‹ Dictionnaire féodalChapitre 149 sur 158 · YVE · texte numérisé non relu

YVE

bi eus de sa famille, tout l’espace qu’un chapon pouvait franchir en volant. C’était un, deux ou trois arpens (1).

— Mais, après qu’il s’était mis en possession du principal manoir, et de l’espace désigné par le vol du chapon ( deux parts qui composaient son droit d’aînesse ) , l’aîné partageait avec les cadets le reste des biens , qui était peu considérable. — Il y avait des pays ou les cadets n’avaient rien. (Voyez Cadets , Femmes , Aînesse , etc, )

VOYER. — ( Voyez Droit du vojer, )

Y VE TOT* — En l’année 534 ^ jour du Vendredi -Saint , le roi Clotaire, ayant tué, dans l’église de Soissons , Gautier, seigneur d’Yvetot (2), se conforma aux usages d’alors, en affranchissant cette terre de sa domination et de celle des rois ses successeurs , et en érigeant la terre d’Yvetot en royaume (5).

(1) Laplace , Dictionnaire des Fiefs.

(2) Yvctotcst maintenant un gros bourg, dans le pays de Caux , à deux lieues de Caudebec , et à sept lieues de Rouen.

(3) Mczerai , Velly , le president Menant, etcy année 534-

YYE

— Voilà ce qu’on lit dans la plupart de nos historiens; et comme le roi d’Yve tôt faisait peu de bruit dans le monde, que l’on ne connaît guère les constitutions de ce royaume , et que l’on ne sait pas quand le gouvernement royal a pu s’y éteindre , il y a eu sur cela de grandes disputes entre les savans.

Tout ce qu’on a pu en recueillir, c’est que le royaume d’Yvetot a probablement subsisté sans fracas jusqu’aux croisades, ou du moins jusqu’aux invasions des Normands. Quoi qu’il en soit, depuis des temps éloignés jusqu’à la fin du dernier siècle, les seigneurs d’Yvetot portèrent le titre de princes.

On dit encore que la cour du roi d’Yvetot était composée d’un évêque, qui était aussi le curé de la paroisse , et le doyen des trois chanoines de la capitale ; d’une espèce de valet de pied , qui faisait en cas de besoin le rôle de héraut d’armes et celui d’ambassadeur; de deux pairs ou juges, qui composaient le conseil de sa majesté ; d’un jardinier, d’un palefrenier et de quelques autres serviteurs qui remplissaient différens personnages.

Le roi d’Yvetot était lui-même ministre des finances et de la justice, dans ses états. Les frontières de son manoir étaient gardées par six chiens de taille. Il avait deux gardes-du-corps,

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qui cultivaient ses vignes, les jours ordinaires, et qui étaient à leur poste dans les solennités et dans les représentations.

Les quatre plus belles filles des serfs d’Yvetot étaient femmes de chambre et dames d’honneur de la reine. L’arsenal du roi et la garderobe de leurs majestés n’occupaient qu’une petite pièce ; mais tout y était bien entretenu.

Le royaume d’Yvetot ne dépendait de personne ; le roi vivait en paix avec ses voisins , qu’il ne prétendait pas effrayer ; et malgré sa couronne, ses titres et ses gardes, il demeurait neutre , dans toutes les guerres qui se faisaient autour de lui , quoiqu’il pût mettre sur pied vingt-deux hommes de troupe réglée.

ZÉPiO. — Sous les lois féodales, c’était par ce chiffre que l’on pouvait énumérer les droits de l’homme , lorsqu’il n’était pas noble. La raison, la justice, l’humanité n’étaient rien devant les coutumes. Tout cédait aux droits féodaux.

Aujourd’hui c’est à la patrie que tout est soumis ; et grâces à notre législation nouvelle, les fiefs et les arrière nefs , les droits d’aubaine et

de naufrage, les hommages, les bannalités, les

droits honorifiques , la servitude de la glèbe ,

ZÉR 287

le cens, le champart, le quint, les justices seigneuriales , les tortures , le droit de ravage, les vassaux , les seigneurs et les serfs , tous les droits féodaux, jusqu’au droit de cuissage, et qui , pis est , la corvée , les dîmes et les privilèges : tout est réduit à zéro /...*

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CONCLUSION

La liberté est le droit de faire tout ce que de sages lois permettent , lorsque ces lois ont été votées par la nation. Si un citoyen pouvait faire ce que ces lois défendent , il nj aurait plus de liberté (i), parce que les autres citoyens auraient le même pouvoir, et que tout ne serait bientôt plus qu’anarchie. et licence*

Mais le règne de la licence et de l’anarchie n’est pas de longue durée ; les peuples s’en dégoûtent bientôt; et, comme la domination d une foule de tyrans est la pire de toutes, on se jetle dans les bras du premier despote qui peut écraser tous les autres , parce qu’on est las de trembler sous plusieurs maîtres.

