‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.72Chapitre 3 sur 69 · PALERME · texte numérisé non relu

PALERME

enfourées de magnifiques hôtels qu'on peut appeler des palais avec plus de raison que dans beaucoup de villes italiennes. La cathédrale de Sainte-Rosalie, bâtie au douzième siècle, dont la coupole est moderne, les églises du Jésus, des Capucins, de Saint-Joseph et de l'Olivella, doivent être visitées et pour leur architecture et pour les tableaux anciens qu'elles renferment. Palerme a un grand hôpital, une maison d'aliénés et une citadelle remarquables. Son industrie la plus prospère consiste en soieries, ganterie, savonnerie, passementeries d'or et d'argent, chapelleries, tanneries et fabriques d'huiles essentielles. La fête de Sainte-Rosalie, patronne de la ville et de sa cathédrale, attire en juillet à Palerme le concours de presque toute la population sicilienne. Les excuisions les plus curieuses et les plus suivies ont lieu aux splendides châteaux royaux de la Favorita et de la Bagheria. Palerme est la patrie d'ingrassias, célèbre anatomiste, de Gravina et de Méli, etc. Palerme est une ancienne colonie phénicienne [Panorme) conquise par les Carthaginois qui fut prise par les Romains (254 ans avant Jésus-Christ), qui y envoyèrent une colonie. L. Cecilius Metellus battit les Carthaginois sous ses murs. Réiisaire la prit aux Goths en 534. Les Arabes s'en emparèrent en 831 et en firent leur capitale en Sicile. Robert Guiscard la leur enleva en 1072. C'est Palerme qui donna en 1282 le signal des Vêpres siciliennes. Le roi des Deux Siciles, Ferdinand IV, y résida de 1806 à 1815. Palerme s'insurgea contre le roi de Naples en 1820 et 1848 et fut en 1860 une des premières à accueillir Garibaldi. Palerme a été plusieurs fois désolée par des tremblements de terre et surtout en 1726 et 1825. La province de Palerme est comprise entre celles de Trapani à l'ouest, de Girgenti et de Caltanisetta au sud, de Catane et de Messine à l'est. La Méditerranée la borne au nord. Cette province a 4472 kilomètres carrés et compte 5ô0000 habitants

Bains de mer. Les bains de mer de Palerme ne sont guère fréquentés que par les habitants de la ville et par les étrangers qui viennent chaque année visiter l'île. Tous les Siciliens sont, en effet, à proximité de la mer, et n'ont pas besoin de longs déplacements comme sur le continent. La station marine de Palerme est moins remarquable par sa plage, d'ailleurs très-belle et très-unie, que par la douceur du climat, qui permet de prendre des bains du commencement du mois d'avril au milieu du mois de novembre. Les remaripies générales que nous avons faites en parlant des bains de mer nous dispensent de revenir sur les indications et l'action physiologique et curative des bains de mer de la Méditerranée de la partie méridionale de l'Italie.

Station hivernale. Les vents qui dominent à Palerme pendant les mois d'hiver sont ceux qui soufflent de la moitié supérieure de la rose des vents. Les plus fréquents sont ceux de l'ouest, de l'est et surtout ceux du nord, contre lesquels le port de Palerme est sans défense. Le Maestro ou vent du nord-ouest est habituel en automne et en hiver, c'est lui qui amène les pluies, les orages et même quelquefois la grêle. Le Levante ou vent d'est est le vent du brouillard, de l'humidité et souvent de pluies persistantes. Le Ponente, ou vent d'ouest, détermine la formation des nuages qui se terminent par des pluies abondantes surtout vers les équinoxes. Le printemps à Palerme est presque toujours accompagné de vents du nord et du sud. C'est pendant les mois de février et de mars que le vent du nord est le plus fréquent; il augmente pendant la matinée et diminue progressivement dans l'après-midi. Le Siroco ou vent du sud sud-est souffle aussi avec plus ou moins de force et plus ou moins de durée à la fin du printemps. Ce vent est chaud et sec comme les autres vents du sud, il est, en

