LUTZ
si BIM'RAXTE* (FIEVRES). Fievres intermittentes dans lesquelles chaque acces se prolonge assez longtemps pour n'etre pas termine quand commence 1'acces suivant (voy. INTERMITTENTES [Fievres]). D.
SUBJEE ou HIDIIEE. Identique avec \&Bang (voy. SIDHEE). D.
SUBLIMATION (PHARMACIE). Operation par laquelle on reduit a 1'e'tat de vapeur, an moyen du calorique, une substance solide susceptible de se volatiliser sans decomposition, et qui vient se deposer dans un espace froid ou on la recueille. Elle a pour but : tantot de separer des corps volatils des corps fixes avec lesquels ils sont melanges, tantot de les faire passer a 1'etat pulverulent, comme le calomel, ou a 1'elat cristallin, comme le sublime.
On se sert pour cela d'instruments qui varient avec la substance traite'e. Ce sont des tubes plus ou moinsgros, suivant la quantite de substance sur laquelle on doit operer, ou des ballons a fond plat, des cornus, des cylindres ou des chaudieres de fonle, etc. Le calomel, 1'arsenic, sont prepares dans des tubes
480 SUBLIME (PIIARMACOGRAPHIE).
de gros calibre ; le camphre, dans des ballons a fond plat ; le soufre, dans des chaudieres. Quelques appareils speciaux a sublimation ont ete imagines, notamment celui de Mohr, destine a la preparation de 1'acide benzoique, et dans lequel les cristaux se deposent dans une sorte de cornet renverse. Ce sont les cornues et les matras a fond plat qu'on emploie d'ordinaire dans les pharmacies. Les vases sont chauifes au bain de sable, qui a 1'avantage de permettre de diminuer la cbaleur de haut en bas en enlevant successivement des couches de sable.
La sublimation est une operation plus difficile qu'elle ne le parait au pre mier abord, en ce qu'on doit toujours y tenir compte des degres de tempera ture auxquels le corps se volatilise ou se condense. D.
SL limit:. § 1. Chimic. VoiJ. MERCURE.
§ II. Piiarmacographie. Ce sel, le plus actif et le plus usuel des mercuriaux, a, comme le calomel, une individualite pharmacologique qui justifie sa description dans un article se'pare.
Le sublime corrosif, appele aussi chlorure mercurique, protochlorure de mer cure, et anciennement muriate oxygene de mercure, nom qui consacrait une erreur chimique, a ete e'tudie an point de vue de ses proprieties, de sa compo sition et de sa preparation, a 1'article MERCURE de ce Dictionnaire (voy.i. VII, 2e serie, 1875, p. '29). Nous n'avons pas a y revenir et nousne rappellerons ici que les points de sou histoire chimique qui interessent la pharmacologie.
Le sublime, ou deuto-chlorure de mercure, est soluble dans 2o parties d'eau a
10 degres et dans 2 parties d'eau a 100 degres : d'ou la possibilite de 1'obtenir facilementa 1'etat crislallise. L'alcool le dissout encore plusaisement.Dimorphe, ilcristallise en octaedres rectangulaires dans le premier de ces menstrues et en prismes droits a base rhomboidale dans le second. L'ether agite avec une dis solution aqueuse de sublime lui enleve ce sel. Suivant Karlz, le camphre augmente la solubilite du sublime dans 1'alcool, et un me'lange de 1 partie de sublime et de 1 partie de camphre se dissout dans 1 partie et demie de ce liquide. Le chlorhydrate d'ammoniaque le rend plus soluble dans 1'eau.
La solution de sublime dans 1'eau ordinaire s'altere legerement par Faction des sels terreux qu'elle contient : aussi convient-il d'employer de 1'eau distille'e. Les alcalis caustiques la precipitent en jaune quand ils sont en exces et en blanc quand ils sont en petite quantite ; il se forme, dans le premier cas, du deutoxyde jaune de mercure, et dans le second de 1'oxychlorure. Le protochlorure d'etain y forme un precipite blanc de calomel. Le chlorure mercurique se com bine avec les matieres albuminoides, particulierement aved'albumine de 1'ceuf, surtout en presence du chlorure de sodium, et forme un pre'cipite qui se redissout dans un exces d'albumine. Avec 1'ammoniaque la solution de deuto-chlorure de mercure donne une combinaison de bichlorure et d'amidure de mercure.
11 forme avec le chlorure de sodium et le chlorhydrate d'ammoniaque des sels doubles solubles.
La plupart des matieres vegetales ou animales ont la propriete de se combiner avec le bichlorure de mercure et de former avec ce sel des composes imputrescibles : d'ou son emploi comme moyen de conservation de ces matieres.
Boullay (Ann. de pharm., t. XXIV), Henry, Guibourt, Chantourelle, Taddei, Orfila, etc., ont etudie 1'action decomposante que diverses matieres ou liquicles organiques exercent sur le sublime, les uns dans un interet pharmacologique,
SUBLIME (ACTION PIIYSIOLOGIQUE).
les autres se placant au point de vue de la toxicologie et de la recherche d'un antidote du bichlorure de mercure.
Les pi'incipes extractifs mucilagincux, les huiles fixes, les essences, clecomposent le sublime ; il en cst de meme du sirop de salsepareille, du lait. Toutefois la decomposition de ce sel dans le lait est lente, ne s'opere qu'au bout de quelques jours : aussi est-il employe avec avantage comme vehicule de la liqueur de van Swieten. La gomme et le sue re n'exercorit sur le sublime qu'une action minime. II n'en est pas de meme de 1'albumine, de la gelatine et du gluten, qui ontete conseilles comme autant de neutralisants du sublime (Orfila, Taddei). II nefaut pasoublier que 1'alteration queces substances organiques font subir au deutochlorure de mercure ne se produit, comme Chantourelle en a fait la remarque, que lentement, et qu'en toutcaselle n'est jamais que partielle.
Marie a etudie 1'action du sublime sur les solutions albumineuses et les liquides digestifs artificiels. Nothnagel et Rossbach resument ain'si les resultats obtenus par cet experimenlateur : « Dans une solution albumineuse alcaline contenant tin exces de chlorure de sodium, le bichlorure de mercure ne donne lieu a aucun precipite ; le prccipite se produit, si 1'exces de chlorure de sodium n'existe pas. Dans une solution albumineuse acide contenant du chlorure de sodium, le sublime donne lieu a un precipite; le precipite ne se produit pas, si la solution albumineuse acide ne contient pas de chlorure de sodium. Le pre'cipiirproduit par le bichlorure de mercure dans la solution albumineuse alcalinr* disparait quand on rend la solution legerement acide. En d'autres termes, le sublime ne precipite 1'albumine de ses solutions acides qu'a la condition qu'il n'y ait pas de chlorure de sodium, et le sublime ne precipite ralbumine de ses solutions alcalines qu'a la condition qu'il y ait du chlorure de sodium. II serai I done rationnel d'administrer a I'interieur le bichlorure de mercure sans y adjoindre le chlorure de sodium, et d'injecter ce sel sous la peau en y adjoignant du chlorure de sodium, car, dans le premier cas, ce sel rencontre des liquides albumineux acides, et, dans le second, des liquides albumineux alcalins (Nothnagel et Rossbach, Nouv. ele'm. de mat. me'd. et de iherapeutique. Trad. Alquier. Paris, 1880, p. 159).
§111. ACTION rinsioLOGiQUE. Le sublime applique sur les tissus vivants en solution concentree et a plus forte raison en poudre, s'y combine avec 1'albumine des tissus, rend celle-ci impropre a la vie, et produit une eschare blanche, plus on moins profonde, qui accuse aux reactifs, ainsi que Foy 1'a montre, des traces de mercure, alors meme que la surface a ete debarrassee soigneusement, par le lavage, du sublime, surabondant : d'ou la conclusion que le deu tochlorure de mercure se combine avec les tissus qu'il a frappes de mort et y existe probablement a I'e'tat d'albuminate.
