>:>t
lent cet ornement aussi bien que les femmes. Jls y ajoutent même un anneau à la lèvre inférieure.
Les populations du Zambèse sont généralement superstitieuses. Quelques-unes le sont d'une façon particulière. Elles croient à une foule d'esprits malins vivant dans leau, dans la terre, d;uis l'air; engeance invisible et mauvaise, qui n'a d'autre plaisir que de torturer les bommes. Il ne faut point croire cependant à l'absence de toute idée religieuse cbez les Cafrcs, du moins cbez ceux dont nous nous occupons ici.
Pour eux, en effet, il y a un Créateur tout-puissant du ciel et de la terre, (|ui habite au-dessus des astres, et appelé « Moroungo ». Tout ce qui ne peut pas s'expliquer par les causes ordinaires, soit en bien, soit en mal, est attribué par eux à la divinité.
Mais, ce qui caractérise surtout leurs croyances, c'est l'opinion qu'ils professent sur la vie future. Suivant eux, tous les morts vont rejoindre le grand Être et continuent à vivre ; il y a un lien indestructible entre leurs esprits et les vivants. Les esprits des ancêtres, ou « Bazimos », sont considérés comme de bons esprits. On les honore en leur offrant de la bière, de la viande ou tout autre chose qu'ils ont aimée ici-bas. Les mêmes procédés empêchent les « Mchésis 11, ou mauvais esprits, de faire des dégâts dans les jardins.
Parmi ces peuplades, les unes, comme les Batogas, enterrent respectueusement leurs morts; d'autres les jettent dans la rivière pour qu'ils soient mangés par les crocodiles. Quelques-unes les ensevelissent dans des nattes et les placent sur les branches d'un boabab. 11 en est qui les portent dans un lieu retiré que défend une végétation épaisse et où ils deviennent la proie des hyènes.
Le docteur David Livingstone a rapporté de curieux et intéressants détails sur la superstition des Cafres.
Toutes les tribus du Zambèze ont recours à l'épreuve du « mouavi » , épreuve du poison ou jugement de Dieu. L'accusé qui le vomit est déclaré non coupable. La croyance à la sorcellerie est un grand obstacle à la civilisation. Quand un homme s'est coupé les cheveux, il a soin de les brûler ou de les enterrer secrètement, de peur qu'un sorcier ou un individu qui a le mauvais œil ne vienne à, s'en emparer et ne s'en serve pour l'afiliger de maux de tête.
« La médecine est exercée dans le pays sur une très-grande échelle. Elle s'occupe à la fois du traitement physique et du traitement moral, des maladies comme des chagrins et des désirs. Elle fait les exorcismes, conjure les périls, apaise les esprits et donne le succès. Indépendamment des praticiens réguliers qui ont de l'expérience, connaissent la nature et l'effet de certains médicaments, et rendent de véritables services, il y aies spécialistes, par exemple les docteurs es éléphants, qui préparent une drogue réputée indispensable à quiconque veut attaquer le noble et sagace animal. Les docteurs es crocodiles vendent un spécifique non moins nécessaire qui protège son possesseur contre le redoutable amphibie. Tous ces docteurs sont très-jaloux de leurs privilèges.
u 11 y aussi les docteurs es dés, les docteurs es mousquets, es pluie, es naufrages, etc. Tous les spécihques de ces différentes écoles sont de petits talismans dont la vente appartient aux docteurs. Ils se portent suspendus au cou, et préservent du mal celui qui en est pourvu. »
La construction des cases est complètement abandonnée aux femmes. Cette construction varie quelque peu, suivant la nature du sol. C'est ainsi que, dans les terres basses et les plaines alluvionnaires, les maisons situées au milieu des
Tfo'l MOZAMBIQUE.
bananiers et des cocotiers sont bâties sur des piles de bois qui les élèvent à quelques pieds de la terre humide : on y entre au moyen d'une échelle.
Sur les plateaux élevés, voici, d'après Livingstone, comment on construit la case : « Des pieux sont plantés en cercle ; on y enlace des roseaux que l'on crépit d'une couche épaisse de terre, et l'on a ainsi une tour de 9 à 10 pieds de hauteur. Un mortier formé de tuf ou des débris d'une fourmillière gâchés avec de la bouse de vache est soigneusement étendu sur le sol, et ne permet pas aux insectes venimeux de se loger dans les crevasses qu'il aurait présentées sans cela. La case une fois parquetée, on s'occupe de la toiture, dont le diamètre est jjeaucoup plus grand que celui du corps de logis. C'est en bas que se fait la charpente; on la met à sa place avec l'assistance des voisines, puis on la couvre en chaume. Une palissade de roseaux, également crépie, va rejoindre la toiture qui la dépasse encore, et se place à trois pieds de la muraille; on a ainsi une galerie couverte qui embrasse tout le bâtiment. Une seule porte basse conduit dans le corps central du logis, de sorte qu'on y est à la fois sans jour et sans aii". »
La forme circulaire est celle que l'on donne, en général, à toute espèce de construction. Toutefois, Livingstone a rencontré des maisons carrées chez quelques tribus, entre autres chez les Bazizoulous, montagnards qui habitent au sud du Zambèze, sur la rive droite.
Chez tous ces peuples, les femmes s'occupent de ce qui est du ressort de l'industrie et de l'agriculture. Ce sont elles qui cultivent la terre et qui récoltent, elles encore qui foçonnent la poterie, qui tressent les paniers et qui fabriquent la bière de sorgho, qui est la principale boisson du pays. Elles font germer le grain, le mettent à sécher au soleil, le l'éduisent en poudre, et soumettent la farine ainsi obtenue au brassage. « Le grain est concassé dans im grand mortier de bois avec un bâton, d'une longueur de 6 pieds et d'une grosseur de 4 pouces. Deux ou trois femmes sont autour de ce mortier, qui est pareil à celui des anciens Egyptiens. Chacune d'elles, avant de donner un coup de pilon, se soulève brusquement pour frapper avec plus de force. Le rhythme le plus rigoureux est observé par les batteuses, de sorte que jamais deux pilons ne sont à la fois dans le mortier... (juant au moulin, il est composé d'un bloc de granit ou desyénite, parfois même de micaschiste, ayant de 15 à 18 pouces carrés, sur 5 ou 0 d'épaisseur, et d'un morceau de quartz ou d'autre roche également dure, de la dimension d'une demi-brique; l'un des côtés de cette espèce de meule est convexe, de manière à s'adapter à un creux eu forme d'auge, pratiqué dans le bloc qui est immobile.
Quand la femme a du grain à moudre, elle s'agenouille, saisit à deux mains la pierre convexe, et la promène dans le creux de la pierre inférieure, par un mouvement analogue à celui d'un boulanger qui presse sa pâte et la roule devant lui. Tout en la faisant aller et venir, elle pèse de tout son poids sur la meule et, de temps en temps, remet un peu de grain dans l'auge du bloc. Celui-ci est incliné, de manière que la farine, à mesure qu'elle se fait, tombe sur ime natte disposée pour la recueillir. » (Livingstone.)
La chasse, la pêche, le commerce et la guerre, telles sont les occupations des hommes. Mais, d'une manière générale, ce n'est que dans les endi'oits où l'on fait le commerce d'esclaves que les indigènes de cette partie du pays sont d'humeur sanguinaire. Le plus grand nombre des peuplades zambéziennes sont, au contraire, d'un caractère paisible, et l'on ne constate point, chez elles, des agressions continuelles entre tribus, comme cela a lieu chez les Causes du Sud.
Le goût pour le commerce est des plus prononcés. Presque tous s'y livrent avec ardeur et plutôt par amour de la chose que pour le profit qu'ils en retirent. Il consiste surtout en échanges des produits du pays, principalement de l'ivoire, de la poudi"e d'or, des cornes et des peaux, contre de la verroterie et de la cotonnade. On renconti-e, chez les nations cafres riveraines du Chiré, des lacs Nyassa et Cliirwa, une tribu particulière qui se livre d'une manière toute spéciale au trafic : ce sont les Babisas.
La traite des esclaves y est, en outre, pratiquée sur une très-large échelle; les chefs trafiquent eux-mêmes de leurs propres sujets, et les vendent aux pourvoyeurs qui les conduisent à leur tour aux marchands portugais. Rien n'est triste comme le tableau que nous a tracé l^ivingstone de cet odieux négoce. La vente de l'homme devient la cause de luîtes terribles entre les tribus, et le rapt et le carnage entraînent bientôt une dépopulation effrayante parmi elles.
Les habitants du haut Chiré et de la côte occidentale du lac Nyassa se livrent à la clîassc aux éléphants, surtout depuis que les armes à feu ont pénétré chez eux. Mais c'est la chasse aux buffles et aux hippopotames que les indigènes pratiquent surtout. L'engin dont ils se servent est la flèche empoisonnée. Cette flèche se compose d'une petite baguette d'une longueur de 10 à H pouces, à laquelle s'attache solidement un fer barbelé, et d'une tige en roseau où cette baguette est simplement introduite. Immédiatement au-dessus du fer, le trait est barbouillé de poison. Quand la flèche est entrée dans la bète, le roseau se détache de lui-même ou est bientôt enlevé par les broussailles; mais le fer barbelé, ainsi que le bois qui porte le poison, reste dans la blessure, d'où l'animal l'aurait arraché en passant dans le fourré, si la flèche avait été d'une seule pièce. La matière vénéneuse dont se servent les Manganjas pour la chasse aux buffles est un poison très-violent qui s'appelle « Kombi » cl provient d'un strophantus.
