‹ Dictionnaire général de biographie et d'histoireChapitre 441 sur 864 · RUSSIE D’ASIE · texte numérisé non relu

RUSSIE D’ASIE

Sibérie Occidentale (6 gvts).

Tobolslt Tobolsk.

Tomsk Tomsk.

Semipalatinsk (Territ.) Semipalatinsk.

Kirghis de la Sibérie (Territ.).

Kirghis d’Orenbourg (Territ.) .

Turkestan Tcherakent.

Sibérie Orientale (6 gvts).

Ienisseisk Krasnoïarsk.

Irkoust Irkoust.

Yakoust Yakoust.

Transbaikal Tchita.

Littoral de la Sibérie Orientale (V oy. ce mot au Suppl.). Nicolaïewsk. Amour (province de 1’) Blagowcliensk.

L’ancienne Amérique russe, continent et îles, a été vendue en 1867 aux Etats-Unis d’Amérique.

Chaque gouvernement est administré par un gouverneur militaire, un gouverneur civil, et un sous-gouverneur civil, résidant au chef-lieu du gouvernement.

Chaque district a aussi son chef-lieu, où demeurent les officiers du cercle avec leurs chancelleries. Tous les fonctionnaires publics touchent un salaire, à l’exception des maréchaux de noblesse et des magistrats élus par la noblesse districtoriale ou gouvernementale, notamment les juges oraux et les députés de noblesse. Le gouverneur est le chef de tous les officiers civils et militaires, et, bien qu’il ne soit pas juge, préside aux délibérations des magistrats, et pourvoit à l’exécution de leurs sentences : mais il ne peut lever les impôts, ni se substituer à la loi en matière de punitions. Ces fonctions , soumises au contrôle du sénat, sont ordinairement confiées à un lieutenant général ( 3° classe ). — L’administration n’est pas encore uniforme : en Livonie, en Esthonie, en Courlande, il existe des Etats provinciaux ; en Courlande, la noblesse a encore ses assemblées; la Finlande possède une administration particulière, et a conservé ses anciennes lois. Les gouvernements de Poltava et de Tchernigof ont le code civil lithuanien. Le royaume de Pologne et le Caucase sont administrés par des lieutenants ( naméstnilc ) de l’empereur, ayant les pouvoirs les plus étendus. Les fonctions de gouverneur militaire, celles de gouverneur civil ou premier administrateur, sont toujours remplies par un lieutenantgénéral conseiller d’état actuel (3e classe), ou un généralmajor conseiller d’état (4e classe). Leurs ordres sont exécutoires, nonobstant l’avis contraire du conseil provincial, et c’est à eux de veiller à la marche régulière de tous les services. Les écoles et les établissements de bienfaisance sont placés sous leur haute direction. Le sous-gouverneur s’occupe des affaires administratives ; il préside le conseil du gouvernement et remplace le gouverneur en cas d’absence. — Au-dessous des hauts fonctionnaires se groupent les employés, dont les attributions mal définies et le nombre trop considérable ont été la cause des vices profonds de l’administration en Russie. La vénalité la plus scandaleuse se retrouve à tous les degrés et dans toutes les classes; mais le gouvernement dAlexandre ILelierche à y remédier par tous les moyens. Quelques villes forment des gvts particuliers; ce sont: Saint-Pétersbourg, Moscou, Varsovie, Cronstadt, Nicohïew, Odessa, Taganrog, Kertch-ler.ikalé, Kiachta, Sébastopol, Arkhangel, Astrakhan. V. le Suppl.

Justice. Chaque chef-lieu de gouvernement est le siège d’une Cour de justice, divisée en sections civile et criminelle, et dont on appelle devant le sénat. Chaque district a une cour de lr« instance. Les fonctions déjugé exigeraient un immense savoir en Russie plus qu’ailleurs, puisqu’elle ne possède pas moins de 30,000 ukases anciens et modernes! le recueil en fut publié par ordre de Nicolas 1er, et il s’augmente des ukases de chaque année. Ce recueil servit de base au Code des lois (svod Jackonor), publié pour la première fois en 1832 et composé de 15 tomes ou parties (la 10a contient les lois

RUS

de la procédure civile, la 15e celles de la procédure criminelle). La peine de mort a été abolie au ivm' siècle; le knout est aboli et remplacé par le plet (fouet); les crimes graves sont punis de la déportation en Sibérie.

