‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 9 sur 130 · CONFIDENCE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE

O. Loms, étant sdaiis la Terre-Sainte , assembla son •conseil, et dit: «Madame la reine ma mère me mande « que mon royaume est dans un grand péril , et mon « retour très-nécessaire. Les peuples de TOrient , au « contraire , me représentent quelaPalestine est per-*^ « due , si je les quitte ; me conjurent de ne les point « aliandonneràlamercî des Infidelles ; protestent enfin « qu'ils me suivront tous, si je les laisse à eux-mêmes. « Ainsi je vous prie de me donner votre avis sur ce « qu^il me convient défaire. » Tout le monde souhaitoit ardemment de retourner enFratice. Gui deMauvoisin prit la parole , * et dit , au nom de tous les seigneurs de larmée : « Sire, nous sommes tous d'avis que Pin- « térêt de votre royaume et la gloire de votre majesté «ne vous permettent pas de demeurer plus long- « temps en Palestine. Vous êtes sans troupes , sans «places ; que pouvez-vous désormais entreprendre « qui soit digne d^un grand roi ? Ainsi , tout cousine déré , il paroît plus a propos que vous repassiez la «mer, afin de faire un nouvel armement , pour reve- X nir ensuite prendre vengeance des ennemis de Dieu « et de sa loi. » Joinville , sénéchal de Champagne , s'opposa seul à cet avis unanime. « Quoi ! s^écria-t-il , ( nous abandonnerons ainsi nos compagnons captifs , % qu^on met peut-être par milliers à la torture aumo- « ment que nous délibérons , et qui se trouvent dans la i nécessité , ou de souffrir mille morts , ou de renoncer i à leur foi ?Non. Le trésor du roi est encore entier. 11 qKîut^ avec cet ai?gent, lever de nouvelles troupes,

ao CONFIDENCE.

« on viendra s^enrôler h. Venvi sous ses étendàr(ï^ , « quand on saura qu^il paie bien les services ; et c^est « le partiqu'il faut prendre,si nous sommes encore sen- « sibles à la gloire de notre souverain. » Ce sentiment toucha tout le monde , et ne persuada que le roi ; mais ce prince dissimula ; et craignant de trouver trop d^op-

fositioii , s^il se déclaroit dans le moment , il remit affaire à la huitaine. Le conseil se retira fort irrité contre Joim^ille, qui, jeune encore, avoit osé combattre Pavis de tant de fameux personnages vieillis dans les armes, consommés dans la politique. «Il est inutile « d'opiner davantage , disoit-on ; Joinville veut qu^on « demeure : Joinville y qixi en sait plus que tout le con- « seil du royaume de France. » Le plus sage lui parut de se taire ; mais il eut peur d^avoir déplu au souverain. Le roi , qui le faisoit manger avec lui , ne le regarda point pendant tout le dîner. Le malheureux sénéchal fut effrayé d'un silence qui , trop souvent , à la cour , annonce une disgrâce prochaine. Dès que les tables furent levées, il se retira dans Tembrasure d'une fenêtre qui donnoit sur la mer. Là, tenant ses bras passés à travers les grilles, il se mit à rêver à sa mauvaise fortune. Déjà il « disoit en son courage , qu'il laisse- « roit partir le monarque , et s'en irolt vers le prince « d' Antioche son parent , lorsque tout-à-coup il sentit « quelqu'un s'appuyer sur ses épaules par derrière, et « lui serrer la tête entre les deux mains. f> Il crut que c'étoit le seigneur àeNemours ^qm l'avoitleplus tourmenté cette journée. « De grâce , lui dit-il avec cha- « grin , laissez-m'en paix , messire Philippe , en niHe- « aventure. » Aussitôt il tourna le visage 3 mais l'inconnu lui passa la main par-dessus. Alors il sut que c'étoit le roi à une émeraude qu'il avoit au doigt , et voulut se retirer , comme quelqu'un qui avoit malparlé. « Venez çà , sire de Joinville y dit le monarque en l'ar- « rêtant. Je vous trouve bien hardi , jeune comme « vous êtes , de me conseiller , sur tout le conseil des « grands personnages de France, que je dois demeu-' « rer en cette terre. — Si le conseil est bon, répondit tc le^énéchal avec un petit reste d'humeur, votre ma-

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