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pas que j'en serve deux autres, ainsi que ma loi me le commande? Que deviens-tu? quel rôle joues-tu dans les derniers mois de la giossesse de ton unique femme, et pendant ses couches, et pendant ses maladies? Il faut que tu restes dans une oisiveté honteuse, ou que tu cherches une autre femme. Te voilà nécessairement entre deux péchés mortels qui te feront tomber tout roide après ta mort, du pont aigu au fond de l'enfer.
«Je suppose que, dans nos guerres contre les chiens de chrétiens, nous perdions cent mille soldats; voilà près de cent milh filles à pourvoir. N'est-ce pas aux riches à prendre soin d'elles? Malheur à tout musulman assez tiède pour ne pas donner retraite chez lui à quatre Jolies filles, en qualité de ses légitimes épouses, et pour ne pas le* traiter selon leurs mérites!
« Gomment donc sont faits dans ton pays la trompette du jour, qu« tu appelles coq; l'honnête bélier, prince des troupeaux ; le taureau , souverain des vaches? chacun d'eux n'a- 1 -il pas son sérail? Il te sied bien vraiment de me reprocher mes quatre femmes , tandis que notre grand .prophète en a eu dix-huit, David le juif autant , et Salomon le juif sept cents, de compte fait, avec trois cents co"Cubincs 1 tu vois combien je suis modeste. Cesse de reprocher la gourmandise à un sage qui fait de si médiocres repas. Je te permets de boire ; permets-moi d'aimer. Tu changes de vin, souffre que je change de femme. Que chacun laisse vivre les autres à la mode de leur pays. Ton chapeau n'est point fait pour donner des lois à* mon turban. Ta fraise et ton petit manteau ne doivent point commander à mon doliman.
Achève de prendre ton café avec moi, et va-t-en caresser ton Allemande, puisque tu es réduit à elle seule. »
Réponte de l'Aiktntmd. — «Chien de musulman , pour qui je conserve une vénération profonde, avant d'achever mon café, je veux confondre tes propos. Qui
E«*ède quatre femmes possède quatre rpus toujours prêtes à se calomnier, à se nuire, à se battre. Le logis est l'antre de la discorde; aucune d'elles ne peut t'aimer; chacune n'a qu'un quart de ta personne, et ne pourrait tout au plus te donner que le quart de son cœur. Aucune ne peut te rendre la vie agréable ; ce sont des prisonnières qui , n'ayant
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jamais rien vu , n'ont rien à te dire; elle» ne connaissent que toi , par conséquent tu les ennuies. Tu es leur maître absolu , donc elles te haïssent. Tu es obligé de les faire garder par un eunuque qui leur donne le fouet quand elles ont l'ait trop de bruit. Tu oses te comparer à un coq 1 mais jamais un coq n'a lait fouetter ses poules par un chapon. Prends tes exemples chex les animaux ; ressemble-leur tant que tu voudras. Moi , je veux aimer en homme; je veux donner tout mon cœur, et qu'on me donne le sien. Je rendrai compte de cet entretien ce soir à ma femme, et j'espère qu'elle en sera contente. A l'égard du vin que tu me reproches , apprends que , s'il est mal d'en boire en Arabie , c est une habitude très louable en Allemagne. Adiee. • (Dictionnaire philosophique.) POND1CHER 1 , MADRAS, etc. — a*.
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i.'amkeiqck, an i/48, etc. — La France semblait plus épuisée d'hommes et d'argent dans son union avec l'Autriche , qu'elle n'avait paru l'être dans deux cents ans de guerre contre elle. C'est ainsi que sous Louis xiv il en avait coûté pour secourir l'Espagne, plus qu'on n'avait prodigué pour la combattre depuis Louis xu. Les ressources de la France ont fermé ces plaies; mais elles n'ont pu réparer encore celles qu'elle a reçues en Asie , en Afrique et en Amérique.
Elle parut d'abord triomphante en Asie. La compagnie des Indes était devenue conquérante pour son malheur.
L'empire de l'Inde, depuis l'irruption de Sha-Nadir, n'était plus qu'une anarchie.
Les soubabs, qui sont des vice-rois, ou plutôt des rois tributaires» achetaient leurs royaumes, à la Porte, du grand padisha-mogol , et revendaient leurs provinces à des nababs, qui cédaient, à prix d'argent , des districts à des raîas. Souvent les ministres du mogol , ayant donné une patente de roi, donnaient la même patente à qui en payait davantage ; soubab, nabab, raia, en usaient de même.
