ÉCARTS
Minima
Maxima
Minima
Maxima
de janvier.
de juillet.
de janvier.
de juillet.
DKT. ENG. 2' S. XXI.
ii26 PARIS.
En examinant ces chiffres, nous voyons que le plus gnmd froid constaté dans ies stations de Paris est celui de Montmartre ; puis viennent les buttes Chaumonl,
"Mdntsouris Le froid le moins intense est celui de la rue de la Barouillère.
'Le même ordre se présente pour les moyennes des minima.
Pour les maxima, l'ordre est tout autre. A part les thermomètres du gazon
sans abri à Montsouris, qui sont montés à 50",5, la température la plus élevée
fournie par les stations est celle de Montmartre; ensuite viennent celles des
buttes Ghaumont et de la place Denfert-Piochereau. La rue de la Barouillère est
iau dernier rang.
2" Pluies. La hauteur de l'eau annuellement tombée à Paris varie entre 200 et 800 millimètres d'après l'ensemble des observations recueillies à l'Observatoire <le 1688 à 1882 ; elle est en moyenne de 500 millimètres par an.
Si nous entrons dans le détail des faits qui ont servi à l'établissement de cette ■moyenne d'une période de deux siècles, nous constatons que l'année qui aurait reçu le moins d'eau pluviale est 1733, où il en serait tombé seulement 210 millimètres; celle qui en a reçu le plus est 1804, avec 703 millimètres.
Les observations recueillies à Montsouris, où pendant ces douze dernières années la moyenne annuelle a été de 560 millimètres, indiqueraient une tendance à l'augmentation de la quantité' d'eau qui tombe annuellement à Paris, si l'on ne pouvait rapporter ces différences à la meilleure installation des instruvments chargés de la recueillir el à la plus grande régularité des opérations.
Une autre modification plus importante, ressortant de ces deux siècles d'ob- •sirvatiou et signalée par Marié-Davy, c'est que dans le siècle actuel les pluies d'hiver vont en diminuant depuis 1820, tandis que les pluies d'été vont au contraire en augmentant, d'où, comme grave conséquence, appauvrissement de nos cours d'eau.
Le nombre des jours de pluie varie à Paris de 150 à 200 par an, à peu près régulièrement répartis sur les quatre saisons.
3" Composition de Vair. A. Gaz. La quantité d'ozone est en moyenne de 1 milligramme pour 100 mètres cubes; cette proportion varie avec la direction des vents, pouvant atteindre des maxima de 3 milligrammes sous l'influence de la prédominance des vents du sud, et s'abaisser à un demi-milligramme pendant le règne des vents polaires.
La même quantité d'air : 100 mètres cubes, renferme en moyenne 2 milligrammes d'azote ammoniacal, et 6 dixièmes de milligrammes d'azote organique.
Quant à l'acide carbonique, la moyenne de toutes les analyses faites par Albert Lévy, et dont le nombre s'élève à 2500 environ, donne 29 litres, 7 décilitres pour 100 mètres cubes d'air, soit environ 3 dix-millièmes en volume, c'està-dire la proportion que l'on trouve à peu près partout. 11 est à noter que cette proportion est presque constante si l'on compare les moyennes mensuelles de sept années d'analyses (1877-1883) qui, faites chaque jour, n'ont varié que de 28 litres 9 décilitres à 30 litres 5 décilitres. Les résultats quotidiens oscillent davantage autour de ces moyennes à peu près constantes, pouvant varier de 26 à 35 et même 42 litres, suivant Mùntz et Aubin, pour 100 mètres cubes d'air: oscillations en somme analogues à celles qui ont été constatées en d'autres points du globe, et qui ne nous paraissent en rien caractéristiques de l'atmosphère d'une ville populeuse.
L'analyse chimique des éléments variables de l'air et des eaux météoriques a
•été poursuivie sans interruption depuis dix ans par Albert Lévy, chef de service chimique de l'observatoire de Montsouris. Ces recherches établissent que la quantité d'azote ammoniacal renfermée dans les pluies recueillies non-seulement à Montsouris, mais sur divers points de la ville de Paris, est en moyenne de l'"8,74 par litre, et qu'en comparant celte quantité à la somme d'eau annuellement tombée on peut évaluer à 9''s,734 la quantité d'azote ammoniacal par hectare et par an; quant à l'azote nitrique (provenant des nilrites et nitrates contenus dans l'eau de pluie), la quantité moyenne en est de 7 dixièmes (le milligramme par litre d'eau : d'où au total près de 14 kilogrammes (13,24) d'azote dans les pluies par an et par hectare.
La proportion d'ammoniaque versée par les pluies est à peu près la même en été et en hiver; il en serait sans dont p autrement, et cette proportion serait plus forte durant la saison chaude, sans le grand dégagement d'ammoniaque entraîné, pendant l'hiver, par la combustion du charbon.
Il est malheureusement difficile de comparer les nombres précédents à ceux des autres villes de France, l'analyse régulière des eaux météoriques ne se faisant qu'à l'Observatoire de Montsouris. Toutefois, d'après les recherches poursuivies à Marseille (en 1853) par Martin, à Lyon (en 1853) par Bineau, à Toulouse (en 18551 par Filhol, à Nantes (en 1 863) par Bobierre, les pluies recueillies à Montsouris renferment une quantité d'azote inférieure à celles qui ont été constatées en ces différentes villes; d'autre part, cette quantité est intermédiaire à celle qui a été relerée dans les eaux de pluie des principales villes d'Angleterre (plus de 4 milligrammes par litre) et d'Ecosse (environ 3 milligrammes 1/2) et à celle que l'on a trouvée en ces deux derniers pays dans les pluies recueillies <lans les campagnes.
B. Moisissures et bactéries atmosphériques. Depuis plusieurs années, Miquel poursuit, également à l'Observatoire de Montsouris, la recherche des moisissures et bactéries atmosphériques ainsi que l'étude de leurs variations mensuelles, saisonnières, annuelles, etc.
Cette variabilité est extrêmement considéi'able, qu'il s'agisse des spores aériennes des moisissures ou des semences de bactéries.
Le tableau suivant résume les moyennes annuelles des spores de mucédinées obtenues à Montsouris, de 1879 à 1882, avec l'indication des températures et des hauteurs de pluie correspondantes :
Moyenne des spores Hauteur
par Tempéralure rie
Annôes. litre d'air. moyenne. la pluie.
1880 15,6 IIM 488
Comme on pouvait le prévoir à priori, la comparaison de moyennes si générales est peu fructueuse; il en est autrement de la comparaison des variations saisonnières des spores aux variations correspondantes de la température :
9P0RES RÉCOLTÉES PA.R SAISONS (MOYENNE DE QUATRE ANNÉEs)
Spoi'es
Saisons. par litre. Température.
Hiver 6,6 4°,4
Printemps 16,7 15%8
Été 22,8 I7%7
Automne ... 10,8 '',1
Moyennes générales 14,2 10°, 7
Les variations mensuelles de ces mêmes spores sont encore plus intéressantes, car on peut y suivre pas à pas l'influence de la chaleur et du froid, comme le prouvent les chiffres rapportés ci-dessous :
MOYENNES MENSUELLES DES SPORES DES MOISISSURES RÉCOLTÉES PAR LITRE d'aIR A l'observatoire de MONTSOURIS
MOIS
Janvier. .
Février. .
Mars. . .
Avril. . .
Mai.. . .
Juin . . .
Juillet . .
.\oût. . . , Septemlire , Octobre. . .
Novembre , Décembre ,
-IIOÏENXES GÉ.\ÉRAt.ES.
fi, 2
MOYE.NNES.
Spores
li,î
Température.
C'est également en entrant dans le détail des faits, c'est-à-dire en comparant les analyses pratiquées non pas sur l'ensemble d'un mois ou d'une année, mais de jour en jour, d'heure en heure, que l'on voit le chiffre des spores descendre à son minimum à la suite des chutes des pluies, véritables agents épurateurs de l'atmosphère, et remonter rapidement dans leurs intervalles.
11 importe enfin de noter le rapport des chiffres des spores de l'atmosphère parisienne avec la rapidité des courants atmosphériques ; on croirait que le premier effet des vents est de dépouiller l'atmosphère urbaine des spores qui paraissaient trouver leurs conditions d'entretien et de reproduction au voisinage de tous les foyers créés sur une vaste agglomération ; au contraire ces courants arrivent en général chargés des spores enlevées aux territoires qu'ils viennent de parcourir, spores dont le nombre va s'affaiblissant à mesure que ces courants persistent dans la même direction, car le sol qui les a fournies a été balayé, nettoyé pour ainsi dire par le passage des premières couches d'air déplacé.
Les germes aériens des bactéries sont, comme les spores des moisissures, soumis à des variations considérables; la méthode d'analyse adoptée par Miquel consiste à fractionner les poussières atmosphériques et à les introduire dans des vases contenant des liquides fortement nutritifs. Le bouillon de boeuf chargé de 1 pour 100 de sel marin est le liquide qui a servi à déterminer, comme il suit, les moyennes mensuelles des bactéries atmosphériques :
MOYENNES MENSUELLES DES BACTÉRIES RECUEILLIES PAR METRE CUBE d'aIR AC PARC DE MONTSOURIS
Mois. 1880. 1881. 1882. 1883.
Janvier 250 515 440 110
Février 105 220 290 73
Mars 630 520 245 160
Avril 390 553 420 630
Mai 1570 560 280 405
Juin 270 645 150 620
Juillet 380 1550 300 1000
Août 330 780 560 940
Septembre 900 735 520 580
Octobre 995 800 160 430
JSovembre 740 490 90 ?
Décembre 315 365 95 »
Moyennes annuelles 560 590 320
Ces moyennes, on le voit, sont loin d'être égales ; si pour les deux premières années (1880-1881) elles diffèrent fort peu, pour les deux dernières (1882- 1885) elles sont environ moitié plus faibles, sans que nous puissions en indiquer la raison.
Le même observateur a réuni dans un tableau, établi semaines par semaines àpartir du 1" janvier 1880, les rapports existant entre les moyennes hebdomadaires des semences aériennes de bactéries et l'ensemble des moyennes météorologiques : pression, température, hygrométrie, hauteur de pluie recueillie, électricité, ozone, etc.
Des nombreuses données numériques ainsi réunies il résulte que les crues des bactéries atmosphériques ont généralement lieu sous le régime des hautes pressions ; quoique cette règle ne soit pas absolue, elle souffre cependant d'assez rares exceptions.
La température est loin de provoquer des recrudescences aussi soudaines. Les fortes crues des microbes ont sans doute le plus souvent lieu en été ; mais il importe de noter que les chaleurs trop soutenues sont des causes très-sensibles d'affaiblissement du chiffre des germes.
Les maxiraa des bactéries correspondent presque toujours aux états hygrométriques faibles : cette règle offre peu d'exemples contraires ; cela s'explique d'ailleurs fort bien quand on sait que le degré d'humidité est toujours très-grand pendant les pluies et durant l'époque où les couches superficielles du sol sont imbibées d'eau, périodes où l'air est toujours fort pauvre en bactéries.
L'électricité atmosphérique n'offre pas de relations bien visibles avec les crues et les décrues mici^obiennes ; si les chiffres recueillis permettaient de hasarder une opinion, elle serait favorable à l'action de cet agent : plus l'air, en effet, est riche en ce fluide, et moins il paraît contenir de microbes.
Il semblerait à piiori que les crues des bactéries dussent coïncider avec les vents forts ou violents : l'observation ne démontre rien de semblable, et l'on constate très-fréquemment des maxima de germes aux époques où la vitesse du vent est très-faible (5 à 10 kilomètres à l'heure) et, par contre, des minima bien accusés dans des périodes hebdomadaires où la vitesse moyenne du vent atteint plus de 50 kilomètres à l'heure. La direction du vent a une action bien nette sur le nombre des microbes recueillis à Montsouris ; par exemple, sur une trentaine de maxima hebdomadaires de bactéries, supérieurs à 600 germes schizophytiens par mètre cube, observés du commencement de l'année 1880 à la fin de l'année 1885, on compte :
Maxirr.a par )ns vents du nonl-cst li
— — du nord i
— — du nord-oue^t 4
— d'ouest 2
— — du sud-oue.-'t 5
Maximum — d'est 1
soit au total 50 recrudescences, dont 22 ont été constatées pendant que le vent soufflait dans le secteur quart de cercle compris entre les directions nord-est et nord-ouest, et 8 seulement dans les trois quarts restants de la rose des vents. On a, sans nul doute, fait déjà la remarque que la moitié des maxima s'est montrée par les vents du nord-est. Le poids de l'ozone atmosphérique semble en relation avec le chiffre des germes aériens ; plus il y a d'ozone, moins il y a de microbes, sans doute en raison de la puissance de destruction des germes^ généralement attribuée à ce corps (voy. Miquel, in Annuaire de VOhs. de Montsouris, pour l'an 1883).
En résumé, quand la pression est élevée, le temps sec, l'état hygrométrique faible, les vents de provenance septentrionale, l'ozone peu abondant, le nombre des bactéries recueillies dans l'atmosphère parisienne se montre habituellement élevé; ce chiffre diminue au contraire quand le baromètre est au-dessous de la normale, l'état hygrométrique élevé, le temps humide et pluvieux, l'ozone abondant, et que les vents soufflent du sud ou de l'ouest.
Devant ces résultats des patientes recherches de Miquel, nous voudrions connaître, pour mieux en apprécier la valeur au point de vue de la salubrité de l'atmosphère parisienne, la composition de l'air en d'autres stations comparables à celle où il a opéré.
Il est certain que le nombre des mici'obes à Montsouris est plus élevé que dans les hautes régions atmosphériques ofi il finit par tomber à zéro (altitude de 2000 à 4000 mètres) ; mais les expériences comparatives nous manquent pour savoir si ce nombre dépasse celui que l'on rencontrerait à la hauteur identique à celle de Montsouris et au voisinage de toute autre agglomération urbaine.
Ce qu'il importe de constater, c'est la différence considérable existant entre ces l'ésultats et ceux des recherches ayant pour but la détermination du nombre des spores dans l'atm.osphère plus intime de Paris, différence rendue évidente par la ûomparaison du tableau suivant à celui de la page précédente :
MOYENNES MENSUELLES DES SPORES RÉCOLTÉES PAR MÈTRE CUBE d'aiR A LA MAIRIE DU IV= ARRONDISSEMENT (rUE DE RIVOLl)
Mnis. I88I. 1882. 1883.
Janvier 3290 1120 1820
Février 2310 1400 1930
Mars 3250 5920 2360
Avril 6790 5950 2150
Mai 7000 6790 1740
Juin . 10780 2100 1800
Juillet 9800 2940 4640
Août 6720 4970 3410
Septemlirc 6950 5880 3820
Octobre 7490 2760 3330
Novembre 5460 2080
bécembre 3710 1330 »
Moyennes annuelles 6293 5435 »
La comparaison des moyennes saisonnières pendant l'année 1882-1883 résume plus nettement encore ces différences :
BA.CT1ÎR[ES PAR SAISONS (l882-188ï)
Sjiorei p.ir mètre cube.
