‹ Dictionnaire historique & biographique de la Suisse (volume 2)Chapitre 86 sur 329 · ALEXANDRE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE

ALEXIUS

juillet 1620 dans la vallée de Munster contre les Autrichiens envahisseurs, et fut un de ceux qui, avec Georges Jenatsch en février 1621, se rendirent de nuit deGrùsch à Hietberg et tuèrent Pompée Planta. 11 combattit ensuite, avec ceux de la Basse-Engadine, contre les troupes venues des V cantons au secours du parti hispano-autrichien. En automne 1621, comme les négociations avec l'Autriche ne paraissaient pas aboutir, il dirigea les troupes grisonnes dans leur expédition sur Bormio. Mais comme les Autrichiens pénétraient de nouveau dans les Grisons et soumettaient la Ligue des Dix-Juridictions, Biaise voulut s'enfuir à Glaris parle col de Panix avec Georges Jenatsch et d'autres partisans. Il fut saisi, conduit à Maienfeld. puis à Gutenberg et enfin à Innsbruck, et exécuté dans cette' ville le 23 décembre 1622 après avoir eu le poing coupé. Il était accusé de participation au meurtre de Pompée Planta et d'être un meneur dans les troubles de l'Engadine Biaise avait la conviction qu'on le condamnait parce qu'appartenant à la confession réformée ; cela ressort de la belle lettre qu'il écrivit aux siens peu avant son exécution. — F. Sprecher : Gesch. der Kriege und Unruhen, éd. Mohr. — 1. Annalas délia soc. Raeto-Rom. V, 1890, p. 107. — Truog: Die Bundner Pràdikanten (dans JHGG, 1901). - LL 1, 127. - 2. Jean, Landammann et directeur des bains de Fideris, * 12 mai 1841, à Fideris. En 1864, il étudia le droit à l'Université de Zurich et de Heidelberg. Fut landammann de 1869 à 1873. Pendant cette période, il tint le bureau des postes de Fideris, qu'il installa dans la maison achetée du ministre Bavier. Grâce à son initiative, Fideris eut une station du télégraphe en 1871 déjà. En 1872 il entra dans la société des bains de Fideris dont il devint directeur en 1881 ; pendant 17 ans il travailla avec succès à l'achèvement des bains que dirige aujourd'hui son fils. Sa dernière œuvre, poursuivie avec énergie, fut l'introduction de l'éclairage électrique à Fideris. 11 mourut le 22 mai 1913 à Fideris. — D'après les renseignements du landammann JannAlexander à Fideris. [F. P.]

ALEXANDRE. Famille noble vaudoise qui a donné des magistrats à Nvon au XVe s. — RF 2. [M. R.]

ALEXANDRE!", empereur de Russie 1801-25, fils de Paul Ier, petit-fils de Catherine II, a exercé une influence décisive sur l'histoire de la Confédération suisse. * en 1777, il eut pour précepteur, de 1784 à 1793, le Vaudois F.-C. Laharpe. Celui-ci, pénélré de Rousseau, sut le gagner aux idées de liberté et d'indépendance et l'intéresser au sort de la Suisse. Cet intérêt en faveur de notre pays se manifesta lors du passage des alliés, pendant le Congrès de Vienne et la deuxième paix de Paris. Quand les Alliés passèrent le Rhin, déc. 1813-janv. 1814, Alexandre usa de toute son influence au quartier général de Francfort pour épargner à notre pays une violation de sa neutralité. Il craignait le rétablissement par les alliés de l'ancien état de chose et que l'autonomie des cantons créés en 1803, comme Vaud et Argovie, ne fût remise en question. 11 n'aboutit pas dans sa tentative de ménagement. Le passage du Bhin, de Bâle à Schaffhouse, fut décidé en son absence et exécuté, quoique Metternich eut donné deux fois sa parole qu'il n'aurait pas lieu. C'est à son énergique intervention que les efforts des Bernois intransigeants pour reprendre le pays de Vaud et l'Argovie n'aboutirent pas. Alexandre obtint aussi que la réorganisation politique de la Suisse fut laissée à la Diète et aux cantons, quoique les puissances exerçassent une grosse influence par leurs délégués, soit en donnant des conseils soit en faisant pression sur les décisions de la Diète en cas de désaccord des cantons. Ce fut le cas à plusieurs reprises pendant la longue Diète de Zurich, janvier 1814août 1815. Ainsi l'indépendance de l'Argovie fut obtenue non à Zurich mais à Paris. Pendant le Congrès de Vienne, oui s'ouvrit en octobre 1814, l'influence du tsar en faveur de la Suisse, conseillé par Laharpe et représenté par Capo d'Istria et le baron de Slein, fut décisive. A l'extérieur, l'indépendance de la Suisse fut reconnue ; à l'intérieur la Diète avait les mains libres, et les questions de frontière furent réglées d'une façon assez satisfaisante pour la Suisse. Cependant, la Valteline et le pays de Gex furent perdus grâce aux intrigues de la France et de l'Autriche. L'on doit en particulier aux délégués russes la reconnaissance de l'indépendance des cantons de Vaud

