‹ Dictionnaire héraldiqueChapitre 3 sur 236 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

Paris. — Imprimerie MIGNE.

■^)itiacc.

Ce livre a été conçu dans le but de faciliter les recherches et d'abréger le travail des archéologues et des énidits français, qui, chaque jour, rencontrent dans les châteaux et les églises, sur les tableaux, les arnaes, les cachets, les meubles et les monuments de toute sorle, des armoiries sans nombre. A qui saurait lire la langue du blason, ces figures héraldiques diraient le nom et le temps des fondateurs ou des possesseurs de ces objets divers. Mais cette langue est aujourd'hui aussi oubliée qu'elle était autrefois répandue ; et comme, au temps oii elle était l'objet de l'étude presque générale, l'archéologie française n'existait pas encore» les livres très-nombreux qu'on a composés alors l'ont été dans un but tout autre que celui réclamé aujourd'hui par les esprits studieux. Ces livres, en effet, destinés à donner l'armoirie d'une famille connue, sont rangés par ordre alphabétique, et les recherches dirigées dans ce but ^ trouvent une solution très-prompte et très-facile. Mais, dans les études archéologiques, le problème est renversé; l'armoirie étant connue, il s'agit de retrouver la famille ; il faut donc parcourir cette multitude de noms contenus dans les dictionnaires, et comme rien ne peut servir de guide dans cette laborieuse et pénible investigation, comme rien môme ne peut indiquer si l'armoirie objet de tant de labeurs se trouve représentée ou décrite dans l'ouvrage qu'on a entre les mains, il arrive souvent qu'après de longues heures inutilement passées à tourner les pages de plusieurs volumes, on jette là de dépit et de colère le livre muet. Cela nous est arrivé souvent, et cette expérience personnelle tant de fois faite de l'insuffisance actuelle des dictionnaires fiar ordre de familles, nous a amené à penser qu'un dictionnaire où les armoiries seraient groupées par genres de figures, oij, par exemple, tous les pals, toutes les bandes, toutes les fasces seraient réunis ensemble, et de même des lions, des chevaux, des ponts, des épées , des éperons et autres figures usitées en blason ; il nous a semblé qu'un tel livre abrégerait singulièrement les recherches, en restreignant de beaucoup l'espace oii elles peuvent s'exercer, en les localisant pour ainsi dire. Il ne s'agira plus , en effet, que d'aller à la partie de l'ouvrage renfermant les figures analogues à celle qu'on a sous les yeux : aux lions, si c'est un lion; aux chiens, si c'est un chien, et il suffira de parcourir quelques feuillets pour s'assurer si l'armoirie en question a été ou non décrite dans le livre. Comme les figures sont dans les armoiries, tantôt seules , tantôt en nombre, tantôt accompagnées ou chargées d'autres pièces, nous avons cru qu'on diminuerait encore le travail en créant dans chaque article un peu étendu des sous-divisions dont chacune ne comprendrait qu'un seul des états, si je puis diri! ainsi, de la figure principale. Quant à l'ordre à adopter dans la disposition des articles, on aurait pu assurément en choisir un plus savant et plus méthodique que celui auquel nous nous sommes définitivement arrêté, et nous y avions songé d'abord; mais, après plusieurs essais, l'ordre alphabétique nous a semblé le plus simple, le plus court, et par conséquent le meilleur: Le résultat obtenu par Chevillard avec son fameux ordre tout à la fois alphabétique et naturel, était loin de nous engager à l'imiter. Ce cadre une fois arrêté, il ne s'agissait plus que de le remplir, et nous avions d'abord résolu de n'admettre parmi les exemples donnés j)ar nous, aucune famille noble postérieure au xvi' siècle, et notre livre se fût trouvé ainsi conmie le véritable livie d'or de la noblesse française : mais, en cela nous ne songions qu'à l'archéologie monumentale, et l'on nous a fait remarquer que tout le XVIII' siècle avait couvert de ses armoiries les meubles et les gravures surtout, et que bon nombre de ces blasons étaient pour lors récents ; nous nous sommes donc déterminé à reculer notre barrière jusqu'à ce siècle, et jusque-là seulement, les besoins de l'archéologie ne se faisant point encore sentir pour les temps plus rapi)rochés de nous.

De ce qu'une famille ne se trouverait pas dans notre livre, il ne faudrait cependant pas

en conclure que sa noblesse fût douteuse ou trop récente; cela prouverait tout sirapleraeni

qu'elle ne nous est pas tombée sous les yeux; sans compter qu'il était impossible de citer

tout le monde. Une seconde édition, si jamais il nous est donné do la faire, pourra et de-

DicTioNv. HLnirniQur:. a

jj, PREFACE.

vra <?tre beaucoup plus complèle. Que les censeurs et les critiques tiennent {.our assuré que notre livre ne saurait sembler à i)ersonne plus défectueux qu'il ne l'est à nos proi)res yeux, et que, paraissant dans une Encyclopédie en voie de publication, le temps, plus que la volonté el le courage, nous a manqué pour faire mieux. Peut-être cependant voudra-t-on bien reconnaître que, si imparfait que soit ce livre, il renferme |)lus d'armoiries et disposées dans un meilleur ordre pour les recherches, qu'aucun de ceux qui l'ont précédé. Le plus étendu et le plus employé par les travailleurs, l'ouvrat;e de Louvan Geliot, revu au milieu du xvii' siècle par Pierre Paillot, est sous forme de dictionnaire de termes et de ligures, et il nous a donné, nous l'avouons, l'idée du nôtre. Mais Paillot a voulu faire surtout un traité de blason oii les figures et les termes fussent définis et décrits dans l'ordre al|;)habétique ; il en est résulté qu'un nombre très-considérable d'armoiries se trouvent dans Paillot rangées sous des termes abstraits, comme accompagné, armé, arraché, ou même presque inconnus au lecteur, tels que clarine, lampassé, gringolé, etc., et l'on ne sait comment les y trouver. Nous avons cru éviter cet inconvénient si grave en plaçant k la fin de notre introduction un vocabulaire de ces termes abstraits qui se trouvent ainsi élagués du Dictionnaire, et qu'on fera bien de parcourir tout d'abord, ainsi que l'Introduction, renfermant un essai sur l'origine du blason, et destinée à donner une connaissance sommaire et générale du blason à ceux qui n'en ont aucune notion, et qui, sans cela, auraient assez de peine à se servir du Dictionnaire proprement dit.

Nous y avons développé, dans l'ordre alphabétique, chacun des points indiqués dans l'Introduction, et n'avons cru pouvoir mieux faire que de reproduire quelques-unes des excellentes dissertations que le célèbre Du Gange a publiées sur ce sujet. Ou y trouvera encore des articles sur les rois d'armes, les grands officiers de la couronne, les preuves de noblesse, etc., dont la connaissance a paru se lier intimement avec l'étude des armoiries, et le tout est suivi d'une table alphabétique des noms de familles, villes et provinces de France, dont les armoiries sont décrites dans l'ouvrage. Cette table, qui renferme environ douze mille noms, est comme un second dictionnaire à l'aide duquel on peut sans peine trouver les armoiries d'une famille dont le nom est connu, et notre livre renferme ainsi la solution des deux problèmes que peuvent faire naître les armoiries. Il faut remarquer, à propos de ces noms, que nous nous sommes attaché à donner le vrai nom de la famille, le nom primitif, celui qui subsiste toujours dans toutes les branches et à travers tous les temps, sans nous inquiéter des noms de terres ou seigneuries qui peuvent y avoir été ajoutés, et qui, dans une famille ancienne et puissante, sont très-nombreux. Nous ne nous sommes qu'assez rarement éloigné de cette règle, et encore le nom primitif a-t-il été conservé toujours. Nous en avons agi de même pour les armoiiies, et l'on ne trouvera que les armoiries simples et réelles de chaque maison, les écartellements pouvant se multiplier et varier à l'infini, selon les alliances ou même les prétentions. Lors doue qu'on rencontrera des armoiries écarteléos, il faudra se souvenir que le blason véritable de la famille se trouve au premier quartier à droite du chef de l'écu, et c'est celle-là qu'on doit chercher dans le Dictionnaire; s'il y avait un sur le tout, ce serait à lui qu'on s'adresserait. Les ouvrages généalogiques, tels que Lachenayc, Deshoisou le P. Anselme, donneront ensuite le personnage possesseur de ce blason écartelé. Nous ne terminerons pas celte préface sans prier notre savant ) rofesseur à l'école des Chartes, M. Lacabane, d'agréer l'expression publique de notre gratitude pour les conseils el les avis qu'il a bien voulu nous donner. Attaché depuis plus de vingt ans au cabinet des titres et généalogius à la Bibliothèque royale, il est assurément l'homme de France qui connaît le mieux le blason et l'histoire des familles. Toutes les personnes qui ont eu des lecherclies à faire sur ces matières au département des manuscrits, connaissent bien ses lumières el sa comi>laisance également inépuisables. Elles ne nous ont point fait défaut toutes deux, el nous devons déclarer que, tout imparfait que soit notre livre, il le serait encore bien davantage sans les bienveillants conseils de M. Lacabane.

