‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 39 sur 130 · ÉQUITÉ · texte numérisé non relu

ÉQUITÉ

usTAVE , roi de Danemarck , avoit un favori , qui lui demanda une place pour un homme incapable de la remplir. Ce monarque se fit informer du présent que Pon vouloit faire au courtisan. 11 le fit venir, etlui dit, en lui montrant une somme égale à celle qu'onliii oifroit : « Prends cet argent qui ne peut me rendre « pauvre ; mais ne me demandes pas une grâce qui « me rendroit injuste. »

2. Quelqu^un faisoit une demande inj uste 5 HenrilV. « Je suis bien fâché de vous refuser , lui répondit ce « grand prince ; mais je n'ai que deux yeux et deux « pieds : en quoi serois-je différent du reste de mes su- « jets,si îeperdoislebeauprivilégederendrelajustice?*

Un coustisan le pressoit de pardonner à son neveu', qui venoit de tuer un homme dans une querelle : « Il « vous sied bien de faire Toncle , lui dit-il ; à moi , de « faire le roi : j'excuse" votre demande , excusez mes a refus. »

Un de ses valets-de-pied ayant non-seulement insulté , mais même frappé un paysan dans un retour de chasse , au faubourg Saint-Germain , le paysan cria au secours , et implora la justice du roi. Le bruit en vînt aux oreilles du monarque , qui fît approcher le villageois , et s'informa des mauvais traitemens qu'il avoit reçus. Le valet-de-pied fut mis en prison, et condamné aux galères le jour même.

3. Une femme avoit un procès contre un domestique de Julien V Apostat, Cet officier avoit été cassé , et c'étoit peut-être ce qui donnoit à cette femme la hardiesse de l'attaquer. En entrant à l'audience , elle est surprise de le revoir avec la ceinture militaire; et désespérant d'obtenir justice contre un homme qui avoit

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PDti eu le crédit de rentrer dans le palais * elle commence

iTEi a déplorer son malheur. Julien l'entend et la rassure :

I « Faites valoir vos prétentions , lui dit-il , et ne crai-

9 « gnez rien ; il a cette ceinture pour marcher plus

***/ « vite dans les mauvais chemins 5 mais il n^a pas le

I « crédit de vous faire perdre votre procès. »

t 4' Le connétable de Montmorency ayant été disgra-

[ cie' , fut abandonné de tous ses amis. L^anîiral Chabot

fut le seul qui lui resta fidèle. François Ten fut informé.

H fit venir Chabot ; il lui dit qu^il étoit instruit de ses 1 liaisons avec le connétable , et qu^il lui défendoit de f les continuer. Chabot répondit avec une générosité héroïque , qu^il savoit ce qu^il devoit à son roi , mais qu'il n'îgnoroit pas non plus ce qu'il devoit à son ami 5 que le connétable étant un bon sujet , qui avoit toujours bien servi Tétat, il ne Tabandonneroit jamais. Le roi le menaça de lui faire son procès : « Vous le pouvez, Sire; « je ne demande là -dessus ni délai, ni grâce ; ma con- « duite a toujours été telle que je ne crains rien ni pour « ma vie, ni pour mon honneur. » Cette réponse piqua le monarque : il fit an ê ter Chabot , que Ton conduisit an château deMelun,et le chancelier Pojef fut chargé de chercher des commissaires dans divers parlemens pour lui faire son procès. Après bien des détours, oa trouva enfin des crimes imaginaires à Pinnocent Cha* bot. Il fut condamné à mort 5 et le chancelier revint triomphant de Meltm , avec la procédure et la condanmation de l'amiral , qu'il présenta auroi. Un prince tel que -Franco wJ,pouvoit agir par humeur, mais il étoit incapable d'une injustice marquée. Il fut indigné à là vue de cette infâme procédure , et dit au chancelier , pour toute réponse : « Je n'aorois jamais cru « avoir dans mon royaume tant des juges iniques, » 11 fit ensuite revenir l'amiral à la cour, et lui rendit ses bonnes grâces.

5. Lorsque l'empereur Claude-le-Gothique eut été placé sur le trône des Césars , une femme vint le trouver , et lui représenta qu'il possédoit une terre dont elle avoit été dépouillée contre tout droit et toute raison 3 il lui répondit : « Le tort que Claude particule a

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« lier , vous a fait , lorsqu^il n'étoit point chargé de « veiller à robservation de lois , Claude empereur Iç « répare 5 » el il lui rendit la terre dont elle réclamoit la possession.

6. Canut y roi de Danemark , ayant tué un de ses cardes dans Tivresse, descendit du trône ^ et demanda d'être jugé comme un particulier , puisqu'il avoit violé les lois qu'il avoit portées lui-même. Mais personne n'osant prononcer contre lui , il se condamna à payer le quadruple de la taxe réglée pour un homicide > sans réserve du quart que la loi lui attribuoit.

