‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 3 sur 209 · AUTREFOIS BARRIÂRB D'ENFRR DB PARIS, MAINTENANT DANS PARIS · texte numérisé non relu

AUTREFOIS BARRIÂRB D'ENFRR DB PARIS, MAINTENANT DANS PARIS

Paris. — Imprimerie J.-P. MIGNE.

^vHutt,

Il 7 a plusieurs années (1839) que* commentant le premier aphorisme d'Hippocrate , aUti d*enseigner à nos élèves comment il se fait que, pour la plupart des médecins, la vie e$t tourte. Tort long, le jugement difficile, rexpérlmentaiion périlleuse, etc., nous crûmes devoir attribuer ia longueur de fart et les difiicultés que chacun éprouve, en le pratiquant, à asseoir son jugement sur des bases certaines, 1* à l'apparition, à des époques plus ou moins éloignées, de quelques hommes de génie qui, hardis novateurs, se sont efforcés, à Tenvi, de faire accepter et prévaloir les systèmes qu'ils avaient inventés ou dont ils voulaient être les zélés et ardents propagateurs ; 2* à la funeste habitude où Ton était autrefois, et dans laquelle bien des gens sont encore aujourd'hui, de confondre la médecine science et la médecine ART, la théorie et la pratique, union oii confusion qui les rend passibles l'une et l'autre, et en quelque sorte solidaires entre elles, des erreurs de diagnostic que les opiuious systématiques font journellement commettre, et des entraves que ces opinions , ordinairement préconçues ou fausses, mettent inévitablement aux progrès de l*art. (Voy. Cammeniairephiloêophique du V'aphor. d'Hippocratet brochure in-S% iShO.)

Mais, attendu que la médecine pratique ou, si Ton veut, la médecine clinique, ari rnéUed, embrasse la physiologie et la thérapeutique, et que son objet est la guérison des malades, nous voulions alors, comme oous le voulons encore, que , pour rendre l'art le moins long possible, et atteindre plus facilement le but qu'il se propose, le praticien mit eu usage tous les moyens dont les méthodes d'analyse et de synthèse lui Iiermettent de disposer, c'est-à-dire qu'il prit dans les sciences accessoires à la mëdeeine, tout ce qui peut le conduire directement à la possession des connaissances qui lui sont indispensables pour soigner avec succès les malades qui lui sont confiés, attendant UB temps plus opportun pour pénétrer plus avant dans le domaine de ces sciences. C'est là encore une des règles que nous posâmes.

Puis, ftiisant l'énumération des sources diverses auxquelles l'homme de l'art peut puiser, nous crûmes devoir signaler : a la nécessité de rechercher quelles sont les causes prochaines ott les causes éloignées de la maladie que l'on a à traiter ; b les avantages incalculahles qu'on retire de l'examen appréciatif des symptdmes variés et nombreux que l'affection morbide, ou la maladie, peuvent offrir ; c la nécessité de savoir si c'est la première fois que Tindiridu est atteint de cette maladie ou s'il en a déjà éprouvé une ou plusieurs fois les atteintes, et, dans ce cas, quelle est la marche qu'elle a suivie et par quel traitement on l'a dissipée ; d l'ordre, la clarté et la précision à mettre dans les prescriptions ; etc., etc.; bref, nous avons constamment conseillé, à l'exemple des plus grands praticiens, que l'homme de l'art s'éclairât de toutes les lumières que fournissent les diverses sources d'investigation qui nous ont été signalées par nos devanciers. Aussi, bien grand fut notre étonnement lorsque, après avoir entendu M. le professeur Trousseau développer avec talent an des principaux points que nous avons paraphrasé nous-mème avant lui , dans le commentaire précité, de l'entendre, dis-je, après s'être expliqué de manière à ce : qu*oH sadke bien que ce qu'il dit de$ méthodei philo$ophique$ ne $*applique qu'à la partie sci^npi- (|UE de la médecine, et nullement à la partie aetistique, faire consister ensuite cette partie artistique, il bien eannaitre la mabcbe de$ mtUadieêf attendu que t'eet la la plus impartante des études médiealei. {Dise, de rentrée de la Facile de médecine de Paris, année scolaire iShSr 1U3.)

Pour notre part, je le déclare, nous ne saurions admettre une proposition pareille, tu que nous plaçons en première ligne des études médicales, la connaissance des causes qui

Oirno?!?!. DE HéoEcirfE. 1

il PREFACE. 12

ont préparé» facilité, provoqué, ou déterminé la maladie. Ne sait-on pas, en effet» qu*ii suffit souvent de cette seule connaissance pour prévenir, pour faire avorter, ou pour guérif l*affection morbide par Tablation de cDtté cause t Stêbtûta causa^ toUitur effectué.

Nous considérons ensuite, nous l'avons dit aussi, comme une des plus importantes études médicales, celle de la séméiologie ou des symptômes communs et particuliers à chaque maladie, attendu que par les indications qu'elle nous donne , nous pouvons nonseulement arriver, comme le veut H. Trousseau, à connaître la marche des maladies, mais encore à en (léterminer la nature^ le siège et les complications, faits indispensables 5 constater au lit du malade. Oui, indispensables ^ même en nous renfermant dans le toxto du professeur de Paris, puisque si Ton n'est à peu près ou entièrement fixé sur tout ce qui se rattache à ces déterminations, nul ne pourra décider rigoureusement en aucun cas sU dans son cours, rafTeclion reste stationnaire, s'aggrave ou décroît, et par conséquent, si i'expectation (médecine expectante) sera favorable ou préjudiciable à Tindividu que Ton veut guérir. Dès lors, sur quelles données baserà-l-îl sa thérapeutique ?

Ainsi, qu'on ne s'y irompe point, quelque partisan que nous soyons de la méthode naturelle dont ttous avons cherché, îl y a déjà longtemps, îi apprécîefr les avantages et les iucOhvénlïËnts (Voy. Essai de thirdpeutiquh basé sur la méthode analytique, etc., in-8% iSSâ) ; de cfeftè inéfhode qui àonsiste à observer àltèûtivement la nature toédîchtrice, pour la laisser fa{t*e quatid elle suit une tnarche régulière et salutaire, ou p6u^ là contrarier lorsqu'elle manifesté de mauvaises et funestes tetidances, nous ne Voudri(ïfl$ pà^ qu*on oubllét qtt*ll est dés drconfetances où celle ôbse^ration nous conduit à agir aVeô énergie et parfois même empiriquement. D6ïic H detoiYdtt mèdet^iu tte se borne pas àb^olutnetit k eoiinellhe la fnàrbhe tfes maladies.

Tt)utdb{é, sii ^u(riquë d'aKiêôf d avei* M. T^ôuss^ad sur ie ftiit prîfidjMi], là àépfchition de In partie ^4;(M«r(/ifiN de la médectûd d'èteo !« pAHle «rfi^ttjtie, nous difféiDâ^ iStiseinble quant à rimiMirtanvQ qu'oh doit nttribUër à Im tofu/katuànc^ieta fhmrdhe du fa mttàdSéittdlà |irovient de ce %uiB je tàb joueÉ ait méd«oiit6 «ne pari bien plus grande quenelle qa*il pHr«tt lui accorder ; c'eM*4Hiire tjile^ lanéîs qu'il déclare <tue là médecine est Vart de guérir^ ^'elle n'èsl ifne cela» guérir est le but 9 moi, rfeervant œtlé définition pour la médecine clinique seuiie^ menti je presse que 1^ but delà iipédeoite^ en général, est d'agir sur l'bômiBe vivant» de manière à le oenserver» à le pefîbotionneri à le soulager et à le guérif ; nous peurriuiis lyouter, et à le consoler, car le médecin probe et i«istn»tk lioanMe #i relîi^x, guétîC quelquefois, soulage souvent, et console toujours ses malades» J'éteiMls dMcieeenele de ses attributions.

Et quand même toute la science du praticien devrait consister à connaître la nurche des maladies, n^est-ce pas qu*il faut la connaître d*abord elle-mftme, la maladie » pour en suivre sciemment le cours 7 £t que, pour la connaître ou en former le Diagnostic (Foy« ce motX il faut recourir à Tétiologie» étude des causes ; à la séméiologie, étude des symptômes; et h la thérapeutique, étude des effets pathologiques des médicaments comparés à leurs effets physiologiques ? Oui» il faut recourir à tout eela« car, sans des points de comparaison à établir, nous ne pourrions jamais décider si le phénomène ii>accou(umé que 4ïndivid« présente à notre observation, ne dépend pas de la simple exagération d*uneoude plusieurs IboctioDSi sans altération organique, ou, en d'autres termes, si les troubles fonctionnels observés tiennent à une influence dynamique, ou, aueontraire» proviennent d*une influence matérielle; s'ils sont, en un mot, physiologiques ou palbelogiqees, ce que des notions exactes en aéméiologie peuvent seules nous apprendre. Donc il faut avoir des connaissances imsiliVes en PIitsIoLogib et en Hvetàro {Voy. ces mots),ceseooûaissaûees étant les fondements des études séméiotiqBes.

El comment le soot-îeHes î En ce que les modificateurs hygiéniques ne pouVant siTecter •l'organisme vivant, sans produire un trouble plus ou moins prononcé dans les foncliobs , il faut avoir déjà envisagé ces troubles sous leurs aspects divers, pour distinguer s'ils rësulteiit d'une lâaction sio&plement physiologique ou d'une altération réellement pathologique. Ue même, pour que la thérapeutique devienne à son tour une source de diagnostic, il faut ^

\% PREFACE, 1i

loale nécessité quo> si on lire du sang à un malade pouf cônûàîlre quelles sont les allératious que ce liquide à subies, et s*il en a subi, savoir déjàquelâ §ont les états physique, chimique el org**w<ï^« pï^y^^ologiques du saiig; tout comme quand ou traite lin malade par la méthode ii/iit£in|{6u« fl lœdentibus, on doit avolf appris quelle est Taction physiologique du médicament administré, pour ne pas confondre la diminution ou rexagération des symptômesproduits pas les forces tnédicatriccâ de la nature, avec celles qui doivent être attribuées à Taction du remède^. Ainsi, connaissance de rorganisiné vivant et des lois qui le régissent; romuRf tancé des modifications hygiéniques él de celle des mëdicanlenU surThonlme sain et sur rhorumé malade ; connaissance des limites dans lesquelles les troubles fonctionnels doi'- Vent rester pour né pas devenir troubles pathologiques, et conserver* conséquemment, la caractèrB physiologique, etc., voilà les seules et véritables bases fondamentales de Tart de guérir, YOilà les phares lumineux qui indiquent au praticien la voie qu'il doit suivra pour éviter les ficueils.

Kt qu*oû ne cfôie pas que nous exagérions Putilîté de ées connaissances; car, si nous elamir flons quelle^ sont les divisions dont la médecine proprement dite est susceptible^ nous ver-r rods quVJle se divise naturellement en deux branches qui ne diffèrent que par ]*objat qu^oo 6e propose : l*\ine qui s'attache à donner la théorie des états naturels, normaux» de l'bomaia virant (physiologie); Tautrequi s^occupe à séparer, par TanaJ/se et la synthèse, les étata morbides divers (éléments de maladie), dont Tensedible ooiistitue raffection, la maladia (pithologia). Be la comparaison attentive de ces deux états doit nécessairement ressortir la caractéristique spéciale ou la différence des conditions individuelles appelées^SAUTi et uk^ I.4DIK, et, par suite, le choix des moyens .)i mettra en usage poiur conserver Tuoe •( mm^ iNittre Tautre.

On peut déjà comprendre, par ce simple rapprocbaoïent, l'onioB iniitm qui lieoatrft jeliei chacune de ces sciences ; elle ressort évidemment de ca q^i précède^ et ites propoaitiOvis suivantes que nous croyons incontestabksi savoir t

V 11 est, en physiologie, une foule de théories turpotbétiqUas quifégnanaientaiicore) bian des controTcrsas que ûes intérêts rivaux ont aouletées ^i se ^pétuerâient, tii les faits pathologîqiiaa, qu'une exaate et consciencieuse nécroscopia à complétés, n'avaiatlt fait pe** fer tout le poids de leur autorité an faveur da tel ou tal système ou ne las avait tous renversés.

a* Las aonttaîsaaQcea pbyaiologiquè^, hygiéniques, séméiologiques, etc,, soti les fou^ d^uents de la pathologie.

ft Eâfin, an thérapeutique, dû be saurait rien de l'action Curative d'un remède si, paran*;ticipation, on ne Tavait expérimenté sur l'homme sain et comparé l'état des fonctions organiques et vitales, avant, pendant et après Tadminislration de l'agent médicateur, tout en tenant compta des influences physiques et morales. Pe même le chirurgien p'oaerait lier une artère importante, ni Sacrifier un orgaoe, s'il ignorait les ressources de ]a nature dans les anastomoses, et la valeur de l'organe à sacrifier. Donc anatomie, physiologie, pathologie, hygiène et thérapeutique, tout se tient, tout se lie, tout s'enchaine, tout s'éclaire réciproquement, et l'on ne sera jamais praticien habile, si l'on n'est sufiisamment poarvu des enseignements qu'elles fournissent.

Ces propositions seront justiQées, nous raspérOns du moins, par les ^considérations Importantes auxquelles nous alloyis nOus livrer pour établir la nature iks stcours mutuels que HprMaU hpki/êiologie^ la paihotoyie et ta thérapeutique générales^ rien ne pouvant mieux servir, ee nous semble, que ces considérations, pour introduction à un dictionnaire de médecine pratique (1).

(|)Gbar9é,enl8M,i^rll.te tKyyipidelaPdculié géniraln, 6t Je iraUai sommairemaat inon tuiet.

it laédeciae da MaaiDeUîef » é'imptotiseT le cotirs Hais comme il cuit suscepUble de plus grands dcra-

de paUiolegieel de tlierapettikiue générales que M. l<H>pements,eiqueriniérétqn*ilm'avBliairerl d'abord

d^Amador ne poovali fairu, je pris pour texte de mon afiait toujours croissant à mesure que je Téliidiais

discours d*onverture : /><f« «ecourj mtc(tt€/« ^ue s^ pr^- davantage, je me décidai à le revoir, le corri-

M Ui phfslolo^e, la pathologie et la thérapeutique gcr et Taugmenteri^ce qui en définitive a formé un

ART V' - Comment la pathologie éclaire-i-eUe la physiologie?

On aurait tort de croire, qu*embrftssant dans tout son ensemble le vaste champ de la physiologie humaine, nous allons discuter une à une les opinions que Ton a émises tovr chaut le jeu des organes, la force contractile de la plupart d'entre eux, Tinfluence que le système nerveux exerce sur les fonctions qu*ils remplissent, etc., pour dire ensuite comment la pathologie a démontré que la plupart de ces opinions sont erronées. On conçoit qu'une discussion pareille nous entraînerait si loin queles bornes que nous nous sommes posées en seraient dépassées. C'est pourquoi nous nous sommes borné à choisir dans une des fonctions les plus importantes, la circulation, un des points qui nous ont paru offrir le plus d'intérêt.