Abiévialloiis du livre : V. ville ; /'. (novince ; l'I. planches.

INTRODUCTION

On ne se doute guère aujourd'hui que peu

de questions aient été plus agitées que celle de l'ongirie des armoiries et que les livres écrits sur cette matière formeraient une bibliothèque assez considérable. Ces livres divers sont remplis de systèmes, tous échafaudés à grand renfort d'érudition, tous appuyés sur des textes décisifs et accablants pour les adversaires. Les poètes, les philosophes, les historiens, les livres sacrés et profanes ont été fouillés en tous sens, et il n'est pas un vers, pas une ligne parlant de casque, de cimier, de bouclier, d'étendard, de signe, d'emblème, de figures allégoriques ou môme hiéroglyphiques, qui n'ait été cité, allégué, torturé, pour établir ou renverser une opinion. On peut croire, d'après cela, que le «ombre do ces opinions n'est pas médiocre, et l'on en compte bien une vingtaine, ilien n'a pu arrêter les fabricateurs d'origines, et l'un d'eux, Favyn,est allé, dans son Tliéitre d'honneur et de chevalerie, jusqu'à faire les armoiries aussi anciennes que le monde ; il en donne de dilïérentes à Cam et à Abel. Un autre, Segoing, en attribue l'invention aux tils de Noé. Tous deux, il est vrai, a'a[)portent pas grand texte à l'appui de leurs opmions, et l'induction surtout semble les avoir conduits à ce beau résultat; mais voici venir Bara, qui s'appuie sur un passage de Diodore de Sicile pour faire aux Egyptiens l'honneurde cette invention. D'autres vont suivre, qui citeront le second chapitre du livre des Nombres pour en gratifier les Hébreux, et l'on aura les armes des douze fils de Jacob, de Josué et de David, d'Esther et de Judith. D'autres, et le P. Petra-Sancta est du nombre, en fixent l'origine au temps des Assyriens, dont les armes étaient une colombe, et il cite là-dessus nonseulement les chap. 25, k6 et 50 de Jérémie, où il est parlé de cette colombe, mais encore ces deux vers de la T élégie du livre i" de ïibulle :

Qttid referam ut voiilet crebras inlacta per urbes Alba paleslino suncta columba syro ?

Les temjis héroïques de la Grèce n'ont pas été négligés, comme on le pense bien, et là les autorités abondaient et la mine était riche et familière aux écrivains des xvi' et xvir siècles. Aussi était-ce par centaines qu'on alléguait les passages des historiens et des |)oi;les qui seml)li;nl favoriser cette opinion : tout ce (pi'Eschyle a écrit sur les boucliers des chefs combattant devant Thèbes, tout ce que Valérius Flaccus a dit des emblèmes portés par les Argonautes, tout ce ilu'Homère et Vngile nous rap[i9rtcnt îles li;5ures peintes sur les boucliers, les casques

et les cuirasses des guerriers grecs au siège de Troie, a été cité successivement ou à la fois.

Sicile le Héraut veut qu'Alexandre le Grand ait réglé les armoiries et l'usage du blason et institué les hérauts d'armes.

Le P. Monet en fixe l'origine aux temps des empereurs romains, et allègue la Notice de l'Enqjire, où les boucliers des légions romaines sont décrits avec toutes leurs figures et toutes leurs couleurs.

Et l'on va ainsi descendant le cours des siècles et faisant naître l'usage des armoiries, les uns au milieu des débris de l'empire romani et de l'invasion barbare, d'autres avec Charlemagne, d'autres avec l'arrivée desDanois et des Normands en Angleterre, d'autres, et c'est l'opinion la plus commune, avec les croisades, la première bien entendu. Quelquesuns en attribuent l'invention à Frédéric Barberousse, et il en est enfin qui voient dans les factions des Guelfes et des Gibelins la source et l'origine des armoiries.

Le P. Ménestrier, qui a écrit un volume intéressant sur les origines des armoiries, a fort bien montré la fausseté de toutes ces opinions diverses, du moins en ce qu'elles ont d'absolu ; il a fort bien vu qu'on ue saurait conclure de tant de passages et d'autorités de toutes les époques autre chose sinon que, de temps immémorial, les guerriers ont employé, pour se distinguer dans les armées, des figures et des marques symboliques peintes sur les boucliers, les enseignes et les drapeaux. Mais tout cela, ajoute-t-il avec raison, ue prouve nullement que, dans ces époques reculées, ces marques symboliques aient jamais été des marques héréditaires de noblesse, ni composées de figures et de couleurs réglées et déterminées comme le blason. Il a fort bieu vu que les exemples tirés des poètes ne prouvent absolument rien pour les temps où ils placent la scène de leurs poèmes, parce qu'ils doiuient toujours aux faits ([u'ils racontent et aux personnages qu'ils font agir, la couleur du tem[)S où ils vivent eux-mêmes, et souvent les rajeunissent ainsi de plusieurs siècles. 11 renverse tous ces vains systèmes, et comme il ne rencontre avant le x' siècle, ni sur les sceaux, ni sur les tombeaux, ni sur les monnaies, de véritables armoiries ; comme, d'un autre côté, il en voit l'origine dans les tournois, dont il fixe l'établissemen', vers ce temi)s-là , il arrive à ce^le conclusion, que les armoiries remonleiit au x' siècle, el il apporte de son opinion une foule de preuves. Nous allons discuter les principales, sans oubliercelles qu'on y a ajoutées depuis. A nos yeux, en cil'et, l'usage des armoiries,

INTRODUCTION

prenant ce mot diiiis le sens même où l'emliloie le P. Méiiesliier, n'est point aussi ancien qu'il le ]iri'lcnd, et l'on doit descendre jusqu'au commencement du xiii' siècle pour le trouver un peu généralement établi.^

Les preuves qu'on apporte de l'exisfence des ariuoiries au xr siècle, avant même l'époque dos croisades , -prouvent trop ou trop peu; si en effet on les admettait comme bonnes, nous ne verrions pas pourquoi on rejetterait une 'foule d'exemples de même nature et d'égale valeur qui se rencontrent dans les siècles antérieurs. Ces preuves, très-peu nombreuses, et c'est là leur premier défaut, peuvent se diviser en doux espèces : preuves figurées ou tirées des monuments, et preuves fournies parles écrivains. Voyons d'abord les preuves tirées des monuments, comme étant, à coup sûr, les i)lus concluantes et les j)lus décisives.

Le plus ancien exemple cité parles j)artisans de l'antiquité des armoiries, est pris du tombeau du jeune Uobert, fils de Richard 1", d.uc de Normandie, et mort en 996, sur lequel ils voient un lion en champ de gueules. Par malheur, ce n'est point là une armoirie dans le sens qu'on est convenu d'attacher à ce mot, mais bien un emblème personnel, comme on en rencontre un si grand nombre dans toute l'anliquité. Il sutTit, j-.our s'en convaincre, de jeter les yeux sur la figure de ce tombeau, reproduit dans le 111' volume des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de voir ce lion placé sur la [)ieiTe tumulaire , au milieu même de l'inscription qu'il coupe en deux parties, et surtout de lire à l'entour, formant un cercle, ces paroles mêmes de l'Ecriture : Ecce vicit ko de tribu Juda, radix David. Ces paroles prouvent jusqu'à l'évidence que ce n'est qu'un emblème, et quant au champ de gueules, il fallait être bien aveuglé juir l'esprit de système, bien déterminé à tr(mver des preuves à tout prix, pour voir dans les lignes perpendiculaires qui chargent cette pierre du x' siècle les hachures qu'on est, il est vrai, convenu d'employer dans la gravure pour représenter les gueules, mais seulement aux premières années du xvii' siècle, environ six cents ans plus tard; sixcents ans pendant lesijuels on ne rencontre [las un seul monument (pii porte trace de cet usage purement conventionnel. D'ailleurs quelles seraient ces armes? La Normandie ne portait pas un lion ni môme un léopard, mais bien deux léopards. Ce lion ne fut donc point dès lors héréditaire, non plus que le lion représenté sur le revers du sceau de Uobert le Frison, comte de Flandre, et qui remonte à 1073. Le lion, devint, il est vrai, plus lard, les armoiries héréditaires du comté de Flandre ; mais comme un long intervalle s'écoule avant qu'on ne le retrouve sur les sceaux des comtes, comme il faut pour cela descendre un siècle entier, jus(iu'en 11G3, ou ne saurait voir une preuve de l'hérédité des armoiries dans ce (jui justement montre le contraire, et Ton ne doit y re<-oimaîtie (ju'un omblèmude force et de courage.

