‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 104 sur 130 · Tome IL D d · texte numérisé non relu

Tome IL D d

4l8 MA^CNAlNriMITÉ.

«ouveraine avecle titre de roi. Pour conserver à jamaf la mémoire de cette action magnanime, le peuple Im érigea une statue, où il étoit représente avec unsimpk habit de citoyen , sans ceinture et sans armes.

8. En présence de tout le peuple , Pempereur* Trajan Aonna une épée au préfet de Rome , et lai dît : « Prends cette épée ; si je gouverne selon les loii <[i de la justice , tu t*en serviras pour moi : si je devienf « un tyran, tu t'en serviras contre moi. »

9. Des soldats mutinés refusoientdesnivre-^Zea^midre. « Allez, lâches , leur dit ce prince; allez , ingrats, « dire en votre pays que vous avez abandonné votre « roi , parmi des peuples qui lui obéiront mieux que « vous. » Alexandre , dit le grand Condé , grand admirateur de cette noble fierté ; Alexandre abandonné des siens parmi des Barbares mal assujettis, se sentoit si digne de commander , qu'il ne croyoit pas qu'os put refuser de lui obéir. Etre en Europe ou en Asie,

Sarmi les Grecs ou les Perses , tout lui étoit indifférent: pensoit trouver des sujets où il trouvoit des hommes. 1 o. Sur le point de livrer bataille au roi ArtaxerxeSj Cyrus le jeune, son frèpe , fut conseillé par CléarquCy capitaine grec, qui étoit venu pour seconder la révolte de ce prince ^ de ne point s'engager dans bif mêlée , et de mettre sa personne en sûreté derrière les bataillons grecs qu'il commandoit. « Que me dis^tu la ? lui ré- « pondit Cyrus. Quoi ! tu veux que , dans le temps, « même que je cherche à me faire roi, je me monire « indigne de l'être !» .

1 1 . Sylla avoit assemblé le sénat pour le contraindre ^ déclarer Marins ennemi de là république. Il trouva dans un vieux sénateur, nommé Scévola , une résistance à laquelle il ne s'attendoit pas. « Je ne crains « point , lui dit ce généreux vieillard , ces satellites « armés qui assiègent le sénat ; et pour coniserver un « reste de sanç que l'âge a glacé dans mes veines , je « ne déclarerai janiais ennemi de la république. Ma- <gi rius qui a conservé Rome et toute l'Italie. »

12. Après la mort de Cambyse , roi de Perse , Padsithe y chef des ma£jes , forma l'ambitieux dessein dQ

MACNANtMÎTL». 4^9

placer la couronne sur la tête de son frère Smerdis, Il le it passer pour un autre Smerdis , fils du grand Cyrus, qiie le successeur de cet immortel conquérant avoitfait; mourir. La ressemblance de Fimposteur avec le prince défiuit autorisa Pusurpalion ; et , pour cju'on ne pût découvrir Partifice, le fourbe affecta, dès le commencement de son règne , de ne se point montrer en public , de se tenir enfermé dans le fond de son palais , ^e traiter

