PREMIÈRE PARTIE
HYDROGRAPHIE ET GEOLOGIE.
I. Hydrographie. — La province de Luxembourg est située sur les hauteurs qui séparent le cours de la Meuse de celui de la Moselle, et qui, faisant partie du versant nord-ouest du Jura et des Vosges , commencent entre TouletPagney, et finissent dans les montagnes de l'Eifel, entreBonne et Aix-la-Chapelle. Maisuneétude plus exacte du nord-est de la France et des pays rhénans adjacens, ne permet pas de s'arrêter à cette considération; car il y a deux systèmes de montagnes entièrement dif- * férens qui se réunissent dans cette province et qu'il faut étudier séparément, quand on veut bien connaître la configuration de son terrain d'où résultent les principales directions des cours d'eau.
Les Vosges et les montagnes du Hartz ontune direction longitudinale du S. S. 0. vers N. N. E., et produisent en général la pente de cette partie de la France qui leur est adossée vers 0. N. 0. (1). Les montagnes schis-
(I J Voyei l« carte militaire des pays entre 1c Rhio et la Meuse, publiée par Ch. de Decker, à Berlin, 1824.
teuses entre le Rhin et la Meuse , celles du Hundsruck, de TEifel etdes Aryennes, ont au contraire une direction longitudinale principale de E. N. E. vers 0. S. O., avec une pente générale versN. N. 0.; et du concours de ces deux systèmes de montagnes résulte une modification notable de la surface de la partie de N. E. de la France, car les montagnes secondaires adossées à la chaîne granitique centrale des Vosges par niveaux décroissans de plus en plus vers l'ouest , forment des chaînes parallèles à la chaîne primitive. De même, les montagnes secondaires anciennes qui s'adossent à la pente méridionale du Hundsruck , sont disposées sur des lignes parallèles à la direction des montagnes de transition qui leur servent de support. Mais au concours des chaînons parallèles aux Vosges avec les montagnes schisteuses du Hundsruck et des Ardennes , ou avec les montagnes secondaires anciennes qui leur sont parallèles, les premiers changent de direction septentrionale pour prendre une direction occidentale, et former dans les points d'inflexion une sorte de nœud de montagnes ou de ter— rain élevé d'une étendue considérable. Seulement, dans le terrain schisteux entre le Rhin et la Meuse , il faut remarquer une échancrure profonde entre Merzig et Arlon, qui s étend vers le nord jusque dans les environs de Hillesheim dans l'Eifel, et par laquelle ce terrain est partagé en deux moitiés, dont Tune est située entre la Moselle et le Rhin, tandis que l'autre s étend vers la Meuse. Cette échancrure, formant une sorte de bassin étroit, rempli de montagnes secondaires dirigées vers le nprd, ne dérange que fort peu la loi énoncée, qui
s observe dans la direction des montagnes secondaires de la Lorraine. Pour avoir la preuve de cette assertion, il suffit de faire attention au grès rouge des Vosges qui, s'étendant depuis Plombières jusqu'à Kaiserslautern , prend dans les environs de cette ville une direction horizontale jusqu'à S*-Avauld, pour y reprendre sa première direction septentrionale jusqu'à Hillesheim, d'où il remonte le long des Ardennes pour disparaître dans les environs d'Ospern. On peut faire la même observation sur la direction du calcaire coquillier, depuis Blamont jusqu'à Bliescastel Bittbourg et Ettelbruck. Le grès de Luxembourg lui-même forme une sorte de chaînon , parallèle aux montagnes secondaires plus anciennes, dirigé du midi au nord, depuis Rodemachern jusqu'au delà d'Echternach ; et les chaînons de calcaire oolitique qui, commençant au Jura, s'étendent versMe nord jusqu'à Th ion ville , changent leur direction à la montagne de S*-Jean dans la commune de Dudelange, et dans les environs de Hayange, pour aller vers la Meuse en passant par Longwy et Virton.