La croix de Toulouse, à cause do sa forme toute particulière, à cause surtout de sa transmission constante sur les sceaux des comtes de Toulouse, est, nous en convenons , une preuve qu'au xi' siècle les armoiries étaient héréditaires dans la famille de Toulouse, mais dans cette famille-là seulement, et d'un exemple unique, peut-être, on ne saurait déduire une règle générale. Nous n'avonsjamais pensé, comme les écrivains que nous combattons, que les armoiries fussent devenues héréditaires en quelijue sorte tout d'un coup, mais au contraire qu'elles ne le devinrent f|ue successivement, plus tôt dans une famille, plus tard dans une autre. Raymond de Saint-Gilles, ayant déjà avant la iiremière croisade une croix jiour emblème ou symbole de sa foi, la porta njilurellement à cette expédition fameuse, et ses successeurs la conservèrent comme un souvenir de la gloire et de la jjiété de leur aïeul. Quant à la forme de celte croix qu'on désigne en blason par les épithètes vidée, éh'chée et pommetléc, elle paraîtra moins étrange si l'on se rappelle que Du Cange la dit semblable à la croix que Constantin éleva dans Constantinople en mémoire de celle qu'il avait vue au ciel lorsqu'il combattit Maxence.

La quatrième preuve, alléguée en faveur de l'hérédité des armoiries, va nous fournir l'occasion de montrer que, bien loin que cette hérédité fût établie à la fin du xi' siècle, l'usage même des armoiries personnelles , des symboles et des emblèmes ne l'était pas encore généralement. Qu'on examine en effet les nombreuses figures qui chargent la tapisserie deBayeux, qu'on parcoure celte longue suite de guerriers, en costume de combat ou de cérémonie, qu'on s'attache surtout à ceux en très-grand nombre qui portent des boucliers, et l'on verra que les ligures qui chargent non pas tous, mais une partie de ces boucliers, sont en général si simples , qu'on pourrait facilement les prendre pour des têtes de clous, attachant "et renforçant la doublure du bouclier. On remarque, il est vrai, sur deux d"entre eux des espèces de feuillages, et quelques autres portent des croix et des monstres; mais rien ne montre que ces rares ligures fussent héréditaires, et elles seraient aussi nombreuses qu'elles le sont [)eu, quelles ne prouveraient pas davantage. 11 est d'ailleurs un autre monument, du milieu du xii' siècle, par conséquent de plusieurs années postérieur à la tapisserie deBayeux exécutée vers 1100, et dont se sont bien gardés de parler les défenseurs de 1 antiquité des armoiries : ce sont les vitraux placés par ordre de Suger autour du chevet de Saint- Denis. Ils représentaient la [iremière croisade, et, chargés de guerriers portant leur.s boucliers, ils offraient encore beaucoup moins de ligures héraldiques que la tapisserie de Baveux. Ces vitraux n'existent plus. Ils ont été détruits à la révolution, mais le P. MontfMueon les avait reproduits dans ses Monuments do la monarchie frao;;aise, et

INTRODLCTION.

l'on peut s'y convaincre de ce que nous avan(,oiis. Ces ligures sont lrès-sim[)les et très-uniformes, partant en général du centre de l'écu, sur lequel elles semblent rayonner, et l'on ne reconnaît parmi elles presque aucune des représentations consacrées plus tard dans le blason, ni pal, ni bande, ni fasce, ni sautoir, ni aucun des animaux ou des oiseaux héraldiques. Si, dès la première croisade, leur usage avait été aussi général et aussi répandu qu'on le prétend, comment expliquer leur absence [)resque com- [ilète dans cette longue suite de sujets guerriers?

Nous ne parlerons pas du tombeau d'Hélie, comte du JFaine, mort en 1109, et qu'on (Voyait dans l'église de la Couture du Mans, tenant un bouclier orné d'une croix lleurdoliséo. Ui('n,en etlet, ne sert à établir l'âge de ce monument, que Montfaucon lui-même regarde connue de beaucoup postérieur à la mort du comte. Telle est la valeur des preuves fournies par les monuments. Les textes offrent encore moins d'autorité, ils sont également très-peu nombreux, et tous, un seul excepté, des allégations d'écrivains du xvn' siècle, ne s'appuyant sur aucune autorité contem|)Oraine des faits avancés et n'ayant pour garants que des traditions de familles. Ainsi les Bénédictins diront bien [Gall. Chr., tom. V, col. 1036) que Regimbold, prévôt de l'abbaye de Mouri de 1027 à lOoG, avait des armes' paternelles et qu'on les voyait dans l'église de Mouri : « Gentilitia ipsius insignia... in area cœrulea mortarium flavum exhibent. »

Mais ils ne fourniront aucune preuve de ce qu'ils avancent, sans y attacher grande importance du reste. Ils diront encore [Ibid., tom. VU, col. 593), qu'un sire de (joulaine ayant, en 1091, réconcilié les rois Guillaume le Roux, d'Angleterre, et Philippe 1", de France , [tar reconnaissance , ces deux [irinces lui donnèrent leurs propres armoil'ies, qu'il porta dès lors écarlelées ; mais ils n'ajipuieront ce fait, bien extraordinaire en un temps où, d'ajjrès les Bénédictins euxmêmes, les deux rois n'avaient pas encore d'armoiries lixes, que sur deux vers d'Abailard, qui semblent à (leine faire allusion à l'événement , et qu'eux - mêmes regardent comme douteux. Assurément ce sont là de ces fables dont on se [ilaisait, dans les derniers siècles, à entourer l'origine des grandes familles.

Le seul taxte à |)eu près conlemiiorain est tiré du moine de Marmoutii;rs.Cet historien, décrivant les cérémonies ([ui accom|)agnèrent la réi-eption dans l'ordre de chevalerie du jeune Cicolfioy, comte d'Anjou, père de Henri l'Iantagenrt, qui fut n»i d'Angleterre sous le nom de Henri IL parle, en elfet. de son bouclier chargé de lioiKujaux, et il dit : Cli/peus,leunculos itureos imufjinarios habciis, collo cjus suspendilur.

\oilà bien les lions ou, si l'on veut, les iéopartls d'Angleterre ; mais rien, dans ce passage ni dans tout ce qui précède ou suit, n'indique que ces armoirks fussent alors

héréditaires; elles le devinrent, il est vrai, mais plus tard, et un assez long espace de temps s'écoule entre cette [iremiôrc apparition et le moment où l'on peut suivre avec quelque certitude leur transmission régulière. 11 faut, en eifet, descendre pour cela jusqu'à UicharJ Cœur de Lion. D'ailleurs, et nous ne saurions trof) le répéter, parce que rien n'est plus vi-ai et rien ne semble avoir' été plus méconnu, quehiues faits rares et isolés, quand même ils seraient aussi bien établis qu'ils le sont mal, ne jirouveraient nullement que les armoiries fussent généralement hérédilaires -au xi% ni même au XII' siècle. A cette dernière époque, toutefois, les tendances à l'hérédité, encore bien rares dans le précédent, vont se multii>liant de plus en plus.et au xiu' siècle elles sont assez générales, les faits sont assez nombreux, pour qu'on puisse déclarer que les armoiries sont devenues héi'éditaires. Mais jusquelà cette hérédité, qu'avec tous les écrivains nous reconnaissons être le caractère particulier des annoiries, celui-là seul (jui les distingue des symlioles et des emîjlèmes per-sormels usités de tout temps, celle hérédité ne sera que l'exception et non la règle. Au xirr siècle même, cette r-ègle ne sera pas tellement établie et rigoureuse , qu'on n'y puisse rencontrer de nombreuses infractions qui, toujours décroissantes, subsistent cependant jusqu'à la fin du siècle et même au delà, ainsi qu'on en lit plusieurs exemples dans la Diplomatique dt'S Bénédictins, t. IV; ils citent, à la page 389, plusieurs exemples de variations survenues dans les armoiries d'un même personnage ; et un peu plus loin, ils donnent un extrait du second Carlulaire de Chanqiagne appelé Liber Rubeus. C'est une charte de 1238, de Hemi, lils de Thibaut, roi de Navarre et comte île Chauipagne, dans laiiuelle ce prince déclare qu'il s'est servi du sceau de son |)ère, par-ce que, n'étant pas encore chevalier ou majeur, il n'avait pas de sceau qui lui fitt propre. Que s'il arrive, ajoute-t-il, queje chairge de sceau, soit en recevant l'ordre de chevalerie, soit en faisant l'acquisition de ([ueli£ue nouveau domaine, cum si poslea, vel in nova militia, vel in requirendo dominio, sigillum mutare conlinqat, je promets d'apposer' à la jnésente chart(! le sceau (jue j'aurai aior's. Ce passage, dirons-nous j,vec D. Calmet ( Hist. de la 'maison Ducltdtelct, p. xxii de la Préface), démontr-e clairement combien les changements d'arruoiries élaient fr'équents, même dans les maisons souveraines, jusque vers la li'i du xrir' siècle, puisque la nouvelle chc-vaierie et l'acquisition de (prel- (jues domaines considérables étaient des motifs oi'dinair'es cl suflisants pour en chan-

C'est donc pendant h; r-ègne de sarnt Leurs (|ne h's armoir'ies sont délrnitivenient entrées dans une voie rrouvelle, celle de l'hérédité ; alors seulement la r'évolution s'est opérée, et uir ordre de choses a été sLrbstitné à un autre ordre de choses ; auparavairt la révolution se iirépare, ensuite elle se conli-

INTRODUCTION

nue et se régularise. En dire le jour, l'heure f't l'occasion précise, comme ont voulu le faire nos devanciers, nous semble tout à fait impossible.

