‹ Dictionnaire historique d'architectureChapitre 126 sur 258 · DES CONDUITES EN ROIS · texte numérisé non relu

DES CONDUITES EN ROIS

Ces espèces de conduites «ont les pins économiques dont on puisse faire usage; mais elles ne valent rien pour conduire l'eau destinée à être bue , à cause du goût souvent désagréable que le bois lui communique. On peut employer avec succès les conduites m bois dans les endroits marécageux et humides , lorsqu'il s'agit de conduire les eaux pour des arrosemens ou des desséchemens, ou de former des pièces d'eau pour l'embellissement des parcs.

De quelque matière que soient faits les tuyau

CON 433

d'une conduite, il faut, 1" avoir la précaution de le* poser le plus en ligne droite qu'il est possible ; 2° de les établir sur un sol ferme , dont la pente soit uniforme; 3° d'éviter les angles, et d'y suppléer avec des contours coulans et arrondis, parce que c'est ordinairement dans ces endroits que l'eau fatigue le plus les tuyaux.

CONDl PLICABILES FOR ES, autrement quadrijores. Portes antiques à deux battans , dont chacun est brisé de haut en bas ; tels sont les volets des appartenons actuels. On ne sait pourquoi il ne s'en fait point de même aux portes : elles n'embarrasseroient |ioint alors par leurs battans, qui le plus souvent sont entièrement en saillie hors du lambris lorsqu'on le* ouvre, et qui offusquent toujours la vue, quoique depuis long-temps ils soient partout en usage. {Voyez Porte et Volets.)

CONE oc ENCAISSEMENT, s. ». On donne ce nom à de grands bâtis de charpente qu'on enfonce dans l'eau , et qui , remplis de matériaux , servent à faire des massifs de construction pour des levées, des digues et des ports. On les appelle cônes, parce que leur forme est véritablement conique ou pyramidale, afin de leur donner une assiette plus solide et plus capable de résister aux mouvrmens des flots et à l'action de la mer.

Le plus giand exemple de ce genre de construction hydraulique est celui de la rade de Cherbourg, où toutes les forces de la mécanique et toute l'intelligence de l'art ont été portées au point de triompher des plus grands obstacles de la nature. La description des moyens prodigieux qui ont été employés pour son exécution mérite une place dans cet ouvrage.

La caisse de charpente qui fait l'enveloppe d'un cène est à jour et sans fond ; elle a 60 pieds de diamètre au cercle supérieur, 148 à sa base, et 60 de hauteur perpendiculaire.

La circonférence à la base est de 465 pieds ou de 77 toises; son cercle supérieur est de 188 pieds; par conséquent elle occupe une superficie de 1 7 ,2 1 2 pieds carrés. La surface du cercle supérieur est de 2,828 pieds carrés.

Le cône est construit sans fond , afin d'éviter dans la submersion le contact sur le terrain avec le* parties saillante* des rocher* qui pourroient s'y rencontrer; mai* 00 y met un filet de gresliu d'environ 9 pouces, qui tient toutes le* pièces droites ou montantes, et le» empêche de «'écarter lors du coulage.

Il entre dans une caisse conique m. \ 1 5 pied* cubes de bois de chêne, et 20,644 l""'- de boi* de hêtre, évalués l'un dans l'autre au poids de 56 livres par pied cube, à cause des différentes espèces de bois j elle pèse donc 2,c4438o livres.

Voici la manière de conduire le cône au lieu de sa destination.

On se sert , pour le faire flotter, de soixante-six

grosse» tonnes en état de supporter chacune 3o milliers pesant, et de quarante-deux petites tonnes capables de soulever chacune 1 2 milliers , de sorte que toutes ces tonnes réunies ensemble portent au moins le poids de 3,482,000 livres ; ainsi il reste 23o,5ao li- \ rcs d'excédant pour parer aux évëncmctts. Le tangage devient de peu de conséquence , au moyen des tonnes qui refoulent et décomposent en quelque sorte les vagues.

La remorque se fait à l'aide de neuf cabestans , dont l'un, placé sur le ponton conducteur, voie continuellement; cinquante-six hommes y sont toujours occupés et se remplacent par intervalle : les huit autres cabestans, chacun sur un navire, ne servent pour ainsi dire qu'à mettre la caisse dans le véritable endroit où elle doit être placée ; plusieurs grandes chaloupes plates, garnies de vingt rames chacune, y sont également employées ; par ce moyen on fait a peu près 36 pieds de' longueur par minute en un temps cal nie.

L'immersion se fait en une demi-heure, en détacliant successivement les tonnes quatre par quatre aux quatre côtés diamétralement opposés. Ou se sert pour cette opération de grands couteaux pesant à peu près go livres , emboîtés dans des coulisses qui prennent du sommet de la caisse , où règne une galerie , et aboutissent aux soupentes qui attachent les tonnes ; telle est la manière de conserver l'équilibre a mesure de l'immersion.

Cette immersion est de 36 pieds dans les plus basses eaux , et de 56 pieds dans la plus haute mer de l'équinoxe.

La solidité d'un c6ne est d'environ 63o,ooo pieds cubes, ou de 2,778 et un tiers toises cubes , qu'on peut réduire a 2,678 toises cubes pour le solide du vide intérieur d'entre les pierres, et a cause des bois dont on déduit la masse : ainsi on remplit cette caisse avec 2,678 toises cubes de pierre, qu'on ne compte que pour 1 80 livres pesant par pied cube , à cause du vide occasioné par l'incohérence des pierres ; vide qui toutefois ne doit |>as être bien considérable, puisqu'elles sont jetées une à une.

La toise cube pèse donc 38. 880 livres ; en y ajoutant le poids de la caisse, qui est de • », [,480 livres, la masse entière du cdne , ou celle du rocher qui se formera dans la suite, sera de io6,365,i2o livres.

La configuration d'un cdne est telle que la ponssée de la pierre glissante, sur un angle de 60 degrés, n'agit qu'avec un effort de 6 livres par pied carré sur les parois de l'intérieur , force absolument nécessaire pour attacher la caisse au noyau de pierre et empêcher la mer de donner à la charpente un mouvement de rotation.