Chacun soutenait par les armes un droit chèrement acheté. Les Marattes se décla» raient pour celui qui les payait le mieux , et pillaient amis et ennemi». Deux bataillon» français ou anglais pouvaient battre ces multitudes indisciplinée», qui n'avaient nul art , et qui même, aux Marattes près, manquaient de courage. Les plus faibles imploraient donc, pour être
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souverains dans l'iode, la protection des marchands venus de France et d'Angleterre , qui pouvaient leur fournir quelques soldats i t quelques officiers d'Europe. C'est dans ces occasions qu'un simple capitaine pouvait quelquefois faire une plus grande fortuoe dans ces pays, qu'aucun général parmi nous.
Pendant que les princes de la presqu'île se battaient entre eux, ou a vu que ces marchands anglais et français se bat taient aussi, parce que leurs rois étaient ennemis en Europe.
Après la paix de 1 7 j 8 , le gouverneur Dupleix conserva le peu de troupes qu'il avait, tant les soldats d'Europe, qu'on appelle blancs, que les noirs des îles transplantés dans l'Inde, et les cipayes et pions indiens.
Un des sous-tyrans de ces contrées, nommé Chandasaeb, aventurier arabe, né dans le désert qui est au sud-est de Jérusalem, transplanté dans l'Inde pour y faire fortune, était devenu gendre d'un nabab d'Arcate. Cet Arabe assassina son beau-père , son frère et son neveu. Ayant éprouvé des revers peu proportionnés à ses crimes , il eut recours au gouverneur Dupleix pour obtenir la nababie d'Arcate, dont dépend Pondichéri. Dupleix lui prêta d'abord secrètement dix mille louis d'or, qui, joints aux débris de la ibrtone de ce scélérat, lui valurent cette vice-royauté d'Arcate. Son argent et ses intrigues lui obtinrent le diplôme de viceroi d'Arcate. Dès qu'il en est en possession , Dupleix lui prête des troupes. Il combat, avec des troupes réunies aux siennes, le véritable vice-roi d'Arcate.
C'était ce même Anaverdikan, âgé de cent sept ans, dont nous avons déjà parlé, qui fut assassiné à la tête de son armée.
Le vainqueur Chandasaeb , devenu possesseur des trésors du mort , distribua la valeur de deux cent mille francs aux soldats de Pondichéri, combla les officiers de présens , et fit ensuite une donation de trente-cinq aidées à la compagnie des Indes. Aidée signifie village; c'est encore le terme dont on se sert en Espagne depuis l'invasion des Arabes, qui dominèrent également dans l'Espagne et dans l'Inde, et dont la langue a laissé des traces dans plus de cent provinces.
Ce succès éveilla les Anglais. Ils prirent aussitôt le parti de la iamille vaincue. Il y eut deux nababs ; et , comme le-soubab ,
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ou roi de Décan, était lié avec le gouverneur de Pondichéri, uu autre roi, son compétiteur, s'unit avec les Anglais.
Voilà donc encore une guerre sanglante allumée entre les comptoirs de. France et d' Angleterre sur les côtes de Coromandcl, pendant que l'Europe jouissait de la paix. On consumait de part et d'autre dans celte guerre tous les fonds destinés au commerce , et chacun espérait se dédommager sur les trésors des princes indiens.
On montra des deux côtés un grand courage. MM. d'Auteuil, deBussi, Lass, et beaucoup d'autres se signalèrent par des actions qui auraient eu de l'éclat dans les armées du maréchal de Saxe. Il y eut surtout un exploit aussi surprenant qu'il est indubitable ; c'est qu'un officier , nommé M. de La Touche , suivi de trois cents Français, entoure d'une armé»; de quatre-vingt mille hommes, qui menaçait Pondichéri, pénétra la nuit dans leur camp, tua douze cents ennemis sans perdre plus de deux soldats, jeta l'épouvante dans celte giande armée , et la dispersa tout entière. C'était une journée supérieure à celle des trois cents Spartiates au pas des Therrnop} les , puisque ces Spartiatesy périrent , et que les Français furent vainqueurs. Mais nous ne savons peut-être pas célébrer assez ce qui mérite de l'être, et la multitude innombrable de noscombatsen étouffa la gloire.
Le roi protégé par les Français s'appelait Mouza-Fcrsingue. II était neveu du roi favorisé par les Anglais. L'oncle avait fait le neveu prisonnier; et cependant il ne l'avait point encore mis à mort, malgré les usages de la famille. 11 le traînait chargé de fers à la suite de ses année», avec une partie de ses trésors. Le gouverneur Dupleix négocia si bien avec officiers de l'année ennemie , que dans un second combat le vainqueur de Mou/ a- Fersingue fut assassiné. Le captif fut roi , et les trésors de son ennemi furent sa conquête. Il y avait dans ce camp dix-sept millions d'argent comptant. Mouza-Fersingue en promit la plus grande partie à la compagnie des Indes; la petite armée française partageadouze cent mille francs. Tous les officiers furent mieux récompensés qu'ils ne l'auraient été d'aucune puissance de l'Europe.