et d'Argovie. Par contre, Alexandre et Laharpe s'opposèrent, sans succès, à la réunion de l'évêché de Bâle au canton de Berne. A plusieurs reprises, Alexandre témoigna de la bienveillance à des Suisses. En 1804 déjà, il chercha vainement à attirer en Russie J.-ll. Pestalozzi ; à l'occasion de son passage à Bâle, en janvier 1814, il reçut ce dernier, l'embrassa et lui remit l'ordre de Wladimir. En automne 1815, il revint pour la seconde fois à Bâle et se rendit à Zurich en passant par Brugg où il fut reçu par le gouvernement argovien. A Zurich, il se fit montrer la ville par Escher de la Linth et s'intéressa à ses travaux. Lors de la grande disette de 1817, Alexandre envoya, à la demande de Capo d'Istria, 100000 roubles pour soulager la misère dans la Suisse orientale. La moitié de cette somme était destinée à la colonie de la Linlh. — Voir Korrespondenz Alexander's I. mit Laharpe dans Sammlung der russ. hist. Gesellsch. V, Pétersbourg 1870. — Le gouverneur d'un prince, Lausanne 1902. — Mottaz : Laharpe, Alexandre et Bonaparte, dans RHV, 1902. — Hilty : Eidg. Gesch. dans PJ 1886 et 1887. — Monnard: Notice biographique stir le général F.-C. de Laharpe, Paris 1838. — Oechsli : Gesch. der Schweiz im XIX. Jahrh. II. — Oechsli : Die Verbùndeten und die schweiz. beutralitàt 1813, Zurich 1898. — Dierauer, vol. V.— Tillier : Vermittlungsaktel et II, Restaurationsepoche I. [Th. GRBYBhz.]

ALEXANDRE VI, pape. Rodrigue Lanzol (Borgia suivant d'autres auteurs), neveu de Calixte III, naquit en 1431 à Jativa près de Valence. Il fut successivement évêque de Valence (1455), puis cardinal-diacre de Saint- Nicolas in carcere (1456), vice-chancelier de la curie romaine, et le 11 août 1492 pape sous le nom d'Alexandre VI. Alexandre fit une alliance défensive avec Venise et Milan en 1493 et encouragea au début l'entreprise de Charles VIII contre Naples, où 5000 Suisses servaient sous les bannières françaises, puis s'y opposa (1494). Ayant dû consentir à un accord qui autorisait le libre passage de l'armée française, il fit ensuite alliance avec Venise, l'Espagne, le roi des Bomains et le duc de Milan pour chasser les Français hors de l'Italie (1495). Louis XII ayant succédé à Charles VIII, il se rapprocha d'abord de lui, mais l'abandonna bientôt par politique de famille. Lors de la conquête de Milan (1499) il accorda aux Français le secours de sa diplomatie. Dans celle de la Romagne, les Suisses avaient 2000 mercenaires qui collaborèrent à la prise de Forli le 12 janv. 1500. Dans le long procès contre l'évêque valaisan Jost de Silenen, il destitua celui-ci (1497) et pour le siège épiscopal, vacant par la démission de Nicolas Schinner, il décida, après de longues hésitations, en faveur du candidat impérial Matthieu Schinner contre celui de la France. Il mourut après une courte maladie le 18 août 1503. —Voir Buchardi Diarium 1483- 1506, éd. ïhuasne, Paris 1883-85. — Anshelm : Berner Chronik I et II. — Pastor: Gesch. der Pâpste III, Freib. i. B. 1895. — W. Gisi : Der Anteil der Êidgenossen an der europ. Polilik 1512-16, Schaffh. 1865. [Alb. Bûchi.]

ALEXANDRE (Le Père) est un personnage cité dans la plupart des récits de l'Escalade tentée contre Genève le 21 décembre 1602 par le duc de Savoie ; il y est désigné comme jésuite écossais, encourageant les Savoyards à monter aux échelles en leur distribuant des billets destinés à les préserver d'une mort violente. Son nom est demeuré populaire à Genève et il est mentionné dans presque toutes les chansons de l'Escalade, en termes railleurs. Il faut très probablement l'identifier avec le Père Alexandre Hume ou Humœus (1560 ou 1561-1606), qui seconda avec zèle François de Sales dans ses efforts pour ramener le Chablais au catholicisme et qui fut, selon un biographe, aumônier des troupes de Charles- Emmanuel, duc de Savoie. — Voir Th. Claparède : Le Père Alexandre (dans M DG XVII, p. 118-121). — Alain de Becdelièvre : L'Escalade de 1602, l'histoire et la légende, Annecy 1903, p. 142-146. [b\ G.]

ALEXANDRE, de Carona, sculpteur de la fin du XVe s. ; collaborateur de Marco Cadocci pour la « Scuola Grande» de Saint-Marc et d'autres constructions de Venise. — Allgem. Lexikon. [\r C. T ]

ALEXIUS (ALEXIS, ALIESCH). Famille originaire de Ponte Campovasto, compta un certain nombre de pasteurs et de notaires de Campovasto (Camogasc). Au

ALFELI)

