‹ Dictionnaire héraldique contenant: l'explication et la description des termes et figures usités dans le blason, des notices sur les ordres de chevalerie, les marques des charges et dignités, les ornements et l'origine des armoiries, les rois d'armes et les tournois, etc. Avec un grand nombre de planches et d'exemples tirés des armoiries des familles, villes et provinces de France. Suivi de l'Abrégé chronologique d'édits, déclarations, règlements, arrêts et lettres patentes des rois de France de la troisième race, concernant le fait de la noblesse;Chapitre 2 sur 162 · TOME UNIQUE · texte numérisé non relu

TOME UNIQUE

rm : 8 francs.

S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR, AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETIT-MONTROUG E ,

BARRIÈRE d'eTCFER DE PAR».

Ce livre a été conçu dans le but de faciliter les recherches et d'abréger le travail des archéologues et des érudits français, qui, chaque jour, rencontrent dans les châteaux et les églises, sur les tableaux, les armes, les cachets, les meubles et les monuments de toute orte, des armoiries sans nombre. A qui saurait lire la langue du blason, ces figures héraldiques diraient le nom et le temps des fondateurs ou des possesseurs de ces objets divers. ^> Mais cette langue est aujourd'hui aussi oubliée qu'elle était autrefois répandue ; et comme, nu temps où elle était l'objet de l'étude presque générale, l'archéologie française n'existait pas encore, les livres très-nombreux qu'on a composés alors l'ont été dans un but tout autre que celui réclamé aujourd'hui par les esprits studieux. Ces livres, en effet, destinés à donner l'armoirie d'une famille connue, sont rangés par ordre alphabétique, et les recherches dirigées dans ce but j trouvent une solution très-prompte et très-facile. Mais, dans les études archéologiques, le problème est renversé; l'armoirie étant connue, il s'agit de retrouver la famille ; il faut donc parcourir cette multitude de noms contenus dans les dictionnaires, et comme rien ne peut servir de guide dans cette laborieuse et pénible inves- ~ tigation , comme rien même ne peut indiquer si l'armoirie objet de tant de labeurs se trouve / représentée ou décrite dans l'ouvrage qu'on a entre les mains , il arrive souvent qu'après '/> de longues heures inutilcmeut passées à tourner les pages de plusieurs volumes, on jette là <Vj de dépit et de colère le livre muet. Cela nous est arrivé souvent, et cette expérience perr-o sonnelle tant de fois faite de l'insuffisance actuelle des dictionnaires par ordre de familles, ^» noua a amené à penser qu'un dictionnaire où les armoiries seraient groupées par genres de figures, où, par exemple, tous les pals, toutes les bandes, toutes les fasces seraient réunis (^ ensemble, et de même des lions, des chevaux, des ponts, des épées , des éperons et autres „\ figures usitées en blason ; il nous a semblé qu'un tel livre abrégerait singulièrement les recherches, en restreignant de beaucoup l'espace où elles peuvent s'exercer, en les localisant pour ainsi dire. Il ne s'agira plus , en effet, que d'aller à la partie de l'ouvrage ren-

fermant les figures analogues a celle qu'on a sous les yeux : aux lions, si c'est un lion ; y- aux chiens, si c'est un chien , et il suffira de parcourir quelques feuillets pour s'assurer si l'armoirie en question a été ou non décrite dans le livre. Comme les figures sont dans (j' les armoiries, tantôt seules , tantôt en nombre, tantôt accompagnées ou chargées d'autres ^ pièces, nous avons cru qu'on diminuerait encore le travail en créant dans chaque article un peu étendu des sous-divisions dont chacune ne comprendrait qu'un seul des états , si je puis dire ainsi, de la figure principale. Quant à l'ordre à adopter dans la disposition des articles, on aurait pu assurément en choisir un plus savant et plus méthodique que celui auquel nous nous sommes définitivement arrêté, et nous y avions songé d'abord; mais, après plusieurs essais, l'ordre alphabétique nous a semblé le plus simple, le plus court, et par conséquent le meilleur. Le résultat obtenu par Chevillard avec son fameux ordre tout à la fois alphabétique et naturel, était loin de nous engager à l'imiter. Ce cadre Une fois' arrêté, il ne s'agissait plus que de le remplir, et nous avions d'abord résolu de n'admettre parmi les exemples donnés par nous , aucune famille noble postérieure au xvi* siècle, et notre livre se fût trouvé ainsi comme le véritable livre d'or de la noblesse française : mais en cela nous ne songions qu'à l'archéologie monumentale , et l'on nous a fait remarquer que tout le xrtir siècle avait couvert de ses armoiries les meubles et les gravures surtout, et que bon nombre de ces blasons étaient pour lors récents ; nous nous sommes donc déterminé à reculer notre barrière jusqu'à co siècle, et jusque-là seulement, les besoins de l'archéologie ne se faisant point encore sentir pour les temps plus rapprochés de nous.

De ce qu'une famille ne se trouverait pas dans notre livre, il ne faudrait cependant pas en conclure que sa noblesse fût douteuse ou trop récente; cela prouverait tout simplement qu'elle ne nous est pas tombée sous les yeux ; sans compter qu'il était impossible de citer tout le monde. Une seconde édition, si jamais il nous est donné de la faire, pourra et de- Dictionn. Héraldique. %

Xi PKEFACE. XII

v.a être beaucoup plus complète. Que los censeurs et les critiques tiennent pour assuré que notro livre ue saurait sembler a personne plus défectueux qu'il do l'est à nos propres jeux, et que, paraissant dans une Encyclopédie en voie de publication, le temps, plus que la volonté et le courage, nous a manqué pour fairo mioux. Peut-être cependant voudra-t-on bien reconnaître que, si imparfait que suit ce livre, il renferme plus d'armoiries et disposées dans un meilleur ordro pour les recherches, qu'aucun de ceux qui l'ont précédé. Le plus étendu et le plus employé par les travailleurs, l'ouvrage de Louvan Geliot, revu au milieu du xvir siècle par Pierre Paillot, est sous forme de dictionnaire de termes et de figures, et il nous a donné, nous l'avouons, l'idée du notre, filais Paillot a voulu faire surtout un traité de blason où les figures et les termes fussent définis et décrits dans l'ordre alphabétique ; il en est résulté qu'un nombre très-considérable d'armoiries se trouvent dans Paillot rangées sous des termes abstraits, comme accompagné, armé, arraché i ou même presque inconnus au lecteur, tels que clariné, lampatsé, gringoté, etc., et l'on ne sait comment les y trouver.