Snisons Montsouiis. Rue de Rivoli.
Aulomni? 113 2060
Hiver 115 2040
Printemps 550 i900
Été .. 3960
Quant aux rapports de ces variations avec ceux des maladies épidémiques, ils méritent la plus grande attention, mais sont loin d'être encore nettement établis; l'augmentation du chiffre des microbes signalés en juillet et août 1882, au moment où sévissait, à Paris, une épidémie de fièvre typhoïde spécialement intense, se retrouve à la même époque dans les années 1881 et 1883, qui cependant n'ont été marquées d'aucune épidémie de ce genre, et nous paraît le simplefait de l'élévation habituelle du nombre des bactéries atmosphériques pendant la saison ch;iude.
Nous considérons comme plus probants les diagrammes relatifs aux oscillations' du nombre des bactéries et du chiffre des maladies épidémiques pendant lapériode précédente, 1880-1881.
Pendant cette période, les recrudescences de bactéries atmosphériques ont en* général précédé d'une semaine les aggravations de la mortalité, et l'esprit naturellement se laisse aller à la pensée qu'il y a plus qu'une simple coïncidence entre cette augmentation du chiffre des microbes et les dates probables de début d'un nombre exceptionnellement considérable de maladies populaires.
Mais, avant de conclure à une relation réelle de cause à effet, il est sage de se rappeler que ces recrudescences de bactéries n'ont pas uniquement correspondu aux crues des chiffres de décès par maladies zymotiques, mais encore aux augmentations de mortalité par simple surcroît des affections inflammatoires ou constitutionnelles. On voit combien de léserves s'imposent avant de pouvoir affirmer qu'il existe une relation étroite entre l'état sanitaire de Paris et. le peuplement de son atmosphère par des organismes inférieurs.
Les inoculations, à des cobayes et à des lapins, des divers organismes recueilîik par Miquel, non-seulement à Montsouris, mais encore dans les rues de Paris^dans l'atmosphère deségoutset dans les salles d'hôpital, ne lui ont fourni d'ail-^ leurs, en 1881, que des résultats négatifs ; si, en 1882, l'inoculation de micrococcus recueillis à l'hôpital de la Pitié a donné lieu à des accidents d'infection purulente, aucun microbe n'a été rencontré qui ait paru susceptible de repro-duire des maladies contagieuses déterminées.
Égouts. On peut dire que tout ce qui a été fait antérieurement au siècle actuel, en fait d'égouts parisiens, a été soit l'œuvre du hasard, soit la réalisa» tioa d'expédients imposés par des cas de force majeure.
A l'origine, les eaux de pluie n'avaient aucun réceptacle spécial ni sur la rive droite, ni sur la rive gauche du fleuve : la Seine et la Bièvre au sud, la Seine encore et le ruisseau de Ménilmontantaunord, recevaient les eaux pluviales, qui' d'autre part s'écoulaient dans les fossés autour des murailles.
Ce ruisseau de Ménilmonlant, dont le bassin est dessiné aujourd'hui par lalégère dépression de terrain qui existe encore entre les boulevards intérieurs et la chaîne demi-circulaire de collines du nord et du nord-est, et qui suivait à' peu près la direction des rues actuelles du Châleau-d'Eau, des Petites-Écuries,. Richer, de Provence, coulait alors bien en dehors de la ville, et naturellement à
ciel ouvert, comme d'ailleurs tous les ruisseaux de l'intérieur même de la ville où l'on projetait les immondices.
C'est en 1570 seulement que Hugues Aubriot, prévôt de Paris, fit recouvrir une de ces rigoles infectes, alfluenls du ruisseau de Ménilmontant ; quant au ruisseau lui-même, il ne fut voûté et ne reçut un radier en pierre qu'au commencement du dix-huitième siècle ; dès lors, il devint l'aboutissant des égouts secondaires et, jusqu'en 1830, il ne cessa de constituer le grand égout collecteur qui, commençant rueVieille-du-Temple et contournant le nord de Paris, entraînait toutes les eaux d'égout de la rive droite et allait se jeter en Seine au bas de Chaillot, situé alors au-dessous de Paris.
A celte époque, il n'existait dans Paris, suivant Dulaure, que 26 000 mètres d'égouts, dont grand nombre encore n'étaient pas voûtés; en 1857, la construction du boulevard de Strasbourg, en supprimant l'extrémité de l'égout du Ponceau, faisait disparaître le dernier de ces ruisseaux infects coulant à ciel ouvert.
Malheureusement, en 1850, lorsque les ingénieurs du service municipal vouj'urent donner un grand développement à la construction des égouts, au lieu de diriger la pente de ces ouvrages au nord vers le collecteur de Ménilmontant, ils la dirigèrent vers la Seine, et, par cette pollution du fleuve, on fit renaître les inconvénients qu'on avait voulu détruire dans les siècles précédents.
A Belgrand revient le mérite d'avoir proposé et commencé le rétablissement d'un système complet, en partie terminé aujourd'hui, basé sur l'établissement de collecteurs qui partagent la ville en plusieurs bassins, et comprenant : 1" trois Collecteurs généraux [collecteur d'Asnièresel collecteur du nord sur la rive droite de la Seine; collecteur de la Bièvre sur la rive gauche) ; 2" un réseau d'affluents directs formant des Collecteurs secondaires, auxquels aboutissent tous les autres égouts.
Belgrand a adopté, pour la construction de se système d'égouts, une série de types au nombre de 14, dont les trois premiers (section de 11"", 68 à 17™,76) sont employés pour les collecteurs généraux; les six suivants (section de 4,05 à 9,22), pour les collecteurs secondaires, et les autres (1™,63 à 5", 00), pour les égouts de troisième ordre.
Belgrand estimait à 1040 kilomètres la longueur nécessaire, longueur presque atteinte, à la date actuelle, comme le démontrent les chiffres suivants :
La longueur des égouts publics au 1" janvier 1883 était,
y compris la Bièvre, de 728,815 mètres.
Celle des branchements de bouches, de 45,202 —
Celle des branchements de regards, de 29,227 —
Les branchements particuliers abonnés au curage mesuraient en outre 218,216
Le total des galeries à nettoyer par le service municipal était ainsi de 1,021,460 mètres.
Ces égouts, ainsi que les a définis le directeur actuel des travaux de Paris,
ont pour objet de recueillir les eaux pluviales et ménagères, et de les conduire
au-dessous de Paris, sur un point où l'abaissement du niveau de la Seine permet
de les recevoir même au moment des crues. On débarrasse ainsi la Seine, dans
la traversée de Paris, des eaux qui la souilleraient, si elles y étaient versées
directement, et on arrivera à mettre les parties basses de la ville à l'abri des
inondations quand le relèvement des quais sera terminé (Alphand, Note sur la
situation des services des eaux et égouts. Paris, 1879).
Nous avons vu plus haut que cette pensée de mettre Paris à l'abri des inondations avait été pour Belgrand un des premiers motifs de l'entreprise de ces grands travaux.
Mais les égouts de Paris remplissent un rôle bien autrement considérable que celui que leur attribue la définition précédente. Non-seulement les collecteurs recueillent les eaux de pluie qui ont circulé sur la voie publique et dans les ruisseaux, les eaux de lavage et d'arrosement des chaussées, les eaux ménagères des habitations privées, mais encore les liquides des urinoirs, les matières liquides de vidange fournies par 22 000 tuyaux de chute, la totalité des déjections de certains établissements : Hôtel des Invalides, Collège Monge, chalets de nécessité nouvellement installés ; en outre, un certain nombre de matières solides, recueillies dans la rue, descendent à l'égout et suivent le torrent fangeux qui les amène au débouché des collecteurs. A Londres et dans toutes les villes dontles égouts dérivent du système métropolitain anglais, les pluies, les boues et détritus divers de la voie sont éloignés, autant que possible, des égouts, qui sont desimpies tubes circulaires servant à peu près exclusivement à la vidange, tandis qu'à Paris la boue, le crottin de cheval et une partie des l)alayures sont poussés au ruisseau d'oîi ils accèdent aux égouts par de larges bouches.
Mais ce n'est pas tout, car, en outre, malgré leur rôle déjà si multiple comme agents d'évacuation, les égouts collecteurs de Paris constituent d'immenses ateliers de distribution d'eau, de transmission postale et télégraphique, etc., nécessitant la présence constante d'un personnel appartenant aux professions les plus diverses, et prennent ainsi un caractère d'une importance et d'une complexité toutes particulières, qu'on ne retrouve dans aucune autre capitale.
D'après la manière dont elles sont pratiquement formées sur la voie publique, on conçoit quelle complexité de composition doivent présenter les eaux d'égout ; elles contiennent, en moyenne, par mètre cube, à leur arrivée en Seine :
Azote 0,043 ) ^ , , ,
Autres matières volatiles ou combustibles (orga- \ ° ^ P^""" , 1
niques en grande partie) 0,678 \ "-"^^ ' * ' ^ ''^^ i
Acide pliosphorique 0,019 \ f Total général
Potasse 0,057 > ,k .^
Chaux 0,401 I \
Soude 0,085 ( Total par- )
Magnésie 0,022 / tiul . . . 2',18a /
Résidu insoluble dans les acides (silice spéciale- i
meni) 0,728 ]
Matières minérales diverses 0,895 /
On voit tout de suite que, d'une part, ces eaux sont chargées en matières organiques et azotées et, par suite, susceptibles d'entrer en fermentation ; d'autre part, que les éléments utiles à l'agriculture se trouvent réunis, dans des proportions relatives assez analogues à celles que présente le fumier. Les deux tiers environ des matières contenues dans les eaux d'égout (l''»,940 sur 2''8,908) sont solides et formées, pour la majeure partie, de sables ou débris divers enlevés à la voie pubhque. Les matières dissoutes (0'',968 sur 2'', 908) comprennent la moitié de l'azote total des matières organiques et la presque totalité de la potasse.
Comme pour leur cube, des circonstances diverses peuvent influer sur la composition des eaux d'égout. C'est ainsi qu'à Paris, en 1868, époque oià le macadam était très-développé, mais où le balayage mécanique n'existait pas, le total
des matières étrangères était de 'ù^s^Oll au mètre cube. En 1872, après U substitution du pavage au macadam sur un grand nombre de voies, on tombe àl''8,805. En 1875, 1876, 1877, avec le développement du balayage mécanique et de l'envoi des boues aux ruisseaux, on retrouve des chiffres voisins de 3 kilogrammes.
L'extension actuelle du pavage en bois à un grand nombre de chaussées macadamisées aura, nous le verrons plus loin, pour conséquence de ramener une diminution considérable de la proportion des matières lourdes, inorganiques.
Nous ne saurions, en cet article, décrire en détail les précautions instituées pour assurer le curage, ni indiquer le jeu des divers appareils : bateaux vannes,, wagons à bascule, wagons vannes, wagonnets, rabots, balais, destinés à combattre les ensablements et remédier à l'insuffisance des pentes et de l'irrigation.
Nous résumerons nos impressions sur l'ensemble du système :
D'une part, en affirmant son caractère de grandeur et d'utilité multiple, éclatant surtout dans l'aménagement des collecteurs principaux 'qui non-seulement remplissent le but initial de leur édification : écoulement des eaux pluviales et ménagères, mais qui en outre abritent et assurent, d'une manière remarquable, la canalisation des eaux distribuées à toute la ville, la circulation souterraine des fils télégraphiques, des téléphones, celle des lettres dans leurs tubes pneumatiques, laissant ainsi derrière eux par leurs dimensions, la multiplicité de leurs organes et de leurs fonctions, les imitations qu'on a voulu en faire en tant d'autres grandes villes.
D'autre part, en reconnaissant un grand nombre d'imperfections de détail qui tiennent, pour une large part, à ce que les galeries d'égout qui existent maintenant n'ont pas été établies d'après un plan d'ensemble, mais par des travaux successifs, pour satisfaire aux besoins de chaque époque: de là des disproportions frappantes entre les sections du réseau.
Les principaux desiderata que nous avons constatés dans l'enquête de 1882,. et que l'Administration de la ville s'est fait un devoir de signaler à l'attention de la Commission technique d'assainissement de Paris, dépendent des désaccords de niveau entre les diverses sections du réseau, de rin:;uffisance de l'irrigation, de l'encombrement produit par les matières lourdes.
Tel branchement (celui, par exemple, qui suit la rue Bergère pour aboutir au collecteur du boulevard Sébastopol) est d'un niveau inférieur à celui du collecteur qui reflue en ce branchement, y entraîne des immondices qui s'y déposent et y demeurent après le retrait des eaux.
La plus grande difficulté opposée au curage des égouts, c'est leur submersion continuelle ou très-fréquente par l'eau des collecteurs dans lesquels ils se jettent. Il y a ainsi 16800 mètres d'égouts souvent ou constamment noyés.
Parmi les branchements nouveaux, il en est qui, bien que construits en ces dernières années mêmes, offrent des dimensions exagérées relativement aux collecteurs où ils aboutissent; c'est qu'ils avaient été construits à l'origine en vue de recevoir des tinettes filtrantes pouvant s'enlever par le branchement lui-même. On comprend combien ces branchements doivent peu se prêter à une irrigation régulière. Ce ne sont pas seulement les imperfections de leur pente et de leur calibre qui s'opposent au lavage des égouts.
Telle galerie renferme à peine un filet d'eau, et les matières projetées restent
PiRlS. 235
adhérentes aux parois, et ce n'est pas là un fait particulier. D'une manière géne'rale, quand il n'y a pas dans la rue d'établissements industriels, tels que bains, lavoirs, etc., le volume d'eau qui coule dans légout est très-peu abondant; si des matières fécales y tombent, elles y demeurent à nu.
Dans telle autre galerie (par exemple : le branchement de la rue des Prouvaires), il n'y a pas d'eau du tout; pour laver ce branchement il faut y faire regorger le collecteur dont on interrompt momentanément le courant, au moyen de vannes, ce qui du reste constitue un des moyens prévus et systématiquement appliqués à nombre de branchements.
L'insuffisance de l'eau d'irrigation force, en effet à recourir au liquide même de l'égout pour le nettoyage de l'ensemble du réseau; à cet effet, on retient le courant par des barrages.
Les chasses accomplies au moyen d'un pareil liquide donnent lieu à un dégagement de gaz qui peuvent être dangereux ; un exemple entre tous :
Pour nous montrer le jeu et la puissance de ces chasses, on ouvrit, au moment de la visite de la Commission technique d'assainissement de Paris, la vanne d'un réservoir placé dans le quartier Saint-Merry, et un torrent infect vint se briser devant nous, occasionnant, par ses émanations, de véritables malaises chez la plupart des assistants.