Le harpon dont les chasseurs d'hippopotames se servent est façonné d'après le même principe.
Géologie. Minéi'.alogie. C'est la recherche de ce fameux pays d'Ophir dont parle la Bible, et d'où Salomon recevait de l'or, de l'ivoire, du bois de santal, des singes et des paons, que les Portugais eurent d'abord pour objectif dans leur première expédition au delà des mers. Ils pensèrent que ce devait être Sofala, dont le nom en arabe est « Zophar ». Les Arabes que Vasco de Gama trouva en effet établis sur cette partie du littoral africain, lors des deux voyages qu'il y lit eu I 498 à Mozambique, et en 1502 à Sofala, tiraient de l'intérieur du pays de nombreuses richesses.
Ce fut alors qu'alléchés par les récits merveilleux des indigènes, les Portugais remontèrent le Zambèze et arrivèrent dans le Monomotapa, dont les mines d'or devaient effacer dans leur imagination tout le prestige de l'antique province d'Ophir. Fr. Baretto, le premier et l'avant-dernier vice-roi du Monomotapa, parvint jusqu'à Senna seulement et vit son expédition décimée par la fièvre. Plus tard, cependant, les Portugais établirent quelques postes sur le haut Zambèze et pénétrèrent dans le Monomotapa occidental, ou Mocarangua, jusqu'au delà de Zunibo, l'ancienne capitale du royaume. A cette époque, où les trafiquants se rendaient aux lavages d'or avec des centaines d'esclaves, le produit était considérable; maintenant il se réduit à fort peu de chose. Il n'en est pas moins vrai que la plupart des affluents du Zambèze et le Zambèze lui-même, au delà des gorges de Lupata, charrient de l'or en quantité assez notable. Il en est de même
des rivières qui arrosent le pays de Sofala, et de quelques affluents du Limpopo. Suivant les Portugais, les districts de Sonna et de Monica abonderaient en terrains aurifères et eu minerais peu connus. On trouve de l'étain dans les hauts plateaux situés à l'ouest du lac Nyassa et habités par les Zoulous Mazitis. Dans le pays des Batokas, les montagnes sont coiffées de dolomite, et quelques-unes renferment des mines de cuivre. La malachite se rencontre en assez grande quantité dans l'intérieur.
Le fer magnétique, ainsi que le charbon de terre, abondent aux environs de Tété et de Chicova. En général, le corps des montagnes est composé de syénite recouvert de micaschistes; d'autres fois, c'est du trapp porphyrisé.
Dans la partie centrale du pays, où il n'a été soulevé ni syénite ni gneiss, la roche dominante parait être le grès grossier de couleur grise. Le grès est quelquefois remplacé par du quartz et un schiste argileux. Au-dessous du grès se trouve la houille. Dans le lit du Zambèze et les rocs qui l'enserrent, c'est la syénite qui domine ; mais dans un grand nombre de cours d'eau, on trouve du carbonate de chaux lamellaire et du schiste calcaire, au-dessous desquels se rencontre le grès gris qui recouvre ordinairement la houille. Les mines de charbon les plus l'approchées de la ville de Tété sont celles de Muatue, Merungora, Suhava et Macara. Elles ne sont pas complètement connues. On dit que les lieux où le charbon paraît à la surface du sol sont de dix milles d'étendue en moyenne.
Météorologie. Climatologie. Sur toute cette partie de la côte orientale d'Afrique, l'année météorologique se divise en deux saisons principales, correspondant aux saisons opposées de l'hémisphère noj'd.
La première, ou saison fraîche, commence en mai et linit en octobre; la seconde, ou saison des pluies, s'étend du mois de novembre au mois d'avril. Les époques intermédiaires ou de transition varient de caractère, suivant le degré de latitude et suivant aussi la situation orographique des contrées.
C'est ainsi que le docteur Kirk, qui a accompagné Livingstone dans ses récentes explorations, divise l'année des bords du Zambèze en troispai'ties : la saison froide, comprenant les mois de mai, juin et juillet; la saison d'été, répondant aux mois d'aoiit, septembre et octobre ; et la saison des pluies, embrassant le reste de l'année.
Au nord du Zambèze, dans toute la région du Chiré et sur les bords du lac Nyassa, les premières pluies commencent au mois de novembre, époque où le soleil, allant au sud, y est vertical. Mais les grandes pluies arrivent en janvier, février et mars, lorsque le soleil, retournant du tropique vers l'équateur, entraîne avec lui les vapeurs condensées de l'océan Indien.
Les vents qui prédominent, en effet, viennent de l'est ou du sud-est. Chargé des vapeurs dont il s'est imprégné dans sa course, l'air gravit les rampes qui longent la côte, et, se refroidissant à mesure qu'il s'élève, dépose sur les hauteurs la plus grande partie de l'eau que les rayons du soleil ont ravi à la mer.
La configuration du jjays, l'élévation successive des plateaux montagneux, à une distance peu considérable du littoral, provoquent ici, dans les climats partiels, la même division, à peu près, qui règne sur le versant occidental des Andes dans l'Amérique du sud, où l'on rencontre sur la même latitude, en des points peu éloignés les uns des autres, mais tiès-différents d'altitude, des pays (chauds, des pays tempérés et des pays froids.
Sur la côte du Mozambique, en effet, dans toute l'étendue des plaines alluvionnaires, la température est très-élevée; les pluies y sont torrentielles, !e climat ^excessif.
A mesure que l'on monte des bas plateaux sur les contre-forts les plus voisins de la chaîne de montagnes connue sous le nom de monts Lupata, la température s'abaisse, les variations entre les extrêmes horaires sont moins prononcées, et, à part certaines conditions météorologiques inhérentes à la nature du sol et à la disposition même des lieux, le climat général se rapproche des climats tempérés.
Sur les hauteurs voisines du lac Nyassa, dans le pays des Mazitous, la températiu'e est souvent froide; et les habitants des plateaux moyens et des terres basses y contractent rapidement des afleclions inflammatoires des organes de la respiration.
Ce qu'il nous faut aussi signaler, c'est l'existence de sécheresses périodiques, qui, à époques variables suivant l'altitude, viennent dévaster les pays situés «litre 10 et '25° de latitude sud. C'est ainsi qu'entre 10 et 15°, ces sécheresses apparaissent tous les dix ou quinze ans, tandis qu'elles reviennent tous les cinq ans, à peu près, entre le 15*^ et le 20'^ degré au sud du Zambèze, dans le district de SoMa.
On peut quelquefois trouver à cette sécheresse une causé toute locale. A Tété, par exemple, où la ville est placée entre deux chaînes de montagnes, courant nord et sud, on voit souvent pleuvoir sur ces montagnes, alors qu'il ne tombe pas une seule goutte d'eau dans la ville non plus que dans le voisinage, et que les bords du fleuve sont en proie à une sécheresse désolante.
La sécheresse qui s'étend sur toute une contrée a lieu, le plus souvent, en pleine saison des pluies, entre les deux passages du soleil, de l'équateur vers le Iropique, et du tropique vers l'équateur.
Le Zambèze a deux inondations par an : la première, qui n'est que partielle, atteint son maximum vers la fin de novembre ou le commencement de janvier ; la seconde, qui est plus considérable, a lieu après les débordements des rivières (le l'intérieur, ainsi que cela arrive pour le Nil, et coïncide avec les pluies torrentielles de février et mars.
Les Portugais ne nous ont fourni que des documents fort incomplets sur la climatologie de leur colonie de Mozambique.
Un médecin de la marine portugaise, M. Antonio Pinto Roquete, a publié, en 1865, dans le Journal de la Société des sciences médicales de Lisbonne, un court résumé météorologique, se rapportant principalement au port de l'île de iMozambique. Ce travail a été ti-aduit par M. Le Roy de Méricourt, et publié, en 1868, dans les Archives de médecine navale. Rien que ces données météorologiques n'aient qu'un intérêt local, et que l'on soit frappé de la singulière coïncidence qu'elles présentent avec celles que nous possédons sur l'île Mayotte [voi/. Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les paTjs chauds), nous croyons devoir la reproduire en partie dans cet article. « La marche du baromètre est régulière et diffère à peine de quelques dixièmes de millimètre d'un mois à l'autre, excepté à l'approche de l'hivernage, époque à laquelle la pression €st plus grande; entre la movenne la plus haute, qui est de 764""", 74 en août, et la plus basse, qui est de 757'""', 76 en mars, on compte à peine 6"^™, 78 : la hauteur moyenne annuelle est environ 760™™, 40. Les variations accidentelles sont également peu marquées, malgré les vents violents et les tempêtes propres au climat de Mozambique. La moyenne des oscillations diurnes n'excède pas, dans toute l'année, 1™"',98; les extrêmes varient de 4 millimètres.