D'après cela , si l'on suppose le cdne assailli par la plus forte tempête , l'action de la mer agira avec une force de 2,778 toises un tiers cubes d'eau que le cdne déplace , et qu'on peut fixer dans l'équilibre a 15,760 livres par toise cube d'eau; ainsi les 2,778

CON

| toises un tiers cubes d'eau agiront sur le edne avec une pression de 437,865, 33o livres qui, déduites de la masse du cdne , laisseront 62,578,587 livres de masse au-dessus de l'équilibre , pour la pesanteur excédante du rocher sur l'effort de la mer. A mer basse , la stabilité est plus assurée ; le cdne ne déplace que 2,060 toises cubes d'eau, ou 324»656,ooo livres, qui, déduites de i86,365,l2o livres , donnent ponr reste 73,899,520 livres au-dessus de l'équilibre ; et dans tous les cas , sa forme circulaire et son talus de 7 pouces par pied de hauteur affaibliront beaucoup l'effort de la mer.

D'après les forts de Risban , bitis par Louis XIV au milieu des jetées qui conduisent à Dunkerque , et qui ont été démolis à la paix de 17 12 ; d'après l'expérience des jetées de la Hollande , la partie de bois qui sera toujours dans l'eau ne se détruira pas ; elle résistera d'autant mieux qu'on ne connoit pas dans la rade de Cherbourg de vers qui mange le bols. Déjà le goesnon et le varech enveloppent une partie île la première caisse.

Mais pour la partie de charpente qui s'élève audessus de l'eau , on a eu l'attention de la construire et de la doubler en bois de chéue ; le doublage est fort épais. Par ce moyen , elle pourra durer assez loug-temps pour que la niasse des pierres prenne toute la consistance nécessaire, ce qui doit rendre par la suite la partie de cette charpente absolument inutile.

CONFESSION , s. f. Nom que l'on donnoit autrefois aux autels qu'on élevoit sur les tombeaux des martyrs, ou plutôt aux lieux où étoient placés cet tombeaux mêmes.

On appelle à Rome confession de Saint-Pierre une chapelle qui est immédiatement au-dessous du grand autel de l'église dédiée à ce saint. On y descend par deux escaliers , qui sont eu avant du grand baldaquin ; ils sont entourés de balustrades chargées de cornes d'abondance , qui servent de support à plus de cent lampes d'argent. L'intérieur de cette confession est revêtu de marbres précieux parmi lesquels on remarque le noir, le vert , le jaspe antique et quatre colonnes du plus fin albâtre. Ces riches lambris sont encore relevés par des guirlandes, des figures d'anges et des statues de saint Pierre et de saint Paul , en bronze doré : une partie de ces objets accompagne une porte de même métal qui ferme l'entrée d'une voûte oblonguc et décorée de mosaïque , où , sous une lame d'argent fixée dans le pavé , sont conservées les reliques des deux apôtre*. ( / '. irez Baldaquin , Bumk , Eglise souterraine.)

Paul V fit décorer la confession de saint Pierre sur les dessins de Caries Madcrno , selon Fontanet.

Quelquefois on appeloit confession un oratoire et peut-être même une châsse. En effet on lit que le pa|»c Anastase fit faire en argent, du jiokls de cent livres, la confession de saint Laurent, martyr.

CON

CONFESSIONNAL,», m. Ouvrage de me nuisent- composé de troi» niches ou cellules, séparées par une cloison adossée a un mur ou à un pilier ; elles sont élevées sur une ou deux marches , et composent un avant-corps carré, demi-circulaire , ou à trois pans ; elles sont couvertes en dôme , en plateforme ou en amollissement. La niche du milieu a une porte pleine jusqu'à la moitié de sa hauteur , et à claire-voie dans tout le reste. Celle niche contient un siège, et a de droite et de gauche des volets battans sur un grillage en bois , à travers lesquels on voit dans les niches de côtés; celles-ci n'ont point de portes , et ont un accoudoir au lieu de siège.

Les confessionnaux n'ont pas toujours eu la forme que je viens de décrire, et dans les siècles où le pénitent s'asscyoit à côté du prêtre , ils en avoient sans doute une assez différente.

Les confessionnaux doivent être commodes et simples; cependant plusieurs sont ornés de sculptures. Jusqu'à présent dans nos églises les confession- - n'ont point eu d'emplacement déterminé; ils souvent les bas-côtés, embarrassent les i ; ils masquent les piédroits et les pilastres on les adosse ; disons qu'ils devraient occuper des places qui leur seraient consacrées.

CONFIGL RATION, s. f. Forme cxlérienre ou surface qui borne les corps , et leur donne une figure particulière.

La plujurt des ouvrages ont une même configuration, parce que leurs auteurs n'ont eu à eux tous qu'une même manière. Copistes timides, ils ne veulent faire que ce qui a été fait , et ils répètent fans cesse des configurations empruntées des maîtres dout le nom leur en impose le plus.

Le génie, avec peu de matière, produit mille configurations diverses, et la stérilité, avec beaucoup, ne produit que des configurations froidement

CON

CONFUSION, s. f. Ce vice, en architecture, affecte particulièrcnicnt la décoration et l'ornement; lorsque cette maladie attaque la disposition même des plans et l'ordonnance générale d'un édifice , on l'appelle de préférence désordre.

Une décoration confuse est , ou celle qui se compose d'un mélange d'idées hétérogènes , ou celle dont le dessin est tel , que l'œil et l'esprit en saisissent difficilement le motif général, et n'en débrouillent qu'avec peine les parties.

La confusion, dans l'ornement, résulte ou d'une stérile fécondité qui , pour dire trop , s'exprime mal , ou d'une fausse combinaison entre les richesses et les repos.

CONGÉ , s. m. Portion de cercle , on adoucissement en forme de cavet qui joint le fût de la colonne à ses deux ceintures. On le nomme anssi apo- P\rëe> 1ui> cn «gnifie fuite, et scape , du latin

scapus, le tronc d'une colonne. On emploie le congé presque toutes les fois qu'on se sert de l'astrai{alc ;

t élégant de le supprimer, de caractériser un proGl.

lorsqu'on a

CONGÉLATIONS , s. f. Sucs divers consolidés dans le sein de la terre. On trouve dans les Alpes et dans diverses grottes naturelles de, congélations aussi étonnantes par leur variété que par leur nombre. On appelle aussi congélations ou glaçons une sorte d'imitation des éconlemens d'eau congelés successivement et accumulés par couches les uns sur les autres. On fait usage de ces deux espèces de congélations dans la décoration des crottes artificielles des châteaux d'eau, de. fontaines, etc.