1'ALETTA.TION. 3

Sicile, plus dangereux pour les végétaux qu'il dessèche que pour riiomme et les animaux qu'il oppresse, mais qu'il éprouve beaucoup moins qu'en Afrique, par exemple, où il abat les forces et le courage des plus intrépides. Les venls qui soufflent, eu général, en été, sont à Palerme : le Greco, ou vent du nord-est ; il augmente, comme le vent du nord, pendant la première partie du jour; c'est le vent rafraîchissant; le Liheccio, ou vent du sud-ouest, apporte de fortes clialeurs, €t le Mezo-giorno, ou vent du sud, les chaleurs les plus insupportables. Les mois où il pleut le plus à Palerme sont ceux d'octobre, de décembre, de janvier et de mars. On observe souvent à Palerme, vers la mi-octobre, des pluies de cinquante à soixante-dix heures de durée sans aucune cclaircie. Le climat hivernal de Palerme est essentiellement humide; mais il est relativement cliaud, car le thermomètre centigrade descend rarement à 6 degrés -f- 0 et la neige ne tombe jamais que sur le sommet du mont Pellegrino. La température moyenne des mois d'hiver est de 12 à i4 degrés centigrade. La chaleur de l'été est souvent difficile à supporter pendant la journée, môme par les habitants, qui ne peuvent être rafraîchis que le soir et pendant la nuit, alors que s'élève la brise (|ui vient du large. Les arbres et les arbustes de la baie et de la plaine de Palerme témoignent de la clémence du climat, puisque l'aloès, le cactus, l'oranger, le citronnier, le palmier, etc., y prospèrent et y ont une végétation atissi vigoureuse que dans les pays les plus chauds. Le climat de Palerme participe des qualités et des défauts du clinlat de Naples et de Venise.

Celte dernière remarque explique pourquoi les sujets à tempérament irritable, qui ont cependant une constitution molle et lymphatique, se trouvent bien d'un séjour à Palerme durant la saison hivernale, à la condition expresse de rester chez eux pendnnt les temps de pluie ou même de brouillard, si surtout ils sont atteints d'affections pulmonaires ou bronchiques. A. Rotuueau.

PALESTINE. Voy. Syrie.

PALETTATiOîV. La palettation, appelée encore féruladon, qui consiste à frapper le corps avec une palette ou férule, appartient au mode de manipulation thérapeutique qu'on n\)fe\\e percussion {voy. Mampuiation, p. 575). La percussion ne se pratique plus guère aujourd'hui qu'avec la main; cependant la palette, le baltoir dont on se servait autrefois, et que Percy, dans le Z)zc;îon/m«'<' des sciences médicales, à essayé de réhabiliter, seraient certainement d'une grande commodité pour la percussion à plat : celle-ci occasionnerait moins de fatigue à l'opérateur, et serait plus aisément pratiquée par le sujet lui-même. La férulation faisait partie d'ailleurs des pratiques de l'antiquité aussi bien que l'emploi du strigile ou racloir, destiné à débarrasser la peau des corps étrangers adhérents à sa surface, et elle était mise en usage autant dans un but de callisthénie que dans un but thérapeutique.

11 est possible que la percussion, avec une lame plate et résistante, ait sur les tissus des effets un peu différents de ceux de la percussion avec la main. Percy en pose les indications diverses, en affirmant que le proverbe se battre les flancs vient de l'usage oii l'on était autrefois de percuter les hypochondres dans l'engorgement du foie et de la rate. Après avoir rappelé que pour la restauration du nez Taghacozzi, à l'imitation des Indiens, battait de tetnps eu temps, pendant plusieurs jours, la partie du bras qui devait fournir le lambeau cutané {voy. Rhinoplastie), il insiste longuement sur les avantages de la palettation

4 PALFYN.

contre l'œdème, les gonflements articulaires, les atrophies partielles, les tumeurs froides, mais surtout contre le gros ventre ; et ici l'auteur, dans un passage humoristique, invoque son expérience personnelle et promet merveille à ceux de ses confrères qui, atteints de la même infirmité que lui, voudront bien recourir à la percussion, mais à la condition de remplacer la main par la palette. « Notre abdomen, écrit-il, quoique saillant, se soutient très-bien à sa place; il est ferme et élastique, il résonne sous la main ou sous la palette, et nous ne le percutons jamais, soit en mesure cadencée, ce qui nous arrive bien plus souvent, soit à coups irréguliers, sans éprouver un bien-être réel, sans nous trouver plus légers et plus dispos, sans nous apercevoir qne la digestion se fait mieux » . Quant à nous, sans pouvoir entrer dans des développements cliniques qui appartiennent à l'article Mampulation, nous nous permettrons seulement de conseiller, en ce qui concerne l'obésité abdominale, de joindre à la percussion du ventre un pétrissage profond, qui (ait pénétrer l'action mécanique jusque sur les viscères eux-mêmes et sur leurs attaches. D.