C'est aussi de cette direction des montagnes que dépend le cours des eaux sur le versant occidental des Vosges. Les fleuves ne pouvaient prendre une direction perpendiculaire au faîte des Vosges pour aller joindre la mer en suivant la ligne de plus grande pente, car il leur aurait fallu rompre tous les chaînons occidentaux parallèles aux Vosges. Encaissés entre ces chaînons, ils étaient forcés à suivre les bas fonds qui les séparent, et à se diriger vers le côté de leur plus grande pente , c'est-à-dire , vers N. O. , parce que le Jura s'élève peu à
peu du côté du midi avec une nouvelle direction de ses chaînes vers S. 0., aussi la Sûre, la Nied, la Moselle, la Meurthe et la Meuse, ont une direction presque septentrionale, avec cette différence que la Moselle avec ses aflluens se jette dans le bassin entre Merzig et Arlon , pour rompre la digue formée par les montagnes schisteuses entre Trêves et Coblentz, pendant que la Meuse, détournée presqu entièrement du terrain schisteux par le chaînon de calcaire oolitique qui se trouve entre elle et la Moselle, ne l'entourne que vers son extrémité occidentale, où d'un côté les Ardennes se prolongent vers l'Oise supérieure , et de l'autre commencent à s'abaisser vers les plaines du Brabant et de la Flandre.
La principale rivière de Luxembourg est la Moselle, rivière, depuis 1815, mitoyenne sur un espace d'environ dix lieues entre le grand-duché de Luxembourg et le grand-duché du Bas-Rhin (Prusse), qui a sa source dans le département français des Vosges et son embouchure à Coblentz.
Les rivières qu'il faut citer après la Moselle sont :
i°LaLSûre(die Sauer), également mitoyenne sur une partie de son cours, depuis 181 5, entre le Luxembourget la Prusse et affluent de la Moselle ;
2° UOur, dont la source est hors du territoire luxembourgeois, sert également de limite et se jette dans la Sûre;
3° UAlzette, qui a sa source dans le département français de la Moselle, non loin de la frontière, et qui se jette également dans la Sûre;
10 COUP-D'ŒÎI.
4° La Semoiê, qui a sa source près d'Arlon et qui sort du territoire luxembourgeois pour se jeter dans la Meuse;
5° La Chiers, qui a sa source à Obercorn et qui sort également du territoire luxembourgeois pour se jeter dans la Meuse ;
6° L'Ourle , qui a ses deux sources dans le Luxembourg, et qui se jette dans la Meuse près de Liège. Cette rivière a deux branches à son origine, Tune prend naissance entre Bastogne et fteufchâteau, l'autre entre Glervaux et Vielsalm ; elles se réunissent après un cours de 10 lieues environ un peu à l'amont de La Roche.
7° La Lesse, qui prend sa source près de Neufchâteau et débouche dans la Meuse au-dessus de Dinant.
Il y a sur le territoire luxembourgeois un grand nombre de ruisseaux dont plusieurs ne peuvent recevoir le nom de rivière que lorsqu'ils sont grossis par les torrens; tels sont :
1° La Syre, affluent de la Moselle';
2° VAttert , affluent de l'Alzette;
3° Les deux Erns, affluens de la Sûre;
4° UEiêch ou YEischen, affluent de l'Alzette;
5° La Wilts, affluent de la Sûre;
6° La Vierre, affluent de la Semois ,
7° Le Kir ou le Ton, affluent de la Chiers;
8a UAtnblève, affluent de l'Ourte, et beaucoup d autres mentionnés dans ce dictionnaire.
La province de Luxembourg est la partie de la Belgique qui fournit la plus grande masse d eau au pays : on peut calculer le produit minimum de ses sources à
SUR LA PROVINCE DE LUXEMBOURG. Il
environ 40 mètres cubes par seconde, ce qui fait un produit journalier de 3,456,000 mètres au temps des sécheresses.
Les eaux du Luxembourg suivent en général quatre directions différentes :
Une partie est versée par divers courans dans le vallon de la Semois et se rend à la Meuse en France.
Une partie tombant par plusieurs places s écoule par la Lesse et ses afHuens aussi vers la Meuse.
L'Ourte forme un troisième réservoir qui porte les eaux d'une grande surface à Liège.