Finances. — Les principales sources dés revenus de la Russie sont: la capitation sur les ex-serfs des nobles, qui, bien qu’exempts, se trouvaient ainsi payer l’impôt; l'obrok, rente payée par les paysans de la couronne; la capitation sur les paysans et les bourgeois (5 roubles par tète) ; la taxe de tant pour 100 sur le capital déclaré des marchands ; les douanes; les mines; la ferme des eaux-de-vie, le sel, etc. Ces revenus ne sont en rapport ni avec l’étendue du territoire, ni avec les ressources naturelles du pays. Leur insuffisance a amené une émission considérable de papier-monnaie. La valeur des billets de crédit et billets de série en circulation au 1er janvier 1864 ne s’élevait pas à moins de 4.000,000,000 de fr. En 1864, les revenus ont été de 1,392,396,000 fr. ; la dette fondée (non compris le papier-monnaie) était, en 1859, d’environ 3,90u,000,00u.

Instruction publique. — Elle est très-peu développée. L’Empire est divisé, sous le rapport de l'enseignement, en 12 districts, dont 8 seulement ont une université (Sl-Pétersbourg, Moscou, Dorpat, Kazan, Kharlcov, Kiew, Varsovie, llelsingfors). Outre les écoles placées sous la direction du ministre de l’instruction publique, il existe un certain nombre d’écoles militaires, ecclésiastiques, et spéciales. Mais l’instruction primaire est à peu près nulle. En 1856, on comptait 47 bibliothèques publiques , 3,872 établissements d’instruction fréquentés par 194,490 élèves, et 614 maisons d’éducation privée, contenant 21 ,893 élèves.

Armée. — La Russie est particulièrement citée pour la différence qui existe entre la situation officielle de ses cadres et le chiffre des hommes présents sous les drapeaux. 11 est très-difficile d’évaluer à peu près exactement la force numérique de l’armée russe. Les états officiels les plus récents présentent un effectif de 486,000 hommes de troupes régulières, prêts à entrer en campagne, sans compter la réserve, de 213,000 hommes. Mais cette réserve, composée des hommes retirés du service , et usés par un régime abrutissant, n’existe guère que sur le papier. L’armée russe se divise en 2 catégories distinctes : lu la Garde impériale ( V. ce mot ) et le corps des grenadiers , composés de corps et d’hommes d’élite; 2° l’Armée active , formant 9 corps, de 54,000 hommes chacun, composés, à peu près comme la garde impériale, d’infanter.ie , de cavalerie, et d’artillerie ; en dehors des cadres de l'armée active, il existe un certain nombre de corps détachés, tels que les corps d'Orenbourg, de Finlande, du Caucase, etc., et 3 corps de troupes irrégulières , formés de Cosaques et de peuplades organisées d’après le système cosaque (dispense du recrutement, équipement à leurs frais); les Colonies militaires ( V. ce mot ) viennent d’être abolies.

Marine. — La flotte russe se partageait, en 1857, eu 3 divisions, dites de la Baltique, de la mer Blanche, et de l'Océan Pacifique ; avant la paix de Paris (1856), il y avait une division de la mer Noire. Il y a une flottille sur la Caspienne, et une autre sur l’Aral. Le nombre des bâtiments, y compris 79 chaloupes canonnières, était, en 1867, de 325, dont 71 à voiles (10 vaisseaux, 6 frégates, 3 corvette-, 5 bricks, 34 bâtiments inférieurs, 13 transports), et 273 a vapeur (6 vaisseaux, 10 frégates, 22 corvettes, 135 autres bâtiments). Le personnel, comprenant l’artillerie de marine, se composait de plus de 4,200 officiers de tout grade, et de plus de 55,000 matelots et soldats.