« Pendant les mois que comprennent les observations, c'est-à-dire du mois
d'août 1861 au mois d'avril 1862, la moyeane miiiima de température fut de 22°70, et la moyenuc maxima fut de 28" 15 eu janvier. Les extrêmes absolues des observations quotidiennes varient entre 17°5 et 50°5; l'amplitude est donc de 15 degrés.
« Les variations nyctémérales dépassent rarement 5 à 6 degrés.
« L'humidité est généralement assez prononcée, elle oscille entre 71"5 et 86 degrés; la moyenne est approximativement de 77 degrés.
« Les mois pluvieux sont : novembre, décembre, janvier, février, mars, avril.
« De décembre à avril, les vents prédominants souftlent du N. E. au N. 0., en passant par le nord; de juin à septembre, ils varient du S. E. au S. 0., en passant par le sud. Dans les mois intermédiaires, la brise est variable ou bien il fait calme; les veuts d'E. ou d'O. sont rares; mais quand ils soufflent exactement dans cette direction, ils sont toujours violents et chargés d'humidité. Les tvphons, qui, dans cette province, portent le nom de manomocaios , n'éclatent qu'à de longs intervalles. Les coups de vent, sans caractères particuliers, sont fréquents pendant les trois mois d'hivernage.
« Deux saisons principales, de quatre mois chacune, se succèdent presque brusquement à Mozambique, et absorbent le printemps et l'automne. La première commence en décembre et dure jusqu'en avril ; c'est la saison chaude ou hivernage. La seconde, qui est la saison fraîche, s'étend de juillet à octobre. Les mois intermédiaires ou de transition participent de l'une et de l'autre. »
Flop.e. Pour donner une idée de la richesse végétale des contrées que nous étudions, il nous suffira de dire que le docteur Kirk, quia accompagné Livingstone dans son exploration du Zambèze et du duré, a pu rapporter en Europe plus de 4000 espèces de plantes, entre autres des échantillons de bois précieux et plusieurs variétés de colon. On comprend combien la végétation doit varier dans un pays où le sol et le climat sont eux-mêmes si différents pour des régions situées sur une même latitude. Dans l'énumérationque nous allons faire des principales plantes connues, nou^ nous en tiendrons presque uniquement à celles qui ont une valeur agricole ou industrielle.
Dans les terrains d'alluvion poussent en nombre considérable les palétuviers (Rizophora mangle L.), recouverts, ])Our la plupart, d'orseilles {Lichen rocella L.), plantes tinctorales qui sont l'objet d'une exportation importante. On y trouve encore le palmier d'eau (Nipa fniticans L.). Dans les teri'ains marécageux, les roseaux, enlacés de convolvulus ou d'autres plantes volubiles, forment des taillis inextricables. Parmi ces plantes, nous citerons entre autres : une liane vénéneuse [Dirca palustris L.), avec laquelle les indigènes empoisonnent les eaux pour engourdir les poissons, et le DolicJws pruriejis, dont les gousses sont revêtues d'une multitude d'aiguilles qui pénètrent dans la peau, où elles entrent par myriades, et dont les graines produisent une farine qui a du rapport avec celle du haricot ou de la fève. La lentille d'eau, de la famille des Lemnacées, couvre la surface des eaux calmes et encombre certaines rivières, entre autres le bas Chiré et le Loangoua; sur les bords se trouve le lotus [Nymphœa nelumho L.). Aux palétuviers succèdent de vastes plaines recouvertes d'herbes élevées, que l'on brûle lorsqu'elles sont sèches, ce qui donne au sol une très-grande fécondité. Les arbres sont rares au milieu de ces herbes, excepté quelques essences dures, entre autres le borassus et le gaïac, qui résistent seuls à cette mer de feu qui passe annuellement sur ces terrains incendiés. Leboabab [Adansonia digitataii.) croît sur les plateaux intermédiaires et y atteint des proportions gigantesques.
La végétation ae ces plateaux, moins iuxurianie que celle des basses terres, fournit des pâturages excellents pour le bétail.
Sur les lieux élevés croissent les rhododendrons, les fougères arborescentes, les immortelles et la plupart des grandes essences, parmi lesquelles nous citerons des Césalpiniées, des Plérocarpées, des Yerbénacées, des Légumineuses, des Cinclionées et des Sterculiées magniliques.
Le palmier (Borassi/s œthiopium), qui fournit le vin de palme, forme des forêts immenses, à quelque distance des vallées et des marécages, en avant des chaînes montagneuses. A leur pied pousse le bambou (Ca^JtJ/usa arunduiacea Retz).
Parmi les principales plantes industrielles de ces contrées, nous citerons ; plusieurs espèces de coton; un coton de première qualité est cultivé parles indigènes, et n'est employé qu'à la fabrication d'une étoffe grossière. Autrefois, les Portugais le faisaient recueillir à très-bas prix, et l'échangeaient dans le Manica (district du Zambèze) pour de la poudre d'or; un hibiscus à grandes fleurs jaunâtres et à feuilhige ombreux, dont l'écorce est fort estimée pour la fabrication des lignes, des harpons avec lesquels on chasse l'hippopotame; plusieurs pandanus, avec les feuilles et les tiges desquels on confectionue les ballots ; des Césalpiniées, dont l'écorce préparée sert de vêtement; plusieurs Ptérocai'pées, dont une espèce fournit un rouge astringent semblable au kino, et dont le bois sert à faire des pagaies sur les bords du lac Nyassa; une plante textile, que l'on nomme houaze\ dont la (liasse est plus forte et plus fine que celle du lin, et qui esi em|-)loyée à confectionner les filets; lecl)auvre; différentes espèces de mimosées qui fournissent de la gomme.
On y trouve encore le caoutchouc de Madagascar {Vahea gummifera Poir.) ; le tabac, très-cultivé chez les Batokas, qui sont d'insatiables fumeurs; le Cassia acutlfoUa, qui fournit le séné du coumierce; le fustet (Rhus cotuius L.), qui produit une matièie colorante jaune.
Dans les forêts, les bois durs foisonnent. : plusieurs arbres de la famille des Légumineuses donnent le bois de fer ; les Ebénacées, entre autres le Diospyroi melunida de Poiret, fournissent l'ébène; l'acajou est tiré du Swietenia mahafjoni L., de la famille des Gédrélacées.
Les Yerbénacées produisent d'excellents bois de construction; nous nommerons entre autres le teck [Tectonia grandis) et un vitex, dont la drupe fournit une huile excellente.
Parmi les Rubiacées, le Mokoundou-koundou abonde dans les forêts de Chupanga. Son bois, d'un jaune brillant, fait de bons mats pour les bateaux, et reiiturme un principe amer qui est fébrifuge. Un autre arbre, le « gounda », atteint des proportions énormes : ou en fait de grands canots du port de o k i tonnes.
Un certain nombre d'arbres produisent d'excellentes huiles siccfitives, entre autres un slerculier et une espèce d'acajou.
Parmi les plantes cultivées, nous devons citer en premier lieu le sorgho [Holcus sorglium), avec la graine duquel on fait la bière. Sa culture est très-répandue, surtout dans le haut Ghiré. On le désigne sous le nom de « mapira » ou «mabh». Le riz {Oryza sativaL.), cultivé chez les Manganjas, dans le bas Ghiré et les terres basses; le millet {Panlcum miliaceum L.) : la fève de marais; l'arachide [Arachls hypogea L.); la patate [Convolvulus batatas L.) offrant deux variétés : une rouge, une blanche; le maïs {Zea mays L.) ; l'igname {Dioscorea alala L.) .
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On trouve en outre, chez les Barotzés : le manioc {Jatropha manihofL.], le bananier, la canne à sucre.
Sur différents points, on récolte la racine de lotus, appelée « nyika ». Cette racine, d'un usage alimentaire extrêmement répandu, se mange grillée ou bouillie et ressemble ainsi à la châtaigne.
Le blé se rencontre, en petite quantité, dans les environs de Tété. Le caféier {Coffea arabicaL.) est cultivé chez les Ma-kololos, au delà des gorges de Lupata.
Parmi les plantes potagères, nous nommerons la citrouille, la tomate le choux, l'échalote, le concombre, le melon, la pastèque, etc.
Le sésame oléagineux {Sesamum orientale L.) est largement cultivé dans les vallées du Zambèze, du Chiré, et dans le district de Sofiila. On tire aussi de l'huile du palmier avoira {Elœis guineensis Jacquin.) et d'une grande espèce de concombre dont les graines sont très-oléagineuses.
Parmi les arbres fruitiers, nommons l'oranger et le citronnier, que l'on rencontre à l'état sauvage; le manguier {Mangifera indica L.), qui croit-, d'une manière luxuriante, au-dessus de Lupata, et qui fournit une ombre épaisse, ion fruit délicieux, meilleur en cet endroit que sur la côte où on le trouve aussi, nourrit, pendant une partie de l'été, les indigènes qui en prennent soin; le goyavier {Psidium pyrifenim L.) et le dattier, qui abonde dans les grandes prairies qui s'étendent entre le Limpopo et le Zambèze. L'ananas est largement cultivé partout, et le jujubier paraît avoir été importé de l'Inde dans le Zambèze.