Quelques membres de la Commission, et surtout grand nombre de publicistes, ont estimé qu'il serait facile, au moyen de ressources toutes créées, de remédier à cet inconvénient.
On a parlé de 40 millions de mètres cubes d'eau gratuite provenant des pluies chaque année et qui apporteraient leur contingent au lavage des égouts. Mais d'abord, sans parler du notable déchet des eaux de pluie par le fait de l'évaporalion et de l'absorption par le sol, une partie des égouts ne reçoit jamais d'eau pluviale, notamment la partie qui est située en amont des bouches. D'autre part, on ne saurait faire état, pour le lavage des égouts, d'une ressource aléatoire dont on n'est pas maître et qui peut faire défaut au moment où l'égout a le plus besoin d'eau. « On n'assure pas un service public avec des éventuahtés. Si le lavage de l'égout est bien fait, il doit l'être d'une façon absolue, en tous temps, avec ou sans le secours de la pluie » (Couche).
Il faut donc demander l'eau propre nécessaire, soit à la Seine, soit à l'Ourcq. Dans l'état actuel, il nous paraîtrait suffisant de placer un réservoir en tête : 1" de tous les égouts élémentaires ayant moins de 0"',005 de pente; 2° de tous les collecteurs du premier degré ayant moins de 0'",0025 de pente; d'après les calculs des ingénieurs, il faudrait ainsi 1055 réservoirs qui, à raison de 800 francs l'un, coûteraient 850 000 francs (Humblot).
Quant à l'encombrement de l'ensemble ou de certaines parties du réseau par les matières solides, il dépend des conditions de pente de l'égout et de la nature des matières projetées. La pente est très- variable suivant les sections du réseau; de 0'",25 à 1 mètre par kilomètre dans les collecteurs, elle devrait toujours être notablement plus considérable dans les petites galeries.
La pente de 0'",001, qui est considérable pour un collecteur où l'eau a une grande profondeur, devient beaucoup trop faible pour un égout ne recevant que peu d'eau. Il suffit en effet, avec une pente semblable, d'un amas d'ordures projetées par une bouche d'égout, pour occasionner une stagnation d'eau sur une grande longueur.
de la marche des hommes dans les e'gouts : aussi, dans les nouveaux égouts que l'on construit, ne dépasse t-on pas la pente de 0",03.
La nature des matières solides projetées a ici également une grande influence : des expériences ont prouvé que telle immondice d'un certain poids, comme un cadavre d'animal, mettrait dix-huit jours à se rendre d'une extrémité du réseau à la sortie des collecteurs, tandis que les matières légères, mélangées à l'eau, peuvent faire ce trajet en six heures.
On a tâché de prévenir ces inconvénients sur certains points, au moyen d'appareils destinés à recueillir, avant leur chute dans le courant même de l'égout, les débris solides qui échappent à l'enlèvement des tombereaux et sont projetés dans les bouches; tel est le but «de ces paniers de tôle percés de trous larges et multiples et qui, placés en arrière des bouches d'égout du quartier des Halles, retiennent les débris de paille, légumes, etc., projetés à travers ces orifices.
Mais la grande difficulté du curage provient des sables qui se déposent dans la cuvette et dont la quantité est évaluée à 80 millions de mètres cubes par an (Humblot). Cette question, au point de vue de l'hygiène de Paris, est plus sérieuse qu'on ne le soupoonne tout d'abord. L'encombrement des égouts par le sable, c'est non-seulement le ralentissement, sous la voie publique, d'une masse d'eau infecte à évacuer rapidement, c'est la création de dépôts demisolides, imprégnés d'immondices et de détritus organiques de toutes sortes, et constituant un excellent terrain de culture pour tous les germes morbides.
On sait au prix de quelles difficultés, dans la partie même des égouts pourvue d'eau, on arrive, au moyen de barrages, à provoquer des chasses répétées, de façon à entraîner les masses des sables au collecteur principal à partir duquel elles sont poussées, au moyen de vannes fixées à des chariots roulant sur rails ou adaptées à des bateaux.
En revanche, la pente de 0'",05 est trop forte au point de vue de la sûreté
Ces opérations ne suffisent pas encore pour amener jusqu'à la Seine tous les sables projetés en égout. Dans les petites galeries à faible pente, les chasses n'ont pas assez de puissance et les rabots ne réussissent qu'à remuer le sable sans en déterminer l'entraînement. Il devient alors nécessaire de l'extraire par les regards de l'égout. C'est une opération d'autant plus dispendieuse qu'elle doit être faite la nuit, afin de ne pas gêner la circulation et d'éviter que les passants soient incommodés par l'odeur infecte qui en résulte.
Dans les collecteurs eux-mêmes, on est obligé de faire des extractions de sable, les vannes qui y circulent n'ayant, en moyenne, qu'une vitesse de 30 mètres par heure, vitesse qui descend parfois au-dessous de 20 mètres (Humblot).
L'encombrement se produit parfois soudainement par le fait des orages qui, d'une part, remplissent d'eau les collecteurs et les font refluer dans le réseau, et, d'autre part, entraînent de la rue à l'égout une grande quantité de sables; mais il survient surtout à la suite des crues de la Seine.
Ces crues pénètrent d'abord dans le collecteur Marceau et, par là, dans celui de la rive gauche, puis dans le collecteur d'Asnières. En suspendant les manœuvres des bateaux, elles provoquent le dépôt des sables et même des vases.
C'est ainsi qu'à la fin d'une crue signalée par Humblot en 1882 il y avait jusqu'à la place de la Concorde de 0",40 à 0"\50 de vase sur les banquettes du collecteur d'Asnières. Le cube des sables emmagasinés dans les grands
collecteur set leurs principaux affluents s'était élevé, du fait seul de cette crue, à 20,000 mètres cubes.
Il fallut deux mois et demi pour faire disparaître cet encombrement, et une dépense supplémentaire de 85 000 francs pour remettre les collecteurs dans leur état normal ; on y parvint en multipliant les voyages des bateaux-vannes à l'aval et en faisant des extractions à l'amont, près des places de l'Aima et de la Concorde.
En somme, il y a là une double question : 1° question d'économie, car, d'après les hommes compétents, les frais de curage s'élèveraient à plus de 20 francs par mètre cube de sable extrait (Vauthier, Rapport sur l'application Au pavage en bois, etc., 21 avril 1884); 2" question d'hygiène, vu les inconvénients, au point de vue de la salubrité, du mélange de cette masse de sable aux immondices et détritus charries ; on comprend dès lors tout l'intérêt qu'il y a pour les égouts de Paris à réduire la proportion de sable qui peut y être projetée. Les articles 25 à 28 des résolutions votées par la Commission technique d'assainissement [voij. ci-dessous, p. 241) ont pour objet de faciliter le curage entravé par les sables.
La Commission a dû renoncer, vu l'insuffisance du procédé, à en empêcher la pénétration, en les arrêtant dans le caniveav\ même de la* rue, et en faisant donner des paniers aux cantonniers pour les détourner des bouches d'égout.
C'est par la modification des égouts eux-mêmes, par l'arrondissement de leurs angles, l'augmentation de leur pente, l'installation de réservoirs nouveaux pour augmenter la puissance des chasses, de bassins pour la décantation des matières lourdes, que l'on espère désormais arriver à des résultats plus certains ; dans ce même ordre d'idées, la Commission a voté la construction de portes de flot placées au débouché des collecteurs pour empêcher l'arrêt du courant des égouts et même leur refoulement par les crues de la Seine.
Mais les meilleures chances d'atténuation de cet encombrement des égouts résident dans la substitution actuelle du pavage en bois au macadam des principales chaussées d'où les balayeuses mécaniques projetaient àl'égout des quantités de sable considérables. L'augmentation de charges immédiates pour le budget de la ville sera, d'après le rapport précité de Vauthier, largement et rapidement compensée par la réduction des dépenses de curage.
Toutes ces améliorations sont-elles suffisantes pour que, à dater de leur application, on puisse considérer comme irréprochable désormais le réseau d'égout de la capitale?
11 y a certainement plus à faire encore : car ce réseau, surtout lorsque ses collecteurs, à peine suffisants aujourd'hui, auront à desservir toutes les galeries qui doivent le compléter, sera loin d'assurer également tout le drainage de Paris. Comme la Commission d'assainissement l'a reconnu dans l'article 29 de ses résolutions, il est nécessaire de créer sur la rive droite un troisième collectem' destiné à soulager les deux autres; création qui d'ailleurs figurait déjà dans les plans de Belgrand.
Ce n'est pas tout : les ingénieurs ont été toujours frappés de la difficulté d'amener, au débouché des collecteurs actuels, les eaux des quartiers les plus éloignés, qui sont en même temps très-bas, notamment ceux des Xll'= et XIII^ arrondissements (Bercy, Salpêtrière), riverains de la Seine à son entrée à Paris. Il y aurait donc intérêt à pouvoir évacuer directement ces eaux, en sens inverse de la Seine, vers les plaines situées au-dessus de Paris.
D'antre part, comme nous l'avons dit plus haut (p. 2 H), on a compris la nécessité d'intercepter, par des collecteurs, les eaux industrielles projetées dans la Seine et la Marne en amont des vannes élévatoires de la ville et qui corrompent l'eau montée par ces usines.
De là le projet de faire converger sur un point situé en amont de Paris, au confluent de la Seine et de la Marne, soit à Charenton, soit à Ivrv, les collecteurs chargés des eaux des égouts des X1I« et XIII* arrondissements, et des eaux industrielles qui souillent la Seine depuis Choisy, et la Marne depuis Noirent, pour être de là dirigées sur des champs épurateurs. Tel est le plan actuellement soumis à l'adoption du Conseil municipal de Paris (10 octobre 1884) et dont la réalisation devra être rigoureusement surveillée, si l'on veut éviter la pollution du fleuve, en amont de la ville, par le voisinage de ces champs.
11 en est de même de certains autres quartiers bas, comme celui de Grenelle, dont il importerait, au même titre, de soustraire les eaux d'égout au grand réseau actuel, en les dirigeant sur un collecteur départemental.
Épuration et utilisation des eaux d'égout. Cette question va prendre une importance nouvelle par l'application, enfin décidée, des ordonnances qui interdisent la pollution de la Seine. On sait qu'après avoir abandonné tous les procédés chimiques de «iJcsinfection reconnus insuffisants et ne produisant qu'un engrais le plus souvent sans valeur, les ingénieurs de la ville appliquèrent à Clichy d'abord (1867), puis à Gennevilliers (1869), la culture à l'eau d'égout. Interrompus par la guerre de 1870-1871, les travaux ont été repris en 1872. (( L'essai a grandi et est devenu un service régulier. La surface irriguée s'est étendue; des machines puissantes ont été installées; 1100 chevaux de force existent à l'usine de Clichy. En 1880, on a versé plus de 15 millions de mètres cubes sur la plaine de Gennevilhers; 50 kilomètres de conduite en béton moulé les distribuent en de nombreuses parcelles.
« En 1872, l'irrigation était appliquée à 51 hectares, en 1874 à 88, en 1875 à 115, en 1876 à 140, en 1877 à 296, en 1878 à .')57, en 1879 à 580, et à l'heure actuelle (1882) le périmètre irrigué est de 520 hectares et le cube consommé de 1 8 à 20 millions environ de mètres cubes ; mais cela ne suffit pas, puisque Paris verse par an à peu près 100 millions de mètres cubes d'eau d'égout.
« Or, à 50000 mètres cubes par hectare, il faut environ 2000 hectares pour épurer ces eaux » (Proust).
Gennevilliers peut fournir 600 à 800 hectares environ : restaient donc environ 1400 hectares à trouver. La ville de Paris, à la suite des indications qui lui ont été données par la Commission d'assainissement de la Seine de 1874, s'est arrêtée, il y a plusieurs années déjà, aux terrains d'Achères, situés dans la presqu'île de Saint-Germain, véritable désert formé de tirés et de fermes domaniales établies sur un terrain pauvre; aucune trace d'habitation, aucun abri n'existe sur cette vaste étendue, qui, avec les derniers massifs bas de la forêt, forme un ensemble de plus de 1400 hectares. Ce vaste domaine vient enfin d'être mis à la disposition de la ville de Paris. Avec les irrigations actuelles de Gennevilliers et avec la mise en service de cette surface, l'assainissement de la Seine paraît devoir être assuré, sinon totalement, comme l'admet la commission d'enquête, au moins pour une large part. Pour compléter l'entreprise, il faudra que la conduite maîtresse qui amènera les eaux en ce point, et qui naturellement sera fermée et couverte, soit tracée de manière à être au besoin continuée en
descendant la vallée de la Seine et à poursuivre sa route en créant l'utilisation agricole des eaux d'égout sur de vastes surfaces bien plus éloignées encore de Paris (Schlœsing et Durand-Claje) . La même extension ne saurait, suivant nous, être donnée sans inconvénient, en amont de Paris, sur les terrains affermés à l'Assistance publique. Nous en avons dit plus haut la raison.
Quant aux dangers de propagation des maladies contagieuses, ils nous paraissent, comme à Schloesing et Bérard, plus considérables par la projection des eaux d'égout dans la Seine que par leur concentration sur un champ d'épuration.
Nous estimons que les protestations élevées en quelques points du département de Seine-et-Oise, spécialement à Saint-Germain, ne sauraient prévaloir contre les excellents résultats obtenus à Gennevilliers, au point de vue de la culture et de l'épuration de l'eau, à la condition, bien entendu, de se conformer à l'article 32 des conclusions votées par la Commission technique d'assainissement ivoy. ci-dessous), et de ne pas augmenter, par le système du tout à Végoul, le degré actuel d'infection excrémentitielle des eaux d'égout. C'est là pour nous une condition absolue de l'extension de ce mode d'épuration.
Vidanges. Les détritus engendrés par le fait de l'agglomération parisienne peuvent, suivant Durand-Claye, êlre rangés en trois groupes principaux :
i" Matières de vidange qui, pour la population actuelle d'environ 2500000 habitants, et à raison de l''«,30 par tète, peuvent représenter, en chiffres ronds, une masse quotidienne de 5000 mètres cubes.
2° Ordures solides comprenant les débris de toute sorte, ramassés sur la voie publique, et en particulier les ordures ménagères livrées chaque matin aux tombereaux de l'éboueur, puis les poussières, les neiges, les boues, les «rottins des ciievaux, etc., etc. ; on peut, d'après Durand-Claye, estimer la masse totale de ce résidu solide à 1200 ou 1500 mètres cubes par jour.
5" Ordures liquides constituées par les eaux ménagères, les eaux des ruisseaux, qu'elles proviennent, avant leur souillure, des pluies ou des apports faits à la ville par l'administration des eaux.
L'évacuation de ces détritus constitue un problème dont la solution, cherchée de longue date, soulève actuellement l'une des plus vives préoccupations de tous ceux qui s'intéressent à la salubrité de Paris; solution dont la difficulté, accusée par la divergence des opinion* les plus autorisées, croît chaque jour avec une rapidité parallèle à l'intensité actuelle du mouvement d'accroissement de la population parisienne.