Nous avons cru éviter cet inconvénient si grave en plaçant à la fin de notre introduction un vocabulaire de ces termes abstraits qui se trouvent ainsi élagués du Dictionnaire, et qu'on fera bien de parcourir tout d'abord, ainsi que l'Introduction, renfermant un essai sur l'origino du blason, et destinée à donner une connaissance sommaire et générale du blason à •ceux qui n'en ont aucune notion, et qui, sans cela, auraient assez de peine a se servir du Dictionnaire proprement dit.

Nous y avons développé, dans l'ordre alj>habétique, chacun des points indiqués dans l'Introduction, et n'avons cru pouvoir mieux faire que de reproduire quelques-unes des excellentes dissertations quo le célèbre Du Congo a publiées sur ce sujet. On y trouvera encore des articles sur les rois d'armes, les grands ofliciers de la couronne, les preuves do noblesse, etc., dont la connaissance a paru se lier intimement avec l'étude des armoiries, et le tout est suivi d'une table alphabétique des noms de familles, villes et provinces de France, dont les armoiries sont décrites dans l'ouvrage. Celle table, qui renferme environ douze millo noms, est comme un second dictionnaire à l'aide duquel on peut sans peine trouver les armoiries d'une famille dont lo nom est connu, et notre livre renferme ainsi la solution des deux problèmes que peuvent faire naître les armoiries. 11 faut remarquer, à propos de ocs noms, que nous nous sommes attaché à donner le vrai nom do la famille, le nom primitif, celui qui subsiste toujours dans toutes les branches et à travers tous les temps, sans nous inquiéter des noms de terres ou seigneuries qui peuvent y avoir été ajoutés, et qui, dans une famille ancienne et puissante, sont très-nombreux. Nous ue nous sommes qu'assez rarement éloigné de cette règle, et encore le nom primitif a-t-il été conservé toujours. Nous en avons agi de même pour les armoiries, et l'on ne trouvera que les armoiries simples et réelles de chaque maison, les écarlellemeuts pouvant se multiplier et varier a l'infini, selon les alliances ou môme les prétentions. Lors donc qu'on rencontrera des armoiries écartelées, il faudra se souvenir que le blason véritable de la famille se trouve au premier quartier à droite du *;hef de i'écu, cl c'est celle-là qu'on doit chercher dans le Dictionnaire; s'il y avait un sur U tout, ce serait à lui qu'on s'adresserait. Les ouvragos généalogiques, tels que Lachenaye, Dcsooisou le P. Anselme, donneront ensuite le personnage possesseur de ce blason écartelé.

Nous ne terminerons pas celle préface sans prier notre savant professeur a l'école des Charles, M. Lacabauc, d'agréer l'expression publique de notre graliuide pour les conseils cl les avis qu'il a bien voulu nous donner. Attaché depuis plus de vingt ans au cabinet des titres et généalogies à la Bibliothèque royale, il est assurément l'homme de France qui connaît lo mieux le blason et l'histoire des familles. Toutes les personnes qui ont eu des recherches à fairo sur ces matières au département des manuscrits, connaissent bien ses lumières et sa complaisance également inépuisables. Elles ne nous ont point fait défaut toutesdeux, el nous devons déclarer que, tout imparfait que soit notre livre, il le serait encore bien davantage sans les bienveillants conseils de M. Lacabane.

Abir\i;«lions Un livre : V. ville; /'. provint»' ; /7. plant lie».

INTRODUCTION

On ne sedoule guère aujourd'hui que peu do questions aient été plus agitées que celle de I origine des armoiries et que les livres écrits sur celte matière formeraient' une bibliothèque assez considérable. Ces livres divers sont remplis de syslèmes, tous échafaudés à grand renfort d'érudition, tous appuyés sur des textes décisifs et accablants pour les adversaires. Les poêles, les philosophes, les historiens, les livres sacrés et profanes ont été fouillés en tous sens, et il n'est pas un vers, pas une ligne parlant de casque, de cimier, de bouclier, d étendard, de signe, d'emblème, de figures allégoriques ou môme hiéroglyphiques, qui nait été cité, allégué,torturé, pour établir ou renverser une opi- . nion. On peut croire, d'après cela, que le nombre do ces opinions n'est pas médiocre, et l'on en compte bien une vingtaine. Hien n'a pu arrêter les fabricâteurs d'origines, et l'un d'eux,' Favyn, est allé, dans sou Théâtre d'honneur et de chevalerie, jusqu'à faire les armoiries aussi anciennes que Je monde ; il en donne de dill'ércutcs à Caïn et a A bel. l'n autre, Segoing, en attribue l'invention aux fils de N'oé. Tous deux., il est vrai, n'apportent pas grand texte à l'appui de leurs opinions, et l'induction surtout semble les avoir conduits à ce beau résultat; mais voici venir Bara, qui s'appuie sur un passage de Diodore de Sicile pour faire aux Egyptiens l'honneurde celto invention. D'autres vont suivre, qui citeront le second chapitre du livre des Nombres pour eu gratifier les Hébreux, et l'on aura les armes des douzo fils de Jacob, de Josué et de David, d'Esther et de Judith. D'autres , et le P. Petra-Sancta est du nombre, en fixent l'origine au temps des Assyriens, dont les armes étaient ujie colombe, et il cite là-dessus nonseulomcnl les chap. 2a, kQ et 50 de Jérémie, où il est parlé do celle colombe, mais encore ces deux vers de la 7' élégie du livre î" deTibulle:

Quid référant ut volitet crebrax intacte per urbt$ Alba palestino suncla cotumba iyro ?