Nous citerons encore, pour terminer, l'arbre à gutta-percha, que Saint-Vincent Erskine aurait rencontré dans la vallée du Limpopo; l'euphorbe, avec laquelle on forme communément les haies des villages; les banyans gigantesques, trèsabondants dans les plaines alhivionnaires ; le Colombo {menisperminn palmatum L.) dans les terres basses et la salsepareille sur les hauteurs; le ricin et le tamarin cultivés surtout dans le Chiré.
Faune. La faune de cette partie de l'Afrique orientale est remarquable par la grande variété des espèces animales qu'elle présente, aussi bien que par la f[uantilé de celles qui sont spécialement originaires de ces contrées.
Mammifères. Parmi les Mammifères, nous devons citer, en premier lieu, les Antilopes, comme très-importantes en nombre et en espèces. Les unes vivent dans les lieux humides et sur le bord des fleuves ; les autres dans les plaines et les buissons; d'autres encore sur les plateaux élevés et les régions montagneuses.
Celles qui vivent sur les hauteurs sont l'antilope aux pieds noirs ou yallah {Antil. melanopus Leicht.) ; les gnous à pelage brun {A. gnu), et, parmi eux, le gnou rayé ou gnrgon {Catoblepas gorgon Smith), tous remarquables par leur longue barbe et leur crinière ; le sauteur de rochers ou Klip springer des Hollandais (.4. oreatragus Forst.), qui habitent les hautes montagnes, sautant comme le chamois, de rocher en rocher, avec inie vigueur et une précision remarquables; le pasan de Buffon ou Oryx; l'antilope bleue {A. leucophœa Gaicliu), très-commune dans les bassins du Rofuma et du Limpopo.
Parmi les antilopes des plaines, on trouve : l'antilope plongeante ou duyker hock des Hollandais : son nom lui vient de la manière dont elle se précipite dans les buissons quand on la poursuit; l'antilope ourebi {A. scoparia Schreb.); l'élan du Cap, appelé aussi canna ou impooko (A. oreas Pall.) : c'est la plus grande espèce d'antilope, elle atteint la hauteur d'un fort cheval; le Bosh-bock {A. Sijlvatica Sparman et Gm.j, dont la voix ressemble tellement à celle du chien, que,
trompés par elle, les voyageurs s'eiifoiiceiit dans les endroits les plus reculés,, croyant toujoiu-s arriver à quel(jue habitation ; le caama {A. caama de Cuvier),, vulgairement cerf du Gap, dont le cri est une sorte d'éternuement ; le steenbock {A. traguhis Leicht).
Les espèces qui fréquentent les lieux humides sont : le condou {A. strepsiceros Pall.), (jui vit par familles de cinq à six individus dans les parties boisées et sur les bords des rivières qu'il traverse à la nage, lorsqu'il est poursuivi. 11 est extrêmement rapide à la course et saute avec tant d'agilité, qu'il peut Irancliir un obstacle de 3 mètres de hauteur; le ritbock ou antilope à cornes noires A. oleotragiis Schreb.), vit par petites troupes, au milieu des roseaux et des joues, et dans les bois voisins des rivières; l'antilope aquatique [Egoceros ellipsiprymmus Ogilby et Smith) ; le nagor ou antilope des roseaux {A. redunca Sclu'eb.).
i'jifni le léché ou léchoué, et le pnkou, dont parle Livingstone, sont aussi des antilopes qui vivent dans les plaines basses.
Les autres Pauiiinants sont : le buffle du Cap (Sparman) qui vit dans les lieux humides, dans les parties les plus fraîches des forêts, et surtout dans le voisinage des lacs; le bœuf et la vache, qui paraissent être de race hindoue, trèsabondants dans le haut Chiré et le pays des Maravis ; la girafe ; le mouton ; la chèvre : la chèvre manganja est d'une race supérieure à toutes celles que l'on voit généralement en Afrique, elle est bas sur jambes, a les reins larges et le corps bien fait (Livingstone). Toutes ces espèces animales se rencontrent à l'état sauvage et habitent les grandes plaines herbues.
L'ordre des Pachydermes y est largement représenté. Nous nommerons, en premier lieu, les Eléphants, qui vivent par troupes plus ou moins nombreuses dans les régions sèches ou les lieux humides des vastes marais. L'éléphant maie de l'espèce africaine est d'une taille de 10 à 12 pieds; il diffère de l'éléphant d'Asie par la l'orme de son front qui est convexe, et surtout par l'énorme dimension de ses oreilles. Beaucoup de mâles et toutes les femelles de l'espèce asiatique sont dépourvus de défenses; dans l'espèce africaine, au contraire, ces armes se trouvent chez les deux sexes. Les défenses des éléphants qui habitent les régions sèches et pierreuses sont d'un grain beaucoup plus serré, d'un poids beaucoup plus lourd que celles des individus qui vivent dans les plaines basses et les lieux humides; mais ces dernières sont déplus grande dimension.
Dans le Chiré, on rencontre jusqu'à 800 éléphants réunis en une seule troupe. A ce propos, Livingstone a évalué, d'après la quantité d'ivoire apportée sur les marchés, que la quantité d'éléphants tués annuellement dans ces contrées devait s'élever à 50,000 !
Après l'éléphant vient l'hippopotame [Hipp. capensis Desm.), qui est d'uuc grosseur énorme et atteint quelquefois jusqu'à 5"', 575 de longueur sur 5'", 248 de circonférence (d'Orbigny). La chair de l'hippopotame est très-appréciée par les indigènes, en même temps qu'ils font le commerce de ses défenses. Il abonde sur les bords du Zambèze et de ses affluents, ainsi que sur les bords du lac Nyassa. Au delà des gorges de Lupata, dans le bassin élevé du fleuve, on rencontre quelquefois des hippopotames rosés de la nuance des Albinos. Le rhinocéros bicorne {Rhin, africanus Cuzici.) vit dans les forêts des montagnes ; le porc à large groin ou cochon à verrues [Phacoclierus de Cuvier) est un habitant de la plaine, bien qu'il se rencontre aussi dans les bois élevés. Il porte sous les yeux deux excroissances aplaties, qui l'ont fait nommer quelquefois ; cochon à
quatre oreilles, et présente sur la ligne du museau deux loupes saillantes qui lui élargissent le groin; de là son nom. Il est spécial à ces contrées et vit à l'état sauvage.
Les Solipèdes offrent, dans la Cafrerie, trois espèces importantes, ce sont : le coiiagga, le zèbre et le daiv. Le couagga, ou cheval du Cap, habite, en grand nombre, les plateaux de la Cafrerie, où il se nourrit de plantes grasses et d'une espèce particulière de mimosa. 11 vit en familles qui se mêlent souvent aux troupeaux de zèbres ou d'antilopes. Le daw habite les montagnes.
Dans le cours élevé des fleuves, on trouve le lion, le léopard, Vhyène, le chacal. Le chien du Cap ou cijnhiène, an museau pointu, aux oreilles droites, à la queue longue et trahiant à terre, au poil clair, long, toujours hérissé, vit en meutes dans les forêts.
On rencontre aussi, dans les parties boisées, plusieurs espèces de makis ou singes lémuriens, entre autres le maki à front blanc, connu sous le nom de maki d'Anjouan; les babouins et des singes verts nommés piisis vivant surtout dans les palétuviers. L'espèce unique qui habite spécialement la Cafrerie est le cercopithèque de Lalande, dont le pelage, très-long, n'est véritablement point vert, mais d'mi gris à peine teinté de vert ou d'olivâtre.
Parmi les Rongeurs, nous citerons le porc-épic, la gerboise, la genette, l'oryo tère ou bathyergue de Buffon, et deux espèces peu connues, dont l'une, le (( rhyncocion », a été décrite dernièrement, par Peters, sous le nom de rliyucocion du Mozambique. La seconde espèce est le « senzé » ou Aulocadiis swinderianits, dont certains naturalistes font une marmotte, d'autres un porc-épic.
Oiseaux. Cette classe est représentée par les espèces les plus variées et les plus intéressantes. Nous nommerons ici : le milan, la corneille, le ganga namaqua, le faucon, l'aigle-autour, le huppart de Levaillant, l'œdicmèae du Cap, le pygargue vocifer ou aigle-pècheur, les tisserins jaunes et l'ouges, les guêpiers, dont une variété à poitrine rouge, la poule sauvage, le calao, la veuve fringante, leroUier du Cap, plusieurs variétés de francolins et de tourterelles, le martinpêcheur, l'engoulevent, les soMi-?nanf/as, petits oiseaux aux couleurs éclatantes et métallisées, qui, comme les colibris, se nourrissent du suc mielleux des fleurs, plusieurs outardes ou koran : le koran à ventre noir {otis melanogaster) qui habite les buissons, le koran à crête rouge (otis ruficresta) et le koran de plaine (otis affra) ; le pique-bœuf [Buphaga africana), qui se noinn'it des larves et des insectes qui se trouvent sur la peau des buffles et des boeufs. Il est aussi appelé : garde-bœuf; l'oiseau perché sur la bête voit le danger qui la menace, il bat des ■ailes, jette des cris perçants et lui fait ainsi prendre la fuite, avant que le chasseur ait pu l'approcher.