C'est surtout, on le comprend, la vidange des matières fécales, qu'il importe d'assurer dans les meilleures conditions. Avant d'entrer dans le détail des faits qui s'y rapportent, je tiens à mettre sous les yeux du lecteur l'exposé des résolutions votées par la Commission technique de l'assainissement de Paris, résolutions auxquelles nous avons déjà plusieurs fois renvoyé le lecteur, mais dont, à propos de la question des vidanges nous aurons plus spécialement à évoquer les motifs et l'opportunité.
COMMISSION TECHNIQUE D'ASSAINISSEMENT DE PARIS Résolutions votées le 25 juillet 1883.
TiTBE PREMIER. — Cabiiiets d'aisance.
Article premier. — Dans toute maison, il devra y avoir un cabinet d'aisances par logement. Ce cabinet pourra, à la rigueur, êlre placé en dehors du logement, pourvu qu'il soit au même étage.
Art. 2. — Tout cabinet d'aisance devra être alimenté, soit à l'aide de réservoirs, soit par
une conduite ou pai' tout autre moyen, d'une quantité d'eau suffisante pour assurer un débit minimum de 10 litres par personne et par jour.
Art. 3. — Tout cabinet d'aisances devra être muni d'un siphon obturateur au-dessous de la cuvette.
Titre II. — Eaux ménagères et pluviales.
Art. 4. — II sera placé une occlusion syphoïde, à l'origine des tuyaux d'évacuation des eaux ménagères.
Art. 5. — Les descentes des eaux pluviales doivent toujours être munies d'intercepteurs, empêchant toute communication directe avec l'égout.
Titre. III. — Tuyaux de chute.
Art. 6. — Chaque tuyau de chute et chaque conduite des eaux ménagères doit se prolonger au-dessus du toit, afin que la ventilation en soit active et permanente.
Art. 7. — Il est désirable que les tuyaux de chute, prolongés an-dessus du toit, ainsi qu'il vient d'être dit, soient lavés à l'aide de réservoirs placés au dernier étage des cabinets et faisant des chasses intermittentes et automatiques.
Art. 8. — Afin d'assurer une interception hermétique et permanente entre l'égout et la maison, les tuyaux d'évacuation seront munis d'un appareil siphoïde obturateur à leur extrémité inférieure ayant leur débouché dans l'égout public.
Art. 9. — Les tuyaux d'évacuation seront étanches, en fonte ou grès vernissé, et prolongés ilansie branchement jusqu'à l'égout public.
Titre IV. — Fosses fixes.
Art. 10. — Il est nécessaire de poursuivre la suppression du système des fosses fixes. En conséquence, des fosses fixes nouvelles ne seront établies que dans les cas à déterminer par l'Administration où l'absence d'égout, les dispositions de l'égout existant ou l'insuffisance de l'eau, etc., ne permettraient pas l'écoulement direct soit à l'égout, soit dans une canalisation spéciale.
Art. il. — Une cuvette à pans inclinés devra être creusée dans le radier de la fosse, audessous de l'ouverture d'extraction, pour rendre le travail de rachèvement plus facile et plus rapide.
Art. 12. — Dans les fosses fixes existant actuellement, la ventilation devra se faire à la fois par un tuyau d'évent et par le tuyau ouvert à sa partie supérieure et prolongé au-dessus du toit.
Art. 15. — Il est nécessaire d'assurer, par un personnel suffisant, une surveillance plus complète de l'étanchéité des fosses et des opérations de vidange.
Art. li. — Les opérations de vidange ne doivent être autorisées qu'à l'aide des appareils le plus perfectionnés, notamment de ceux qui compoi-tent le vide fait dans les tonnes avec désinfection des gaz.
TiTiiE Y. — Fos-'?es mobiles.
Art. 15. — Les fosses mobiles, dont le débordement est inévitable, doivent être supprimées dans le plus bref délai, partout où cela sera possible.
Art. 16. — Il y a lieu de faire une exception temporaire en faveur des récipients avec garnitures sèches et absorbantes, qui rendent de grands services, principalement dans les maisons sans étages et au rez-de-chaussée, quand leur renouvellement est assuré par un service régulier.
Titre YI. — Appareils séparateurs ou dilueurs.
Art. 17. — Les appareils dits séparateurs ou dilueurs ne sont qu'un mode imparfait d'écoulement à l'égout.
Art. 18. — Les modèles employés dans les appareils séparateurs ou dilueurs en service doivent rendre impossible tout débordement dans le caveau et assurer l'écoulement direct du trop-plein à l'égout. Ils ne pourront fonctionner que dans les maisons largement pourvues d'eaux.
Art. 19. — Les eaux pluviales et ménagères devront, autant que possible, se déverser dans l'appareil séparateur ou dilueur.
Titre. VII. — Ecoulement des matières'de vidange aux égouts.
Art. 20. — L'écoulement total des matières excrémentitielles à l'égout peut être autorisé dans les égouts largement et constamment alimentés en eau courante, ne laissant pas s'accumuler de saBles, et dans lesquels les matières seront entraînées sans repos jusqu'au débouché des collecteurs.
Art. 21. — Il peut être autorisé également dans les égouts moins abondamment pourvus
d'eau que les précédents, mais ayant la pente et l'eau nécessaires à l'écoulement des matières, la condition qu'il soit procédé dans ces égouts aux travaux et au mode de curage indiqués dans les articles 23 et suivants.
Art. 22. — Dans les égouts ne satisfaisant pas aux conditions spéciliées aux articles 20 ou 21, ou dans lesquels le reflux des collecteurs peut arrêter l'écoulement, l'émission des matières excrémentitielles pourra se faire dans des tuyaux ctanolies, placés dans les galeries et prolongés jusqu'à des égouts remplissant les conditions susénoncées.
' TiinE YtlI. — Entretien et curage des égouts.
Arl. 23. — Il y a lieu d'établir des cuvettes à rails sur 7600 mètres d'anciens égouts, recevant actuellement beaucoup de sable.
Art. 24. — Les angles de tous les radiers des égouts doivent être arrondis.
Art. 25. — Il y a lieu d'augmenter les dimensions ou d'opérer la transformation de vieux égouts sur une longueur de 10 000 mètres environ. La pente de leur radier sera augmentée sur 8 kilomètres.
Art. 26. — Pour assurer le lavage des égouts, indépendamment de l'écoulement des eaux amenées par les bouches et de celles qui provietmcnt des habitations, il sera établi un système de chasses, produites par des réservoirs d'eau, contenant 10 mètres cubes, placés €n tête de chaque égout et le long de ces égouts, à des distances maxima de 230 mètres- Ces réservoirs se videront instantanément une ou deux fois par vingt-quntre heures.
Des équipes d'ouvriers suivront le mouvement des eaux de la chasse pour faire circuler ies matières qui n'auraient pas été entraînées et seraient restées attachées aux parois des égouts.
La longueur des égouts dans lesquels ce mode de curage par chasse peut être employé est d'environ 424 kilomètres.
Art. 27. — Il sera établi dans les collecteurs un certain nombre de bassins à sable (15 au maximum), de telle sorte que les bateaux ou wagons-vannes assurent l'enlèvement des matières dans un délai de vingt-quatre heures.
Art. 28. — Il sera établi des réservoirs mobiles au-dessous des bouches d'égout des voies empierrées ou autres, déversant dans les égouts des sables, des fumiers ou autres corps lourds. Le nombre de ces l'éservoirs est estimé à 2000.
Arl. 29. — Le système central des collecteurs sera complété en vue de soulager les collecteurs des Coteaux et de Clicliy et de pourvoir à un débit de 400 000 mètres cubes par vingtquatre heures.
Art. 50. — Les eaux des parties basses de Grenelle, de Bercy et du \ô° arrondissement de l'aris, seront envoyées dans les collecteurs.
Art. 31. — 11 sera établi au débouché du collecteur à Clichy des portes de flot et des barrages mobiles pour empêcher le reflux des eaux de la Seine en temps de crue. L'écoulement des eaux du collecteur sera alors assuré en modifiant les machines élévatoires à Clichy pour qu'elles relèvent et rejettent ces eaux dans la Seine jusqu'à concurrence do 600 000 mètres cubes par vingt-quatre heures.
Titre IX. — Épuration des eaux d'égout.
Art. 32. — Les eaux d'égout de la ville de Paris, prises dans leur état actuel, c'est-à-dire contenant une forte proportion de matières excrémentitielles, peuvent être soumises au procédé d'épuration par le sol, sans danger pour la santé publique.
Art. 33. — Il y a lieu de demander au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour interdire la projection des eaux impures dans les cours de la Seine et de la Marne, •dans la traversée des deux départements de la Seine et de Seine-et-Oise.
Art. 34. — 11 sera fait immédiatement une étude pour l'épuration des eaux des collecteurs départementaux de la Seine et des égouts de Paris qui leur seront rattachés par des irrigations dans les plaines bordant le fleuve en amont de Paris.
Il faut bien le reconiiaUre, la vidange à Paiis [s'effectue encore d'une façon bien primitive, l'opération consistant, pour la majorité des cas, dans l'enlèvement direct de ces matières pour les transporter dans les voiries.
De là des inconvénients multiples : 1» dans la maison même; 2° dans la rue ; 5" dans le voisinage de la ville infecté par ces immondes dépôts. Ces inconvénients datent de loin.
Des lettres patentes de Louis Xll, du 21 janvier 1510, des arrêts du Parlement et de nombreux édits imposèrent successivement aux propriétaires WCT. ERG. 2' s. XXI. 16
d'immeubles l'installation de locaux spéciaux, pour recevoir dans la maison même les matières excrémentitielles ; mais les premières mesures rigoureuses prescrites à cet égard le furent par le préfet de police la Reynie qui, par ordonnance en date du 24 septembre 1GG8, « enjoint à tous propriétaires des maisons de la ville et des faubourgs de faire des foyers et latrines autant qu'il en serait nécessaire, eu égard à l'étendue et grandeur d'icelles » ; cette ordonnance, entre autres indications sur la manière dont les fosses devront être construites, oblige à « faire des ventouses qui seront conduites jusqu'au-dessus des combles des maisons où elles seront faites. »
Gomme bien l'on pense, il ne pouvait encore entrer dans la pensée des édiles de préserver le sous-sol contre un pareil voisinage.
Ce dont on se préoccupait surtout alors, et certes il y avait de quoi, c'était l'infection entraînée dans la maison par les dispositions vicieuses des cabinets d'aisance et dont on trouve malheureusement encore tant d'exemples. Aussi la Commission technique d'assainissement s'est-elle trouvée avoir tout d'abord à lutter contre l'infection de nos lieux communs, en raison de leur promiscuité en tant de maisons, et de la pénurie d'eau de lavage, et a-t-elle tout d'abord, dans les résolutions que nous venons de reproduire, posé le principe salutaire du cabinet spécial à chaque logement, exigé l'emploi de l'eau à la dose suffisante pour entraîner toutes les matières et démontré les défectuosités des tuyaux de chute qui conduisent les matières jusqu'au récipient commun, fosse ou égout. Trop souvent ces tuyaux sont peu ou point lavés ; leur diamètre est exagéré ; ils ne communiquent pas avec l'atmosphère et renferment une masse d'air infect, qui rentre dans les appartements par les sièges des cabinets, les pierres d'évier, les plombs, etc. Les articles 6 à 9 [voy. p. 240) indiquent les principaux remèdes à opposera ces dangereuses imperfections.
Quant aux fosses elles-mêmes, il y a certainement, à notre époque, quelques progrès sur le passé; à ces fosses anciennes, aux parois perméables, infectant les puits qui étaient autrefois l'unique source d'eau potable, on a substitué des récipients aussi élanches que possible, avec usage de l'eau pour diluer les déjections, double amélioration incontestable, mais presque compensée malheureusement par un double inconvénient : réplétion plus rapide des fosses, augmentation considérable de la masse des déjections à évacuer.
En somme, les fosses fixes actuelles constituent encore autant de petits dépotoirs, spécialement dangereux en une grande ville où l'accroissement quotidien de la population en des maisons très-élevées et très-peuplées en augmente parallèlement le nombre et le contenu.
Ne sait-on pas d'ailleurs combien est illusoire la prétendue étanchéité des parois de ces fosses, combien il est difficile de les protéger contre les fissures dues au tassement du sol, quelquefois même contre les ouvertures intentionnellement pratiquées par les propriétaires pour laisser passer les liquides et économiser les frais de vidange, d'où augmentation des dangers pour les habitants de l'immeuble, pollution des sous-sol, de l'eau des puits, etc.?
C'est pour parer à ces inconvénients que, dès 1855, une commission administrative, reconnue par le Préfet de police, proposait l'emploi d'appareils séparateurs des solides et des liquides, avec faculté de rejet de ces dernières, après épuration, sur la voie publique.
Après de nombreuses hésitations et une application momentanée de 1852 à 1854, cette proposition devint le point de départ d'une autorisation accordée,
en 18G7, aux propriétaires de maisons bordant la voie publique, d'écouler directement les eaux vannes de leurs fosses d'aisance non plus sur la rue, mais dans les égouts de la ville. L'arrêté du 2 juillet 1867, pris à cet effet parle Préfet du département de la Seine, est encore en vigueur.
Les règlements administratifs exigent, d'autre part, et au point de vue de l'immeuble intéressé c'est un avantage, l'établissement de tuyaux d'évent partant du sommet de la fosse, s'élevant au delà du faîte des maisons et destinés à diminuer l'infection de cette fosse : mais n'en résulte-t-il pas la formation, à la surface des toits, de foyers d'infectioû aérienne dangereux, pendant les périodes de calme atmospbérique, pour les quartiers au-dessus desquels ils stagnent, et, en cas de translation par les courants aériens, venant heurter en pleine façade les maisons situées sur les altitudes avoisinantes ?
Au moment des vidanges, la rue a malheureusement sa part du redoublement d'infection subie par la maison elle-même durant cette opération, source nonseulement d'odeurs nauséabondes, mais d'encombrement de la voie et de tapage nocturne.
Ici également on a cherché à réduire les inconvénients de ces manœuvres par l'édiction d'un certain nombre de mesures :
Désinfection préalable des fosses par les produits chimiques; emploi de pompes aspirantes et foulantes; fixation des heures de jour et de nuit pendant lesquelles la vidange peut être effectuée; interdiction de toute projection de matières, soit sur la voie publique, soit à l'égout; obligation d'employer des tonnes étanches ne laissant échapper ni liquides, ni gaz infects; fixation des itinéraires, etc.
Les tonnes métalliques une fois pleines sont aujourd'hui autorisées à verser leur contenu dans des bateaux-citernes, complètement étanches, en station nocturne sur divers points de la Seine (pont de l'Aima et quai Saint-Bernard), ou du canal Saint-Martin (quai Jemmapes) ; ce qui évite le transport des tonnes pleines jusqu'aux dépotoirs ou usines placées hors de Paris.