Enfin la Sûre reçoit par un très-grand nombre de petites rivières près du tiers des eaux de la province et les porte à la Moselle.
Il existe aussi des sources minérales, mais dont les qualités ne sont point encore suffisamment constatées pa r des expériences chimiques (voyez Born, Schengen, etc.).
Le territoire luxembourgeois offrait de grandes ressources à la canalisation projetée en 1825, canalisation qui aurait pu être étendue au pays entier dans presque toutes les directions.
Par une disposition du 10 avril 1838 le gouvernement a ordonné une nouvelle étude d un système de canalisation et d'irrigation qui s'appliquerait plus particulièrement au Luxembourg wallon.
II. Géologie. — Sous le rapport géognos tique, le territoire luxembourgeois doit être partagé en deux parties dont lune appartient au terrain de transition, etl'autre au terrain secondaire (1 ).
(I) Il n'exlrte p» de mémoire «Meneur a celai de M. Oaalim »ar la géologie do nord de
is coup-irait.
D'après les observations de M. Steiniger, Vianden est situé sur le terrain schisteux, tandis que les villages de Gentingen et Obersgegen sont sur le grès bigarre ; Diekirch et Ettelbruck sont environnés de montagnes de grès bigarré, couvert par le calcaire coquillier; le terrain schisteux commence à quelque distance au N. de Diekirch et à une demi-lieue à l'O. d'Ettelbruck. Le village de Platten, près d'Osperen,et celui de Roeden sur l'Attert, sont situés sur le grès bigarré; mais on en trouve le terrain schisteux peu éloigné vers le N. 0. Il s'élève de même au— dessus du terrain du grès de Luxembourg, au N. de Rossignol et de Florenville, et se trouve, d'après MM. d'Oeynhausen et de Dechen, à Mézières et au N. de Sédan, de sorte qu'il faut convenir que la limite du terrain de transition est suffisamment connue dans le Luxembourg.
La contrée du Luxembourg désignée sous le nom d'Ardenne, est en général peu intéressante par son uniformité; elle n'est composée que du thonschiefer, de la grauwacke, du grauwachenscheifer et du hornfels des géognostes allemands , ou de couches de schiste argileux et d'ardoises, de psammite sablonneux et schistoïde , de phyllade pailleté et quartzeux , et de quart-
la Franco, dam lequel la limite entre cet deux terrains «oit indiquée; il n'y a même aucun de géognostes qui ont écrit après lui , qui donne des renseignera en s nouveaux sur la limite des terrains dans la partie occidentale du Luxembourg , quoiqu'il y ait un assez grand nombre de cartes minéralogiques de celle partie de la Belgique , publiées depuis 1808. La carte qui, par ses détails, mérite la plus grande attention, est celle que MM- d'Oeynhausen et de Dechen ont publiée dans le 3« volume du journal Bertha, sous le titre : Carie du terrain schisteux dan» les Pay»-Ba* et sur le Rhin; elle contient tout ce que l'on sait maintenant de plus exact sur ce sujet, et doit être mise avec le Mémoire sur la géologie du nord de la France , de M. Omalius , au premier rang de la littérature miuéralogiqtie sur la Belgique.
zite ou quartz en roche ; d'après la nomenclature proposée par M. Brongniart dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, tome XLVI, ces roches passent les unes aux autres , et alternent entre elles d'une infinité de manières ; mais le plateau des Ardennes est trop peu entrecoupé par des vallons, pour qu'on puisse bien exactement observer ces alternances; et ce n'est que sur le versant occidental des Ardennes qu'on trouve des couches de calcaire compacte qui alternent, avec les roches dans la direction de la Meuse. .
Sur plusieurs points des Ardennes, M. Steinigera relevé la direction des couches avec une boussole ; nous joignons ici quelques-unes de ses observations.
Direction.
Inclinaison.
Vallée de la Seroois, près de Chiny,
schiste argileux.
Ardoisières d'Herbeumont , ardoises.
Naissin, près de Paliseul, pliyllade pail-
leté.
Environs de Tellin, phyllade pailleté.
Au N.E. de Tellin, calcaire de transition.