Un autre oiseau curieux, c'est l'indicateur des ruches, de l'ordre des zygodac tyles, très-voisin des coucous, dont toutes les espèces connues habitent le Cap et la Cafrerie. Lorsque l'indicateur aperçoit des personnes qui sont à la recherche des nids d'abeilles sauvages, il va aussitôt se placer sur l'arbre qui renferme une ruche ; et si l'on tarde trop à s'y rendre, il redouble ses cris, vient au devant des chercheurs et paraît, par ses mouvements, vouloir les faire se hâter. Pendant qu'on recueille ce que contient la ruche, il se tient dans les environs et attend la part qu'on ne manque jamais de lui laisser.
Dans les Palmipèdes, nous trouvons plusieurs espèces d'oies : l'oie couronnée, l'oie éperonnée, l'oie à crête d'Égyple ; l'oie de Madagascar ; le canaroie [DendrocygnaSw.); le cormoran à poitrine blanche; l'uuhiniga ou plotus {Plotus
LevailIantU), excellent nageur et plongeur, ûien qu'il perche et qu'il niche sur les arbres qui bordent les rivages, etc.
Les Échassiers sont très-nombreux; nous citerons entre autres : le héron, l'ombrette {Scopus umhrelta Gmelin), le bec en ciseau, le bec ouvert [Anasiomus lamelligeriis Tem.), qui se nourrit de coquillages; la cigogne, le jabiru, le marabout, l'ibis, la spatule et le flamant, que l'on rencontre surtout sur les îles basses dont le Zambcze est parsemé.
Reptiles. Les crocodiles abondent dans les cours d'eau et dans les lacs.
On trouve des serpents dans les gorges des montagnes, et quelques-uns passent pour très-venimeux ; aux embouchures des fleuves, vivent les tortues : le caméléon se renconti'c en grand nombre dans les buissons des terres basses, et le likala des indigènes, ou lépidosirène, dans les heux marécageux.
Poissons. Parmi les espèces lluviales, nous devons citer le poisson-scie, qui remonte bien haut le cours des fleuves, le pimélode, très-abondant dans le Chiré ;. le saumon, que l'on trouve aux environs des cataractes ; les carpes, qui pullulent dans les lacs, les brochets dans les rivières, les bleunies dans les terrains fangeux des palétuviers ; le ngouesi, aux écailles argentées et aux nageoires rougeâtres,qui atteint le poids de 15 à 20 livres, et le « kono-kono » ou poisson aboyeur, dont les nageoires dorsales et pectorales sont armées de véritables sciesde plus d'un pouce de longueur, et qui paraissent couvertes d'une sécrétion mordante, car leur blessure est très-douloureuse. Le kono-kono aboie distinctement quand on le retire du fleuve (Livingstone).
Articulés. Les arachnides et les insectes sont nombreux dans les plaines marécageuses, comme dtins les parties boisées et sablonneuses des plateaux intermédiaires aux terres élevées et aux plaines d'alluvion. On y rencontre le scorpion^ la scolopendre, de grosses espèces d'araignées, des myriades de fourmis, et parmi ces dernières, les fourmis-lions qui abondent dans les endroits sableux. Les coléoptères y sont représentés par les espèces les plus rares et les plus belles. Dans les écorces des arbres ruchent des tribus innombrables d'abeilles sauvages. Nommons encore: les papillons aux couleurs les plus brillantes, les vers luisants, le fulgore porte-lanterne, plusieurs espèces de mouches exotiques, les. moustiques et toute la série des insectes parasites, parmi lesquels nous citerons le « garapatte » ou ixode nuisible, et la mouche tsé-tsé, dont la piqûre est si fmieste aux animaux domestiques. Ce diptère, que quelques-uns regardent comme une glossine [glossina morsitans) , pourrait bien être un hippobosque> Quoi qu'il en soit, personne dans le pays ne saurait dire où la tsé-tsé éclôt ; à une certaine époque elle disparaît complètement, et revient tout à coup sans qu'oa sache d'où elle arrive. Dès qu'un animal domestique est piqué par elle, on lui voit bientôt l'air abattu, les oreilles tombantes, et, au bout de quarante-huit 1m mes, il se manifeste une flaccidité générale des muscles, et la mort ne tarde pas à arriver. 11 est assez singulier que, fatal aux chevaux, aux bœufs et aux chiens, cet insecte ne le soit ni aux chèvres, ni à l'homme, ni aux singes.
La nature de son poison nous est inexplicable encore. On a supposé à une certaine époque que ce n'était pas la mouche qui tuait les animaux, mais une plante dont ils auraient mangé dans les localités où abonde la mouche tsé-tsé.
Le docteur Livingstone raconte à ce sujet l'expérience suivante : un officier de l'armée des Indes qui l'accompagnait se rendit avec un cheval de peu d& valeur sur le sommet d'une colline où abonde la tsé-tsé : il n'y resta que le temps nécessaire pour jeter un coup d'œil sur le pays environnant et attraper
quelques échautillons de la mouche : il ne permit pas au cheval de rien manger, et dix jours après celui-ci succomba.
Sur l'homme, la tsé-tsé ne produit pas plus d'effet que le moustique. 11 est un autre petit insecte appelé « Kungo » que l'on rencontre par nuées, et que les indigènes recueillent pour en faire des gâteaux.
Pathologie. Dans le bassin inférieur des fleuves, ainsi que sur toute la côte, la fièvre paludéenne domine toutes les autres maladies endémiques et absorbe pour ainsi dire, la pathologie du climat. Suivant Saint-Vincent Erskine, qui l'a observée dans l'inhambané et le Sofala, elle ne s'étendrait pas au delà des pieds <les collines qui courent à peu de distance de la mer. Une fois sur les hauts plateaux, dit cet explorateur, on a un climat le plus sain du monde qui ressemble à celui de Madère.
Dans le Zambèze et le Mozambique, cette manifestation du paludisme serait très-grave, surtout en avril (Livingstone). Suivant le docteur PinfpRoquete, cène serait jamais d'emblée, mais bien après le second ou troisième accès que la fièvre palustre prendrait ainsi la forme grave. L'état bilieux vient fréquemment compliquer la fièvre d'accès.
L'époque la plus insalubre est celle qui suit les pluies de l'hivernage ; elle correspond au second trimestre de l'année. Alors le nombre et la gravité des maladies augmentent considérablement en raison de l'évaporation du sol détrempé et de la fermentation des détritus organiques activée par la chaleur de la zone torride.
La dysenterie est endémique à la côte Mozambique. Cette maladie sévit surtout avec fréquence de février en mai ; pendant les mois de septembre et d'octobre elle devient parfois épidémique. Le nombre des cas de dysenterie est inférieur à celui des fièvres ; toutefois, les ravages produits par les lésions intestinales sont toujours proportionnellement beaucoup plus considérables. Dans les foyers endémiques, la maladie a toujours une gravité alarmante quand elle attaque des individus de constitution détériorée, surtout s'ils ont des habitudes d'intempérance. La diari'hée et la dysenterie sévissent dans tout le Zambèze et le Chiré. La plupart des explorateurs de ces contrées sont morts de l'une de ces maladies. Sous le nom de B iclio, [ou Biecho {vny. Bicho), quelques auteurs ont voulu désigner une maladie spéciale de la fin du gros intestin, véritable gangrène du rectum fréquente chez les noirs et particulièrement chez les nègres de la côte de Mozambique. Cette dénomination, qui est aussi employée au Brésil et dans les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud, se rapporte à la dysenterie ou à divers accidents ayant le rectum ou l'anus pour siège, et survenant à titre d'épiphénomènes et de complications (Le Roy de Méricourt). Cette affection, d'ailleurs très-rare au Mozambique même, a été observée surtout pendant les épidémies de dysenterie à bord des bâtiments faisant la traite.
L'hépatite serait relativement peu fréquente sur la côte. Livingstone a constaté la rareté de l'insolation : il attribue ce fait à l'air frais du matin et à l'absence de l'humidité de l'atmosphère ? Le choléra a été importé à plusieurs reprises sur la côte de Mozambique par les Arabes. Il y a causé de nombreux ravages.
Le docteur Kirk a raconté que beaucoup d'habitants du lac Nyassa et de tout le bassin de Zambèze, sont atteints d'hématurie chyleuse. Les indigènes attribuent cette affection à des vers qu'ils voient de temps à autre sortir par le canal de l'urèthre.