Los temps héroïques de la Grèce n'ont pas été négligés, comme on le pense bien, et là les autorités abondaient et la mine était riche et familière aux écrivains des xvi' et x\t\* siècles. Aussi élait-cc par centaines qu'on alléguait les passages des historiens et des poêles qui semblent favoriser cette opinion : tout ce qu'Eschyle a écrit sur les boucliers des chefs combattant devant Thèbes, tout ce que Valérius Flaccus a dit des emblèmes portés par les Argonautes, tout ce qu'Homère et Virgile nons rapportent des figures peintes sur les boucliers, les casques

et les cuirasses des guerriers grecs au siège do Troie, a été cité successivement ou à la fois.

Sicile le Héraut veut qu'Alexandre le Grand ait réglé les armoiries et l'usage du blason et institué les hérauts d'armes.

Le P. Monel en fixe l'origine aux temps des empereurs romains, et allègue la Notico de l'Empire, où les boucliers des légions romaines sont décrits avec toutes leurs figures et toutes leurs couleurs.

Et l'on va ainsi descendant le cours des siècles et faisant naitre l'usage des armoiries, les uns au milieu des débris de l'empire romain et de l'invasion barbare, d'autres avec Charlemagne, d'autres avec l'arrivée des Danois et des Normands en Angleterre, d'autres, et c'est l'opinion la plus commune, avec les croisades, la première bien entendu. Quelquesuns en attribuent l'invention à Frédéric Barberousse, et il en est enfin qui voient dans les factions des Guelfes et des Gibelins la source et l'origine des armoiries.

Le P. Ménestrier, qui a écrit un volume intéressant sur les origines des armoiries, a fort bien montré la fausseté de toutes ces opinions diverses, du moins en ce qu'elles ont d'absolu ; il a fort bien vu qu on ue saurait conclure de tant de passages et d'autorités de toutes les époques autre chose sinon que, de temps immémorial, les guerriers ont employé, pour se distinguer dans les armées, des figures et des marques symboliques peintes sur les boucliers, les enseignes et les drapeaux. Mais tout cela, fyoute-t-il avec raison, no prouve nullement que, dans ces époques reculées, ces marques symboliques aient jamais été des marques héréditaires de noblesse, ni •composées do figures et de couleurs réglées et déterminées commo le blason. 11 a lot i bien vu que les exemples tirés des poètes ne prouvent absolument rien pour les temps où ils placent la scène do leurs poèmes, parco qu'ils donnent toujours aux laits qu'ils racontent et aux personnages qu'ils font agir, la couleur du temps où ils vivent eux-mêmes, et souvent les rajeunissent ainsi de plusieurs siècles. Il renverse tous ces vains systèmes, et comme il no rencontre avant le x* siècle, ni sur les sceaux, ni sur les tombeaux, ni sur les monnaies, de véritables armoiries; comme, d'uri autre coté, il en voit l'origine dans les tournois, dont il fixo l'établissement vers ce temps-là, il arrive à celte conclusion, que les armoiries remontent au x' siècle, cl il apporte de sou opinion uue foule de preuves. Nous allons discuter les principales, sans oublier celles qu'on y a ajoutées depuis. A nos yeux, en effet, l'usage des armoiries.

prenant ce mot dans le sens même où remploie le P. Ménestrier, n'est point aussi ancien qu'il le prétend, et l'on doit descendre

{'usqu au commencement du xni* siècle pour e Irouver un peu généralement établi.

Les preuves qu'on apporte do l'existence des armoiries au xi* siècle, avant môme l'époque des croisades , • prouvent trop ou trop peu ; si en effet on les admettait comme bonnes, nous ne verrions pas pourquoi on rejetterait une 'foule d'exemples de môme nature et d'égale valeur qui f e^ rencontront dans les siècles antérieurs. Ces preuves, très-peu nombreuses, et c'est là leur premier défaut, peuvent se diviser en deux espèces : preuves figurées ou tirées des monuments, et preuves fournies pnr'les écrivains. Voyons d abord les preuves tirées des monuments, comme étant, à coup sûr, /es plus concluantes et les plus décisives.

Le plus ancien exemple cité pqrles partisans de l'antiquité des nrmoiriés, est pris du tombeau du jeune -Robert, fils de Richard 1", d.uc de Normandie, et mort en 996, sur lequel ils voient un bon en champ île gueules. Par malheur, ce n'est point In une annoirie dans le sens qu'on est convenu d'attacher à ce mot, mais bien un emblème personnel , comme on en rencontre un si grand nombre dans toute l'antiquité. II suffît, pour s'eu convaincre, de jeter les yeux sur la figure de ce tombeau, reproduit dans le IIP volume des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de voir ce lion placé sur la pierre tumulaire, au milieu même de l'inscription qu'il coupe en deux parties, et surtout de lire à l'entour, formant un cercle, ces paroles mômes de l'Ecriture : Ecce ticit Ito de tribu Judo, radix David. Ces paroles prouvent jusqu'à l'évidence que oe n'«st qu'un emblème, et quant au champ - de gueules, il fallait être bien aveuglé par l'esprit de système, bien déterminé à trouver des preuves à tout prix, pour voir dans les lignes perpendiculaires qui chargent cette piorre du x* siècle les hachures qu'on est, il est vrai, convenu d'employer dans la gravure pour représenter les gueules, mais seulement aux premières années du xvii* siècle, environ six cents ans plus tard; six cents ans pendant lesquels on ne rencontre pas un seul monument qui porte trace de cet usage purement conventionnel. D'ailleurs quelles seraient ces armes? La Normandie ne portait pas un lion ni môme un léopard, mais bien deux léopards. Ce lion ne fut donc point dès lors héréditaire, non plus que le lion représenté sur le revers du sceau de Robert le Frison, comte de Flandre, et qui remonte à 1073. Le lion, devint, il est vrai, plus lard, les armoiries héréditaires du comté de Flandre ; mais comme un long intervalle s'écoule avant qu'on ne le retrouve sur les sceaux des comtes, comme il faut pour cela descendre un siècle entier, jusqu'en 1163, on ne saurait voir une preuve de l'hérédité des armoiries dans ce qui justement montre le contraire, et l'on ne doit v reconnaître qu'un emblème de force et de courage.