PALETTE. Palette à pansement. Planchette sur laquelle on fixe la main posée à plat, dans les cas de blessure de cette partie, et particulièrement de fracture ou de luxation des doigts. La palette présente des prolongements un peu écartés les uns des autres, en nomlire égal à celui des doigts qu'on veut maintenir dans l'extension; une palette analogue s'ernploie également, mais plus rarement, pour les blessures du pied.

Palette ou pôelette à saignée. Vase plat en étain, destiné à recevoir le sang des saignées générales et à en mesurer approximativement la quantité. Une palette doit en contenir 125 grammes. A l'époque où les émissions sanguines étaient en grand honneur dans les hôpitaux, on avait coutume de prescrire une saignée, non de tant d'onces ou de grammes, mais d'une demi-palette, d'une, deux, trois palettes. On se servait quelquefois, pour les grandes saignées, de palettes doubles ou triples en capacité et graduées.

La forme de ces vases permettait au sang de se répandre en large nappe, et de fournir un caillot plat, dont les caractères cliniques s'accentuaient mieux et étaient plus faciles à observer. D.

PALÉTUVIER. On donne généralement le nom de Palétuvier à des espèces du genre Rhizophora qui croissent sur les rivages et qui poussent de leur tronc ou même de leurs branches des racines adventives qui s'enfoncent en terre.

Le Palétuvier ordinaire est le Manglier ou Rhizophora Mangle.

Le Palétuvier des Indes est le Bruguiera gymnorhiza Lam. [Rhizophora gymnorhiza L.) [voij. pour ces espèces le mot Rhizophora).

Quant au Palétuvier de montagne, c'est une plante toute différente, appartenant à la famille des Guttifères, le Clusia venosa L. Pl.

PALFl'l^ (Jean). Anatomiste célèbre, lecteur en chirurgie à Gand, naquit à Courtray, le 28 novembre 4650, et mourut à Gand le 21 avril 1730, âgé, par conséquent, de quatre-vingts ans. Il a la gloire d'avoir introduit dans la science le titre d'anatomie chirurgicale; il ne resta étranger à aucun des progrès que le commencement du dix-huitième siècle apporta à l'art qu'il cultivait avec un si brillant succès. Son nom est irrévocablement attaché à l'histoire du forceps. En etfet, Palfyn, cherchant à découvrir le secret honteux des Chamberlayne pour

PALFYN. 5

faciliter l'extraction de la tète, dans les accouchements difficiles, conçut à son tour un tire-tète de sa façon, dont il ne fil pas un secret, car il en donna, en 1721, communication à l'Académie des sciences, et fit présent à plusieurs médecins de son instrument, auquel il donna le nom de mains. Cet homme érainent avait une passion irrésistihle, celle de la science, un hesoin invincible, celui de se rendre utile en publiant le fruit de son travail ; il ne pouvait résister à ces nobles penchants; il fallait qu'il satisfît l'impulsion de son âme au prix de tous les sacrifices et des plus grandes privations. 11 vit mourir ses prolecteurs et ses amis; privé de leur amitié, Palfyn tomba dans la misère, dut vendre ses livres pour subsister, et succomba, fatigué, brisé. Ses restes furent inhumés sans pompe au cimetière de l'église Saint-Jacques à Gand, et le nom de Palfyn, dont les ouvrages avaient mérité l'approbation des hommes les plus illustres de l'Europe, semblait voué à l'oubli, lorsqu'une voix osa attaquer la renommée de celui qui avait tant fait pour le forceps. Les Président et assesseurs du collège de médecine de Gand s'en émurent. Une démonstration touchante eut lieu ; un modeste cénotaphe, orné du forceps et d'une couronne civique, fut inauguré le H février 1783, par les soins du collège, dans l'église Saint-Jacques, au milieu d'un immense concours de monde. Van Ducren, licencié en médecine, y prononça le panégyrique de Palfyn; le docteur De Ih'abant y lut des vers llamands divisés en seize strophes. Cette solennité touchante produisit un excellent effet sur l'esprit de la population, mais surtout sur celui de grandes familles gantoises, qui engagèrent le collège de médecine à ouvrir une souscription pour élever un monument plus digne à Palfyn. Les listes furent bientôt couvertes d'une foule de noms considérables. Elles permirent d'inaugurer, en 1784, en face du premier cénotaphe, un véritable mausolée, dû au scul[>leur vanPoucke, avec cette inscription : Immoiitali p.vi,fim genio. Ce n'est pas tout : Courtray donna le nom de Pall'yn à la rue où naquit cet homme recommandable entre tous. Son buste est conservé à Gand sur la façade de la maison qu'il habita au Vieux-Bourg ; son portrait, gravé sur cuivre d'après ce buste, figiu'e dans l'ouvrage de Broeckx [Essai sur l'histoire de la médecine belge, avant le dixneuvième siècle, 1858, in-8», p. 190). La Société de médecine de Gand l'a fait graver sur la médaille qu'elle accorde aux lauréats de ses concours. Le chemin de fer de l'Etat a attaché son nom à une de ses locomotives. Son effigie est représentée sur la médaille d'inauguration de l'Académie royale de Belgique et sur son sceau ; le graveur Ch. Onghena s'est empressé de consacrer son élégant talent à reproduire les traits de Palfyn. Eu un mot, Palfyn, à peu près mis de côté par ses contemporains, a reçu de la postérité les plus grands hommages auxquels un mort puisse aspirer. On connaît de Palfyn les ouvrages suivants :