Que de pensées profondes fourniront un jour nos dernières révolutions! Le peuple, las de douze siècles de servitude et de misère, secoua enfin le joug , et osa résister a ces quatre-vingt mille seigneurs qui l’avaient opprimé si longtemps.

(i) Montesquieu. Esprit des Lois , //V. 77, ch. 3. T, IL tq

CONC LCJSION.

Les maîtres qu’il rejetait l’avaient gouverné si cruellement, qu’il voulut se^ gouverner luimême. Mais il plaça mal sa confiance, et l’anarchie succéda à la tyrannie aristocratique.

Si des crimes souillèrent alors le sol français,

il faut considérer, selon la pensée de madame de Staël, que c’était le jour de la vengeance, que les plébéiens retournaient la médaille , et que pendant cette année de sang et de terreur, qu’on ne peut se rappeler sans frémir, ceux qui s’étaient chargés de gouverner la France avaient les yeux fixés sur douze siècles de violence et de tyrannie.

Tout homme , qui sentira encore le sang français bouillonner dans ses veines, ne verra qu’avec horreur les excès de notre dernière révolution ; mais il en approuvera les principes. Vingt millions de vilains et de roturiers, la masse de la nation, en supportaient seuls les charges ; tandis que le corps si funeste des nobles recueillait tous les honneurs, occupait tous les postes lucratifs. Le clergé , devenu étranger à l’esprit du christianisme , s’était entouré d’un faste révoltant. Les nobles , dans un siècle de lumières , osaient encore faire valoir leurs droits féodaux , leurs privilèges , leur droit de préséance; ils se croyaient d’un autre sang que les vilains, et créés par un autre Dieu;

CONCLUSION

et cependant légalité naturelle des hommes était reconnue; la philosophie avait ouvert les yeux de îa multitude sur sa dignité , ou, si on l’aime mieux , sur l’indignité de ses maîtres.

Quel était donc l’égarement de îa noblesse et de nos prêtres, lorsqu ils refusèrent de voir les progrès de l’esprit national , et de faire des sacrifîces que la nécessité leur imposait , autant que la renaissance du droit naturel? —

Chez les Volsiniens, les serfs étant devenus les maîtres, imitèrent la conduite de leurs tyrans; ils prirent le droit de cuissage sur les filles de ceux qui l’avaient pris avec leurs femmes; ils rendirent à leurs seigneurs une partie des maux qu’ils en avaient reçus (i).

Personne ne songeait chez nous à proposer pour modèle l’abominable conduite de ces barbares. La France, plus généreuse, quoique si constamment dévorée par les droits féodaux , la France ne demandait pas que ceux qui avaient été soumis à la féodalité en jouissent à leur tour ; elie demandait seulement que tous ces droits injustes fussent anéantis; que tous les Français fussent libres, égaux devant les lois :

(1) Voyez le Supplément de Freinsliernius à 'JTiie-Livej décade //, liv. V *

CONCLUSION

et que le vilain qui servait sa patrie pût en attendre quelque récompense , aussi bien que le seigneur qui chargeait la terre d’un poids inutile.

Ce vœu général d’une nation qui avait rompu sa chaîne , et la chaîne d’un odieux esclavage , cet élan vers la liberté fut regardé par les nobles comme une escapade d’un jour , que les seigneurs réprimeraient bientôt d’un mot ou d’un regard. Ils osèrent proclamer que le peuple était h jamais taillable , et corvéable à merci . Ces absurdes présomptions soutinrent leur orgueil. La patrie épuisée réclamait leurs secours ; ils les refusèrent ; ils laissèrent au roi et au peuple le soin de payer les dettes de l’état; et, au lieu de calmer les troubles naissans , iis émigrèrent, malgré l’honneur, malgré les ordres du roi, dont ils se disaient les uniques soutiens .

