‹ Dictionnaire historique d'argotChapitre 40 sur 606 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

« La langue argotique jiemble aujourd'hui être arrivée apogée; elle n'est plu$ Mulement celle des tavernes et des ma lieux, elle est aussi ceîfa dès théâtres ; encore quelques pas et trée des salons lui sera permise. »

Ceci était écrit en iSSy. En 1842, la même remarque était faite par un homme d'esprit, plus en mesure que Vidocq de suivre les progrès de Targot dans les salons. Nous voulons parler de Nestor Roqueplan. Il constate ironiquement l'invasion prédite.

(c II s^opôre depuis quelque temps une révolution sensible de mœurs et de langage... Le langage surtout a subi d'heureuses altérations, des gallicismes raffinés et polis qui feront pester l'Académie et sourire agréablement les femmes élégantes. C'est tout profit pour les gens de goût. »

-Presque en même temps que Roqueplan, Balzac s'émeut. Mais il prend la chose plus au sérieux. L*argot a séduit son instinct analytique. Il l'admire presque quand il écrit ces

lignes :

« Disons-le, peut-être à l'étonnement de beaucoup de gens, il n'est pas de langue plus énergique, plus colorée que celle de ce monde... L'argot va toujours, d'ailleurs ! Il suit la civilisation, il s'enrichit d'expressions nouvelles à chaque nouvelle invention. »

Si les lecteurs doutaient encore de la marche ascendante que nous venons de suivre pas à pas, deux citations nouvelles achèveront de les éclairer. L'une est de 1862, et vient du Fi" garo. C'est M. A. Morel, l'un de ses rédacteurs, qui parle :

« En lisant la nomenclature des termes jadis propres aux conversations du brigandage et de la filouterie, on devine d'une part qu'un certain nombre de ces termes ne subsisteront pas longtemps, et, d'autre part, on aperçoit que beaucoup ont pris droit de cité dans l'usage public. Quel Parisien, même rangé, même prude, ignore absolument que Veau d*affe, c'est de l'eau-de-vie; la bouf" farde j une pipe; la dèche, les ennuis de la misère; que balle veut dire tcte, etc. ? Où n'entend-on pas ces mots-là.^ Les gros railleurs ont commencé par s'en servir, pour se donner un air de finesse et de liberté; mais bientôt ces. mots narquois seront comme les doublures naturelles des termes correspondants et peut-être prévaudront-iis, »

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