A 1'epoque ou florissait la doctrine exclusive de I'irritation loxique, corollaire naturel de 1'irritalion morbide, ou ne voulait voir dans les accidents graves, ct souvent mortels, que provoquait 1'ingestion de fortes doses de sublime, que le resultatdu traumatisme gastro-iutestinal produit par le sel mercuriel. Les pharmacologistes italiens ont eu le merite de renverser cette idee fausse en demontrant, par des experiences sur les animaux, que la mort pouvait tres-bien survenir sans qu'a Fautopsie on trouvat de le'sions du tube digestif qui permissent d'en rendre compte. On pent lire dans 1'ouvrage de Giacomini (Therapeutiqve et matiere medicate , trad. Mojon, ^.A^l [Encyclopedic des sciences medicales,
i, XII. 31
482 SUBLIMfi (ACTION PHYSIOLOGIQUE).
Paris, 1859]), le recit de dix de ces experiences desquelles il a tire ces conclu sions : que le sublime a une action d'autant plus energique qu'il est dissous dans 1'eau, c'est-a-dire moins corrosif — qu'il constitue un poison fruid — que les lesions de 1'estomac produites par ce sel mercuriel sont ou nulles ou insuffisantes pour rendre compte des effets toxiques — que, quand elles existent, elles dependent uniquement de 1'action chimico-pliysique du poison, et apparaissent d'autant plus manifestes que 1'aulopsie est faite a une epoque plus e'loignee de la mort, preuve evidente qu'il s'agit ici d'une simple action chimique — enfin que les symptomes de cet empoisonnement s'attenucnt par 1'emploi des stimu lants, en particulier de 1'opium et de 1'alcool, et s'aggravent au contraire par celui des antiphlogistiques et des sedatifs tels que le froid et 1'eau de lauriercerise. Comment s'expliquer en effet, si ce n'est par une illusion de 1'esprit de systeme, les effels phlogogenetiques attribues, par les therapeutistes qui out ecrit a 1'epoque ou s'imposait lejoug de ['irritation broussaisienne, au sublime, qui leur apparaissait comme un medicament incendiaire semant partout sur son pas sage 1'irritation, la phlegmasie, 1'erethisme circulatoire (voy. Barbier [d'Amiens], Trai/f' clcmentaire de matiere medical?. Paris, 1824, 2e e'dit., t. Ill, p. 599)? 11 faut prendrc, en realite, la contre-partie de ce tableau, pour avoir la formule de 1'aclion generale du sublime, medicament froid et antipyretique par excellence. II y a, loutefois, une part a 1'aire, dans les effets toxiques du sublime', entre les lesions locales, qui sont contingentes et qui deviennent des foyers d'irradiations sympatbiques, et les effets dynamiques generaux, consecutifs a 1'absorption. Comme il est parfaitement possible de les isoler les uns des autres, dans I'experimentation, par les particularites du mode d'emploi, la separation de ces deux ordres d'effels est en realile facile, et, quand le sublime est donne a 1'interieur, 1'art du pharmacologiste qui 1'emploie estprecisement d'annibiler 1'action gastrointestinale de maniere a permeitre un usage long et inoffensif du medicament.
Le sublime introduit dans 1'absorption, apresou sans action locale sur la trame organique dont il a force la barriere, produit des effets generaux qui sont le type de ceux des mercuriaux en general et que j'ai decrits en faisant dans ce Dictionnaire 1'histoire du MERCCRE (voy. ce mot). Je rappellerai simplement que les effets curatifs du sublime sont, tout le monde s'accorde aujourd'lmi a ce sujct, independents du ptyalisme ct des autres modifications physiologiques apparentes, et qu'il rentre, a ce litre, dans la elasse des medicaments alterants dont 1'action intime se concentre d'une maniere silencicuse et profonde sur la nutrition, cancvas commun de faction des diatbeses.
On pourrait, comme je 1'ai fait a propos du mercurc, rapporter les effets du sublime aux cbefs suivants : 1° suractivite secretaire imprimee aux glaudes salivaires, au pancre'as (ptyalivne abdominal de Dieterich), et aux glandes intestinales ; 2° action antiplastifjue dont le resultat est le ralentissement des actes de formation organique et 1'exageration du mouvement de denutrition ; 5° action antipyretique et antiphlogislique ; 4° action parasiticide.
Le sublime, plus encore que les autres preparations mercurielles, est parasi ticide, et il exerce celle action avec d'autant plus d'energie qu'il est applique a des organismes moins eleves. La propriete qu'il a de conserver les substances vegetales et animales, propriete qui, dans 1'application, le rapprocbe des arsenicaux, derive precisement de cette action toxique exercee sur les microbes, agents de la fermentation putride. « Lebichlorure de mercure, disent Nothnagelet Rossbacb, a des proprietes antiputrides extremement e'nergiques. 11 suffit d'uzie solution
SUBLIME (EJIPLOI THERAPEUTIQUE). 483
tres-etendue (1 : 2000) pour tuer les bacteries. II agit done, dans ce sens, 10 fois plus energiquement que le thymol et le benzoate cle soude ; 20 fois plus energiquement que la creosote, 1'essence de thym, 1'essence de carvi, 1'acide benzoi'que ; 50 fois plus energiquement que 1'acide salicylique et 1'eticalyptol ; 100 fois plus energiquement que 1'acide phenique et la quinine. Parmi les antiseptiques que nous connaissons, le chlore est le seul qui paraisse lui etre superieur » (op. cit., p. 159). Oncomprend combien cette action parasiticide ouvre un large champ aux applications pratiques et en raeme temps aux theories hypothetiques sur la nature parasitaire des maladies auxquelles on oppose avec succes le deutochlorure de mercure.
Le sublime suit, pour sortir de 1'economie, les memes voies d 'elimination que les autres preparations mercurielles ; les hypercrinies qu'il produit ne sont, a vrai dire, que des portes qui s'ouvrent pour chasser au dehors cet hete'royene medicamenteux. On le trouve dans lasalive, la sueur, la bile, les liquides intestinaux, probablenuait le lait. J'ai suggure la pensee qu'il serait interessant de recherchersa presence dans leliquide des vesiculesderhydrargyrie (/)/£•£. encyclojt. des sc. medic., 1873, 3e serie, t. VII, p. 59). Peut-etre cette eruption n'estelle en effet qu'un effort d'elimination dirige vers la peau ?
Quant a la revivification du mercure chez les sujets qui ont fait un long usage du sublime, on connait quelques fails, entres autres celui cle Salleran et de Maldove, qui inclinent a penser qu'elle est possible.
L'accumulalion du sublime dans 1'economie semble prouvee par 1'aptitude qu'a ce corps chimique a se combiner avec la fibrine et avcc 1'albumine, et Ton peut sans cloute s'expliquer, par cette derniere action chimique, la persistance des phenomenes cerebraux chez les sujets qui ont ete mercurialises a outrance ; si c'est la un effet general des mercuriaux, il ne serait pas impossible que le sublime le produisit d'u'ne faconplus marquee et plus frequente que les autres, mais on ne sait rieu encore a cesujet. Beaucoup d'auteurs, en particulierZwinger, Bamet, Schenk, disent avoir trouve du mercure dans les ventricules cerebraux de malades qui avaient fait un long usage du sublime ; d'autres ont retire ce corps du traitement chimique de la substance ce'rebrale. Vieussens dit 1'avoir retrouve dans 1'humeur aqucuse. Mais il n'y a dans ces fails rien qui soil special au sublime et qui n'appartienne a tons les mercuriaux.
\ IV. EJIPLOI THERAPEUTIQUE. I. Applications du sublime a litre de caustique, de cathe'retique et d' astringent. Le sublime applique en solution concentree, et a plus forte raison en poudre sur les tissus, exerce sur eux une action des tructive qui le fait employer a titre ftane're'sique on d'escharotique. II agit, dans ce cas, en partie par une combinaison intime qu'il forme avec 1'albumine, en partie par une action toxique propre sur les element? organiques dont les proprietes physiologiques sont eteintes; ils deviennent corps etrangers pour les tissus vivants qui les cntourent et ceux-ci cherchent a les eliminer. 11 n'impressionne que peu ou point la peau recouverte de son epiderme ; les muqueuses ressentent vivement son action caustique. Les deux caracteres qui signalent celle-ci sont la vivacite de la reaction inflammatoire que provoque 1'application du sublime, et 1'aspect de 1'eschare, qui est blanche, solide, bien circonscrile. Mais les caustiques potentiels ne se bornent pas a une action destructive ; chacun agitde plus, suivant sa nature, sur les tissus epigenetiques auxquels on les applique, et des lors on ne saurait regarder comme indifferente la substitu-
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lion dc 1'un a 1'autre. Les preparations caustiques d'or et d'iode conviennent plus parliculierement pour la destruction des tissus scrofuleux; le sublime pour reprimer des vegetations syphilitiques ; 1'arsenic pour detruire des productions canceTeuses. Le feu isole 1'action caustique cle toute autre propriete; les caus tiques chimiques y reunissent au contraire une autre action qui leur apparticnt en propre et qui doit en determiner le choix.
Deux applications principals ont ete faites du sublime a titre de caustique : 1° comme moyen de destruction dc la pustule maligne; 2° comme traitement abortif de la suppuration des bubons veneriens.