Su tes les affaires par ^entremise de quelques eunuques, de nelaisser approcherde sa personne que sesplus intimes confidens. Tant de précautions jelèrent des soup- . çons dans les esprits : les grands de la cour et le peuple commencèrent à suspecter la légitimité du monarque; et bientôt il se forma , dans tous les ordres des citoyens y de cesfermentations cachées qui annoncent les grandes révolutions. Smerdis avoit épousé tontes les femmes de son prédécesseur. Au nombre de ces princesses , étoit ^tosse, fille de Cyrusy et Phédimey fille à'Otanès, un des plus grands seigpeurs de Perse. Otanes envoya demander à sa fille, par un homme bien sur, si le roi étoit le véritable Smerdis? Elle répondit qne n'ayant jamais ynSmerdis, fils deCyruSy elle ne pou voit lui apprendre ce qui en étoit. Otanes ne se contentant point de cette réponse, la fit prier de s*informer d'^tossey k qui son propre frère devoit être connu , si c^étoit lui ou non? Elle répondit que le roi, quel qu'il fut, du premier jour qu'il etoit monté sur le trône, avoit distribué ses femmes <îans des appartemens séparés , afin qu^alles xii};i)ussent avoir entre elles aucune communication, et qu'ainsi elle nepouvoit parler à-^^o^^e.IUuienvoyadire que, pour s'en éclaircir,lorsque5meréZw seroit avec elle, et qu^il dormiroit d'un profond sommeil , elle examinât adroitement s'il avoit des oreilles. Cyrusles avoitfait autrefois couper au'mage , pour quelques crimes dont il étoit convaincu. 11 fit entendre à sa fille, qu'en cas que ce fût lui , il n^étoit ni digne d'elle , ni de la couronne. Phédime promit tout^ son père ; et , résolue de braver lesp lus grands dangdWpour exécuter ses ordres, elle fit heureusementladécouvertedésirée,etrapprità0^a/iè^. Ce seigneur, sur-lerchamp, fc^rma nne conspiration »

4îlO MAGNANIMITE,

avec cinq autres des plus grands seigneurs persans, èili

'usurpateur n'opposèrent qu'une foible résistance ai I J courage détermmé de ces vengeurs de la patrie: ^ Smerdis fut assailli par Gobrias , qui l'ayant terrassai et le tenant sous lui étroitement presse , demanda da secours a l'un de ses compagnons , qui survint ; mais comme l'action se passoit pendant la nuit , celui-â craignoit de tuer d'un même coup Gobrias et le mag«< « Frappe hardiment , mou ami , lui crie ce magna* 4( nime seigneur ; frappe, dusses-tu nous percer tous % deux 5 je suis content de périr , pourvu qu'il meure.» Le tyran fiit tué , et son despotisme expira avec lui. i3. Fabius-Maxunus commandoit l'armiée contre jinnibal , en qualité de dictateur. Une affaire importante le rappelant à Rome , il fut obligé de laisser le commandement entre les mains de Minucius ^ son général de cavalerie, homme vain et imprudent. Fabius^ en partant , non-seulement lui 'ordonna , comme son supérieur, de ne pomt livrer de combat ; il prit encore la voie du conseil , comme son ami , et eut même recours aux prières. Mais il ne fut pas plutôt parti , que Minucius oublia ses ordres et ses remontrances , cl s'attacha à harceler l'ennemi. Un jour , entre autres, ayant appris qvi'jinnibal avoit envoyé au fourrage une grande partie de son armée, il attaqua ceux qui.étoient res^s dans le camp , en tua un grand nombre , et leur fit craindre à'tous qu'il ne les forçât dans leurs retranchemens. Après que toutes les troupes carthaginoises furent rentrées , il se retira en sûreté , sans avoir feit aucune perte. Ce succès lui inspira un orgueil sans bornes \ il en envoya la nouvelle à Rome , et prit soin de l'exîigérer on termes pompeux. •FûizW, en l'apprenant , dît qu'il ne craignoit rien tant que la bonne fortune de Minucius ; mais le peuple , plein de joie et d'espérance , coiu-ut à la place. Le tribun Métilius^ qui étoit parent de Minucius , s eti^it beaucoup sur se« louanges , et se plaignit de la timidité et de la lenteur de Fabius, Le dictateur, sans daigner répondre au tribuB>