Autant de mesures rationnelles dont la stricte application exige une surveillance difficile, souvent impuissante, comme le démontrent trop souvent les graves accidents entraînés par leur négligence, et spécialement par la projection frauduleuse à l'égout des matières de vidange ; dans son rapport à la Commission de 1882, Dubreuil a fait ressortir rinsuftîsance numérique du personnel administratif chargé de cette surveillance.
Un arrêté du préfet de la Seine, du 5 juin 1878, est venu en outre obliger le vidangeur à brûler les gaz qui se dégagent, pendant l'opération de la vidanc^e, soit des pompes d'extraction, soit du récipient; malheureusement tous les procédés essayés dans ce but ont l'inconvénient d'exiger l'emploi de machines à vapeur ou de foyers encombrant la voie publique, et créant une cause de danger pour la circulation des voitures, les appareils nécessaires ne pouvant se placer dans les petites cours et les corridors de la plupart des maisons de Paris.
La situation n'est pas plus favorable en ce qui concerne les voiries dont la note suivante, empruntée à la direction des travaux de Paris, résume l'historique et les conditions actuelles :
« Il existait au douzième siècle, à Paris, un certain nombre de voiries dans les faubourgs Saint-Marcel, Saint-Germain et Montfaucon. En 1781, elles furent toutes supprimées , sauf celles de Montfaucon. Les matières fécales
y étaient reçues dans d"immenses réservoirs où s'opérait la séparation des solides et des liquides; ces derniers s'écoulaient par un égout dans la Seine au-dessus du pont d'Austerlitz, ou s'infiltraient dans les puits des quartiers traversés, dont ils contaminaient les eaux. Les matières pâteuses étaient desséchées à l'air et livrées ensuite à l'agriculture au bout de quatre ou cinq ans.
Les inconvénients de ces procédés, la puanteur qu'exhalait Montfaucon et qui se répandait dans les quartiers avoisinants, firent renoncer à ce dépôt, et en 1817 la ville de Paris fut autorisée à disposer de 30 hectares de la forêt de Bondy pour y transporter la voirie. Ou créa plus tard, au moment où Montfaucon fut définitivement supprimé, le dépotoir de La Yillette, dans lequel les matières sont apportées et refoulées par une conduite forcée placée le long du canal de rOurcq, qui réunit le dépotoir à la voirie de Bondy.
Les solides sont transportés directement dans les vases clos qui les contiennent sur des bateaux suivant la voie du canal.
Les premiers procédés d'exploitation employés à Bondy étaient à peu près ceux de Montfaucon. Les matières reçues de Paris étalent emmagasinées dans d'immenses bassins où elles se décantaient. Les liquides étaient rejetés dans la Seine près de Saint-Denis. Lorsque la couche solide était assez épaisse, c'està-dire après trois ou quatre ans en général, on vidait les bassins et on plaçait les matières solides dans un séchoir pour les convertir en poudrette.
En procédant ainsi dans tous les bassins, on perdait, par l'écoulement des liquides à la Seine, une grande partie des matières fertilisantes, et par l'évaporatiou et la fermentation on faisait disparaître les principes ammoniacaux qui, au lieu d'être utilisés, empestaient les localités voisines. Enfin, on avait en permanence, dans les bassins, un stock considérable, qui formait un foyer d'infection et qui, aujourd'hui encore, n'est qu'une cause d'embarras pour l'administration municipale qui, depuis 1872, n'a plus trouvé de fermiers pour l'exploiter. Aussi l'existence de la voirie de Bondy a-t-elle donné lieu de tout temps aux réclamations les plus vives et les mieux fondées de la part des habitants des localités voisines, pour lesquels cet établissement est une véritable calamité. »
Cet état de choses ne s'est malheureusement amélioré qu'en ces derniers temps, plusieurs industriels ayant cherché à utiliser le stock de matières dont regorgent les bassins de Bondy.
Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que cet abandon prolongé a été l'origine de l'édification, par des sociétés particulières, d'un nombre considérable d'usines ayant pour objet principal la fiibrication sur une grande échelle du sulfate d'ammoniaque. Il s'est ainsi constitué autour de Paris un cercle de dépôts de vidange, à peu près également répartis au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, d'où cette aggravation pour la ville qu'elle est exposée à leurs émanations de quelque point que souffle le vent, tandis que lors du fonctionnement unique de la voirie de Bondy les vents du nord, rares à Paris, amenaient seuls les mêmes inconvénients.
Dans son rapport à la Commission d'assainissement, Marié-Davy constatait que, en 1882, le chiffre de ces dépôts autour de Parii, outre le dépotoir de La Yillette et la voirie de Bondy, s'élevait à 21.
De ces 21 dépôts, 9 alimentaient des usines autorisées à distiller les eaux vannes et à les transformer, par cette distillation, en sulfate d'ammoniaque ;
dans 0 de ces usines, les matières solides sont traitées en outre par la dessiccation à chaud.
Or, les conditions essentielles pour que l'emmagasinage des matières ne donne lieu à aucune émanation incommode ou même dangereuse sont, en général, absolument négligées dans ces usines, les réservoirs laissant échapper, à travers les planches mal jointes de leur toiture ou les baies librement ouvertes de leurs parois, des gaz infects dont l'expansion au dehors atteint son maximum dans les cas de dépression atmosphérique.
D'autre part, si la distillation des eaux vannes a été, dans les usines principales, l'objet d'améliorations sérieuses ayant surtout pour but d'assurer la combustion, dans un foyer spécial du gaz mis en liberté par la saturation, ces améliorations sont à peine en voie de réalisation dans les usines de moindre importance, notamment en celles qui récemment se sont installées àBondymême, cl dans lesquelles on pratiquait récemment encore, à l'air libre, la saturation par l'acide sulfurique des produits distillés, sans aucun souci de la deslruclion des gaz mis en liberté.
Quant à la troisième phase du travail, celle qui consiste dans la dessiccation des matières pâteuses, elle n'a, on peut le dire, été l'objet d'aucune amélioration. Quelques essais, à la vérité, ont été commencés dans le but de modifier l'ancienne manière de faire, mais ces essais n'ont eu aucune importance sérieuse; et aujourd'hui encore, comme il y a deux ans, c'est dans des séchoirs clos le plus souvent au moyen de couvercles en bois mal jointifs, quelquefois simplement recouverts de tuiles et non plafonnés, c'est, en un mot, dans des capacités ouvertes sur lesquelles tout appel serait fictif, que la dessiccation a lieu. Aussi voit-on, de ces séchoirs, se dégager des odeurs repoussantes, nauséabondes, qui, au premier chef, doivent être comptées au nombre des incommodités graves dont le traitement actuel des matières de vidange détermine la production (Aimé Girard).
En résumé, le système des fosses fixes et ses conséquences, au point de vue du transport et de la manipulation des matières excrémentitielles, constituent, en leur mode actuel, un procédé barbare, indigne d'un pays civilisé, et de plus offrant, dans une grande ville, son maximum d'inconvénients au point de vue de la salubrité de la maison et de l'hygiène générale de la cité.
Une partie des inconvénients des fosses fixes a été conjurée dans un certain nombre d'immeubles par l'établissement de fosses mobiles permettant en général l'extraction, sans grande incommodité pour le voisinage, des matières renfermées en des récipients hermétiquement clos; malheureusement ce système, peu favorable à l'usage de l'eau dans les cabinets, vu la rapidité de la réplétion de ces récipients, occasionne fréquemment des débordements qui en détruisent le bénéfice local, et, d'autre part, il entraîne le maintien et le fonctionnement des dépotoirs à la périphérie de la ville.
Ce qui répond le plus à l'aspiration de l'hygiène, c'est la suppression de toute retenue locale sous la maison de matières excrémentitielles, et la soustraction immédiate de ces produits par des voies autant que posable sans communication avec l'atmosphère de la maison et de la rue.
Deux systèmes, répondant plus ou moins exactement à ce double but, ont été mis en présence au cours des travaux de la Commission technique d'assainissement : d'une part, projection totale à l'égout des matières de vidange, conformément à ce qui se pratique en plusieurs villes étrangères; de l'autre, écoule-
ment de ces matières par une canalisation spéciale, hermétiquement close, absolument étanche, où l'entraînement des produits serait facilité aussi bien par la pente des conduites ou par des chasses que par l'aspiration pneumatique.
Un des arguments principaux formulés à l'appui du système du tout à l'égout, c'est qu'aujourd'hui déjà les égouts de Paris renfermeraient la plus grande partie des matières excrémentitielles de la population. Marié-Davy, Durand- Claye, estiment qu'actuellement les matières extraites des fosses fixes ne représentent guère que le tiers ou le quart de la totalité des produits de la population, et que dès lors l'addition de ces matières n'occasionnerait pas, en la composition de ces eaux, un changement aussi radical qu'on l'a prétendu. Suivant les recherches de Durand-Claye, cette addition porterait le titre du mètre cube d'eau d'égout, en azote, de 0''s,051 à O''8,07o; Marié-Davy, qui a pris pour base le dosage des phosphates neutres, arrive à un résultat analogue.
Il est difficile d'accepter ces chiffres sans être au préalable assuré que l'azote et les phosphates renfermés, tant dans les eaux ménagères, si riches elles aussi en azote, que dans les eaux industrielles et les eaux de lavage de la voie publique, ne contribuent point dès aujourd'hui, pour une certaine part, à augmenter la quantité de ces principes dans les eaux d'égout analysées par ces savants observateurs.
N'avons-nons pas, d'autre part, vu plus haut formuler à l'égard des fosses fixes le reproche de leur non-étanchéité, c'est-à-dire l'impossibilité d'estimer, d'après ce qu'on leur enlève la quantité réelle des matières qu'elles reçoivent? Aussi des contradictions fort sérieuses ont-elles été formulées. Suivant Combe, les égouts, tels qu'ils fonctionnent actuellement, ne reçoivent peut-être pas le cinquième des matières excrémentitielles de la population, et nous avouons pencher vers cette manière de voir, en raison du nombre en somme encore restreint d'habitants dont les latrines se vident à l'égout, soit directement, soit par l'intermédiaire de tinettes filtrantes.
Un autre ingénieur de la ville, d'une compétence également spéciale, puisqu'il a dans ses attributions la surveillance du service des égouts de Paris, a formulé, lui aussi, les réserves les plus formelles sur l'application immédiate de ce système; sans parler des petits égouts qui n'ont pas d'eau et qui se transformeront en fosses d'aisance, si l'on y jette les vidanges, il se demande avec inquiétude ce que deviendrait, dans les galeries plus considérables, l'infection de ces chasses d'eau qui déjà donnent lieu à des dégagements de gaz à peine supportables, le jour où la totalité des matières fécales viendrait s'y décomposer (Humblot).
Les retenues derrière les vannes seraient désormais sans doute impossibles, et comment suppléer alors aux chasses indispensables au nettoyage des égouts ? Quelle sera l'influence des matières fécales sur l'infection des sables que l'on est obligé d'extraire des égouts, surtout quand, par suite de quelque crue de la Seine, ces matières se seront accumulées dans les collecteurs et leurs affluents, en raison de l'interruption forcée des manœuvres de curage, interruption qui dure parfois plus d'un mois?
Aussi nous sommes-nous toujours associé aux réserves de Brouardel, et avonsnous peine à comprendre l'enthousiasme avec lequel le système du tout à Végoiit a été préconisé et proclamé immédiatement réalisable.
Ces divers inconvénients pourront, nous le savons, être atténués, et par l'établissement de portes à flot empêchant le refoulement des matières par les
PARIS. m
crues de la Seine, et par la diminution, gn"ice à l'extension du pavage en bois eÀ à l'installation de récipients aux bouches d'égout, de la quantité de sables et de fumiers et autres ordures de la rue, projetés à travers ces bouches.
Mais le curage et le lavage quotidiens des égouts exigeraient partout l'emploi de quantités considérables d'eau, même dans les égouts élémentaires les moins chargés; et il faudrait augmenter, en des proportions qui dépassent les ressources actuelles, les emprunts faits à la distribution publique.
« Nous estimons qu'il fondra au moins un réservoir en tête de chaque égout élémentaire, un en tête de chaque collecteur du premier degré ayant moins de {)"S01 de pente et deux dans les collecteurs du deuxième degré n'ayant pas une pente supérieure. Le nombre des réservoirs serait ainsi de 51CG. Leur dépense s'élèverait à environ 2 600 000 francs.
Le curage du réseau actuel, qui nécessiterait dans l'hypothèse de l'écoulement total 1124 hommes de plus qu'aujourd'hui, occasionnerait à lui seul une dépense supplémentaire de 2 250 000 francs par an ; comme le réseau, pour être complet, doit être augmenté de plus de la moitié de sa longueur actuelle, on peut dire que l'écoulement du « tout à l'égout » appliqué à tout Paris coûterait 5500000 francs environ par an » (Ilumblot).
Il nous suffit de rappeler ce que nous disions plus haut des desiderata déjà si dangereux des égouts de Paris dans leur état actuel, pour faire pressentir combien à nos yeux serait imprudente l'application du tout à l'égout avant la réalisation préalable de ces conditions fondamentales d'un entraînement rapide. Ce que nous ne saurions accepter, et ce que paraissent admettre la plupart des partisans de ce système, c'est que toutes les matières excrémentitielles de la ville entière dussent jamais s'écouler par les collecteurs actuels; en sorte que ces collecteurs, vu leur supériorité de niveau sur un grand nombre des galeries aboutissantes, serviraient à répartir dans l'ensemble du réseau les immondices de tout Paris dont ils seraient devenus le confluent.
On serait forcé de destituer ce réseau des fonctions multiples (distribution des eaux, installation des fils télégraphiques, des tubes pneumatiques postaux, etc.), qui à Paris lui donnent un caractère tout spécial d'utilité et de grandeur, et le différencient des égouts de Londres et de Bruxelles, qui ne sont, nous l'avons dit, que des conduites de vidange où l'ouvrier lui-même ne descend et ne peut descendre que rarement, et dont le nettoyage se fait soit naturellement par l'effet du courant et de la pente, soit par quelque procédé mécanique. La vie souterraine y deviendrait d'autant plus difficile qu'il y aurait lieu, dans l'intérêt de la salubiité publique, d'intercepter, sinon totalement, au moins dans une large mesure, toute communication entre l'air de ces galeries et celui de la rue.
D'ailleurs la plupart des galeries et même les collecteurs actuels ne suffiraient pas, comme dimension, à écouler la nouvelle quantité d'eau exigée pour assurer le lavage en ces nouvelles conditions.