Au N.E. de Tellin, phyllade pailleté.
Près de Rochefort, phyllade pailleté.
Près de Rochefort, calcaire de transition.
Au N. E. de Rochefort, phyllade pailleté.
Marloi, calcaire de transition.
Marche-en-Famène, calcaire de transi-
tion.
Environs de Durbuy, phyllade pailleté.
Durbuy, calcaire de transition.
Barvaux-sur-Ourte, phyllade pailleté.
Heid, phyllade pailleté.
Direction.
Inclinai*»
Werleuraont, ardoises.
Ottré, phyllade pailleté ( thomchiefer
primitif).
Ottré, stéascbiste diallogique.
Bihaiu, thomchiefer primitif, dans les car-
rières de schiste vasculaire.
Bibain, autres carrières.
Somerin, schiste argileux.
Houftalize.
AUerborn, près de Lougwilly, phyllade
pailleté.
Cap-Houscheidt, phyllade pailleté.
Tranfelt , sur la Clerfe, schiste argileux.
Viandeo, schiste argileux.
On voit d'après ces données, que la direction des couches est renfermée à peu près entre S. E. et N, E., et que ses variations peuvent aller jusqu'à des différences de 90°; le cas le plus commun est la direction E. 1/4 N. E.; mais en général les couches peuvent avoir une inclinaison de l'un ou de l'autre côté de leur ligne de direction. Peut-être que par des observations exactes et suivies, on parviendra plus tard à démêler la loi de ces variations dans la position des couches; mais jusqu'ici l'étude en est trop peu avancée pour donner plus qu'une idée superficielle du gisement des différens systèmes des couches qui composent presque tous les terrains schisteux, quoique ce soit un sujet de la plus haute importance pour la géographie, et que, même dans les Àrdennes, des questions très-intéressantes s'y rattachent , on pourrait, par exemple , demander si le faîte des Ardennes est composé de couches plus anciennes
SUR LA PROVINCE DE LUXEMBOURG. fS
que celles qui en forment les flancs du côté de la Meuse ou de l'Eifel.
Le phyllade pailleté de Vieil-Salm (Brongn.), le stéaschiste diallogique (Brongn.) d'Ottré et le phyllade porphyroïde (Brongn.) de Deville et Laifour, près de Monthermé sur la Meuse , ont été considérés comme des roches primitives; tandis que M. de Raumer a soutenu qu'à cause de l'inclinaison générale des couches vers le midi, il fallait admettre que les couches septentrionales étaient inférieures aux couches qui leur succèdent vers le midi ; de sorte que le terrain schisteux des Ardennes serait d'une formation postérieure et superposée au terrain houillier de la Sambre et de la Meuse. Jusqu'ici des observations directes n'ont peutêtre pas suffisamment réfuté la conjecture de M. de Raumer.
D'après M. Steiniger, on peut seulement indiquer dans le terrain schisteux de la Meuse trois systèmes de couches différens, mais intimement liés entre eux par la nature des roches et par la concordance de leur gisement. 4
Le premier système est inférieur au calcaire de transition et se compose de schiste argileux et d'ardoise (thonschiefer), de quartzite (quartzfels et hornfels)t de phyllade pailleté et quartzeux (grauuxickenschiefer) , de psammite schistoide et sablonneux (schiefrige und feinkoernige kiselige grauwacke, ou grauwacke schisteuse et grauwacke siliceuse à grains très-fins) et de poudingue psam mi tique (kieselkonglomerat, conglomérat siliceux.