Et d'abord, nous nous demanderons : en vertu de quelle puissance le sang parcourt-il les vaisseaux qui le contiennent ? Dirons-nous avec Harvey, Bordeu et tant d'autres, que l'action du cœur se transmet même h travers des capillaires et détermine la progression du sang jusque dans les veines ? ou, en d'autres termes, avec M. Magendie et son école, que le ventricule gauche du cœur, organe central, que l'on peut comparer à une pompe hydraulique, a assez d'énergie, non-seulement pour lancer le liquide dans le système artériel , mais encore dans le système capillaire sur lequel son action retentit, tout comme elle retentit sur tout le sytème veineux? Admettrons-nous avec Bichat, Richerand, M. Gerdy, etc., que le système capillaire brisant l'effort ducœuretdes artères sur le sang, ils ne peuvent pi us rien sur lui, et f|u'il faut de toute nécessité que les capillaires soient aux veines ce que le cœur est aux artères pour que la circulation ne soit pas interrompue T ou bien, avec certains, que l'action des capillaires n'est pas plus nécessaire à la marche du sang veineux, que l'action du cœur l'est au cours du sang artériel, tout le système circulatoire jouissant d'une activité qui lui est propre et qui fhcilite la progression du liquide T Adopterons-nous enfln l'opinion de Tiedeman déjà professée par Harvey, Glisson, Bohn, etc., soutenue par Albinus, Wilson, Rose, J. Honter, Gallini, etc., que, outre les mouvements communiqués au sang par les ootitraclions et les expansions alternatives du cœur irritable qui agit en cela comme une 1>cmpe aspirante et refoulante, indépendamment de ceux qui lui sont communiqués par les» parois élastiques et contractiles des artères, il tire encore de lui-même la propriété de ses mouvements? Chacune de ces opinions, nous devons le dire, s'étaye de l'autorité de grands nomSf qui la défendent à Taide de raisonnements plus ou moins spécieux; mais pourraient-eiles soutenir un examen approfondi ? Nous ne le pensons pas, et pour justifier celte négation, nous allons étudier successivement les mouvements du sang, soit quant aux différents systèmes circulatoires qu'il parcourt et qui lui communiquent en partie l'impulsion à Taide de laquelle il circule: soit en tant qu'il est vivant.

§ 1. Circulation artérielle. — La marche du sang dans ies artères a*t-elle lieu par la seule force d'impulsion qui lui est communiquée par le cœur? Résoudre cette question par Taffirmative ce serait répudier, premièrement : les faits d'oi^anogénésie anomale ; seœndeluent, les faits d'anatomie comparée; troisièmement, enfin, les faits pathologiques, qui tou$ semblent établir une sorte de contraction spontanée ou vitale du système artériel. Et par exemple, nous avons dit :

Premièrement^ les faits d'organogénésie anomale, attendu que, 1" Camper conservait dans son cabinet anatomiquo un veau monstrueux dépourvu de cœur ; 2* Breschet, Blandin, Brodie, ont rapporté des faits d'acéphalie avec absence du cœur, qui prouvent que le sang peut circuler et la nutrition s'opérer malgré que le fœtus soit privé de cet organe. On peut voir du reste, dans le musée Dupuytren, section des Monstruosités, n" 869, le squelette d'un fœtus acéphale, né jumeau, en qui le cœur, le foie et Testomac manquaient ; et au rayon inférieur, marque BZ, un fœtus acéphale privé des organes thoraciques et abdominaux; 3* enfin, s'il faut en croire le récit de Suétone, une des victimes immolées à Rome

mémoire otie j\idressai à FAcadémie royale de md- ait été rendue, ce qui n'a eu lien que cinq ans après,

dedne de Pans en 1843 ; M. J. Giiërin fui charge d*en Depuis lurs plusieurs aulres années se sont écoulées,

faire le rapport. U en a été empêché à cause des et mon travail, resté dans ies mains de M. Guérin,

discassions longues, passionnées, intarniinabtes, que n*ay:mt pas eu le retentissement que je voulais lui

ses traitement t orihopédiquei ont occasionnées au donner, on ne doit pas être étonné que Je siip-

sein môme de rAcaocmie, et pnr la détermination plée, puisque |e le puis, au silence de mon rap-

qu'il t»nl de s'en éloigner, jusqu'à ce que justice lui porteur.

17 PREFACE iB

{leiidant la dictature de Iules César, aurait été privée de cœur : eoque arrogantiœ progressas ul, dit l'historien romain en parlant de César, ut aruspice tristia et sine corde exta sacr^ quodtmmuUmUef fvdura diceret lœtiora cum vellet nec pro osîento ducendum si pecudi eor da- /bîfMC. Or, comme le développement de ces monstres n'a pu s'opérer sans que la circulation du sang ait fourni à l'organisme l'élément nécessaire à sa formation, il doit suffire de la simple énoociation de ces faits pour établir que le cœur n'est pas absolument nécessaire.

Secondement^ les faits d'anatomîe comparée ; car, c'est aussi un fait généralement adopté, que chez les néréides, les aphrodites, plusieurs radiaires, les liololuries, etc., animaux sans ctBur, la circulation sanguine s'exerce avec la plus parfaite harmonie. C'est IHmrquoi Wedemeyer, après avoir adopté que le cœur était l'unique moteur du sang, a été obligé de signaler comme une loi, que tous les vaisseaux de ces animaux, de même qae les vaisseaux de ceux qui ont un cœur faible et imparfait, et jusqu'aux grosses artères de l'embryon, sont doués d'une contractilité vitale manifeste. Il ajoute : II est vrai qu'à mesure que le cœur se développe et qu'il acquiert plus d'énergie, on voit disparaître cette coutraclilité, et la membrane moyenne des artères acquérir la consistance et tous les caractères des tissus fibreux. Mais s'il en est ainsi, pourquoi cette contractilité vitale qui existe peudant la vie embryonnaire du fœtus humain, et durant toute l'existence des animaux des classes inférieures que nous avons nommées , pourquoi, dis-je, cette contractilité n'existerait-elle pas dans l'homme ? De ce qu'elle n'est pas visible, s'ensuit-ir qu'it faille la nier ? C'est au troisième ordre de faits, ordre sur lequel nous insisterons d'autant plus que les exemples qu'il fournit font ressortir la part d'influence que la patho^ lu^e peut exercer sur l'adoption ou le rcget de ce point essentiel des théories pathologiques, que nous demanderons la solution de cette dernière question : nous les exposerons d'abord, et les discuterons ensuite, pour mieux en apprécier l'importauce.

Troisièmement^ les faits pathologiques. On trouve dans Côrvisart qu'un individu avait les quatre cavités du cœur dans un état d'induration etderoideur tel, qu'il était impossible de croire qu'elles avaient pu se dilater et se contracter; néanmoins la circulation avait eu lieu régulièrement pendant quelques mois. Ou je me trompe fort, ou voilà un fait d'anatemie pathologique bien contraire à la théorie de Harvey et de ses sectateurs. Mais, dira-t-OD, peut-être la roideur n'était pas telle pendant la vie que le cœur n'ait pu exécuter de très-légers mouvements de contraction et de dilatation, et ces légers mouvements ont suflî pour l'entretien de la circulation. Comme nous n'avons pas eu la pièce patliolo- Kique sous les yeux, nous voulons bien par condescendance ne pas repousser cette conclusion; mais voudra-t-on admettre avec nous qu'à moins d'une disposition anatomique particulière qui rend naturellement le système artériel plus développé d'un côté que de l'autre (Morgagni, Stoll, etc.) : à moins d'une anomalie de la radiale qui, par une rare exception, se divise en deux branches d'un seul cAté, ou se détourne de sa direction habitaelleà la base de l'apophyse styloïde du radius, etc., ce qui rend le pouls différent des. deux côtés dans le premier cas, plus faible ou nul dans le second (Tulpius) : si le cœur était le setU mobile du sang, les battements des artères seraient toujours isochrones à ceux du. cœur, les artères correspondantes battraient toujours avec une égale force, donneraient toujours un nombre égal de pulsations dans un temps donné, et le sang enfin cesserait de circuler <|uaDd le cœur a suspendu sea mouvements? Eh bien, loin que les choses se passent ainsi,, ou remarque parfois dans les battements du cœur et du pouls, et dans le pouls lui-mèmn* en divers points, une différence qui dépend quelquefois d'une disposition purement vitale,^ c'est-à-dire d'une modification étrangère à l'organisme et propre à Tindividu» soit quecelte disposition reste constante, soit qu'elle ne se montre que momentanément à certaine» époques fixes ou irrégulières. Aussi voit-on souvent le pouls d'un côté différent du pouls, de l'autre côté, le sujet se trouvant d'ailleurs dans un état de santé parfaite, ou du moins MHS qu'il y ait lésion organique, et sans qu'on puisse soupçonner autre chose qu'une altération non matérielle mais vitale du système nerveux, comme Morgagni, Double et Altieri de Buhu ont eu plusieurs fois occasion de s'en convaincre. Nous devons croire encore que-

iSf PREFACE. »

e*est à Mne moaification vUah du système nerteux qu*0Q a dû d*observer ; 1* que le |M>uts d'un cOté noyait pas le même rbythme que celui du côté opposé» soil deoa certakies fié-* vres de la moitié du corps ( Albious, Fouquet) ; soit danscertaiiieaftdTreaaUEiqiies,elc.; 3* Tarière radiale ne présenter aucune pulsation pendant tfoia ou qualre ouantos, et» après ce l(ips de temps» ie pouls redevenir sensiblet quoiqu'il restât habUuelleiMOt faible^ eeque (.oyer-^ViUeriaé a Vu chez uu hypocondriaque» et ee que nouaaTOna m hou»* même chez un phthisique qui, habituellement, avait le pouls presque insensible à la ra-diale gauche, tandis qu'il était développé dans la radiale droite; 3" enfin, le cœur, au milieu de$ violentes et continuelles douleurs dont il est le siège, offrir en même temps celu dp particulier qu'il donnait, ainsi que les deu^ carotides, cent yin^ pulsations per mîuuto^ lorsqu'on n'en comptait, dans le même espace de temps, que soii^ante et dix ^ la radîtfp (Reid). Bans ces cas, ce n'était certainement pas leposur qui prcgjetait seul lama^e totale du sang ; car, oo ne peut poipt supposer une inQuence organique agissant d^e teUe Vkf^ V^ sou action ait retenti sur tel point et non sur tel autre, lors surtoat qu*av^c M*llaeei¥tie« Mi considérerait les vaisseaux sanguins comme des tuyaux éla&tiquea eédaol h des loreea mév caniques. Voici du reste une observation qui prouve Vindépendanoe dee artères par rapport aq coeiir.

JobaBell, obirurgien anglais, raconte que, faisant l'ouverture d*un anévrisme situé dapa U région de la fesse, il avait compté sur le courage de son malade qui, en effet, ne se démeptit pas pendant quelque temps; il ne poussa pas un seul ori: mais en6n, vaincu par la douleur» il tomba en syncope. Sans ce moment Bell avait ouvert le sac et était prêt à le lier lorsqu'il se (it ce raisoDiiement : le cœur pe se contracte plus, il n'exécute pas de mouvemepts, Vartère seule l>At» notons qu'elle battait, pourquoi ne Tabandonnepai-je pas ? Il lâcha eaeffaiy il fu^ couvert de aaog. Par quoi ce sang fut41 lancé 7 Assurément ce n'é^ tait point par le cœur : il ne se contractait pas.... De même ce n'était pas non plus cet organe qui communiquait au sang sop im^pulçipa, dwf le cas où l'auBcultation a montré à Laenucc des pulsations artérielles offrant une ^niargie r^nwrqwAh^ pendant que les battementa du cœur étaient faibh$ et $00$ impulmn; ce qui, soit dit en passant, avait amené ee grand observateur à conclure : que les artères ont ^u$si v\ae activité spéciale, une contraction propre. P'ailleurs, s'il en était autremept, M. Uagendie, dan$ une expérience faite pour constater la force avec laquelle Iç sf ng tend ^ obéir è une action rétrograde 1 anraU-41 remarqué qu'on trouve» dans le bout inférieur de Vartère divisée» à peu pfès le même degré de pression que dans le bout supérieur ; d'oil la néee^sité d'appliquer deux ligatures pour éviter que le sang jaillisse éffoUmetU $t ^veç la iti^fm ifliptrfstM de Tun et de l'autre orifice ?

Cette remarque est si concluantei qu'on trouvera natu[^ que mkus disions à H- le profbs^ seur du Collège de Fr*«nce : Gomment I vous copçtatea qne le sang eat tancé avec la même force d*impulsiQu par le bout inférieur et par le bout 3upiéfieur, et vous attribuez oe phé^ nomène à la seule élasticité de l'artère ? Mais si elle ne fait que revenir sur elle-même, en vertu de cette élasticité, elle ne se videra qu'en partie, le restant du liquide se eo^ulera bientôt, et Ton n'aura pas k craindre une hémorragie consécutive. Pourtant elle ^ eu lieu» dites*vous; elle peut ôtre mortelle: il faut n^cç^5atr0im^»( deui^ ligatures: qu'e^n ÇQnoUH rons-nous ?

Et maintenant, qu'on ne dise pas, aveo Qugè^^ que Vopiiiipp d'Qarveiy, qui altribuait tous les mouvements progressifs du sang h la H^le impulsion du cœur, a été eaiUffiMnl attaquée de nos jours par quelques physiologistes qui se fondent sur cette observation de Spallanzani, que la circulation continue chez les reptiles batraciens après l'ablation dU Qçaur ; car nons leur répondrions, que ce fait n'est pas le seul qu'on puisse raisonnableo^ent pppp** ser à cette hypothèse, et que ce qui nous fait croire que ce savant professeur connaissait des arguments et des faits d'une plus haute portée en faveur de Tactivité des vaiaseaux» c'est (fuMl avait modifié ses idées et formulé sa proposition en ces termes : « Disons» une fuis pour toutes, que cette continuation de la circulation du sang dans les capillaires ne saurait être équivalente à la circulation générale dont le cœur est évidemment le régulateur et le moteur sinon unique, du moins principal . » Je dis plus : si les antagonistes de la doctrine que

21 prbfage; , 12

Dttgès dtfeodaU, et que Uqt d*autre$ défendent encore, $*étaieDl servis t pour leç coiubattrff non pas Mulemeol d*expé(ieaces sur les aflixuaux» oiais eaoore (iQ taits puisés daiis la pathologie il est à crû»e qu'iU «mr^iant parlé I4 convîctioq dan^ tou? les esprits. Terinjnous par ua exeoiple

De liaen, Batlé, etc., ont cité des cas d^aoépie dao^ If^uels 011 ^ trouvé les artères et les mnesiàrt amples, mais flasquesi et vides des^ing, à rexception d'noe sorte de fil minoef. bifttie et polypeax, assex inégal ; cependant le pouls est resté coo^ommenf dur, malgiF^ cette vacuité presque complète des vaisseaux. C*esi U une de$ preuve^ les p)u« certaines <fiie le mouvement d'expansion de ces vaisseaux n'est pas le résultat d^ l4 pfféfeuQ^ du s^ng, ei eelui de contraction , ht conséquence de leur élasticité.

