‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 84 sur 138 · VERTU · texte numérisé non relu

VERTU

!• V-/1V dcmandoit au chevalier Bayard quels biens un père devoit laisser à ses enfuis ? « La vertu et k « sagesse , répondit-il ; ces richesses inestimables f « qui ne craignent ni pluie , ni vent , ni tempête ^ ni « violence humaine. »

2. Ijc sultan Mahmoud étoïtîorl laid.Unjoursonprexnîer visir, ayant remarque que ce prince étoit mélancolique , prit la liberté de lui en demander le sujet. « J'ai « toujours entendu dire, répondit le monarque /que le <r visage dn prince doit réjouir ses sujets; je suissuipris « que le mien, qui est si difforme, ne leur blesse pas les «yeux. —Seigneur, repartit le ministre, Texci^leDce «de l'homme ne consiste pas dans sa bonne mine : It « vertu et les qualités de l'esprit sont la véritable « source de la beauté. Parmi vos sujets, à peine y en « a-t*il un sur mille , qui voie les traits de votre vi- « sage ; mais vos mœurs et vos vertus sont regardées « de tous : c'est par elles que vous devez gagner leurs « cœurs , et devenir Pobjet de leur amoiu-. »

3. Dans une conférence qui se tenoit entre les philosophes grecs et indiens devant le roi de Perse Chosroès, on demanda quelle chose étoit la phis fâcheuse en ce monde ? Un philosophe grec dit que c'étoit une vieillesse imbécilie, jointe à ime extrême pauvreté. Un Indien avança qnec'étoit la maladie du corps , accompa* gnée d'une grande peine d'esprit. « Pour moi , dit le « vîsir Buzurgemihir , je pense que le plus grand des « maux que l'homme puisse éprouver en ce monde , « est de se voir proche du terme de sa vie , sans avoir « pratiqué la vertu. » Une acclamation générale prouva la vérité de cette opinion.

^.DémétriusdePhalèrey exilé d'Athènes par unefactioninjuste,apprit,danssaretraite, qu'on avoit abattu les trois cent soixante statues d'airain érigées en son honneur .TVlais ce grand homm esc consola sans peine de cette disgracejet, en continuant sa route, il s'écrioit: « Grâce»

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« auxDienx, la vertu qui me les fît élever, me reste ! » 5. Au sortir de sa préture , Métellus , Pim des plus illustres citoyens de ^ancienne Rome , fiit accusé de 4ïoncussion et de rapides dans Texercice de sa char{»e. L'accusatetlr exigea qu^il fit voir ses registres ; mais toute l'assemblée rendit alors un témoignage éclatant à la haute vertu du préteur : personne ne voulut examiner ses registres ; et chacun détourna les yeux , s^imaginant commettre la plus criante injustice ^ s'il doutoit de l'intégrité de Métellus,

6.Le neveu du consulCaïus Marias ayant voulu faire violence à un jeune soldat d'une grande beauté , nommé TréboniuSy le jeune homme le tua , aimant mieux commettre une action périlleuse, dit le prince des orateurs romains , que de consentir à un crime honteux. 11 fat conduit devant le souverain magistrat ; et tout le monde s'attendoit qu'il alloit venger, d'une manière éclatante 5 le meurtre de son neveu ; mais , ayant été instruit des motifs qui avoient porté le sage Trébonius à le tiier , loin de le punir , il le couronna en présence de toute l'armée, pour récompenser et honorer sa vertu . 7» Louis y dauphin de France , dont nous regrettons encore la perte, digne pèrede notre auguste monarqife, fnônlra , dès son enfance , tant de goût pour la vertu , que la reine sa mère disoit : « Le Ciel ne m'a accordé qu'un fils , mais il me l'a donné tel que j'aurois pu le souhaiter.» Un trait connu , et qui mérite d'être transmis à la postérité, c'est la sublime leçon qu'il donna aux jeunes princes ses fils , lorsqu'on leur suppléa les cérémonies dubaptême.On apporta les registres surlesquels l'Eglise inscrit, sans distinction , ses enfans. «Voyez , leur dit-il, votre nom placé i la suite de celui du pauvre et de l'indigent : la religion et la nature mettent tous les hommes de niveau : la vertu seule met entre eux quelque différence ; et peut-être que celui qui vous précède sera plus grand aux yeux de Dieu , que vous ne le serez jamais aux yeux des peuples. »

8. Le libraire -Bar/A/er mettant au jour des mémoires pour l'histoire du cardinal de Richelieu , témoigna à la reine-mère la craintequ'il avoit quecertaines persouxv^s. de la cour^ doat V}mt(^ien ne parloil pas aN3ca\.^çjKvxs^-

Sis VERTU.''