CONISTERIUM(s. n. en latin), de ^.poussière. Lieu où l'on gardoit une poussière très-line, que l'on faisoit venir d'Egypte pour les lutteurs. Ils s'en couvraient mutuellement, afin de mieux se i et se colleter, parce que l'huile et la sueur aurc saus ce moyen, rendu leur peau trop glissante.

Le conisterium étoit à la droite de Vephcèeum, mais il en étoit séparé par le coriceum. Ces pièces, ainsi que d'autres dont il sera parlé , étoient le long du double portique des palestres, lequel regardoit toujours le midi.

CONNOISSELR, .. m. Se dit de celui qui a des

conque.

Dans les arts du dessin , l'épithètc de connaisseur se donne non pas à l'artiste, qui nécessairement a les connoissancea de son art , mais à celui qui , sans s'être adonné à la pratique de ces arts, joint à leur goût des notions théoriques et les lumières que donnent, avec l'étude des principes, la recherche et la comparaison des ouvrages.

Entre les arts du dessin , i ceux qui ont pour objet l'imii

de la nature, c'est-à-dire la peinture et la sculpture, n'aient plus d'amatenrs et de connaisseurs que l'architecture. Il y a de cela trop de raisons évidentes pour qu'on doive s'y étendre.

Nul art effectivement ne comporte autant de connoissancea techniques, tout ensemble théoriques et historiques à acquérir par l'homme de goût, qui ne vise qu'à être ce qu'on doit appeler un connaisseur en fait d'architecture : aussi remarqne-t-on que fort peu d'édifices ont été construits par des hommes qui n'auraient point fait une profession expresse de l'art de bâtir. Disons encore que peu d'écrits en ce genre ( par comparaison avec les autres arts) ont été publiés sur ce qu'on pourroit appeler, soit le génie, soit la littérature de l'architecture ; c'est-à-dire que très-peu d'hommes, sans être artistes, ont écrit sur cet art. De là peut-être encore doit résulter particulièrement le petit nombre de connaisseurs.

Généralement , cn effet, les écrits des artistes sur

436 CON

leurs arts respectifs oc peuveut guère être lus que par I les artistes eux-mêmes. Le don de rendre intéressant | pour le commun des lecteurs l'ensemble des doctrines et des préceptes d'un art est lui-même un talent qui demande des études spéciales. C'est , si l'on |ieut dire, une antre espèce d'art qui n'a pas autant de rapports qu'on pourrait le croire avec l'exercice de celui qui en est l'objet. Ainsi le plus grand poète pourra bien n'être pas celui qui fera la meilleure poétique : ce sera d'après lui qu'on la fera.

Un grand nombre d'architectes, dira-t-on, et parmi eux les plus célèbres, ont écrit sur l'architecture. Mais ce qu'il faut dire de leurs écrits, c'est qu'au lieu d'être des poétiques de leur art, ils n'en sont que les grammaires, fort utiles sans doute pour former des sujets à la théorie pratique de l'art , mais nullemcut des connaisseurs; autrement dit des hommes capables de remonter aux principes dont émanent les règles pratiques, et capables de s'en rendre compte ou d'en développer les conséquences et les applications.

Or, telles doivent être les conditions d'un vrai connoistcur. C'est donc vaiuement que tant de gens prétendent se connoitre en architecture, et se portent pour juges des ouvrages de cet art, sous prétexte que, le beau devant frapper tous les yeux, il appartient au sentiment seul ou à l'instinct d'en juger. Cependant, pour porter de véritables jugemens, il ne su Mit pas de sentir ce qui est vrai , juste ou beau, il faut savoir défînir sur quoi repose le sent:.nent et d'où dérive l'action qui produisent les impressions qu'on éprouve. Si cela est, il faut de l'étude pour obtenir cette connoissanec.

D'où j'infère qu'il n'y a de connoisscur proprement dit en architecture, que celui qui a fait celte étude; et que le plus grand nombre de ceux qui jugent étant de ceux qui n'ont |»int fait cette étude, le plus grand nombre est inhabile à se dire connaisseur.

Quoique, d'après ce que je viens d'avmccr, le nombre des connaisseurs en architecture soit peu considérable , je ne laisserai pas d'avouer qu'il s'en est toujours trouvé de fort recommandâmes , et dans presque tous les pays où cet art a été en honneur.

L'Italie étant celui où l'architecture, par tontes sortes de raisons , a été le plus et le mieux cultivée, a presque dan» tous les temps possédé de véritables connaisseurs. Tel fut, dès le seizième siècle, le célèbre Trissinp, qui passa pour avoir été plus que le

Srotecteur de Palladio, qu'il conduisit trois fois a iome, s'il est vrai, comme on le raconte, qu'il lui euseigua les premières règles de l'architecture. Tel fut, dans le dix-septième siècle, Scipion Maffci , qui réunit à beaucoup d'autres titres de savant celui d'homme instruit dans l'architecture antique, et de protecteur éclairé des artistes île son leni|w Tel fut, dans le dix-huitième siècle, le célèbre Algarotti, amateur des plus éclairés dans tous le» arts, et dont les écrits ont singulièrement servi â remettre en cré-

dit les principes et les erremens de l'antiquité. Le même siècle doit mettre au nombre des plus grands connaisseurs en fait d'architecture le marquis Galiani, dont la traduction de Vitruve n'a point eu et n'aura peut-être jamais de rivale. Nous devons ajouter ici que l'école vénitienne d'architecture a toujours compté des hommes distingués , et par leur rang dans la société, et par le titre de connaisseur dans un art où ils auraient pu mériter le titre d'artistes habiles. On remarque entre eux, et le comte Alessandro Pompeï, qui se plut a construire, nonseulement pour lui , mais pour ses amis , des palais du meilleur goût d'architecture, et le comte Girolumo del' Pozzo , qui a laissé de son goût et de ses

remarquables.

La France doit compter sous le titre de connaisseurs véritables plus d'un écrivain , tel que Chaxubray, auteur du Parallèle de rarchitecture antique avec la moderne, dont nous avons rendu compte à son article (voyez Chambrât) ; tel que Laugier, justement renommé par ses Essais sur f architecture.

L'Angleterre peut citer comme artiste, amateur, et grand connoisseur, milord Burlington, aussi connu par les palais qu'il a élevés dans son pays , que par ses recueils des ouvrages de Palladio , et sa collection des thermes antiques. ; /'i ayez Burlington.)