. La croix de Toulouse , à cause de sa forme toute particulière, à cause surtout de sa transmission constante sur les sceaux des comtes de Toulouse, est, nous en convenons , une preuve qu'au xi* siècle les armoiries étaient héréditaires dans la famille de Toulouse, mais dans cette famille-là seulement, et d'un exemple unique, peut-ôtre, on ne saurait déduire une règle

fjénérale. Nous n'avons jamais pensé, comme es écrivains que nous combattons, que les armoiries fussent devenues héréditaires en quelque sorte tout d'un coup, mais au contraire qu'elles ne le devinrent que successivement, plus tùt dans une famille, plus tard dans une autre. Raymond de Saint-Gilles ayant déjà avant la première croisade une croix pour emblème ou symbole de sa foi, la porta naturellement à cette expédition fameuse, et ses successeurs la conservèrent comme un souvenir de la gloire et de la piété de leur aïeul. Quant à la forme de cette croix qu'on désigne en blason parles épithètes vidée, éléchée et pommeltée, elle paraîtra moins étrange si 1 on se rappelle quo Du Cange la dit semblable à In croix que Constantin éleva dans Constantinople en mémoire de celle qu'il avait vue au ciel lorsqu'il combattit Maxence.

La quatrième preuve, alléguée en faveur de l'hérédité des armoiries, va nous fournir l'occasion de montrer que, bien loin quo cette hérédité fût établie à la lin du xi' siècle, l'usage môme des armoiries personnelles , des symboles et des emblèmes ne l'était pas encore généralement. Qu'on examine en effet les nombreuses ligures qui chargent la tapisserie de Bayeux, qu'on parcoure cette longue suite de guerriers, en costume de combat ou de cérémonie, qu'on S'attache surtout à ceux en très-grand nombre qui portent des boucliers, et l'on verra que Tes ligures qui chargent non pas tous, mais une partie de ces boucliers, sont en général si simples, qu'on pourrait facilement les prendre pour des tètes de clous, attachant et renforçant la doublure du bouclier. On remarque, il est vrai, sur deux d'entre eux des espèces de feuillages, et quelques autres portent des croix et des monstres ; mais rien ne montre que ces rares ligures fussent héréditaires, et elles seraient aussi nombreuses qu'elles le sont peu, qu'elles ne prouveraient pas davantage. Il est d'ailleurs un autre monument, du milieu du xii* siècle, par conséquent de plusieurs années postérieur à latapisseriedè Bayeux exécutée vers 1100, et dont se sont bien gardés de parler les défenseurs de I antiquité des armoiries : ce sont les vitraux placés par ordre de Suger autour du chevet de SainJ- Denis. Ils représentaient la première croisade, et, chargés de guerriers portant leurs boucliers, ils offraient encore beaucoup moins de figures héraldiques que la tapisserie de Bayeux. Ces vitraux n existent plus. Ils ont été détruits à la révolution, mais le P. Montfaucon les avait reproduits dans ses Monuments de la monarchie française, ft

INTKODUCTION.

INTRODUCTION

.l'on peut s'y convaincre de ce que nous avançons, ^es ligures sont très-simples et très-uniformes, partant en général du centro de l'écu, sur lequel elles semblent rayonner, et l'on ne reconnaît parmi elles presque aucune des représentations consacrées plus tard dans le blason, ni pal, ni bande, ni fasce, ni sautoir, ni aucun des animaux ou des oiseaux héraldiques. Si, dès la première croisade, leur usage avait été aussi général et aussi répandu qu'on le prétend, comment expliquer leur absence presque com» plète dans cette loogue suite de sujets guerriers?

Nous ne parlerons pas du tombeau d'Hélie, comte du Maine, mort en 1109, et qu'on voyait dans l'église de la Coûtur^ du Mans, tenant un bouclier orné d'une croix fleurdelisée. Rien, en effet, ne sert à établir l'âge de eo monument, que Monlfaucon lui-même regarde comme de beaucoup postérieur à la mort du comte. Telle est la valeur des preuves fournies par les monuments. Les textes offrent encore moins d'autorité, ils sont également très-peu nombreux, et tous, un seul excepté, des allégations d'écrivains du xvii* siècle, ne s'appuyant sur aucune autorité contemporaine des faits avancés et n'ayant pour garants que dos traditions de familles. Ainsi les Bénédictins diront bien (Gall. Chr., loin. V, col. 1036) que Regimbold, prévôt de l'abbaye de Mouri de 1027 à 1036, avait des armes paternelles et qu'on tes voyait dans l'élise de Mouri : a (ientilitia ipsius insignin... in area cajrulea mortarium flavum exhibent. »

Mais ils ne fourniront aucune preuve de ce qu'ils avancent, sans y attacher grande importance du reste. Ils diront encore [Ibid., tmn. VII, col. 595) , qu'un sire de Goulaine ayant, en 1091, réconcilié les rois Guillaume te Roux, d'Angleterre, cl Philippe I", do France , par reconnaissance , ces deux princes lui donnèrent leurs propres armoiries, qu'il porta dès lors écartelées ; mais ils n'appuieront ce fait, bien extraordinaire en un temps où, d'après lus Bénédictins cux- UQÔines, les deux rois n'avaient pas encore d'armoiries tixes, que sur deux vers d'Abai- )ard, qui semblent à peine faire allusion à l'événement , et qu'eut - mômes regardent comme douteux. Assurément ce sont là de ces fables dont on se plaisait, dans les derniers siècles, à entourer l'origine des grandes familles.

Le seul t3xle à peu près contemporain est tiré du moine de Marmou tiers. Cet historien, décrivant les cérémonies qui accompagnèrent la réception daus l'ordre do chevalerie du jeune Geoffroy, comte d'Anjou, père de Henri Plantagenet, qui fut roi d'Angleterre sous le nom de Henri II, parle, on effet, de son bouclier chargé de lionceaux, et il dit : Clypeusjeunculos aureos imaginarios habens, collo ejus tutpenditur.