ALGKHIK

XVIII' siècle Giam Pitschen émigra eq France où son nom fui tranformée eu Alexis. La famille habite depuis longtemps Samaden où elle reçut la bourgeoisie en 1914. - 1. Gaspard, l.">7(>- 1G26, étudia à Zurich et à Genève, ministre le 8 septembre 1600. pasteur à chêne en 1608; professeur de théologie et de philosophie en 1610; reçu en 1617 du synode rhétique ; pasteur à Genève, où il fut aussi pasteur de l'église italienne 1612-18; pasteur dans les Grisons dès cette année 1618 ; pasteur à Sondrio où il fonda le collège, dirigea (aus>i en 1618) l'assemblée synodale suspecte de 1618 à Bergûn et assista la même année au tribunal criminel à Thusis. En juillet 1620. à l'occasion du meurtre d'un homme de la Valteline, il s'enfuit à Sondrio avec Georges J.enatsch et d'autres. Au mois de septembre suivant, le parti français l'envoya avec Jean a Porta comme délégué auprès de l'Union protestante en Allemagne, dans les Etats-Généraux et vers le roi d'Angleterre pour demander conseil et secours. Ils passèrent par Aarau, Bâle, Strasbourg et fuient arrêtés à Brissach sur territoire autrichien, conduits à Innsbrucb où on les relâcha après deux ans de captivité (1620-22). Professeur de philosophie à Genève, juillet 1623-26. lia publié : Dissertalio physica de mixlura, Genève 1625. — Voir lleyer. — Sac. Dott. Baserga : II movimento per la Riforuia in Valtellina e le sue relazioni van Ginevra (Si)cieta storica per la Provincia c antiqua Diocesi ili Convoi, fasc. 83 et 85, p. 99-128 et 7-36. — Spreçher: Gesch.der Kriege u. Unruheti, éd. Mohr I — 2. Gaspar, deSpeier, capucin, père gardien à Feldkirch, fut envoyé en 1621 avec d'autres capucins dans les ( Irisons, à la demande des catholiques et particulièrement du juge de Florin. 11 prêcha à lîonaduz, Sagens, etc. Lorsque les troupes des V cantons durent se retirer des Grisons, les capucins rentrèrent avec elles dans la Suisse primitive. Au début de 1622, le nonce Scappi envoya le père Alexius comme missionnaire dans les Grisons, où il prêcha à Coire et particulièrement dans le Prâtigau. Après la soumission de l'Engadine et de la Ligue des Dix-.luiidictions, l'évéque de Coire l'envoya. en conférence à Lindau. Par son entremise, ■ un acceid put être conclu, le 30 septembre 1622, entre l'archiduc Léopold, d'une part, et la Ligue de la Maison-Dieu avec la seigneurie de Malenfeld, de l'autre. Ce traité de Lindau fil de lui un des promoteurs les plus actifs de la restauration du catholicisme dans les Grisons. Alexius mourut le 19 juillet 1629 à Altorf. — Voir .1. -G. Mayer : Gesch. des Bistums Chur, II, 398 s. — 3. Jean, de Campovasto, fut reçu en 1663 dans le synode évangélique rhétique, d'abord pasteur à Cinuskel, puis dans sa patrie Campovasto. On connaît de lui deux oraisons funèbres en romanche. — Voir LL I, 125. — Truog: Die Bundner PràdikautenfJHGG, i90i). [G.R.etP.P.]

ALFELD. Voir AliNOLD.

ALFERMÉE (C. Berne, 1). Nidau. V. DGS). Vgesurla rive gauche du lac de Hienne formant avec Tùscherz (Daucher) une commune bourgeoise et une commune d'habitants, de la paroisse de Douanne (avant 1879 de celle de Sutz). En 1276, A iphermee {don d'un clos de vigne par Henri de Jegistorf à son épouse Elisabeth de lîuchegg), 1325 et 1343 Al ferme; 1353, A Iphrame, 1410, Alframe. Le couvent de Fraubrnnnen y possédait des vignes en 1340, de même que celui de Saint-Urbain (voir' l'art. Convalet), la famille d'Erlach au XV1' siècle et la ville de Berne jusqu'en 1801. Le vignoble d'Alfermée s'élève des rives du lac jusqu'à 550 m. La limite communale, à l'est, est l'ancienne frontière entre l'évèché de Bâle et le district, autrefois comté de Nidau. Le 2 mars 1798 eut lieu un combat au-dessus d'Alfermée (voir l'art. Rusel). [E- B.|

ALGE, Siiics. Pédagogue estimé et sténographe. * le 20 mai 1H47 à Lustenau ( Vorarlberg), f à Saint-Gall le 18 décembre 1909. Il fut maître secondaire à Lustenau. de 1863 66, puis à Necker (Neu Toggenburg) de 1867 à 1875, où il acquit la nationalité suisse. De 1873 à 1880 à l'école secondaire de Gossau ; 1880 à 1904 maître, et 1891 à 1900 directeur de l'école secondaire des jeunes filles de Saint-Gall, maître de sténographie à l'école cantonale 1893 à 1902, membre fondateur (1889) et premier président de la Société des maîtres secondaires saint-gallois

et pendant plusieurs années chroniqueur du St-Gall. Neujahrsblatt. C'est dans la sténographie, svstème Stolze. puis Stolze Schrey, qu'il déploya une activité spéciale. Il fut à plusieurs reprises président < J < - I Association générale suisse de sténographie, de 1870 à 1888 rédacteur de l'organe de la société, directeur de cours de perfectionnemi al eu Bténographie. Il est l'auteur de nombreux manuels de sténographie qui, pour la plupart, ont eu plusieurs éditions (son Lenrbuch, en 1918, était à la 63e): il composa aussi de nombreux écrits de propagande ainsi qu'une Geschichte der Sténographie ni île, Hchweit >\ une Uethodik des stenogr. Onterrichtê, etc. Partisan actif et convaincu de l'enseignement dis langues vivantes, il composa plusieurs méthodes pour l'étude de l'allemand, du français et de l'italien (parus chez Fehr, à Saint-Gall et en Angleterre; ipii acquirent une grande renommée, parmi lesquels il faut citer ses Leçons de français. — Voir J. Kuoni : S. A. Reallehrer in Si. Gallen, ein Lebentbild, St-Gall 1910. — Paul Lange: Alges Lehrmethode u. Lehrmittel fur den front . Vnterricht, Saint-Gall et Leipzig 1!H)5. — Son fils &RNOLD * en 1879. depuis 1907 professeur à l'Ecole de Commerce, depuis 1919 à l'école cantonale de Saint-Gall, est l'auteur de Die Lautverhàltn. einer l'atoisgruppe îles Berner Jura, Saint Gall 1904. Bi