Ce changement se réalisa comme tous les changements qui s'annoncent longtemps à l'avance, se glissent peu à peu dans les faits, d'abord par de rares et timides manifestations, avec le temps |)lus nombreuses et plus hardies, et finissent par tout envahir et tout soumettre à leur nouvel empire. Nous nous garderons bien surtout de chercher l'origine et la cause de cette révolution dans un fait unique, comme les tournois, les croisades, l'hérédité des fiefs ou celle des noms; nous les acceptons tous, et tous réunis sullisent à peine pour nous expliquer comment les emblèmes et les symi.oles, employés par les guerriers sur leurs boucliers, leurs casques et leurs cottes d'armes, durant toute l'antiquité, après être demeurés plus de deux mi de ans à l'état d'emblèmes personnels, sont, justement à une certaine époque et dans un espace de temps qui ne dépasse pas deux siècles, devenus héréditaires.

On s'explique mal comment l'esprit humain a pu rester plus de vingt siècles, pour ainsi dire, sur le seuil d'une révolution, sars le franchir tout à fait, et l'on trouverait, je crois, peu d'exemples d'un changement préparé avec tant de lenteur et d'Iiésitation et si subitement réalisé. Ce fait, assurément, méritait plus d'attention qu'on n'a cru devoir lui en accorder, surtout lorsqu'on trouve dans l'antiquité des exemples, rares , il est vrai, mais positifs, de la transmission héréditaire des emblèmes guerriers.

Dans Ovide , Egée reconnaît son fils Thésée en v(>3 ant les marques de sa race sur le j)Onimeau de son épée :

Cnm pnler in caputo gladii cognovit cburno Siijna siii gencris. Metam. 7.

Au dixième livre de l'Enéide , Virgile dit de Cupavus :

Paucis comilale Cupavo,

Cnjux otvrinœ snrgunl de verlice pennw :

Cnmen amor veilriim, formaque insigne palcrnœ.

Un dos Corvius, dans Silius Ilalicus (liv. v), a le corbeau de ses ancêtres pour cimier :

Corvinns Pliœbea sedet eut cnsside fulva, Oslcntan^ aies proavitœ insiynia pugme.

Ces citations ne prouvent rien pour les faits particuliers qu'elles expriment, ni surtout jiour le teni|)s oii les poètes placent leurs personnages; mais elles' prouvent suffisamment qu'au siècle oii écrivaient ces poètes, la transmission héréditaire des svmboles et des emblèmes n'était point tout à fait inusitée.

Ces exeuipies particuliers, et quelques autres qu'on pourrait réunir encore , généralisés par certains écrivains, les ont condnils h reculer jusqu'à l'époque romaine l'élahlisswueut de l'hérédité des armoiries ; ils u'unt

pas pris garde qu'un très-petit nombre da faits isolés ne prouvent rien |>our l'ensemble, et que sur tant d'arcs de triomphe , do tombeaux, de temples, de bas-reliefs et de monuments de toute sorte qui nous restent des Romains, on ne voit aucun vestige d'armoiries personnelles : preuve certaine que l'usage même de ces dernières était alors fort restreint, et surtout n'avait rien du caractère qu'elles acquirent par la suile. Les quelques figures qu'on rencontre sur deux ou trois îjcucliers de la colonne Trajane et de celle ci'Antonin sont plutôt des marques de légion, comme on le voit dans la Notice de l'Empire , que des symboles personnels.

L'origine des armoiries est donc à la fois plus multiple et plus reculée qu'on ne l'a dit, et voir, avec le P. Ménestricr, cette origine dans les tournois , c'est assurément la chercher dans ce qui ne fut qu'une cause d'organisation régulière et définitive. Pour reconnaître et distinguer les personnages dans ces jeux guerriers, il n'était pas besoin d'armoiries héréditaires , de simples emblèmes personnels suffisaient parfaitement; et le P. Ménestrier a été trompé par l'esprit de système, lorsqu'il a voulu prouver l'antiquité des armoiries par l'antiquité des tournois , et reculer ainsi le blason jusqu'au X' siècle, parcequ'il rencontrait dès ce tempslà des exemples de tournois. Nous i)ensons qu'il en est des tournois comme des armoiries , qu'on ne saurait assigner au juste l'heure et le moment où ils se sont définitivement établis , que de tout temps à peu près les peuples belliqueux se sont exercés dans des jeux, images de la guerre 3t des combats, et que les tournois sont devenus ce qu'on les voit être au moyen Age, progressivement et sous l'influence de mœurs et d'idées qui, elles-mêmes, se sont établies bien lentement dans le monde. Mais leur avènement spontané fût-il vrai , qu'on ne pourrait y trouver l'origine des armoiries.

Les preuves que le P. Ménestrier apporte de celte opinion sont bien faibles et presque puériles. Dire avec lui, et comme on l'a tant répété depuis, que les pals, les chevrons, les sautoirs, les pairies, les jumelles, les tierces, les frettes , les pièces bretessées sont des pièces des lices et barrières où se faisaient les tournois , et que par là elles sont entrées dans le blason ; ajouter que les bandes et les fasces sont des écharpes qu'on y portait, et que les dames donnaient souvent aux chevaliers, c'est chercher dans les tournois seulement ce qui se trouvait partout, et vouloir donner un sons particulier et restreint à ce qui en avait un bien plus général, à ce qui souvent même n'en avait jias du tout. Les émaux, qu'il tire également des tournois, sont les mêmes qu'on employait dans les jeux du Cirque, les mêmes qu'on voyait sur les boucliers des légions impériales, et ils peuvent aussi bien et môaie mieux être venus sur les écus de le que des tournois. Ce sont, d'ailleurs, les couleurs

IMRODUCTION.

!es plus généralement répandues clans la nature , ce sont luôine les seules vraies couleurs, et il n'est [las surprenant qu'on les ait choisies. Quant aux. timbres, lambrequins, bourlets, tortils , sup|iorts et autres pièces accessoires , il est assez probable (ju'elles ont pris leur origine dans les tournois, mais elles ne paraissent que plusieurs siècles après le dixième , et seulement lorsque le blason et les tournois s'étaient dévelopjiés et singularisés, et leur communauté d'existence avic les armoiries , à une époque déjà éloignée de la naissance de ces dernières, ne lirouve nullement leur communauté d'ori-

Lomme, un système une fois unagine, on ne saurait s'arrêter en chemin, le P. Ménestrier, après avoir vu dans les tournois l'origine (les couleurs, de toutes les pièces et de tous les ornements usités dans le blason, en tire encore l'étymologie du mot blason, qu'il fait venir de l'allemand blasen , et cela de la façon suivante :

« Blasen, dit-il l'p. 67 de ses Origines des armoiries), est un mot allemand qui signifie Sonner du cor ; et si l'on a donné ce nom à la description des armoiries, c'est qu'anciennement ceux qui se présentoient aux lices pour le tournoy sonnoient du cor quand ils ap|iro(lioient , pour faire savoir leur venue. Les hérauts, après avoir reconnu s'ils étoient gentilshommes, sonnoient de leur tromiie pour avertir les maréchaux et leurs aydes, et puis ils blasonnoient leurs armoiries. » Et pour i)rouvcr que les choses se passaient ainsi au \' siècle , le P. Ménestrier cite un passage du tournoi de Chauvency , qui est de 1Î8.Ï.

L'absurditéd'uie pareille étymologiesaute aux yeux tout d'abord, et lorsqu'on songe que le P. Ménestrier prouve tour à tour sou système (larsonétymologie, et son étymologie par son système, on peut juger du degré de contiance qu'ils méritent l'un et l'autre. Pourquoi aller chercher dans la langue allemande une étymologie que nous fournilbieniilus naturellement cette latinité inférieure et des bas temps, véritable fonds de la langue française? Le Polyplique de' l'alibé Irminon nous ollre le mot blasus répété en tlivers endroits : et, dans le Tilossaire |>articulierdont il. Guérard a enrichi (X'tte |mblication, l'un des plus beaux monuments de l'érudition française au XIX' siècle, le savant éditeur dit que blasas signiliait une arme de guerre. Comme, bien certainement, les figures héraldiques ont toujours été représentées de [irélérence sur les armes, on en sera venu h désigner l'ensemble de ces figures par le mot blaso, tiré dablasus, absolumentcommeaujourd'hui encore nous nous servons, dans le même sens, des termes armes et armoiries, et cela, parla même figure de langage bien fréquente chez tous les i)eu|)les. M. Cîuéi'ard, il est vrai, incline à penser que le mot 6/as«s signifiait une arme olfensive, et non une arme défensive, comme un casque ou un bouclier; mais si l'on con>idère que hlath, racine |>robablc de blasus, dans les langues geiinani-

ques, veut dire une feuille de métal, et qu'on a bien puajipeler ainsi la couverture del'écu ordinairement en métal , il sera jiermis de croire que blasus désignait une arme d'une ou d'autre espèce. Nous ne prétendons pas cependant qu on ne puisse donner du mot blason une étymologie plus satisfaisante encore, nous avons voulu seulement mettre une solution nouvelle en présence de celle avancée, croyons-nous, sans aucune raison plausible, par le P. Ménestrier, et trop légèrement adoptée depuis près de deux siècles.