{ 2. Circulation capillaire. — L'effort du sang que chassent )e ecMm el les autres ét^nt briêé parles ralsseaux capillaires, est-il nécessaire que ces petits vaisseaux s^OQn(i>Artept pour que le coups du liquide ne soit pas suspendu ? C'était, avonsrnous dii, V^iwi^'^ de Vichat, de Rieherand, de M. Gerdjr, etc., et c*est encore aHJourd*bui celle de bien des p?u^siologisles non moins recommandaUes. Néanmoins comme ette a élé rcf^oussée par M. Magendie, nous avons à examiner la valei;r des objections (pi'il a ppop^quiée). £t d*abord» ce savant professeur a prétendu que, si Tou admettait l'aclion des qapillwirea, il faudrait admettre aussi, il le croit, qu^n se resserrant, ils ehasseraieut le a&eç» et qu*il n^y a aucune raison de prétendre qu'ils le dévient plutôt du cèlsé des arlères que du fiOté dçs Teines ; et ([u'enfin, une fuis le petit vaisseau vidé, on aurait h sedemaqder s'il f^ remplira pcirc^ que le CC9UP y poussera du nooTeau sang, eu bien, qu^eu se dilatant, 1q petit vMssoiiu attirera tout aussi inen celui des canaux artériete que celui des eanaUK vein«u;!(.: A cela je réponde s que deux Ibpces inégales agissant de conçut, quoique dans un eeu^ oppiO^é, Qontre ^M^ troisième force qui tend k les surmonter Tune ou Tautne, la phis faiWe devint pécessaîfe** meBt oédep. Or on ne peut douter quUI ,n'eo aèît ainai, puisque MM* Sarfj et Ppiseuilte ont démontré, ee que du teste M. Magendie admet tui^méme, que les mouvements respiratoires conooupent à feire mouvoir le sang dans les veines ( phénomène favorisé par la dispo9itien de ceUes^i dens la poitrine, et même dans des lieux asae^ ékûgpé^) U^npCprmées err tubes k parois dépressibles par l'adhérence de leur surlace extérieure k des parties qui ne peuvent ee laiA%4r déprû^ef. Cela étant, il devra nécessairemeqt eq résulter que. le sang 9r(4rieldoQt iQ^tiuraut est continu et continuellement renforcé par le flot que projette le cœur, arrivera d*autant plus facilement daps les capillaires quç ceux-ci se désempliront plus fite. ]En outre le système capillaire chassera aveq d'autaqt plus de facilité dans les veines le liquide qu'il contient, que le san^ veineux opposera moins de résistance, sa destination n^turalle à lui, étant d'arriver au copur, attiré qvt*il y est par le vide que les mouvements d'inspira-^ tioD et dV^piration font dans les canaux qui les renferment, et par les mouvements de ces ca* Dsux, sa iparcl^e r^trogr^e étant d*ail|f{iirs rendue impossible par les valvules dont ils sont garnis.

Une autre remarque que M. Poiseuille a faite, c'est que toutes les fois qu*un liquide^ $c meut dans uu tuy^u, il y a une certaine couche dq ce liquide qui adhère aux parois H reste immobile. Ce serais donc dans Ta^e dii vaisseau que la vitesse est la plus grande, ççoune on j'observe du reste d^ns une artère dont les tuniques sont {(ssez trans* parantes pour permettre le passage des rayonç luipineux. Plus le viiisseau est petit, dit cet habile expérimentateur, plus le iilet di| fluide doit venir petit lui-paéme et éprouvor de la* difficulté ^ passer à travers la couche adhérente qui obstrue presque l(t capacité du vaisseau..

Ce p^i/it d'hydraulique adonis par M* Magendie, celui-ci s'étonne que les conduits^ Qui portent les e^ux d'Arcueil k Paris étant oblitérés, malgré leur grande capacité, par le carbonate calcaire qui s'y dépose en quantité assez notable, il n*en soit pas de mftma dans des tubes ai|^si fins que les raraiGcalions capillaire;, la même difficulté mécanique se montrant pour le sang, ou plutôt la nature des obstacles t^taqt bien nlqs puissante et Wea plus complexe , vu qqe Içs liquides vivants ne contiennent pas si?ulçi«eqt quelques parliculçs susceplible^ de se solidifier, mais encore qu'il charrie avec lui des in- Ifrédients , des pctii;es lentilles suspendues dans une oiatière éminemment coagulable. U pense que le moindre arrêt dans les vaissçayx le ferait [ireqdre rn masse ; do là des

3S PUEFACE. ^

obstructions partielles , pais générales, la distension des parois vasculafreâ qui rto pour^ raient pFus revenir sur eUes-mêmes par suite de la cessation de fti circutatiou. Siifln i! croit que s*il était possibto d'expérimenter sur des tubes inertes aussi fius que les vaisseaux capillaires , il est douteux qu'on parvint à faire passer dans leur cavité de Teau distillée ; et cependant, remarque^-il, le sang, cette liqueur si visqueuse qui tieut en dissolution de ^ myriades de lentilles insolubles , circule librement sous FiiiQuence d'une impulsion légèrer à travers des canaux d'une ténuité prodigieuse. Les consé- >(uences qu'il déduit de ces remarques sont: l*que la circulation dan» le» capillaire» est une question d'hydraulique bien digne de fixer notre attention ; S^ que maHteureuse-* ment, telle est la perfection des procédé» employés par la nature pour h solution de cet important problème, que nous pouvons plutôt l'admirer que le comprendre.

Pour nous, que les expressions de coniractilité insenêibU et de Hn$ibiliié organique (qui ne s'en sépare point) employées par Bichat n'épouvantent pas \ qui savons qu'oa peut généralement admettre dans les tissus, des trames diverses d»ns lesquelles existent de continuels courants dirigés par des forces indépendanies de celUê^i, gui ekex Fkamme pousêttU le sang dans le système artériel (M. Andral) ; qui croyons avoir prouvé 1» eontractilité or^ ganique des artères ; qui avons lu dans les leçons de M. Magendie : « H n'y a pwaX de diflérence entre les capillaires et les canaux artériels et veineux ; le diamètre de» tuyaux est moindre, et voilà tout : » et ailleurs : « Gomme, quant à la manière dont le sang se meut, elle est la même, etc., » nous avouons être prêt à attribuer à ces $onîraeHlUé et âensibiliié )a progression du sang dans le système capillaire, sinon en totalité, du moins eu partie, comme nous le prouverons plus tard. Ainsi, à l'aide de cette eontractilité insensible, plus l'impulsion donnée au flot du liquide par le cœur et les artères, plus les mouvements spontanés du sang, il ne se forme pas de couche adhérente aux pores ca-* pîllaires, autre que la sérosité qui lubréfle la sur&ce des muqueuses, ce qu'on peut sup* poser du moins, et toute la masse glissant en quelque sorte à leur surface» les obstrue* tiens dès lors ne s'y forment pas ; ou si elles s'y forment, c'est lorsque la fluxion sanguine étant forte et considérable, le diamètre des vaisseaux est si violemment et si démesurément distendu que leur retrait en est rendu impossible.

Prenez garde que je ne dis point obstruction par cessation de la circulation, comme H. Magendie, mais obstruction par cessation des contractions organiques des capillaires, cause première et principale de l'arrêt du cours du sang.

Ce phénomène a la plus grande analogie avec ce qui se passe, en général, au moment de Taccouebement, quand l'utérus est distendu outre mesure par les eaux de l'amnio». Les contractions de cet organe sont lentes, peu énergiques, tant que les membranes ne sont pas rompues ; celles-ci se rompent-elles spontanément, ou sont-elles déchirées par Taccoucheur, la matrice revient alors sur elle-même, l'équilibre se rétablit, et, dès ce moment , les contractions organiques deviennent communément plus fortes, plu» rapprochées, expulsives.

Du reste , pourquoi ne soutiendrions-nous pas le principe de la eontractilité insensible, lorsqu'il est notoire que cette eontractilité des tubes capillaires peut devenir aeci* dentellement manifeste (Burdach Taflirme), ou être très-facilement déterminée, en moins de deux minutes, par l'application de l'ammoniaque ( Thomson et Gordon}? Par le motif, nous dira-l-on peut-être, que M. Dubois d'Amiens, se fondant sur des conditions matérielles par lui bien observées et bien vues, affirme à son tour que ni les capillaires à parois spéciales , ni les capillaires creusés en plein dans la substance animale n'offrent, eu aucun cas, des mouvements de contraction. Nous sommes loin de nier l'exactitude des observations de M. Fréd. Dubois , nous voulons même que, répétant un grand nombre de fois les expériences faites par MM. Thomson et Gordon , il n'ait jamais remarqué de véritables contractions soit dans les artérioles, soit dans les veinules, soit dans les courants intermédiaires; mais entre gens qui afiirment et personnes qui nient quel parti prendre ? Nous pourrions en appeler à Burdach, dont le témoignage n'est pas suspect, vu qu'il dit : «Positivement les mouvements du sang dans les capillaires dépendent Ue riuipulsion du cœur, tout eu aduicltaut la eontractilité accidentelle, si Ton veut, mais

*J5 PUEFACE. W

rëdlev des tubes capillaires ; » ou bien, au témoignage de M. Gerdy, pour qui :«C*est professer une physiologie peu médicale que de se préoccuper uniquement de TactioD du cœur et des artères, et de ne pas s'occuper de celle des capillaires qui se révèle surtout dans les maladies» et qui intéresse tant notre art ; » mais comme ce serait pousser beaucoup trop loin cette dissertation théorique, j*ai hâte d'arriver à des preuves plus certaines et d'autant plus précieuses qu'elles feront ressortir d'avance l'influence que la pathologie peut exercer dans ces sortes de discussions. Nous voulons parler des faits pratique?» devant lesquels tout homme consciencieux doit courber sa raison. Aussi, les empruntefODs^nous à M. Magendie, dont nous combattons les opinions, a6n qu'il n'en puisse sus- ])ecter l'authenticité ni en répudier le témoignage.

1** Faii. Au nomtire des accidents survenus chez l'homme à la suite de la ligature de la carotide primitive, on a signalé, dit-il, des accidents cérébraux. La jeune fille à laquelle j*avais lié la carotide gauche pour une énorme tumeur fibro-osseuse qui occupait ta région maxillaire supérieure, eut une hémiplégie à droite le sixième jour de l'opération

On D*avait jamais soupçonné qu'en diminuant le volume du sang qui, dans un temps donné, afflue vers le cerveau, on eût favorisé l'extravasion du liquide dans la pulpe ner- Teuse. Cependant, le fait n'est pas unique dans la science, vous en trouverez dans les recueils d'observations, et Samuel Cooper en rapporte des exemples dans son Dictionnaire de chirurgie.

2* Fait. Service de Hl Roux à l'Hôtel-Dieu. Cn homme entre & l'hApital pour une hémorragie survenue subitement dans la paume de la main au moment où il faisait un effort. Le tamponnement et la compression ayant été inutiles, on pratiqua, mais sans succès, la ligature de la radiale, puis celle de la cubitale, puis enfin, je crois, c'est toujours M. Magendie qui parle, celle de l'humérale, et pourtant l'individu mourut par la continuation de la perte du sang.

En analysant ces faits, on est naturellement conduit à se demander : comment dans le premier cas le liquide art-il pu s'extravaser dans la pulpe nerveuse six jours après la ligature de la carotide? et dans le second cas, comment l'hémorragie palmaire a~t-elle pu persister après la ligature des principales artères de l'avant-bras et du bras? Attendu que ces phénomènes resteraient inexplicables, si on n'admettait la contraction indépendante des vaisseaux capillaires, cbntraction que ces faits eux-mêmes démontrent jusqu'à l'évidence, ainsi que bien d'autres faits qu'il serait facile de citer : nous en concluons que YactMté du système capillaire ne saurait être contestée.

I 3. Circulation veineuse. — Avant de mentionner les faits pathologiques d'après lesquels il est permis de soutenir que le système veineux coopère à la marche du sang, qui parcourt les canaux, exposons en quelques mots deux théories opposées, deux des principales théories par lesquelles on a voulu expliquer les mouvements du sang veineux.

Premièrement f on a dit : Le sang est manifestement hors de l'influence du cœur quand il arrive dans les veines, et c'est la contractilité insensible non-seulement* du système capillaire, mais encore du système veineux en qui elle existe , de même qu'elle existe dans les artères, qui, en ajoutant un fluide nouveau k celui qui se trouve déjà dans les canaux veineux, lui communique un mouvement général en vertu dliquel à mesure que le sang entre d'un côté, il sort de l'autre. C'est pourquoi, quoique constamment pleins, ces canaux ne se dilatent pas (Bichat).

Secondement^ on a dit encore : Les artères, les veines et les vaisseaux capillaires n'ayant pas de force contractile propre, c'est le cœur seul qui est chargé de mettre en mouvement et de distribuer le sang dans tous les points de l'organisme. Mais, comme la gravité a une grande influence sur le cours du liquide nutritif ; comme, à mesure que celui-ci entre dc( artères dans les veines, l'action du cœur, bien que présente dans ces derniers vaisseaux* s^esten partie épuisée dans les capillaires ; comme à cet affaiblissement de l'impulsion de la pompe se joignent de nouveaux obstacles apportés à la marche du sang par la gravitation : disons que les valvules sont indispensables. Elles favorisent la progression du sang que les efforts de la pompe nrusculaire, les mouvements du thorax, la pression exercée sur les vaisseaux par le diaphragme et les parois antéi'ieures et latérales de l'abdomen et

9f7 PREFACE. 28

les contractions du syi>tcaie niusculaire gén(?ral, poussent dans le système artériel et vei* Vieux (M. Magcndie).

Ainsi, pour Bichat, il y ^i absence de toute participation de la part du coeur dan^ la circulation veineuse; et pour M. Magendîe, la force d'impulsion e$t donnée au ^ang contenu dans les veines par une machine hydraulique dont le cœur est la pompe et les vaisseaux sanguins les tuyaux. A laqueHc de ces deux théories donnerons-nous la préférence? A aucune eiclusivement, car on peut facilement constater, chez les chlorotiques, des mouvements tumultueux des jugulaires isoctirones aux battements du cœur, qui semMent démontrer rinfluence des contractions dH veotrieule sur la oirculatien veineuse : et par contre on voit, dans d^autres circonstances des puleaCioas dans des veines pkis petites que les veines jugulaires non isochrones aux battements du eœar. Citons les faits.

M. Bonson rapporte Tobservation d'un iodividii âgé de soixante ans, présentant tous les symptômes d*uae lisioa organique du ooBur» qui offrit c^la de parlieulier, que toutes ies veines des deusi memlKes battaient aeosjyUement» et que leurs pals^ljlons, qui étaient aussi fréquentes qqe eellç des artères, ne se faisaient pogrtont qu'un p0^ upris.

Siemêmet M. Cbarçelayi da^s une K^^ervation qu'il a publiée, fa|^ mention d*uDe lésion organique du cœur avec a3citei existant chez un individu âgé de vingt-sii. ans, en qui duri^nt sa viç on avai^ observé d^^s pulsations veineuses oon-rseglement daps les eitréQ(iitéS| mais encore au cou. H ^Qutç ; « Si on étudie les rapports de la pulsation artérielle avec la pulsation veineuse, on voit qu*à égale distance du cœur et à quelque distance que cq soit, la seconde suit immédiatenic|(it 1^ première : à inégale dislance, au contraire, on ubsçrve des phénomènes divers ; ainsi la carotide bat très-visiblçment avant la veine radiale pu ses radicules, et Tarière radiale bal qn même temps que la vçine médiane cephalique.^^ On ne saurait donc le nier, il est des f^its pathologiques dans lesquels on 9 remarqué un ifiançue dïsocAronûme entre les pulsations cardiaques et veineuses; et quant aux faits dans lesquels, au contraire, Tisocbronisme a été parfait, ils ne sauraient être asse? cpmqluants contre I9 théorie dq BiçhQt quQ les observations de Bonson et Charcelay viennent çonljrmer.