ALGENTSHAUSEN (C. Saint-Gall, D. ("nter Toggenburg. V.DGS). Vge et bailliage. En 814, Aclalgn: cède à l'église de Saint-Martin de Jonswil la propriété qu'il avait acquise dans la Marche i'Adalgotzeshusen. Dans la suite, le couvent de Saint-Gall acheta de riches propriétés dans la contrée. Algentshausen appartint à la seigneurie, (plus tard haut-bailliage de Schwarzenbacfl, mais formait néanmoins une juridiction autonome et était désigné en 1324 comme bailliage indépendant. La juridiction de Sehwarzenbach passa en 1483 avec Algentshausen air couvent de Saint-Gall. Les dîmes, grandes et petites, fuient pendant longtemps propriété des échansons de Landegg. En 1500, Sehwarzenbach, Ober-et Niederstetten et Algentshausen, revisèrent leurs anciens droits, coutumier et seigneurial, qui les régissaient. Depuis 1803, Algentshausen fait partie de la commune et paroisse de Henau. {Ht 1

ALGÉRIE. La conquête de l'Algérie par la France (1830) ouvrit de nouveaux débouchés aux populations d'Europe. Les nombreux travaux à accomplir dans ce pays neuf et la sécurité offerte par les troupes d'occupation devaient tenter les gens désireux de faire fortune hors de leur pays. De nombreux Suisses partirent pour l'Algérie, tout d'abord sans leur famille. En 1842, ils formaient déjà une colonie suffisamment nombreuse pour que la Diète se vît obligée de créer un consulat à Alger. La plupart de nos compatriotes établis sur la côte d'Afrique étaient desTessinois, maçons, plâtriers, marbriers de leur état. A parlirde 1844, des ressortissants d'autres cantons, notamment des Valaisans et des Argoviens, se joignirent à eux. En 1854, une compagnie genevoise fonda une entreprise de colonisation à Sétif (province de Constantine). Malgré les concessions et les subventions du Gouvernement français, la situation des colons resta précaire, à raison de la dureté du climat et des difficultés de culture ; mais ces désavantages, rendus publics par le consul, n'empêchèrent point les Suisses d'émigrer en Algérie. En 1859, on en comptait 1743 disséminées dans tout le pays; en 1865, près de 3000.

Pendant les trente-cinq premières années de la domination française, nos compatriotes ne furent au bénéfice que d'un régime de tolérance. Le 1" septembre 1865, les stipulations du traité d'établissement passé entre la France et la Suisse, le 30 juin 1864, furent étendues à l'Algérie.

Pour assurer la protection des Suisses dispersés dans les dill'érentes provinces, le Conseil fédéral créa un viceconsulat à Oran en 1859 et un autre à Philippeville en 1870. Ces deux postes n'eurent pas une longue existence. Le 1" fut supprimé en 1888 et le 2' en 1904. Depuis cette date, l'Algérie ne forme plus qu'un seul arrondissement consulaire dépendant du consul installé à Alger.

La vie de la colonie ne fut guère troublée que par les insurrections locales, les tremblements de terre, les famines, les invasions de sauterelles. La plupart de nos compatriotes se sont toujours occupés d'agriculture, notamment de la culture de tabac et de la vigne. Au début, le commerce fut très difficile. Il se développa lentement. Jusque 'vers 1875, les principaux produits suisses qui

ALGÉS1RAS (ACTE D')

ALIENES

trouvaient en Algérie un débouché assez important étaient les tissus de coton de St-Gall, les montres, les bijoux, le tabac et le chocolat. Puis, dans le tableau des importations en Algérie, le fromage prit une place considérable (50°/0). Il faut mentionner également l'absinthe. En 1885, le régime douanier algérien, qui jusqu'alors avait des tarifs spéciaux, fut assimilé à celui de la métropole. Avant 1914, l'Algérie exportait en Suisse des vins, des moutons, des fruits, des légumes. Elle importait surtout de notre pays des machines (locomotives), du lait condensé, des fromages, des tissus de coton. Actuellement l'Algérie n'est pas une place où la Suisse puisse trouver de nouveaux débouchés ; c'est un marché qui a atteint son plus grand développement. Il importe seulement de le maintenir à l'état où il se trouve. — L. Karrer : L'émigration suisse et la loi fédérale sur les opérations des agences d'émigration, Berne 1887. — Notes personnelles. [L. K.]

ALGÉSIR AS (ACTE D'). Pourmettre fin àla situation incertaine et confuse du Maroc, une conférence internationale fut réunie à Algésiras (Espagne) du 16 janvier au 7 avril 1906. Par les articles 7, 45 et 46 de ses actes, elle décida : 1. Que la police marocaine à créer aurait à sa tète un Inspecteur général à désigner par la Suisse pour cinq ans, avec résidence à Tanger. 2. Que les actions intentées contre la future banque d'Etat marocaine seraient jugées en dernière instance par le Tribunal fédéral. Le Conseil fédéral accepta ces dispositions, et le 26 janvier 1907, il désignait, en qualité d'Inspecteur général, le colonel d'artillerie Armin Muller, de Bienne. Ce choix fut agréé par le sultan. Le colonel Muller remplit ses fonctions pendant la durée de son mandat et, le 10 décembre 1911, rentra dans sa patrie. LH- T0

ALIBERTIS, de. Famille originaire de Florence, ayant vécu à Genève aux XVe et XVIe s. sous les noms de De Albertis, De Alibertis, Bon Filias, Gen lilias, Janphiliare. — Voir: Genève AE. spéc. Evêché, rouleau n° 77. — Galiffe : Ms. — Covelle : Livre des B. — Borel : Les foires de Genève. — Gautier : La médecine à Genève. [C. R.]