L'étude de l'archéologie, et par conséquent des monumens de l'architecture grecque et romaine, qui en sont une partie importante, ayant été très en vogue depuis un demi-siècle, nous pourrions citer un assez grand nombre d'ouvrages , soit de théorie , soit de descriptions, soit de biographie, chez les principales nations de l'Europe , et qui ne peuvent , pour La plupart , avoir été produits que par de véritables connaisseurs. On aimerait a en faire connoitre les noms , si l'on ne s'étoit imposé la loi , dans ce Dictionnaire , de ne point parler des vivans ou des contemporains.

CONSERVES, s. f. pl. Nom qu'on donne à des réservoirs où l'on amasse les eaux , pour de la les distribuer, par des canaux ou aqueducs, en autant de lieux qu'il sera nécessaire.

Les anciens ap|icloient ces réservoirs eastella. C'est probablement .. l'instar de cette dénomination que nous employons au même usage le mol de château d'eau .

Conserve, (Payez Contre-garde.)

CONSOLE . s. f. Corps saillant qui , le plus souvent , a la forme de la lettre S , et dont l'emploi est de porter ou d'arc-bouter; les consoles qui arc-boutent s'appellent consoles en adoucissement, parce qu'elles n'ont d'enroulement qu'à leur partie inférieure. On en parlera an mot pilier butant; il ne s'agira ici que des autres consoles.

CON

des vases, de» boites, des figure* ou d'autres objets. {Voy. ces roots; voyez aussi Clef et Contre-cxee.) Vitrine appelle ces consoles aneones , de ancon , coude, chose courbée; et prothirides , de pro, devant, et tara, porte. Ces noms grecs indiquent la forme et la place qu'eurent les premières consoles, et ils aident a en faire connottre l'origine. En effet, ces courbes mises au-devant des portes , à quoi pouvoient-elles servir, si ce n'est a soutenir quelque objet en saillie? Et celui-ci, que pouvoit-il être, sinon un auvent , que dans la suite une corniche a remplacé? Ce qui vient à l'appui de ce que j'avance, c'est la proportion que Vitruve assigne aux consoles, proportion qui , en démontrant qu'elles étoient de simples planches, prouve qu'elles n'ont pu porter qu'un abri également (ait en bois. Ijts consoles, dit cet architecte, auront en largeur, par le haut , la troisième partie du chambranle , et par le bas elles auront une quatrième peirtie de moins que par le haut. Si on avoit d'abord fait en pierre les consoles et la corniche , les premières auroient été plus massives, et on peut s'en convaincre par les parties d'architecture qui n'ont point eu U charpente pour modèle.

Lorsqu'on substitua la pierre au bois , on ne changea point la proportion des consoles; sans doute on réfléchit qu'elles ne seraient plus que des soutiens de précaution et d'accompagnement , la corniche étant adhérente au mur, et n'ayaut d'ailleurs que peu de moulures , afin de mieux ressembler à son type. D'après cela , on pourrait ne point approuver la proportion des consoles modernes. Eu les voyant aussi fortes , on est tenté de croire qu'elles portent seules la corniche; apparence défectueuse, puisque la réalité le serait elle-même. Un ne doit pas feindre une construction que la solidité réprouve.

Les consoles représentant les supports d'un auvent, la corniche l'auvent même, ainsi que je l'ai dit plus haut, il semble qu'elles ne devraient pas être employées a décorer les fenêtres et les portes que l'on pratique sous les portiques et péristyles ; car pourquoi donner des auvents à ce qui est déjà pleinement couvert ? C'est la , si l'on veut , une de ces inconséquences (comme celle des frontons dans des intérieurs ) que toutefois l'usage a consacrées , et qui ne pourraient être aujourd'hui condamnées que par un rigorisme qui passerait pour ridicule.

Console adossée. Petit enroulement de serrurerie représentant deux SS en opposition , ou tournées l'une vers l'autre.

Console arrasée. Console dont les cnroulemens n'ont point de saillie, et qui, affleurant le chambranle , ne sont vus que d'un côté.

Console avec enroulenens. Console qui a des volutes en haut et en bas; celle du haut est ordinairement la plus forte.

Console coudée. Console dont le contour en

ligne courbe est interrompu par quelque partie droite ou anguleuse.

Console en encorbellement. Nom général que l'on donne à toute console qui sert à porter les menianes cl balcons, et qui , jiar ses ornemens , se distingue du corbeau.

Console gravée. Console ornée de glyphes ou de cannelures , et quelquefois d'écaillés.

Console plate. M ulule ou corbeau avec glyphes et gouttes.

Console rampante. Console qui suit la pente d'un fronton pour en soutenir les corniches.

Console renversée. Console dont le plus grand enroulement est en bas, et sert d'adoucissement aux ornemens qu'on emploie dans les décorations.

COiNSTAlSTINOPLE. Cette ville fameuse, jadis connue sous le nom de Jiysantiuni , dut à Constantin et le nom qu'elle porte encore aujourd'hui , et l'avantage d'être devenue une des métropoles des art*.

Le siège de l'empire transféré en Asie, les arts lie tardèrent pas d'y aller chercher la protection que Rome ne pouvoit plus leur offrir. Constantin voulut que ce nouveau centre de l'univers fît oublier par sa magnificence celui que tant de siècles et tant d'efforts avoient rendu digne d'être la capitale du monde. U chercha donc à emt>ellir Constantinople aux dépens de Rome. Un grand nombre de monumens et I de statues fut transféré d'Occident en Orient; mais malheureusement la puissance d'enlever des monu- ! mens n'a rien de commun avec le génie qui les pro- I duit. Constantin pouvoit amasser dans sa nouvelle cité les chefs-d'neuvre de Memphis , d'Athènes et de Rome ; il ne pouvoit transférer les édifice» dont ces ouvrages recevoient autant d'éclat et de beauté qu'ils leur en donnaient , il ne pouvoit surtout reproduire cette harmonie qui résulte d'un accord parfait entre les divers arts qui se prêtent réciproquement de leurs charmes. Ainsi, tout ce que Constantin et ses successeurs firent pour orner leur nouvelle capitale par des édifices somptueux, a bien moins signalé leur magnificence que l'impuissance où les arts étoient alors de répondre à l'ambition de leurs protecteurs.

Les monumens qui restent de l'antique Constantinople , et qui ont échappé a l'insouciance ou à la barbarie des Turcs , ne prouvent que trop ce que je viens d'avancer.