I. Nieuwe osteologie oft waere en zeer naeuwkeurige beschryvlng der beenderen van't menschen lichaem. Gand, 1701, iii-12, de 418 pp. ; Leyde, 1702, in-I2, de 494 pp.; ibid., 1727, 111-8% de 478 pp.; Amsterdam, 1758, iii-8°, de 478 pp. Trad. ea allemand. Breslau, 1750, in-S"; en français, par l'auteur, 1751, in-12. — II. Description analomique des parties de la femme qui servent à la génération, avec un Traité des monstres de Forlunio Liceti, et une Description analomique de deux enfants monstrueux, nés à Gand, en 170Ô. Leyde, 1708, in-4°, de 566 pp , avec 72 fig. Ibid., 1724, in-12. Réimprimé en français, 1750, in-4°. —

III. He^lkonstige ontleeding des menschelyk lichaems ofte de nauwkeurige verhandeling van de voornaemsle handwerken der heelkonsl zoo in de harde aise sagle deelen van's menschen lichaen. Leyde, 1710, in-8°, avec ligures. Ibid., 1718, in-8°, de 563 pp., avec fig. Ibid., 1755, in-8°, de 709 pp. Trad. en allemand. Leipzig, 1717, in-4°. Trad. en français et augment. par l'auteur. Paris, 1726, 2 vol. in-12, aveclig. Ibid., 1754,2 vol. in-S", etc., etc. —

IV. De besondere Heel-Geneeskonst der Oogsieklen, in't franz beschreven door den seer

6 PALICOUREA (emploi).

ervaren heer M. A. Petit, etc., en vertaald door Johan Palfyn. Leyden, 1714, 2 vol. in-i% avec 96 lig. ^- ^•

PALICOURE/t, PAIilCUREA. § I. Botanique. ku\Aet {PL guian.,\, 172, t. 66) a désigné sous ce nom un genre de Uubiacées, série des Uragogées (Psychotriées), qui est encore conservé comme distinct par certains auteurs (B. H., Gen., II, 125, n. 264), mais qui pour nous ne peut constituer qu'une section du genre Uragoga, section dont les caractères sont en général ceux des Ihidgea, avec une corolle droite ou arquée, parfois gibbeuse à la base, avec des loges ovariennes dont le nombre varie de 2 à 5, Les principales espèces utiles^ dont nous faisons des Uragoga, sont les P. diuretica A. S. -11., longifolia A. S.-H., offtcinalis A. S. -H., sonans A. S. -H. et strepens A. S.-H. Au Brésil, on les administre à l'homme comme diurétiques, « à la dose d'un scrupule dans 6 onces d'eau » et aux bestiaux contre les rétentions d'urine. La plupart se nomment dans ce pays Erva do ratto, les fruits servant à empoisonner les souris et les rats. Le P. speciosa K. s'emploie au Brésil comme antisyphilitique. A Guayaquil, le P. tinctoria Rœm. fournit, dit-on, une belle teinture rouge. Le P. crocea DG. {Pshychotria crocea Sw.) sert, aux Antilles, d'Ipécacuanha, sousle nom d'I. ruh^a. Les P. rigida 11. B. K., aurata Mart., tetraphylla Cham. et ScHLEHTL, sont diurétiqucs comme les espèces brésiliennes énumérées ci-dessus ; ils se prescrivent aussi comme antisyphilitiques. Le P. dendiflora Mart., du Brésil tropical, est également employé contre les affections goutteuses, rhumatismales et antisyphilitiques. Ils ne sont pas usités en Europe. II. Bn.