Voilà bien les lions ou, si l'on veut, les léopards d'Angleterre; mais rien, dans ce passage ni dans tout ce qui précède ou suit, n'indique que ces armoiries fussent alors

héréditaires ; elles le devinrent, il est vrai, mais plus tard, et un assez long espace de temps s'écoule entre celte première apparition et le moment où l'on peut suivre ave« quelque certitude leur transmission régulière. Il faut, en effet, descendre pour cela jusqu'à Richard Cœur de Lion. D'ailleurs, et nous ne saurions trop le répéter, parce que rien n'est plus vrai et rien ne semble avoir été plus méconnu, quelques faits rares et isolés, quand même ils seraient aussi bien établis qu'ils le sont mal, ne prouveraient nullement que les armoiries fussent généralement héréditaires «au xr, ni môme au xir siècle. A cette dernière époque, toutefois, les tendances à l'hérédité, encore bion rares dans le précédent, vont se multipliau! de plus en plus, et au xnr siècle cites sont assez générales, les faits sont assez nombreux, pour qu'on puisse déclarer que les armoiries sont devenues héréditaires. Mais jusquelà cette hérédité, qu'avec tous les écrivains nous reconnaissons être le caractère particulier des armoiries, celui-là seul qui les dislingue des symboles et des emblèmes personnels usités de tout temps, cette hérédité ne sera que l'exception et non la règle. Au xnt* siècle môme, cette règle ne sera pas tellement établie et rigoureuse, qu'on n'y puisse rencontrer de nombreuses infractions qui, toujours décroissantes, subsistent cependant jusqu'à la tin du siècle et môme au delà, ainsi qu'on en lit plusieurs exemple» dans la Diplomatique des Bénédictins, t. IV; ils citent, à la page 389, plusieurs exemples de variations survenues dans bs armoiries d'un môme personnage ; H un peu plus loin, ils donnent un extrait du second Cartulairo de Champagne appelé Liber Rubeus. C'est une charte de 1258, de Henri, (ils de Thibaut, roi do Navarre et comte de Champagne, dans laquelle ce prince déclare qu'il s'est servi du sceau de> son père, parce que, n'étant pas encore chevalier ou majeur, il n'avait pas de sceau qui lui fût propre. Que s'il arrive, ajoute-t-il, qucje change de sceau, soit en recevant l'ordre de chevalerie, soit en faisant l'acquisilion de quelque nouveau domaine, cum si postea, vei in nova militia, vel in requirendo dominio, sigillum muiare contingat, je promets d'apposer à la présente charto Je sceau que j aurai alors. Ce passage, dirons-nous avec D. Calmet ( Hist. de la maison Duckdtelet, p. xxu de la Préface), démontre clairement combien los changements d'armoiries étaient fréquents, môme dans les maisons souveraines, jusque vers la fin du xiu* siècle, puisque la nouvelle chevalerie et l'acquisition de quelques domaines considérables étaient des » motifs ordinaires et suffisants pour en changer.

C'est doue pendant le règne de saint Louis que les armoiries sont détiniiivemenl entrées dans une voie nouvelle* celle de l'hérédité ; alors seulement la révolution s'est opérée, et un ordre de choses a été substitué à un autre ordre de choses ; auparavant la révolution se prépare, ensuite clic se conli-

xlv iNTKOMXTlj.N

nue et se régularise. En dire 'le jour, l'heure rt l'occasion précise, comme oui voulu le faire nos devanciers, nous semble tout à fait impossible.

Ce changement se réalisa comme tous les changements qui s'annoncent longtemps à l'avance se glissent peu à peu dans les faits, d'abord par de rares çt timides manifestations, avec le. temps plus nombreuses et plus hardies, et finissent par tout envahir et tout soumettre à leur nouvel empire. Nous nous garderons bien surtout de chercher l'origine et la cause do, cette révolution dans un fait unique,, comme les tournois, les croisades, l'hérédité des fiefs ou celle des noms; nous les acceptons tous, et tous réunis suffisent à peine pour nous expliquer comment les emblèmes et les symboles, employés pai les guerriers sur leurs boucliers, leurs casques et leurs colles d'ar; mes, durant toute l'antiquité, n;.rès être demeurés plus de deux mille ans à l'état d'emblèmes personnels, sont, justement à une certaine époque et dans un espace de temps qui ne dépasse pas deux sic les, devenus héréditaires.

On s'explique mal comment 1 esprit hu- , t

main a pu rester plus de vingt siècles, pour • j|é dcs armoiries par ronlfquUé ue ainsi dire, sur e ^seuil dune révolution, sais i. , . . h{ j(l

le franchir tout a fait , et 1 on trouverait, je crois, peu d'exemples d'un changement préparé avec tant de lenteur et d'hésitation et si subitement réalisé. Ce fait, assurément, méritait plus d'attention qu'on n'a cru devoir lui en accorder, surtout lorsqu'on trouve dans l'antiquité des exemples, rares, il est vrai, mais positifs, de la transmission héréditaire des emblèmes guerriers.

Dans Ovide , Egée reconnaît son fils Thésée en voyant les inarques de sa race sur lo pommeau do son éj»ée :

Cum pater ineaputo gladii cognovit eburtto Sign a sni generis . Metam. 7.

Au dixième livre de l'Enéide, Virgile dit de Cupavus •

Pauc'tt comitalc Cupavo, Cuju$ olorinw surgimt de vertice pennar: Cnmenamor vêtir um, formaque insigne patenta.

Vn des Corvitts, dans Silius Ilalicus (hv. v), a le corbeau de ses ancêtres pour cimier :

Coreinns Pha'bea sedet cui casside futi-a, Otlentans aie* proavittv intignia pugnw.

Ces citations ne prouvent rien pour les faits particuliers qu'elles expriment, ni surtout pour le temps où les poètes placent leurs personnages; mais elles prouvent suffisamment qu'au siècle où écrivaient ces poètes, la transmission héréditaire des sym-. holes et des emblèmes" n'était point tout a fait inusitée.