Si le P. Ménestrier nous semble s'être trompé, en cherchant l'origine des armoiries dans les tournois, nous ne contestons point pour cela l'influence de ces mômes tournois sur leur développement et leur organisation régulière ; mais nous atlribuons aux croisades une bien autre importance dans la révolution qui fit passer les armoiries de l'état d'emblèmes personnels à celui d'emblèmes héréditaires, transmissiblesdans une même famille.

Ces immenses expéditions, oiî l'Europe se trouvait réunie s'élançant [iresquo tout entière vers l'Asie, dans un désordre et dans un pêle-mêle tumultueux dont rien aujourd'hui nesauraitdonner une idée, durent nécessairement beaucou|) multiplier l'usage des emblèmes personnels; chaque chef fut obligé de perler certaines marquesdistinctives qui pussent le faire reconnaître des Siens dans la marche comme dans lés combats. Et ici nous avons plus que des conjectures, nous avons des textes positifs. Albert d'Aix, chroniqueur contemporain de la jiremière croisade et qui en a écrit l'histoire, dit (lib. m, cap. 35) : Boemundiis, Godefredus, Rcymiindus acies ei signa Gellicn diversi coloris pulcherfima moderanlur ; voilà pour les étendards de diverses couleurs; et, [ilus loin, au chapitre 36 du même livre, voici jjour les boucliers : Ad ipsos muros horribilcs Antiochiœ, unanimiter in splendore clypeorum coloris aurei, viridis , rubei, ciijusque gencris elinsignis ereclis auro distinct is.

Le chroniqueur, comme on voit , ne parle que de boucliers de diverses couleurs et nullement de ligures ; c'est que sans doute les figures étaient encore rares à cette première croisade, et elles ne devinrent fréquentes que dans celles qui suivirent, et nous voyons encore ici une [)reuve que les marques personnelles n'étaient point généralement usitées au xr siècle, et (jue les plus hauts seigneurs seuls en portaient. De retour dans leur patrie, ils conservaient religieusement jiendant toute leur vie ces marques (le leur gloire et de leui'|iieus enthousiasme. Les croisades smil au moyen ,1ge un fait si immense, leur retentissement tut si grand, elles s'emparèrent à td point des cs|irils et des cœurs, toutes les gloires, toutes les illustrations, tous les souvenirs pres(iuc vinrent fellementse fondreetse résumer enelles,que les fils des ci'oisés, jaloux de perpétuer dans leur famille le souvenir de l'illustration paternelle, conservèrent avec un jiieux respect

INTRODUCTIO:*

l'emblème qui avait flotté avec les bannières autour du Saint-Sépulcre. Ainsi se trouve expliquée cette multitude de croix qui chargent tant de blasons ; non pas cependant qu'on doive chercher dans les croisades l'origine de toutes les pièces des armoiries, comme l'ont fait quelques écrivains : ces origines furent très-diverses, et il faut, pensons-nous, les voir un peu partout, dans les mœurs, dans les usages comme dans les idées et même les caprices du temps où le blason se fixa et se généralisa tout à la fois. Beaucoup de ces figures, et même celles qu'on appelle proprement héraldiques, se trouvent sur les boucliers et les étendards des légions romaines décrits dans la Notice de l'empire ; il n'est donc i)oint surprenant qu'elles se soient conservées sur les boucliers des soldats du moyen Age. Tout concourut à augmenter le catalogue des figures héraldiques, et il faut citer ici le P. Ménestrier, disant, dans un ordre un peu confus, page 13o de ses Origines: « Los grands événements et les belles actions, la conformité avec le nom, les singularitez de certains pays, les inclinations à certaines choses, les emplois, les fonctions, les dignitez.la dévotion, la nature des fiefs que la noblesse a possédez, la conformité avec les armoiries du prince, les tournois, les pèlerinages, les habits, les devises, les factions, la chasse, la pesche, les bAtiments, les croisades, l'origine, les concessions des princes, les vestiges de l'antiquité, les sobriquets, les inventions nouvelles, la disposition des terres et des fiefs, leur situation et pareilles autres choses, sont les causes principales de cette diversité si bizarre des ligures que nous voyons dans les armoiries. »

Il serait curieux de rechercher avec détail quelle a été l'influence de chacune de ces causes et d'autres encore, qu'on entrevoit. C'est là un travail intéressant et difficile, dans lequel le P. Ménestrier ne nous semble pas avoir toujouis réussi, comme on peut en juger par ce qui précède, et que l'absence de documents suffisants nous force à remettre h un temps plus éloigné quoi([u"assez prochain; [lour le moment, nous nous contenterons d'exi)0ser très-succinctement les [irincipes du blason, afin de mettre le lecteur en état de saisir sans peine les détails beaucoup plus étendus qu'il rencontrera dans le corps du Dictionnaire.

Trois choses sont à considérer dans les armoiries : \esvmaiix, Vécu ou champ, et les figures.

Les émaux com|)rcnncnt : 1° les mi'taux, qui sont : or ou jaune et argent ou blanc ; 2" les couleurs, qui sont : gueules ou rouge, azur ou bleu, siiiople ou vert, pourpre ou violet, sable (m noir; 3° les fo\irrures ou pannes, qui sont hermine et vair, auxquelles on (leut ajouter la conlie-lKiuiinc et le contre vair.

Dans la gravure on est convenu de rejiréseiiter Vor ])nv des points, Vnrgent fiar un fond uni et sans aucun trait; le gueules par acs traits perpendiculaires de haut en bas;

Yazur par des lignes horizontales d'un flanc de l'écu à l'autre ; le simple par des lignes diagonales allant de droite à gauche ; lo pourpre, unssi par des lignes diagonales,mais de gauche à droite; enfin le sable par des lignes croisées.

L'hermine et la contre-bermine, le vair et le contre-vair se marquent par des traits propres aux émaux de ces fourrures. Le fond de l'hermine est d'argent avec des mouchetures de sable, et le vair est d'argent et d'azur.

L'écu s'appelle fond ou champ, ii est simple ou composé. Le premier n'a qu'un seul émail sans divisions ; le second, au contraire, peut avoir plusieurs émaux et par conséquent plusieurs divisions ou partitions.

On compte quatre partitions principales dont se forment toutes les autres.

Le parti, qui se fait par un trait perpendiculaire du haut en bas et qui partage l'écu eu deux parties égales; le coupé, par un trait horizontal ; le tranché, par un trait diagonal de droite à gauche; le taillé, par un trait diagonal de gauche à droite.

Le parti et le couiié forment l'écartelé, qui est quelquefois de quatre, de six, de huit, de dix, de douze et de seize quartiers et plus. Le tranché et le taillé donnent l'écartelé on sautoir. Enfin les quatre partitions primitives réunies donnent le gironné.

Comme les figures peuvent recevoir ditférentcs positions dans l'écu, il est nécessaire, pour désigner avec exactitude ces positions, de bien connaître les noms qu'on est convenu de donner aux ditîércntes i)arties de l'écu. La figure suivante va nous servir à rendre nos explications plus claires et plus sensibles :

A est le centre de l'écu; B est le point du chef; D le canton dextre du chef; E le canton sénesire du chef; F le flanc dextre; G le flanc sénestre ; C la pointe ; H le canton dextre de la pointe; 1 le canton sénéstrc.

Une figure seule occupe ordinairement le centre de l'écu A ; alors, on n'exiaime pas sa situation. Une figure placée au point B est dite simplement en chef; au jioint D elle est au canton devtre du chef; au point F elle est au flanc dextre de l'écu et ainsi des autres. Deux, trois ou plusieurs figures disposées dans le sens des lettres D B E sont dites rangées en chef; si elles sont comme F A Cl, elles sont en fasce; dans l'ordre des lettres H C I, elles sont rangées en pointe; disposées comme B \ C, elles sont en pal; comme D A I, en bande, comme E A H, en barre.

INTRODUCTION

Si trois figuros gardent l'ordre dos lettres D E C, elles sont dites deux et une, et c'est la situation ordinaire de trois pièies en armoiries ; si elles étaient disposées conin'.e les lettres H I B, elles seraient désignées par l'expression mal-ordonnées.

Les pièces arrangées t(.mme les lettres P E H I se disent posées deux et deux ; cinq ligures placées dans l'ordre B A C F (1 sont en croix ; comme D E A H I, elles sont en sautoir; comme D E A C, elles sonten pairie ; enfin, les pièces qui suivraient l'arrangement des lettres D B E G I G H F seraient disposées en orle.