1° Les medecins qui praliqucnt dans les localites oil la pustule maligne est commune sont assez unanimes pour admettre la supe'riorite, a titre de caustique, du sublime, sur les autres moyeus de cauterisation, ou le mettent seulement en parallele avec le beurre d'antimoine. Raimbert, eu particulier, lui donnela pre ference sur le cautere actuel et il estime quo 1 'inconvenient d'une limitation moins rxacte de 1'eschare e?t largement compense par 1'epaisseur de celle-ci, qui donne plus de garanties d'une destruction totale du virus. II decrit ainsi les efiets habitueis de 1'emploi de ce caustique: « Lorsque la cauterisation est arrive'e a une certaine profondeur, 1'action du caustique cesse, comme s'il se combinait avec les tissus organiques dans des proportions detinies. 11 en resulte que le bicblorure se retrouve intact sur les parties escbarifie'es. Nous n'avons jamais constate, apivs 1'emploi de ce sel, les accidents relates par Pibrac, accidents qu'auraient aussi observes Enaux et Chaussier,mais que ni 1'un ni 1'autre n'ont vus se developper apres en avoir cauterise des pustules malignes. Nous avous seulement remarque que, dans quelques cas tres-rares, son absorption avail provoque de la salivation. L'abondance de la serosite contenue dans les vesicules, 1'humidite et 1'etendue de la surface cauterisee avec cet agent, en permettant sa prompte dissolution, paraissent favoriser son absorption etdoivent alors luifaire preferer d'autres moyens de destruction. Quoi qu'il en soit, an point ou s'arrete la combinaison du sel mercuriel avec les tissus, il s'etablit une phlegmasie qui se revele a 1'exterieurpar 1'apparition, autour de 1'eschare, de phlyctenes remplies d'un liquide sereux, trouble, ou qui se trouble rapidement d'une rougeur plus vive dela pean, et souvent d'une augmentation du gonflement circonvoisin. Le malade y eprouve un sentiment de chaleur plus ou moins prononce et, dans quelques cas, les ganglions lymphatiques voisins deviennent douloureux et gonfles; mais ces phenomenes de reaction se calment peu a peu. En ge'neral, au bout de vingt-quatre a quarante-buitheures, la serosite des vesicules est devenue evidemment purulente, et le gonflement a perdu de sou volume ou de son etcndue. 11 n'en est pas de memo avec les caustiques a base de potasse, a Ja suite de 1'action desquels on observe quelquefois une amelioration trompeuse. L'absence du pus etant constante dans les vesicules que fait naitre le virus charbonneux, la presence de ce liquide dans celles qui se developpent autour de 1'escliarc apres la cauterisation avec le sublime e?t un indice certain que le caustique a produit tout 1'effet qu'on doit en attendre ; mais ces vesicules ne se monlrent pas constamment purulentes ; nous les avons meme vues contenir de Ja serosite claire ou sanguinolente, quoique le malfut arrete. Alors, si la tume faction ne diminue pas d'une maniere assez appreciable pour lever toute espece de doute, on pent se trouver dans un grand embarras. Doit-on caute'riser de nouveau ou attendre? Harreaux (de Beville), ayant remarque que 1'euflure elaslique, renitente, sur laquelle repose la pustule charbonneuse, comprimee entre
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Ics mains placeesa plat autour du mal, ne devcnait le siege d'aucun froncis de la peau, conseille de chercher a produire ce froncis le lendemain de la cauteri sation. Si on pcut I'obtenir, une nouvelle cauterisation est inutile ; s'il manque il faut cauteriser de nouveau ; mais, comme il arrive assez souvent quc le gonflement continue a faire des progres, pendant plus de vingt-quatre heures apres la cauterisation, le froncis de la peau, indice d'une resolution commencante, pent n'apparaitrc que plus tard que ne le pense Ilarreaux. On a cru trouver un signe certain du succes de 1'operation dans la perception d'une douleur plus ou moins vive pendant 1'action du caustique. La douleur manque raremcnt en elTet pendant la cauterisation, mais nousavons plusieurs fois observe que son absence n'est pas unepreuve d'insucces » (Raimbert, Dz'cf. denied, etdechirurgie prat., •1872, t. Ml art. CIIARBOK, p. 190).
L'emploi du sublime, a litre de caustique, dans la pustule maligne, estexploite dans quelques localiles sous le nom de remede secret de Dardelle, du nom de 1'empirique qui s'est fait une spe'cialite de I'application de cette methode. En 1863, le docteur Missa, temoin des succes obtenus par ce moyen, 1'a adoptc dans sa pratique, et il a communique a la prcssc les resultals qu'il en a obtenus. Sur 560 cas il n'aurait cchoue quc deux fois, ct par le fait de la lenteur aver laquelle ce topique avait ete applique (le cinquieme jour dans un cas, le septieme dans 1'autre). Deja des symptomes d'infectiou gone-rale s'etuient mimifcste's. Ce terme de cinq jours lui parait la limite extreme de la periode pendant laqudli.on pent compter sur 1'efficacite du sublime. Le precede qu'emploie ce praticien, et dont I'efficacite lui a ete demontrec par I'expenence, consiste a tailler une petite rondelle de linge, de la dimension de la pustule, a rccouvrir celle-ci d'une couche de sublime ayant 2 millimetres d'e'paisseur, a 1'appliquer et a la maintenir a 1'aide de quelques bandelettes agglutinatives ; on laisse ce pansement en place vingt-quatre heures; on pause avec du styrax et on fait des onctions huileuscs sur le lieu malade et dans les limites du gonllcment peripherique. L'eschare se detache au bout d'une dizaine de jours (voy. Union medicale, sept. 1863, et Bullet, de the'rap., 1865, t. LXV, p. 577).
L'emploi du sublime, comme celui des autres caustiques, u'exige pas 1'extirpation prealable de la pustule quand cel'e-ci commence a peine a se former; mais, quand une eschare existe, sou ablation est necessaire yiour que le sublime ne rencontre pas un obstacle qui 1'empeche de penetrer dans les tissus malades ct de detruire et de tuer les bacteridics charbonneuses. Peut-etre pourrait-on combiner avec avantage 1'emploi du sublime et des feuilles fraiches de noyer, les observations recueillies par Brugnier, Raphael (de Provins), ne permettant pas de douter de 1'efficacitc reelle de ce dernier moycn.
2° L'emploi local du sublime comme moyen abortif, ou limitatif, de la suppu ration du bubon ve'nerien, parait avoir ete inaugure par Malapert, medecin militaire (Arch. gen. de we'd., 1852, t. XXV11I, p. 357), qui, partant d'essais sur les proprietes modilicatrices du sublime applique a la surface des ulcerations veneriennes, eut la peuse'e de combiner ce moyen, dans le traitement du bubon, avec 1'emploi du vesicatoire. Peu apres Reyuaud (de Toulon) institua sur ce mode de traitement abortif des recherches multipliers dont les elements lui furent fournis par la clientele syphilitique, toujours nomhreuse, des hopitauxmaritimes. Je 1'ai employe et vu fre'quemmcnt employer et je ue saurais considerer comme exageres les avantages qu'on lui a attribues. La methode de Reynaud-Malapert consiste a appliquer au centre du bubon un vesicatoirc de la largeur d'une piece de 1 a
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2 francs, a detacher la phlyctene et a recouvrir le derme denude d'un petit plumasseau de charpic, regularise a 1'aide des ciseaux et trempe dans une solution de 1 gramme de sublime pour 30 grammes d'eau distillee. Au bout de deux heures, 1'cschare est produitc ; si elle est insuffisante, on fait une nouvellc application de la solution do sublime, et on recouvre avec des cataplasmes emollients. Uu suintemcnt se'ro-purulent s'etablit entre 1'cscharc et les parties vivantes, le bubon s'affaisse, et tres-souvent la suppuration, deja formee ou imminente, retrocedeou est conjureo, et mil decollement nese produit. L'action caustique du sublime no detruit que les couches superficielles du dcrme ; c'est meme la la limite qu'il faut s'efforcer dc lui assigner ; mais, quand elle est depassee et que la peau est entierement detruite, la gue'rison, pour marcher plus lentement, ne se produit pas moins dans le plus grand nombre des cas. La duree de 1'application du plumasseau cscharotique doit etre rc'duite a une heure quand la peau est amincie par la suppuration, de maniere a eviter de la detruire dans toute son epaisseur. Cette methodc n'est certainement pas infuillible, mais elle reussil tres-souvent et, dans le cas meme ou 1'ouverture de la collection devient necessaire, elle met les parois du foyer dans des conditions favorables a leur recollcmcnt.
On sesertquelquefois aussi du sublime sous forme de trochisques. Lestrochisques escharotiques du Codex sont prepares avec 1 partie de sublime et2d'amidon lii's ensemble a 1'aide d'un mucilage de gomme arabique. Dans ces trochisques, le minium est quclquefois reuni au bichlorure de mercure. Les trochisques au minium du Codex contiennent 1 partie de minium, 2 de bichlorure de mercure et 8 de mie de pnin.
L'action caustique affaiblie par une dilution suffisante conduit -a une action catheretique, et une nouvclle attenuation de celle-ci produit une simple astriction ; dans ce dernier cas, Faction specifique locale du sublime, a titre de compose mercurial, trouve d'ailleurs une occasion de s'exercer, etil convient de la faire entrer en ligne de compte dans 1'interpretation des resultats curatifs que Ton obtient par ce moyen.