11 est un autre argument qui paraîtrait militer en faveur de cette théorie : nous le pu!-? sons dan^ la Ciontradiction manifeste qu'il y a entre la nécessité des vaJvules dont les veines sont pour?ueSi chose admise par M. Magendiet et dans l'opiniou suivante qu'il a également professée» savoir : que c'est dans Taxe du vaisseau que la vitesse circulatoire est plus grande ; que plus le vaisseau est petit, plus le filet du fluide doit yenk petit lui-méyme et éprouver de la difficulté à traverser /a tio^che adhérente qui obstrua presqt^e touts /a capaeilé du vaisseau. Or> $*il en était ainsi, n'est-ce pas que la couphe adhérente plus ou moins épaisse qui se forme, rendrait inutile la disposition valvulairei dont tous le^ phy- §iologifi(Qs sans exception reconnaissent ('utilité? que ce serait môme une disposition anatomique mal entenduei puisque ]e$ valvules aéraient retenues supérieurement et inférieufement par la couche adhérente, et pc^r conséquent rendues fixes et immo];>iles par elle, ce qui les empêcherait d*opposer une barrière à la marche rétrograde du sang qui tend à rétrograder sans cesse, entraîné qu'il est par son propre ppids? Les choses ne se passant pas de la sorte, puisquei au. contraire, les valvules foncMonnent parfaitement bien, aux forces de progression du sang que noqs avons admises déjà, nous ajouterons 4onc une force nouvelle qui, par son importance» doit; occuper tout au moins le second rang parmi toutes ces forces ; nous voulons dire la contrqcliofk veineuse admise par quelques auteurs. Et qu^nt aux expériences que M. Magendie § faitesi pour repousser tpute idée de la participation des capillaires à la progression du sang dans Içs veines, elles n'ont prouvé qu'une chose, dirons-nous avec M. Gerdy, c'est que» si en comprimant et en relâchant alternativement les artères on peut suspendre et remettre tour à tour la circulation veineuse en jeu, cela tient à ce que les capillaires ne peuvent fournir du sang quauid ils n'en ont pas, et qu'ils ne peuvent en fournir beaucoup quand ils en reçoivent peu. A la vérité» M. PoiseuiHe a imaginé quelques expériences, tpujours dans ^intérêt de cette théorie^ mais celles-ci, quoique plus délicates, ne sont encore rien moins que concluantes. Somme toute, les artères, les capillaires et les vojnes se contractent spoutanéipeut

V niEFACE.

sw \ê mn§. 01 c"eU à |e«r$ oonlraclicos réiuiies el à la force d'inpolsion que le eœur eicne sur ce liquide, qu'il doit de meroher sans cesse dans lOBi le sytCèiue ciiv

culsloire.

i Su iS^enAiMrtf 4€« moHpem^s du m»g% -r* I«a théorie de h spoolan^é des mourer uieutsda sang que nous avons dit avoir été adoptée par Harvey, Glisson, Biriin, Albinos, Jtûie, J, Haqter, QalUDî, Tiedeni«iu}» etc., s*est fortifiée dans ees derni<;rs temps par des observflîoQs nouvelles qui ont donné lieu k des comparaisons extrêmement ingénieuses. Païuii ces observations, les unes tendent h établir que le sang est irritable , qqll préexiste aai capauY dans iesquejs il est contenu, et qu*il se fraye des Yoies, sous forme de stries, dans la substance même des organes. G*tst là, on le sait, ce qu*a prétendu Hunter, et c*est ce qae M. Carus a accepté. Les autres observations sont la confirmation des expériences de Haller, de Spallanxani, de fiiebat, etc. Tentais, il en est certaines qui font mention de quelques parttcalarités que peu d'expérimentateurs ont remarquées.

A la première série nous rattacherons repinîon de DoUinger et de Kaltenbpunner, qui Doo-seuiemeot se sont également prononcés pour la spontanéité des mourements du sang dans les canaux capillaires» mais encore qui s*accordent| avec beaucoup de leurs prédécesseurs, k r^qixler ces canaux comme dépourvus de parois propres, et comme simplement creusés dans la substance même de Torgane où le liquide se trouve. C'est pourquoi Uraithuisen a comparé le lit des plus petits courants à un canal qu*une eau souterraine s*est creusé dans le sable avant qu'elle ait déposé une croûte sur les parois de ce canal.

Et qa*on ne croie pas que c'est un langage allégorique à Taide duquel on a Touin fiiire pisser une Gclion, car le phéuomène extraordinaire de la circulation du sang sans Taisseaui a été vu par Delpeçh et par H. Coste, alors qu'ils suivaient attentivement les développements progressifs de Tembryon des oiseaux. Ils ont ru, qu'il s'établit d'abord des courants sanguins, san^ vai^eaux organisé^, et puis des courants dans un système circulatoire. Voici du reste comment ils se sont exprimés, pour préciser Tinfluençe dos mouvements du coeur durant la vie embryonnaire :

c L'influence des mouvements du cœur, tout imparfait qu'il est chez l'embryon, est bien manifeste à cette époque, non-seulement sur la masse du sang qu*il meut immédiatenieqt, mais encore 9ur les courants qui Iqi arrivent du dehors et qui seml>Ienl $iaon attirés par les moavemeats altematiis du cœur, du moins admis périodiquement dans Içs cavités ou les contours du vaisseau enroulé à mesure qu'ils sont vidés par les conUaclion^. Mais avaiit ^ua la dégor^meot 3ç 0t dans )§ ç(?ur, les çoafrmMa invaimt lie^ ; Us çut çommsut^ an n,w uni Bo OQEva« au péU ofpqsé ie f0l^pse ^xUfiewrt, l^^ Iq n^ouveçieat était cofitifHi el QiiiûnBe lorsqu'il a eoyimoQ^ il f cessé de ^ m.i4^tepkr ^x^ct^uieqt tç niêm^ aptes 1« brmatioa du oœur complet, et lorsque celle-rei est pleine et entière, elle ne an fott sentir qa^àane très-^petite distance et de l'ellipse seulemeni* Partout ailleurs il est éndeni que U cause de Pimpoisioo n'est pas la même. Le coanr est ua noMvel instrument de smaTement qiii vi^t d'dtre sjùuié aux causes précédentes, mais il est manifeste qu^une aulte cause l*avail devancé. » — Et si nous igoulons que Muller, Fréd. Enuuert, M. Polseuille, ^.t attestent qu^I n'y a plus de parois perceptibles dans les plus petits coumnls i que si les courants capillaires ont des parois qui leur sont propres, les plus petits paraissent en Are entièrement privés , nous mettrons l'existence de cette disposition matérielte à l'abri de loate contestation.

î)3 son cAté, Kaltenbrunner, par ses recherches microscopiqQes sur nnfammation, a coDfinné ce que Haller, Spallanzani et Biehat avaient afllrmé, à savoir : quVm voîl, à Taide du microscope, des oscillations irrégulîères des mouvements du saog dans le système capillaire, c'est*à-dire qu'ils ont vulesangavançant,reculant,semottvantenuiie/bij0€fe dâ^e^liona ^fposées^ sur les animaux à sangrouge et froid, dont ils irritaient le mésentère ou une autre partie transparente, phénomènes que Biehat observa aussi, mais plus obscurs, sur les animaux à siDg chaud. Eh bien ! Kaltenbrunner affirme, k son tour, que, ayant piqué fortement une partie de ta membrane natatoire d'une grenouille, il rft, peu de temps aprês^ le sang y affluer de

M PREFACE. zû

telle sorte, que les artères» les veines et les Taisseanx capîtiaires recevaient «me coiortne de sang du douMe ou du triple plus forte qu*à Tordinaire : la circulation s*aceélér«. « Brûlez, dit-il, la membrane avec un for rougi, vous obtiendrez le même résultat. Appliquez une dose modique d*alcool, mais suffisante pour y procurer une inflammation, la circulation d*abord accélérée....»

Enfin Heidaumn» en particulier, examinant des gouttes de sang frais au microscope, a va se former au milieu du liquide, pendant sa coagulation, un tissu réticulaire qui exécutait » durant quelques minutes, des mouvements semblables aux faibles contractions et expan${oi>.' des fibres musculaires; alors que Tréviranus assure, k son tour, avoir observé avec Id secours du même instrument, deux sortes de mouvements dans le sang coulant dans les vaisseaux d*un animal vivant, Tun consistant en tourbillons de globules sanguins, tandis que Tautre se manifestait par une contraction tremblotante du caillot....

Après des affirmations si authentiques, faites par des hommes aussi recommandables* il semblerait que la doctrine de la âpontanéité des mouvements du sang est à Tabri de toute contestation ; et pourtant il n*en est pas ainsi ; pourquoi ? parce que M. Magendie, qui, comnne Steiglitz, a son hypothèse favorite à faire prévaloir, s*est fortement élevé contre cette doctrine» alarmant, pour la combattre, de Tarme du ridicule, arme que tout auteur grave ne saisit ordinairement qu*aIors qu'il n'ose descendre courageusement dans l'arène. Disons, pour TédiGcation du lecteur, comment s'est exprimé sur ce sujet l'honorable professeur du Col-' légc de France

« Je ne vous ai point parlé de la faculté qu'on a supposée au sang de se mouvoir spou— tanément sans le secours d*aucun agent mécanique. Ce sont là de ces stupidités dignes tout au plus d'exciter le sourire. Extrait de ses vaisseaux, ce liquide n'a plus d'autre force vitale ou physique que la force d'inertie. Il en est du sang comme de tous les corps composés de molécules inertes; pour le mouvoir il lui faut un agent d'impulsion. Renfermé dans une anse d'intestin de poulet ou dans un tuyau de caoutchouc, il ne se déplacera pas de luimême. En vérité, messieurs, il ne faut pas avoir des yeux pour avoir pu soutenir que le sang a une puissance motrice inhérente h sa nature. Une idée semblable est une véritable hallucination.»

Nous avons cité textuellement M. Magendie , afm que chacun puisse juger toute l'exagération de son langage. On le dirait dicté par le désir d'éviter sur le sujet qui nous occupe en ce moment, toute discussion sérieuse, dans la crainte de voir s'écrouler le système qu'il se plaît tant à propager. Quoi qu'il en soit, comme nous ne saurions nous en laisser imposer, ni par sa haute position scientifique, ni par sa plaisante apostrophe à ses antagonistes, iioiis allons citer de nouveau ses propres paroles, pour examiner si Ton ne trouverait pas dans H. Magendie, des arguments que Ton puisse opposer à M. Magendie. La chose est beaucoup plus facile qu'on ne le pense, car, après plusieurs expériences dont les résultats ont été constamment les mêmes, c*est-èrdire fAcbeux, ce professeur déclara, le 5 juillet 18.., que le sang a son indiudualitéf qu'il ne peut se mouvoir utilement dans des tuyaux qui ne sont pas les siens^et que, par conséquent, toute idée de transfusion doit être proscrite dans tous les cas indistinctement, c'est-è-dire même en se servant du sang emprunté à un individu de la même espèce, de la même taille, et du même Age , ce que les faits pathologiques ont pleinement confirmé. Or, après des essais si probants, aprè^ avoir professé Tindividualité du sang, ou bien que ce liquide est doué d'une force vitale qu*il perd en sortant du vaisseau, M. Magendie a*t-il bonne grAce de comparer le sang coulant à des molécules inertes? de prétendre qu'il ne saurait se mouvoir dans un tuyau de caoutchouc, si une force d'impulsion ne lui est donnée, alors qu'à l'inverse des autres liquides inertes, il ne se meut jamais dans des tuyaux qui ne «ont pas les siens 7 Poursuivons nos citations.

« Quand nous rencontrerons un phénomène vitale retenez bien ce mot, car c'est M. Magendie qui l'a prononcé, disons plutôt, et notre langage sera plus franc, plus scientifique» disons plutôt : Voilà un fait que j'essayerais en vain d'expliquer, car il n*est pas donné à mon intelligence de le comprendre (7* leçon , 2 février). » Ainsi il y a des phénomènes vitaux que M. Magendie ne comprend pas... Partant, comme il parait aussi n'avoir pas bien compris la circulation capillaire , comme probablement il ne comprend pas mieux la spontanéité des

inoof ements du sang» je ne vois pas pourquoi nous exclurions du langage physiologique, comme n*élanl pas scientifique, une expression qu'il consacre lui-iBéme, tout en Toulaut h proscrirep pour lui substituer le mot incompréhemibkf qui ne donne pas une idée plus neUedu phénomène qui, conséquemment, reste inexpliqué.

Eofifl, à roecasion d'une femme morte à I*H6tel-Dieu de fièvre hectique, et dont H. Ha* geodie iaisait Tautopsie, ce sa?ant professeur s'exprima en ces termes : c Voilà un exemple frapiNuil de Tinfluence exercée par les propriétés phjrsiques du sang sur la marche de ce liquide à rintérieur des vaisseaux. La physique vitaU nous est ici d'un grand secours, car elle nous permet de remonter au principe des désordres organiques, et c'est !à toute la question.!

Ou je me trompe fort, ou le mot vttat a ici une toute autre acception que précédemment; sans cela, nous ne saurions nous expliquer comment une physique qui ne tauraii être cmfriu elle-môme, puisqu'elle est vitale , servirait à expliquer des phénomènes qu'on ne peut comprendre même en remontant au principe des désordres organiques. Et quant aux expériences des Haller,des Spallanzani, des Bichat, des Kaltenbrunner, etc., qu'il a répétées sans obtenir les mêmes résultats que ces habiles observateurs avaient obtenus de ]*imlition , de la piqûre , de la brûlure ou de l'inflammation des tissus (dans s^% essais le cours du sang n'a cessé de se feire avec la mftme régularité) , nous lui ferons observer gn*il n est rien de plus variable que les phénomènes qu'on remarque au microscope dans un temps donné. Pour ma part, j'ai lait en IStô, avec le concours de M. Gavar8t> quelques études microscopiques dans le but de vérifier par moi-même l'exactituda des micrographes , et, je dois l'avouer, nous n'a?ons jamais rien vu de pareil k ce que les auteurs ont signalé comme étant te résultat de la piqûre ou de Tirritatiou. Je dis plus, le samedi 18 mars, en examinant avec soin la membrane natatoire d'une grenouille» notis avons acquis la certitude que, les conditions physiques de l'animal restant les mêmes, aucune irritation ni piqûre n'étant opérée sur sa patte, la circulation peut néanmoins et alternativement être suspendue , le courant sanguin marcher avec une rapidité extrême , ou bien le sang aller par saccades, avec lenteur, et en formant une espèce de flux et reflux.