^t qu'il alloît retourner promptement à Parmée , pour ii$hâtier la tëmërité de son lieutenant , qui , contre ses ordres , avoit attaque Pennemi. Le peuple , craignant [pour la vie deMinuciuSy n'osa cependant pas contrain- " j dre Fabius à déposer la dictature , quoiqu'il frit tombé 5 dans un grand mépris : il ordonna seulement que Mi^ I mucius partageroit avec lui le commandement de Tari mée, et auroit une puissance égale à celle du dictateur. ^ Fabius y pour ce qui le regardoit , fut insensible à eette injure , mais , par rapport au bien public , il étoit ' très-fàchëde cette imprudence du peuple , qui venoit de donner à un téméraire le moyen de satisfaire sa folle ambition. Craignant donc , qu'aveuglé par son orgueil, il ne se hâtât de faire quelque faute irréparable , il partit de Rome en diligence. Etant arrivé au camp yMinucius hii proposa de c^ftiimander l'armée chacun à son tour. Fabius n'y vouluTjamais consentir : il aima mieux partager avec lui les troupes , trouvant qu'il y avoit moins de dangeic à lui en laisser commander toujours la moitié , que de le souffrir un seul jour à la tête de toute Farmée. U se contenta de lui remontrer avtc douceur que , s'il étoit sage , il verroit bien que ce n'ctoit pas eontre Fabius qu'il avoit à combattre , mais contre jinnibaL -Mzwi^ciwj prit ce conseil pour une raillerie de vieillard 5 et , se mettant à la tête des troupes qui ëtoient à ses ordres, il alla camper dans un lieu séparé» Le général carthaginois étoit très-bien informé de^ ce qui se passoit entre les deux capitaines romains , et il épiôitsans cesse l'occasion d'en tirer avantage. Entre Farmée àeMinucius et celle à'Annibaly il y avoit une petite colline , dont il n'étoit pas bien difficile de se rendre maître , et qui pouvoit fournir à un€ armée ua eamp très-commode et très-sûr. La pleine d'alentour, à la voir de loin , paroissoit toute unie , parce qu'elle ëtoit nue et totalement découverte ; mais elle avoit, e» divers endroits, des ravines , des cavernes , et d'autre* creux assez profonds. Voilà pourquoi Annibal ne vou-* lut pas se saisir de cette hauteur à la dérobée , comme il le pouvoit facilement 5 illa hégli gea comme une amorce pour attirer l'ennemi au combat» Dès qu'il eût vu que

Dd *

422 M A GN A Tf r M

Minucius &'è\oit séparé du dictateur, il jeta là Quitjèl l'infanterie et quelque cavalerie dans ces creux etdatf' ces ravines ; et le lendemain, au lever du soleil , ilen-' voya , à la vue de l'armée ennemie , un petit détachement s'emparer de reposte> afin d'engager les Romains à le disputer. Cette ruse eut le succès qu'il s'enéloil promis. Minvcivs détacha d'abord son infanterielégère; il la fit soutenir ensuite par la cavalerie : enfin, voyant qii'yJnnibal même marchoit au secours de ceux 5m étoient sur le coteau, il s'avança contre lui avec toutes ses forces. Le combat fiit très-opiniâtre , jusqu'à ce qii'yinnibdl donna le signal aux troupes qu'il avoit mises en embuscade dans les ravines de la plaine; elles se levèrent Tbrusquement, et vinrent charger les Romains par derrière avec tant de furie , qu'cjles taillèrent en pièces les derniers rangs , et mirepgAes autres en àésordre]Fabius ayant prévu ce qui dewit arriver, tenoit toujours ses légions sous les armes , et regardoit luimême le combat de dessus une hauteur qui ëtoitprès de son camp. Quand il vit les Romains rompus et enveloppés de tous côtés , il frappa sur sa cuisse ; et poussant un grand soupir : « Minucius , s'écria-t-il, s'est perdu « plutôt que je ne pensois, et plus tard qu'il ne vouloit « Allons , soldats , courons à son secoiu*s : si sa trop « grande ardeur lui a fait commettre ime faute, nous Ten « reprendrons une autre fois.» 11 dit: les enseignes s'avancent : il se met à leur tête ; toute l'armée s'empresse de le suivre ; il charge les INumides qui combattoient dans la plaine; il les enfonce, il les dissipe ; il fond ensuite sur ceux qui poursuivoient les Romains , et les taille en pièces. Annibal^ voyant la fortune changée, et JFabiusqm , l'épée à la main, avec une vigueur au-dessus de son âge, sefaisoitjourautraversdescombattans, perçoit jusqu'au sommet de la colline où s'étoit retranché Minucius y fit sonner la retraite , et s'éloigna , en disant à ceux qui se trouvoient près de lui : « Èh bien! « ne vous avois-je pas prédit que ce nuage , qui s'étoit « reposé sur cette hauteur , se romproit tout-à-coup , « et produiroit un grand orage ? » Fabius ayant ramassé les dépouilles des ennemis , qui étoient restées sur le cliamp de bataille , rentra dans son camp , sans laisse