Sandras a signaleen 1 855 Futilite des collyres au sublime dans lesconjonctivites chroniques, non diathesiques et scrofuleuses. 11 imitait en cela les habitudes de Bally qui, a la Pitie, avail renonce a tous les collyres autres que celui-ciet se louait beaucoup de son emploi. Le collyre employe par Bally se composait de 4 grains de deiitochlorure de mercure dans 4 onces d'eau distillee ou de 5 centigrammes pour 50 grammes. Sandras, qui a observe les effets de ce collyre, a constate qu'apres un peu dc caisson et de rougeur il survenait une detente remarquable de la douleur et de 1'orgasme inflammatoire. Ce collyre est employe simultanement en lotions sur les paupieres et en instillations. II est plus irri tant pour la peau que pour la conjonctive: en effet, la peau des paupieres rougit et plus lard 1'epiderme s'cxfolie, de telle sorte qu'il faut rapporter a la revulsion une certaine part dans les resultats obtenus. Sandras a employe ce collyre dans 50 cas au moins de conjonctivites chroniques (il s'en est servi avec un plein succes sur lui-meme) et n'a echoue quequatre ou cinq fois (Bullet, de the'rap., 1853, t. IV, p. 1-49). Au reste, cette pratique est Ires-repandue en Allemagne oil Ton fait un fre'quent usage du collyre de Conrad, dans la composition duqucl entrent le sublime et le laudanum. Deval se loue beaucoup de ces collyres au sublime, mais il emploie des doses moitie moindres que celles du collyre de Bally, c'est-a-dire 25 milligrammes pour 50 grammes. En Allemagne, les doses
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sont encore abaisse'es et certainement au dela de ce qui est utile (Cli. Deval, Traile the'orique et pratique des maladies des yeux. Pans, 1862, p. 152).
G'est sans doute aussi a litre d'astringent, mais surtout a litre & astringent mercuriel agissant d'une maniere specifique sur une muqueuse enflammee specifiquement, que les injections de sublime (sublime 1 a 2 centigrammes; eau 100 grammes) ont ete conseillees par Magaud (de Lyon) contre la blennorrhee urethrale ou goutte militaire. On pratique I'injection avant d'uriner ; on ne retient en place I'injection que quinze ou vingt secondes et on la renouvelle trois fois par jour. Si elle n'est pas douloureuse, on la pratique immediatement apres la miction (Bullet, de the'rap., 1848, t. XXXIV, p. 70).
II. Emploi du sublime a litre d'antisyphilitique. Le deutocblorure de mercure domine, on pent le dire, toute la therapeutique de la syphilis secondaire.
Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question de 1'utilite du mercure comme moyen preventif ou curatif des accidents de cette periode; je 1'ai reservee avec intention quand j'ai redige I'article MERCURE de ce Dictionnaire, et elle trouvera plus naturellement sa place au mot SYPHILIS (voy. ce mot) ; mais je ne saurais ometlre ici ce qui a trait a 1'bistoire de 1'introd action du sublime dans le Irailemenl des maladies veneriennes, el en parliculier de la liqueur de van Swieten, qui est la forme sous laquelle ce medicament est le plus habiluellement employe, et je recule d'autant moins devant cette tache que des erreurs ont cours et se repetent partout en ce qui concerne ce point de I'liistoire de la matiere medicale.
Les medecins arabes, et en particulier Rhazes et Avicenne, qui ont connu le sublime, 1'employaient a divers usages et notamrnent au trailemenl des affeclions cbroniques de la peau, fait important qui montre que ce ne sont pas seulement les dermaloses d'origine syphilitique qui obe'issent a 1'action curative decetagent. On croitque Paracelse connaissait et employait le sublime corrosif, qui figurait au nombre de ses arcanes. Le medecin romain Brassavola citail, en 1556, le sublime parmi les drogues qui figuraieul clans les ofticines; Rosello, Turquet (de Mayence), Planis-Campi, Wisemann, Hoffmann, Bonnet, enfin Boerhaave, reconnurent et utiliserent les proprietes antisyphilitiques du deutochlorure de mercure, dont 1'utilite fut affirmee d'un autre cole par ce fait que les cbarlatans s'en emparerenl pour ne plus s'cn dessaisir, et en firent la base do gouttes, de pilules, de liqueurs, de depuratifs, de robs, qui continucnt encore de nos jours a invoquer 1'innocence de leur composition exclusivemenl vegetale el qui ne doivenl en realile leurs proprietes qu'a du sublime dissimule dans des formules complexes.
Les cboses en etaient la, et 1'esprit du plus grand nombre des medecins etail dctourne de 1'emploi du sublime dans le traitement des maladies vene riennes par 1'intangibilite loxique que lui attribuaient ceux-la memes qui en faisaient un usage occulte, lorsque van Swieten eut 1'beureuse inspiration d'examiner de plus pres ce medicament et de comparer ses efiets a ceux du mercure cru employe en frictions suivant une melhode de traitement de la syphilis a peu pros exclusivement employee a ce moment. L'espoir d'obtenir les effets curatifs du mercure, sans faire courir au malade les hasards, parfois redoutables, d'une salivation intense, le conduisit surlout a ces essais : « Diim hcec omnia (( animo volvebam, incidit in mentem tenlare vitriolum mercurii, sed dilu- « tissimum. Argenti vivi insignem efficaciam in curandd lue venered omnes « agnoscimus, sed spem hanc animo fovebam, forte efficacissimo tali remedio
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« mercuriali lucm curari posse sine salivatione ; quod prcccipue in votis « era/. » (Gerard van Swieten, med. doct. Commentaria in Hermanni Boerhaave Aphorismos de coynoscendis et curandis morbis. Parisiis, MDCCLXXIII, p. 510).
On rt'pete a 1'envi que van Swieten n'a fait qu'appliqner une melhode dont, il n'etait pas 1'inventeur ct qu'il la tenait du me'deoin povtugais Sanchez (Antonio Nunez Ribeira), qui avail suivi en meme temps que lui Jes lecons de Boerhaave a Leyde, avail etc attache ensuite, en qualite de medecin, a la cour de 1'imperatrice Anne a Moscou et a Saint -Petersbourg, et avait rapporte de ses voyages la notion de I'usage populaire qui se faisait du sublime en Siberie, pour combattre les accidents vc'ne'riens. Sanchez etait ne en el'fet en 1009; il etait, aun an pres,du meme age que van Swieten, etil a duassister en meme temps que lui aux cours de Boerhaave, a une epoque anterieure a son sejour en Russie. Sancliez a, parait-il, revendiqm- lapriorite de 1'emploi interne du sublime dans la syphilis, ct quelques auteurs de biograpbie me'dicale, entre autres Bayle et Tbillaye (t. II, p. -S7), ont pvetendu que van Swieten n'avait jamais nomme son competiteur. C'cst une eireur qu'il importe de relever dans 1'interet dc la jjoire du commcntateur de Boerhaave. Le passage suivant que je traduis donne la preuve du contraire : <> A cetle epoque, dit-il, an moment ou je me livrais a des essais sur les doses de sublime corrosif susceptibles de guerir la vri'ole et de prevenir en meme temps 1'irritation de la gorge, de 1'cesophage et du tube digestif, je rerus de Ribeira Sanchez, archiatre de 1'imperatrice de Russie, medecin tres-instruit, dont je fais et je ferai toujours le plus grand cos, nne lettre dans laquelle il m'informait qu'un chirurgien donnait, matin et soir, dans !a syphilis, meme dans les cas ies plus desesperes, une once d'une compo sition dans laquelle entrait un dracbme de sublime corrosif pour 1:20 onces d'eau-de-vie d'orge ou de seigle. II augmentait ou diminuait la dose suivant les effets produits et guerissait ainsi, et sans nul inconvenient ulterieur, le plus jirand nombre de ses malades. II ajoutait que la salivation se produisait, comme de raison. Je fus Ires-heureuxdecette communication. Elle me montrait, chaque once contenant un demi-grain de subliniij, qu'on pourrait sans danger porter a un grain la dose quotidienne de ce medicament « (op. cit., p. oli). II ressort nettement dc ce passage que van Swieten ne recut la note du medecin portugais qu'au cours d'experienccs deja commencees sur 1'emploi du sublime dans le traitement des maladies veneriennes, et il me parait meme probable que cette communication ne lui fut faite que parce que Sanchez counaissait la voie de recberches dans laquelle van Swieten etait entre a ce moment. II n'est done nullement juste d'ajouter foi aux recriminations qui furent dirigees, accpropos, con Ire van Swieten, et de le considerer comme ayant eu la pensee de s'approprier une methode dont un autre elait I'invcnteur. En tout cas, il 1'a faite sienne par les regies auxquelles il 1'a soumise, regies qui de nos jours encore gouvernent son emploi et qui avaient pour objectif, ainsi qu'il le disait lui-meme, d'eviler la salivation avec ses complications possibles. La formule de van Swieten atteignait si bien ce but qu'il pouvait des 1773, invoquer le temoignage de Locber, lequel sur plus de 1000 cas d'emploi de cette formule n'avait pas vu 1 seul fait de salivation. Cellc-ci tendait-elle a se produire, il sufnsait de diminuer les doses ou d'interrompre momentanement 1'emploi du sublime pour voir le ptyalisme s'arreter. La etait le principe de la methode de van Swieten, et il suffit pour la distinguer de celle de Sanchez, celui-ci pensant que le
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sublime, comme les onctions mercurielles, ne guerissait la syphilis que par 1'intermediaire de la salivation.