Ces exemples particuliers, et quelques autres qu'on pourrait réunir encore , généralisés par certains écrivains, les ont conduits à reculer jusqu'à l'époque romaine rétablissement de l'hérédité des armoiries ; ils n'ont

■pas pris garde qu'un très-petU nombre de faits isolés ne prouvent rien pour l'ensemble, et que sur tant d'arcs de triomphe , do tombeaux, de temples, di> bas-reliefs et de monuments de toute sorte qui nous restent des Romains, on ne voit aucun vestige d'armoiries personnelles : preuve certaine que l'usage mémo de ces dernières était alors fort restreint , el surtout n'avait rien du caractère qu'elles acquirent par la suite. Les "quelques figures qu'on rencontre sur deux "ou Irois boucliers de la colonne Trajane et de celle d'Antonin sont plutôt des marques de lésion, comme on le voit dans la Notice do l'Empire, que des symboles personnels.

L'origin»des armoiries est donc à la fois plus multiple et plus reculée qu'on ne l'a dit, el voir, avec le P. Ménestrier, cette origine dans les tournois , c'est assurément la chercher dans ce qui ne fut qu'une cause d'organisation régulière et définitive. Pour reconnaître et distinguer les personnages dans ces jeux guerrier s, il n'était pas besoin d'armoiries héréditaires , de simples emblèmes personnels suffisaient parfaitement; et le P. Ménestrier a été trompé par l'esprit do système, lorsqu'il a voulu prouver l'anli-

ïs tourjusqu'au

x* siècle, parce qu'il rencontrait dès ce tempslà des exemples de tournois. Nous pensons qu'il en est des tournois comme des armoiries , qu'on ne saurait assigner au juste l'heure et 'e moment où ils se sont définitivement établis, que de tout temps à peu près les peuples belliqueux se sont exercés dans des jeux, images de la guerre 3t des combats, et que les tournois sont devenus co qu'on les voit être au 11103 en âge, progressivement et sous l'influence de mœurs et d'idées qui , elles-mêmes , se sont établies bien lentement dans le monde. Mais leur avènement spontané fût-il vrai , qu'on ne pourrait y trouver l'origine des armoiries.

Les preuves que le P. Ménestrier apporte de cette oninion sont bien faibles et presque puériles. J)ire avec lui, et comme on l'a tant répété depuis, que les pals, les chevrons, les sautoirs, los pairies, les jumelles, les tierces, les freltes , les pièces bretessées sont des pièces des lices et barrières où se faisaient les tournois , et que par là elles sont, entrées dans le blason ; ajouter que les bandes et les fasces sont des écharpes qu'on y pot lait, et que les dames donnaient souvent aux chevaliers, c'est chercher dans les tournois seulement ce qui se trouvait partout, et vouloir donner un sens particulier et restreint à ce qui en avait un bien plus général, à ce qui souvent même n'en avait pas du tout. Les émaux, qu'il tire également des tournois, sont les mêmes qu'on employait dans les jeux du Cirque, les mêmes qu'on voyait sur les boucliers des légions impériales, et ils peuvent aussi bien et môme mieux être venus sur les écus de 15 que des tournois. Ce sont, d'ailleurs, les couleurs

INTRODUCTION

les plus généralement répandues dans la nature, ce sont «même les seules vraies couleurs, et il n'est pas surprenant qu'on les ait choisies. Quant aux timbres, lambrequins, bourlets, tortils , supports et autres pièces accessoires, il est assez probable qu'elles ont pris leur origine dans lus tournois, mais elles ne paraissent que plusieurs siècles après le dixième , et seulement lorsque lu blason et les tournois s'étaient développés et singularisés, et leur communauté d'existence avec les armoiries , à une époque déjà éloignée de la naissance de ces dernières, ne prouve nullement leur communauté d'origine.

Comme, un système une fois imaginé, on ne saurait s'arrêter en chemin, le P. Méncstricr, après avoir vu dans les tournois l'origine des couleurs, de toutes les pièces et de tous les ornements usités dans le blason, en tire eucoreTélymologie du mol blason, qu'il fait venir de l'allemand blascn , el cela de la façon suivante :

* Mat en, dit-il fp. 67 de ses Origines des armoiries), est un mot allemand qui signifie sonner du cor; et si l'on a donné ce nom à la description des armoiries, c'est qu'anciennement ceux qui se présentoiont aux lices pour le lournoy sonnoient du cor quand ils approclioient , pour faire savoir leur venue. Les hérauts, après avoir reconnu s'ils étoicnl gentilshommes, sonnoient de leur trompe pour avertir les maréchaux et leurs aydes, et puis ils blasonnoient leurs armoiries. » Et pour prouver que les choses se passaient ainsi au x* siècle , le P. Mcnestrier cite un passage du tournoi de Chauvency , qui est de i285.

L'absurditéd'u'ie pareille élymologiesaule aux yeux tout d'abord, et lorsqu'on songe que le P. Méncstrier prouve tour a tour son système par son éty mologic, et son élymologic par son système, on peut juger du degré de confiance qu'ils méritent l'un et l'autre. Pourquoi aller chercher dans la langue allemande une élymologic que nous fournil bien plus naturellement cette latinité inférieure et des bas temps, véritable fonds de la langue française? Le Polyptique de' l'abbé Inninon nous offre lo mot blasus répété en divers endroits: et, dans lo Glossaire parli'ulierdonl M. Guérard a enrichi celte publication, l'un des plus beaux monuments de l'érudition française au xix.* siècle, le savant éditeur dit que hiatus signifiait une arme de guerre. Comme, bien certainement, les ligures héraldiques ont toujours élé représentées de préférence sur les armes, on en sera venu h désigner l'ensemble de ces figures par le mot blaso, tiré de blasus, absolumenteommoaujourd'hui eucore nous nous servons, dans le môme sens, des termes armes et armoiries, et cela» parla même ligure de langage bien fréquente chez tous les peuples. M. Cuéi-ard, il est vrai, incline à penser que le mot blasus signifiait une arme offensive, et non une arme défensive, comme un casque ou un bouclier; mais si l'on considère que blath, racine probable débitons, dans los langues germani-

ques, veut dire une feuille de métal, et qu'on a bien pu appeler ainsi la couverture de l'écu ordinairement en métal, il sera permis de croire que blasus désignait une arme d'une ou d'autre espèce Nous ne prétendons pas cependant qu'on ne puisse donner du mot blason une étvmologie plus satisfai<ante eucore, nous avons voulu seulement mettre • une solution nouvelle en présence do celle avancée, croyons-nous, sans aucune raison plausible, par le P. Méueslrier, el Irop légèrement adoptée depuis près de deux siècles.