Agriculture , industrie et commerce. — Au point de vue de l’agriculture, le sol de la Russie se divise ainsi qu’il suit : terres arables, 98,000,000 d’hect. (presque 2 fois la surface de la France); forêts, 190,000,000 d’hect.; terres incultes, 195,943,108 lient. ; prairies et pâturages, ( 5,000,000 d’hectares ; terrains non classés, 100,000,000 d’hect. Le servage empêche l’agriculture de se développer. La production du blé est, il est vrai, année moyenne, de 543,000,000 d’hectolitres, dont 25 millions sont exportés; mais cette richesse doit être attribuée plutôt à la vaste étendue et à la fertilité naturelle de la zone de terre noire qui produit pour ainsi dire d’elle-même, qu’aux travaux ignorants des misérables serfs agriculteurs. La science agricole, les instruments, les machines, les découvertes modernes, les procédés et les perfectionnements de la grande agriculture de l'Europe occidentale, sont inconnus ou négligés. Cependant les grands propriétaires font de notables efforts pour faire profiter la Russie des progrès faits par les pays étrangers dans l’agriculture et l’élève des bestiaux. L’empire russe compte, en gros bétail, plus de 26 millions de têtes; en moutons, 52 millions; en chevaux, 18 millions;

RUS

RUS

en porcs, 10 millions.— L’industrie est trés-peu développée. Le gouvernement d’Alexandre II a cherché à y remédier, en 1857, par un nouveau tarif de douanes, qui a diminué beaucoup, et quelquefois aboli les droits sur un grand nombre de produits étrangers. Moscou a des fabriques d'étofies, et est le centre de l’activité industrielle. L’industrie sucrière, d’origine récente, compte environ 400 usines, et produit paran 35 millionsde kilogrammesde sucre. L’industrie cotonnière n’absorbe que 35 millions de kilog. de coton. L’industrie linière produit à peine pour 4 millions de fr. de toiles; la fabrication des lainages, pour 95 millions. Nijni-Novogorod et Toula ont des forges importantes. Le cuir de Russie, remarquable par son arôme particulier, est travaillé dans près de 2,000 tanneries; mais c’est presque le quart de toutes les fabriques de la zone industrielle. Le produit des manufactures russes est évalué à 2 milliards 600 millions. — Le commerce intérieur, de beaucoup le plus important, est assez actif, grâce au grand nombre des voies navigables. On l’évalue à l milliard 400 millions par année. On compte 121 foires importantes. Pour le commerce maritime, en 1862, les ports de la Baltique ont reçu 4,504 navires; ceux de la mer Blanche, 807; ceux de la mer Noire et d’Azow, 4,780; en tout 10,091 (non compris les vapeurs). La valeur totale du commerce extérieur, en 1860, a été de 1,362,746,000 fr. dont 637,213,000 pour l’importât. (Europe, 548 726 000 - Asie, 84,486,000), et 725,533,000 pour l’exportation (Europe, 662,126,000; Asie, 53,406). Les principaux objets de 1 exportation, qui ne peut consister qu en matières premières, sont, pour l’Europe : les grains (200 millions par an ), le suif (50 millions), le lin (41 millions), le chanvre, les graines oléagineuses, les laines (40 millions) , les bois de construction (16 millions), les soies de porc, les pelleteries, les cordages, la potasse, les cuirs (50 millions), la colle de poisson, le cuivre et le fer (15 millions de kilog ), etc. ; pour l’Asie : les tissus de laine, les cotonnades, les pelleteries, les cuirs préparés, etc. A l’importation figurent les vins, les tissus de coton, de soie, de laine, et de chanvre, les fruits, les couleurs, l'huile d’olive, les machines, le sel, les denrées coloniales, etc.

Routes, canaux, chemins de fer. — Les routes sont rares, mal entretenues et détestables. Quelques chaussées ont été établies : de S‘-Pétersbourg à Nijni-Novogorod par Moscou, de S^Pétersbourg à Kalisch par Riga et Varsovie, do Moscou à Iaroslav , Smolensk , Varsovie par Brest- I.otovsk, etc. Une chaussée traverse l’Oural. — Les nombreux canaux qui relient entre eux les divers bassins de la Russie suppléent jusqu’à un certain point à l’insuffisance des autres voies de communication : le canal de Vychni- Volotschok, complété par des canaux secondaires, réunit le Volga à la Néva, et, par suite, la Baltique à la Caspienne. Il entre dans ce système 76 lacs et 106 cours d eau grands et petits. D’autres canaux, ceux du Nord, de Koub inslti, font communiquer l’Onéga avec la Dwina, c.-à-d la Caspienne avec la mer Blanche. Les canaux de la Bérézina, d Oginski, le canal Royal, joignent la Baltique à la mer Boire. Le canal d’Iwanoff , entre le Don et le Volga, unit la mer Noire à la mer Caspienne ( V. Canaux ) . — Un chemin de fer en ligne directe joint S‘-Pétersbourg à Moscou (648 kil.) ; celui de S'-Pétersbourg à Varsovie est auj. exécuté : un embranchement de Dunabourg à Riga le reliera à la Baltique. Plusieurs autres sont à l’étude. V. Chemins de fer, au Supplément.