Bibliographie. — Mér. et de L., Dict. Mat. méd., Y, 169. — Rosentii., Sijn. pi. diaphor.^ 523. — II. Bm, Hist. des plant., VIT, 284. H. En.

g II. Emploi. Le Palicourea detisiflora L. ou P. Marcgravi ?Sl-Hilaire a été analysé par Th. Peckolt. Ce distingué chimiste brésilien y a trouvé les substances suivantes : i" un alcaloïde cristallisable, Ia Palicourine ; son sulfate cristallise en tables brillantes, son azotate en aiguilles; 2° un acide organique volatil liquide appelé par Peckolt acide myoctonique ; ce corps a une odeur agréable et, respiré à hautes doses, il produit des vertiges; c'est un narcotique énergique; 3° un autre acide organique, Y acide palicoiirique, solide, se sublimant par la chaleur et cristallisant en aiguilles, insoluble dans l'eau, peu solublc dans l'élher, soluble dans l'alcool ; les palicourates de sodium et de calcium sont cristallisables; 4" une lésine; 5° un tannin colorant les sels de fer en vert.

Cette plante exerce sur les rats une action curieuse connue depuis longtemps et qui lui a fait donner au Brésil le nom à'herva do rata (herbe aux rats) ; ces animaux en sont très-friands ; elle produit sur eux une attraction sympathique difficile à expliquer et pareille à celle de la valériane sur les chats, puis détermine un résultat funeste. C'est un effet narcotique dû à l'acide myoctonique ; mais ce principe est tellement volatil qu'on ne le trouve plus dans la plante desséchée.

Ce sont les feuilles fraîches surtout qui sont employées dans la thérapeutique indigène des Brésiliens. On les prescrit à petites doses contre les hydropisies et la dialhèse syphilitique, mais elles sont d'un usage plus fréquent dans la médecine vétérinaire.

Cette herbe a été proposée comme succédanée de la digitale, mais Th. Peckolt ne partage pas cette opinion. Les feuilles jouissent indubitablement de propriétés médicinales, mais elles diffèrent probablement de celles de la digitale. Cet

PÂLISOT DE BEAUVOIS. 7

auteur a donné à un chien un extrait alcoolique de ces feuilles à la dose d'une once sans déterminer d'effet toxique. La grande proportion de nitrate de potasse que celte plante contient peut fort bien rendre raison de ses propriétés diurétiques. En tous cas, l'étude physiologique de celte substance si intéressante est presque tout entière à faire.

Son écorce est un apéritif énergique, mais la violence de son action en fait un agent dangereux, dont il ne faudrait pas abuser.

Les semences se recueillent au Brésil en grande quantité pendant les mois de juillet et de septembre et font l'objet de quelques liansaclious commerciales.

Cette plante est classée par Frei)-e AUemâo parmi les poisons narcotiques nauséeux, c'est-à-dire, ceux qui déterminent des tremblements, des troubles audilils et visuels, de la syncope, des paralysies, de l'abaissement du pouls, le tout accompagné de symptômes du côté du tube gastro-intestinal, tels que nausées, vomissements et diarrhée.

Il convient de citer comme étant aussi réputées toxiques, d'après Caminhoa, les espèces suivantes : Palicourea nicotianifoUa Cham., P. sonanx Martius, P. strepens Mail., P. rigida de Cand., P. telraphijUa Cham. et Schlec!\t., P. aiirata Mart., P. officinalis Mart.

En Bolivie, il existe une Pa//coMrea alimentaire. Bazile Féris.

Bibliographie. — Caminhoa, traduit pnr Rey. Piaules toxiques du Brésil. In Journ. de thérap-, 1877. — Bazile rÉiii?. La matière médicale exotique. In Arch. de méd. nav., janv. 1883. — Poison. De noxiis et venenosis vegetabilibus. — Th. Peckolt. Arch. der Pharm., t. CXXVII, p. 93, el Bull, de la Soc. chim., 18b7. — Du même. Analyse de tnateria medica brasileira. Uio de Janeiro, 1868. — Saint- Hilaire. Plantes usuelles des Brasiliens. B. F.

PALICOLRI1ME. Voy. Palicourea.

PALIMPISSA. Nom appliqué par Dioscoride à une sorte de poix, qu'on croit être la poix noire. Pl.