Ce qui frappe d'abord lorsqu'on cherche au milieu des Turcs le souvenir de l'ancienne capitale de l'Orient , c'est une vaste enceinte de murailles qui règne sur un contour de près de deux lieues , et environne la nouvelle ville; car l'ancienne Bysance, occupée aujourd'hui par ce qu'on appelle le sérail , n'étoit pas comprise dans les murs. Produit successif de divers temps et de plus d'un empereur , cet ouvrage est également , quant a la construction , composé de fragmens et de matériaux divers. La pierre , le mar-

438 CON

bre, la brique qui s'y trouvent mêlés, annoncent que ce» mura, comme tous les ouvrages du Bas-Empire , furent faits aux dépens de la gloire des générations |>as*ées.

L' ne des portes dont ces murailles étoient percées nous est parvenue avec tout ce qui peut faire juger de la magni licence des empereurs grecs qui l'ont bâtie. Sa richesse , plus peut-être qu'aucune autre raison , lui a fait donner le nom de porte dorée. C'est ainsi que les Turcs l'appellent aujourd'hui. Elle est flanquée de deux grosses tours carrées , couronnées par une corniche dont les angles sont ornés d'un aigle , symbole de l'Empire. La porte se composoit de trois ouvertures; les deux collatérales, plus petites, sont aujourd'hui bouchées ; celle du milieu , qui est la porte principale, est formée d'un arc porté surdeux colonnes de marbre, et d'un ordre corinthien. Dcl'unetde l'autre coté de la |»rtc sont denx petits corps avances, ornés de deux ordres de colonnes. Entre celles du bas étoient des reliefs dont on voit encore les vestiges. L'ordresupérieurétoit composé de colonnes de marbre actuellement existantes, adossées au mur et ayant pour ctylobate des consoles isolées , srlon l'usage assez général des monument du Bas-Empire.

Dans un pan de mur qui donne sur la Propontide, ou mer de Marmara, est enclavé un reste assez curieux d'antiquité. La nature de ce fragment indiqueroit une façade d'un petit bitiment dont le restant seroit de l'autre côté du mur; mais comme ce mur n'est pas loin de l'enceinte du sérail , les recherches qu'il faudrait faire pour s'en assurer deviennent imjiossibles; ce qu'on en voit consiste en une façade ornée de quatre gros pilastres portés sur des piédestaux qui ont pour support des consoles. Les entrepilastres sont remplis par des chambranles de croisées simulées. Ce qui semble offrir l'apparence des vitreaux se compose de compartimens dont les circonvolutions sont semblables à celles sous lesquelles les anciens, dans plus d'un bas-relief ou sur les pierres gravées, ont représenté les circuits du labyrinthe. D'un côté et de l'autre de cette façade , également sur de» consoles , sont assis deux lions, dans la même position que ceux d'Athènes qu'on voit aujourd'hui à l'arsenal de Venise.

Ce qui devoit le mieux rappeler à Constantinopte l'image de la magnificence romaine , c'étoit sans doute l'hippodrome, construita l'image de ce qu'ily avoit de plus somptueux à Rome. On peut se former encore aujourd'hui une idée de sa grandeur , par la place qu'occupent quelques-uns de ses vestiges ; il y avoit , ■lit Pockocke , un grand nombre de colonnes et d'obélisques ; il n'en reste que trois t savoir, l'obélisque de granit rouge, la colonne de bronze , dite aux trois serpens , qui en est éloignée de 3o pas , et l'obélisque de pierre de taille , qui est à .jo pas de celle-ci.

La colonne aux serpens passe pour être extrêmement ancienne ; l'on prétend qu'elle servit à soutenir le fameux trépied d'or que les Grecs , après la ba-

CON

I taille de Platée , firent faire d'une partie des trésor* qu'ils trouvèrent dans le camp de Mardonius. D'autres pensent que ce monument n'est tout simplement qu'une colonne torse , à laquelle on aura pu par analogie rapporter des tètes de serpens ; elle a environ l5 pieds de haut , et se forme d'un entrelacement de serpens tournés en spirale. Leur contour diminue insensiblement depuis la base jusque vers les cols de serpens , et le tirs tètes , écartées sur les cotés en manière de trépied , composent une espèce de chapiteau. On dit que le sultan Moura cassa la tête à un de ces serpens ; la colonne fut renversée , et les têtes de* deux autres furent cassées en 1 700 , après la paix de Carlowizi.

L'obélisque de pierre de taille qui ornoit la spina du cirque ou de l'hippodrome , n'est remarquable que par la pauvreté de la matière dont il est construit ; mais cela même , et les vestiges très-sensible* dout la pierre est empreinte, annoncent qu'elle fut jadis revêtue d'une matière plus précieuse , et cette matière aura sans doute été de granit taillé en grandes dalles qui couvraient les quatre faces ; on le présume du moins par celui auquel il servoit de pendant , et qui est un ouvrage égyptien.

Cet obélisque , de granit ronge ou pierre thé— baïque , a , selon Pockocke, 5o pieds de hauteur ; il paroît qu'il fut plus élevé : tous le* voyageurs s'accordeut sur ce poiut. Les figures du bas, encore endommagées, font présumer que la partie inférieure des hiéroglyphes avoit été totalement usée ; et comme ces sortes de caractères n'avoient plus pour les yeux d'autre valeur que celle de leur forme et de leur travail , on sacrifia sans peine la portion de l'obélisque que le temps avoit corrodée. C'est ce que l'on prouve et par des caractères qui sont coupés, et par la forme raccourcie que cette réduction a fait prendre à IVuguillc. Du reste on «'accorde, d'après la beauté dn travail des hiéroglyphes , a ranger ce monument parmi les plus remarquable* ouvrage* de l'Egrpte. Théodose, qui l'avoit élevé dans le cirque de Conjtantinople , l'avoit surmonté d'une pomme de pin en bronze , qu'on dit avoir été abattue par un tremblement de terre ; il l'avoit orné anssi , ou peut-être , pour mieux dire, défiguré par des plaques de bronze, comme on le voit aux trous faits pour recevoir les crampon* qui le* attachoient. Cet empereur paroît avoir attaché un grand prix pour sa gloire à l'érection de l'obélisque en question. Le piédestal de marbre blanc sur lequel il est placé offre, pour sujet d'un de* bas-reliefs de sa plinthe , l'opération et le jeu des machine* qui servirent à transporter et à dresser cette énorme masse. D'autres bas-relief» représentent , sur une autre face de la plinthe , la vue du cirque et de la .ipina , ornée de tous ses roonumens ; on y distingue la meta. On y voit l'empereur environné des gardes du prétoire, dans une espèce de ] loge qui étoit la loge impériale, assistant aux jeux da

II cirque. Les différentes espèces de balustrades qui

CON

spectateurs, sont remarquables 0 dessins; on remarque celle de >. L'ol

servent d'enceinte aux i par la variété de leur» <

l'empereur, fermée par de petits termes. L'obélisque est |msé sur dfts dés de granit ; le milieu a , pour plus de solidité, un support formé d'un massif en marbre, et ce socle est posé sur la plinthe, où sont sculptes les bas-reliefs qu'on vient de décrire.