Si le P. Ménestrier nous semble s'ôlro trompé, en cherchant l'origine des armoiries dans les tournois, nous ne contestons point pour cela l'influence de ces mêmes tournois sur leur développement et .eur organisation régulière ; mais nous attribuons aux croisades une bien autre importance dans la

même famille.

Ces immenses expéditions, où l'Europe se trouvait réunie s'élançant presque tout entière vers l'Asie, dans un désordre et dans un pêle-mêle tumultueux dont rien aujourd'hui ne saurait donner une idée, durent nécessairement beaucoup multiplier l'usage des emblèmes personnels; chaque chef fut obligé de portercerlainesmarquesdistinctives

Î[ui pussent le faire reconnaître des siens dans a marche comme dans les combats. Et ici nous avons plus que des conjectures, nous avons des textes positifs. Albert d'Aix, chroniqueur contemporain d<: la première croisade et qui en a écrit l'histoire, dit (lib. m, cap. 35) : Boemundus, Godefredus, licymundns actes et signa ôellica diversi coloris pulcherfima moderanlur ; voilh pour les éleudards de diverses couleurs; et, plus loin, au chapitre 36 du même livre, voici pour les boucliers : Ad ipsos mur os horribiles Antiochim, unanimiler in splendore clypeorum coloris aurei, viridis, rnbei, cujusqnc generis el insignis erectis auro distinclis.

Le chroniqueur, comino on voit , ne parle que de boucliers de diverses couleurs cl nullement défigures; c'est que sans doulo les figures étaient encore rares a celte première croisade, et elles ne devinrent fréquentes que dans celles qui suivirent, cl nous voyons encore ici une preuve que les marques personnelles n'étaient point généralement usitées au xi* siècle, cl que les plus hau's seigneurs seids en portaient. De retour dans leur patrie, ils conservaient religieusement pondant toute leur vie ces marques de leur gloire el de leur pieux enthousiasme. Les croisades, sont au moyen Age un fait si immense, leur retentissement fut si grand, elles s'emparèrent à ni point des esprils et des cœurs, toutes les gloires, toutes les illustrations, tous les souvenirs presque vinrent tellementse fondrectse résumer enelles, que les fils des croisés, jaloux do perpétuer dans leur famille le souvenir de l'illustration pafêi -utile, conservèrent avec un pieux respect

ki ni

l'emblème oui avait flotté avec les bannières autour du Saint-Sépulcre. Ainsi se trouve expliquée cette multitude de croitqui chargent tant de blasons ; non pas cependant qu'on doive chercher dans lescroisades l'origine de toutes les pièces des armoiries, comme l'ont fait quelques écrivains : ces origines furent très-diverses, et il faut, pensons-nous, les voir un peu partout, dans les mœurs, dans les usages comme dans les idées et même les caprices du temps où le blason se fixa et se généralisa tout a la fois. Beaucoup de ces ligures, et même celles qu'on appelle proprement héraldiques, se trouvent sur les boucliers et les étendards des légions romaines décrits dans la Notice de l'empire ; il n'est donc point surprenant qu'elles se soient conservées sur les boucliers des soldats du moyen âge. Tout concourut à augmenter le catalogue des figures héraldiques, et il faut citer ici le P. Ménestrier, disant, dans un ordre un peu confus, page 135 de ses Origines : « Les grands événements et les belles actions, la conformité avec le nom, les singularitez de certains pays, les inclinations à certaines choses, les emplois, les fonctions, les dignitez, la dévotion, la nature des fiefs quo la noblesse a possédez, la conformité avec les armoiries du prince, les tournois, les pèlerinages, les habits, les devises, les factions, la chasse, la pesche, les bâtiments, les croisades, l'origine , les concessions des princes, les vestiges de l'antiquité, les sobriquets, les inventions nouvelles, la disposition des terres et des fiefs, leur situation et pareilles autres choses, sont les causes principales de cette diversité si bizarre des figures que nous voyons dans les armoiries. »

Il serait curieux de rechercher avec détail quelle a été l'influence de chaoune de ces causes et d'autres encore, qu'on entrevoit. C'est là un travail intéressant et difficile, dans lequel le P. Ménestrier ne nous semble pas avoir toujours réussi, comme on peut en juger par ce qui précède, et que l'absence de documents suffisants nous force a remettre à un temps plus éloigné quoiqu'assez prochain; pour le moment, nous nous contenterons d'exposer très-succinctement les principes du blason, afin de mettre le lecteur en état de saisir saus peine les détails beaucoup plus étendus qu'il rencontrera dans le oorps du Dictionnaire.

Trois choses sont a considérer dans les armoiries : les émaux, Vécu ou champ, et les figures.

Les émaux comprennent : 1* les métaux, oui sont : or ou jaune et argent ou blanc ; 2" (es couleurs, qui sont : gueules ou rouge, azur ou bleu, smople ou vert, pourpre ou violet, sable ou noir ; 3° les fourrures ou panne», qui sont hermine et vair, auxquelles on peut ajouter la contre-hermine et le contre vair.

Dans la gravure on est convenu de représenter l'or par des points, Vargent par un fond uni et sans aucun trait; le gueules par des traits oerpendiculaires de haut en bas ;

xtnr

INTRODUCTION

l'azur par des lignes horizontales d'un flaue de l'écu à l'autre ; le sinople par des ligues diagonales allant de droite a gauche; le pourpre, aussi par des lignes diagonales mais de gauche a droite ; enfin le table par des lignes croisées.

L'hermine et la contre-hermine, le vair et le contre-vair se marquent par des traits propres aux émaux de ces fourrures. Le fond de l'hermine est d'argent avec des îuouohe» tures do sable, et le vair est d'argent et d'à* aur.

L'écu s'appelle fond ou champ, il est simple ou composé. Le premier n'a qu'un seul émail sans divisions ; le second, au contraire, peut avoir plusieurs émaux et par conséquent plusieurs divisions ou partitions.