PALI\URUS. Sous ce nom, Pline indique un arbrisseau épineux, qu'il dit croître dans la Cyrénaïque, dont on mange le noyau et dont on fait plus de cas que du Lotus. La plante n'a pas été déterminée. Pl.

Bibliographie. — Pline. Ilist. nat., XIII, c. cix. Pl.

PALISOT DE BEAUVOIS (AMBROISE-MARIE-FRA^çoIS-JosEPH, baron de). Naturaliste très-distingué dont nous devons dire un mnt ici. Il est né à Arras le 27juillet 1752 et mort à Paris le 21 janvier 1820. Il fut successivement avocat au parlement de Paris et receveur général des domaines et bois, mais à partir de 1777 s'occupa exclusivement de botanique. Il suivit les herborisations de Jussieu et en 1781 fut nommé correspondant de l'Académie des sciences. En 1786, il partit pour de lointains voyages, visita le royaume d'Oware, celui de Bénin, puis passa à Saint-Domingue oii il arriva exténué en 1788. En 1790, il devint membre du conseil supérieur du Cap-Français, se rendit en 1791 à Philadelphie pour appeler des secours contre les noirs de l'île, faillit être massacré à son retour, et enfin s'en retourna en 1793 à Philadelphie, dans le plus grand dénuement. En France il était proscrit comme émigré. Après un voyage dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, il revint communiquer à la Société philosophique de Philadelphie les résultats de ses explorations, et enfin put rentrer en France en

8 TALISSY.

4798. En 1806, il remplaça Adanson à l'Institut et il devint en 1815 membre du Conseil de l'université. Palisot de Beauvois s'est particulièrement occupé des graminées et des cryptogames. Nous citerons de lui :

I. Flore d'Oware et de Bénin. Paris, 1804-1821, 2 vol. in-fol., 120 pi. — II. Insectes recueillis en Afrique et en Amérique. Paris, 1805-1821, in-fol., 90 pi. — III. Prodrome des cinquième et sixième familles de Vœthêoganiie, les mousses, les lycopodes. Paris, 1805, in-8°. — IV. Essai d'une nouvelle agrostograp/iie. Varis, 1812, ia-4'' et in-8°. — V. Muséologie ou traité sur les mousses. Paris, 1822, in-S» (posthume). — VI. Nombreux articles dans les recueils scienliiiques. L. Hn.

PALliSSA^VDRE. PALIXAXDRE. On donne ce nom au bois, bien connu en ébénisterie, de diverses espèces de Dalbergia et de Machœrium de la famille des Légumineuses [voij. Dalbergia). Pl.

PALISSY (Beunaud). Célèbre potier et émailleur, doit être cité ici pour ses ouvrages scientifiques, surtout importants par la méthode qu'ils consacrent. On peut dire en efi'et (jue Palissy est l'un des fondateurs de la méthode expériraenlale, ainsi que de la chimie technique et agricole.

Palissy naquit en 1499, dans le diocèse d'Àgen, selon les uns, en 1510, à la Capelle-Birot (Lot-et-Haronne), selon les autres. La première version nous paraît la plus exacte. Il ne reçut qu'une éducation imparfaite, et c'est par goût qu'il s'appliqua à l'étude de l'histoire naturelle, au dessin et à divers arts. Après plusieurs voyages en France et en Allemagne, il s'appliqua à la chimie, puis en 1539 vint se fixer à Saintes, oii il exerça tout d'abord le métier de géomètrearpenteur. En 1543, il fut chargé de dresser la carte des marais salants de la Saintonge et derAunis,au sujet de l'établissement de la gabelle sous François I*"". Il s'occupa également de peinture sur verre, lorsque tout à coup, en 1555, il se prit d'une belle passion pour l'art des émaux et de la poterie. Ce n'est qu'après des peines inouïes et les déboires les plus cruels qu'il arriva à fabriquer des émaux colorés. En 1562, Palissy fut en proie à des persécutions comme huguenot ; grâce à la protection du connétable, duc de Montmorency, Vinventeur des rustiqves figulines fut sauvé de la mort, et la reine Catherine de Médicis lui décerna le titre de fabricateur des rustiques figulines du roi et de la reinemère et le chargea de la décoration de plusieurs châteaux; il habitait les Tuileries et on ne le connaissait que sous le nom de Bernard des Tuileries. En 1572, il échappa au massacre des huguenots en même temps qu'Ambroise Paré. Mais lors de la Ligue il fut incarcéré dans la Bastille, où il mourut en 1589.