Langues.— La langue russe, et, à plus forte raison, la langue slavone des livres d’église , dont elle est une simple modification, dérivent du sanscrit. Procope, le premier au vie siècle , en fait mention ; mais il parle comme d’un patois barbare de cet idiome des Slavénof. En 863 seulement, on voit un livre écrit en russe : c’est la traduction des Evangiles par Méthodius et Cyrille , qui d’abord formèrent un alphabet de40 lettres, en partie empruntées à l’alphabet p’ec. Des lors il y eut 2 langues : la langue ancienne ou langue de liturgie, et la langue russe ordinaire, que les invasions et les guerres mélangèrent de mots tartares , mongols, turcs, polonais et allemands. Sous Pierre le Grand 1 alphabet de Cyrille fut simplifié. La grammaire de Lomoïiusoff, qui parut en 1755, a fixé d’une manière définitive les formes de la langue russe. Cette langue a, d’ailleurs une grande quantité de dialectes. Elle n'est pas non plus la seule en usage, et on évalue à 401e nombre des idiomes qui ont cours dans l’Empire : le français est depuis longtemps la langue favorite des réunions du grand monde

Histoire. — L’histoire ancienne de la Russie est peu connue Les contrées qui s’étendent sur les deux rives de la mer Caspienne portaient encore, au temps des Romains le nom de Scythie. Au N. de la Scythie était la Sarmatiè