^happer une seule parole injurieuse contre son collé- ^;ue. Cet imprudent capitaine , instruit par son propre malheur^vint aussitôt déposer à ses pieds rautorité que le peuple lui avoit donnée, et répara son aveugle ambition

1>ar une obéissance sans bornes. L^héroïsme de la vertu a plus pure brille dans cett'e action de Fabius y plus adrni-^» rable que tous les exploits à' Alexandre ou de César.

14. Après un repas que Cyrus venoit de donner au roi d^Arménie , qu'il avoit vaincu et fait prisonnier , ce prince demanda a Tigrane son ami , fils du monarque eaptif, ce qu'étoit devenu un gouverneur qu^il avoit vu plusieurs fois avec lui à la chasse , et dont il faisoit un cas particulier «^ « Hélas ! dit-il , il n^est plus , et je 4C n^ose vous avouer par quel accident je l'ai perdu. > CyriLs\e pressant de le lui apprendre : «Mon père, reprit ^ Tig^ancy voyant que j'aimois tendrement ce gouver- 4( neur, et que je lui étois fort attaché, en conçut quelle que jalousie, et le fit mourir. Mais c'étoit un si hon- « né te homme, qu'étant près d'expirer, il me fît venir, 4( et me dit ces propres paroles : Que ma mort, Tigrane j 4i ne VOUS indispose point contre le roi votre père. Il n^a € point agi à mon égard par méchanceté, mais sur une 4t fausse prévention qui Ta malheureusement aveuglé» « — Ah ! l'excellent personnage, s^écria Cyrus ;^ïXiaL\s « n'oubliez jamais le dernier avis qu'il vous a donné!»

1 5. Lorsque Caton l'ancien demandoitla censure, il en agit, à l'égard de ses compétiteurs, avec cette noblesse, cette magnanimité qae donne la vertu; il monta sur la tribune, et dit hautement : « Romains, vos mœurs ont "^ besoind'un médecin sévère, etnon d'un lâche flatteur.

« Il en est parmi vous à qui la conscience fait de secrets « reproches : ils redoutent de m'ayoir pour censeur 5 et, « pour être plus libres dansleurs désordres, ilsse prépa-^ .« rent à donner leurs suffrages à mes compétiteurs ; 4C mais, s'il vous reste quelque amour pour la vertu, si « vousbaïssezsincèrementlevice,sivousdésirezvoirre-- « naître les temps heureux de nos ancêtres, choisissez « Valérius-Flaccus et moi , pour censeurs. » Ce discours toucha le peuple ; Caton futélu ; et ^ pendant sa magistrature , il se comporta avec tant d'intégrité , qu€t

les Romains lui érifjèrent iine statue dans la place publique 5 avec celle. inscription : « Caton le censeur « s'eslrendu digne decemonument^pouravoirréfornié « lesmœurs corrompues des Romains, et ramène dans la « rëpnblicpielesverlusetFaustcritédespremîersâges.». iG. Un cavalier dur<?giment de Saint- Aignan venoit de recevoir un coup de sabre dans la nuque, dans les

{)laines de Sladeck , en 1 735. 11 aperçut en même temps e commandant du détachement, quiétoit démonté,* et exposé à être pris. 11 met pied à terre , et force cet officier de prendre son cheval : des hussards arrivent; le soldat se défend de son mousqueton et de son sabre , jusqu'à ce que le commandant soit sauvé : « Il vaut « mieux , dit-il , qu'un cavalier périsse ou soit fait « prisonnier, que celui qui peut rétablir le combat, jr Il fut , en effet , prisonnier lui-même.