ALIÉNÉS. Le document le plus ancien ayant traita un aliéné appartient au canton de Berne et remonte à mars 1353. A cette époque-là, les malades étaient c'drtfiés à-des particuliers ou laissés en liberté. On sait cependant que vers 1300 déjà et jusqu'à la mort de la reine Agnès (1?64), Kônigsfelden fut tout à la fois couvent et hôpital. Vers 1520, la Béforme y pénétra et huit ans plus tard, sous la domination bernoise, un hospice, en partie destiné aux aliénés, y fut installé. Il en est fait mention pour la première fois en 1530. Le règlement de 1548, inspiré par un esprit humanitaire, fixe le mode de vie des pensionnaires, les punitions à leur infliger, etc.

A Bâle aussi, le couvent des Cordeliers avait été supprimé au XVIe siècle et on y avait logé les aliénés; derrière l'église, autour d'une cour, s'étendait un cloître ; à l'étage on disposait de 22 locaux, pour la plupart de sombres cellules.

Nous savons encore qu'à Berne, à cette même époque, on envoyait les aliénés « guérissables » à l'Hôpital de l'Isle, les incurables à l'Hôpital du bas. Au XVII'- siècle, en raison du manque de place, l'idée d'employer à cet elfet les léproseries et les maisons affectées aux luétiques fut maintes fois discutée et rejetée.

A Zurich, c'est également l'ancien couvent des Cordeliers qui servait à héberger les vésaniques ; une commission en avait la surveillance.

Au premier agrandissement de Kônigsfelden, en 1682, avait succédé celui de 1766. L'année suivante, le Conseil de Berne décida de procéder à un examen et à l'amélioration de la situation des aliénés de cet asile. Mais le premier règlement « cantonal » de cet asile date de 1798.

Après avoir discuté divers projets intéressants, concernant le traitement et le placement des aliénés, les autorités grisonnes avaient fini par les caser avec les condamnés au château de Furstenau.

C'est à Berne que revient l'honneur d'avoir érigé le premier asile destiné à soigner les vésaniques. L'idée en surgit en 1730, mais la maison (Tollhausj ne fut achevée et ouverte que le 1" janvier 1749. Elle fut agrandie deux fois dans le courant du même siècle, désaffectée en 1855 et utilisée à nouveau quelque vingt-cinq ans plus lard. Ce fut indéniablement une construction bien comprise;

le chauffage y était prévu. Le menu des pensionnaires y était réglé ; détail remarquable, le vin en avait été proscrit. On passait le manger aux malades par une ouverture (Essloch); il était servi sur un bloc de bois fixé par une chaîne et dans lequel étaient creusées deux écuelles.

Les aliénés du canton de Soleure étaient relégués depuis un temps mal déterminé mais lointain à la Cluse ; vers la fin du XVIIIe siècle on y comptait 20 à 25 pensionnaires.

Lucerne, dès la fin du X\'IIIesiècle, logeait ses vésaniques dans le « Tollhaus », endroit malsain. Il fallut desnnées de polémiques ardentes pour modifier cet état de choses.

La première moitié du XIXe siècle fut une période de développement rapide. Les initiateurs de ce mouvement généreux et humanitaire furent les docteurs de la Bive à Genève et F. Brenner à Bâle. /

Le tableau que ce dernier nous trace du traitement des malades est encore bien sombre. Deux grandes chambres divisées en « Blockhàuser » avec grosses serrures, les hébergeaient ; ils étaient en partie enchaînés. Les malades tranquilles étaient mêlés aux épileptiques et aux cancéreux. Les sexes n'étaient séparés que de nuit ; de jour, ils étaient réunis dans un préau, avec des poules, etc. Un « Hausmeister » y régnait à l'aide d'un « nerf de bœuf», mettait les chaînes, un bloc aux pieds, etc. Barement un médecin y faisait visite (Tableau de Kaulbach).

Cependant, dès 1804, Kônigsfelden eut un médecin attitré (DrKohler); en 1810 lui succéda le Dr Stàbli, dont on retrouve encore de fort bonnes observations médicales. Très doux, il introduisit des réformes, obtint plus de propreté par l'installation d'un bain et inaugura la thérapeutique parle travail. 11 obtint même un crédit pour récompenser les malades qui se rendaient utiles. Il fut interdit à l'aubergiste de livrer du vin aux aliénés. Le Dr Stàbli avait mauvaise opinion des bains et douches, des chaises à rotation, faisant partie de l'outillage thérapeutique d'alors. Toutefois, les châtiments corporels, bien que limités, étaient encore en usage.

De 1813 date un règlement pour le personnel médical, la nourriture, les vêtements, etc. Les documents médicaux de cette époque ont malheureusement disparu en nlajeure partie.

Dès 1806, le1 carrtbn dfi Vaud hdspitalisa ses aliénés à l'Hôpital cantonal et depuis 1810 au Champ de l'Air, aménagé dans ce but. En 1813, Zurich éleva sur le terrain de l'ancien hôpital une maison destinée spécialement aux aliénés. Elle contenait 22 places pour guérissables et 100 pour incurables.

En 1829, le Conseil de Lucerne décide l'achat du domaine de « Seeburg », pour en faire un asile pour aliénés et aveugles. Un revirement politique (1830) renversa ce projet et renvoya son exécution à des temps meilleurs.