14 COUP-DVXIL
C'est ce système qui compose les Ardennes entre Spa et Prum, et entre Bure et Diekirch. On pourrait croire que dans ce terrain les ardoises forment une chaîne qui passe par Montjoie, Vieil-Salni, Herbeumont, et entre Rocroy et Fumay ; car non-seulement il y a des ardoisières très-importantes auprès de ces endroits, mais on admet aussi communément que la direction principale des couches des Ardennes, comme de tous les terrains schisteux de l'Europe, va de S. 0. vers N. E.; et justement la ligne tirée par Montjoie, Vieil-Salm et Herbemont, prend à peu près cette direction. Il est vrai que le terrain ardoisier de Fumay et de Rocroy ne se trouve plus sur la même ligne; mais comme la direction des couches d'Herbeumont est 0 1/4 S. 0., et que les couches d ardoises de Monthermé sur la Meuse ont un pendage vers le N. , qu elles sont conséquemment dirigées vers 10., on pourrait croire que la chaîne ardoisière de Montjoie et de VieiUSalm s'infléchit vers l'O. dans les parties méridionales des Ardennes. Après avoir bien réfléchi sur la structure de ces montagnes, M. Steiniger était même tenté d admettre comme une loi générale, que toutes les couches des Ardennes prennent une direction plus occidentale à mesure que Ton avance vers le S., et que toutes les bandes des différens terrains y forment de grands arcs, dont les bras méridionaux seraient dirigés d'abord vers l'O. et ensuite vers le N. 0., pendant que les bras septentrionaux se dirigeraient vers le N. E; M. Steiniger croyait encore trouver une nouvelle preuve de cette loi dans la direction de la bande calcaire de transition qui passe par Theux, Dur-
buy, Marche, Bure, Tel lin et Ta vi ligne à TE. de Givet, parallèlement à la bande ardoisière.
Cependant, en parcourant les Ardennes, la boussole à la main , le même géologue a reconnu que ce premier aperçu n'était pas entièrement confirmé par une observation exacte, et qu'il faut distinguer entre l'allure d'une bande de terrain et la direction de ses cou* ches. On voit, par exemple, que la direction des couches est la même à Bihain que dans les ardoisières d'Herbeumont, ou dans le terrain calcaire de Durbuy et de Rochefort ; mais la direction de la bande calcaire qui, depuis Rochefort jusqu'à Durbuy, va presque du S. au N., en est très -différente. Il ne faut donc pas toujourê chercher la continuation d'un terrain dans la direction de ses couches.
Le terrain qui forme les environs de Vieil-Salm et d'Ottré, est d'une très-petite étendue, et ne se rencontre nulle part ailleurs dans les Ardennes; même à peu de distance, et sur le prolongement de la direction de ses couches, on trouve des roches minéralogiques trèsdifférentes, dont le terrain d'Ottré est de toute part entouré. Le phyllade pailleté (thonschiefer) deVieil- Salm et d'Ottré, a la couleur bleu rougeâtre, et une tendance à se diviser en grandes masses plutôt qu'en feuilles; de sorte qu'on en retire des pierres assez grandes pour servir de trumeaux. Il se compose de schiste ( Brongn. ) presque compact, mêlé de petites paillettes de mica; et les ardoises des mêmes endroits ne s'en distinguent que par l'absence de ces paillettes, et parla structure fissile ou lamellaire qui s'observe même
18 COUP-D-ŒIl
dans leurs coucbes les plus minces. En outre, il faut remarquer que les ardoises d'Ottré et le phyllade pailleté de Recht et de Vieil-Salm, contiennent quantité de petits points plus durs que la masse principale, ce que M. S teininger regarde comme diallage métalloïde, d'autant plus que cette substance (1 ) se trouve mêlée au stéaschistegris (talkschiefer) qui forme une couche de plusieurs mètres d épaisseur entre les coucbes de phyllade pailleté et d'ardoises, et dont la direction est la même que celle de ces dernières roches.
Le phyllade pailleté de Vieil-Salm , d'Osart, de la Comté, d'Ottré et de Bihain, est traversé de veines de coticule (pierre à rasoir) jaune , à bords translucides que Ton exploite aux endroits nommés , et dont on fait le commerce dans presque toute V Europe. Ces veines , dont on connaît à Ottré jusqu'à vingt-quatre, ont paru à M. S teininger avoir presque la même direction que le phyllade dans les carrières près de Bihain; mais elles avaient un pendage plus fort que celui des couches de phyllade vers S. E. L'épaisseur de ces veines peut aller jusqu'à deux pouces , et elles adhèrent au phyllade de telle manière qu'elles sont régulièrement traversées
(1) Le minéral en petites lames d uo noir brillant ( qui est mêlé au stéaschiste d'Ottré ) appartient à la variété de diallage, appelée par M.Hauy, métalloïde (scbUlarsteindeM. Werner); d'autres l'ont nommé schillcrspalh. La gangue ett un talc schisteux auquel le mélange du diallage parait avoir communiqué une certaine àpreté. On trouve dans les États-Unis une roche entièrement semblable a celle-ci, qui contient la même variété de diallage; mais cette dernière est en lames plus étendues, ce qui a permis à M. Bauy d'en extraire la forme primitive à l'aide de la division mécanique. Telle est l'opinion de M. Hauy.