17. Un chevalier anglais proposa le duel à Castelnuh rnnty chevalier français. L^Anglais parut dans la lice, armé de tontes pièces , à la réserve des cuisses et des jambes qu'il avoit découvertes , sous prétexte d^une incommodité au genou. 11 invita le Français à Timiter , lui jurant qu'il ne frapperoit point sur ces endroits. Castel^ morant le crut ; mais au troisième coup , il eut la cuisse percée. Le comte deBuckingliamiit conduire l'Anglais en prison , et proposa au Français de le lui remettre , alin d'en tirer une forte rançon : «Je n'ai point combattu, « répondit Castelmoranty pour gagner de l'argent, mais « pour acquérir de l'honneur. Tout ce que je demande, « C'est la liberté du prisonnier. » A cette magnanime réponse , le prince , pénétré d'admiration , envoya au généreux chevalier une coupe d'or et une somme considérable ; CcLstelmorant n'accepta que la coupe. 1 B.Franço w Jrcmpor toit surCharles- Quint du côté de l'intrépidité ; maisC/ear/e^-Çi^zw^étoitplus heureux que lui. François ne fdîi&oïl pas de difficulté de l'avouer luimême. Un parti français s'étant déguisé sous des habits de paysans , pour passer plus aisément en Piémont, au commencement de la guerre de i535, fiit découvert et enlevé par les troupes de l'empereur; et, sous prétexte que ce partin'avoit point été pris en habit militaire^ ceux

M A C iî^ A N T M I -r E» 4^5

qui le composoient, au lieu d^être traités en prisonniers de guerre/arent condamnés à servir sur les galères d^Es- )agne. C^étoit donner au roi un exemple dangereux*, et a loi du talion pouvoit paroître raisonnaole h. un prince moins généreux que lui. Trois cents Allemands furent surpris presque en même temps aux îles d^Hières, où la tempête avoit jeté leur vaisseau. Ils avoient fait voile de . Gênes^pour rejoindre TarméedeCatalogne^que Pempereur assembloitpourlesecours dePerpignan,assiégépar le dauphin. Ces soldats furent traités en prisonniers de guerre; et le roi, à qui Pon remontroit qu'il ne tenoit qu^à lui de s^en venger, répondit : « Je n^ai garde de le <f faire ; je perdrois une occasion de vaincre en vertu « Charles , à qui je suis obligé de céder en fortune. »

19. Les âmes les plus stériles par Tignorance sont quelquefois capables de nobles sentimens. Les galériens sont enchaînés deux à deux. Un de ces misérables , fort et vigoureux , reçut un coup de canne d^un officier , pour quelque faute considérable qu'il

^avoit commise. « Ahf s'écria le galérien furieux , je « ne survivrai pas à cet affront sanglant, puisque je ne « puis m^en vengpr. » Aussitôt il s'élance dans la mer, entraine son camarade , et se noyé avec lui dans les flots.

20. Des huit généraux athéniens qui avoient gagné la bataille d'Arginuses surlesLacédémoniens, six furent arrêtés sur des accusations inj ustes,et condamnés àmort. Comme on les conduisoit au supplice ,Pun deux appelé Diomédon , personnage d'une grande réputation pour son courage et sa probité , demanda qu'on lui permît de parler. Quand on eut fait silence : « Athéniens, dit-il, je « souhaite que lejugementque vous venezdeprononcer « contre nous , ne tourne point à la perte de la réf publique. Mais j'ai une grâce à vous demander pour « mes collègues et pour moi, c'est de nous acquitter en- « vers les dieux des vœux que nous leur avons faits pour « vous et pour nous , et que nous sommes hors d'état