A Genève, avant 1832, les aliénés étaient réunis à la Discipline ; leur sort n'était guère enviable malgré les soins éclairés du Dr de la Bive, et bien qu'auparavant déjà un « hôpitalier » philanthrope, M. .loly, y eût introduit de grandes améliorations. 11 avait, par exemple, substitué aux chaînes et aux colliers de fer le corset de force en toile. Les deux sexes étaient confondus sur les mêmes corridors ; les locaux étaient trop petils. De 1832 à 1838, le château de Corsier servit d'hospice et le Dr Coindet en fut le médecin distingué. Le 20 mai 1838 la maison des Vernets reçut les 83 aliénés internés du canton et durant de longues années elle fut considérée comme un modèle. En même temps la Loi et règlement sur le placement et la surveillance des aliénés (5 février 1838) réglait toutes les questions relatives à ce domaine. A Bâle, les luttes politiques de 1830 à 1833 mirent empêchement à la réalisation des projets d'amélioration du traitement des aliénés. Cependant, dès 1832, le Dr Frédéric Brenner fut appelé à les soigner. Médecin dont la bonté égalait la valeur scientifique, il abolit les mesures coercitives et demanda énergiquement la construction d'un asile pour y traiter les « malades du système nerveux central ». Les nouvelles divisions furent occupées en 1842 par les aliénés, qui en « manifestèrent une grande joie ». Bientôt la place commença à manquer' et dès 1855 une annexe reçut les idiots, les épileptiques et les gâteux. Notons en passant qu'à cette époque déjà, le delirium tremens était fréquent,et qu'on commençait à délimiter la paralysie générale. Le D' Brenner, dans un rapport circonstancié, relève la néces-

ALIENES

ALIENES

site de séparer les diverses formes des maladies mentales, de procurer du travail ;hij internés, d'avoir un pavillon

puni les infants.

En dépit des protestations énergiques des religieuses, le

Pirmiusberg (Saint-Gall). Couvent transformé, avec annoxes «en pavillon»

canton de Thurgovie avait décidé de placer ses malades au couvent de Munsterlingen. L'adaptation des bâtiments à leur nouvelle destination fut entreprise en 1838 et l'hospice ouvert en 1840. Il paraît toutefois que la co-existence du couvent conduisit a des dissentiments et il fut supprimé en 1848. Les locaux, occupés auparavant par les religieuses, servirent à agrandir la division des aliénés. Jusque là les sexes avaient été réunis dans un pavillon unique, bien que répartis sur deux étages différents.

En 1845, après de longs pourparlers, l'asile de Saint- Pirminsberg, près Pfâfers, reçut les aliénés du canton de Saint-Gall. Un ancien couvent sécularisé a été transformé et aménagé pour y héberger ce genre de malades. Avec les années, il fallut procéder à bien des transformations encore et des annexes plus ou moins heureuses furent ajoutées au corps du bâtiment principal. La colonie agricole de l'asile à St-Margarethenberg, sur l'alpe, loge, l'été durant, de 15-20 malades.

Les cantons voisins, qui n'avaient pas d'asile, s'empressèrent de passer des contrats pour le placement de leurs ressortissants aliénés dans ce nouvel asile.

C'est grâce à l'initiative privée de M. Auguste de Meuron que l'asile de Préfargier put, en 1849, ouvrir ses portes aux aliénés du canton de Neuchâtel. Préfargier resta un asile privé, mais avec quelques concessions à l'Etat, qui peut y interner ses malades à des oonditions pécuniaires favorables. Devenu bientôt insuffisant, il a subi aussi de nombreuses transformations depuis l'époque de sa fondation.

Les aliénés de Bâle-Campagne furent placés jusqu'en 1853-54 chez des particuliers ; on se souvient encore des réduits, comparables à des niches, où on pouvait les voir le dimanche pour un morceau de pain.

Un petit nombre d'entre eux cependant étaient admis à l'hospice des incurables, qui remonte à 1750 environ.

Depuis 1853-54 existe à Liestal une section d'hôpital, destinée aux vésaniques-; elle fut agrandie à deux repçises. Le canton a acquis du terrain en vue de la construction (ruM asile moderne.

Vers 1860. à l'occasion de l'installation de la maison

de correction de Healta, les Grisons y adjoignirent une subdivision pour 23-30 aliénés incurables. Elle existe encore aujourd'hui.

La période de 1855 à 1875 est marquée par un magnifique développement de la psychiatrie. Selon des plans très soigneusement préparés, on vit bâtir et consacrer au traitement «les maladies mentales de véritables palais; pendant longtemps, ils furent considérés

COmme des „ types rriodèl'

La Waldau (Berne) s'ouvrit en 1855; appartenant d'abord à une corporation, elle devint propriété d'Etal en 1884. L'ancien bâtiment, d'un bel extérieur, n'est plu-, aujourd'hui, que le centre de toute une série de maisons ou transformé' entièrement construites pour recevoir des aliénés. Les "25 pensionnaires de la Cluse fuient transférés à La Bosegg (Soleun • n 1860. Les bâtiments étaienl un modèle du genre pour l'époque. En 18(54 déjà, on dut procéder à des agrandissements, la place manquant. Il en fut de même en 1890 du côté des hommes. Enfin en 1910, l'asile fut doté d'un pavillon mixte de belle venue et dont les divers services sont fort bien compris. En 1870, Zurich mit le Burghôlzli, dont la situation est magnifique, à la disposition de ses malades ; presque dès le début il fut encombré, et dans l'impossibilité de répondre favorablement aux demandes d'admission venant d'autres cantons. Deux ans après i l87-2 1 lut inauguré à Kônigsfelden (Argovie), l'un des plus beaux asiles du continent. Plus tard, une partie du vieil hospice fut démolie, mais une autre est depuis longtemps de nouveau occupée. De nouveaux pavillons ont été ajoutés en 1907-1908. L'asile du Iîois de Cery (Vaud) reçut, en 1873, les aliénés internés jusque là au Champ de l'Air et ceux (des hommes seulement) qui avaient été transférés depuis 1867 dans le domaine du dit Bois de Cery. Au bout de quelques lustres, l'asile modèle, construit pour 300 lits, hébergeait de 500-550 malades. L'encombrement, comme partout ailleurs, se fit péniblement sentir. On dégorgea quelque peu par le placement familial, dès 1904. En 1906, ouverture de deux annexes; salles d'observation pour- agités. Tout récemment il910i, le

kl i

jqhmej

Ç**^ sS*^mk ■kT^'1.

nM>'* __»

' MB » ' JcjUêM *■■ ^MB"* A il

HHI

*^&^iBf~ ^i

BrSa

Waldau (Berne). Type caserne. A droite en liant: le vieux Tnllliaus (1749), transformé.