Hunter, dont 1'ouvrage a paru treize ans apres cclui de van Swieten, s'est niontre peu enthousiaste de 1'emploi du sublime a 1'interieur; il 1'accusait d'etre irritant (capable of stimulating violently} et semblait d'ailleurs n'en parler que d'apres 1'experience d'autrui, invoquant le grand nombre de succes qui lui etaient imputes; il lui reprochait cepcndant de n'avoir pas une action aussi radicale que les autres preparations mercurielles, d'exposer les malades a dcs rechutes, et il admettait que, s'il paraissait agir favorablement sur les ulcerations de la bouche et de la gorge, il fallait se 1'expliquer par une action locale, bien plutot que par une modification generate de 1'economie (John Hunter, ^1 Treatise on the venereal Disease. London, MDGGLXXXVI, p. 551).
L'autorite scientifiqne de van Swieten et sa haute position medicate assurerent la fortune du sublime a titre de medicament antisyphilitique, et Cardone, Lebegue de Presles, Hoffmann, Dzoncly, Pringle, et tous les syphiliques contemporains a leur suite, se sont servis avec uue predilection marquee de ce compose mercuriel, a 1'exclusion de tous les autres, ce que justifient pleinement la commodite de son emploi et la surete de son action.
Mais le currits triomphalis du sublime n'a pas trouve que des enthousiastes, et ce beau medicament, mis en honneur et en vue par van Swieten, n'a pas tardea rencontrer des detracteurs, (jui n'etaient pas completement dans lefaux, s'ils n'etaient pas toujours dans la mesure, et qui, protestant centre Tabus qu'on lit bientot de ce compose, lui imputerent tout ce qui arrivait de mal pendant son emploi et chercherent a le discrediter dans 1'esprit des me'decins. La lettre tres-curieuse de Zaunini a van Swieten donne une mesure du degre d'animosite et de passion auquel en etaient arrives les deux camps. Sans doute ce malheureux baron Diel, qui avail une affection organiqne du coeur et que son medecin Cassau traitait par des closes quotidiennes de 1 grain et clemi a 5 grains de sublime, n'avait nul besoin de ce medicament, mais il n'a pre'sente aucun des symptomes de 1'empoisonnement par le mercure, et tout ce qu'on peut dire, c'est qne le sublime n'avait rien a faire a la cachexie cardiaque a laquellc il succomba (Gervasii Ernesti Zannini, V indictee mcrcurii sublimati, lionise, 1701, in Syttoge Baldinger seiectiorum opiisculorum. Gottingae, 1776, vol. 11, p. 142). llais cette application indiscrete et insensee du sublime « a toutes les maladies tres- graves » (telle e'tait la synthese therapeutique qui eut un instant cours a son sujet) ne tint pas devant 1'experience, etles indications de ce medi cament heroique ne tarderent pas a etre ramenees a celles qui aujourd'hui en gouvernent 1'emploi et que domine, et de beaucoup, son role comme antisyphilitique.
La formule employee par van Swieten n'est nullement celle de la liqueur a laquelle on a conserve son nom. II se servait d'une solution de sublime dans 1'eau- de- vie de grain, ala dose d'undemi-grain pour une once : « Hacteuus,dis;nlil, semper mansi in eadem proportione » (op. cit., p. 517). Ce n'est pas que ses imitateurs u'aient, sous ses yeux, de'passe cette dose; il 1'avueplusieurs fois porte'e sans inconvenient jusqu'a un grain par jour, mais, toutes les fois qu'on allait au dela, il survenait des vomissements qui obligeaienta revciiiveiiarriere. On attribue generalement a van Swieten le conseil de faire prendre le sublime dans du lait pour en adoucir 1'action, c'est-a-dire pour prevenir 1' in tolerance gastro-intestinale. Je n'ai trouve dans ses Commentaires aucune trace de cette
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indication verilablement utile, principalement dans le traitement de la syphilis des enfants. Van Swieten signale, sans en juger la valeur, 1'habitude que Ton avail dc son Icmps de combiner 1'emploi de 1'etuve seche avec cclui du sublime pris a I'interieur, association rationnelle et qui, dans les syphilis rebelles, est de nature a rendre des services.
Le sublime, mis ainsi en vogue par van Swieten, est devenu la base d'une foule de panace'es antisyphilitiques, vantees par le charlatanisme et acceptees pur la creclulile. Les agissements des empiriques avaient commence de son temps meme, et le commentateur de Boerhaave s'est cru oblige de protester de son prol'ond mepris pour ces charlatans (agyrtas) qui se iaisaient une [ulure honteuse de la credulite des patients, et ne craignaient pas, employant empiriquement le sublime, d'en pousser les doses jusqu'a des limites comproiiirttantes. Ou'auruit-il dit, s'il avail pressenti le nombre des robs, des liqueurs, des eaux antisyphilitiques, des teintures veneViennes, etc., que devait susciter la passion du lucre? Les eaux antive'neriennes de Ouercetan, de Dacher, Ye'li.rir dc Wright, le sirop antive'nerien de saint Idelplwnt, elc., ont eu leur heure de celrbrite, et le rob de Boyveau-Laffecteur, qui a herite de cette repu tation malsaiue, d'une utilite niee par les uns (Tliiry, Du rob de Laffecteur, de son inefficacite dans le traitement des affections veneriennes, syphilitiques ct ci/hi/ices [Bullet, de the'rap., 1851, t. XL, p. 56]), affirmee par d'autres, no Ja devait evidemment, dans les cas ou elle a etc bitn constatee, qu'al'introduction clandestine du sublime, que 1'analyse cbimique y a du reste Lien et dumenl constate (Journal de cliimie medicale, 1828). On sail la reclame giganlesque qui a fait la fortune de ce produit; elle exploite la mercuriophobie des malades, multiplie les annonces, couvre la quatrieme page des journaux de fails apocrypbes de guerison, et est allee meme jusqu'a se servir de la verve du poete Barthelemy. proclamant que : « Le culte de Mercure est un culle idoldtre. » Que dire alors de celui de Plutus?
La methode syphiliotherapique des frictions mercurielles re'gnait sans partage lorsque la liqueur est venue (suivaut 1'expression adoptee par les medecins du dernier siecle) se placer en face de la friction et lui dispuler la preeminence comme surete et innocuite d'aclion. De Home a consacre un ouvrage en deux volumes a la comparaison des deux methodes (de Home, Observ. faites et publie'cs par ordre du gouvernement sur les differentes methodes d'administrer i- mercure dans let maladies veneriennes. Paris, MDCCLXXIX). Ses conclusions daunt eclectiques : les deux methodes avaient du bon et leur combinaison donnait souvent des resultats que chacune eut etc;, isolement, inhabile a iournir. Aujourd'hui 1'usage a prononce en dernier ressort, et le sublime a rcmplace definitivement les frictions mercurielles. C'etait trop absolu avautles injections hypodermiques ; avec le secours de celles-ci, on peut abandonner completement les frictions.
Le sublime a ete presente, comme traitement de la syphilis, a toutes les portes de 1'absorption : on 1'a employe par voie iatraleptique ; en frictions, suivant la methode du medecin italien Cirillo, qui preconisait une pommade dans laquelle -i grammes de deutochlorure de mercure etaient incorpores dans 50 grammes d'axonge, dose exageree et qui devait produire souvent une exulceration de la peau — on a eu recours a des lavements de sublime (Royer, de Home) (op. cit., t. I, chap, v, p. 197) — on a conseille des bains de sublime (Baume), dans la pensee de menager la susceptibilile du tube digestif, pratique
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dont Girtanner et Gardane ont demontre 1'inutilite. En somme, 1'usage in terne du sublime et les injections hypodermiques de cette substance suffiscnt a toutes les exigences du traitement de la syphilis. Nous nous arreterons sur cette derniere pratique, qui a pris tout recemment une reelle importance.
On s'accorde generalement a faire remonter a 1'annce 1856 et a rattacher aux noms de Ch. Hunter el de Berkeley-Hill les premiers essais d'injections mercurielles hypodermiques dans le traitement de la syphilis. Cc n'est que huit ans plus tard, en 1864, que Scarenzio (de Pavie) experimenta cette pratique nouvelle, mais en substituant aux injections de sublime preconisees par les deux medecins anglais des injections de calomel tenues en suspension dans la glycerine. Les accidents locaux reproches aux injections de sublime furent, comme on devait s'y attendre, a raison de 1'insolubilite du calomel, bien nutrement intenses quand on introduisit ce sel dans le tissu cellulaire, et Jes injections mercurielles ne tarderent pas a etre abandonnees en Italic. Loevin (de Berlin) reprit cette idee en 1867, et put, tout en reconnaissant que ces injections peuvent produire quelques accidents locaux sans gravite, affirmcr 1'ulilite de ce moyen centre ses depreciateurs qui lui reprochaient de produire quelquefois de la diarrhee, de l'albuminurie, la gangrene de la peau, etc. A la meme epoque Liegeois entreprit a Lourcine, et sur une grande echelle, des essais qui furent tout a fait en faveur de la methode nouvelle; mais, s'ilputen tircr cette conclu sion que le sublime absorbe par cette voie guerissait la syphilis sccondaire plus rapidcment que quand il etait pris par la bouche, et qu'il exonerait les malades, dans 1'immense majorite des cas, des troubles intestiriaux qui suivent frcquemment 1'emploi de la liqueur de van Swieten, il voyait, a la suite de ces injections, des accidents locaux d'inflammation, d'induration et de gangrene dont on ne pouvait pas ne pas tenir compte dans 1'appreciation des avantages ct des inconvenients de cette mc'thode.