■ c d'accomplir ; car c'est à leur protection invoquée f avant le combat , que nous reconnoissons être redef vables de la victoire remportée sur les ennemis, /j Un'y eut point de bon citoyen qui ne fût attendri jusqu'aux

il^6 MÀCNANIMITi.

larmes par un discours si plein de douceur et de re ligion y et qui n'admirât avec surprise la modëratioii magnanime de ces infortunées victimes de la calomnie^

21 . Le^ Spartiates^ commandés par Alcibiadcy ayant vaincu les Athéniens^ ce général fut miaudit par tous les j)rêtres et toutes les prêtresses d'Athènes , à Tex-

r ception de la seule Théano , qui y méprisant les menaces de ses collègues , refusa constamment de le Élire , en disant qu'elle étoit obligée par état de prier les dieux pour tout le monde ^ et non pas de donner des malédictions à qui que ce fut.

22. Un officier du régiûient de Champagne demandoit , pour un coup de main , douze hommes de bomie volonté. Tout le corps reste immobile, et personne ne répond. Trois fois la même demande , et trois fois le même silence. « Eh quoi ! ditl'officier , l'on ne m'entend « point ? — L'on vous entend , s'écrie une voix 5 mais « qu'appelez-vous douze hommes de bonne volonté ? « rf ous le sommes tous , vous n'avez qu'à choisir. »

23. Le mdiréchdXdeljiixembourgy n'étantencoreque comte de Boutteville y servoit dans l'armée de Flandres en 1675, sous le commandement du prince de Condé. Il aperçut , dans une marche , quelques soldats qui s'étoient écartés du gros de l'armée. 11 envoya un de ses aides-de-camp pour les ramener au drapeau. Tous obéirent, excepté un seul , qui continua son chemin. Le comte , vivement offensé d'une telle désobéissance, court à lui la canne à la main , et menace de l'en frapper. Le soldat lui répond avec sang froid , que , s'il exécutoit sa menace , il sauroit bien l'en faire repentir. Outré de la réponse , Boutteville lui décharge

Quelques coups , et le force de rejoindre son corps. )uinze jours après , l'armée assiéga Fiunes. Boutteville chargea le colonel de tranchée de lui trouver dans le régiment im homme ferme et intrépide , pour un coup de main dont il avoit besoin , avec cent pistoles 'de récompense. Le soldat en question , qui passoit pour le plus brave du régiment, se présente , et menant avec lui trente de ses camarades , dont on lui avoit laissé le choix, il s'acquitte de sa commission, quiétoii

MACNiFicENci:: 427

des plus hasardeuses^ avec un courage «t un tonheur incroyables. A son retour , Boutteville , après Pavoir Beaucoup loué , lui fit compter les cent pistoles quil lui avoit promises. Le soldat, sur-le-champ, les distribua à ses camarades, disant qu^il ne servoit point pour de Pargent , tX, demanda seulement qn e , si l'action qii^il Venoit de faire mëritoit quelque récompense , on le fît officier. Adressant ensuite la parole au comte , il lui déni anda s^il le reconnoissoit ? Sur la réponse ^e Boutteville y qui ne se rappeloit pas de l'avoir jamais vu : « Eh « bien ! lui dit-il, je suis le soldat que vous maltraitâtes « si fort il y a quinze jours : je vous avois bien dit que « îe vous en ferois repentir. » Le comte deBouttevilley

Elèin d'admiration , et attendri jusqu'aux larmes, l'emrassa , lui fit des excuses , et le nomma officier le même jour. 11 se l'attacha bientôt après en qualité d'un de ses aides-de-camp. Le prince de Condé , grand estimateur des belles actions , prenoit un plaisir singulier à raconter ce trait de bravoure et de magnanimité. f^oyez GÉNÉROSITÉ , Grandeur d'Ame , Héroïsme.

Page 1