Grand Conseil vaudois a ratifié l'achat de l'ancien hôtel des Bains à Gimeï, qu'une société avait déjà transformé en une maison de santé. (Test aussi en 1873 que l'asile de Saint-Urbain (Lucerne) accueille les aliénés lucernoisi C'est un ancien couvent transformé, qui, comme ses | a-

ALIENES

ALIENES

reils, engloutit pas mal d'argent afin d'être à même de remplir ses nouvelles destinées. 11 y avait des années que le I)1 Attenliofer signalait, mais en vain, la situation déplorable de ses concitoyens aliénés et avait procédé depuis longtemps au recensement des malades du canton. Les luttes politiques bouleversèrent à plusieurs reprises les projets établis avec sagesse. En 1881, on remédia un peu à l'encombrement de l'asile par la colonie agricole de Gross-Sonnhalde.

On trouve dans le rapport du Dr Girard de Cailleux des détails intéressants sur le sort des vésaniques du canton de Fribourg. C'est en 1875, et sous sa direction, que Marsens (pi es Bulle) reçut les premiers malades. Les v i 1 1 a s d'Humilimont, construites après 1900. sont desservies parles médecins de l'asile, mais au point de vue législatif, elles ne font pas partie de celui-ci.

L'ancien couvent deRheinau (Zurich) admit des malades depuis 1867. En 1901 et 1915 y furent adjoints les pavillons de Neu-Rheinau. Le tout constitue aujourd'hui le plus grand asile de Suisse. Voir Rheinau.

Le Prof. W'ille, après avoir dirigé et transformé les maisons ^de Munsterlingen, Rheinau et Saint-Urbain, avait été îappelé à occuper la chaire de psychiatrie à l'Université de Râle. Il employa toute son énergie et son expérience à l'élaboration des plans et à la réalisation d'un asile-clinique, qui fut achevé en 1886. La Friedmatt (Râle) fut le type, non plus delà «caserne», mais de la répartition « en pavillons ».

Le même système fut adopté à Munsterlingen (Thurgovie) pour les agrandissements successifs de l'asile (1890-1900 et 1903) qui s'était, dès le premier, complètement séparé de l'Hôpital cantonal, au point de vue médical et administratif.

Le canton de Thurgovie héberge encore 130 aliénés chroniques environ dans l'ancien couvent de St. Katharinental, près Diessenhofen ; le manque de places le force

Schaffhouse. On y procéda à un recensement des aliénés en 1861 ; en 1869, le Conseil d'État proposa la construction d'un asile. Mais elle ne fut réalisée qu'en 1891. La | Breitenau, un fort bel édilice, réunit les malades soignés

Cery près Lausanne. Type caserne.

en outre à en faire soigner une centaine dans la maison privée de Littenheid, près Wil.

C'est encore la pénurie de places au Rurghôlzli et à Rheinau qui conduisit à hospitaliser des aliénés chroniques et des séniles à Wulfiingen (Zurich) dès 1894.

On n'était point resté inactif dans le petit canton de

Krombaeh près Hérisau. Type pavillons.

jusque là dans d'autres maisons cantonales ou étrangères ou chez des particuliers.

Le canton de Saint-Gall, dont l'établissement de St- Pirminsberg (Pfâfers) était complètement engorgé, décida la construction d'un nouvel asile dans l'extrémité opposée de son territoire, à Wil ; dès 1890-92, quatre pavillons de 75 lits chacun servirent à caser une partie des aliénés de Pirminsberg. Rapidement le manque de place se fit sentir et en 1898-1902, on construisit dix nouveaux pavillons fort bien aménagés à tous égards. Wil reçoit aussi un assez grand nombre de malades corporels, mais avec l'encombrement dû aux aliénés, on est obligé de leur laisser moins de place qu'il n'en avait été prévu.

Avec l'aide du legs de Loë, les Grisons édifièrent près de Coire la maison de Waldhaus, également très bien installée et rappelant quelque peu le type de Kônigsfelden. Elle fut inaugurée en 1892.

Neuchàtel se trouvant trop à l'étroit à Préfargier, étudia la création d'un asile qui comprendrait en même temps des pavillons pour les incurables corporels. Projeté d'abord à Rochefort, le nouvel asile, « système pavillons », fut ouvert en 1894 à Perreux, dans un site admirable.

Le Tessin plaça ses malades à l'asile provincial de Côme, en vertu d'un contrat datant de 1882. La maison de santé cantonale de Casvegno, près Mendrisio, fut achevée et occupée en octobre 1898. Le type « village » y est très coquettement réalise ; on conçoit qu'un canton où la profession de maçon est fréquente, ait pu bâtir tout à la fois bien et à bon marché. Une colonie agricole y fut adjointe en 1906 ; des agrandissements successifs, nécessités par l'augmentation du nombre des malades, s' imposèrent en 1909 et 1915-16.

