AVIS NÉCESSAIRE. VII
Combien de synonymes n'a-t-on pas trouvés pour gazer rimage répugnante évoquée par le verbe vomir. Le plus discret nous manquait jusqu'ici. Hâtons-nous de réparer cette lacune par une ligne des souvenirs anecdotiques, que M. Saint- François publie sous le titre : Vieux péchés, a Sur six convives, il y en eut quatre qui restituèrent, »> dit-il, en rappelant un dîner macabre, fait chez un conservateur de cimetière qui brûlait de vieilles croix pour rôtir le gigot.
Le Figaro du i6 octobre 1879 me fournit encore deux exemples précieux; l'un pour : tomber dans la limonade, être en déconfiture. (« Ils vous mangeront comme vous les avez mangés; vous serez dans la limonade )>) ; l'autre pour la formule dénégative Des plis! donnée dans ce supplément sur la foi de M. Lucien Rigaud. (« Aujourd'hui on nous dit : Faut les délivrer. Des plis alors ; vous ne comprenez pas ? des nèfles!!... »}
Ce qu'il n'importe pas moins de saisir au passage, c'est l'acception nouvelle de mots déjà connus. Exemples :
Dans l'origine, ^ir/er, c'était toujours ce que nous avons toujours appelé coqueter^ c'est à-dire s'aimer sans conclure ; (de l'anglais : flirtation^ coquetterie). Aujourd'hui flirteuse devient synonyme de lorette^ ce qui est tout l'opposé. On le voit par ce troisième exemple tiré du Figaro (20 octobre 1876): « De ces eaux-fortes, l'une est ravissante, elle représente trois flirteuses aux Folies- Bergère et un vieux monsieur. »
D'autre part, siffler au disque n'est plus attendre de Vargent^ c'est attendre n'importe quoi, même une bonne fortune, tt Rien à faire de cette femme-là !... J'ai sifflé au disque assez longtemps... Pas mèche! la voie est barrée, » dit un prince facétieux dans les Rois en exil d'Alphonse Daudet.
r »» « Ils reprennent le chœur en cadence et répètent avec les vieux carapatins. » (R. Maizeroy. La Vie Moderne ^ oct. 1879.)
Vingt'huit jour* : réserviste. — Allusion au temps exigé pour leur ser- -vice. « Lea vingt-huit jours croient déjà humer les émanations de la soupière. • [Idem.)
Gladiateurs : souliers. • Lève donc tes gladiateurs pour ne pas faire de poussière. * (Idem.) Allusion ironique au cheval de course Gladiateur.
VIIÏ AVIS NÉCESSAIRE.
Un peu plus loin, nous trouvons dans gaga un àonveau synonyme de gâteux. C'est un redoublement de première syllabe bon à retenir pour les arriérés, qui ne connaissent sous ce nom que les habitants de Saint-Étienne. (Voyez Gagat, page i86 du Dictionnaire.) Que deviendraient-ils en lisant ce passage : « Il vaut mieux qu'elle meure au combat que de finir dans un fauteuil de gaga. »
A la page 286 du même roman^ nous rencontrons pa^^ avec le sens que voici : a Les fâcheux et les créanciers, ce qu'en argot parisien on appelle les j7â(v^5, c'est-à-dire des personnes ou des choses qui gênent la circulation. i> Vers 1840, les débiteurs forcés d'éviter une rue, disaient : « On pave^ c'est-à-dire :Ily a des créanciers ici, il n'y faut point passer, » C'était une double allusion aux embarras de la circulation et aux prétextes allégués pour éviter toute fâcheuse rencontre.
On possédait déjà cinq sens néologiques pour clou (montde-piété, prison, baïonnette, mauvais ouvrier, outil de graveur). Le critique musical dcV Événement (3i octobre 1879) en donne un sixième dans ce compte rendu d'opérette : « C'est le clou de la partition, comme on dit aujourd'hui. C'en est le bijou, aurait-on écrit autrefois. »— Clou désigne ici une partie remarquable, digne de fixer Vattention. Fixer aura paru faible, car en France on roule toujours sur la pente des superlatifs, et on aura dit clouer^ ce qui est fixer forcément et pour longtemps.
Mais ce qui me tient le plus au cœur, c'est l'erreur a itconnaître et à réparer. Ainsi, je ne me pardonnerais point, si j'oubliais de dire que la lettre de forçats, citée dans notre dernière Introduction (page 11), a paru pour la première fois dans V Intérieur des Bagnes, par Sers (Paris, Dépée, 1845; in-8, p. 35); la date en est donc bien plus ancienne que le manuscrit de M. Rabasse ne me l'avait fait penser.
Autre remords de conscience. Manger sur l'orgue (dénoncer), que j'ai traduit mot à mot (p. 78) par manger sur luù doit être traduit manger sur l'homme^ puisque nous consta-