‹ Dictionnaire historique d'argot (volume 2)Chapitre 45 sur 474 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

Presque en même temps, Victor Hago donnait cette définition imagée et bien juste de l'argot des classes dangereuses :

c L'argot n^est autre chose qu'un vestiaire où la langue ayant quelque mauTaise action à faire se déguise. Elle s*7 rerét de mot»masques et de métaphores-haillons...

c Qu'on j consente ou non, l'argot a sa sjntaxe et sa poésie. Cest une langue. Si à la difibrmité de certains vocables on reconnaît qu'elle a été mftchée par Mandrin, à la splendeur de certaines métonymies, on sent que Villon l'a parlée. >

Une dernière citation, datée de 1872, nous est fournie par le Paris de M. Du Camp, qui, à propos de la Préfecture de police, rive, en trois lignes, le cloa enfoncé par Roqaeplan en 1842 :

c Les voleurs ont un langage pittoresque, très-imagé... c'est l'argot... il est de mode aujourd'hui, tant nos mœurs ont subi de dépression, de se servir de ces termes sales et violents. »

Tout en signalant l'invasion, on ne cesse pas d^examiner les envahisseurs, et de reconnaître la nécessité de s'édifier sur ce qu'on entend.

L'auteur, qui avait constaté ce besoin le premier, était bien plus vieux que Vidocq. Dès lySo, Zacharie Chastelain écrivait dans la préface du Dictionnaire comique de Philibert Le Roux :

c II est bon de se faire des notions claires des choses quand on le peut... Il y a une longue liste de termes populaires qui n'est pas à dédaigner comme elle pourrait le paraître d'abord. Combien de personnes distinguées qui ne sont jamais sorties de la cour ou du grand monde, et qui se trouvant quelquefois obligées de descendre dans de certains détails avec les gens du peuple, ne comprennent rien à ce qu'ils leur disent ! »

Je ne sais si ce fut à cause de ravertissement qu'on vient de lire, mais ce Dictionnaire comique eut un grand succès. Toutefois, il faut avouer que Le Roux et ses imitateurs (il en eut beaucoup) 'ne se piquèrent jamais d'approfondir les choses. On donnait le mot, on donnait sa traduction et on passait bien vite à un autre sans Texpliqiier davantage.

11 y avait plus à faire, et l'Institut lui-même le reconnut en

Page 1