européenne , habitée par des peuples d’origine slave , qui, à l’époque de Marc-Aurèle, étaient divisés en deux grandes branches, les Roxolans et les Iazygues, et faisaient de fréquentes incursions sur le territoire de l’Empire. Au N., dans les contrées marécageuses situées entre la mer Glaciale et la mer Baltique, étaient les Finnois, peuplades misérables qui n’ont joué de rôle à aucune époque. Vers le me siècle de l’ère chrétienne, les Goths, venus de la Scandinavie, traversèrent les déserts de la Russie méridionale , et vinrent s’établir dans les grandes plaines des bords de la mer Noire , entre le Danube et le Dniester, où il reste encore auj. des souvenirs de leur passage , et des débris de leur langue. Ils furent chassés au siècle suivant par les Huns , qui subjuguèrent à leur tour les Sarmates. Ceux-ci , désignés , à partir de cette époque , sous le nom de Slaves , s'affranchirent à la mort d’Attila, et couvrirent sans obstacle les vastes plaines qui s’étendent de l’Elbe au Borysthène. Quelques tribus se multiplièrent sur le sol natal , ou furent comprimées par la race germanique. Celle des Tchoudes inclina vers l’orient, envahit les forêts incultes des Finnois, et y fonda plusieurs villes : Slavensk, Novogorod , Moscou , etc. C’est à Novogorod que la tribu des Warègues ou Russes ( Ross-Lagen , province suédoise, patrie des Warègues, ?) jeta les fondements de l'Empire russe , dont Rurik , leur chef, fut le 1er grand grince , 862. Rnrik soumit sans peine les Slaves de l'intérieur, distribua leurs terres à ses guerriers, fonda la noblesse des boiards, et substitua le nom et la langue des Russes au nom et à la langue des Slaves. Askohl et Dir, compagnons de Rurik, surprirent Kiew , ville tributaire des Khazares ( peuplade tartare entre le Volga et la mer Noire), et leurs flottes de bateaux se précipitèrent sur Constantinople. Oleg , tuteur d’Igor, et Igor , fils de Rurik , 913-945, affermirent et complétèrent la conquête par la réunion de Kiew à Novogorod, par la soumission des tribus voisines de ces deux villes , par la défaite des Khazares et des Petehenègues, et par de soudaines attaques contre les Césars de Byzance. Swiatoslaf, fils d’Igor, 945, soumit les Viatitches, les Khazares , les Ossiens , les Tcherkesses, et conquit la Bulgarie; mais Jean Zimiscès la lui fit évacuer. A sa mort, 973 , une guerre civile éclata entre ses trois fils : elle dura 7 ans. Le trône resta enfin à Wladimir 1er, 980 , que les Russes comparent à Charlemagne, et que l’Eglise grecque vénère comme un saint. Il se convertit au christianisme, et une partie de ses sujets suivit son exemple. La Russie commençait à former une nation; elle était alors partagée en trois classes : 1° les boiars (fils des conquérants ) , qui remplissaient, à l’exclusion des vaincus ( les Slaves primitifs), les hautes fonctions dans l’Etat; 2® les marchands et les hommes libres ; 3° les esclaves achetés par-devant témoins, débiteurs insolvables, etc. Wladimir avait 12 fils; il leur distribua ses provinces à gouverner. Mais ces apanages étaient une source incessante de guerres civiles , et morcelaient le territoire. L’Empire se trouvait ainsi divisé en plusieurs Etats, dont le principal était le grand-duché de Kiev, alors capitale de 1 Empire et résidence du grandprince. Les autres principautés étaient au pouvoir de princes du sang de Rurik ( Novogorod, Polotsk, Smolensk, Tchernigov, Peréiaslav , Tmoutorkan , Galitch, Tver, Wladimir, Souzdal, Moscou), laroslaf, 1018, dont les tilles, épousèrent les rois de Norvège , de Hongrie et de France, donna à ses sujets une législation complète ; son code est connu sous le nom de Rouskia Pravda (vérité russe ). Le régne d’Iaroslaf est suivi d’une longue période de décadence , 1054-1462, pendant laquelle l’histoire de Russie ne présente qu’une confusion inextricable de guerres civiles, d’usurpations , d’assassinats, mêlés de guerres étrarigères et d’invasions successives et répétées des Polonais, des Bulgares et des Polovtzi. En 1223, les Mongols, sous la conduite de Batou, petit-fils de Geugis-Khan , envahirent la Russie méridionale, et le duché de Wladimir tomba dans la plus humiliante sujétion. En même temps , celui dè Kiev devenait la proie des Lithuaniens, les pays de la Baltique étaient soumis par l’Ordre Teutonique, et la Finlande conquise par les Suédois. Pendant plus de 200 ans, les princes russes payèrent tribut aux khans de la Horde d’or. C’est pendant cette période que Moscou devint la résidence des grands-princes et la capitale de l’Empire, 1328. Le grand-duché de Wladimir était alors réduit au pays qui est encore auj. le noyau de la nationalité russe et le centre de l’Empire, c.-à-d. au pays compris entre Vologda, Tver, Voronèje et Makariew. La Russie ne fut affranchie du joug que par Iwan III , 1462-1505. Du règne de ce prince date le commencement de la grandeur russe. Iwan s’empara de Novogorod , 147 1 , chassa les Mongols, 1482, rétablit l’indépendance et l’intégrité de son territoire,