Nous estimons donc que la généralisation du système, si jamais elle était appliquée, devrait être précédée d'une multiplication des collecteurs généraux, et surtout de la dérivation vers l'est et le sud de Paris du contenu des galeries les plus éloignées de ces collecteurs, ou les plus basses de niveau, spécialement en certains points desXlIS XIIP arrondissements, et dans le quartier de Grenelle. Non-seulement l'écoulement serait ainsi mieux assuré, mais il y aurait moins de chance de contamination réciproque des différents quartiers de la
ville. Celte manière de faire correspondrait à la combinaison proposée parles ingénieurs, et signale'e ci-dessus {voij. p. 2H), de l'installation d'une usine élévatoire, sise en amont de la capitale, au confluent de la Seine et de la Marne, usine vers laquelle seraient dirigées toutes les eaux des égouts des plans supérieurs de Paris pour être amenées sur des terrains d'épuration. Mais ce ne serait pas tout. En amont comme en aval, les ressources actuelles en terrain seraient absolument insuffisantes, car l'épandage total des matières excrémentitielles de Paris exigerait une surface dépuration de plus de 10000 hectares, cinq fois plus que ce dont on dispose aujourd'hui ; comme nous l'avons dit page 259, ce n'est guère qu'en aval q\)'on pourrait songer à augmenter ces surfaces, sans danger |)Our la ville.
Mais la principale indication qui surgisse devant les conditions générales du réseau d'égouts de Paris, c'est la substitution^ au moins partielle, au déversement direct des matières dans les galeries, de leur écoulement dans des conduites spéciales, étanches, exclusivement destinées à cet écoulement.
11 est juste de rapporter encore à Belgrand la paternité de cette ide'e, reproduite il y a trente ans dans le discours du préfet de la Seine dont, pour ces grandes questions d'hygiène, il était l'inspirateur.
(( J'avais pensé à une combinaison radicale, qui supprimerait toutes les fosses et ferait aboutir les tuyaux de descente à des conduites spéciales de dimension assez forte pour qu'elles ne fussent jamais engorgées. Ces conduites trouveraient place dans les galeries d'égout, et leur réseau serait soumis à l'action de machines aspirantes et foulantes qui rassembleraient les matières dans des réservoirs lointains, comme celui de Bondy, pour qu'elles y fussent traitées par les ]irocédés en usage » (Haussmann, Mémoire sur les eaux de Paris, 4 août 1854).
La deuxième sous-commission de l'assainissement de Paris, dont j'eus l'honneur d'être le président, eut précisément pour mission spéciale d'étudier l'écoulement des matières de vidange par des conduites étanches sans communication avec l'eau d'égout ; elle avait en particulier à déterminer la possibilité et l'opportunité d'appliquer à Paris l'une de ces canalisations fermées qui fonctionnent en ce moment, soit à Paris même, soit en d'autres localités, sous lesnoms de systèmes "Waring, Liernur, et Berlier.
Le système du colonel Waring a été appliqué à Memphis et en d'autres villes des États-Unis. II consiste essentiellement dans une série de tuyaux qui reçoivent à la fois les produits des cabinets d'aisance, les eaux ménagères et pluviales des maisons et les versent dans les grands cours d'eau. Des réservoirs interposés de distance en distance projettent, au moyen de siphons intermittents, des volumes d'eau suffisants pour former des chasses et entretenir la propreté des tuyaux; la canalisation est reliée, en chaque maison, avec un tuyau d'évent qui s'élève au-dessus du toitet porte le plus haut possible les odeurs dégagées.
Ce système ne se prête donc pas, en raison de la dilution extrême des matières, à leur transformation en engrais ; il ne comporterait dès lors, comme moyen d'épuration au sortir de la ville, que l'irrigation. D'autre part, ses communications par les tuyaux d'évent avec l'air extérieur ne répondent pas au programme de ceux qui veulent une canalisation entièrement fermée.
Ce système a été néanmoins, devant la Commission technique, l'objet d'un rapport intéressant dont l'auteur a démontré combien les drains hermétiquement clos du système Waring seraient supérieurs, pour assurer l'écoulement des matières.
à ces galeries sans eaux du réseau parisien, galeries déjà infectes aujourd'hui, et dont il serait imprudent d'augmenter les inconvénients par la projection totale des matières (Vauthier, Note sur les conditions dans lesquelles pourrait être appliqué à Paris le système Waring). Les premières applications faites à Paris, depuis un an, au centre même de la ville, ont répondu à ces conclusions et jusqu'ici ont donné d'excellents résultats.
Rien ne paraît devoir satisfaire plus complètement qu'un système dans lequel le transport des matières s'effectuerait au moyen du vide et par une canalisation métallique hermétiquement close de la maison à l'usine où elles seraient traitées. Le système Liernur répond à ces indications; appliqué à un quartier d'Amsterdam, il pourrait l'être sans doute aussi à un quartier de Paris; mais il est trop compliqué pour pouvoir répondre aux besoins de la ville entière et deviendrait incompatible avec l'écoulement de la masse d'eau reconnue nécessaire pour l'entretien de la propreté des cabinets.
Berlier a été autorisé, par arrêté du préfet de la Seine, en date du 7 septembre 1881, et suivant délibération conforme du Conseil municipal, à expérimenter, dans Paris, un système d'évacuation pneumatique, sans aucune communication avec l'air extérieur, qui diffère de celui du capitaine Liernur. Berlier ne rend point solidaires les vidanges de plusieurs maisons, comme le fait l'ingénieur hollandais ; chaque tuyau de chute aboutit, au contraire, à un récepteur spécial, lequel communique avec la canalisation générale par l'intermédiaire d'une soupape, mue automatiquement par un flotteur. Une large maille métallique, placée à l'orifice du tuyau de chute, arrête les corps qui pourraient obstruer la conduite sans intercepter l'écoulement des matières. La vidange se fait ainsi par intermittences très-iapprochées, et les matières ne séjournent qu'en petite quantité et que peu de temps dans le récepteur.
Nous avons constaté par nous-même le bon fonctionnement de ce système qui protège la rue contre les émanations fécales, et nous avons insisté pour la continuation des expériences commencées, il y a trois ans, dans l'une de nos casernes (Pépinière) et quelques rues adjacentes; satisfaction a été donnée à cet égard à nos désirs et à ceux de la Commission par l'arrêté préfectoral du 7 décembre 1883, autorisant l'application de ce système pour 500 immeubles situés dans une zone déterminée.
Loin de nous la pensée de considérer ces types divers de canalisation étanche comme susceptibles de pouvoir suffire à eux seuls à l'enlèvement des vidanges de toute la population parisienne! mais nous ne saurions trop répéter combien la visite des quelques galeries d'égout où circulent ces conduites hermétiquement fermées nous a laissé, en raison de leur propreté, de satisfaction après notre passage dans la masse des autres galeries infectées par la projection directe des vidanges.
Nous dirons plus : plusieurs de nos collègues de la Commission d'assainissement estiment qu'il suffirait d'emprunter à ces systèmes leurs tuyaux étanches, qui serviraient simplement de raccords, à travers les galeries de dernier ordre du réseau parisien actuel, entre les tuyaux de chute et les égouts principaux où ils déverseraient leur contenu; telle n'est pas, suivant nous, l'application principale à faire de ces conduites ; nous estimons que ces systèmes de canalisation doivent être appliqués dans leur entier, c'est-à-dire prendre à domicile et transporter hors de la ville les matières excrémentitielles ; nous voudrions qu'on leur attribuât le rôle [complet de la "vidange de quelques-uns des quartiers les
plus éloignés du passage des collecteurs, de façon à décharger encore ceux-ci d'une certaine somme de matières excrémentitielles.
En résumé, l'étude consciencieuse et détaillée des divers modes de vidange proposés nous a de plus en plus éloigné de la préconisation exclusive de l'un d'eux pour le service de Paris.
Il y a lieu de profiter, dans une certaine mesure, des ressources offertes par le réseau d'égouts actuel, mais sous la réserve absolue de l'application préalable des modifications susceptibles d'assurer l'écoulement rapide des matières excrémentitielles projetées dans les sections principales du réseau; de l'établissement, dans les galeries sans pente ou mal irriguées, d'une canalisation étanche; de la dérivation, par des canaux également étanches, d'une partie des matières dont le point de départ est trop éloigné du passage des collecteurs et qui seraient amenées hors de l'enceinte, sans communication aucune avec ces collecteurs.
Sans ces précautions, nous préférerions presque voir conserver les fosses fixes malgré les inconvénients signalés plus haut.
Il s'écoulera d'ailleurs bien des années encore avant la suppression définitive de ces fosses, et il y a lieu, en attendant, de leur appliquer rigoureusement les principes votés par la Gommision d'assainissement :
Ventilation simultanée par un tuyau d'évent et par le tuyau de chute ouvert à sa partie supérieure et prolongé au-dessus du toit.
Établissement dans le radier de la fosse, au-dessous de l'ouverture d'extraction, d'une cuvette à plans inclinés pour rendre le travail de rachèvement plus facile et plus rapide.
Surveillance plus complète, grâce à un personnel suffisant, de l'étanchéité des fosses et des opérations de vidanges qui ne seront faites qu'à l'aide des appareils les plus perfectionnés, notamment de ceux qui comportent le vide fait dans les tonnes, avec désinfection des gaz.
Quant aux usines et dépotoirs sur lesquels est transporté le contenu de ces fosses, et dont nous avons indiqué les principales défectuosités (page 2-44), les résolutions suivantes ont été votées le 5 février 1883 par la quatrième sous-commission de l'assainissement de Paris :
« \° Toute usine à sulfate d'ammoniaque devra désormais satisfaire aux deux conditions : 1° de n'émettre aucun dégagement gazeux odorant; 2° d'épurer complètement les eaux résiduaires, si ces eaux doivent être envoyées dans un cours d'eau, et tout au moins, si leur destination est autre, de les refroidir et de les désinfecter.
(( Aucune nouvelle usine ne devra être autorisée sans que les dispositions projetées paraissent répondre complètement à ces deux conditions. En ce qui concerne les usines déjà existantes, les règlements en vigueur devront leur être strictement appliqués, sous peine de fermeture; en outre, un délai raisonnable leur sera accordé pour y opérer les perfectionnements nécessaires, et, faute de remplir les conditions exigées, l'usine sera supprimée définitivement.
(( '2° Les dépotoirs appartenant à des particuliers seront supprimés dans le plus bref délai; il ne sera toléré, auprès des usines, qu'un approvisionnement de matières très-restreint dans un réservoir clos, couvert et étanche, et les dimensions de ce réservoir seront fixées dans chaque cas pai-ticulier par l'Administration. « 5° Vu les nécessités présentes, le dépotoir de La Villette continuera à fonctionner dans les conditions actuelles; à la voirie municipale de l'est (Bondy),
l'exploitation du stock sera tolérée à l'air libre, de manière à arriver dans le plus bref délai possible à la suppression définitive de 8 hectares de bassins; au contraire, pour les usines établies ou à établir à la même voirie pour le traitement des matières provenant journellement du dépotoir, l'Administration exigera des industriels l'observation de toutes les règles de salubrité qui seront imposées aux nouvelles usines, conformément aux paragraphes i et 2 des présentes conclusions.
« ¥ Les liquides provenant des bassins ou des usines de la voirie municipale ne seront plus déversés dans la Seine par le collecteur de Saint-Denis et seront transportés par des tuyaux, conduites ou égouts, soit pour être répandus, comme à Gennevilliers, sur un sol propre à leur épuration, soit pour approvisionner de nouvelles usines situées loin de Paris et fonctionnant dans toutes les conditions désirables. »
Ce n'est pas tout. Il est urgent de cherchera diminuer le nombre de ces usines soit en éloignant immédiatement de Paris, et du département, la plus grande somme possible de matières excrémentilielles, soit en modifiant le traitement qui leur est appliqué.
Le transport par routes de terre et même par voies ferrées devient très-coûteux pour une matière de peu de valeur, dès que la distance est quelque peu importante.
Aussi a-t-on dîi renoncer à des essais de placement des eaux vannes en Champagne, pour lesquelles on avait commencé à créer un matériel roulant spécial (entreprise de M. Gargan de 1858 à 1870). C'est par eau que l'on peut espérer élargir le cercle d'applications de ces matières à l'agriculture, soit que l'on remonte ou surtout que l'on descende le cours de la Seine, soit que l'on se serve des canaux de navigation.
D'après Mille, les compagnies de vidanges possèdent déjà tout un matériel de bateaux, de pompes et de tuyaux, qui pourrait très-bien être appliqué au transport de Paris vers la campagne par les voies navigables.
De leur côté, les cultivateurs possèdent on général des tonneaux d'arrosage, auxquels on peut adapter à peu de frais des planches de distribution ou tout autre système simple pour l'épandage des eaux-vannes sur leurs champs.
Des deux parts, il existe donc un matériel presque suffisant, et il ne resterait à créer, comme intermédiaires, que des réservoirs ou des citernes que l'on établirait sur le bord des canaux et des chemins, afin d'y pouvoir aisément décharger les bateaux et remplir les tonneaux de distribution. La vente des matières au réservoir pourrait, suivant Mille, se faire sans grande peine par les compagnies de vidanges au moyen de leur service commercial actuel.
L'épandage sur les champs cultivés, et à grande distance, pourrait donc être un mode pratique d'utilisation des déjections parisiennes.
Mais cet épandage ne peut avoir lieu d'une façon rémunératrice qu'à certaines époques de l'année, à l'automne et au printemps. Il faut que, dans l'intervalle, les matières de vidange trouvent un placement, et comme on ne peut songer à les accumuler dans des réservoirs pendant la morte-saison, c'est à des usines de traitement qu'il faut attribuer cette fonction régulatrice.
C'est ce qui a engagé Mille à proposer la création d'usines ayant pour objectif le traitement des vidanges à froid, c'est-à-dire en des conditions toutes différentes de celles {distillatmi des eaux vannes et dessiccation des matières solides) qui donnent principalement lieu au dégagement d'odeurs infectes; avec
l'auteur, nous estimons qu'il y aurait avantage spécial pour l'Administration à favoriser tout essai ayant pour but de fixer dans des engrais les élémenls utilisables des matières de vidange, et à mettre à cet effet à la disposition des industriels le domaine de Bondy, en se réservant le droit de contrôle et de surveillance du fonctionnement de leurs usines {toy. Mille, Rapport sur l'utilisation des matières de vidange par épandage sur le sol et par traitement à //'Oit/). Aussi la Commission a-t-elle voté cette dernière conclusion :
« L'épandage sur le sol et le traitement à froid des matières tout venant peuvent fournir des ressources nouvelles pour la solution du problème de l'utilisation des vidanges de Paris, et l'Administration peut en autoriser et même en encourager les essais. »
Rues. On ne saurait nier tout ce qui, depuis cinquante ans, a été fait pour l'hygiène morale et matérielle des rues de l'intérieur de Paris.