On compte quatre partitions princioales dont se forment toutes les autres.

Le parti, qui se fait par un trait perpendiculaire du haut en bas et qui partage l'écu en deux parties égales ; le coupé, par un trait horizontal ; le tranché, par un trait diagonal de droite à gauche); le taillé, par un trait diagonal de gauche à droite.

Le parti et le coupé forment l'écartelé, qui est quelquefois de quatre, de six, de huit, de dix, de douze et de seize quartiers et plus. Le tranché et le taillé donnent l'écartelé en sautoir. Enfin les quatre partitions primitives réunies donnent le gironné.

Comme les figures peuvent recevoir différentes positions dans l'écu, il est nécessaire, pour designer avec exactitude ces positions, de bien connaître les noms qu'on est convenu de donner aux différentes parties de Vécu. La figure Suivante va nous servir il rendre nos explications plus claires et plus sensibles :

A est le centre de l'écu ; B est le point du chef; D le canton dextre du chef; K le canton sénestre du chef; F le flanc dextre ; G le flanc sénestro ; C la pointe ; H le canton dextre de la pointe; I le canton sénestre.

Une figure seule occupo ordinairement lo centre de l'écu A ; alors, on n'exprime pas sa situation. Une figure placée au point B est dite simplement en ohef; au point D elle est au canton dextre du ehef ; au point F elle est au flanc dextre de l'écu et ainsi des autres. Deux, trois ou plusieurs figures disposées dans le sens des lettres D B E sont dites rangées en chef; si elles sont comme F A G, elles sont en fasce; dans l'ordre des lettres H CI, elles sont rangées en pointe ; disposées commo BAC, ellos sont en pal ; comme D A I, en bande, comme E A H, on barre.

Si trois figures

INTRODUCTION

irdonl .'ordre des lettres

J/EC, elles sont dites deux et une, et c'est lu situation ordinaire de trois pièces en armoiries ; si elles étaient disposées comme les lettres H I B, elles seraient désignées par l'expression mat-ordonnées.

Les pièces arrangées comme les lettres DE Hl se disent posées deux et deux ; cinq figures pincées dans l'ordre B A C F G sont en croix ; comme D E A H I, elles sont en sautoir; comme D E A C, elles sont en pairie ; enfin, les pièces qui suivraient l'arrangement des lettres D B E G I C H F seraient disposées en orle.

Une figure placée en A au milieu de plusieurs autres différentes par leur forme, serait en abime ou au centre de l'écu.

Pour blasonner une armoirie lorsque le champ n'est chargé d'aucune figure, on doit dire : N porte d'argent plein ou de gueules plein, etc.

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fi§: s.

Les figures ou pièces ordinaires du blason sont de trois sortes :

i* Les figures héraldiques ou propres ; 2* les figures naturelles ; 3" les figures artificielles.

Les figures héraldiques se sous-divisent en pièces honorables ou du premier ordre, et en pièces moins honorables ou du second ordre.

Les pièces honorables occupent d'ordinaire par leur largeur, lorsqu'elles sont seules, le tiers de l'écu, à l'exception du francquartier, du canton et du

giron, qui n en occupent que la quatrième partie. Ces piè- Quant aux fourrures, on dit simplement : ces sont| je cneff la fascc ja Champagne, le

N porte d'hermine ou de vair.

» L'écu chargé de figures est simple, c'està-dire, sans partitions, ou composé. Si l'écu

^jest simple, il faut commencer par le champ, puis on vient aux figures principales, excepté le chef et la bordure, ajoutant si ces figures sont chargées ou accompagnées d'autres qui soient moindres. Il faut en exprimer le nombre, la situation, les émaux ; puis on vient au chef et à la bordure, qu'on n'énonce qu'en dernier, parce qu'ils ne font point véritablement partie du champ. Si cependant la pièce principale prenait sur le chef ou la bordure, ils feraient dans ce cas partie du champ, et il faudrait désigner ces parties avant la pièce principale. Ainsi l'on dira: Vendôme ancien, portait d'argent au chef de gueules à un lion d'azur, armé, la m passé et couronné d'or, brochant sur^e tout.

Si l'écu est composé, l'on commence par les divisions , dont on énonce d'abord le nombre, disant, s'il s'en trouve plus de quatre : parti de tant, coupé de tant, ce qui donne tant de quartiers. Par exemple : lig. 17 Parti d'un, coupé de deux, ce qui donne six quartiers ; au premier do... au second de... au troisième de...

Fig. 2. Parti de trois coupé d'un, ce qui donne huit quartiers ; au premier de... au second de...

Fig. 3. Parti de deux coupé de trois, ce qui donne douze quartiers; au premier de... au second de

{ial, la bande, la barre, la croix, le sautoir, e chevron, le franc-quartier, le canton, la pointe ou la pile, le giron, le pairie, la bordure, l'orle, le trescheur, l'écu en abime et le gousset.

Les pièces moins honorables ou du second ordre sont : l'emmanché, les points equipolés, l'échiquier ou l'échiqueté, les freltes ou le fretté, les losanges et le losangé, b s fusées et le fuselé, les macles, les rustes, les besants. les tourteaux, les billettes. Voir ces différents termes dans le Dictionnaire.

Les figures naturelles usitées dans le blason, peuvent se ranger sous cinq classes différentes : •

1* Les figures humaines ; 2* les animnux ; 3* les plantes ; 4* les astres et les météores 5" les éléments.

Quant aux figures artificielles, on peut les réduiro aux suivantes :

1* Les instruments de cérémonies sacrées ou profanes ; 2* les vêtements et Ustensiles de ménage ; 3" les inslrumenls de guerre, de chasse, de pèche et de navigation; les bâtiments, l'architecture civile et militaire et tout ce qui en dépend ; î>° les instruments des arts et métiers.

La plupart de ces pièces, et particulièrement les pièces honorables, sont susceptibles do recevoir divers attributs, dont nous allons, d'après le P. Ménestrier, donner la déliuition, sous forme de dictionnaire.

DICTIONNAIRE ALPHABETIQUE

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