Un progrès considérable fut réalisé par le canton de Rerne qui, en 1895, inaugura le grand asile de Munsingen, combinaison intelligente du système «caserne» et du pavillonnage. Moins heureuse fut sans doute la transformation de l'ancien couvent de Rellela\ (Jura Bernois) en une maison pour aliénés incurables (1899). Le climat y est rude et les voies d'accès sont fort peu commodes. A cet égard l'aménagement, pour un service d'aliénés, de deux hôtels à Meiringen, paraît plus propice. On y a interné depuis 1919 environ 130 malades du sexe féminin. Le manque de place dans les asiles et la crise hôtelière (suite de la guerre) ont en quelque sorte justifié l'exécution de ce projet. Mais peut-être que cet es-

ALIENES

AÎJOD

sai de décentralisation donnera des résultats favorables.

Au début du XX'' siècle Genève reprend place au premier rang par l'ouverture de Bel-Air (1900), dont les pavillons confortablement installés donnent à profusion air et lumière aux malades.

Grâce à l'énergie et à la persévérance du Dr P. Repond le canton du Valais fut doté d'un asile à partir de 1901. La maison deMalévoz, près Montbey, d'abord privée, mais à la fondation de laquelle l'Etat avait coopéré, fut agrandie en 1911 et rachetée par le canton en 1912.

Le canton d'Appenzell Hh.-Ext., se préoccupait depuis des années déjà de l'assistance aux aliénés. 11 procéda à un recensement très sérieux de ceux-ci, les plaça d'abord dans les asiles cantonaux voisins. Le pasteur Lutz, et plus tard le D' Kursteiner furent les chevilles puvrières de l'organisation de cette assistance. Dès longtemps on avait créé un fonds de réserve pour la construction d'une maison de santé. La grande générosité d'un concitoyen permit bientôt de réaliser le vœu ratifié par la Landsgemeinde et en 1908 l'asile deKrombach, près Ilérisau, ouvrit ses portes : coquet village admirablement situé, il domine la ville.

Enfin, en 1912, le Grand Conseil des Grisons décida de faire construire à Realta un établissement de 250 lits ; il doit être achevé dans le courant de 1919.

Les petits cantons de la Suisse centrale n'ont pas d'asile ; Glaris capitalise un fonds destiné à 'combler cette lacune. En attendant, les aliénés de ces régions doivent être placés soit dans des maisons cantonales, soit à l'étranger. Mais partout le nombre des demandes d'admission dépasse considérablement celui des lits disponibles. Depuis 1906, le sanatorium deFranziskusheim, près deZoug, bien que propriété privée, pare, dans la mesure du possible, à ces inconvénients. Le 7 octobre 1916, le Conseil d'Etat de Zoug publia un règlement d'application de la loi sur les hôpitaux, cliniques et maisons de santé publiques et privés, du 11 février 1915.

On peut affirmer que tous les asiles d'aliénés de la Suisse, dirigés par des médecins, sont bien tenus ; les malades y sont humainement traités et bénéficient des progrès de la science. Malheureusement l'encombrement fait partout sentir ses conséquences désastreuses.

L'enseignement de la psychiatrie aux étudiants en médecine est confié aux cliniques de : Bâle (Friedmatt), Berne (Waldau), Genève (Bel-Air), Lausanne (Cery), Zurich (Burghôlzli).

Dans la plupart des cantons ont été fondées, dès longtemps, des «Sociétés de patronage». Elles secourent les familles d'aliénés indigents, concourent à la guérison de malades en payant les frais de traitement ou de médicaments, placent des guéris ou des chroniques capables de vivre en liberté. Elles intéressent le public à la question de l'aliénation mentale, dont la portée sociale est si énorme. A plus d'une reprise elles ont pris l'initiative de la création ou de l'agrandissement d'asiles. — Bibliographie. Dr Frôlich : Allerlei vont alten Spital und der Irrenanstalt Kônigsfelden. (XVIIIe rapp.de YAargauische Hilfsverein fur arme Geisteskranke). — Dr Frôlich : Der Spital in Kônigsfelden. Brugger Neujahrs-Blâtter, 1918. — Dr W. Morgenthaler : Bernisches Irremvesen. Von den Anfângen bis zur Erôffnung des Tollhauses H49. — Etablissement de Préfargier, dans Le véritable Messager boiteux de Neuchdtel pour l'an de grâce i850. — Dr R. Godet: Cinquante ans d'activité. Maison de Préfargier. Neuchâtel 1899. — Dr Lisibach : Jubilaeums-Bericht ûber die 25jâhr. Wirksamkeit der kant. Irrenanstalt Sankt- Urban (XXV. Rapport de VHùlfsverein fâr arme Irren desKtsLuzern 1899). — F.Riklin: Ueber Familienpflege der Geisteskranken und Irrengesetzgebung, mit besonderer BeriïcksichUgung des Kts Zurich (Jahresbericht der Pflegeanstalt Bheinau 1900, p. 39-154). — Renseignements des directeurs des asiles cantonaux.

Taw.eau des Asiles cantonaux d'aliénés de la Suisse.

Année Moyenne des Effectif

d'ouverture admissions afin 1917

Rel-Air (Genève). . . . 1900 300 380 Les Vernets (Genève i . . 1838 —

Bellelay (Berne) . . . . 1899 50 320

Breitenau (Schaffhouse) . 1892 90 250

Burghôlzli (Zurich). . . 1870 600 420

Casvegno (Tessin) . . . 1898 200 350

A lihi-e

Moyenne des

Effectif

tuverture

adniissionfl

a lin TJ17

Cery iVaudl

Friedmatt (Bâle-Vilh

Kônigsfelden (Argovie). .

K i omhachfAppenzellA.R.

Liestal (Bâle-Campagne)

Malévoz (Valais) . . . ,

Page 1