Pinlo Roquete parle d'une maladie particulière au pays, et que les indigènes appellent itacaj ce qui signifie en langue macoua : force, violence. « La sup-
pression de transpiration consécutive à un excès quelconque, et surtout aux plaisirs Ycnériens, est la cause déterminante de cette grave maladie. Le tableau syniptomatique de l'ilaca, dans la pluralité des cas, est le suivant ; altération de la physionomie et grande pâleur, peau sèche et brûlante, vive céphalalgie et rachialgie, douleurs contusives dans les lombes et les membres inférieurs, dépression notable du pouls, langue rouge ou couverte d'un enduit saburral, ventre un peu douloureux. ; quelquefois des vomissements, constipation ou diarrhée; urines rares; la fièvre accompagne presque toujours les symptômes que nous venons d'énumérer. Ces phénomènes, qui caractérisent l'invasion de la maladie, se localisent sur tel ou tel organe ; ce sont ordinairement les phénomènes de la gastroentérite ou de la gastro-céphalite de l'école physiologique qui persistent. L'itaca, convenablement Iraitée à la période d'invasion, peut parfaitement être enrayée. Si la maladie fait des progrès, l'état adynamiquc survient presque constamment et la terminaison par la mort est fréquente. »
«Cet ensemble de phénomènes, dit Le Roy de Méricourt, est fort complexe; il s'adresse aussi bien à l'embarras gastrique, à la simple courbature (pi'à la lièvre typhoïde. On ne peut donc admettre, sous cette désignation locale, une maladie spécialement propre à cette contrée. »
Matunica ou mapiite est le nom qu'en langue landiue on donne à une espèce d'angine diphtéritique qui apparût pour la première fuis en 1827, à Lorenzo-Marquez, et qu'on suppose avoir été importée delà côle de Natal. En 1858 et 1839, cette maladie devint épidémique et lit de grands ravages dans cette province ; depuis elle est devenue endémique et tend à s'étendre plus au nord dans le district d'Inhambané. Le mapute est caractérisé à la période d'invasion par l'apparition denombrenses pustules sur la langue.
Les Landines possèdent des remèdes spéciaux avec Icsqnels ils parviennent à triompher de l'angine à son début. Mais quand un individu atteint ne s'est pas soumis au traitement avant le troisième jour, la prostration augmente, le pouls se déprime considérablement, la langue devient enllée, la respiration est de plus eu plus gênée, la gangrène s'établit, et la mort est inévitable. Tous les nouveaux venus sont attaqués du uuipuie^ s'ils ne prennent pas le préservatif qui consiste en gargarismes avec luie décoction de quinquina à laquelle on ajoute un peu de vinaigre.
L'ulcère dit du Mozambique est très-commun chez les indigènes qui liabitent le bord des fleuves. On le rencontre principalement dans la vallée {\\\ Chiré, chez les Manganjas. Sous ce nom, Azéma a décrit une des formes les plus rebelles de l'ulcère phagédéniquo des pays chauds. Les Makouas l'appellent hibouda, expression qui veut dire plaie. Son caractère principal est d'éfie fongueux. 11 commence ordinairement par un petit bouton rempli de sérosité jaunâtre, donnant bientôt lieu à une perte de substance peu étendue, laquelle s'agrandit tous les jours et devient un ulcère rond d'un demi-centimètre de diamètre. Les tissus environnants sont le siège d'un léger gonflenwnt œdémateux. Souvent la cause première est une excoriation traumatique, piqûre, écorchure. L'ulcère prend le plus souvent la forme circulaire, et si deux ulcères circulaires se réunissent, on a un ulcère ovalaire. Les bords sont saillants, trèsépais, inclinés et renversés en dehors ; une portion de ces bords est rarement taillée à pic comme dans les ulcères syphilitiques. L'ulcère s'excave progressivement jusqu'à son centre en forme de godet ; il ronge les tissus, dissèque les tendons, carie le« os. Sa surface est toujours recouverte de fongosités et saigne
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avec facilité. Quelquefois il devient serpigineux, mais son caj^actère dominant, c'est la fâcheuse tendance qu'il a à s'étendre et à dévorer les tissus en proi'ondcur. L'ulcère du Mozambique se développe presque exclusivement aux membres pelviens ; les jambes, les malléoles, la face dorsale du pied sont le plus souvent atteintes; la cuisse l'est au contraire rarement. Aux doigts de la main et aux orteils cet ulcère peut faire tomber successivement les phalanges. Enfin, il n'est pas contagieux et n'a rien de spéciiique.
11 en serait autrement d'un second ulcère décrit par Vinson, en 1857, sous le nom d'ulcère contagieux du Mozambic*je. Ce dernier a la plus grande analogie avec les ulcères syphilitiques. 11 se comporte de la même manière et présente les mêmes caractères : les bords élevés et taillés à pic, le centre déprimé, le Ibiicl grisâtre. Le traitement efficace s'effectue par les mêmes agents. Cette maladie est originaire de la côte orientale d'Afrique ; elle a pénétré de là aux îles Comores, à Madagascar; elle existe aussi chez les Arabes de Zanzibar. A l'ile de la Réunion elle se transmettrait des Cafres aux Indiens (Vinson).
Sur les hauts plateaux et au delà des gorges de Lupata, la lèpre tuberculeuse s'observe chez les Batokas et les Makkololos.
Les affections achromiques ne sont pas rares sur le cours élevé des fleuves et de leurs affluents. Le vitiligo, l'albinisme coïncident assez fréquemment avec le goîlre.
On y rencontre des nègres pies. L'affection dont ceux-ci sont atteints, consiste en une décoloration plus ou moins étendue de la peau, décoloration ne présentant aucune origine spécifique. En tous points semblable à celle que l'on désigne sous le nom de carate dans la Nouvelle-Grenade et de pinlo dans le Guerrero au Mexique, elle est caractérisée par la présence de taches répandues sur tout le corps. Ces taches sont tantôt d'un blanc mat, tantôt d'un rose prononcé. Les portions de peau ainsi décolorées sont couvertes de poils blajics; là où la couleur primitive persiste, les poils sont noirs. Le cou, le dos, les parties dorsales des membres sont celles qui conservent leur couleur le plus longtemps. La tninspi ration est la même sur les parties blanches que sur les parties noires. Cette affection qui peut avoir cjuelque rapport avec l'altitude dos plateaux ne paraît^ pas altérer beaucoup la santé générale. C'est une véiilaL^e dyslrophie de la couche pigmentaire de la peau.
On observe l'éléphantiasis des membres, chez les Arabes et les Maures qui résident à la côte Mozambique. L'éléphantiasis du scrotum est fréquent chez le& indigènes macuas.
11 y a encore une autre maladie cutanée qu'on désigne dans le pays sous le r)(l] de bîtbas, et qui présente des symptômes et une marche identiques à ceux du pian des Américains ou du î/aw endémique chez les nègres de la Guinée. Cette maladie paraît être de nature syphilitique, revêtant une forme particulière en rapport avec les conditions de race et de climat. Dans les deux cas que le docteur Pinto Roquete a eu occasion d'observer, les antécédents vénériens avaient été bien constatés; l'un des sujets avait des douleurs ostéocopes concomitantes; chez un autre, ces bubas cédèrent promptement au traitement mercuriel et spécifique. Alex. Layet.
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MUCÉDINÉES. 345
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MOZ.%MBRi!iv OU Mozanibron. On donne ce nom à une sorte d aloès qu'on trouve dans les bazurs des Indes Orieninles, et qui se présente tn diverses vaiiélcs de couleur noirâtre et de cassure terne. Ce sont des espèces d'une qualité inférieure.
Pf.kehia. Malcria niedica. — Guibolrt. Drogues simples, 6" édit., II, 105. Pl.
iTAiWiDE. Composé comparable à l'oxamide, ([ue l'on obtient par l'action de l'ainnioiiiaque sur l'étber nauiqiie, de même que l'on obtient l'o-xamide ])ar l'action de l'ammoniaque sur l'étber oxalique. La mucaniide dillère du mucate d'ammoniaque par les éléments de l'eau en moins.
Formule (CTPO-)^' (HO)* (AzIP)^ Corps insipide, insoluble dans l'alcool et l'élher, légèrement soluble dans l'eau cliaude. Schutz.
MtCATES. On connait les mucates neutres et les mucales acides. Lesnnicates alcalms sont très-solubles dans l'eau, les autres mucates le sont peu.
ScHUTZ.