7. François I éloit à la chasse aux environs deBlois. Il rencontra une femme assez bien mise , accompagnée d'un homme qui pouvoit passer pour son écuyer, et d'un autre domestique. Le roi lui demanda oà eUe alloit par un temps froid et assez mauvais. On éObit en hiver. Cette femme , qui ne le connoissoit pas , mais qui vit bien à l'air et au maintien de François y Vun des plus beaux hommes de son royaume ^ qull ne pouvoit être que d'un rang très-distingué^ le salua> et ne fit aucune difficulté de lui rendre compte de son voyage. « Monsieur , lui dit-elle , je vais a Blois « à dessem d'y chercher quelque protection qui puisse ^< me' procurer ime entrée au château , et roccasion « de me jeter aux pieds du roi , pour me plaindre à « sa majesté d'une injustice qu'on m'a faite au parle- « ment de Rouen , d'où je viens. On m'a assure que « le roi étoit plein de bonté , qu'il a celle d'écouter « facilement ses sujets , et qu'il aime la justice: peut- « être aura-t-il quelque égard à ma triste situation et ^ à la bonté de ma cause. — Exposez-moi votre « affaire , mademoiselle , lui dit François y sans se « faire connoître. J'ai ^quelque crédit à la coiu* , et « j'ose même me flatter de vous y rendre quelque « service auprès du roi , si vos plaintes sont fondées. « — Voici , monsieur , répliqua la dame , l'affaire « dont il s'agit. Je suis veuve d'un gentilhomme qui « étoit homme d'armes d'une des compagnies de sa « majesté. Pour çtre en état d'y faire son service , il « emprunta d'un homme de robe 3 et pour sûreté du

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X prêt et des intérêts , il engagea sa terre , qui faisoi*

t tout son bien. Mon mari fut tué dans une bataille*

K Le créancier , qui s^est emparé de cette terre , a

c< toujours joui des fruits, et if m^a été impossible de

ec payer les intérêts , et encore moins le principal. Je

« rai traduit en justice 5 et quoi qu^il soit certain que

« les jouissances égalent le principal et les intérêts

« de sa créance , je demandois qu^il s'en fît au moins

« une compensation ; mais on n^a eu aucun égard à

ic mja demande , et je viens d'être condamnée , avec

« dépens. Mon conseil m'a de plus assuré qu'il n'y

« avoit aucun remède à mon affaire y si le roi ne dai-

« gne y en apporter lui-même. Si j'ai le malheur de

« n'en être pas écoutée , c'eA est fait de ma fortune

« et de celle de mes enfans , qui sont en grand nom-

« bre : nous sommes y eux et moi , réduits à la men-

« dicitë. Je vous prie , monsieur , puisque vous avez

« daigné m'écouter, de vouloir bien me servir de pro-

« tecteur. » Le roi , touché du récit de la veuve , lui

dit : <( Mademoiselle , continuez votre route ; venez

« demain matin au château y et demandez le nom

t d'un tel. » ( 11 lui indiqua un nom qu'il imagina ) y

« et ce gentilhomme vous fera parler au roi sur-le-

« champ. » Elle remercia , alla à Blois , et le roi re-

t'oignit les courtisans qui l'accompagnoient. 11 h'ou- >]ia pas ce qu'il avoit promis ; et commanda y en arrivant au château , qu'on l'avertît , s'il se présentoit nue demoiselle qui demandât à parler à un tel gcntilhomme. La veuve ne manqua pas de paroître le lendemain. Le roi y qui en fut aussitôt averti y la fit introduire dans l'appartement où il étoit , es se faisant connoître : « Je suis , lui dit-il , celui que vous demandez , « assez bien avec le roi , comme vous voyez , pour en « obtenir tout ce que je veux. Qu'on aille chercher « mon chancelier , continua-t-il , qu'on examine les <f plaintes de cette demoiselle. Allez y lui dit-il encore , « on vous fera justice. » La veuve , frappée du dermer etonnement, ne put que se jeter aux genoux du 'monarque , qui la fit relever avec bonté , et voulut qu'on examinât en sa présence l'alTaire dont il s'agj&-

«oit. Le résultat fut un ordre précis au créancier de remettre la terre , en recevant ce qui lui étoit raîsonnahlenient du , et quant au payement de la dette , le roi le fit faire de ses propres deniers.

8. Un des plus grands seigneurs de France ayant cassé le bras gauche à un sergent^ dans le temps qu'il remplissoit les fonctions de son office , Louis XII ne Teut pas plutôt sii^ qu*il alla lui-même au parlement,

Î>ortant le même bras en écharpe. La cour surprise de e voir en cet état , et lui ayant demandé quel accident Tobligeoit à porter ainsi le bras : « Un mal qui « exige de prompU remèdes , » répondit-il. Il exposa ensuite ce qui étoit jmvé au sergent, et ajouta: «. Puisqu'on fait ime pareille violence à ceux qui exé- « cutent les ordres de ma justice , que me servira ce « bras qui en porte le glaive que j'ai reçu de Dieu , « aussi-bien que mon sceptre et ma couronne ? » Après avoir parlé de la sorte , ce grand monarque obligea le seigneur coupable de réparer , par une satisfaction proportionnée y le dommage qu'il avoit fait au sergent.

9. Un des valcts-de-chambre de Louis XIV le prioit , comme il se mettoit au lit , de faire recommander à M. le premier président un procès qu'il avoit contre son beau-père , et lui disoit , en le pressant : « Hélas ! sire , vous n'avez qu'à dire un mot. « Eh ! lui dit le monarque , ce n'est pas de quoi Je « suis en peine ; mais dis-moi , si tu étois à la place « de ton beau-père , et que ton beau-père fut à la « tienne , serois-tu bien aise que je disse ce mot ? »

10. Un délateur présentoit au duc de Bourbon, surnommé le Bon , un mémoire contenant les fautes commises par plusieurs de ses officiers. « Mon ami , « lui répondit le prince , je vous remercie de votre « zèle : cette liste me servira à me rappeler les serviti ces de ceux dont vous l'avez composée. Voyez JtJGEMENs , Justice.

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