En 1575, Palissy avait ouvert un cours d'histoire naturelle et de physique ; le premier en France il basa son enseignement sur des faits positifs et des démonstrations rigoureuses, et non sur des spéculations philosophiques comme cela s'était fait avant lui. 11 continua ces leçons jusqu'en 1584. Palissy avait formé en outre un cabinet de curiosités, soigneusement classé ; c'était probablement le premier cabinet d'histoire naturelle formé en France. Ses ouvrages, publiés de 1557 à 1580, sont écrits en français et généralement sous forme de dialogues entre la Théorique et la Practique. Ils ont été réunis en un volume in-i" par Faujas de Saint-Fond et par Gobet (Paris, 1777) et réimprimés en partie par Cap (Paris, 1844, in-8°).

Comme nous l'avons dit en commençant, c'est Bernard Palissy qui a introduit définitivement dans la science la méthode expérimentale, et noa François Bacon, dont le Novum Organum est postérieure VArt de terre.

PALIIRE. 9

Palissy a introduit du reste un grand nombre d'idées nouvelles dans la science, combattu une foule d'erreurs et fait plusieurs découvertes. Le premier il a exprimé nettement l'opinion que les coquilles fossiles qu'on trouve dans les terrains calcaires sont des animaux pétrifiés, tandis que Conrad Gesner n'indiquait pas leur véritable nature, mais pas plus que lui il n'a saisi les relations qui lient les fossiles aux espèces vivantes. Le premier il a donné une explication rationnelle de la cristallisation, appliqué le nom de sels à un grand nombre de corps, tels que la couperose, le vitriol, l'alun, le borax, le sublimé, le sel gemme, le tartre, le sel ammoniac, corps aujourd'hui encore rangés dans la classe des sels ; il a combattu par les meilleurs arguments celle idée fausse des Anciens, que le sel marin est l'ennemi de la végétation, et a essayé d'établir, par l'expérimentation, la véritable théorie des engrais ; il a développé sur l'origine des sources des idées dai\s lesquelles se trouve déjà clairement exprimée la théorie des puits artésiens ; il fit une guerre à outrance aux alchimistes et se moqua beaucoup des médecins qui vantaient leur or potable comme une panacée ; il jugea très -sévèrement Paracelse et ses disciples dont il réprouvait la conduite. Palissy était du reste un moraliste sévère, et par son esprit indépendant et un peu railleur se rapprochait beaucoup d'Erasme, de Montaigne, de Rabelais, auteurs qui auraient volontiers signé plus d'une de ses pages.

Une statue a été élevée à Palissy, à Agen. L. ILn.

PA.LIIIRE. C'est le Rhamnus paliurus de Linné, ou épine du Christ. On lui attribue des propriétés incisives. D.

PALIURE {Paliurus T.). Genre de plantes, de la famille des Rhamnacées, dont les lleurs sont à peu près celles des Nerpruns et des Ventilago, avec un réceptacle concave, cupuliforme ou conique-surbaissé, tapissé en dedans d'un épais disque 5-lobé, à peu près plan en dessus. Le calice y est formé de 5 sépales triangulaires, valvaires, carénés en dedans; et la corolle, d'autant de pétales alternes, cucuUés, ordinairement délléchis, et auxquels sont superposées les étamines. Le gynécée se compose d'un ovaire à moitié plongé dans la concavité du réceplacle et du disque, mais à peu près libre cependant, à 3 loges, surmontées d'un style à 5 branches stigmatifèrcs. Le fruit, muni à sa base du réceptacle cupuliforme, est brièvement obconique et dilaté supérieurement en une grande aile circulaire, transversale, membraneuse, coriace, veinée, entière ou lobée. Le noyau de cette singulière samareest ligneux et 1-3-loculaire, chaque loge renfermant une graine à albumen peu abondant . Les Paliures sont des arbustes rameux, à épines stipulaires droites ouarquées, à feuilles alternes, trinerves, rappelant celles des Jujubiers. Leurs petites fleurs jaunes sont groupées en cymes axillaires, courtes ou contractées. Ce genre renferme deux espèces, dont une chinoise. L'autre, indigène du midi de l'Europe et souvent commune dans les lieux stériles, est le P. australis Rœm. et Sch. (P. aculeatus Lamk. — Rhamnus Paliurus L. — Zlzyphus Paliurus W.), ou Argalou, Porte-chapeau, Capelet, Chapeau d'évêque. Épine de Christ. C'est une plante astringente, et l'on emploie comme telles sa racine, ses branches, ses feuilles. La samare passe pour diurétique. Les feuilles se substituent à celles du Lierre pour le pansement des exutoires. On entretient les cautères avec les graines qu'on préconisait jadis contre la toux. Le bois sert à chauffer les fours. On fait avec la plante des haies impénétrables ; on fabrique des cannes avec les branches, et l'on suspend aux