On sait le reste ; on sait avec quelle opiniâtreté coupable le haut clergé et les nobles refusèrent de rentrer en France , quand Louis XYI s’efforcait de les y rappeler; on sait l'abandon du malheureux monarque , les désordres qui commencèrent la révolution , la mort du plus vertueux de nos rois.....

Mais cette mort, que de vils écrivains ont eu l’infâme hardiesse de reprocher â la nation , ce régicide effrayant, qui l’a causé?.....

CONCLUSION. 2()

L’état sans ressource , rétablissement d’un papier-monnaie sans crédit, la confiance perdue et, d’un autre coté, les riches fuyant sur des rives étrangères et y portant leur or, dont

on ne leur demandait qu’une faible partie

Là, une misère éternelle; ici, un faste, un orgueil , des prétentions insupportables, dans des siècles de lumière et de philosophie — Toutes ces fautes préparèrent les grandes crises de la révolution. Le peuple, désormais incapable de servitude, heureux de pouvoir enfin admirer les premiers rayons d’une liberté, qui ne devait pas sitôt achever de naître, le peuple s’était ligué contre toute tyrannie. Il confondit le gouvernement paternel du roi avec l’odieux despotisme des seigneurs ; il jura l’extermination du pouvoir D’autres causes , que le

temps dévoilera, et qui, comme celles-ci , ne furent point amenées parla masse de la nation, achevèrent ce que l’on n’avait pu prévoir : des excès et la licence , où I on n’attendait qu’une sage liberté.

— Mais alors la France faisait son apprentissage. Aujourd’hui que son éducation politique est terminée, qu’elle ne veut point d’anarchie, qu’elle connaît toute l’étendue de ses droits et de ses devoirs , que tous les cœurs sont unis pour une sage liberté, et pour les idées géné-

CONCLUSION

reuses, qui pourra se flatter de l’asservir jamais?

Le despotisme des seigneurs est tombe , comme les Titans frappes de la foudre. Les hommes féodaux ne répandront plus que de vains regrets ; leurs parchemins vénérables ne produiront plus qu’un peu de fumée.

— Les premiers fruits de la liberté nous paraissent d’autant plus doux que nous les avons plus chèrement payés ; et le peuple français, qui fait; encore radmiration du monde, ne voudra pas en devenir le mépris.

— Ce serait peut-être ici le lieu de rappeler les bienfaits innombrables qui nous sont assurés par l’entière exécution de la Charte, et par l’établissement invariable de nos libertés. Mais ce sujet demanderait des volumes.

On a vu dans cet ouvrage de quel monstrueux assemblage de violences, d’injustices, de brigandages , d’immoralité la France était autrefois accablée. Sous le régime féodal, il est presque impossible de trouver en France, dans aucun siècle, de la décence et des mœurs. Et cette observation n’est pas pour la France seulement , elle est pour tous les états despotiques.

Pendant la liberté de Rome , les dames romaines donnèrent de grands exemples de vertu, leur conduite fut aussi décente que leurs mœurs Mirent admirables ; elles firent plus d’une fois

CONCLUSION. ^5

ce sacrifice si grand, de renoncer à leur parure pour soulager les besoins de Fétat. Mais sous la tyrannie des empereurs , qui comptera les Messalines ?

La constitution anglaise changea aussi le naturel trop galant des dames des trois royaumes ; et la timide modestie remplaça chez elles la coquetterie effrontée,

La cause de ces heureux effets est bien simple : dans un pays libre , l’honneur national fait l’orgueil de tous; chacun s’intéresse aux moindres affaires de l’état, parce que chacun a les memes droits et les mêmes espérances ; alors on s’occupe plus de politique que de galanterie.

Mais on reproche h nos dames qu’ elles prennent un caractère trop sérieux , et que la politesse française se perd tous les jours; peut-on regretter la frivolité et un commerce de mensonges agréables, lorsqu’on gagne la liberté et les mœurs ?

Car enfin, avec leurs tristes déclamations,, les écrivains qui prônent encore les temps féodaux ne nous montreraient pas , dans notre siècle, ce qu’on peut leur montrer, à chaque pas, dans les siècles qu’ils admirent, je veux dire des princesses et des dames du meilleur ton et des plus nobles familles allant de pair avec les prostituées.