Vus par la loupe, les petits points mêlés an phyllade pailleté et aux ardoises de Werlemoat et d'Ottré, ont absolument le même aspect que les lames de diallage qu'on observe dans le stcaschlste. An reste, l'opinion d'Hauy est regardée comme douteuse par M. Brongoiard.
par les plans de stratification qui séparent les couchés dephyllade; on entaille les pierres à rasoir de sorte qu'une couche de coticule jaune adhère à une couche de phyllade, et en soit en quelque sorte supportée.
Le stéaschiste diallagique dont on peut observer un rocher. à f(X d'Ottré et au IN. de Bihain, contient aussi de la coticule bleuâtre; et M.Steiningercroit que cette circonstance démontre la liaison intime qui existe entre le stéaschiste et le phyllade environnant ; de sorte qu il faut ranger tout ce terrain entre les terrains primitifs, Je stéaschiste ou schiste talgueux, étant ordinairement subordonné à ces derniers.
Les ardoises d'Herbeumont sont bleues, et ne présentent aucun des accidens dont on vient de parler ; mais le terrain qui entoure les ardoisières d'Herbeumont est le même que celui qui environne celles de Vieil-Salm et d'Ottré. On a commencé récemment à exploiter des ardoisières à Wolflingen , près de Martelange, qui se trouvent dans la direction des couches d'Herbeumont; mais entre Herbeumont et Ottré, il ny a nulle part des ardoisières, et on ne trouve dans les environs de Neufchâteau et de Bastogne que du schiste argileux bleuâtre ou rougeâtre, et du phyllade pailleté et quartzeux, traversés de filons de quartz blanc qui ont souvent plusieurs pieds d'épaisseur. Dans les bois entre B^nde et Champion , il y a une chaîne de quartzite semblable à celles qui couvrent si souvent de leurs débris les flancs des montagnes de Hundsruck ; il paraît quelle passe entre Bonnerue et St.-Hubert, et entre Bertrix et Palizeul.
20 coup-traiL
Sur le versant occidental des Ardennes, le psammite sablonneux occupe presque tout l'espace entre Tran« sinnes et Tellin , et entre Heid et Vaux-Chavanne ; il ressemble communément à un véritable grès à grains très-fins et d'une grande densité ; c'est cette roche que M. de Humboldt a appelée grès de transition, pendant que plusieurs géognostes allemands, les uns, principalement en Westphalie, l'ont nommée floesleerer sandstein (grès sans couches de houille subordonnées). Les autres, suivant l'école de Werner, grautoacke siliceuse à grains très-fins. Au reste, le psammite sablonneux passe au psammite schistoïde, contenant dans une pâte argilo sableuse beaucoup de paillettes de mica, et même, d'après M. Steininger, le psammite sablonneux passerait au poudingue psammitique (Kieselconglomerat), conglomérat siliceux ; car non-seulement ce dernier passage a été observé près de Roumont, où presque tout le terrain entre ce village et Tenneville est composé de psammite sablonneux ; mais il y a aussi des bancs trèspuissans de poudingue psammitique à Heid, dont M. Steiniger présume qu'ils forment des couches inclinées qui appartiennent au terrain de psammite sablonneux entre Heid et Vaux-Chavanne.