D'où provenaient ces variétés dans les mouvements circulatoires 7 Voilà des phénomènes qui sont restés inexplicables pour nous ; mais il est certain que nous les aurions attribués k rirrilation ou à la piqûre , si Tune ou l'autre ayant été pratiquée, l'un ou lautre de ces phénomènes avait été aperçu. Déjà, dans une autre expérience faite le 27 janvier, nuus avions également reoiarqué soit sur le mésentère, soit sur la membrane natatoire d'une grenouille : l' Dans un courant artériel allant de gauche à droite , des mouvements de va et vient non contious ; 9* ûes courants dans lesquels la marche des globules était suspendue par un temps d'immobilité complète; mais comme l'animal n'avait pas été assujetti, et que M. Gafaret le tenait à poigne main , la patte seule de la grenouille ayant été étalée à i aide de quelques épingles sur un carton préparé ad hoc , nous attribuâmes aux efldrts nroscolaires que faisait l'animal pour s'échapper, et à la compression qu'il fallait exercer sur sa jambe pour maintenir la patte au foyer du microscope, soit le temps d'arrêt, soit la vitesse du mouvement des globules, soit les va et vient qu'ils décrivaient. Aussi avions-nous désiré r^)éter notre expérience, et dans celle qui eut lieu en mars, le corps fut-il conveqablement assujetti avec des liens sur une plaque de carton, pendant que la patte était fixée par des épingles sur rextrémité de la plaque préalablement percée dun trou. Parce moyen, laniroal tA resté constamment en reposa et comme nous n'avons pu accuser ni la compression des amsdea, ni la pression exercée sur la jambe, d'être la cause des variations circulatoires dont il s'agit, ce lait resta pour nous complètement inexplicable. C'est pourquoi, quoiqu'il soit constant que UH. Magendie, Gavaret et moi iCatom point vu ce que Haller, Spallanzani, Bidiat, Kaltenbrunner, ont ou, nous ne croyons pas pouvoir en inférer que ces auteurs ont «al m. Dès lors» leur opinion resterait, avec toute la force que lui donne la haute réputation qu'ils se sont faite, justifiée qu'elle est, cette opinion, par les remarques de Delpech et M.Goste, de Heidmann, de Trevîranus, de Dollingcr, et de Gruithuisen, que M. Magendie n'a peint contestées ; disons plutôt, dont il n'a point parlé. N.otts ne pousserons pas plus loin notre réfutation des écrits du professeur de physio*

lugie expéiiiBcaUiIe^iii Collège d^ Fftonce, parce que notiâ voulons nous arrêter an instant à la critique de oMi de M. Fréd. Dubois, qui , lui aussi » a repoussé formellemeûl la spontanéité du aang^ prétendatit que les partisans de cette opinion ne se sont téritableuient appuyés que sur des illusions, où du moins sur de ftiusses interprétations. Ce n'est pas tout, voulant relever les erreurs prétendues itkûé lesquelles BoUinger serait tombé, If* Dubois erpiique tous lea errements et toutes lea ffuctuatioiia des globules^ au moyen d'oscillations que le sérum exécuterait lorsque» ne poutaiil vaincre la forée de résistance que les tissus opposent aux courants, il rétrograde dams la même gouttière^ ou pour eti suivre une autre dont Taccès est plus facile. Il résulte dé ces oscillations i dit<41 ^ que les globules isolés paraissent exécuter des mouvements qui leur sont propres, et cependant ils ne seront entraînés que par un Quide incolore. Tous ceux, ajoute-t<il, qui ont observé au microscope la circulatioil capillaire, ont pu, comme nous, être témoins de ce spectacle^ Ou les voit avancer, reculer, tantôt finir par vaincre la résistance^ et taot6t rétro|;rader pour prendre une autre Voie.

Cetta explication me parait plutôt une subtilité qu'âne véritable démonslratioû i car, com-imeut peut-on supposer que le séruiti eïéoole des moovementa rétrogrades aii sein môtue d'uue gouttière creusée en plein dans la sbbstanca anilnale elle-même, gouttière assez peu spacieuse^ généralement» pour laisser passer un h Uft lèê globales qui cheminent de frout?

SanadotttB quIiiAiadn du mode dô distribution des capillaires dû deuxième ordre, il y a quelques espairas iyti lies dncotiscrites, de Ibrme presque constamment et irrégulièreuieut quadritetère ou paraHétograitime ou en losafiges, dans une étendue qui tarie, en général, do liuit à Bix centimètres de millimètre à dou2e et même quinze centimètres ; mais ce no smi pas des «oaditi^né Olf «lf(|u^S pareilles qui obligent le sérum & se dévier de sa direotioii {)MÉDière, à ttioiiis d^i^stëcles accidentels qu'il faudrait supposer exister au moment 'Ok l'on Mamise le ooufsm du mtïfi. M Ërncore à quoi attribuer cet obstacle 7

iPUièi & rocfeasit)0 de^ eïpériènces de M. Sarlandières qui» au dira de Brousaais, aurait constaté au microscope, sur lô Uîésentère d'une grenouille^ que les moléculas des fluides t)irou)atoires se préd^itetit m convergeant même à travers les veiaoa vers le point qu'on au«' Mit irrité en y implaiïtant une épingle, M. Dubois déclare qu'il y a du vrai et du faux dans ttê etpérrauôes, et que le vrai c'est la précipitation des globules vers le point irrité... Il est Trai que eette accélération, qui n'a jamais manqué, aurait lieUf même quand la lésion est etehcée àur tm autre pninl du corps....; qu'elle a toujours lieu dans le sens normal, dans (a direction naturelle du cours du sang, jamais dans la direction rétrograde quand aucun vaisseau n'est ouvert.... ; que dans les cas de perforation de tissa tombant dans des ties de substance animale, jamais on n'observe d'accélération qui irait en convergeant vers le lieu

t>éfforé, et jamais d'écoulement de sang ; qu'une gouttelette d'ammoniaque affaiblie el

déposée au plein champ visuel du microscope sur Tespace ioterdigitaire et vers le bord lî* bre> a procuré l'agitation de l'animal, l'activité plus grande dans les courants capillaires; tandis qu'une deuxième application a été suivie des mômes phénomènes d'agitaticBit mais de tiiuifts d'activité dans les courants circulatoires ; qu'une goutte d'ammoniaque concen^ trée a aus^i ralenti et suspendu presque complètement, dans les tubes capillaires, le ooura du safig } et enfin, que le sel commun, rhuîle de moutarde, l'eau bouillante, l'ammoniaque alItilbHe, ont accéléré la circulation en irritant les parties, tandis que les eaustiquea l'ont ralentie et mftne arrêtée par le développement d'une violente douleur et la désorganisation des parties. Hais toutes ces affirmations détruisent-elles les faits et les raisons que j'ai fait Valoir pour établir la théorie dé la spontanéité des mouvements du sang? J'ose croire que non, et je persiste dans mes conclusions.

Arrêtons-nous, car nous avons suffisamment fait ressortir, je crois, la puri de lumières que la pathologie apporte dans les discussions théoriques physiologiques. Mais avant de passer à l'examen d'une nouvelle proposition, nous devons compte à nos lecteurs dé l'inaistanceque nous avons mise dans là solution des graves questions que nous avons agitées : en voici les motifs.

Quand nous avons recherahé comment la pathologie peut servir à éclairer la physiologie,

37 Pft^AClG. S8

noIredesseJD n*ëUit pès sealement de démontrer qtic la patlioldgié fournit I6S preares les piss coueliMQteft en Âréur de telle ou telle opinion physiologique, mais de plus, de prouver que les liquides et les solides jouissant les uns et les autres d'une activité qui leur e^t propre» il est désormais impossible de repousser un théorème qui haTl de cette démon^tfsthiBi sâTOit? qu^v puUqu*ii yndet Hciêi puremeni yttavx et des foneiionÈ purement vi- TâLfeiy il doit j avoir aussi ie$ trouMts fonctionnels purement viTirt, des maladies essea^ iitUment nvAtca, fait important à constater en pathologie et en thérapeutique généralFS. Cot Ik une proposition fondamentale que nous voudrions faire généralement accepter, et que noua devions dès lors faire précéder de quelques-unes des considérations qui sont susceptibles de leur donner toute la certitude désirable. Aussi, nous nous sommes d'autant plus volontiera laissé entraîner par les discussions théoriques et expérimentales qu*ii a fallu entaïuef pour rétablir^ que ces discussions offrent un intérêt varié, et qu'en faisant ressortir eombien Sdni précieux les èecour^ que la pathologie fournit à ta physiologie, nous avons signalé aussi les bien grands services qu'elle se rend par là à elle-même, lorsque, dérruififit les hypothèses sur lesquelles les systématique^ appuient leurs doctrines médicales, elle feît ientir le vîee de toutes ces doctrines.

Abt. II. — Comment la phf^sioïogie édairt-4-elle la pathologie f

Ue 7 « ^MMtirtt, avooa^noUs dit, eo foamiSBaDt dies données plus ou tuoina posi^ tives pMr élaUir te ^iagaoslte des malèdîeB i «ssayoDS de pn> Jiftire les preuves de cette rérité.

Cellas fw nous pouvons administrer sdut ai àombreases, que nous aurions inétttable'» meot lea •nterraa du choix si, ayant pris la circuiatîon du sang comme exemple de Thi^ fluenee que la paibologid exeree dans l'àpppdeiatio& des théories physiologiques, nous n'é^ tious natureileiiieat conduit à nous servir de la même fonction pour montrer l'influèAee que, k SOD lour» la physiolagjie exerce sur lea études patbologiqses* En oonséqueficei noua ueos demauderoRS i Si les pliysiologisté^ ne nou^ atatebl enseigné i* que le pouls est k i'é^ lat normal, c*est-k-dire régulier et naturel, lorsque lés pulsations artéririles se motitroM semblables dans leur double mouvement de Systole et cte diastole, aussi bien que dans les iotarvalles qeî lessépflrenl, et qu'en même temps sosploa^t libres, elles oo sont ni trop for-» les, ni trop faibiest ni trop précipitées, tii trop ralenties « ète. t atoit-en que nous comprend drioos lesdistinotiona que l'on a établies entre le pouls iaible, le pools fort, le pouls lent^ la pouls Tîle» le pouls dur» souple» dicrote, intermittent» etc.; et que nous pourrions noua eo servir eoDCurremment «vec les autres ^mptômes d'une o&ala^ pour od tirer des in** ductions propres k former le diagnostic de eette maladie ?

2* teose*t-on que si nous ignorious que, chez rfaomnie en santé» lejmibre des t>àtleiU€VitS artériels varie d'une manière toute naturelle suivant teUeo« teUe vîiix)nstanoe; qa'il est plas vite, par exemple, quand on est debout que lorsqu'on est assis, sett sur an lit, soit eur un si^e, et qu'il est également plus vite si Ton est assis qœ m Ton est eoudié (^ Hae», Double, etc.) e que la fréquence du pouls se remarque pendant le travail de la digestion, eu après une course rapide» et cesse lorsque la digestion estieraaiBée ou que le Sorps^sde depuis longlemps le repos; qu'une influence morale âyslallique peut ralentir les potsations artérielles et rendre le pouls concentré » etcv ; pense^troo que sans ces données pttnrières que les physiologistes nous ont transmises, nous oe serions pas exposés à oomsMtti^ des erreurs de diagnostic toutes les fois que le pouls s'écarterait de Tétat normal 7 Et si l'ou ne nous avait enseigné que :

3* Chez les animaux, en général, et chez Thomme en particulier, les différences Ue nondire des pulsations sont plutôt proportionnées à la taille qu'k l'Age du sujet considéré en hiinnême (Dugès), quoiqu'il soit à peu près constant que le pouls a ses battements d'autant plus précipités que l'individu est plus jeune, et d'autant plus lents que l'individu est plus ^é, ce que d'ailleurs M. Hagendie a constaté par d'ingénieux calculs desquels il résulte (pi^à la naissance le cœur bat de 130 k IW fois par minute, k deux ans, de 100 k.llO fois : à sept ans, de 85 k 90 fois : k quatorze ans, de 80 k 85 fois : dans l'âge adulte de 75 k 80 fiis:et enfin dans la vieillesse de 80 k 70 fois : sans ces remarques, ne pourrions-nous pas apiiéicr précipité ou lent, on pouls qui ne le serait point, eu égard k Tâge du sujet? N*ou-'

blionspasqac les premiers et les derniers nombres sont un peu forcés^ puisque, dans Tétat de santé|lo pouls des nouveau-nés offre des variélé^ très-nombreuses; que $*il oscillo entre 100 à 180 pulsations chez les enfants à la mamelle , il peut parfois être aussi lent que celui d'un adulte — Yoy. art. Pouls du Dictionnaire; — et que beaucoup de ces derniers n*out que 60 à 70 pulsations par minute, comme les vieillards : il en est^méme chez qui un en a bien moins compté. Tel était Dugès, dont le pouls, il l'affirme lui*m6me dans son Traité de physiologie comparée, ne battait habituellement que 56 fois par minute. TeU furent aussi rem(>ereur Napoléon, et une dame dont parle M. Chomel» dont Tartère n'avait jamais donné que'iO pulsations dans le même espace de temps: telle était encore cette femme chez qui Graves assure qu'on n'a jamais compté que trente battements au cœur. Tel était enCn cet individu de Paris , à qui Landré-Beauvais n'a jamais trouvé que Si» à 25 pulsations artérielles, etc. Mais ce sont là des exceptions qui, sans infirmer la règle générale, prouvent néanmoins qu'il est des êtres qui, en vertu d'une disposition particulière soit organique, soit vitale, ne sauraient être compris dans les groupes généraux. Ce sont ces dispositions individuelles qui constituent l'idiosyncrasie que j'appellerai circulatoire, pour la distinguer des autres idiosyncrasies, dont l'étude est généralement de lé plus haute importance, quand il s'agit de réunir certaines notions physiologiques pour les comparer aux inductions patho» logiques qui donnent quelque certitude au diagnostic.

4^ Si Laennec, armé de son précieux instrument, le stéthoscope, et rappliquant sur la légion cardiaque de quelques individus en qui la nireulation se faisait avec harmonie et régularité, n'avait constaté par l'audition d'une part et par le tact d'autre part, le doigt reposant sur le pouls du sujet, que l'oreille est légèrement soulevée par un mouvement du cmur isochrone ou presque isochrone à celui de l'artère et accompagné d'un bruit sourd quoique distinct, isochronéité qui ne permet pas de méconnaître que le phénomène est dû k la contraction des oreillettes; qu'immédiatement après^ua bruit plus éclatant et semblable à celui d'un fouet, d'une soupape qui se relève ou d'un chien qui lappe, annonce la contraction des ventricules ; qu'après le second bruit il y a un stlence dû au repos du cœur, etc. ; si cette source d'une fécondité presque inépuisable entre les mains de l'inventeur de l'auscultation médiate, n'avait donné une puissante impulsion aux recherches d'un grand nombre de Iiraticiens, saurionsHdOus qu'en auscultant le cœur, on entend un bruit de diable dans la chlorose : un bruit de cuir neuf dans la péricardite; un bruit de rApe dans Tosaification des valvules de l'aorte ? etc. Nous savons que ces bruits ne sont pas si constants qu'ils diagnostiquent sûrement les maladies que je viens de nommer ; que M. Bouillaud, par exemple, n'a entendu que très*rarement le bruit de cuir neuf dans l'inflammation du péricarde, tandis qu'il n'a rien trouvé de plus commun (huit à dix fois dans deux ans), qu'un bruit de froltement plus ou moins fort qui, dans la plupart des cas, imitait assez bien le bruit de souttet, de rftpe (frottement globulaire de H. Bimmonet), de scie, tel qu'on l'observe dans l'induration des valvules du cœur, accompagnée d'un rétrécissement plus ou moins prononcé de l'orifice auquel ces valvules sont adaptées; que H. Chomel, dans quelques cas d'hypertrophie excentrique du cœur qu'il a observés, a constaté un bruit ressemblant à celui d'un corps de pompe ou de souflBet, et nie qu'il soit vrai que ces bruits appartiennent exclusivement au rétrécissement des valvules, quoi qu'en aient dit plusieurs observateurs ; et pourtant, malgré que ces différences dans les obyservations aient donné lieu à des discussions théoriques souvent renouvelées; malgré aussi qu'il s'en soit élevé beaucoup d'autres sur les causes de ces bruits ; tout cela n^empèche pas que l'auscultation médiate ou immédiate rigoureusement appliquée par un praticien exercé, ne devienne pour lui un auxiliaire puissant de diagnostic dans les maladies du système circulatoire sanguin. Ne sait-on pas d'ailleurs que sans l'auscultation, nous ne pourrions sûrement diagnostiquer les pulsations abdominales sans lésion organique de l'artère, de celles qui sont le résultat d'un anévrisme? et que l'audition des battements du cœur du fœtus à travers les parois abdominales de la mère, est un des principaux signes, un signe certain, jamais trompeur, l'unique sous ce rapport, d'une véritable grossesse 7

Si« maintenant que nous avons établi que les données séméiologiques fournies soit par l'état du pouls, soit par les battements et les bruits du cœur, forment unt des séries des

41 PREFAŒ. 4i

coonaissances nécessaires pour former le diagnostic des maladies; si, dis?je, des parties conleiiantes nous passons aui parties contenues, nous dirons que c'est à la comparaison que Ton a faite du sang à Tétat physiologique avec* du sang à Tétai pathologique» et aux nombreuses différences que Ton a remarquées entre eux, que nous devons Tadmissiou, par la génération actuelle des médecins» de cette idée mère, malheureusement trop longtemps délaissée par le plus grand nombre, au commencement de ce siècle, que les altérations humorales, jouent un rôle important et incontestable dans la production des affections luorbides. Ce qui n*empéche pas que, chose singulière, comme s'exprime M. Andral, ces altérations^ dont la réalité et l'importance ne sont plus contestées par personne, sont cependant peu connues, et que très-peu de faits pourraient être cités à l'appui des oonrictions qu*on s*est faites à ce sujet; ce qui n*empèche pas non plus qu'on a beaucoup plus rarement inroqué jusqu'à ce jour l'observation directe du sang que le raisonnement; et même lorsqu'on a eu recours à l'observation, on ne s'en est servi le plus souvent que pour étadier dans le sang les plus simples altérations de se$ propriétés physiques : on reste ainsi dans l'enfance de la science ; pour en sortir, il faut analyser le sang.