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aiguillons des rameaux les figues dont on veut hâter la dessiccation. On croit que celte plante est le Tra/îoupo; de Dioscoride. En Allemagne, les paysans se servent des feuilles et des racines contre les diarrhe'es, les flux et les hémorrhagies. H. Bn.

Bibliographie. — T., Inst. Bei hevb., 616, t. 387. — G^rtn., Frucl.,\, 203, t. 43. — DC, Prodr., II, 22. — Mér. et de L., Dict. Mat. méd., V, 169. — Miebgdes, in Bull. Soc. bot. de Fr., I, 216. — RosENTH., Sijn. plant, diaphor., 798. — H. Bn, Hist. des plant., VI, 57, 70, 81,flg. 49. H. Bx.

PALLA. Nom donné, aux Philippines, au Momordica Balsamina L. Px..

PALLADAMIKE. C'est le nom qu'on donne à l'oxyde de palladamraonium IPPd"Az-Û ou mieux à l'hydrate de palladammonium tl^Pd"Az^(OH)', car c'est à ce dernier état que la palladamine se trouve probablement en solution. Pour l'obtenir, on prépare tout d'abord un sel de palladammonium, chlorure, bromure, iodure, sulfate, etc., en faisant dissoudre les sels correspondants de palladium dans l'ammoniaque ; on traite ensuite le chlorure, bromure, iodure, etc. , de palladammonium par l'oxyde d'argent, le sulfate par la baryte, et Ton obtient, dans les deux cas, une solution incolore, très-alcaline, qui, par évaporalion dans le vide, laisse la palladamine à l'état de résidu solide, mal cristallisé. Cette base déplace les oxydes de cuivre et d'argent de leurs sels, chasse à chaud l'ammoniaque du chlorure d'ammonium, attire aisément l'acide carbonique de l'air. Sèche, la palladamine peut être portée à 100 degrés sans s'altérer; à une température élevée, elle se décompose avec production de lumière. Les propriétés de ce corps le rapprochent des bases quaternaires.

Palladanilamine. H*(G^[p)^Pd"Az-0, Cette base organopalladique, encore appelée palladophémjlamine, peut être considérée comme un produit de substitution de la palladamine, dans laquelle deux groupes phéuyle CIP seraient venus remplacer 2 atomes d'hydrogène. On la connaît à l'état de chlorure et d'iodure; le chlorure ir'^(C''H^)-Pd"Az-Cl^ s'obtient en ajoutant de l'amiline en suspension dans l'eau à une solution de chlorure palladeux: c'est un précipité jaune pâle, insoluble dans un excès d'aniline. L'iodure se prépare de la même manière et constitue une poudre jaune cristalline.

Palladéthylamine. S'obtient à l'état de chlorure H*(C-H^)^Pd"Az2Gl^ en traitant le chlorure palladeux par l'éthylamine. C'est un corps jaune cristallin.

Outre ces bases organo-métalliques, on en connaît qui dérivent de la palladamine par substitution du radical AzH* à de l'hydrogène; telle est h palladiamine ou oxyde de palladiammoniiim IF(AzH^)^Pd"Az-0 qui en solution se trouve à l'état d'hydrate H*(AzH'')2Pd"Az2(0H)^ Ce corps s'obtient en faisant bouillir une dissolution de sulfate de palladium avec de l'ammoniaque en excès; on précipite l'acide sulfurique par l'eau de baryte et on chasse l'excès d'ammoniaque par la chaleur. Par évaporation se forme une masse cristalline très-alcaline, qui n'est autre chose que de l'hydrate de palladiammonium. La solution de cette base est inodore, déplace les oxydes de cuivre, de nickel et de cobalt de leurs sels, mais ne déplace pas l'oxyde d'argent. En la soumettant à une ébullition prolongée, on obtient de l'ammoniaque et de la palladamine. Séchée et cliauflee au delà de 100 degrés, elle jaunit, entre en fusion et se détruit en produisant une

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