La colonne briîlée , qu'on appelle ainsi on parce que le feu du ciel l'a endommagée, ou parce qu'elle s'est trouvée enveloppée dans quelque incendie , est on des monumens les plus curieux de Conitanttnople. Dans son état d'intégrité elle pouvoit passer pour une des plus belles colonnes du monde; sa singularité et sa matière forment aujourd'hui son plus grand prix. On prétend que Constantin la fit apporter de Rome , et qu'il plaça dessus la belle ligure d'Apollon à laquelle on avoit donné le nom de cet empereur. Elle est aujourd'hui si noire et si enfumée , qu'on a peine a discerner qu'elle est de porphyre, bon piédestal est engagé dans les maisons qui l'entourent ; on a beaucoup de peine à le voir. Ce- |>etidant Puckocke assure qu'il est de marbre fort endommagé, qu'il a environ ao pieds de hauteur, et -. , selon toute apparence , il y avoit des marches

Elle est construite en assises ou tronçons de porphyre , dont les joints se trouvent cachés par la rencontre des couronnes de laurier qui forment autour du fût autant de cercles que l'on compte d'assises; la dernière de ces couronnes, ou la première à partir du haut, sert d'astragale au chapiteau Elles sont exécutées comme des tores de feuillage , et avec la simplicité que la dureté du porphyre produit dans d'ouvrages; des formes circulaires, qui être des patères, sont répandues de didistance sur la longueur de la couronne. Rien de plus équivoque et de moins intelligible que la description que Pockocke nous donne du chapiteau de cette colonne. Toutes les proportions qu'on peut lui soupçonner d'après sa relation indiquent une ordonnance corinthienne on composée. Cependant il dit qu'on la croit dorique ; la douzième pierre, dit-il , a la forme d'un chapiteau toscan , et a pieds d'épaisseur.

Dans l'état où elle se trouve aujourd'hui , enveloppée de cercles de fer et menacée d'nne i prochaine, elle offrirait encore les inoven* les plus faciles d'être rappelée à sa première beauté. Si jamais le goût des arts pouvoit revivre à Constantinople, cette colonne deviendrait un dos premiers objets de leurs soins et un des plus rares monumens de l'Europe. Elle pent toujours servir a prouver comment , avec plusieurs assises , on peut donner à une colonne isolée un intérêt et une beauté que ce genre de monumens semble n'attendre ordinairement que de la grandeur et de l'intégrité d'un seul bloc.

Il y avoit à Constanlinople deux colonnes triomphales dans le genre de celles de Trajan et d'Antouin

CON 43c,

à Rome. Celle de Constantin n'existe plus; mais il reste encore le piédestal et la première assise du fût de celle qui fut érigée à Arcadius par Tliéodose. Il en subsistoit une grande partie au commencement du dernier siècle; et ces précieux bas-reliefs, dessinés par Gentil Belliu, forment une suite de vingttrois planches dont la collection se vend à \ enise. Ce que ces bas -reliefs offrent de remarquable, est moins le goût de la sculpture , qui ne saurait entrer en parallèle avec les monumens de Rome , que la diversité des édiGces qui ornent le fond des basrehefs , que la nature de certaius habiUemens et costumes, et diverses particularités qu'on ne retrouve sur aucun autre ouvrage de l'autiquité.

L'extraordinaire richesse du piédestal et la foiblessc de sa sculpture présentent une nouvelle preuve de ce que l'ou a tant de fois avancé , que les arts font riche alors qu'ils ne ]>cuvcnt plus faire beau. Il n'existe pas sur toute cette masse de piédestal une seule partie qui ne soit surchargée d'ornemens , et l'on y en remarque même qui sont placés sur d'autres ; je parle de celte petite clause d'eufans qui se tiennent par des draperies, et surmontent la guirlande même dont le congé est orné. L'espace que la guirlande , en se relevant sur les angles , laisse vide , est rempli par des ligures de fleuves; la plinthe est ehaigéc de rinceaux , le tore de feuillages , le filet d'un eutrelas. Les (aces du piédestal sont occupées par trois rangées de has-rdiefs dont on compare le style, la proportion et l'exécution, a la sculpture de l'arc de Septime Sévère, à Rome. An-dessous du premier rang de ligures , est un ornement bizarre

arcades.

La première, ou, si l'on veut, la dernière assise du fût de la colonne, a conservé des restes de basreliefs qui indiquent des marches militaires; c'est le même système de composition , la même disposition de sculpture historique qne l'on observe aux colonnes de Rome. Un escalier en spirale conduisoit par l'intérieur au sommet du monument. L'entrée existe encore dans le piédestal, qui a 18 pieds carrés; le diamètre de la colonne étoit de 8.

Un des plus beaux édifices auxquels on a donné le nom de basilique , est celui qui depuis a pris le nom de mosquée , et que l'on connoit sous celui d'église de Sainte-Sophie. Il est parvenu jusqu'à nous dans son intégrité. La situation de ce monument est avantageuse. Il se trouve dans un des plus beaux endroits de Constantinople , sur le haut de l'ancienne ville de Rvsance et de la colline qui aboutit à la mer par la pointe du sérail. Il parait lourd extérieurement, dit Pockocke, et montre au dehors peu de magnificence. Son plan est carré, et le dôme, qui en est l'objet le plus important , pose sur quatre contre-forts effrovables par leur masse. Ce sont des espèces de tours massives qu'on a été obligé de faire après conp ponr soutenir la construction et la mettre

CON

qu

i amvent fré—

.1 l'abri des Ire mbloniens de terre qucmment dan* ce pays.