Une ligure placée en A au milieu de plusieurs autres différentes par leur foriue, serait en abîme ou au centre de l'écu.

Pour blasonner une armoirie lors([ue le oliami) n'est chargé d'aucune figure, ou doit dire : N porte d'argent plein ou de gueules plein, etc.

Quant aux fourrures, on dit simplement : N [lorte d'hermine ou de vair.

L'écu chargé de ligures est simple, c'està-dire, sans partitions, ou composé. Si l'écu est simple, il faut commencer par le champ, nuis on vient aux figures principales, excepté le chef et la bordure, ajoutant si ces figures sont chargées ou accompagnées d'autres qui soient moindres. Il faut en exprimer le rouibre, la situation, les émaux ; puis on vient au chef et à la bordure, ([u'on n'énonce qu'en dernier, parce ((u'ils ne font point véritablement partie du champ. Si cependant la pièce ])rincipale prenait sur le chef ou la bordure, ils feraient dans ce cas partie du cham[), et il faudrait désigner ces parties avant la pièce principale. Ainsi l'on dira: Vendôme ancien, portait d'argent au chef de gueules à un lion d'azur, armé, lampassé et couronné d'or, brochant sur le tout.

Si l'écu est composé, l'on connuencc |iar les divisions , dont on énonce d'abord le nombre, disant, s'il s'en trouve plus de qxintre : parti do tant, coupé de tant, ce qui donne tant de quartiers. Parexem|)le : fig. 1. Parti d'un, coupé de doux, ce qui donne six quarliors ; au premier de... au second de... au troisième de...

Fig. 2. Parti de trois coupé d'un, ce qui donne luiit (juortiers ; au premier de... au second de...

Fig. 3. Parti de deux coupé de trois, ce qui donne douze (luarliers ; au premier de... au second do...

Fiq. 2.

Fig. 5.

Les figures ou pièces ordinaires du blason sont de trois sortes :

1" Les ligures héraldiques ou propres ; 2* les figures naturelles ; 3° les figures artificielles.

Les figures héraldiques se sous-divisent en pièces honorables ou du premier ordre, et en [liècos moins honorables ou du second ordre.

Les j)ièces lionorablos occupent d'ordinaire par leur largeur, lorsqu'elles sont seules, le tiers de l'écu, è l'exception du francquartier, du canton et du giron, qui n'en occupent que la quatrième partie. Ces pièces sont, le chef, la fasce, la Champagne, le pal, la bande, la barre, la croix, le sautoir, le chevron, le franc-quartier, le canton, la pointe ou la pile, le giron, le pairie, la bordure, l'orle, le trescheur, l'écu en abîme et le gousset.

Les pièces moins honorables ou du second ordre sont : l'emmanché, les points equipolés, l'échiquier ou l'écliiqueté, les freltes ou le fretté, les losanges et le losange, hs fusées et le fuselé, les macles, les rustes, les besants, les tourteaux, les billettes. Voir ces différents termes dans le Dictionnaire.

Les figures naturelles usitées dans le blason, peuvent se ranger sous cinq classes difféi'entes :

1° Les figures humaines ; 2° les animaux ; 3° les |)lantes ; 4° les astres et les météores ; 5' les éléments.

Quant aux figures artificielles, on peut les réduire aux suivantes :

1" Les instruments de cérémonies sacrées ou profanes ; 2* les vêlements et ustensiles tle ménage ; 3° li'S insirumonis de guérie, de chasse, de pèche et de navigation; 1" les bAtiments, rarcliiteclure civile et militaire et tout ce qui en dépend ; 5° les instruments des aits et métiers.

Jj\ plupart de ces pièces, et particulièremont les pièces honorables, sont susceptibles do recevoir divers attributs, dont nous allons, d'après le P. .Méiiostrior, donner la délinition, sous forme de dictionnaire.

DICTIONNAIRE ALPHABETIQUE

TERNIES DU BLASO.X.

Abaissi', se (lit dos pièces qui sont aii-ilcssoiis île leurs siliialioiisoriliiiaiirs; «oiimiii'Io ilnl, iiiii occupe ordin.iiioiiieiil le tiers de r('cn le plus haut, peiil cire abaissé sous y\i\ auire clicftlc concession , de [lalroiiagc, de religion, elt.

Ainsi les coinniandeurs et clievaliers de l'ordre de Sailli Jean de JiTiisaleni ipii ont des cerfs dans leurs armoiries, les abaissoiil nécessaireineiil sous celui de leur religion.

La fasec peut anssi être aliaisséc ipiand on la place plus lias ipie le tiers du milieu de l'écu nu'clie occupe ordina rcuicnl.

j,vii DlCTIONNAlRt:

Le clicvron de même.

Le vol el les ailes des oiseaux peuvenl aussi élre abaissés, quand, au lieu d'être élevés vers le clief de l'éru, ils descendent vers la pointe.

AbotUé, se dit de ijualre hermines dont les bouts se répondent et sejoi;(iienl en croix.

Accoté, se preiid en blason en qnatre sens diOorenls : 1» pour dcnx choses attenantes et jointes ensemble : ainsi les écus de France et de Navarre sont accolés sous une même couronne pour les armoiries de nos rois. Les fenmies accolent leurs écns à ceux de leurs maris. Les fusées, les losanges et les macles sont accolées, quand elles se louchent de leurs flancs ou de leurs pointes, sans remplir tout l'écu, comme les trois losanges de Nagu. 2° Accolé se dit des chiens, des vaches et autres animaux qui ont des colliers ou des couronnes passés dans le cou, comme les cygnes, les aigles, etc. 5° Des choses qui sont entortilléfS à d'autres, connue une vigne à l'échalas, un serpent à une colonne ou à un arbre, etc. ■4° On se sert de ce terme pour les clefs, bâtons, masses, épées, bannières et antres choses semblables qu'on passe en sautoir derrière l'ccn.

Accompagné, se dit de quelques pièces honorables, quand elles en ont d'autres en séantes partitions ; ainsi ia croix se dit accompagnée de quatre étoiles, de quatre coquilles, de seize alérions, de vingt billetles, et quand ces choses sont également disposées dans les quatre cantons qu'elle laisse vides dans l'écu. Le chevron peut être accompainé de trois croissants, deux en chef el un en pointe, de trois roses, de trois besants, etc. La fasce peut être accompagnée de deux losanges, deux mok-ties, deux croiselies, etc., l'une en chef et l'autre en pointe, ou de quatre tourteaux, quatre aiglettes, etc., deux en chef el deux en pointe. Le pairie peut être accompagné de trois pièces semblables, une en chef, deux en flanc; le sautoir de quatre, une en chef, une en pointe, deux aux flancs. On dit le même des pièces mises dans le sens de celles-là, comme deux clefs en sautoir, trois poissons mis en pairie, etc.

Accoriié, se dit de tous les animaux qui ont cornes, quand elles sont d'autres couleurs que l'animal.

Accosté, se dit de toutes les pièces de longueur, mises en pal ou en bande, quand elles en ont d'auires à leurs côtés; ainsi le pal peut être accosté de deux, de quatre ou de six aimelels, trois d'un côté et trois de l'autre; de même un arbre, une lance, une pique, une épée, etc. On dit le même de la bande, quand les pièces qui sont à ses côtés suivent le même sens iprclle : ainsi on la dira accostée de deux, de quatre et de six billettes, quand elles seront couchées dans le même sens, trois d'un côté, et trois d'un autre , suivant l'étendue de la bande. Quand elles sont droites, elles sont dites accompagnées de de:ix, quatre ou six fleurs coinme de lis, doiil il faut éiionier la situation, particulièrement quand il y en a six, parce qu'elles peuvent être mises en orle. Quand ce sont des pièces romles, comme tourteaux, besants, roses, annelets, ou peut se servir iiidilféremment du terme accosté ou accompagné.

Accroupi, se dit du lion, quand il est assis, comme celui de la ville d'Arles et celui de Venise : on dit le même de tous les animaux sauvages qui sont en cette posture, et des lièvres, lapins et conils qui sont ramassés, ce qui est leur posture ordinaire, quand ils ne courent pas.

Acculé, se dit d'un cheval cabré, quand il est sur le rul en arrière, et de deux canons opposés sur leurs afl'ùls, comme les deux que le grand mailre de l'arlillerie met au bas de ses armoiries pour marque de sa dignité.

Adexiré, se dit des pièces qui en Oiit quelque autre à leur droite, comme un pal (|ui n'aurait qu'un lion sur le flanc droit serait dit adexiré de ce lion.

Adossé, se dit rie deux animaux qui sont rampinls, les dos tournés, comme deux lions, etc. ; deux clefs

ALPHABETIQUE xtMii

sont aussi dites adossées, quand leurs pannetons sont tournés en dehors, l'un d'un côté, l'autre de l'autre; de même deux faux, el généralement tout ce qui est de longueur, et qui a deux faces diiîérenles, comme les haches, les doloires, les marteaux, etc.