RUS

RUS

épousa Sophie Paléologup, nièce du dernier empereur grec , qui le mit en relation avec les cours de l’Occident , fit venir à grands frais des artistes italiens , etc. La conquête de Tver, de Véréia, de Rostov et de Kazan, la fondation d’Iwangorod sur l’emplacement où devait plus tard s’élever S‘-Pétersbourg, remplirent les dernières années d’Ivan III. Wasili IV, son fils, 1505, acheva la soumission de Pskov, 1509, enleva Smolensk aux Lithuaniens , entretint d'honorables relations avec Charles-Quint , Léon X , Soliman II , Gustave Wasa , et encouragea les arts. Après une minorité orageuse, 1594-1547 , durant laquelle le pouvoir passa des mains de la régente Hélène à plusieurs grands qui se supplantèrent tour à tour, Ivan IV, législateur et guerrier, réforma le code russe, compléta l’abaissement des Tartares par la réunion définitive de Kazan et la conquête d'Astrakhan, envahit la Livonie, 1558, mais dut l’abandonner à la Pologne ; une bande d’aventuriers fit pour lui la conquête de la Sibérie, 1582, qui ne fut définitive que sous Fédor I«r, 1584-1598, fondateur d’Arkhangel et créateur du patriarchat de Moscou. Avec ce prince s’éteignit la dynastie de Rurik, qui avait donné 52 souverains à la Russie. L’usurpation de Boris- Godounoff, 1598-1605, oncle maternel de Fédor, l'apparition de plusieurs faux Dmitri , 1605- 1613 , qui se portaient héritiers au trône de Moscou , firent vainement espérer aux Polonais et aux Suédois de démembrer la Russie ou de lui donner pour maître un de leurs princes. Un Russe, Michel Fédorowitch , dont l’origine remontait par les femmes à Rurik, fonda la maison de Romanow, 1613-1645. Il dut sacrifier à l’ambition de ses voisins une partie de ses Etats, pour trouver le loisir de pacifier le reste : à la Suède, l’Ingrie, le Kexholm, et la Carélie ; à la Pologne, la Livonie , les provinces de Smo lensk, deTchernigow, et de Novgorod-Séverskoï. Le traité de Wilna , 1656 , les rendit à Alexis Mikhailowitch. L’occupation d’Azov et la conquête de l'Ukraine annoncèrent dés cette époque la force du jeune Empire, et la puissance à laquelle il pouvait prétendre. Sous les règnes d’Alexis, 1645-1676 , et de Fédor III, 1676-1682 , la Russie noua des relations commerciales et politiques avec les Etats de l’Europe. A la mort de Fédor, la princesse Sophie souleva les strélitz, et se fit remettre l’autorité au nom de son frère Iwan , incapable de régner; mais, en 1689, Pierre, né d’un second mariage du tzar Alexis, dépouilla sa sœur du pouvoir, et devint maître absolu de la Russie. — A l’avénement de Pierre le Grand ( F. Pierre Ier) , l’étendue de la Russie n'était encore que de 9,627,000 kil. carrés , envirou. Elle avait pour frontières : à l’O. les monts de Waldaï, les lacs Onéga et Ladoga; au S.-O., le Dniéper et le Dniester ; au S., l'Oural et la Samara ; elle était séparée de la Chine par le fleuve Amour. Pierre le Grand étendit considérablement ce territoire, et inaugura cette politique d’envahissement et d’extension à tout prix, que les tzars n’ont cessé depuis de pratiquer. En 1696 , il s’empare d’Azov, et y fait creuser un port; puis, se dirigeant vers la Baltique , il occupe l’Ingrie , la Carélie , la Livonie , et jette les fondements de Sl-Pétersbourg, 1703. La victoire de Pultawa consolide son œuvre. Il s’assure de l’Ukraine, achève la conquête de la Sibérie, colonise le S. du Kamtchatka , 1706 , prend possession des Kouriles, 1711 , et des bords de la mer Caspienne, 1724. 11 ajouta ainsi 36,000 kil. carrés environ. De plus, il traça à ses successeurs le plan de conduite qui, en les mêlant de plus eu plus aux affaires de l’Europe, devait préparer leur rapide accroissement de ce côté. Deux cents villages tartares du Kouban se donnèrent à Catherine Ir®, 1725-1727. Pierre II dut rendre à la Perse les provinces de Mazendéran et d’Astérabed; mais il s’étend t en Chine jusqu’au Nazym. Sous ces deux règnes, on s'occupa peu en Russie de la politique extérieure et des affaires de l’Europe ; les Menzikoff et les Dolgorouki , qui gouvernèrent successivement l’Empire , mirent tous leurs soins à satisfaire leur ambition et celle de leur famille. Le règne d'Anne Ivanovna fut le règne des étrangers. Le chancelier Ostermann, le général Munnich, le favori Biren, reprirent l’œuvre de Pierre le Grand, et intervinrent en Pologne; en 1735, un corps russe arrivait jusqu’au Rhin, et déterminait la signature des préliminaires de la paix de Vienne. Anne ajouta aux possessions russes les Khirghiz, quelques parties de la Crimée, en tout 3,170,000 kil. carr. Elisabeth fit d'autres acquisitions : en 1743 (traité d’Abo) , Frédriksham, Wyborg, Nystadt; la même année , le pays des Turkomans; 1748 , pays des Ossètes; 1750, îles Aléoutiennes et le reste du Kamtchatka. Pierre 111, duc de Holstein-Gottorp , inaugura une nouvelle dynastie. Catherine 11 ranima l’effort languissant de la conquête, et porta la Russie au plus haut point de splendeur. La France et l’Angleterre se disputaient son