CONCLUSION

- — Mais, avec l’oubli des mœurs et de l'humanité, la féodalité entretenait encore l’ignorance et la barbarie. Les seigneurs vécurent long-temps dans une ânerie indécrotable, pour nous servir de l’expression de Pasquier. Les prêtres étouffèrent la philosophie qui, pendant tant de siècles, ne se montra plus sur Je sol européen. Les seigneurs ne parlaient aux vilains que de leurs redevances, de leurs corvées , de la bassesse de leur sang, et des tailles qu il leur fallait payer. Le clergé 11e frappait les esprits que de dîmes et d’austérités ici-bas, que de démons et de flammes dans un autre monde.

Dans ces temps misérables, des sorciers, des revenans , des apparitions de diables , de monstrueux prodiges , voilà les moyens intellectuels; des dîmes , des corvées , des droits féodaux , des justices seigneuriales, des tortures, le bâton, le fouet et la hart, voilà les moyens matériels qui gouvernaient un grand peuple.....

Et comme ils savaient que les études auraient pu conduire à la philosophie, et la philosophie à des idées libérales; comme ils craignaient les lumières autant que le hibou craint le soleil, le clergé ne communiquait son savoir qu’à ceux qui voulaient entrer dans son ordre; les seigneurs ne permettaient d’apprendre à lire qu’à ceux qui pouvaient payer cher cette permission.

CONCLUSION

- — C’est à ce mépris pour tout ce qui n’était pas de l’église ou de la noblesse, que l’on doit reprocher encore les innombrables défauts de notre histoire. Qu’un roturier fit une action admirable, on ne la remarquait point, tandis qu’on élevait aux cieux la moindre prouesse d’un homme privilégié.

Une femme sauva Saint-Lô, sous Louis XI ; elle était roturière : son nom est perdu pour

nous On n’a pas mieux conservé le nom des

six boui^geois de Calais, et de mille autres, que les Romains eussent placés si honorablement dans leurs fastes , et dont la gloire serait immortelle s’ils vivaient aujourd’hui.

On a toujours à la bouche le dévouement de ces trois cents Spartiates, qui arrêtèrent l’armée des Perses au passage des Thermopyles ; et nous avons dans notre histoire un trait aussi magnanime , qui est presque généralement ignoré. Lorsqu’en 1 4 79 ? l’archiduc Maximilien s’avança dans la Picardie , à la tète de quarante mille hommes, cent soixante Gascons eurent l’audace de l’arrêter trois jours devant le château de Maîannoi , et se firent tous tuer sur la brèche , à l’exception de leur capitaine, qui fut pris criblé de blessures, et que 1 infâme Maximilien fît pendre aussitôt.....

On grava sur une colonne les noms des trois

CONCLU S I O N

cents Spartiates , pour les recommander à Ladmiration de la postérité : nos ancêtres ont laissé perdre totalement les noms des cent soixante Gascons ; on ne connaît que leur chef, qui était noble , et qui se nommait Raimond d’Ossaigne.

— Enfin , dix siècles d’histoire féodale offriront-ils au lecteur philosophe autant d intérêt que le quart de siècle d’une nation affranchie?

— Je dirai encore que la noblesse serait une institution toujours belle , toujours grande , toujours utile , s’il y avait sur la terre un peuple assez sage pour créer une noblesse qui ne fut point héréditaire. On n’y verrait pas figurer ces gens , qui ne sont connus que par le nom de leurs ancêtres. La noblesse serait la classe des grands hommes ; le fils serait forcé de mériter les titres de son père. Il ne leur faudrait point de privilèges , parce qu’ils n’auraient point de petitesses. Leur dignité ne serait pas un privilège lui-même, puisque tout citoyen pourrait y aspirer et l’obtenir. Ces nobles aimeraient leur patrie, ils contribueraient à la sagesse des lois, ils soutiendraient le prince sans blesser la nation. — 11 me semble que la légion-d’honneur peut donner une idée de cette noblesse.

— Je finirai par ce passage de Cœlius-Rhodiginus : « La servitude est le plus grand des » maux , comme la liberté est le premier des

CONCLUSIO N.

» biens, et la mort est mille fois préférable aux » misères de l’esclavage. Tout esclave qui aura » du cœur imitera ce Cappadocien, qui s’affran- » chit de la plus odieuse servitude en se tuant » lui-même, après avoir tue son tyran. — Mais » le nombre de ceux qui dominent est si petit, » et le nombre de ceux qui tremblent si grand, » quel’on ne conçoit point pourquoi les hommes » n’ont pas eu d’abord le courage d’être libres. »

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