Telle est l'idée qui a dirigé M. Hagendie, lorsque, en modifiant artificiellement la composition du sang, il démontrait qu'on peut ainsi créer des maladies. Espérons qu'il n'en sera pas toujours ainsi, et que la pensée qui guidait M. Magendie, fécondée par les expériences exactes et les observations consciencieuses de M. Andral et de son collègue M. Gavaret, déroulante tous les yeux un horizon immense, tous les praticiens y porteront en foule leurs regards, pour recueillir par eux-mêmes de précieux et utiles enseignements.

Jusque-la, et pour qu on sache bien que cette branche nouvelle d'investigations séméiotiques, sources de diagnostic, fortifie de plus en plus nos assertions sur l'utilité des études physiologiques, nous répéterons avec M. Andral : « L'analyse chimique et Qiiscrosoopique, appliquée à l'étude du sang dans les maladies, ne pourrait donner des résultats vraiment utiles sans cette condition indispensable, qu'on aura prélimioairement acquis une connaissance exacte des variétés de l'état physique du sang. A défaut d'un eiamen suffisant de toutes ces diversités d'aspect et de composition que le sang peut présenter, sans que la santé cesse d'exister, on pourrait commettre de continuelles erreurs. »

Sachons donc qu*on peut dire, d'une manière générale, que : 1* indépendamment d'un certain nombre de matières grasses et colorantes dont il n'est pas nécessaire de s'occuper, le sang contient une seule substance organique qui, sans changer de composition, est susceptible de se présenter sous trois variétés bien distinctes, caractérisées chacune par une manière d'être spéciale, et constituant ainsi les trois principaux éléments de ce liquide. Faites que cette matière animale existe en dissolution dans le sang, et qu'elle conserve toujours son état liquide soit pendant la vie, soit hors des vaisseaux, et vous aurez Valbumtne. Distinguez-la de l'albumine en lui donnant la propriété de se coaguler spontanément, et vous aurez constitué un autre élément du sang, la fibrine. Faites enfin qu'intimement unie à l'hématosine elle s'arrondisse en petits sphéroïdes, et vous aurez produit l'élément le plus remarquable du sang, le globule proprement dit.

3* Lorsqu'on place au foyer du miscroscope, entre deux lames de verre, une goutte de sang au moment où elle sort des vaisseaux, on aperçoit d'abord les globules rouges ou globules proprement dits, et, k côté de ceux-ci, on découvre facilement des corpuscules arrondis, blancs, de un cinq centième de millimètre de diamètre, dont tous les observateurs ont reconnu l'existence. Les globules rouges, d'abord parfaitement réguliers, à contours très-nettement terminés, ne tardent pas à s'altérer dans leur forme extérieure. Les uns présentent à leur surfiice une, deux ou trois petites' bosselures, et sont dits framboises : d'autres, ressemblant à des roues d'engrenage, paraissent régulièrement festonnés et découpés sur leurs bords. Tant que la dessiccation de la tache de sang n'est pas effectuée, le nouibre das globules rouges ainsi déformés augmente à mesure qu'on s'éloigne davantage

DiCTIONN. DE MÉDECIN e. 2

45 PREFACH:. 44

du luouient où a commencé Texpérience. Quant aux corpuscules blancs, ils sont d*aulaiit plus rares que raltératioii produite fait elle-même plus de progrès et se généralise davau—

tage.

La rapidité d^apparition de ces espèces de mamelons ou bosselures qui hérissent les globules rouges, et cette circonstance importante que leur aspect extérieur et leurs dimensions sont absolument les mêmes que ceux des corpuscules blancs» tout a porté M. Andral à peuser que cette détérioration des globules était due à un simple accolement des corpuscules blancs qui les entourent.

En suivant attentivement tous les mouvements de déplacement qui se passent au foyer du microscope» il lui a été possible d'assister à la production du phénomèncy c'est-à-dire de voir les corpuscules blancs s'approcher des globules rouges , se déposer à 'eur surface, adhérer à leurs bords» et former ainsi toutes les variétés possibles de globules framboises et festonnés. Cet aspect mamelonné, que les uns ont considéré comme l'indice d*un commenceme0t de destruction» et les autres comme le résultat d'une influence pathologique» u*est donc» en dernière analyse» que le produit de la précipitation des corpuscules blancs autour des globules rouges (1).

Ainsi» séparation des .éléments constitutifs du sang en fibrine» en globules et en matériaux solides du sérum dont la presque totalité» 68 à 70 pour cent, est formée par ra1bumine»d'une part; distinction des globules en globules purs» globules en roue» globules festonnés» et auprès d'eux constatation des corpuscules arrondis» blancs» d'autre part; voilé ce que l'analyse chimique et l'examen microscopique font découvrir dans le sang.

Mais ce n'est pas tout que d'avoir vu les globules du sang et les corpuscules» il faut aussi avoir apprise distinguer les globules du pus et les autres globules avec lesquels il est facile à un homme peu exercé de les confondre : ce n'est pas tout que de savoir qu'on peut» par certains procédés, séparer les éléments constitutifs du sang en fibrine» en globules et en matériaux solides du sérum; il faut savoir aussi soi-même en quoi consistent ces procédé5, et quels sont ceux que l'on a jugés les plus parfaits. C'est pourquoi nous renvoyons celui qui voudrait faire l'application de l'analyse chimique et de l'eiamen microscopique à l'étude des maladies» nous le renvoyons» dis-je» aux travaux publiés par les micrographeseo général» et en particulier aux ouvrages de HH. Andral et Gavaret. Ils y trouveront que» la quantité moyenne des globules étant représentée par le cbîflre 127, 1000 dans le sang de l'homme bien portant» on obtient pour maximum» toujours dans l'état physiologique » le chiffre lU), nombre lié à l'état pathologique ; et pour minimum le chiffre 110» nombre qui annonce une grande faiblesse congéiiiale acquise.

Là on trouve encore que la quantité moyenne de la fibrine qui entre dans la composition du sang de l'homme adulte, peut être rapportée à cinq chefs» savoir : Nasse, 2,550 : Fourcrov, 3,800; Lecanu» 2,948 : Andral et Gavaret, 3,000, etc., etc., circonstance indispensable à connaître pour ne pas commettre des erreurs de calcul, une différence de 450 millièmes pouvant exister sans qu'il y ait augmentation ni diminution de fibrine.

(I) Je n ai point assisté à tontes les phases de la iMtnaUon des glolNiies en roue et framboise que j'ai pu découvrir dans une ffoutle de sang frais tiré de uion doigt indiciteur (à Paide d*une piqûre) ei misa entre |leux lames de verre qui ont ëlé placées au foyer du microscope. Maïs ce que je puis affirmer, c*est que ce n'a été que longtemps apr&B que cette goutte de sang avait élé ainsi po«ée a robgeetif de riiistrument, que nous avons pu découvrir ces deux aortes de globules : an commencement de TexpérieRce Ils paraissaient tous parfaitement ours.

Au contraire, en examinant le liquide recueilli dans le crâne d'un enfant mort à la Charité le 22 janvier I&i5» de méningite, nous avons vu de prime abord : 1» des globules de sanj|[ a purs , b framboises, c en roue, d brisés ou déformes; 2» des globules de pus ; > par ci par là quelques fragments de fibrine; 4* des trames albumineuses ; et pourtant nous ne saurions croire que Taspect framboise ou en

roue des globules puisse faire suppo^r une altéralion morbide, polsgue mon sang, qui était parfaitement pur, les a proauitstous les deux. Quant à la dé formation de ces corpuscules, nous Tavon;» vue s'op^T par le centre des globules dans les courants oui se formaient entre les lames de verre en vertu de la capillarité, el par la pression qu'ils exercent réciproquement les uns sur les autres. C'est à ce point que M. Cavarel qui, on le sait, et i'aiine à ie rê|;Mîter par reconnaissance, me dirigetiit dans mes expériences, les ayant réunis en masse au foyer du microscope, de manière à former im corps homogène, nous ne distio|^uàmes plus rien des globules; leur forme ayant éie complètement altérée nar le contact intime et forcé de leur circontcreiice. On ne voyait qu'une espèce de dessin à aréoles, projeunt un reflet rooge4tre, seul indice de la piésence des globules saiigains.

lo PREFACE. 4S

Si j*ai reproduit, un peu. longuement peut-être» quelques-uns de$ principaux passages des écrits de MM. Andral et Gavaret, c'est» d^uue part, parce que nous pourrons par là ooas dispenser de donner ces instructions à Tarticie Sang, dont nous traitons en quel-* que sorte par anticipation; et, d*autre part, pour faire remarquer qu'on ne saurait rester soiidiste exclusif quand on a acquis ces connaissances prélimiuaiipes : et puis n'estce pas que le médecin qui n'est humoriste que par intuition ne fournira jamais une pierre i l'édifice médical? Donc les études physiologiques sont indispensables aux progrès de la pathologie.

Abt. III. — Comtnent la physiologie éclaire-t-elU la thérapeutique ?

La physiologie contribue à éclairer la thérapeutique, répétons-nous, 1* en éclairant notre jugement pour former le diagnostic des maladies, véritable base des indications thérapeutiques; 2* en apprenant au médecin quelle est l'action que les substances médicamenteuses exercent sur l'organisme vivant sain ou paalade ; 3* en dirigeant le chirurgien dans les cas difficiles qui peuvent s'offrir à son observation ; k"" en enseignant à l'un et à l'autre i se servir utilement des modificateurs hygiéniques.

1** Chef. La physiologie éclaire notre jugement pour former le diagnostic des maladies , Térilablé base des indications thérapeutiques.

Comme la démonstration de ce premier chef ressort évidemment de tout ce qui a été dit daus le chapitre précédent, nous pourrions nous borner à la simple énumération de ce &it, incontesté d'ailleurs. Cependant nous nous arrêterons un instant à signaler quelques particularités trop peu répandues dans le monde médical

Ta! dit, en parlant des pulsations artérielles, que sans la connaissance des états divers qu'elles offrent dans l'état physiologique, quant à leur petitesse, leur fréquence, leur leuteur, etc. , nous ne pourrions point àous guider d'après ces caractères divers du pouls, pour en tirer, concurremment avec la somme des connaissances fournies nar les autres symptômes, les signes diagnostiques. Eh bien, cette règle générale trouve son applicatioD d'une manière vraiment concluante dans la distinction qu'il fiiut faire du caractère ces douleurs qui se manifestent chez les femmes en couches. Ainsi, une remarque que U. Paul Dubois nous a invité à faire et que nous avons faite bien des fois, c'est la constatation d'une sorte de lenteur du pouls qui accompagne les tranchées utérines, et qui contraste singulièrement avec la fréquence des battements artériels qu'on observe, au contraire, dans les douleurs inflammatoires ; de telle sorte que, d'après ce praticien distingué, quoique l'accouchée ait éprouvé du frisson, quoique les douleurs aient augmenté d'intensité après ce phénomène fébrile, etc., il sufiit que le pouls reste lent^ pour que le médecin soit sans inquiétude à l'endroit de la nature de ces douleurs; a fortiori^ si à cette lenteur du pouls se joignent les circonstances suivantes, savoir : que la femme a déjà eu plusieurs eu&Dts; que les douleurs ventrales s'étaient manifestées avant l'invasion du frisson; qu'elles persistent à un degré plus ou moins marqué depuis le moment de la délivrance, etc. » etc. , circonstances qui dénotent aussi généralement des tranchées utérines.

Quant l la petitesse du pouls, personne n'ignore qu'une inflammation latente peut amener l'oppression des forces {Voy. Adtnabiie), état pathologique dans lequel le pouls est petit et concentré, ce qui en impose, parfois, pour une véritable prostration des forces ou l'ady- Qainie elle-même. Eh bien, Huxham a proposé un moyen aussi simple que facile pour reconnaître s'il y a réellement oppression ou prostraiion, et Laennec, à son tour, a indiqué une condition du cœur qui permet de faire cette distinction ; rnais comme l'emploi de ce moyen et Tétude de cette condition organique dd cœur ne sont pas communément utilisés ( que je sache, du moins), quoiqu'ils méritent de l'être, nous nous décidons è attirer aujourd'hui Tattention de nos lecteurs sur ces deux objets, comme nous l'avons fait, du reste, dans l'essai de thérapeutique que nous avons publié.

U saignée exploratrice d'Huxham, avons^nous rappelé, consiste à ofuvrir la veine du bras, et, à mesure que le sang coule, à explorer le pouls, en pressant légèrement la radiale du bras qui n'a point été piqué. Si les battements de l'artère se développent, acquièrent plus d'ampleur, plus de force pendant la sortie du sang, il n'y a qu'oppression des forces,

tl PREFACE. 48

et au doit laisser le liquide couler jusqu'à ce qu'on en ait tiré une assez grande quantité pour obtenir un effet «ntiphlogistique ; tandis que si, au contraire, le pouls se déprime encore davantage et s'affaiblit de plus en plus par l'écoulement du sang, il y a proêtradon des forces, et i) faut de toute nécessité fermer immédiatement la veine.

Quant à Laennec, une règle plus sûre que le tact du plus habile praticien, dit-il, c'est le cylindre, attendu que toutes les fois qil'on reconnaît par le stéthoscope que les contractions des ventricules du cœur ont de l'énergie, on doit saigner sans crainte, le pouls se relèvera ; au lieu que si les contractions du cœur sont faibles, le pouls eût-il une certaine force, il faut se méfier de la saignée.