On observe encore dans les Ardennes despoudingues psammi tiques en filons énormes dirigés du N. au S., qui traversent le terrain de phyllade pailleté et de schiste argileux ; M. Steininger en a vu un lui-même dans le vallon de la Warge, près, de Xerdomung , au N. E. deMalmédy , et l'autre a été observé par M. Ornalius d'Halloy, à Pepinster, canton de Spa (Journal des
SUR LA PROVINCE DE LUXEMBOURG. tl
Mines, n° 142, p. 280). Le premier paraît finir en forme de coin dans les bois à l'E. de Vieil-Salm; M. Steininger croit pouvoir rapporter au second les roches de poudingue psammitique qu'il a observées depuis Vaux- Chavanne, jusqu'aux environs de Lierneux, puisqu'il est très-vraisemblable que la direction de ce second filon est parallèle à celle du premier, et qu'alors il doit passer par les environs de Vaux-Chavanne. Au reste, ces filons sont encore très-remarquables comme prouvant à l'évidence que le terrain de schiste argileux et de phyllade pailleté des hautes Ardennes, qu'ils traversent, est d'un âge antérieur à celui du terrain psammitique dans lequel les poudingues forment des couches inclinées et subordonnées.
Le second système de couches du terrain de transition des Ardennes est principalement composé de calcaire compacte gris-bleuâtre, qui forme à lui seul des bancs dune très-grande puissance, divisés en un grand nombre de couches de quelques pieds d'épaisseur, et séparés par des couches de psammite schistoïde et de phyllade pailleté ou de grauwacke argilo-schisteuse à grains très-fins , comme on peut très-bien l'observer entre Belvaux et Han-sur-Lesse ; mais M. Steininger n'ose pas fixer le nombre de ces bancs, parce que leurs ondulations peuvent causer des erreurs, et qu'on est exposé à compter deux ou plusieurs fois le même banc, quand on l'observe sous des directions ou inclinaisons différentes. Les couches de grauwacke qui alternent avec les bancs du calcaire, contiennent souvent des nodules de calcaire et un grand nombre de térébratules, surtout
2% COUMrXEIL
le terebratuliie8 speciosus de Schlotheim, qui a été observé dans les environs de Durbuy. En même temps on y a vu le calcaire reposant sur de la grauwacke qui a le même aspect et contient les mêmes pétrifications que celle dont on vient de parler, de sorte qu il faut la rapporter au même système de couches. En général , les pétrifications sont rares dans le calcaire de transition (mountain iimestone) des Ardennes; cependant M. Steininger a trouvé un assez grand nombre de madrépores et de tubipores dans les environs de Bure ; et il a vu un orthocératite, un fungite et quelques millepores dans la collection de M. Seeliger, à Durbuy. On sait que dans l'Eifel, entre Prum , Gerolstein, Lommersdorf et Call, au Bleiberg, la même formation est infiniment plus riche en pétrifications ; mais ce qu il y a de trèsremarquable, c'est que le système des couches inférieures à ce terrain, et qui composent les hautes Ardennes, ne contient presque aucune pétrification (1), et que dans le calcaire de transition ce sont des animaux de rivage et de basse-mer, comme des zoophytes coralligènes et des mollusques qui y étaient attachés pendant leur vie (2), dont on trouve les dépouilles
(1) A Houffalize, M. de Dechen a observé un banc de grauwacke schisteuse contenant des bystérolilhes ( Rheiniand- Westphalen, vol. m, p. 191) qui pourraient foire exception à la règle énoncée dans le texte, pourvu qu'on connût bien son âge relatif ; mais, d'après des observations faites dans les environs de Prum, les couches de grauwacke qui contiennent leslérébratules , y appartiennent au terrain du calcaire de transition ou l'avoisinent de très-près , aussi bien qu'à Durbuy.
(2) Les térébralules se trouvant surtout dans les montagnes dites d'ancienne formation , Lamarck pense que, pour la plupart, elles habitaient les grandes profondeurs de la mer; mais les xoopbytcs auxquels elles se trouvent réunies dans les montagnes de l'Eifel, ayant été probablement des habitans de basse-mer, l'opinion de Lamarck parait moins vraisemblable ; et quant aux orlhocères , les vivantes se trouvent parmi les sables des rives de la Méditerranée.
pétrifiées. Aussi ce n'est qu'en descendant des hautes Ardennes vers la Meuse , et à une hauteur au-dessus de l'Océan, beaucoup moindre que le faîte des Ardennes , qu'on entre dans le terrain calcaire , comme si les eaux de mer dans lesquelles le calcaire de transition s est déposé, avaient été beaucoup plus basses que celles dans lesquelles s'est formé le terrain qui lui est inférieur.