« Jadis les voleurs de toute sorte recherchaient le centre de Paris; ils trouvaient là des réduits obscurs, des abris certains, des maisons à triple sortie, des plaisirs faciles et leur grande alliée, la prostitution. C'était dans les rues tortueuses de la Cité, dans ce chapelet de ruelles infectes et mal fréquentées qui s'embrouillaient entre le Palais-Royal et le Louvre, dans les bas quartiers du Temple, qu'ils avaient établi leurs refuges. 11 n'était pas toujours prudent de pénétrer dans leurs bouge?, et plus d'une fois les patrouilles grises en furent chassées à coups de brocs et de tabourets. Tout malfaiteur inquiété se sauvait dans les tapis-francs de la rue aux Fèves, de la rue Ilaute-des-Ursins, de l'impasse Saint-Jtartial, sentiers boueux et empoisonnés, noués autour de Notre- Dame; dans le café de TÉpi-Scié, situé boulevard du Temple; à l'estaminet des Quatre-Billards, rue de Bondy; au cabaret des Philosophes, dit aussi le cabaret de Yllomme buté (assassiné), rue Croix des Petits-Champs ; à l'hôtel d'Angleterre, rue de Chartres ; dans les débits interlopes de la rue de Froidmanteau et de la rue du Chantre, dans les repoussants garnis de la place aux Veaux, de la rue de la Vieille-Lanterne et de la Petite-Pologne.
« En éventrant ces vieux pâtés de maisons, oùla vermine disputait le logis aux voleurs, en démêlant à coups de pioche ces écheveaux de ruelles malsaines, en y faisant violemment entrer l'air et le soleil, on n'a pas seulement apporté la santé, on a moralisé ces quartiers misérables, car on en a chassé les malfaiteurs que le grand jour épouvante et qui ne trouvent plus à se cacher dans les vastes espaces où se dressaient autrefois leurs taudis lézardés » (Maxime Du Camp, Paris, ses organes, etc.). Nous verrons ci-après que malheureusement les quartiers périphériques sont loin d'avoir tous gagné à ces grands travaux.
Quant aux modifications matérielles de la voirie, rien aujourd'hui ne rappelle la physionomie des anciennes rues de Paris.
«En 1185, Philippe-Auguste se promenant dans son palais, dit l'historien Rigord, s'approcha des fenêtres où il se plaçait quelquefois pour se distraire par la vue du cours delà Seine. Des voitures, tramées par des chevaux, traversaient alors la Cité et, remuant la boue, faisaient exhaler une odeur insupportable. Le roi ne put y tenir et même la puanteur le poursuivit jusque dans l'intérieur de son palais. Dès lors, il conçut un projet très-diflicultueux, mais très-nécessaire : il convoqua les bourgeois et le prévôt de la ville, et leur ordonna de paver, avec de fortes et dures pierres, toutes les voies de la Cité. »
Composé de grosses dalles ou carreaux de grès, dont les dimensions en longueur et en largeur avaient environ trois pieds et demi, ce pavé ne fut appliqué qu'aux
deux voies principales formant la croisée de Paris, l'une allant du nord au midi, l'autre de l'est à l'oiiesl.
Sous Louis XIII, la moitié des voies publiques était encore sans pavage. A l'époque où Louis XIV édifiait Je palais de Versailles, Paris conservait l'étroitesse et la difficulté de ses abords. Dans la plupart des rues, on ne pouvait guère circuler qu'à pied ou en litière, et, des voies publiques de l'époque, il n'y en avait que trois qui fussent accessibles aux voitures de commerce : les rues Saint-Antoine, Saint-Martin et Saint-Denis.
Ailleurs, le sol était habituellement dépourvu de tout genre de revêlement, constituant par son défaut de pente et ses inégalités une série de réceptacles aux immondices de la population.
C'est à partir du commencement de ce siècle seulement que le pavage des rues prit un développement considérable, arrivant, en ces dernières années, à couvrir une surface totale de plus de 6 millions de mètres carrés. Actuellement, sur les 9 millions de mètres carrés que réprésentent les chaussées de Paris, il n'en est plus guère que la millième partie qui puisse être classée sous le titre de chaussées enterre, et encore ces voies, appartenant en général aux arrondissements excentriques : XIII% XVIII'' etXX'% ne desservent-elles que des jardins ou des terrains non clos.
En ces trente dernières années, le revêtement des rues de Paris a été l'objet de nombreux essais et de sérieuses modilications.
Nous considérons, pour notre compte, comme dignes de tout encouragement, les tentatives ayant pour objet la substitution de surfaces unies, peu bruyantes, à ce pavage glissant, sonore, entretenant dans les quartiers centraux un bruit incessant de roulement et une série de trépidations qui, au dire de certains auteurs, auraient leur part dans le développement du nervosisrae des grandes cités.
Aux pavés en pierre des chaussées on substitua d'abord le macadam qui, au point de vue des inconvénients précédents, constituait un avantage considérable contre-balancé malheureusement à d'autres égards par des inconvénients majeurs : boue, poussières et surtout dépenses excessives pour le maintien en état des empierrements nécessaires ; accroissement, dans une proportion considérable, de l'afflux, dans les galeries souterraines, des sables des chaussées ainsi empierrées: d'où, nous l'avons exposé plus haut, une augmentation de difficulté de curage des égouts et, par le mélange du sable aux immondices, une cause nouvelle d'insalubrité de ces galeries. Actuellement, l'ère du macadam semble passée et fait place à celle du pavage en bois qui a pris, en ces deux dernières années, à la suite de deux votes du Conseil municipal de Paris, une extension si rapide, qu'il recouvre environ 500 000 mètres carrés de superficie.
Le danger, redouté par quelques hygiénistes, de l'apparition de fièvres palustres sous l'influence de la putréfaction des bois, nous semble peu à craindre. Ce n'est pas, et nous en avons donné la preuve ailleurs, de cette putréfaction que naît généralement la fièvre intermittente : c'est du sol, du sol productif pénétré de chaleur et d'humidité; et les pavés en bois actuels, reposant sur une couche de mortier et accolés entre eux par un ciment imperméable, nous semblent offrir des conditions plus favorables à l'oblitération qu'à la production des émanations telluriques. Il y a lieu d'ailleurs de veiller à la préparation de ces pavés qui doivent être rendus préalablement imputrescibles. Nous serons plus réservé en ce qui concerne les chances de durée de ce
pavage; nous ne savons si l'avenir confirmera les espérances conçues d'une notable rédaction, par ce système, des frais d'entretien du revêtement des grandes voies de Paris ; peut-être s'est-on basé à tort sur l'expérience de Londres, où la circulation est moins fatigante et moins destructive. « L'usage de tombereaux ou de cbariots à deux roues pour très-lourds chargements est inconnu à Londres ; on n'y voit rien qui ressemble aux longs attelages des fardiers depierresde taille ou des voitures des grandes raffineries qui circulent à Paris, chargées de 12 tonnes et traînées par 6 chevaux. Et* surtout il n'y a rien à Londres d'analogue à nos omnibus à 5 chevaux qui, chargés de 42 personnes, marchent à grande vitesse, et qui, ajoutant les effets de cette vitesse à ceux de leur poids, détruisent si rapidement les empierrements, les pavages et les voies de tramways » (Barabant, JSotes sur les questions de viabilité. Paris, 1884).
Si nous considérons comme Un inconvénient majeur, pour la salubrité des rues, la communication de leur atmosphère avec celle des égouts, surtout depuis le déversement en ces derniers d'une somme considérable de matières fécales, il est juste de recoimaîlre que la propreté de la voie publique ne peut que gagner à cette communication. C'est grâce à nos égouts à grandes sections et à nos bouches d'égout très-nombreuses que les chaussées principales sont balayées et nettes deux ou trois heures après la fm de la pluie, tandis qu'en d' autres capitales, comme Londres, où l'on empêche la boue d'aller cà l'égout, le nettoiement qui s'opère par tombereaux est lent et difficile.
L'hygiène de la rue vient de gagner beaucoup par la réglementation toute récente d'une industrie intéressante certainement, mais dont on a trop longtemps respecté l'indépendance au détriment de la salubrité publique : l'industrie des chiffonniers qui, jusqu'en ces dernières années, entretenait l'habitude de répandre, sur les voies publiques, les ordures ménagères où ces industriels venaient prélever leur dîme avant l'enlèvement par le tombereau municipal. Un arrêté préfectoral du 7 mars 1884 a mis fin à ces pratiques dangereuses ; nous nous bornerons à en reproduire les articles principaux :
Article premier. — Il est complètement interdit de projeter sur la voie publique, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, les résidus quelconques de ménage ou les produits de balayage provenant de l'intérieur des propriétés privées ou des établissements publics.
Art. 2. — A partir de la date du présent arrêté, le propriétaire de tout immeuble habité sera tenu de luire déposer chaque matin, soit extérieurement sur le trottoir, le long de la façade, soit intérieurement, près de la porte d'entrée, en un point parfaitement visible et accessible, un ou plusieurs récipients communs de capacité suffisante pour contenir les résidus de ménage de tous les locataires ou habitants.
Le dépôt de ces récipients devra être effectué une heure au moins avant l'heure réglementaire de l'enlèvement, qui doit commencer à six heures et demie du matin pour être terminé à huit heures et demie en été (c'e^t-à-dire du 1" avril au 50 septembre), et commencer à sept heures pour être terminé à neuf heures en hiver (c'est-à-da-e du 1" octobre au 51 mars].
Les récipients devront être remisés à l'intérieur de l'immeuble un quart d'heure au plus après le passage du tombereau d'enlèvement.
Le concierge, s'il en existe un dans l'immeuble, sera personnellement tenu d'assurer cette double manœuvre, sans préjudice de la responsabilité civile du propriétaii^e.
A^rt. ô. — Les récipients communs, quels qu'en soit le mode de construction et la forme, devront satisfaire aux conditions suivantes :
Chaque récipient aui a une capacité de 120 litres au maximum. Il ne pèsera pas à vide plus de 15 kilogrammes. S'il est de forme circulaire, il n'aura pas plus de 0°',5d de diamètre; s'il est de forme rectangulaire ou elliptique, il n'aura pas plus de 0'",50 de largeur, ni de O^jSO de longueur. En aucun cas la hauteur ne dépassera la plus petite des deux dimensions horizontales.
Les récipients seront munis de deux anses ou poignées à leur partie supérieure. Ils
devront être peints ou galvanisés, et porter sur l'une de leurs faces latérales l'indication du nom de la rue et du numéro de l'immeuble, en caractères apparents. Ils devront être constamment maintenus en bon état d'entretien et de propreté, tant intérieurement qu'extérieurement, de manière à ne répandre aucune mauvaise odeur à vide. Ces récipients seront tenus à la disposition des locataires et par les soins des propriétaires, depuis neuf heures du soir jusqu'à l'heure où ils doivent être déposés sur la voie publique.
Art. 4. — Sous réserve des exceptions prévues ci-après aux articles 5 et 6, il est interdit aux habitants de verser leurs résidus de ménage ailleurs que dans les récipients communs affectés à l'immeuble. Si le récipient commun vient à faire défaut ou se trouve accidentellement insuffisant, ils devront, soit laisser leurs récipients particuliers en dépôt à la place ou aupi'ès du récipient commun, soit attendre le passage du tombereau, pour y verser directement le contenu de ces récipients particuliers.
Art. 5. — Il est interdit de verser dans les récipients communs les résidus qui font partie de l'une des deux catégories suivantes et que les particuliers sont tenus de faire enlever à leurs frais, savoir :
1° Les terres, gravois, décombres et débris de toute nature provenant de l'exécution de travaux quelconques ou de l'entretien des cours et jardins ;
2° Les résidus et déchets de toute natui'e provenant de l'exercice de commerces ou d'industries quelconques.
Sont seules exceptées de cette interdiction les ordures ménagères proprement dites des établissements de consommation.
Art. 6. — Il est également interdit de verser dans les récipients communs des objets suivants, dont l'Administration assure l'enlèvement, mais qui doivent être déposé dans des récipients spéciaux, à côté des récipients communs, savoir :
Les débris de vaisselle, verre, poterie, etc., provenant des ménages.
Art. 7. — Il est interdit aux chiffonniers de répandre les ordures sur la voie publique: ils pourront faire le triage sur une toile et devront remettre ensuite les ordures dans les récipients.
Il importe également de rappeler, dans l'intérêt de la salubrité des rues, les droits souvent négligés dont est armée l'Administration.
EXTRAIT DE L'ORDONNANCE DE POLICE DU l»'" SEPTEMBRE 1853
Art. 16. — Il est défendu de jeter des eaux sur la voie publique; ces eaux devront être portées au ruisseau pour y être versées, de manière à ne pas incommoder les passants. Il est défendu d'y jeter et faire couler les urines et les eaux infectes.
En dépit de ces prescriptions, ne voit-on pas chaque jour les boutiquiers, bouchers, charcutiers, jeter dans le ruisseau des eaux sales, sans paraître se douter qu'ils commettent une contravention? Est-on beaucoup plus respectueux de l'article suivant de la même ordonnance?
Art. 21. — Les résidus des fabriques de gaz, eaux d'amidonnerie, ceux de féculerie, passés à l'état putride, ceux des boyauderies et des triperies; les eaux provenant de la cuisson des os pour en retirer la graisse; celles qui proviennent des fabriques de peignes et d'objets de corne macérée ; les eaux grasses destinées aux fondeurs de suif et aux nourrisseurs de porcs; les résidus provenant des fabriques de colle-forte et d'huile de pieds de bœuf, le sang provenant des abattoirs; les urines provenant des urinoirs publics et particuliers; les vases et eaux extraites des puisards et des puits infectés; les eaux de cuisson de têtes et de pieds de mouton; les eaux de charcuterie et de triperie; les raclures de peaux infectes; les résidus provenant de la fonte des suifs, soit liquides, soit solides, soit mi-solides, soit en général toutes les matières qui pourraient compromettre la salubrité, ne pourront, à l'avenir, être transportés dans Paris que dans des tonneaux hermétiquement fermés et lûtes.
Grâce à la largeur des voies principales, les arbres ont pu être introduits dans l'ornementation de ces rues ; le nombre s'y élève actuellement à près de 100 000, nombre considérable au point de vue de la dépense que nos statisticiens évaluent à 200 francs par arbre avec fourniture de la terre végétale.
Le ciel de Paris est assez pur, et la chaleur assez élevée pendant une partie de l'année pour justifier les avantages hygiéniques d'une semblable dépense; on comprend qu'eu telle capitale voisine, comme Londres, où l'atmosphère est trop
souvent obscurcie par le brouillard et la fumée, on évite d'assombrn- encore le jour par un rideau d'arbres analogues aux nôtres.
L'éclairage des rues était jadis entièrement inconnu, chacun se renfermant chez soi dès le coucher du soleil.
Encore au commencement du seizième siècle, en cas de danger public, en cas de guerre ou de troubles, il était prescrit aux habitants de placer durant la nuit, sur le rebord des fenêtres du premier étage, des lanternes garnies de chandelles allumées. C'est en 1667 seulement qu'une ordonnance royale prescrivit l'éclairage des rues par des lanternes fixes.