Voilà comment Huxham et Laennec voulaient qu'on procédât ; leurs préceptes sont, on le voit, essentiellement pratiques, et cependant on semble les avoir oubliés, ou tout au moins on les néglige beaucoup, malgré tous les avantages que l'on pourrait en retirer, pour s*en tenir à une autre sorte de saignée exploratrice. C'est-à-dire, nous ne saurions le taire, car nous l'avons vu fort souvent, que, sans examen préalable de l'état des battements du cœur, la plupart des médecins des hospices prescrivent, par exemple, une saignée de cent-vingt grammes (six onces), avec la condition expresse, vu la petitesse du pouls, que, si une demi-heure après l'avoir pratiquée, le pouls s'est relevé, on enlèvera de nouveau la même quantité ou une quantité plus considérable de sang.

Ce dernier mode d'exploration est assez sage, et nous ne prétendons pas le proscrire ; mais si la petitesse du pouls et sa concentration tiennent à une phlegmasie interne que rien ne décèle, croit-on qu'une saignée de six onces suffira pour foire avorter ou même pour diminuer l'inflammation à ce point que le pouls puisse se relever? et s'il se relève immédiatement après la saignée, ne peut-il pas de nouveau être petit et concentré une demi-heure après l'extraction du sang? D'ailleurs, ne pense-t-on pas que l'impression morale qu'éprouvent les individus qui redoutent, soit la douleur que la piqûre produit, soit l'idée de la saignée elle-même, puisse suffire pour changer momentanément la nature des battements de l'artère ? Or, comme ces inconvénients sont inséparables du mode habituel d'exploration ; comme cette manière de procéder est moins sûre pour le praticien, moins avantageuse pour le malade que les méthodes d'Huxham et de Laennec, trop négligéespeut-être de nos jours, nous ne saurions donc trop insister sur la nécessité de les remettre en pratique.

On pourrait, du reste, joindre à cette méthode expérimentale celle qui consiste à défibriner le sang^ afin de savoir, par la quantité de fibrine que l'on obtiendrait, s'il existe ou non une inflammation quelconque. Mais alors il faudrait se borner à recueillir soixantequatre grammes (deux onces) de liquide» une plus grande quantité ne pouvant être soustraite, dans Jes maladies astbéniques, sans préjudice pour le malade.

Il est enfin un cas particulier dans lequel les battements du cœur doivent être soigneusement explora : c'est chez le nouveau-né qui n'a pas encore respiré. Dans ce moment pressant, les pulsations cardiaques sont le seul signe qui annonce que l'enfant n'a pas entièrement cessé de vivre, et par conséquent c'est le seul encouragement que l'accoucheur ait pour persister dans l'emploi des insufflations laryngiennes, moyen vraiment unique pour établir la respiration et sauver le nouveau-né. Ayant été témoin bien des fois de l'attention que H. le professeur P. Dubois porte à cet examen, de la persévérance avec laquelle il répète les insufflations, et de la satisfaction qu'il a éprouvée chaque fois qu'il a ranimé, chez l'enfant né asphyxique, un reste de vie prêt à s'éteindre, nous avons choisi ce nouvel exemple pathologique, dans lequel l'indication thérapeutique repose absolument sur les signes fournis par la circulation, pour arriver à cette conclusion finale, que la physiologie éclaire la thérapeutique» et est, par là, la véritable base des indications curatives.

2* Chef. La physiologie éclaire le médecin sur les effets physiologiques et thérapeutiques des médicaments.

En disant que la physiologie nous enseigne quelle est l'action des remèdes sur l'organisme vivant» nous ne prétendons pas affirmer que les données qu'elle fournit offrent toute

4<j PREFACE. ^

la Gerlitnde désirable, et surtout que tel agent médicateur détermine toijgours les mêmes effets : ce serait là une erreur bien étrange, car non-seulement il n'est pas possible d avoir sans cesse, dans les expériences, des sujets étant absolument dans les mômes conditions physiologiques et pathologiques, circonstances indispensables pour Texactitude de l'opération, mais encore on n'est pas sûr que les remèdes aient été donnés dans le même état depureté et avec la même application de préparation pharmaceutique. Aussi les expérimentateurs diffèrent-ils entre eux sur un bien grand nombre de points, et il est à croire qu'it âudra encore de nouveaux et nombreux essais avant que Ton puisse dice sans restriction : Tel médicament agit néeessairemmt de telle manière dam tel cas donnée à moins d'une idiusjncrasie particulière qui en dénature les effets. Expliquons ce passage par un exemple que la digitale nous fournira.

Sans nous arrêter aux travaux de John Parkinson, qui parle de l'emploi qu'on faisait des feuilles de digitale dans l'épilepsie, pendant la première moitié du xyii' siècle, et de sont application à l'extérieur, contre le goitre ; ni de tous autres travaux antérieurs à ta fin du XVIII' siècle, époque à laquelle on n'avait encore que des idées vagues sur les propriétés do* cette plante : sans nous arrêter non plus aux publications de Darwin (1780) et surtout ë celles de Guillaume Witering (1785) qui, à proprement parler, a le mérite d'avoir, le prenais, déterminé les vertus diurétiques de ce médicament et fait connaître l'activité dont il jouit : sans dire au lecteur comment les observations de Witbering ont été confirmées par celles de Jean Varren, qui, le premier aussi, enseigna la préparation de la teinture de digitale, devenue depuis si célèbre; nous nous transportercns immédiatement à l'époque où Cullen annonça, ce que personne n'avait dit avant lui, que la digitale possède la propriété de ralentir le cours du sang. A peine cette assertion fut-elle donnée, que tout aussitôt les médecins se livrèrent à de nombreuses expériences, mais elles furent peu concluantes, parce qu'ils obtinrent des résultats très-yariés ; d'où on en 8 tiré cette conclusion : « L'action de la digitale sur les organes de la circulation est le point de son histoire sur lequel les opinions des praticiens ont été le plus contradictoires, et cela parce que la plupart avaient observé le ralentissement du pouls, et quelques autres son accélération ( A. Richard ) : on pourrait * ajouter que certains n'ont remarqué aucun effet sensible.

Nous avons dû dire* des expériences peu concluantes : car, tandis que ceux-ci nous ap-« prennent qu'au plus lard le lendemain de son administration, on remarque que le pouls diminue de douze, quinze, vingt et même vingt-cinq pulsations par minute : qu'on Ta vu tomber à vingt (Mérat et Delens, M. Hagendie) ; diminuer de moitié et, en même temps, perdre de sa force dans la phlhisie pulmonaire (Fériar), et cela sans nous apprendre combien de fois par minute le pouls battait avant que le remède eût été administré : ceux-là, beaucoup plus préds, annoncent qu'il a été réduit de soixante pulsations k vingt-cinq (Alibert) ; et dans la manie de quatre vingt-dix à quarante (Cox). Disons, en passant, que Cox prétend qu'on ne doit pas considérer les maniaques comme incurables, tant qu'on n'aura pas employé la digitale, et qu'il conseille de tenir constamment le pouls à soixante-dix pulsations, vu' que, si pendant que l'individu est en fureur on compte nouante battements à l'artère, quand la raison est entière elle n'en donne plus que septante. Descendu à cinquante, il y a mélancolie, et à quarante, le malade esta moitié mort. Ce ne serait donc pas sans danger, dironsnous, qu'on insisterait sur l'emploi de la digitale, jusqu'à ce que le pouls soit tombée ce dernier nombre.

Ce. n'est pas tout» car pendant que Royston et plusieurs autres affirment c^ue la digitate pourprée est le modérateur le plus puissant de l'action du cœur; qu'if agit sur cet organe comme un charme pour le calmer, Rasori improuve cette qualiScatiOn et nie que la digitale jiodère particulièrement la force et la fréquence du pouls. Elle le rend, dit-il, intermittent, et l'intermittence est tantôt régulière et tantôt d'une extrême irrégularité. Quelquefbis, la pulsation s'accompagne d'un tremblement qui imite le pouls dicrote, et d'autres fois, ce sont quatre, cinq nu six pulsations très-fréquentes, suivies d'un nombre d'autres très-lentes. Hais si Ton compte les unes et les autres pendant une minute^ on reconnaît toujours une

diminutioa notable dans la totaliui des pulsations. D*après cela, ajoute le professeur de Milan, il semblerait que la digitale mériterait plutôt le titre de perturbateur de la circulatioa sanguine, et que pour ce qu'on en sait, c*est Tunique substance qui possède cotte propriété.

Les observations du docteur Hahnemann paraissent confirmer Tune et Tautre de ces assertions, puisqu'il assure avoir remarqué que la première dose diminue le nombre des battements du cœur pendant quelques heures, et que le pouls ne tarde pas à reprendre sa vitesse ; ce qui, du reste, a lieu quand on augmente la dose du médicament.

Quoique nous ne voulions guère intervenir dans cotte discussion des titres de modéren teur et de perturbateur que Ton a donnés à la digitale, nous ne pouvons passer sous silence que la perturbation mentionnée par Rasori avait été signalée depuis longtemps par Marcard ; c'est-à-dire que ce médecin, tout en accordant à ce médicament la propriété de ralentir le pouls, s*est exprimé en ces termes ; « Toutefois, dans mes expériences, elltf n'a produit cet effet qu'à la dose de quatre grains matin et soir. Alors elle a excité un tel tumulte dans le corps, qu'il vaut mieux laisser le pouls tel qu'il est que de le tranquilliser à ce prix. J'ai observé aussiqu'elle rendait le pouls irrégulier, au lieu de le ralentir réellement et avec régularité.»

Laennec a fait la même remarque. 11 ne parle pas, il est vrai, de mouvements tumultueux; mais en essayant ce remède, non parce qu'il était alors généralement employé dans le traitement des maladies du cœur, mais bien d'après l'opinion généralement répandue que, outre ses effets diurétiques, il exerce encore une action sédative sur le ventricule^ il eut occasion de se convaincre que cette action n'est Jamais bien évidente, et surtout constante, même quand la dose a été portée au point de produire des vertiges, des vomissements. 11 a remarqué seulement, avec plusieurs praticiens qui se sont occupés des propriétés de cette substance, que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère souvent les battements du cœur, et que, par la suite, elle semble les ralentir.

Ainsi, d'après les expériences de Marcard, de Rasori et de Laennec, il serait évident quo l'action sédative de la digitale n'est que secondaire et que, comme l'ont du reste prouvé les expériences de la société d'expérimentation d'Allemagne, provoquées par Joerg, et celles de William Hutchinson, l'effet primitif de ce médicament serait d'accélérer toujours les mouvements du cœur. Ceux qui soutiennent celte opinion pourraient s'étayer également de cette règle, qui est généralement admise, que, si l'on continue le remède à faible dose, et, à plus forte raison, si l'on en discontinue l'usage, les pulsations deviendront plus faibles et moins fréquentes, et après trois jours le pouls aura repris son rhythme naturel.

Ces résultats divers seraient-ils la conséquence des conditions spéciales dans lesquelles se trouvaient les individus qui ont pris de la digitale? C'est probable, car si l'on tient compte, 1" des observations de M. Baidlou,qui, d'après des essais tentés sur lui-môme, a été amené à conclure : « Le ralentissement du pouls produit parla digitale n'a pas lieu si la personne qui en fait usage se tient debout ; il diminue beaucoup si elle est assise ; il a complètement son effet lorsqu'elle est couchée : » effets divers contestés par Rasori après avoir obtenu des résultats bien différents sur quatorze individus atteints, presque tous, de maladies, elles aussi bien différentes; 2" des remarques de M. Orfila, de Broussais, de M. Bégin et autres qui ont noté que la digitale ne produit le ralentissement du cœur que lorsqu'elle est déposée dans un estomac sain, exempt d'inflammation, et qu'il n'en existe pas dans les principaux viscères; que dans les cas contraires elle l'a accéléré, en faisant faire des progrès à la phlogose : on dira avec Cullen, Carminati, Alibert, Nysten, M- Dubois d'Amiens, etc., etc., que ce médicament ralentit la circulation ; ou bien avec Saunders, Marcard, Rasori, etc., que, même à faible dose, il occasionne une augmentation notable dans le nombre' des pulsations du pouls et une sorte de réaction fébrile. Et si, indépendamment de toutes ces causes d'incertitude, nous ajoutons que M. Orfila, expérimentant sur lui-même, a pris tous les jours, pendant un mois, depuis quatre jusqu'à vingt grains de digitale en poudre, sans avoir observé jamais la moindre diminution dans les battements du cœur : que M. Cbomel l'a employée nombre de fois sans qu'elle ait déterminé de ralentissement dans le cours du sang : qu'il a vu fré-

queoiuieukt soit à THÔtol-Dieu, soit à la Charité» des sujets atteints d^bypertrophie au cœur^ chez lesquels» par 1q seul effet du repos et du régime, le nombre des battements du ventricule est descendu» dans les premiers jours qui ont suivi leur admission» de quatre-vingts pulsations à soixante» à cinquante» à quarante par minute, changement qu*on n*aurail pas matï" i\^é d'attribuer à la digitale^ si eHe eût été prescrite ; il faudra répéter aujourd'hui ce que Katier écrivait en iS29» que : C*est encore \xn point à éclaircir, que cette vertu attribuée par plusieurs à la digitale.

Il en sera toujours ainsi» si on ne se livre à de nouvelles expériences ayant pour objet de constater Faction de cette substance sur un nombre déterminé d'individus d'âges» de tempéraments, de sexes différents, jouissant d'une santé également forte et robuste » et placés dans les mêmes conditions hygiéniques. Ce choix fait» en notant avec exactitude les variations journalières que le pouls de ces individus éprouverait» avant et après le repas, à midi et le soir» et cela pendant plusieurs jours consécutifs, on aurait alors une cjuuaissance exacte» certaine, de Tétat physiologique de leur pouls. Puis la digitale leur étant administrée alors qu'on les laisserait toujours .dans les mômes conditions hygiéni-qties, on sauraitentin quelle est l'action physiologique de cette substance.

Une fois roffet physio]ogi({ue connu, on expérimenterait dans les hospices sur aes groupes de sujets ayant la même maladie ou des maladies différentes ; on noterait les cbaugements divers qui surviendraient dans le nombre des pulsations artérielles, et Ton saurait enfin, à n'en plus douter» si la digitale accélère ou non, ralentit ou non» quelquefois ou toujours, le cours du sang. C'est aux physiologistes à faire la première série d'expériences» et aux praticiens à s'appliquer ensuite à la seconde série, puis à nous donner le tableau comparatif des unes et des autres * d'oii VuiilUé des connaiseaneeê phyêiologiquee en thérapeutique.

Uais ce n'est pas seulement en aidant les expërimeniatenfs dans leurs recherclies que la physiologie éclaire la thérapeutique , elle les dirige aussi dans le choix de la voie par iaqoelle le médicament doit être introduit dans l'organisme vivant, et du moment le plus opportun pour son administration. C'esl-è-dire , que, connaissant les lois de l'absorption selon les Ages, et sachant, par exemple, qu'elle est plus active par l'estomac que par le fondement, et par celui-ci que par la peau, et cela dans des proportions que M. Prunelle a calculées être :: 1 : il à l'intérieur ou à l'extérieur» moins de 1 : 11 au commencement ou à la On du tube digestif; on évitera» si les circonstances le permettent» de se serîirde la méthode de Iatraliptique {Yoy. ce mot) chez les vieillards» ou bien» on forcera la dose du remède, ou bien encore on enlèvera l'épiderme à l'aide d'un vésicatoire, ce qui n'est point nécessaire, chez les enfants» à moins qu'on ne veuille agir plus vite.