Affronté, est le contraire d'adossé, et se dit de deux choses (|ui sont opposées de front, comme deux lions ou deux autres animaux.

Aiguisé, se dit de tontes les pièces dont les extrémités peuvent être aiguës, coinme le pal, la fasce, la croix, le sautoir.

Ajouré, se prend pour une couverture du chef, de quelque forme qu'elle soit, ronde, carrée, en croissant, etc., pourvu qu'elle touche le boni de l'écu : il se dit encore des jours d'une tour et d'une maisuu, quand ils sont d'autre couleur.

Ailé, se dit de toutes les pièces qui ont des ailes contre nature, comme mi cerf ailé, un lion ailé, et des animaux volatils dont les ailes sont d'aulres couleurs que le corps.

Aluisé, se dit des pièces honorables, retraites de lotîtes leurs extrémités, comme un cerf, une fasce et une bande qui ne louchent pas les deux bords ou les deux flancs de l'écu, sont pièces alaisées; de même la croix et le sautoir qui ne touchent pas les bords de leurs quatre extrémités.

Allumé, se dit des yeux des animaux, quand ils sont d'antre couleur, cl d'un bûcher ardent : on dit le même d'un flambeau dont la flamme est d'autre couleur.

Anché, se dit seulement d'un cimeterre recourbé.

Angle, se dit de la croix et du sautoir, quand il y a dos figures longues à pointes, qui sont mouvautes de ces angles : la croix de Malle des chevaliers français est anglée de quatre fleurs de lis; celle de la maison de Lambert en Savoie est anglée de rayons, et celle de Machiavelli de Florence est anglée de quatre clous.

, Animé, se dit de la lêle d'un cheval et de ses yeux, quand ils paraissent avoir action.

I Antique, se dit des couronnes à pointes de rayons, des coiffures anciennes, grec(|ues ou romaines, parce que ces choses sont antiques el ne sont pas de l'usage moderne : ainsi on dit des bustes des rois couronnés à l'antique. On peut dire le même des vêtemenls, des b.itiments et des riches gothiques, qui font les armoiries de certaines villes, comme celles de Montpellier,sont une image de Notre-Dauie, sur son siège à l'antique, en forme de niche.

Appaumé, se dit de la main ouverte, dont on voit le dedans qui est la paume.

Appointé, se dit de deux choses qui se touchent par tes pointes, coinme deux chevrons peuvenl être appointés, trois épées mises en pairie peuvent être appointées en cœur, trois flèches de même, etc.

Ardent, se dit d'un charbon allumé.

Armé, se dit des ongles des lions, des griffons, des aigles, etc., el des flèches dont tes pointes sont d'autre couleur que le fût : il se dit aussi d'un soldat et d'un cavalier, comme celui des armes de Liihuaiiie.

Arraché, se dit des arbres et autres plantes qui ont des racines qui paraissent, et des têtes et membres d'animaux qui ne sont pas coupés nets, et qui ont divers lambeaux et filaments encore sanglants ou non sanglants , qui paraissent des pièces arrachées avec force.

Arrêté, se dit d'un animal qui est sur ses quatre pieds, sans que l'un avance devant l'autre qui est la posture ordinaire des animaux que l'on appelle passants.

Arrondi, se dit de certaines choses qui, étant ro;ides naturellement ou par artifice, ont certains traits eu armoiries qui servent à faire paraître cet arrondissement, comme les boules, pour les distinguer des tourteaux et des besants, et les troncs d'arbres.

Assis , se dit de tous les animaux domestiques

DES TEr,Mi:S DU ni>\SON.

(Iiii sont sur le cul, comme les chiens, chais écureuils, elc.

lî

Bâillonné, se <iit des animaux (jui ont nn hâlon cnlre les dents, comme les lions, les ours, les chiens et les cochons.

Bundi', se dit de tout l'écn couvert de liandes ou de pièces bandées, comme le chef, la fasce, le pal, et mcnie quelques animaux , comme le lion de liesse.

Barbé, se dit des coqs et des dauphins, quand leur harhe est d'un auire émail.

Bnrdé, se dit d'un cheval paré.

Barré, se dil dans le même sens que bandé, de l'écu et des pièces couvertes de barres, qui vont diagonalement de gauche à droite.

Baslillé , se (lit des pièces qui ont des créneaux renversés, qui regardent la pointe de l'écu.

Balaillé, se dit d'une cloche qui a le batail d'autre émail (pi'elle n'esl.

Béqtié, se dit des oiseaux dont le bec est d'autre émail.

Besanté, se dil d'une pièce chargée de besanls, comme une bordure besanlée de huii pièces.

Biqarré, se dil du papillon et de tout ce qui a diverses couleurs.

Billetlé, se dit du champ semé de billelles.

Bissi\ est un serpent, et vient de l'italien hiscîa.

Bordé, se dit des croix, <les baniles, des goufanons, et de lonles autres choses oui ont des bords de différents éniaiix.

Bouclé, se dit du collier d'un lévrier et d'un antre chien qui a des boucles.

Bourdonné, se dit d'une croix dont les branches sont tournées et arrondies en linurdon'; de pèlerins.

Boulonné, se dit du milieu des roses et des autres leurs, quand il est d'antre couleur que la (leur : il se dil aussi d'un rosier qui a des boulons el des fleurs (le lis épaiu)uies, comme celle de Florence, doiit sortent deux boutons.

Breieasé, se dit des pièces crénelées haut el bas en alternative, comme la bande des Scarron.

Brisé, se dit des armoiries des puînés et cadels d'une famille, ou il y a quelque changement par addili<ui, <liiniuulion ou altération de ipichpie pièce pour (lislinclion des branches; il se dit encore des chevrons dont la pointe est déjoinle, comme ceux des violes : c'est un erreur d'appeler les autres brisés.

Brochant, se dit des pièces qui passent sur d'autres, comme une fasce ou un chevron (lui bioche sur un lion . les chevrons de la Uochefoucauld biochent sur des burelles.

Burelé, se dit de l'écu rempli de longues listes de flanc à flanc, .jusqu'au nombre de di\, douze ou plus, à nombre égal, et de deux émaux différents.

Cûblé, se dil d'une croix faite de cordes ou de cahl('s loriillés.

Cabré, se dil d'un cheval acculé.

('Aimii'lé, se <lil de l'engirlure donl les pointes sont en dedans et le dos en deliois, comme les canficlures des colonnes en arcliileelure.

Cantonné, se dil de la croix el <les sautoirs accouq)agnés dans les cantons de l'écu de quelques autres ligures.

Carnation, se dit de toutes les parties fin corps humain, parlicnlièremeiil du visage, des mains cl des pieds, quand ils sont représentés an naturel.

Cerclé, se dit d'un loimcau.

Chape, se dil de l'écu qui s'ouvre en chape ou en papillon depuis le milieu du chef juscpi'aii milieu des flancs; telles sont les armoiries des l'ères Prêcheurs et des Carmes , et c'est l'image de leurs haliiis, de leurs rx)hcs el de leurs chapcîs.

Chaperonné, sc dil des épcrviers.

Chargé, se <lil de toutes pièces sur lesquelles II y en a d'autres; ainsi le chef, la fasce, le pal, h liande, les chevrons, les croix, les lions, etc., peuvent être chargés de coquilles, de croissants, de roses, etc.

Chàtelé, se dit d'une bordure et d'un lambcl chargés de huit ou neuf châteaux; la bordure du Portugal et le laml'.el d'.\riois sont chàtelés.

Cliaussé, est l'opposé de chape.

Chevelé, se dit d'mie tète dont les cheveux sont d'autre émail ((ue l.i tète.

Chi'villé, se dil des r.innires d'une coine de cerf, el on dit : chevillé de tant de cors.

Chevronné, se dit d'un pal cl autre pièce chargée de chevrons, ou de tout l'écu quand il en est rempli.

Cintré, se dit du globe ou monde inipérial, entouré d'un cercle el d'un demi-cercle en forme de cintre.

Clarine, se dit d'un animal qui a des sonnettes, coinine les vaches, les ruoulons, les chameaux, etc.

Cléché, se dit des arrondissements de la croix de Totdouse, donl les quatre extrémités sont faites comme les anneaux des clefs.

Cloué, se dil d'un collier de chien, et des fers à cheval, lorsque les clous paraissent d'autre émail.

Colleté, se dit des animaux qui ont collier.

Comporté, se dil des bordures, pals, bandes, fasces, croix el sautoirs, qui sont composés de pièces carrées d'émaux alternés, comme nne lire d'échiquier : ainsi la bordure de Bourgogne et la bande <le Vallins sont componées; la bordure de Sève esl conlre-componée , parce que leur écu étant fascé d'or el de salle, et la bordure componée de même, les rompons d'or répondent aux l'asccs de sable, el ceux de sable aux fascis d'or.

Contourné, se dil des animaux ou des têtes des animauji tournées vers la gauche de l'écu.

