V. Asphalte
BITUMER : Faire le trottoir.
(J. Choux.)
BITURE, BITTURE : Consommation copieuse. — Du vieux mot boiture : goinfrerie. — «N’aspirons-nous le grand air que pour l’ineffable joie d’engloutir impunément du piqueton jusqu’au-g-obichonnage majeur , jusqu’à prendre une biture ? » (Luchet.) — « Le cortège fait halte pour une biture générale. » (La Bédollière.) — « Je peux me flatter de m’être donné une biture soignée. » (L.
Desnoyers.)
BITURER (se) : Se donner une biture.
BLACKBOULAGE : Refus, échec dans une demande d’admission. V. Blackbouler. — « Le jockey-club devient de plus en plus sévère. Le blackboulage sé-
BLA
BLA
vit impitoyablement. » (Virmaitre, 1867.)
BLACKBOULER : Refuser. — « Pour rejeter on dépose une boule noire. En anglais, noir se dit black. Or, lorsqu’un candidat est repoussé, on dit qu’il a été blackboulé! Quel mot sauvage! » (G. Claudin.)
BLAGUE : Autrefois ce mot si répandu signifiait hâblerie. Aujourd’hui il a quatre sens : i° causerie , 20 faconde, 3° raillerie , 40 mensonge.
Son étymologie a donné matière à bien des conjectures. On ne peut admettre celle de M. Albert Monnier, qui, dans un article du Figaro, fait dériver blaguer du braguer de Rabelais; ni celles de MM. A. Luchet et Fr.
Michel, qui voient dans blague une acception figurée de la vessie employée par les fumeurs sous le même nom.
Il est à remarquer que le mot blaque (valaque) désigne, dans le Dictionnaire de Ménage, les hommes de mauvaise foi (comme Grec : escroc). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage , donne une étymologie gaélique beaucoup plus ancienne (Blagh :
souffler, se vanter.) Malheureusement, nous manquons jusqu’ici des exemples intermédiaires qui prouveraient la transmission d’une origine si reculée. Voici la sériedesexemplescertainsles plus anciens que nous ayons pu recueillir :
Le Dictionnaire de Dhautel (1808), admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours
dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayons trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part.
L’année suivante, Cadet Gassicourt confirme ainsi la définition de Dhautel, dans le récit de la campagne de 1809 ( Voyage en Autriche) : — « Les militaires ont, dit-il, inventé un mot pour exprimer un conte puérile ou ridicule, un mensonge, une gasconnade. Cela s’appelle blague, d’où l’on a fait dériver blaguer, blagueur, blagomane. »
Comme Cadet Gassicourt, Beyle (Stendhal) dit dans sa Rome en 1817 (Paris 1827) en parlant du temps de l’Empire, où il avait servi dans l’administration militaire : — « Cette vanterie égoïste et grossière que nous appelions blague parmi les officiers subalternes des régiments, y est absolument inconnue. »
Un peu après, nous trouvons blague avec le même sens en Belgique et en Champagne. — L’auteur d’un vocabulaire langrois de 1823, mentionne blague comme appartenant au langage local. Enfin, on trouve black (hâblerie), dans le dictionnaire wallon de Remacle. (Liège, 1828.)
De ces divers exemples, et en attendant mieux, on peut conclure avec certitude que blague était fort usité dans l’armée au commencement du siècle, avec le seul sens de hâblerie. Nous allons voir cette signification se modifier complètement avec l’extension de son usage.
Voici des exemples pour les divers sens de blague :
BLAGUE : Causerie ordinaire
B LA
B LA
— On dit : J'ai fait deux heures de blague avec un tel , pour j'ai causé avec un tel.
BLAGUE : Faconde, verve, habileté oratoire. — « Un homme d’esprit et de bonnes manières, M. le comte de Maussion, adonné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : « l’art ce de se présenter sous un jour fa- « vorable, de se faire valoir, et « d’exploiter pour cela les hom- « mes et les choses. » (Luchet.)
Un homme qui a de la blague est un homme doué d’unegrande facilité d’élocution.
Avoir la blague du métier :
faire valoir certaines choses en spécialiste consommé.
Il a une fameuse blague : il a une grande verve.
Il n’a que la blague : il parle bien, mais n’a pas une valeur réelle.
BLAGUE : Plaisanterie, raillerie. — cc Je te trouve du talent, là, sans blague! » (De Goncourt.)
— « Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin ! t’es malade.»
(Monselet.)
Une blague est aussi une œuvre littéraire sans valeur. On dit d’un journaliste médiocre : il ne fait que des blaguas.
BLAGUE : Mensonge. — « En leur faisant avaler toutes sortes de blagues. (L. Huart.)
BLAGUE A TABAC : Sein flétri. tColombey.)
BLAGUER : Caupsr. — « Nous venons blaguer, » dit Léon de Lora à Mme Nourrisson, dans les Comédiens sans le savoir , de Balzac. — a Et à propos de quoi
choisis-tu ce beau jour pour venir ainsi blaguer morale? » (E.
Sue.)
BLAGUER : Avoir de la verve.
— « Enfin elle blague aujourd’hui, elle qui ne connaissait rien de rien, pas même ce mot-là. »
(Balzac.)
BLAGUER : Railler. — « Si on te blague, fais semblant de rire. » (De Goncourt.) — « Ne blaguons plus ! » ( Cousine Bette ,
Un homme blagué : un homme raillé, berné.
BLAGUER : Mentir, faire des hâbleries. Pour les exemples, v. Blague.