MUCÉDIIV'ÉES (de Mucedo, moisissure). Nom donné par Link et conservé par un grand nombre de botanistes à un grou] e de Champignons rapprochés par leurs habitudes biologiques plutôt que par des caractères analomiques communs. Ce groupe embrassait, en effet, pour Link, depuis les Treme/Za jusqu'aux Byssus. Dans l'article Mycologie, du Dictionnaire des sciences naturelles, M. Brongniart conserva sous le nom de Mucédinées une division d'importance à peu près égale à celle des Hyphomycètes Fr. et la divisa en : J" Phyllériées, 2" Mueorées, 5° Mucédinées vraies, 4° Byssacées, 5" Isariées. C'est avec les genres compris dans le 3" groupe, celui des Mucédinées viaies, que la plupart des auteurs ont constilué leur famille des Mucédinées en y rapportant une trentaine de genres, .\insi limitée, elle renferme encore des végétaux Irès-disparates ; leur caractère commun est de présenter des spores acrosporées en chaînettes, mais pour plusieurs d'enire eux on connaît une fructification tbécasporéc et celle-ci de forme très-dissemblable. Quel rapp)ort y a-t-il, en effet, enlre ï'Eurotium, qui est la fructificalion
"346 MUCILAGES.
endosporée de V Aspergillns et le Sclérotium endothèque du Pénicillium? Et cependant les Aspercjillus et les Pénicillium ont été tenus pendant longtemps pour être si voisins, que M. Tulasne inclinait, dans une noie de son Selecta jungorum carpologia, à les considérer comme dérivant l'un de l'autre (t. 1, p. 65, note 2). J'ai énuméré à l'article Moisissuue un certain nombre de genres de Mucédinées, dont plusieurs font l'objet d'articles spéciaux, parce qu'ils intéressent l'hygiène on la pathologie comme parasites on pseudo-parasites. Je renvoie à ces genres tout ce qui concerne les caractères botaniques ; l'un d'entre eux, le genre Mucor, l'orme le type d'une famille spéciale, les Mucorinées, aussi naturelle que celle des Mucédinées l'est peu {voy. les articles Mucorinées, Mdcor). J. de S.
MUCEDO, mucÉDllVES. Voy. Mucédinées.
iaucilERL'8. Gomme astringente, contenant une forte proportion de tannin ■et d'acide gallique, employée dans la médecine indienne, et dont l'origine botanique n'est pas bien déterminée. D.
»iUCnL;ciii\DA. Nom donné à une espèce de Pentapetes, qui vient dans les Indes et dont les fleurs mucilagineuses sont employées contre les gonorrliées.
De Candolle. Essai sur les pi'opriétés médicales des plantes, p. 85. — Mérat et De Le.ns. I)ict. de mat. méd., IV, 506. Pl.
MUCILAGES (MuciLAGO, ^auÇa). Sous le nom de mucilages, on comprend des médicaments d'une consistance visqueuse qu'ils doivent à la gomme ou à d'autres principes analogues tenus eu dissolution ou en suspension dans l'eau.
La consistance des mucilages varie suivant les usages auxquels on les destine. On l'augmente ou on la diminue facilement, en employant à leur préparation une plus ou moins grande quantité d'eau.
Dans les mucilages, tantôt lo principe gommeux est dissous complètement, comme dans celui de gomme arabique, tantôt il n'est qu'en suspension, comme dans celui de gomme adraganthe. C'est à la propriété que possède cette dernière d'absorber, en se gonflant, une très-forte proportion d'eau que le mucilage de gomme adraganthe doit d'être infiniment plus épais que celui dégomme arabique. D'autres fois les mucilages, comme ceux de coings, de psyllium, de lin, renterment un principe gommeux soluble et un autre principe gommeux du genre cérasine, plus une certaine quantité de matières extractives et colorantes qui accompagnent ceux-ci. Les mucilages de gomme arabique et de gomme £idraganthe sont blancs ; ceux de lin, de coings et de psyllium sont légèrement rougeàtres.
La préparation des mucilages est extrêmement simple ; elle consiste tantôt à faire dissoudre la gomme pulvérisée dans son poids d'eau (mucilage de gomme arabique); tantôt à laisser en contact, pendant vingt-quatre heures, la substance gommeuse dans 9 parties d'eau (mucilage de gonmie adraganthe) ; enfin pour les mucilages de semences de coings, de lin, de psyllium, à mettre 1 partie de ces substances en contact pendant six heures avec 5 parties d'eau tiède. Dans tous les cas, les mucilages sont passés à travers un linge ou une étamine avant d'être employés.
Les mucilages sont des préparations magistrales qui s'altèrent facilement. Us commencent par perdre une partie de leur consistance, deviennent acides par la
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formation d'acide acétique et même d'acide lactique, et finissent pai' répandre une odeur infecte. Ils ne doivent être préparés qu'au moment du besoin.
Les principaux mucilages employés en médecine sont les suivants :
Mucilage de gomme arabique. Poudre de gomme arabique 100 grammes; eau froide 100 grammes ; on divise exactement dans un mortier {Codex).
Mucilage de gomme adraganthe. Gomme adraganthe entière 10 grammes ; eau froide 90 grammes. On nettoie la gomme avec un canif de toutes les impuretés qui peuvent adhérer à sa surface ; on la met dans un vase de faïence ou de porcelaine avec la quantité d'eau prescrite ; on laisse en contact pendant vingtquatre heures ; on passe avec forte expression, et on bat le mucilage dans un mortier de marbre pour le rendre homogène dans toutes ses parties (Codex). Ce mucilage est emplojé pour la préparation des tablettes.
Ce mucilage peut également être préparé avec la gomme adraganthe pulvérisée, mais ainsi obtenu, il est moins résistant parce que la gomme non divisée offre luie sorte de texture fibreuse.
La formule que nous venons d'indiquer pour le mucilage de gomme adraganthe fournit un mucilage qui convient très-bien à la préparation des tablettes, mais 1 gramme de gomme dans 150 grammes d'eau communique à cette dernière une viscosité qui la rend apte à servir comme base des potions mucilagincuses.
Mucilage de coings. Semences de coings 1 gramme ; eau tiède 5 grammes. On laisse en contact pendant six heures, en agitant de temps en temps ; on passe avec expression (Codex).
Mucilage de lin et de psyllium. Ces mucilages se préparent comme celui de coings. (Codex).
Les mucilages de coings, de lin, et de psyllium sont employés comme émollients. T. Gobley.
Mli€ii>lE. On donne le nom de Mucine à l'une des trois substances (caséine végétale, glutine et mucine) que l'on sépare lorsqu'on traite le gluten par l'alcool à chaud. C'est une substance neutre, incristallisable, soluble dans l'eau, dans la potasse, et que l'on isole en ajoutant de l'eau dans l'extrait alcoolique de gluten, filtrant la liqueur et l'évaporant ensuite à siccité (voy. GlutEin).
MI'CIPARES (Glandes). Votj. Muqueuses.
MUCIQUE (Acide). C'^1P0^*,2II0. L'acide mucique a été découvert par Scheele en 1780. II se forme par l'action de l'acide azotique sur la gomme, la lactose (sucre de lait), la mélitose, la dulcite. Pour le préparer, on chaulfc doucement, dans une grande cornue, une partie de sucre de lait avec deux parties d'acide azotique d'une densité de 1,4. L'action est très-vive. Dès qu'elle se manifeste, on retire le feu et on refroidit la cornue. Lorsque le dégagement de vapeurs rouges a cessé, on ajoute à la liqueur son volume d'eau, et on sépare le dépôt d'acide mucique. Les eaux-mères renferment de l'acide oxalique et de l'acide tartrique. Pour purifier l'acide mucique ainsi obtenu, on le convertit en sel ammoniacal, et, après avoir fait cristalliser celui-ci, ou précipite l'acide mucique en ajoutant de l'acide azotique à sa solution aqueuse chaude.
L'acide mucique constitue une poudre cristalline blanche, insoluble dans l'alcool, à peine soluble dans l'eau froide, un peu plus soluble dans l'eau bouillante. Lorsqu'on fait bouillir sa solution aqueuse, il reste après l'évaporation une
548 MUCONIQUE.
croûte cristalline, modification isoinérique de l'acide mucique, qu'on a nommé Acide par amucique. Ce corps est soluble dans l'alcool et beaucoup plus soluble dans l'eau que l'acide mucique, Il en est de même de ses sels.
Soumis à l'action de l'acide azotique, l'acide mucique est converti lentement en acide oxalique et en acide paratartrique. Vn mélange de peroxyde de manganèse et d'iicide sulfurique le convertit en acide formique.
L'acide mucique est un acide bibasique, car il renferme deux équivalents d'eau capables d'être remplacés par deux équivalents de métal ou d'un radical alcoolique. Les mucates neutres sont représentés par la formule C'-lPO^S'illU.
Lorsqu'on fait réagir l'acide mucique sur l'alcool additionné d'acide sulfurique, ou obtient de l'éther mucique C*^H^0'*,2(C*H^0) qui se dépose du sein de l'alcool eu prismes quadrilatères d'une densité de 1,17 à 20", fusibles à 158". 11 cristallise dans l'eau en prismes d'une densité de 1,32 à 20". Il se dissout facilement dans l'alcool bouillant et dans l'eau bouillante. Il est insoluble dans l'étlier. Traité par l'ammoniaque aqueuse, il se convertit en Miicamide qui est sous la forme de pctils cristaux incolores, d'une densité de 1,589, insolubles dans l'alcool et dans l'étber, solubles dans l'eau bouillante.
Lorsqu'on soumet l'acide mucique ù la distillation sèche, il se produit un acide particulier auquel on a donné le nom à' Acide pijromiicique CH^O^jHO. Cet acide est constitué par de longues lames ou aiguilles, très-solubles dans l'alcoof, solubles dans 4 parties d'eau bouillante et dans 28 parties d'eau froide, fusibles à f54", et se prenant à 128° en une masse cristalline. II se volatilise déjà à 100° en émettant des vapeurs piquantes. 11 est monobasique et forme un éther C'»H"'O^C*IPO, cristallisable en paillettes, fusible à 154°, bouillant entre 208° et 21 0° ; un cblorure analogue au chlorure de benzoyle, et bouillant à 170° ; et une amide cristallisable en mamelons fusibles de 150° à 132° et volatile sans décomposition. T. Gobleî.