ment , ne lui fissent de la peine. « Allez , lui dit ceH« « princesse , travaillez en pais , et faîtes tant de honte « aux vices , qti'iLne reste que la vertu en France. » g. Les cniautés de A'^^ro» l'ayant rendu odieuxàtoiu lesordresde l'état, plusieurs sénateurs conj urèrentcontre lui , et résolurent de donner l'empire à Pison , le citoyen le plus illustre de son temps, par io. noblesse et par l'intéf,'rité de ses mœurs ; mais la sublime verla de ce grand homme fut cause de sa perle et de celle de tous les conjurés. Il avoitune maison de campagne où Néron alloit souvent se divertir , sans gardes , et presque sans suite. Les conjurés avoient résolu de le tuer dans cette maison , ce qui n'étoit point difficile. Mais Pison n'y voulut jamais consentir; et l'espérance de la souveraine autorité ne put jamais le faire écarter des principes de la vertu sévere.Il dit que ce seroltvio 1er l'hospitahté, que de laisser assassiner dans sa maison un homme qui y venoit avec confiance. Quelque temps après, la conjuration fut découverte ; le vertueux , le généreux Pison fut mis à mort avec tous ceux qui avoient voulu couronner son grand mérite.

lo.Lc tyran JWojTzme, par une feinte douceur, avoit presquefait oublier ses crimes ; et le zèle qu'il affectoitpour lareligion catholique, lui prociiroit une foule de panéf^risles. Les évêquesmémeserendoient de toutes parts à .sa cour; et, selon un auteur ecclésiastique de ce temps-là, ils prostituoieut leur dignité à la plus honteuse adulation. S. JVîûr/în, alors évèque deTours, fut le seul qui soutînt l'honneur du ministère apostolique ; et ce prélat fit voir quel est l'empire de la vertu. Il vint demander erace pour les proscrits ; niais il la demanda sans s'avilir, ctd'un ton qui en imposnit aa tyran même. Son extérieur n'étoit rien moins qu'avantageux ; il n'avoit de grand que son ame et son caractère. Maxime l'ayant plusieurs fois invité , avec infrtance , à manger à sa table , il avoit toujours répondu qu'il ne se croyoit pas permis de s'asseoir à la table d'un homme, qui rebelle à deux souverains, avoit été à l'un la vie , à l'autre la moitié de ses états. 11 se ren- ^ dit cependant aux pressantes sollicitations de Maxime, gyà en partit ravi de )oie , et qui invita , comme pour

une fête solennelle , les personnages les plus distingués de sa cour. Martin s'assit à côté du priâce : un prêtre de Péglise de Tours , dont il se faisoit toujours accompagner, fat placé enXreMarcelin^trhve du tjran, et son oncle. Lorsque le repas fat commencé, Péchanson ayant présenté à boire à Maxime , celui-ci donna la coupe à S. Martin , voulant qu'il en bût le premier, et la recevoir ensuite de sa main. Mais Tévêque , après avoir trempé ses lèvres , fit porter la coupe à son prêtre, comme à celui qui méritoit la préférence d'honneur sur tous les convives. Cette liberté, qui trouveroit aujourd'hui peu d'approbateurs , fat admirée de toute la cour: on louoithautementilifâr^i/id'avoirfait à l'égard de l'empereur , ce que tout autre évêque n'auroit osé faire à la table du dernier des magistrats. Maxime lui fif présent d'un vase de porphyre, que le préla^consa* cra à l'usage de son église. Le tyran le mandoit souvent à sa cour : il le traitoit'avec honneur ; et, soit par hypocrisie, soit par les accès passagers d'une piété superficielle et inconséquente, il aimoit à s'entretenir avec lui des matières de religion. Mais la femme de Maxime y dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous , avoit pour le saint évêque une vénération plus profonde et plus sincère .Elle l'écoutoit avec docilité : elle lui rendoit les devoirs les plus humbles et les plus assidus ; et, comme la piété prend quelquefois une forme singulière dans les femmes de la cour , eUe voulut un jour, avec la permission de son mari, le servir àtable.EUeapprêta elle-même les viandes : elleluidonna à laver, lui servit à boire, se tint deboutderrièrelui, etrecueillitavecrespectles restes de «on repas. S. Marrin y consentit avec peme, en faveur de ^ quelques prisonniers dont il soUicitoit l'Margissement. 11. La véritable vertu ennoblit tout, et ne dédaigne que les fonctions <|pii pourroient altérer son éclat. C etoit ainsi que pensoit le fameux maréchal Fabert. Il croyoit qu'à la guerre il n'y avoit aucune fonction avilissante. Quelques officiers du régiment des Gardes- Françaises trouvèrent mauvais que ce grand capitaine, au siège deRapaurae, s'occupât indifféremment des sapes, des mines,del'artillerie, des machines, des ço\i\&^ et des autres trayaux le plus pénibles -, '\\s c\i^t^x^\)X

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