On dut se demander des lors s'il ne serait pas possible de renclre inoffensives ces injections en en modifiant la formule. Liegeois associait le chlorlmlrate de morphine au sublime (Liegeois, Des re'sullats cliniques et scientiftques obtenus avec les injections sous-cutanees de sublime' a petites doses dans le traitement de la syphilis [Bullet, .dethe'rap., LXXV1I, 1869, p. 158, 525]). Marc See conseilla une solution de deutochlorure de mercure dans la glycerine. Bamberger (de Vienne) imagina une solution de peptonate de mercure, formee par un melange, en proportions determinees, d'une solution aqueuse de peptone et d'une solution de sublime, avec la precaution de filtrer de temps en temps la liqueur. Gourgues, a qui nous devons un interessant travail sur les injections hypodermiques de mercure, a constate que cette formule etait defectueuse et qu'elle produisait, plus souvent encore que la solution de sublime, des indura tions douloureuses et des eschares (0. Gourgues, Sur le traitement de la syphilis par les injections hypodermiques mercurielles et en particidier par T albuminate de mercure [Bullet, de the'rap., 1882, t. CII, p. 49]). On songea, pour eviter ces inconvenients, aux solutions chloro-albuminiques de mercure. Stauh, qui preconisa ces injections en 1872, expliqua leur innocuiteenadme.ltant que le sublime introduit dans le tissu cellulaire forme, aux depens des bumeurs et des tissus, un chloro-albuminate, et que, quand il lui arrive sous cette derniere forme, il reste sans action sur I'albumine des tissus et ne la coagule pas, d'ou son innocuite locale. Quelle que soit la valeur de cette theorie, les faits demon-
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trent que la solution du sublime dans une dissolution de sel marin et d'albumine est en ei'let beaucoup plus inoffensive et doit ctre preferee a la simple solution de deutocblorure de mercure. La liqueur pour injections proposees par Gourgues donne 1 centigramme d'albuminate de mercure pour lsr,50 de solution. II se sert de seringues conlenant cette derniere quantite, de maniere a injecter chaque fois 1 centigramme d'albuminate merourique. Cette solution se conserve bien, pendant une semaine au moins ; elle doit etre filtree des que des flocons nlbumineux s'y deposent. Ces injections pratiquees dans le dos, la region lomliaire, auniveau de la fesse, n'ont jamais de'veloppe d'accidents locaux. On les a renouvelees tous les quatre jours, et il a suffi parfois de quelques injections sculement pour voir s'attenuer ou disparaitre des syphilides, des plaques muqueuses de 1'arriere-gorge, de la vulve, de 1'anus, des papules de la vulve ou du pli genito-crural. On cmploie, en moyenne, 6 a 8 injections, et par con sequent 6 a 10 centigrammes d'albuminate de mercure. La tolerance gastrointestinale est presque toujours parfaite; elle ne s'est trouvee en de'faut, dans les essais du docleur Gourgues, qu'une seule fois, et il s'agissait d'une iemnw enceinte. D'apres lui, tout trailement local des manifestations de la syphilis secondaire serai t inutile.
Terrillon, qui a employe untres-grand 11 ombre de fois les injections mercuriques, leur reconnait un tres-grand avanlage quand il s'agit de syphililiques a tube digestif irritable, et surtout d'individus debilites, et il a invoque a ce sujet 1'opinion de deux medecins de la marine, Rouvier et Cotte, qui ont constate 1'innocuite de cette methode cbez des venericns debilites par un long sejour en Cocbincbine.
Ce sont la des avantages reels, mais s'ensuit-il que 1'cmploi interne da sublime dans le trailement de la syphilis doive etre remplace, dans tous les cas. par les injections? Quelques medecins, tout de feu pour les nouveaute's, ne sont pas loin de ceite conclusion On ne saurait y souscrire; quand le tube digestif est sain, il faut, a mon avis, debuter par la methode classique, et ce n'est que dans le cas ou elle devient insuflisante ou inapplicable qu'il convient de faire intervenir les injections.
Nous donnerons plus loin les principals formules qui ont ete proposees pour les injections hypodermiques du sublime. D'autres composes antisyphilitiques : iodure double de mercure et de sodium (Bricheteau) ; biiodure de mercure et de potassium (A. Martin), etc., ont ete employes dans la syphilis sous forme d'injections, mais nous ne pouvons que les signaler ici.
On a songe a medicamenter les enfants syphilitiques en mercunalisant leur nourrice au moyen du sublime. Gctte pratique n'est licite que quand la nourrice est infectee elle-meme, et encore dans ce cas vaut-il mieux nourrir 1'enfant a 1'aide d'une femelle laitiere et intercepter entre lui et sa nourrice toute communication infectante. En 1845, un me'moire de Lolmede sur 1'emploi du lait rendu medicamenteux par 1'alimentation provoqua un rapport favorable de Collineau (Bullet, de t'Acad. de me'd., -18-46-1847, t. XII, p. 641); mais la superiorite de ce mode d'introduclion du mercure n'etait pas assez evidente pour faire oublier les difficultes dont il est entoure, ct 1'opinion passa a 1'ordre du jour. En 1859, cette question reparut a 1'Acade'mie de medecine a 1'occasion d'un travail de Labourdette (De I' introduction des medicaments dans le lait par assimilation digestive [Bullet, de I'AcacL denied., t. XXIV, p. 746]), et Bouley, quienfutle rapporteur, se montra Ires-favorable, h cette methode. Mais
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la clinique peut scule prononcer sur sa \aleur, et jusqu'ici elle n'a porte sur ce point de therapeutique quedes jugements contradictoires. C'estainsi que, tandis que Cullerier (Du traitement de la syphilis des nonvean-ne's [Bullet, de the'rap., 1852, t. LXII, p. 455]), A. Gibert (Bullet. del'Acad. denied. Paris, 1858-1859, t. XXIV, p. 810), ont declare n'avoir jamais vu guerir un enfant syphilitique mercurialise par la methode galactotherapique, Trousseau au contraire (Clinique medic, de rHotel-Dieu de Paris, oe edit., 1877) a accord e a cette pratique une valeur reelle : « Oui decidera, ai-je dit ailleurs, entre ces opinions ad verses? [/experience, mais 1'experience clinique et non pas 1'experience chimique, dont on nc saurait accepter le temoignage en cette matierc qu'avec une extreme reserve. 11 est en effet tres-possible que le mercure qui impregne le lait d'une nourrice mercurialisee s'y trouve engage dans une sorte de combinaison organique qui masque ses reactions ct qu'il n'en exerce pas moins pour cela une action curative incontestablement utile. L'analogie plaide d'ailleurs en faveur de cette me'thode, puisque d'autres agents medicamenteux, 1'iode ou le chlorure de sodium, se retrouvent dans le lait dans des proportions suflisantes pour lui communiquer certaines proprietes que la therapeutique utilise ; et il n'est certainement pas permis d'affirmer que du mercure presente sous celte forme, adouci par le lait, ainsi quo le disaient les Anciens, n'a aucune superiorite d'avantages sur le meme medicament simplement ajoute du lait » (Fonssagrives, Hyg. aliment, des malades, des convalescents et des vale'tudinaires, 5e edit. Paris, MDCGGLXXXI, p. 600). J'ajouterai que, si 1'analyse trouve du sublime dans 1'urine des sujets soumis aux injections mercurielles hypodermiques, il est plus que probable qu'elle en constaterait e'galement la presence dans le lait, si ce sel mercuriel n'y etait engage dans quelque combi naison qui le rend muet aux reactifs.