MLX'OBROMiQtE (Acide). (C*IPBr^O'') . Daus un mélange refroidi d'acide pyromucique et d'eau, on ajoute du brome. Il se dégage de l'acide carbonique et il se dépose une huile, qui disparait au contact d'un excès de brome. La solution fournit des cristaux d'acide mucobromique. D.
Mlj'COCHL€>KlQUE (Acide) (CMPCPO^). L'acide pyromucique est transformé par le chlore eu acide miicochlorique, qui se présente sous forme de petits cristaux. D.
ML'COXiQtE (Acidr) (C^IPO^j. On fait bouillir de l'acide mucobromique avec de l'hydrate de baryte en excès ; il se dégage de l'acélylène brome ; il se précipite du carbonate de baryte, et la solution renferme du biomure de baryum et de l'acide muconique.
11 existe un autre acide muconique, dont la formule est C^IPO*. On l'obtient en chauffant l'acide dichloromuconique avec de l'eau et de l'amalgame de sodium, traitant parle zinc et l'acide chlorliydrique et chauffant avec du zinc à 140 degrés. Il a la forme de prismes blancs.
Pour obtenir cet acide dichloromuconique, dont il vient d'être question, on chauffe jusqu'à 120 degrés un mélange de 1 molécule d'acide mucique et de 6 molécules de perchlorure de phosphore. Il se volatise de l'oxychlorure de phosphore. Le résidu devenu liquide est versé goutte à goutte dans l'eau. On filtre
MUCOR. 349
pour obtenir l'acRle, qu'on purl'îe ensuite, en le dissolvant dans du carbonate de sodium, traitant par le charbon animal et précipitant par l'acide chlorh^dricjue.
MUCO-PUS. On appelle mnco-pus les mucus qui ont pris l'apparence du pus par suite de la présence de leucocytes abondants et de débris d'épithélium muqueux. D.
MUCOR. Micheli a donné ce nom à un genre de champignons de la famille des Mucoriiiés (cystosporés de LéveiUé) que l'on rencontre communément sur les substances organiques ou les excréments dos animaux. Du mycélium qui se répand à la surface ou dans l'intérieur du substantum nourricier s'élèvent des filaments dressés formant des touffes veloutées : chaque filament se ler.uine par une petite sphère membraneuse ou sporange qui contient des corps reproducteurs ou spores d'origine agame. A la maturité le sporange prend une teinte noire, teinte à laquelle participe le mycélium dans le 31. stolonifer Eliren, qui pour quelques auteurs est le type d'un genre dii^tiuct, le genre Rhizopus. Les Mucor présentent un autre mode de reproduction agame par des conidies qui se développent à l'intérieur des fdaments mycéliens (chlamydospores de Coemans). Un troisième ordre d'organes reproducteurs, les pycnides, avait été signalé par Coemans, mais ces pycnides ne sont autre chose qu'un végétal particulier, un Myxomycètc auquel M. Brefeld a donné le nom de Dicti/osteUiim viucoroides, qui se développe sur le Mucor ou au voisinage. D'autres organes de reproduction, appelés zygosposes, se forment par conjugaison de deux filaments semblables, qui se touclieut par leur extrémité, deviennent confluents et donnent naissance à la zygospore. La zygospore germe au bout d'un certain temps de repos et produit un filament sporangifère sans donner naissance à un mycélium. Le mycélium ne se dévelopjie que d'une spore ou d'une conidie, de là une véritable alternance de génération, c'est un des types les mieux caractérisés que l'on en puisse décrire chez les Champignons.
Un grand nombre d'espèces du genre Mucor ont besoin d'être révisées, il n'y en a guère que quatre ou cinq de bien définies; parmi elles la plus répandue est le Mucor mucedo L. C'est une moisissure qui se développe sur la jîlupart des substances organiques, elle agit aussi comme ferment, et ses conidies, ainsi que «elles du Mucor racemosus Fries., sont souvent mêlées à la levure de bière, elles constituent, au dire de M. Engel, \e Kugelhefe (ferment boulet, ferment boule) dos Allemands. J'ai souvent aussi rencontré dans la levure ces conidies que M. Engel décrit ainsi : « Leur forme est rarement régulière, rarement aussi elles sont isolées, on voit d'après toute leur manière d'être que c'est une plante dépaysée, ou, si l'on me permet cette expression, un ferment à regret. » La germination tétation de ces conidies, dans des liquides sucrés ou non, produit les formes les plus variées et les plus bizarres, je ne |)uis guère mettre en doute que ce ne soit à une de ces iormes de Mucor (pi'il taille rapporter le champignon signalé par M. Robin comme ayant végété dans une urine albumineuse et qu'il a figurée dans son Traité du microscope, 1870, p. 590.
Le mélange des conidies de Mucor avec la levure, si bien constaté aujouid'hui, rend compte des méprises qui ont lait attribuer l'origine de la levure de bière aux Mucor. La connaissance aujourd'hui très-nette du cycle végétatif et reproducteur de cette moisissure enlève définitivement toute créance au jjolymorphisme à peu
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près indéfini que des observateurs, même d'un grand mérite, MM. Bail et Hoffmann entre autres, avaient cru pouvoir lui attribuer. 11 ne peut plus être question de la fibation des Mucor avec les Achlya, Saprolegnia, PenicUlium, etc. M. de Bary lui-même avait < ru apercevoir entre les Mucor et les Chcctocladium et les Thamuidium un lien que les travaux de MM. vanTiegliem, Lenionnier et Brefeld ont bien et dûment rompu.
MiciiELi. Nova Plant, gêner., 1729. — De Bary. Morphol. und Physiol. der Pilze, p. 176, 1806. — V. TiiiGHEM et Le.miin.meu. Bcckerclies sur /es Mucorlnées. In Ann. des sciences Jiat., 5» sér., t. XVII, p. 261 ; 1873. — BaEKEr.D. Schimmelpilze. Ites Hel't, 1872. — Saciis. Traité de Bolan., trad. par V. Tieghem, p. 555; 1874. — Zimmermann. Das Genus Mucor, 1871.— Rees. Alkoholgàrunyspilze. Leipzig, 1870. — Excel. Les ferments alcooliques, 1872.
J. uii S.
MUCORIIVÉEIS. Famille de Champignons, autrefois comprise dans celle des Mucédinées; aujourd'hui, mieux délimitée, elle est devenue surtout naturelle depuis qu'on a découvert, chez la plupart des genres qui la composent, un organe de reproduction sexuée, appelé Zygospore, résultant d'un phénomène de conjugation. La présence des Zygospores chez ces plantes a fait proposer, pour cette famille, le nom Zygomycètes, qui n'a pas été généralement adopté. Dans la classification deLéveillé, elle est représentée, avec quelques genres de plus, par le groupe des Cystosporés. La famille des Mucorinées compte aujourd'hui une quinzaine de genre.s dont le type est le genre Mucor {voy. ce mot et l'article Cham- PIGKONS, § 112).
L'intervention de plusieurs espèces de cette famille dans les phénomènes de moisissement et de fermentation, lui donne un intérêt particulier au point de vue physiologique et médical. Les détails spéciaux à ce sujet sont donnés aux articles I'eiuient, Fermentation, Moisissure, Mucor, Saccharomyces. .1. de S,
MUCORli\l. Voy. Mucorinées.
Mt;co.sil>lE. Matière mal définie que l'on suppose être la substance spéciale du mucus qui se trouverait dans les mucus utérin, nasal, bronchique, etc., et leur donnerait leur viscosité. Il est bien évident que ce nom peut être doinié à des substances qui diffèrent les unes des autres et dont la nature n'est pas bien connue {voy. Muqueuses (physiologie). T. G.
MUCOSITÉS. Liquides formés à la surface des membranes muqueuses et composés en grande partie de mucus [voy. Muqueux (système)]. D.
ML'CL'A^A. Adanson. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Légumineuses Papilionacées, à la tribu des Phaséolées. Les plantes de ce groupe sont volubiles : leurs feuilles composées trifoliolées; leurs Heurs, en général brillantes, ont un étendard plus court que les ailes et la carène; les étamines ^ont diadelphes et portent, cinq d'entre elles, des anthères oblongues linéaires, les cinq autres des anthères ovales et velues. La aousse est épaisse, bivalve, coupée entre les graines de cloisons transverses celluleuses. Les graines sont arrondies ou oblongues, marquées d'un bile linéaire plus ou moins étendu.
La plupart des espèces ont leurs fruits couverts de poils nombreux, fragiles, pénétrant facilement dans la peau et y produisant un {)rurit désagréable. Deux espèces sont plus particulièrement connues, à cet égard, et portent, à cause de cela, le nom de Pois pouilleux.