Les limites du terrain de calcaire de transition passent, comme il a déjà été dit, au S. de Givet, par Tavingne, Tellin. Bure, Marloi, Marche-en-Famène, Barvaux-sur- Ourte, près de Durbuy, et Theux. Le calcaire forme sur cette ligne une bande d'une lieue de large, et c'est surtout â Barvaux qu'on le voit bien superposé sur le terrain de transition inférieur; à Durbuy même , on observe des plis remarquables tant dans ses couches que dans la grauwacke superposée ; ce sont des selles élevées et des jattes étroites qui se succèdent et qui sont mises à découvert par le creusement de la vallée de TOurte.
Outre ces circonstances qui rendent les environs de Durbuy très-intéressans, on doit encore parler d'une couche de double carbonate de chaux et magnésie ou de dolomie, qui paraît être subordonnée au terrain calcaire de Durbuy, et que l'on peut observer à TE. de ce bourg, sur la hauteur qui domine le village de Barvaux. On n'a pu remarquer aucun accident particulier dans la position de cette couche qui, au point où elle a été observée , n'est couverte d'aucune autre substance. Ici rien ne paraît favoriser les idées émises par M. de Buch sur l'origine de la dolomie; mais il faut avouer que la
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couche est trop petite et que le phénomène est de trop peu d'importance pour servir à confirmer ou à réfuter des idées qui ont déjà été fort affaiblies par les analyses des calcaires de la Souabe, publiées par M. G nielin (1). Pour ne rien omettre d'intéressant, il faut enfin ajouter que M. Steininger a observé une couche de kieselschiefer commun (phtanite d'Hauy) dans le calcaire de Durbuy, comparable aux nodules de silex corné (hornstein) , disposées par couches dans le calcaire de transition au rocher Bayard, près de Dinant.
Le troisième système de couches du terrain schisteux des Ardennes et de la Meuse, est le terrain houiller superposé au calcaire de transition , ou, plus généralement parlant, le terrain de transition supérieur au calcaire de transition. Il est composé de phyllade pailleté passant au phyllade carburé, de psammite schistoïde , sablonneux et commun, de poudingue psammi tique , de psephite rougeâtre et de couches de houille, ou de grauwacke argileuse et schisteuse, d argile schisteuse et bitumineuse à empreintes végétales, de floezleerer sandstein et de grès houiller, de conglomérat siliceux et de rothes todtligende$y et enfin découches de houille d'après la nomenclature des géognostes allemands.
C'est ce terrain qui couvre le terrain calcaire et en remplit les bassins vers la Meuse et la Sambre, et qui n'est pas encore assez connu pour qu'on en puisse fixer en général l'ordre de superposition des roches, et les différens accidens de gisement.
(1) Journal de Minéralogie, poblitf par M. de Leonhard; oor. 18W, p. 475.
M. Steininger ajoute seulement qu'il a rencontré le psammite commun (grès houiller)près de Natoie, et que l'on voit une couche de pséphite rougeâtre (rothes todtligendes) alternant avec apparence avec le calcaire de transition à Roullon. près de Namur. Il est possible que le pséphite rougeâtre que l'on observe entre Malmédy et Stavelot soit en liaison avec les couches de Roullon; mais les rapports du gisement du pséphite de Malmédy ne sont pas assez bien connus pour en décider. Enfin on a observé le poudingue psammitique en couches subordonnées au phyllade paillette à Beaufays, àl'E* de Liège , de même qu'il compose les couches inférieures du bassin houiller d'Eschweiler, et qu'on l'observe à Weisweiler, sur le bord oriental de ce bassin.
Quant au calcaire de transition, dont les couches sortent du terrain de transition qui leur est généralement superposé , M. Steininger remarque seulement qu'on l'observe :