111. Eniploi du sublime conlre I'herpe'tisme. J'ai dit plus baut que le sublime etait employe par les medecins arabes dans le traitement des maladies chroniques de la peau, bieu avant que la syphilis eut fait son apparition, et qu'ils vantaient i'efficacite de ce medicament. Les partisans de 1'origine ancienne de la syphilis ne manquent pas de rattacher a cette maladie les dermatoses qui cedaient ainsi aux preparations mercurielles ; mais cette maniere de voir souleve de graves objections, et beaucoup de praticiens considerent le mercure comme etant a la fois un medicament de la syphilis ct de I'herpetisme. Cette opinion ne date pas d'bier, et le 16 Janvier 1772 a ete soutenue a la Faculte de medecine de Paris, par Joseph Cotton (de Grenoble) , une these ayant ce litre significatif : « An herpeti, licet non venerece, sublimatum corroSivum ? » avec reponse affirmative (E. God., Baldinger Sylloye selectiorum opuscidorum argumenti medico-practici. Gottinga?, 1780, vol. VI, p. 58). « Le mercure, ai-je dit ailleurs, n'a-t-ilp rise que sur les maladies de la peau, de nature syphilitique ou bien agit-il egalement sur les productions de I'herpetisme? Je reconnais volontiers qu'on lui a attribue cette derniere propriete dans une foule de cas ou il n'agissait que localement pour guerir des maladies de peau reputees dartre* et qui n'etaient autre chose que des dermatoses parasitaires ; mais il ne parait pas vraisemblable que les hydrargyriques bornent leur action aux seules maladies cutanees de ce groupe. Trousseau et Pidoux font remarquer que c'est par cette application qu'ont debute les mercuriaux et qu'on les opposait a la lepre, synthese sous laquelle on reunissait la plupart des maladies chroniques de la peau,' bien avant de les employer contre la syphilis. Le mercure a domine le
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traitement des maladies cutanees, principalement de celles quisont pruriginettses; et si on ne le donne plus guere a I'interieur, la ou on ne suppose pas 1'existence d'une cause syphilitique, il constituc encore la plus grande partie des topiques dits antidartreux, designation sous laquelle on confond les maladies cutanees diathesiques avec les maladies cutane'es parasitaires. Dans ma pcnsee, des maladies herpetiques, non veneriennes, quine guerissent pas par les moyens ordinaires, peuventetrerationnellcment rcactionnees parlemercure. Arrive-t-on jamais d'ailleurs a une certitude en cette nature et, la syphilis personnelle etant ecartee, peut-on jamais affirmer qu'une influence syphilitique hereditaire est liors de cause? » (Fonssagrives, Traite de the'rapeutique appliquee. Paris, 1878, t. II, p. 97).
Cette confusion des dermatoses herpetiques avec les dermatoses syphihtiques et parasitaires est constante dans les auteurs des derniers siecles et rend tresdilikile, si ce n'est impossihle, la determination du role du sublime dans chacun de ces trois groupes de maladies de la peau. Le passage suivant de Murray sur remploi du sublime dans les dermatoses en est la preuve : « Ruland a vu une psore tenace sk'geant aux mains guerir par 1'action topique d'une solution de sublime. Zacutus Lusitanus a constate 1'ellicacite du meme moyendans la teigne et le lichen. B. Bell a gueri la gale par des lotions avec un scrupule de sublime dans huit onces d'eau. D'autres ont gueri, par le sublime', le prurigo et 1'impetigo. Turqur t a eu recours avec succes au meme moyen, dans diverses maladies cutanees de la face. Van Mynsicht dit avoir gueri par les applications locales du sublime des lichens d'une opiniatrete extreme » (Murray, App. medicaininiim, t. II, pars secunda, p. 255). 11 appartient a la clinique moderne de de'Lrouiller ce chaos et, separant les maladies cutane'es syphilitiques et parasitaires des autres dermatoses chroniques, de juger de I'eflicacite des preparations mercurielles dans ce dernier groupe.
L'eczema et 1'impetigo sont peut-etre, de toutes les formes dermatologiques, celles dont 1'absence de rapports avec la syphilis est la plus constante. Si doncle sublime les modifie favorablement, il faudra en conclure que le mercure guerit d'autres dermatoses que celles qui derivent de la syphilis. Or, la preuve de ce fait n'est plus a donner, et les essais cliniques de Trousseau ne laissent aucun doute sur ce point. Reprenant 1'idee de Baume qui, le premier, nous 1'avons dit plus haut, conseilla les bains de sublime, et suivant 1'exemple de \Vedekind qui insista sur 1'utilite et 1'innocuite de ce moyen, Trousseau en adopta 1'usage il y a une cinquantaine d'annees, et il n'a cesse de s'en servir dans les maladies chroniques de la peau, « quelles fussent ou non d'origine syphilitique » (Trousseau et Pidoux, Traife de therap. et de mat. medic., 4862, 7e edit., t. I, p. '271). Le Bulletin de ihe'rapeutique pour 1'annee 1847 (t. XXXII, p. 146) relate une observation d'un eczema impetigineux, developpe chez un enfant, et qui guerit completement au bout de treize bains de sublime. C'est la une ressource precieuse dans une affection qui est souvent d'une tenacite desesperante. Trousseau conseillait de composer ces bains pour 1'adulte avec des doses de 15 grammes de sublime dissous dans de 1'alcool ou de 1'cau dc Cologne; il portait cette quantite a 20 et meme a 50 et 40 grammes, la reduisant a moitie pour les femmes, a raison de 1'activite de 1'absorption chez elles. La dose absolue etait naturellement moindre pour 1'enfant, maisla dose relative a la quantite d'eau du bain pourrait, sans inconve'nient, elre la meme que. pour 1'adulte. L'eminent therapeutiste a etudie avec soin 1'action physiologique de ces
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bains : il a signale de la somnolence, de la pesanteur de lete, quelquefois cles crampes d'estomac, quelques nausees, das coliques avec ou sans diarrhea, un peu de ptyalisme, qu'il est toil] ours facile de maintenir dans des limites raisonnables. Le developpement d'une eruption de lichen agrius sur les jambes lui a paru dependre de 1'action des bains et en commander la suspension. II conseillait de donner un bain de sublime tous les deux jours et, dans 1'intervalle, des bains de son pour calmer I'irritation, d'ailleurs legere, que produit le bain mercuriel. Quand les bains n'etaient pas possibles, il les remplacait par des lotions preparees avec une cuillerec a cafe d'une solution de 10 grammes de sublime pour 100 grammes d'alcool, versee dans un demi-litre d'eau chaude. Toutes les formes d'eczema, meme 1'eczema mercuriel (op. cit., p. 275), lui semblaient justiciables de 1'emploi des bains et des lotions de sublime.
Le prurigo rebelle cede souvent aussi sous I'influence du meme moyen. Prus a eu 1'occasionde constatera Bicetre que le prurigo senilis quiy est si commun est modifie tres-favorab lenient et, le plus souvent, gueri par des lotions contenant 1 gramme de deutochlorure de mcrcure dans 500 grammes d'eau, formule qui repond a une liqueur de vanSwieten double. Duparque a obtenu egalement les meilleurs resultats de cette solution dans le traitcment des demangeaisons de la vulve quisurviennenta 1'epoquede la menopause (llullrl. <!<• ihc'rcip., JXr>(,), t. XVII, p. 587).
En resume, dans 1'etat acttiel de mes connaissances sur ce point, il me parait parfaitement rationnel de trailer par le sublime, intus et extiis, les maladies cbroniques de la peau qui, bien que n'ayant pas de racine sypbilitique appivciable, resistent avec opiniatrete aux medicaments de 1'herpetisme, en particulier au soufre et a 1'arsenic. Le temps est loin de nous ou, 1'action du mercure etant peu gouvernable, on pouvait redoutcr les consequences de ce medicament, qui n'occupe plus le premier rang, quant a la toxicite, entre ceux que nous employons tons les jours.
IV. Emploi du sublime comme parasiticide. Toutes les preparations mercurielles sont parasiticides, et elles le sont d'autant plus qu'il s'agit d'organismes plus inferieurs. Et ce ne sont pas seulement ces organismes, mais encore leurs germes, sur lesquels se produit cette influence deletere. Cette propriete, qui appartient a tous les mercuriaux, est surtout developpee dans le sublime corrosif, qui s'emploie avec une efficacite reelle dans toutes les maladies de peau qui sont developpees ou entretenues par des epizoaires ou des dermaphytes.
La phtbiriase, quand la pullulation des poux se generalise a tout le corps, trouve dans les bains de sublime le moyen le plus utile qu'on puisse lui opposer. Quant a la gale, que les medecins des siecles passes traitaient quelquefois par des lotions de sublime, elle a, dans 1'emploi methodique des sulfureux, son spe'cilique aussi sur que commode et inoffensif, et il n'y a veritablement pas lieu de chcrcher ailleurs. Nous ne connaissons guere parmi les acariens cuticoles que I'acarus scabiei, mais on ne saurait croire quo ce soil le seul parasite de cette categorie, et, depuis bien longtemps, je professe 1'opinion que la plupart des maladies prurigineuses a demangeaisons tenaces et paroxystiques sont dues a des acariens a trouver et a decrire. II m'est arrive plusieurs fois, les soupconnant dans des maladies de peau anciennes et que Jeur type dermatologique ne permettait pas derapporter a la gale, d'instituer avecuu plein succes le traitement parasiticide de celle-ci. Le prurigo podicis et le prurigo vulvaire sont particulierement dans ce cas, et les lotions de sublime reussissent souvent la ou tout
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autre moycn a echoue : d'ou la presomption le'gilime de la nature parasitaire de ces affections. Le pruriyo pndendi des diabetiques, dans lequel Gubler a trouve, apres Friedreicli, cles spores et des filaments articules de mucedinees, lui a paru ceder au sublime mieux qu'a tout autre moyen (Gubler, Comment. tlterai>. du Codex, Paris, 1868, p. 51.").