Le frontispice n'a rien de bien remarquable, ni qui réponde* l'idée qu'on se fait de ce monument; on entre dans un portique qui a environ (i toise* de large . et qui a servi de vestibule du temps des i reurs grecs. Ce portiqne communique à la i par neuf portes de marbre, dont les bat Uns ou venteaux de hrotue sont ruriebis de lus-reliefs d'une grande magnificence; celle du milieu a conservé quelque* restes de mosaïque, et même quelques souvenirs de peinture. Ce vestibule est contigu à un autre qui lui est parallèle ; niais ce dernier n'a que cinq portes de bronze sans bas-reliefs. Leurs hattans avoient pour emblèmes îles croix auxquelles le» Turcs ont enlevé ce qui les faisoit reconnoitre pour le signe du christianisme. On n'entre point dans ces | pnr leur front, ma sur les cotés ; et c«< «informer a certaines pratiques de l'église grecque. Les Turcs ont bâti un grand cloître parallèle à ces vestibule* , pour y loger les officiers de la mosquée.

Ce qui forme presque tout l'intérieur est cette coupole dont la structure, extraordinairement hardie pour >e temps, a véritablement quelque chose d'admi rallie en soi : elle s'élève au-dessus d'une colonnade qui forme une galerie de 5 toises de large. A la naissance et sur la corniche du dôme règne une autre petite galerie , ou plutôt une lalustradc qui n'a de largeur qu'autant qu'il en faut pour laisser passer une personne : on eu a encore pratiqué une autre audessus de celle-ci ; ces balustrades font un effet i veilleux dans le temps du ramemn ; car alors «oui toutes garnies de lampes.

A peine les colonnes du dôme ont-elles un renflement sensible ; les chapiteaux, sont d'uu goût capricieux ; le dôme a 18 toises de diamètre dans ceuvre , et porte sur quatre gros piliers d'environ 8 toises d'épaisseur ; la voûte forme une demi-sphère parfaite ; elle est éclairée par vingt-quatre fenêtres, disposer* et percées dans sa circonférence.

De la partie orientale du dôme on passe dans une autre partie de l'édifice, qni est V/iéminrlc qu'on remarque dans toutes les basiliques; cette partie, comme on l'a dit ailleurs , étoil devenue le sanctuaire des rhrétiens; c'étoit là aussi que se trouvoit placé l'autel de Sainte - Sophie. On n'y voit maintenant que U grande niche ou l'on met l'Àlcoran; la chaise ■lu muphti n'est ]ias loin de là.

Cette fameuse basilique , bâtie en croix grecque , c'est-à-dire raccourcie et presque carrée, a dans reuvre &2 toises de long sur 38 de large. Ainsi , comme l'on voit, presque tout l'espace est occupé par la coupole. On v compte, à ce qu'on assure, cent sept colonnes de porphyre ou de granit d'Egypte. Le pavé du dôme est un composé de toutes sortes de marbres; celui de la galerie est de mosaïque formée de vitrifications. Tous les jours, dit Pockocke, il

cors

s'en détache de* parties, et ce sont des dez de verre dont la couleur est inaltérable.

L'histoire de ce grand édifice manque à l'histoire des arts. Sainte-Sophie actuelle n'est pas celle que Constantin avoit liàtie ; mais soit que cette basilique eût été trop petite, ou qu'elle eut été renversée par un tremblement de terre, Conslautin, son fils, fit construire sur le même terrain une église beaucoup plus étendue. Li plus grande partie en fut detruite sous l'empire d'Arcadius, dans la sédition excitée contre saint Jeati-Chryaostôme , patriarche de CoiiJitintut , L'on assure même que ce furent ceux de sou parti qui y mirent le feu : elle fut encore brûlée sous llonorius, et rétablie par le jeune Theodosc. Mais la cinquième année de l'empire de Justinien, l'i mendie qui dé*ola une grande partie de la ville n'épargna pas Sainte-Sophie. Ce fut la même anuée que Justinien commença le superbe édifice qui sulisistc encore aujourd'hui : cependant il pas parvenu sans altération. La trente- ; année du règne de cet empereur, un tremblement de terre renversa l'bémicy le , dont la chute écrasa l'autel. L'empereur avoit attaché à cet édifice l'intérêt de sa renommée. Dans l'enthousiasme qu'il lui inspira lorsqu'il le vit terminé, on dit qu'il s'écria : Je l'ai surpassé, Salomon. 11 employa à réparer cet accident jusqu'à la statue d'argent de Théodose, élevée par Arcadius, et qui pesoit ^4°° lèvres. Il fit servir à la couverture du dôme les canaux de plomb qui eonduisoient dans U ville l'eau des aqueducs Les plus habiles architectes du temps, Anthc-

mius de Tralès et Isidore de Milet , parvinrent enfin à l'achever : cependant sa construction avoit déjà éprouvé des dégradations sous l'empereur Basile le Macédonien , qui fit réparer eu plus d'un endroit l'hémicycle. Enfin , sous l'impératrice Anne et Jean Paleologue son fils, cette basilique nécessita de nouvelles réparations, qui exigèrent, et beaucoup de temps , et beaucoup de dépenses.

On lit dansCodin,^ ConstrnctionelrmpliSanctœ- Sophia, pag. -6, que pour bâtir ce temple on faisoit bouillir de l'orge dans de grandes chaudières , et que cette eau fut la seule dont on se servit pour mettre dans la chaux et dans le ciment. On avoit soin que l'eau d'orge ne fût ni trop chaude ni trop froide, mais tiède. On coupent des écorces d'orme pour les mêler avec la chaux. Il ajoute, pag. 87 , qu'on enduisit tout l'intérieur du temple de chaux, dans laquelle on avoit mis de l'huile au lieu d'eau , afin de lui donner plus de consistance et de solidité.

COISSTRLCTEI R , s. m. C'est pour ainsi dire un nouveau mot dans l'art de bâtir, emprunté de l'architecture navale. Depuis quelque temps on désigne par ce mot un artiste qui connoit bien la pratique de tous les arts qui peuvent concourir à la formation défoule sorte d'édifice.