Contrebande, contreb,irré,contrebrctessé, contr\'carlelé , conirefascé, conlrefteuré, conlrepallé , contrepolencé, contrevairé, sont pièces donl les ban. les, l)arres, brétesses, écartckires, fasces, fleurons, paux, potences el vairs sont opposés.

Contrepaasanl , se dit des animaux, dont l'un passe d'mi coté, l'autre d'un autre.

Cordé, se dit des luths, harpes, violons et autres instruments senddablcs, el des arcs à tirer, quand leurs cordes sont de difléient émail.

Coticé , se dil du champ el de l'écu rempli de dix bamles de couleuis alternées.

Couché, se dil du cerf, du lion, du chien et autres animaux.

Coulissé, se dit d'un château et d'une tour qui ont la herse ou coulisse à la porte.

Coupé, se dil de l'écu partagé par le milieu horizontalement en deux parties égales cl des membres des animaux qui sont coupés nets, comme la tète, les cuisses, etc.

Couplé, se dit des chiens de chasse liés ensemble.

Courbé, esl la situation des daupliiiis et des bars, qui ne s'exprime pas, leur étant naturelle cl propre en armoiries : il se dil des fasces im peu voûtées en arc.

Couronné, se <lii des lions, du casque el des autres choses qui ont couronne.

Cousu, se dit du chef, quand il esl de métal sur métal ou de couleur sur couleur, comme aux armoiries des villes de Paris et de Lyon, et des maisons de lionne, de la Croi.x-Chcvrières el autres, en Daupliiné et ailleurs.

Couvert, se dil d'une tour qui a un comble.

Cramponné, des croix et autres pièces qui ont à leurs exlrémilés une demi-potence.

Crénelé, se dit des tours, châteaux, bandes, fasces cl autres pièces :\ créneaux.

Créié, se dil des coqs, à cause de leur crête.

Croisé , se ilil du globe imjiériàl el des bauiiicrcb qui ont cioix.

DICTIONNAIRE ALPIIAIÎKTIQI'E

DeiieluK sft dit du clief, do la fasce, do la liande; et dii parti, ceiipé, tranclié, taillé et écarlolé, quand ils se lenniiieiit en pointes aignës, coinnie les dents.

Découpé, se dit des lamhroqnins qni sont déconpés à feuilles d'acanthe, et du papillonné.

De l'un en l'autre , se dit du parti , du coupé , du tranché, de l'écartelé , du fascé , du paie, du bande, etc., ((uaani ils sont chargés de plusieurs pièces qui sont sur l'une de ces parties, de l'émail de l'autre réciproquement et alternativement, comme aux armoiries de Bitilloud, où l'écu est tranché d'argent et d'a/.iir à trois tourteaux d'aztir sur l'argent et trois besanls d'argent sur l'azur.

Be l'un à l'autre, se dit des pièces étendues qui passent sur les deux pièces de la partition ou sur tontes les l'asces , bandes , pals , en alternant les cmaux de ces partitions, comme Rodes Baroarel en J)ond)es porte parti de salile et d'argent, à treize étoiles, rangées en trois pals, les cinq dn milieu de l'uii à l'autre , et les quatre de chaque flanc de l'un en l'autre.

Démembré, se dit de l'aigle, du lion et de tout autre aiiiujal dont les membres sont sépaiés.

Denté, se dit des dents des aniinanx.

Dentelé, se dit de la croix, de la bande et autres pièces à petites dents.

Deux un , se dit de la disposition ordinaire de trois pièces en armoiries, dont deux sont vers le chef et une vers la poinie, comme les trois fleurs de lis de France.

Diadème, se dit de l'aigle qui a un petit cercle rond sur la tète.

Diapré, se dit des fasees, pals et autres pièces bigarrées de diverses couleurs.

Diffamé, se dit du lion qui n'a point do (pioue.

Divisé, se dit de la fasce, de la bande (|i\i n'ont que la moitié de leur largeur, l'on dit fasce ou bande en divise.

Donjonné, se dit des tours et châteaux qui ont dos tourelles.

Dratjonné, se dit du lion qni se termine en queue de dragon.

Ecartelé , se dit de l'écu en quatre parties égales en bannière ou en sautoir.

Ecliiqueté, se dit de l'écu et des pièces principales, et même de quelques animaux, comme les aigles et les lions, quand ils sont composés de pièces t':\rroes alternées, comme celles des ochi(iniors : dans l'écu, il faut pour lo nmins qu'il y ait vingt carr 'aux pourètie dit éelii()nelé, aulrement on dit éqnipolé, quaiul il n'y en a que neuf; et quand il n'y en a ipie quinze, connue aux armoiries de Tolè.le et de Quinnodes, on dit (|umze points d'échiquier : les autres pièoes doivent pour le moins être éehiquetéos de deux tires, aulrement elles sont dites coinponées.

Ecole, se dit des troncs et branches de bois dont les menues briMiches ont été coupées.

Ejfiiré, se (lit d'un cheval levé sur ses pieds.

Elancé, se dit d'un cerf courant.

Emanctié, se dit des partitions de l'écu où les pièces s'enclavent l'une dans l'antre, en forme de longs triangles pyramidaux, comme aux armoiries de Vaudrey.

Embouté, se dit des manches des marteaux dont les bouts sont garnis d'émail dilf(M-ent.

Embrassé, se dit d'un écn parti ou coupé, on tranché d'une seule éinanchure qui s'étend d'un flanc à l'autre, comme on verra dans ma pratique aux armoiries des Allemands.

Emmanche, se dit dos haches, marteaux, faux et autres chosrs (pii ont manche.

Emmusclé, se dit des ours, chameaux, nmlcta et

antres animaux auxquels on lie le museau pour les enq)è(ber de mordre et de manger.

Empenné, se dit d'un dard, trait ou javelot, qui a ses ailerons ou pennes.

Empiétant, se dit de l'oiseau de proie, quand il est sur sa proie qu'il tient avec ses serres.

Empoigné, se dit des flèches, javelots et autres choses sendjlables de figure longue, quand elles sont au nombre de trois ou plus, l'une en pal, les aulres en sautoir, assemblées et croisées au milieu de l'écu : les flèches de la devise des Etats de Hollande sont de celte sorte.

Enchaussé, est le contraire de chape et une figure rare.

Encoche, se dit du trait qui est sur un arc, soit que l'arc soit bandé on non.

Enclavé, se dit d'un écu jjarti dont l'une des partitions entre dans l'autre par ime longue liste.

Enclos, se dit du lion d'Ecosse qui est enclos dans un tréehenr.

Emlenié, se dit d'une fasce, pal, bande et autres pièces de triangles alternés de divers émaux.

Enfilé, se dit des couronnes, annelets et autres choses rondes ou ouvertes, passées dans des bandes, paux, fasees, lances ou autres pareilles choses

Englanté, se dit du chêne chargé de glands

Engoulé, des bandes, croix, sautoirs et toutes autres pièces dont les extrémités entrent dans des gueules de lions, léopards, dragons, etc., comme les armoiries de Guichenon : il y a aussi des mufles de lions qui engonlenl le casque, comme aux anciennes armoiries des ducs de Savoie,

En(/ré/e', se dit des bordures, croix, bandes, sautoirs qui sont à petites dents fort menues, dont les côtés s'arrondissent un peu.

Enguiché, se dit dos cors, hucliets el trompes, dont l'embouchure est de ditlérent émail.

Enlevé, se dit de certaines pièoes qui paraissent enlevées, comme aux armoiries d'Anghire.

Ensanglanté , se dit du pélican et autres animaux sanglants.

Enté, se dit doî partitions l't des fasees, bandes, panx qui entrent les uns dans les auties à ondes rondement.

Entravaillé, se dit des oiseaux qui, ayant le vol éployé, ont un bâton ou quelque autre chose passé entre les ailes et les pieds.

Entrelacé, se dit de trois croissants, de trois anneaux et antres choses semblables passées les unes dans les autres.

Entretenu, se dit des clefs et aulres choses qui se tiennent liées ensemble par leurs anneaux.

Eguipé, se dit d'un vaisseau qui a ses voiles, cordages et antres choses.

Equipollé, se dit de neuf carrés, dont cinq sont d'un émail et quatre d'un autre allernativemenl.

Ebranclié, se dit d'un arbre dont les branches oui été coupées.

Ecaillé, se dit des poissons.

Eclaté, se dit des lances rompues et chevrons.

Eclopé, se dit d'une partition dont ime pièce parait comme lompuc.

Ecorché, se dit des loups de gueides ou couleur rouge.

Epanoui, se dit des fleurs de lis dont il sort des boutons entre les fleurons, et dont le fleuron d'en haut est comme ouvert, comme en celles de Florence.

Eployé, se dit parfois des oiseaux dont les ailes sont étendues, et surtout de l'aigle à doux têtes.

Essorant, se dit des oiseaux qni n'ouvrent l'aile qu'à demi, pour prendre le vent, et qui regardent le soleil.

Essoré, se dit des toits des maisons de divers émail.

Eiincelanl, se dit des charbons dont soilenl des clincclles; et élincclé, d'un écu semé d'étincelles.

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