Quant aux dermaphytes, dont la serie entierc est egalement bien loin d'etre connue, 1'action toxique exercee sur eux par le sublime explique 1'usage ire'quent que Ton fait de ce medicament dans les maladies de la peau ou du cuir chevelu ijui sont imputables au developpement d'un parasite vegetal. (Test ainsi que le mycoderme du favus (Achorion Schosnleinii] est, dans la methode de Bazin, detruit, apres epilation, par des lotions de sublime; le tricophylon tons 11 ram de la teigne tondante, le tricophyton decalvans de la pelade. de la mentagre et de 1'herpes circinne, le microsporon furfur du pytiriasis versicolor, sont justiciables du meme moyen. Les ephelides sont dans le meme cas et le Jail antepJie'li(fiie n'cst qu'une solution d'un melange de sublime, de sulfate de zinc et d'acetate de plomb. Hardy, a q\ii cette formule peu correcte a ete empruntee, indique une solution de 1 gramme de sublime, de 2 grammes d'acetate de plomb et 2 grammes de sulfate de zinc, par 1'mtermediaire de 1'alcool dans 2-">0 grammes d'eau distillee. Un emploie ce liquide en lotions, soil pur, soil coupe avec de 1'eau.
Vidal a eu 1'idee ingenieuse d'essayer 1'action dela liqueur de van Swieten sur Ya'idiuni alhicans du muguet. II conseille d'asperger avec soin les parties Je la muqueuse recouvertes par le parasite et de les toucher trois fois par jour avec un pinceau trempe dans la liqueur de van S\vielen. Cette methode lui a fourni de tres-bons resultats dans le muguet inlantile et aussi dans celui qui se montre a la periode ultime des maladies consomptives (Bullet, de the'rap., 1864. t. XVI. p. 28).
Le sublime est, du reste, un des elements importants de la cosmetique, et une foule de formules auxquelles il prete son activite sont exploiters par les parfumeurs ; telles sonl : Veau antidartreuse du cardinal de Luynes, dans la composition de laquelle entrent le sublime, la ceruse, le sulfate d'aluraine, dissous ou suspendus dans de 1'eau de rose additionnee de blanc d'oeuf ; Y emul sion mercurielle de Duncan, le cosmetique de Scemerring, la lotion de Biett, Yrau Callidore, etc., tous composes formes de sublime en solution dans une emul sion d'amandes douces et ameres, et qui constituent des liquides tres-toxiques, d'un mauiement dangereux. La seule de ces preparations qui ait ete conserve'e et qui merite de 1'etre est la liqueur ou emulsion cosmetique de Gohcand. dont nous donnerons plus bas la formule.
V. Emploi du sublime contre le rlmmatisme chronique. En 18o i. Bonardel publia dans le Journal des connaissanccs medico-chirurgicales (t. II, p. 150) un travail demontrant les bons effets du sublime dans le traitement du rhumatisme articulaire chronique qui succede a un rhumatisme aigu. Trousseau a insiste egalement sur celte medication et a conseille de recourir, de preference, aux bains de sublime (Traile de the'rap. et de mat. medic., t. I, p. 262). L'n medecin beige, Rene Vanoye, a surtout insiste sur cette medication (R. Vanoye. Irailement de la rhumatalyie par le deutocJilorure de mercure [Ann. de la Soc. me'd. de Routers, 18-49]), et elle a joui jadis d'un credit reel. II conseille 1'emploi interieur du sublime a petites doses. Ayant essaye ce moyen dans vingt cas de rhumatisme erratique, douloureux et opiniatre, il n'a observe' que quatre
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ou cinq insucces. Dans les autres cas, ['amelioration a ete prompte et durable. On peut se scrvir, pour ce traitement, de la liqueur de van Swieten. Quant aux applications, sur les points douloureux, de compresses trempees dans une solution de sublime laudanisee (sublime 4 grammes, laudanum 8 grammes, eau r>0 grammes), on ne voit pas trop les avantages de cette pratique que 1'auteur ne conseille, du reste, qu'a titre de moyen acccssoire (Bullet, dethe'rcip., IN if, t. XXXVI, p. -430). Suivaut Lasegue, le sublime serait inutile dans le rhumatisme d'Haigarth ou rhumatisme noueux, et doit ceder la place a 1'iode.
§ V. FORMES MEDICAMEJNTEUSES ET DOSES. Le sublime' reconnait dcs formulas en quelque sorte innombrables, et dout remuneration depasserait de beaucoup les besoins reels de la pratique. Nous nous contenteronsde relater ici celles qui, par leur emploi usuel, la surete de leur dosage et la facilite de leur adminis tration, s'adaplcnt le mieux aux indications diverses auxquelles se prete ce medicament.
Oa doit distinguer ces formules suivant qu'elles sont destinies a 1'usnge interne ou bien a 1'usage externe et local.
Une babitude, qui n'est pas rationnelle, place les injections hypodermiques parmi les moyens locaux; le caractere topiqued'nn medicament e'taut determine par ce fait qu'il epuise ses eflets au point d' application, doit etre refuse aux injections hypodermiques de sublime, qui ont pour but de faire penctrer ce scl mercuriel dans la circulation generate, par la voic la plus sure et la plus prompte.
I. Usage interne. Les doses de sublime qui conviennent a 1'adulte varicnt de 1 a 2 ou 5 centigrammes.
1° La liqueur de van Sivieten, tres-detournee, comme nous 1'avons vu plus haul, desa formule primitive, a, dans les diverses pharmacopees, une composition differente, ce qui est tres-regrettable. G'est ainsi que la pharmacopee de Londres pour 1807 fait intervenir le chlorhydrate d'ammoniaque pour dissoudre le deutocldorure de mercure; de plus, tandis que la liqueur de van Sivieten du Codex francais est au 1000e (1 milligramme de sublime par gramme d'eau), la ineine liqueur de la British Pharmacopoeia contient, par gramme, une quantite un pen plus forte, soit 1 '"'"'>-', 2'* ; la liqueur de ran Swieten dont se servent les medecins espagnols est plus faible que la notre et ne contient que 86 centigrammes de sublime pour 1000 grammes (voy. Verwaest, Etude generale et comparative des pharmacopees d' Europe et d'Ame'rique. Paris, 1872). II y a certaincment lieu, comme le pense 1'auteur de ce travail interessant, d'ctablir entre les diverses pharmacopees etrangeres une unification qui serait, a noire epoque de cosmopolitisme, une simplification et une securite. La liqueur de van Swieten du Codex a la formule suivante :
# Deutochlorure de mercure \ gramme.
Eaudistillee 900 —
Alcool a 80 degres 100
On dissout le deutochlorure de mercure dans 1'alcool, et on ajoute 1'eau distillee. Chaque cuilleree a bouche de 20 grammes contient 2 centigrammes de sublime. La dose pour 1'adulte est de 1 a 2 cuillerees .a bouche que Ton fait prendre dans du lait, association qui dulcifie le mercure/ comme disaient les Anciens, et le fait tolerer plus facilement par 1'estomac.
DICT. ENC. 5s S. XII. 52
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M. J. Simon gradue de la maniere suivante les doses de cette liqueur pour les enfants : pour les nouveau-nes, on en donne 20 gouttes en quatre fois dans du lait (1 milligramme de sublime); on peut en porter la dose jusqu'a 50 gouttes, soil 1 milligramme et demi. Au-dessus de deux ans, on debute par 40 gouttes (2 grammes de liqueur ou 2 milligrammes de sublime), et on arrive a 5 grammes, c'est-a-dire a 5 milligrammes. Au-dessus de cet age, on donne la solution par cuilleree a cafe a la dose de 1 ou 2 cuillerees a cafe (1 cuilleree de sept a dix ans); 2 cuillere'es a cafe (ou 5 milligrammes) au dela de dix ans. Vers treize ou quatorze ans, on peut donner 5 et meme 't cuillerees a cafe (J. Simon, Con/', diniqiies stir les maladies des enfanls. — Fonssagrives, Formulaire the'rapeutique a I' usage des praticiens. Paris, MDGCCLXXXII, p. 51-4). J'estime qu'il est plus simple de faire etendre la liqueur de van Swieten ordinaire de son poids d'eau distillee, etde se rappeler que la cuilleree a cafe de 5 grammes contient alors 2 milligrammes et demi du sel mercuriel.
Mialhe a modiiie la formule de la liqueur de van Swieten en y faisant intervenir le chlorhydrate d'ammoniaque et lechlorure de sodium. II attribue a cette formule 1'avantage d'etre plus facilement supportee par 1'estomac, mais elle n'a pas prevalu dans la pratique.
L'opium etant un excellent correctif du mercure, et ayant, par lui-meme, des propriete's antisyphilitiques tres-reelles, ainsi que je 1'ai dit a 1'article OPIUM de ce Dictionnaire (voy. ce mot), s'associe tres-utilement au sublime.
Les piliili'* nin-citricUi's de Dupinjtren ont la formule suivante :