En 1758 fut décrété l'éclairage de tout Paris par des lanternes publiques à réverbères; l'éclairage prit un grand développement sous le premier Empire, et en 1817 il existait à Paris 10 500 becs de réverbères. Depuis l'introduction du gaz, l'éclairage a subi une progression ininterrompue; de 40 000 mètres cubes en 1855, la consommation s'est progressivement élevée à près de 500000 mètres cubes en 1885, grâce non-seulement au progrès de l'éclairage de la voie publique, mais à l'emploi de plus en plus fréquent du gaz dans les industries et les usages domestiques.
L'éclairage électrique est entré, lui aussi, dans sa période d'application pratique, et sans doute la généralisation de ce système est proche. A tous égards, ce sera un grand progrès: suppression dans le sol de nos rues de ces infiltrations que, malgré Sainte-Glaire Deville, qui en a démontré le peu de danger et même en a prôné l'action antiseptique sur les matières organiques contenues dans le sol (voy. Comptes rendus de l'Acad. des se, 20 sept. 1880), nous considérons au moins comme très-incommodes par leurs émanations; suppression, dans les établissements publics, notamment les théâtres, des principales causes d'incendie; suppression de tout danger d'explosion lors de l'exploialion des caves, boutiques où se sont développés des gaz inflammables; substitution, dans nos écoles, à des foyers dont la combustion corrompt l'atmosphère, d'une lumière n'échauffant pas l'air ambiant, et qui n'éblouira ni ne fatiguera plus, le jour prochain oiî l'on sera parvenu à adoucir l'éclat et à supprimer les oscillations de l'éclairage électrique.
Maisons. En 1817, il y avait à Paris 28 801 maisons, renfermant 224 922 ménages et 715 966 habitants. Ces nombres ont triplé en soixante ans'.
D'après la statistique de 1880, il existait à cette dernière date, 76 129 maisons renfermant 1 058 124 logements, et 2 259 928 habitants.
Rien ne peut mieux indiquer la diversité des installations que la difféience tle leurs prix de location. Or il résulte des statistiques officielles que les locataires, à Paris, se répartissent comme suit :
Lovers de moins de 300 francs 454,936
— 500 à 499 francs 84,050
— 500 à 749 francs 68,740
— 750 à 999 francs "23,950
lUOO à 12i9 francs 19,280
— 1-250 à 1499 francs 7,164
— 1500 à 29J9 francs 24,844
— 5000 à 5999 francs 12,121
— 6000 à 9999 francs 4,008
— 10000 à 19 929 francs 1,816
Il y a donc 568 986 logements de moins de 500 francs, 162 394 seulement de plus de 500 francs. C'est surtout dans les quartiers excentriques que se rencontrent les logements à bon marché, quartiers otî malheureusement n'accèdent
plus, comme autrefois, la lumière et l'air pur de la campagne, mais dont les habitants actuels ont le plus souvent à subir les inconve'nients de leur accumulation réciproque et du voisinage des usines les plus insalubres.
« Pendant toute la durée de la période des grands travaux de Paris, dit Du Mesnil, et même durant les quelques années qui l'ont précédée, alors qu'il s'agissait de préparer l'opinion à la translormation de la ville, on a beaucoup parlé de la nécessité d'améliorer les quartiers pauvres, de distribuer largement partout l'air et la lumière, de faire jouir enfin du bénéfice des conquêtes récentes de l'hygiène cette couche de la population parisienne qui, depuis des siècles, s'étiole dans les bas-fonds de la grande cité.
Quelque vingt ans se sont écoulés depuis cette époque, et sans nier, ce qui serait puéril, l'importance des travaux accomplis, la grandeur de l'œuvre réalisée, nous venons aujourd'hui, nous plaçant exclusivement sur le terrain de l'hygiène et de la médecine sociale, appeler l'attention sur un certain nombre de faits d'observation récente.
Ils établissent, suivant nous, combien, malgré les améliorations souvent plus apparentes que réelles apportées dans les conditions hygiéniques des habitations parisiennes en général, il reste encore à faire pour que la situation soit acceptable par des hygiénistes dans de nombreux quartiers de la capitale.
Les grandes voies ouvertes sur tous les points de l'ancien Paris ont eu pour résultat d'amener plus d'air et de jour au centre de l'agglomération, et, d'autre part, le développement simultané de la canalisation des eaux, du réseau des égouts, a manifestement assaini toutes les habitations, dans le voisinage des travaux effectués. Mais on ne paraît pas s'être préoccupé de ce que deviendrait toute celte catégorie d'habitants pauvres qui vivaient dans les demeures sordides du vieux Paris, alors que, par suite de l'expropriation des immeubles sacrifiés, ils seraient mis en demeure de chercher ailleurs un abri.
De là deux faits également graves au point de vue de la salubrité des habitations parisiennes.
Le premier, c'est que l'encombrement dans les logements d'ouvriers a augmenté. Si certains travaux permettent à ceux qui s'y livrent de résider loin de leur atelier ou de leur chantier, il est au contraire beaucoup de professions qui exigent l'habitation de celui qui les exerce ii proximité de son travail.
Et alors des propriétaires et des logeurs peu scrupuleux, profitant de l'écart notable qui se produisait subitement entre l'offre et la demande, ont, les uns, converti en logements des boutiques, des ateliers, des remises, les autres, en divisant, subdivisant les chambres ou chambrées existantes dans leurs installations primitives, tout en surélevant les prix de location, multiplié les foyers d'insalubrité sur tous les points.
L'autre conséquence également funeste de cette imprévoyance a été l'édification, sur des terrains vagues à la limite de l'ancienne enceinte, d'une quantité énorme de constructions imj)rovisées san^ aucune autre préoccupation que celle de se créer immédiatement un asile. La densité extrême d'une population misérable dans ces immeubles, l'absence de toute prévoyance en ce qui concerne l'hygiène dans leur installation, les ont rapidement transformés en foyers de putréfaction: on n'a donc pas diminué en réalité l'insalubrité des maisons de Paris, on s'est borné à déplacer le foyer et à l'écarter plus ou moins loin des centres primitifs, assurant ainsi des travaux pour un demi-siècle aux commis-
DICT, ENC. 2° S. XXI 1 7
sions des logements insalubres de l'avenir » [DaUesml, L'habitation du pauvre. Paris, 1882).
L'affinité actuelle des maladies épidémiques : fièvre typhoïde, diphthéric, choléra, pour ces régions excentriques de la capitale, ne donne que trop raison à la thèse précédente.
Dans l'intérieur même de la ville, et dans les quartiers les mieux tenus, il y a aussi bien à critiquer; malgré l'aspect monumental des façades, objectif trop habituel de l'architecture parisienne, il est évident que le problème de l'habitation a été moins bien résolu chez nous qu'en certaines autres capitales, à Londres, par exemple. En cette dernière ville, on a évité l'accumulation des six ou sept étages de maisons formant de vraies casernes oii les locataires sont perchés les uns au-dessus des autres; la ville s'est étendue horizontalement, et non verticalement. Cette extension, il est vrai, était favorisée à Londres par l'absence d'octroi et l'abondance de moyens de communication.
Il est juste de reconnaître que toutes les questions relatives à l'hygiène des maisons et à ses rapports avec celle de la rue sont l'objet des préoccupations les plus légitimes de la municipalité parisienne. Le 23 juillet 1884 a été promulgué sur la hauteur des maisons de Paris un règlement dont nous reproduisons les articles qui nous intéressent particulièrement :
Article premier. — La hauteur des bâtiments bordant les voies publiques dans la ville de Paris est déterminée par la largeur légale de ces voies publiques pour les bâtiments alignés, et par la largeur effective pour les bâtiments retrancbables.
Cette hauteur, mesurée du trottoir ou du revers pavé au pied de la façade du bâtiment, et prise au point le plus élevé du sol, ne peut excéder, y compris les entablements, attiques et toutes les constructions à plomb des murs de lace, savoir :
Douze mètres (12 mètres) pour les voies publiques au-dessous de sept mèlres quatrevingts centimètres (7",80) de largeur ;
Quinze mètres (15 mètres) pour les voies publiques de sept mètres quatre-vingts centimètres (7"", 80) à neuf mètres soixante-quatorze centimètres (9"", 74) de largeur;
Dix-huit mètres (18 mètres) pour les voies publiques de neuf mètres soixante-quatorze centimètres (9°", 74) à vingt mètres ('20 mètres) de largeur;
Vingt mètres (20 mètres) pour les voies publiques (places, carrefours, rues, quais, boulevards, etc.) de vingt mètres (20 mètres) de largeur et au-dessus.
Art. 6. — Les hauteurs des bâtiments établis en bordure des voies privées, des passages, impasses, cités et autres espaces intérieurs, seront déterminées d'après la largeur de ces voies ou espaces, conformément aux règles fixées à l'article premier pour les bâtiments en bordure des voies publiques.
Art. 7. — Dans les bâtiments, de quelque nature' qu'ils soient, il ne pourra, en aucun cas, être toléré plus de sept étages au-dessus du rez-de-chaussée, entresol compris, tant dans la hauteur du mur de face que dans celle du comble, telles que ces hauteurs sont déterminées par les articles \, 9, 10 et 11.
Art. 8. — Dans les bâtiments, de quelque nature qu'ils soient, la hauteur du rez-dechaussée ne pourra jamais être inférieure à 2", 80 mesurés sous plafond. La hauteur des sous-sols et des autres étages ne devra pas être inférieure à 2"°,60 mesurés sous plafond. Pour les étages dans les combles, cette hauteur de 2"", 60 s'applique à la partie la plus élevée du rampant.
Art. 16. — Dans les bâtiments dont la hauteur ne dépasserait pas 18 mètres, les cours sur lesquelles prendront jour et air les pièces pouvant servir à l'habitation n'auront pas moins de 30 mètres de surface, avec une largeur moyenne qui ne pourra être inférieure à 5 mètres.
Art. 17. — Dans les bâtiments élevés à une hauteur supérieure à 18 mètres, les cours devront avoir une surface minima de 40 mètres, avec une largeur moyenne qui ne pourra être inférieure à 5 mètres.
Art. 19. — Toute courette qui servira à éclairer et aérer des cuisines devra avoir au moins neuf mètres (9 mètres) de surface et la largeur moyenne ne potirra être inférieure à un mètre quatre-vingts centimètres (1",80).
Art. 20. — Toute courette sur laquelle seront exclusivement éclairés et aérés des cabinets
d'aisances, vestibules ou couloirs, devra avoir au moins quatre mètres (4 mètres) de surface. Art. 22. — Il est interdit d'établir des combles vitrés dans les cours ou courettes audessus des parties sur lesquelles sont aérés et éclairés, soit des pièces pouvant servir à l'habitation, soit des cuisines, soit des cabinets d'aisances, à moins qu'ils ne soient munis d'un châssis ventilateur à faces verticales dont le vide aura au moins le tiers de la surfacs de la cour ou courette et quarante centimètres (O^.iO) au minimum de hauteur, et qu'il ne soit établi à la partie inférieure des orifices, prenant l'air dans les sous-sols ou caves, et ayant au moins 8 décimètres carrés de surface. Art. 26. — Les dispositions qui précèdent ne sont pas applicables aux édifices publics. L'Administration poui'ra, pour les constructions privées ayant un caractère monumental ou pour des besoins d'art, de science ou d'industrie, autoriser des moditications aux dispositions relatives à la hauteur des bâtiments après avis du Conseil général des bâtiments civils et avec l'approbation du ministre de l'Intérieur.
On se préoccupe surtout de l'édification de maisons ouvrières, répondant aux exigences de l'hygiène. C'est là qu'il y a le plus à faire, et il semble que les moyens ne manquent pas.
La ville peut faciliter la construction de maisons à bon marché par l'aliénation de terrains communaux, dont la ressource est considérable, car on peut estimer à 180 000 mètres carrés le total des terrains à bâtir appartenant à la ville {voy. Yillard, Rapport du 9 février 1885 au Conseil municipal).
Quant aux emplacements, il y a environ 300 hectares le long du chemin de fer de ceinture qui sont parfaitement aptes à recevoir des constructions. Si on exécutait le métropolitain, ces terrains auraient des communications faciles et économiques avec l'intérieur de la ville. En dehors du métropolitain, le chemin de fer de ceinture actuel, que le ministre des travaux publics veut transformer en y établissant des services d'omnibus, fournirait également des moyens de transport rapides ou économiques, en le complétant par un service de tramways et d'omnibus reliant chaque gare au centre de Paris.
La ville peut en outre, comme elle l'a fait d'ailleurs, entrer en négociations avec l'État pour la cession de tout ou partie de la zone militaire et des fortifications de Paris. Les terrains ne font donc pas défaut. Restent les plans de construction.
La première pensée a été de faire aux ouvriers des espèces de petites maisons séparées, où ils vivraient isolés et dont ils pourraient même devenir propriétaires au bout d'un certain temps. Mais à Paris, et à notre grand regret, le système n'a point paru praticable, et l'on s'est arrêté à l'idée de construire des maisons mixtes : il y aurait dans ces maisons un certain nombre de petits logements, ce qui n'empêcherait pas le reste d'être occupé par dos loyers d'un prix plus élevé.
Quant à la tenue même des maisons, elle laisse en général beaucoup à désirer ; dans les nouveaux quartiers eux-mêmes, dans les belles avenues créées pour l'embellissement et l'assainissement de la capitale, on s'est bien plus occupé de l'aspect extérieur des immeubles que de leur disposition hygiénique à l'intérieur. Dans les habitations de la plus belle apparence, les combles sont le plus souvent d'étroites mansardes où vivent encombrés les domestiques des divers étages, et qui compromettent ainsi la salubrité de tout l'immeuble.
Il nous paraît donc opportun de rappeler à tant de propriétaires, qui semblent l'ignorer, les droits conférés à l'Administration par l'Ordonnance de police du 25 novembre 1855 :
Article premier. — Les maisoiis doivent être tenues, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans un état constant de propreté.
Art. 2. — Elles doivent être pourvues de tuyaux et cuvettes en nombre suffifar.t pour l'écoulement et la conduite des eaux ménagères. Ces tuyaux et cuvettes seront constamment en bon état : ils seront lavés et nettoyés assez fréquemment pour ne jamais donner d'odeur.
Art. 4. — Les cabinets d'aisances seront disposés et ventilés de manière à ne pas donner d'odeur. Le sol devra être imperméable et tenu dans un état constant de propreté. Les tuyaux de chute seront maintenus en bon état et ne devront donner lieu à aucune fuite.
Art. 5. — II est défendu de jeter ou de déposer dans les cours, allées et passages, aucune matière pouvant entretenir l'humidité ou donner de mauvaises odeurs.
11 est également utile de reproduire l'extrait suivant :