alliance. Le traité de paix de Paris, 1763, fut conclu sous ses auspices; aux conférences de Teschen, 1779, elle fut choisie pour arbitre encre l’empereur d’Allemagne et le grand Frédéric. Catherine intervint de nouveau en Pologne, prit part aux trois partages, 1772, 1793, 1795 ( F Pologne ) , se fit céder la Courtaude par le duc Pierre, 1795, entama les premières hostilités avec la Porte, et conclut avec le sul taule traité de Koutchouk Kainardji, 10 juillet 1774, source de toutes les difficultés qui survinrent depuis : il assurait aux Russes la libre navigation de la mer Noire et de la mer de Marmara , la possession d’Azov , de Taganrog et d’Iénikalé; la Crimée était reconnue indépendante de la Porte. La Russie s'augmenta , sous ce règne, des gouvernements actuels de Vitebsk, Mohilev, Minsk, Kowno, Vilna , Grodno, Volhynie, Kiew, Podolie, Courlande, Tauride , Kherson, lékatérinoslav , d’une partie de la mer Noire le long du Caucase , et enfin d’un vaste territoire dans l’Amérique du Nord ( 1789. Découverte de Behring). Paul Ier se déclara ouvertement l’ennemi de la France : il s’unit avec Naples et même avec la Turquie. Souworoff, à la tête des Austro-Russes . tenta de pénétrer en France , mais Masséna l’arrêta à Zurich. En même temps le tzar enlevait Corfou, et fondait la république des îles Ioniennes. — Alexandre Ier, 1801 , continua la politique de son père. En 1805, il s’allia avec l’Autriche; en 1807, avec la Prusse. La Russie seule semblait pouvoir faire contre-poids au génie et à la fortune de Napoléon Ier, qui, vainqueur des coalitions, dicta la paix de Tilsitt. La Russie y gagna le cercle de Bialystok. La paix de Frcdricksham , 1809, lui donna toute la Finlande, avec les lies d’Aland : celle de Vienne lui procura une portion de la Gallicie, qu’elle rendit plus tard à l’Autriche. La campagne de 1813 donna à la Russie une prépondérance marquée en Europe. Toutes ses conquêtes précédentes lui furent assurées : elle obtint de plus la Pologne sous le titre de royaume constitutionnel Ce fut Alexandre 1er qui organisa le pacte de la Sainte-Alliance, et il en demeura l’aine jusqu’à sa mort. En même temps il entamait les possessions de la Porte, et se faisait céder, par le traité de Boukharest, 1812, toute la Bessarabie, et une partie de la Moldavie, avec le Pruth et le Danube pour limites. En 1813, la Géorgie tombait au pouvoir de la Russie; en 1825, elle prenait possession des îles du Prince-de-Galles en Amérique. Une invasion des Perses sur le territoire russe permit au général Paskèwitch de porter la guerre dans la Perse même, et, à la paix de Tourkmantchai , la Russie obtint les provinces d’Erivan et de Nachitchèvan, la concession de grands avantages commerciaux, et une influence durable sur les affaires intérieures de la Perse. Sur le refus de la Porte de remplir les engagements pris à Akierman, 1826, la guerre fut déclarée, en 1828; en 1829, les Russes s’avancèrent jusqu’à Andrinople, et s’emparèrent d’Erzeroum, la paix d'Andrinople donna à la Russie la v ile et une partie du pachalik d’Akhaltsik , et les bouches méridionales du Danube. La Russie secourut la Porte contre Ibrahim Pacha , et , le 8 juillet 1833, fut conclu le traité d'Unkiar-Iskélessi, qui assura l’influence de la Russie sur la Turquie. La révolution de Juillet 1830 rompit les relations amicales de la Russie et la France. La même année, la Pologne , révoltée et soumise par la force, fut incorporée à l'Empire. La révolution de Hongrie, 1848-49, donna aux Russes l’occasion d’augmenter leur influence par nue intervention en faveur de l’Autriche. En 1851, la Russie, voulant protéger les intérêts des fidèles de l’Eglise grecque soumis au gouvernement de la Porte , intervint de nouveau dans les affaires de la Turquie, et chercha à s’ouvrir le chemin de Constantinople; mais les efforts combinés de la France et de l’Angleterre firent avorter ce dessein. (F. Nicolas Ier.)

Page 1