Bien plus, les physiologistes, en nous apprenant quelle est la durée moyenne de la diges^ tiou, c'est-à-dire combien de temps le bol alimentaire reste dans Testomac, et les autres lois Je la digestion » nous ont prévenus par là qu'il fallait que deux heures au moins fussent écoulées, avant de faire arriver dans le ventricule» qu'on a légèrement alimenté, le médi^ cament qui doit calmer la douleur» ou fixer l'accès fébrile» etc.

Enfin, depuis que H. Orfila» dans ses savantes recherches sur les poisons» a» le premier» prouvé par des expériences nombreuses» consciencieusement faites» que toute substance vénéneuse est absorbée ; qu'elle va partout dans le corps vivant, mais primiliveiueut et principalement dans le foie» qu'elle peut être éliminée parles urines, etc., nous savons fous que l'indication thérapeutique consiste, après avoir cherché à expulser le poison I^ar le vomissement, à le dénaturer par un contre-poison, quand on arrive à temps, à favoriser l'exercice de la sécrétion urinaire , tout en combattant les symptômes généraux ou locaux que l'agent délétère aura produits. Donc la physiologie éclaire la thérapeutique.

3' Chef, La physiologie dirige le chirurgien dans les cas difliciles qui peuvent s'offrir ^ son observation. Comme il est beaucoup plus facile de prouver cette proposition par Jes faits que par le simple raisonnement, nous allons rapporter trois observations peu connues, desquelles nous déduirons quelques conséquences pratiques propres à démontrer <l«*il esl des services que la physiologie rend à celui qui exerce la chirurgie. Nous au-

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nous pu en citer un plus grand nombre, mais nous voulons éviter des longueurs inutiles, chaque praticien exercé en possédant d*à peu près semblables. Nous nous bornerons donc à transcrire sommairement les trois dont il s*agit, qui réunissent la nouveatUé (quoique fort anciennes, mais elles sont inédite^) à Futilité des conséquences qu'on en peut tirer,

1'* Observation, Je me rappelle avoir ouï raconter à M. Lordat (Leçons de physiologie) ou traitant de l'activité de Toesophage, qu'un individu mangeant une atberge eut un mouvement de colère pendant lequel il avala le noyau du fruit avec la chair qui y était attachée. Il ne l'eut pas plutôt avalé, qu'il éprouva une sensation de suffocation. Il crie au secours , on arrive, plusieurs praticiens sont réunis, une consultation a lieu, et quelques-uns sont d'avis qu'il faut pratiquer l'œsophagotomie. H. Lordat pense au contraire qu'il vaut mieux attendre un peu, pour savoir si le sommeil ne rendrait pas à l'œsophage ses mouvements péristalliques momentanément suspendus par la présence du corps étranger, et propose en outre de donner une potion calmante propre à favoriser le sommeil en même temps que la cessation du resserrement spasmodique du conduit odsophagien. On se rend à son avis, la potion est administrée, le malade s'endort, et, à son réveil, il ne sentit plus aucune gène dans la respiration ; le noyau était descendu dans l'estomac.

Dans ce cas, le physiologiste avait cru reconnaître que les accidents éprouvés par l'inilividu étaient le résultat d'une ewaltaiion de la sensibilité de l'oesophage, et il pensa que cette exaltation pouvait se calmer è mesure que les fibres du conduit s'habitueraient à la présence du corps avalé : il espéra également que la potion, en facilitant le retour du sommeil ou du calme nécessaire au relAchemeut des fibres vicieusement contractées, ferait cesser les accidents, et le plus heureux succès justifia sa prévision.

S* Obêtrvatiim. En 1817 environ, une persgnne, atteinte de dureté d'ouïe, consulta deux médecins célèbres. Baumes et Chrestien. Ceux-ci, après avoir cherché quelle pouvait être la cause de la maladie, s'arrêtèrent à l'idée qu'il devait y avoir un embarras dans l'oreille interne et décidèrent qu'il fallait ouvrir les cellules mastoïdiennes, afin d'y faire des injections qui débarrasseraient le conduit. En conséquence, le malade fut envoyé à Delmas pour qu'il procédât k l'opération. Celui-ci, avant de la pratiquer, ayant interrogé le sujet et exploré le fond de la bouche pour voir si les parties étaient dans l'état normal, aperçut une rougeur avec tuméfaction du palais et imagina, en physiologiste éclairé, que Tengorgement de la muqueuse qui tapisse ce point de la cavité buccale et la trompe d'Ëustache pouvait, en empêchant la libre pénétration de l'air dans l'oreille interne, occasionner cette dysécée. En cela il pouvait appuyer son diagnostic, et il le fit peut-être, des remarques de Boerhaave qui avait vu les ulcérations de la gorge amener en se cicatrisant une surdité incurable, par l'occlusion de l'orifice extérieur de la trompe d'Ëustache. Quoi qu'il en soit, Delmas pensa qu'avant de faire l'opération il fallait pratiquer une saignée locale, pour essayer si, en détruisant l'engorgement, qu'il considérait avec raison comme la cause de la surdité, la maladie ne disparaîtrait pas. Quatre ou cinq sangsues furent donc appliquées, et à peine le dégorgement était-il opéré, que l'ouïe reprit toute sa netteté.

3* Observation. Une petite fille s'amusant avec un dé à coudre qu'elle mettait dans sa bouche, le perdit. Qn ne sut ce qu'il était devenu, ce qui fit croire qu'il avait été avalé. Des vomitifs et des purgatifs furent administrés ; mais, le dé n'ayant pas été expulsé, ou pensa qu'il s'était oxydé. A quelque temps de là, M. Sernin (deNarbonne) s'étant rendu dans la maison qu'habitait l'enfant, qui était alors très-amaigrie et desséchée, il s'approcha d'elle pour l'examineTt mais celle-ci effrayée poussa des cris qui firent entendre des sons nasillards,

M. Sernin, ayant alors interrogé les parents, apprit d'eux que les liquides que leur fille buvait étaient régurgités et rendus en partie peix les narines. Or les sans vocaux annonçant un vice d'organisation de la voûte palatine, et la régurgitation indiquant que le voile du palais ne s'abaissait point pendant la déglulition, en ohysiologiste habile, le chirurgien de

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Narbonne diagnostiqua quo le dé était dans les arrière-narines. Les assistants étonnés eu doutèrent; cependant «on permit que Texploration en fAt faite. M. Sernin eiamiua donc le Toile du palais et trouva le dé qui était enchatonné. Il divisa les parties, détruisit les adhérences» retira le corps étranger et obtint une guérison aussi prompte que solide.

Quelles conséquences pratiques peut-ontirer decesobservations?Que,grAce è leurs connaissauces en physiologie, H.Lordat etDelmas se sont montrés chirurgiens capables et experts, car ils ont Tun et l'autre fait preuve d*une grande prévoyance et de beaucoup de sagacité, en guérissant leurs malades sans le secours des moyens chirurgicaux ; moyens violents par lesquels l'opérateur cherche, hélas I trop souvent, à faire briller son adresse et sa dextérité. C'est aussi ce que fit Buchanan, dans un cas de surdité. Au lieu de perforer la membrane dj tympan desséchée, il obtint la guérison du sujet en oignant cette membrane à Taide d'une bougie onctueuse ; se fondant, sans doute, sur cette loi physiologique, que la mollesse et Télasticité de la cloison tympanique sont nécessaires à la perception des sons.

Quant au fait de la jeune fille opérée par M. Sernin, il prouve à son tour que le savoir en physiologie fournit les meilleures données pour arriver au diagnostic chirurgical, que nous savons être la base des indications thérapeutiques.

Et maintenant, si, nous servant de nouveau d'un des exemples que j'avais adoptés précédemment (l'étude physiologique de la circulation fœtale à l'aide du stéthoscope), nous eu faisons Tapplication h l'art obstétrical, que constaterons-nous ? Nous constaterons : V que l'auscultation des doubles battements du cœur fœtal est d'un très-grand secours, nous le répétons, pour arriver au diagnostic de la grossesse et faire distinguer, avant l'époque de laccouchement, si le développement de l'utérus est dà à une véritable conception, ou bien, s'il dépend de la collection d'un liquide ou d'une tumeur anormale ; 2" que la différence de rh^ thme dans les battements du cœur de deux fœtus renfermés dans la même matrice, différence que M. Depaul a constatée dans plusieurs cas être de sept à quinze pulsations par miuute, peut servir à faire reconnaître une grossesse double, et que même dans les cas où la grossesse multiple n'aurait pas été soupçonnée avant la rupture des membranes. Ta constatioD, après l'écoulement du liquide amniotique, des doubles battements distincts et éloignés, peut permettre de regarder comme à peu près certain qu'ils sont le résultat de l'impulsion de deux cœurs. M. le professeur Dubois a observé trois cas de ce genre et, nous oevons le dire, cette découverte est extrêmement utile à l'homme de l'art, vu la nature des soins qull faut donner à la femme en travail. 3" Que ce moyen d'exploration abdominale peut aider l'accoucheur à avoir une idée à peu près certaine de la présentation de l'enfant, autre circonstance non moins importante que la précédente, k* Que dans les cas d'inertie de la matrice, ou d'une présentation par le tronc, l'application du forceps ou la manœuvre de la version ne sauraient être tentées que tout autant que la vie du fœtus serait compromise, ce que dénotent la lenteur et la faiblesse des pulsations fœtales et la difliculté que Ton éprouve è les entendre. Donc les connaissances que l'auscultation fournit, servent à éclairer ces points réellement pratiques de la thérapeutique chirurgicale.

Ce n'est pas tout, et si nous ajoutons, pour changer d'exemples et les varier, que dirigés par les lois de l'absorption, M. Barry d'abord et après lui M. Adelon, Laennec, MM. Magendie, Orfila, Petroz, etc., ont tenté des expériences qui leur ont permis de constater que des poisons introduits dans une plaie peuvent être neutralisés dans leurs effets, au point d'éviter la manifestation des symptômes de l'empoisonnement, si on agit de bonne heure, et de les faire cesser, s'ils sont déjà déclarés: que ces heureux résultats s'obtiennent par l'application réitérée de ventouses sur la plaie empoisonnée, moyen qui agit soit en rappelant à la plaie et en retirant de la circulation la partie de poison qui avait été déjà absorbée (M. Barry) ; soit en prévenant l'absorption d'une nouvelle quantité do poison, celui qui a pénétré cessant bientôt d*agir, parce qu'il est promptement rejeté hors de l'économie, par les diverses sécrétions excrémentitielles (M. Ségalas) ; soit enfin, qu'en agissant par une action physique, la ventouse retire de la plaie le poison, s'il est volatil ou liquide, <»omme le ferait la succion (Vauquelin, Virey), ou bien imprime à la circulation capillaire

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fie la partie dan.s laquelle il a élé déposé, une direclion exceDlrique qui doit s'opposer à suu iniroJuclion dans réconomie, comme le prouve l'afflux du sang qui se fait à la surface de la peau soumise à Tacliou d'une ventouse (M. Adelon), etc.; il sera démontré pour nous qu'à l'aide de lenrs philanthropiques essais, ces médecins nous ont indiqué un moyen foft simple de remédier aux accidenU des plaies empoisonnées, alors qu'on n'avait, pour les faire cesser, d'autre ressource que l'amputation (Fontnna) ; et encore lui refuse-t-on cet avantage (Russel, M. Orflla). Et dans les cas d'imperforation des parties génitales externes chez la jeune HUe, n'est-ce pas aussi les lois physiologiques qui dictent au chirurgien le précepte d'attendre l'époque de la puberté, afin de voir si le sang menstruel retenu par la inerabrane qui bouche l'orifice vaginal (je suppose l'existence de cette sorte d'imperforation), ne forcera point cette membrane, en la poussant en avant, à former une saillie qui indique le lieu d'élection où doit être porté l'instrument tranchant et augmente les chances probables de réussite, si tant est que la nature ne soit pas assez puissante pour rompre elle-même la cloison ? N'est-ce pas aussi les lois physiologiques qui nous ont appris qu'il se manifeste à celte époque des hémorragies supplémentaires par telle ou telle voie, qui maintiennent les pubères, quoique mal conformées, dans un état de santé satisfaisant, et prouvent l'inutilité de l'opération? Donc, il suffit de faire l'application des lois physiologiques aux cas dits chirurgicaux , pour être convaincu que la connaissance de ces lois rend parfois à l'opérateur, surtout au malade, le service immense d'éviler une opération dont les chances de succès sont toujours douteuses, et parfois enfin, nous montre le lieu d'élection, nous le répétons, sur lequel l'opérateur peut sûrement plonger le bistouri, etc., etc. Donc, encore une fois, la physiologie forme le jugement, retient ou dirige la main souvent incertaine du chirurgien.

4' Chef, La physiologie enseigne aux praticiens la manière d'user avec discernement do rinfiuence que les modificateurs hygiéniques externes ou internes exercent sur l'organisme vivant.

Il n'est besoin, ce me semble, pour développer et faire accepter cette proposition, que do rappeler brièvement au souvenir de mes lecteurs la conduite que les médecins et les chirurgiens tiennent, lorsqu'ils veulent prévenir ou guérir les maladies dont le sujet est menacé ou atteint. Et par exemple, quand, pour modifier ou détruire la diathèse scrophuleuse ^oy. Duthèse), ils envoient l'écrouelleux dans un climat sec et chaud, lui conseillent de se nourrir de viandes rôties, de boire des vins généreux, de ne point rester inactif et exposée la fraîcheur de l'atmosphère, la nuit surtout, d*évilerla suppression de la transpiration, etc., etc.; quand, agissant avec le même discernement, ils prescrivent au pléthorique les exercices du corps poussés jusqu'à la fatigue, ou jusqu'à déterminer d'abondantes sueurs, une nourriture légère, tirée surtout du règne végétal, des boissons aqueuses, en un mot toute chose qui le disposerait au développement des maladies • sthéniques ; quand , pour soustraire leurs malades à l'impression fâcheuse d'un air froid et sec, ils ordonnent de iaire dégager dans la chambre du pneumonique d abondantes vapeurs aqueu- . ses, émollientes; d*habiller le rhumatique de flanelle, de transporter ^e phthisique dans une étable, etc.; quand enfin, les chirurgiens par un régime convenable réparent les forces du malheureux qui doit être opéré, combattent à laide de moyens appropriés la dyscrasie du sang qui se décèle par des symptômes divers ; ou lorsqu'ils évitent l'impression de la lumière sur l'œil qu'il ont opéré de la cataracte, ou qu'ils mettent un blessé à l'abri d'une atmosphère humide, etc. : à quelles lois croyez-vous qu'ils obéissent ? Aux lois fiygiéniques, n'est-ce pas ? Or, comme ces lois n'ont été formulées qu'alors qu'on a pu distinguer, par des connaissances déjà acquisesen physiologie, quand et comment les qualités de l'air, la succession des saisons, et leurs intempéries, la variété des aliments, le genre de vie, les affections morales, etc., par les modifications qu'elles impriment à la machine humaine, peuvent être ou sont réellement une cause de maladie, ou bien un moyea (iréservatif ou curatif de celle-ci, nous avions donc raison d'avancer que la science de l'homme enseigne aux praticiens, l'art de se servir avantageusement des choses qui font la uialière de Thygiène Orla ressort évidemment, d'ailleurs, des définition et division qu'on a

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donuëes et des distinctions qu*on a établies de cette branche de la médecine» qui a pour but la conservation de la santé en orévonant les maladies. Yoy. Hyoiâ.nb.

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