L n bon conjlructeur doit être bien instruit de»

principe* de la mécanique , de calcul et de géométrie qui doivent servir de base aux différente* opération* de l'art de bâtir, telle* que la coupe des pierres, le trait de charpente , de menuiserie ; l'art de lever les plans, de faire de» nivellement , d'évaluer par le toisé la quantité de travail et de matière nécessaire à un ouvrage quelconque. Il faut de plus qu'il ait une connoissance particulière de la nature et des propriétés des matériaux dont il peut faire usage, ainsi que de la manière de le* mettre en œuvre, afin de pouvoir avec sûreté déterminer le* forme*, le* dimension* et le* disposition* des partie* q&i doivent former l'édifice; diriger le travail de* ouvriers dans tonte* leurs opérations, pour qu'il en résulte la solidité et l'économie qui doivent caractériser tous les ouvrages de construction. {Payez Co.NSTaiciioN.)

Toute* ces connoissanecs font qu'un bon constructeur est dans le cas de pouvoir rendre raison de tous les procédésdes ouvriers et le mettent en état de juger, 1° de la possibilité d'exécuter un ouvrage; ?" de» difficultés qui peuvent s'y rencontrer ; 3° d'indiquer ou d'imaginer les moyens de réaliser les projets dont l'exécution lui est confiée, lorsque les moyens ordinaires sont insuffisant ; 4° de rectifier les procédés vicieux fondé* sur une routine aveugle.

notre temps au mot constructeur est due a l'esprit d'analyse et de composition que le système d'études moderne a introduit dans tous le* arts, mais surtout dans l'architecture. On a déjà fait sentir, au mot aschitecte , quels abus et quelle foiblcsse cette division des deux parties d'un même art y avoit portée. Lesarchitectesanciens, s'ils revenoient,auroicnt peine à concooir comment il a été possible de faire dans un même ouvrage deux articles séparés de f qui , pour le bien de l'art, devraient être i On l'a fait cependant pour obéir aux lois de ÏV

lyse , plus encore que pour se conformer à l'usage ; c'est dans le même sens que le mot Cokstbcctiox va

CONSTRUCTION, s. f. Ce root sert à il la manière dont un ouvrage est fait : ainsi , en parlant d'un édifice , on dit que la construction en est belle, solide, savante, hardie, légère, économique, ou qu'elle a tous les vice* contraires. Il sert encore a indiquer 1rs matières qu'on a employées ou qu'on peut employer à leur exécution ; par exemple la con~ struction d'un édifice pe\it être en moellon*, en pierre de taille, en briques, en bois, etc.

La construction, considérée comme partie de l'architecture , est l'art de faire exécuter tout ce qui entre dans la composition d'un édifice. L'objet essentiel de cet art doit être de réunir la perfection , la solidité et l'économie. On obtient la perfection en confiant l'exécution d'un ouvrage a de bon* ouvriers; la solidité, en donnant a chaque partie les justes dimensions qu'elles doivent avoir relativement a leur

CON 44

position, au fardeau qu'elle* ont à soutenir ou aux efforts auxquels elle* ont à résister, et à la consistance des matériaux; l'économie, en employant les matériaux le* plu» convenables , de bonne qualité , i ■ans dégât ni i

OCELLES SONT LES CADSES QUI OXT *E.NI)U LA 0OK- *T*lCTIO.N DES ÉDIliCLS EXT*ÈHEMENT COlTllSt ET SOOE.NT PEU SOLIDE?

Depuis le renouvellement de l'architecture antique , la plupart tic ceux qui se sont adonnés à cet art ont négligé l'étude de la construction en faveur de la composition et de la décoration, qu'ils ont regardées comme lesobjels principaux de leur art, tandis qu'il est certain qu'un édifice peut remplir l'objet de sa destination quoiqu'il ne soit pas décoré , et qu'un autre dont la décoration serait fort belle ne le remplirait pas.

Cet abus, du moins on peut le soupçonner, vient de ce que les premiers qui renouvelèrent l'architecture antique furent de* peintre* , des sculpteurs ou des dessinateurs qui eurent particulièrement en vue la décoration , pree que cette partie étoit plus de leur ressort que la construction, qui exige des connoissanecs particulières. Cependant dans les beaux édifice* antique*, dont ils n'ont cherché à imiter que les ornemens, on voit que 1rs colonne*, les frontons et les autres parties principales de la décoratiou, étoient des choses essentielles à l'édifice; c'est ce qui don a leurs ouvrages un caractère de grandeur et de i venance qui excite encore l'admiration, quoique ce qui reste soit dépouillé de la plus grande partie de «es omemens.

La protection particulière que l'on a accordée jusqu à présent a ceux qui ne se sont occupés que de la composition et de la décoration, est cause que la plupart des architectes actuel* ont dédaigné la construction pour se livrer a la partie la plus brillante. De là tous ces projet* où l'on voit que le principal est sacrifié à de vains accessoire» , où l'on ne fait i

aucune attention a l'usage auquel un édifice est < tiné, ni à la dépense qu'il faudrait pour l'exécuter.

Les gens en place et les amateurs n'ont pas assez réfléchi sur la nature et l'objet de l'architecture ; cet art n'est pas, comme la poésie, la peinture, la sculpture , la musique , un art de pur agrément qui puisse souffrir tous les écarts de l'imagination ; c'est au contraire un art essentiellement utile, qui exige 1 coup de connoissanecs, de prudence et d'ha pour allier dans un même édifice la beauté , la commodité, la solidité et l'économie. C'est véritablement en quoi consiste la science de l'architecte, science qu'il est si difficile d'acquérir. Quoique notre nation se glorifie d'être une des plus instruites, peutêtre pourroit-on en dire , avec Platon , qu'elle aurait bien de la peine a citer un architecte accompli.

Les architecte* actuels étant généralement plus dé-

décorateur)) que constructeurs, il» connoissent à peine les procédé des art* qu'il faut mettre en nom pour exécuter leurs projet» , d'où il résulte que , lorsqu'ils se trouvent charges de l'exécution de quelque édifice important , étant indécis sur les moyens , ils changent et «rient sans cesse, ils font recommencer plusieurs fois des parties d'ouvrages sans pouvoir se satisfaire eux-mêmes , et après plusieurs tentatives aussi coûteuses qu'inutiles, ils finissent par se confier à des entrepreneurs, gens ordinairement avides et rusés, qui ne cessent de leur tendre des pièges pour les faire entrer dans leurs vues intéressées, en prodiguant inutilement la matière et les ouvrages superflus. Telle est la source de celte infinité d'abus qui ruinent les particuliers les plus riches, et épuisent l'Etat sans rien produire.

Page 1