Dupleix reçut Mouza-Feisinguo d; Pondichéri comme un grand roi fait 1<honneurs de sa cour à un monarque \ oisiu Le nouveau soubab , qui lui <!« vait sa
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couronne , donna à son protecteur quatrevingts aidées , une pension do deux cent quai an te mille livres pour lui, autant pour madame Dupleix , une de quarante mille écus pour une lille de madame Dupleix, du premier lit. Chandasaeb, bienfaiteur et protégé, fut nommé vice-roi d'Arcate. La pompe de Dupleix égalait au moins celle des deux princes. Il alla au-devant d'eux, porté dans un palanquin « escorté' de cinq cents gardes précédés d'une musique guerrière, et suivis d'elépbans armés.
Après la mort de son protégé Moura- Fersmgue, tué dans uue sédition de ses troupes, H nomma encore un autre roi; et il en reçut quatre petites provinces en don pour la compagnie. On lui disait de toutes parts qu'il ferait trembler le grand-mogol avant un an. Il était souverain en effet; car, ayant acheté une patente de vice-roi de Caruate à la chancellerie du grand-mogol même , pour la somme modique de deux cent quarante mille livres, il se trouvait égal à sa créature Chandasaeb , et très supérieur par son crédit. Marquis en France et décoré du grand cordon de Saint-Louis, ces faibles honneurs étaient fort peu de chose en comparaison de ses dignités et de son pouvoir dans l'Inde. J'ai vu des lettres où sa femme était traitée de reine. Tant de succès et de gloire éblouirent alors les yeux de la compagnie , des actionnaires, et même du ministère; la chaleur de l'enthousiasme fut presque aussi grande que dans les coromencemens du système , et les espérances étaient bien autrement fondées , car il paraissait que les seules terres concédées à la compagnie rapportaient environ trente-neuf millions annuels. On vendait, année commune, pour vingt millions d'effets en France, au port de Lorient ; il semblait que la compagnie dût compter sur cinquante millions par année, tous frais faits. II n'y a point de souverain en Europe , ni peutêtre sur la terre, qui ait un tel revenu quand toutes les charges sont acquittées.
L'excès même de cette richesse devait la rendre suspecte. Aussi toutes ces grandeurs et toutes ces prospérités s'évanouirent comme un songe ; et la France , pour la seconde fois, s'aperçut qu'elle n'avait été opulente cju'en chimères.
Le marquis Dupleix voulut faire assiéger la capitale du Maduré , dans le voisinage d'Arcate. Les Anglais y envoyèrent du
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secours. Les officiers lui représentèrent l'impossibilité de l'entreprise ; il s'y obstina; et, ayant donné des ordres plutôt en roi qui veut être «béi qu'en homme chargé du maintien de la compagnie , il arriva que les assiégeans furent vaincus par les assiégés. La moitié de son armée fut tuée, l'autre captive. Les dépenses immenses prodiguées pour ces conquêtes furent perdues , et son protégé Chanda saeb , ayant été pris dans cette déroute , eut la tête tranchée [mars i?5a]. Ce fut le fameux lord Clive qui eut la part principale à la victoire. C'est par là qu'il commença sa glorieuse carrière , qui a valu depuis à la compagnie anglaise presque tout le Bengale. 11 acquit et conserva la grandeur et les richesses que Dupleix avait entrevues. Enfin , depuis ce jour, la compagnie française tomba dans la plus triste décadence.
Dupleix fut rappelé en 1753. A celui
3ui avait joué le rôle d'un grand roi on onna un successeur qui n'agit qu'en bon marchand. Dupleix fut réduit à disputer à Paris les tristes restes de sa fortune contre la compagnie des Indes, et à solliciter des audiences dans l'antichambre do ses juges. Il en mourut bientôt de chagrin; mais Pondichéri était réservé à de plus grands malheurs.
La guerre funeste de 1^56 ayant éclaté en Europe, le ministère français, craignant avec trop juste raison pour Pondichéri et pour tous les étabhssemens de l'Inde, y envoya le lieutenant général comte de Lalli. C'était un Irlandais de ces familles qui se transplantèrent en France avec celle de l'infortuné Jacques 11. Il s'était si distingué à la bataille de Fontenoi , où il avait pris de sa main plusieurs officiers anglais , que le roi le fit colonel sur le champ de bataille. C'était lui qui avait formé le plan, plus audacieux que praticable, de débarquer en Angleterre avec dix mille hommes, lorsque le prince Chartes-Edouard y disputait la couronne. Sa haine contre les Anglais et son courage le firent choisir de préférence pour aller les combattre sur les côtes de Coromandel. Mais malheureusement il ne joignait pas à sa valeur la prudence , la modération, la patience nécessaires dans une commission si épineuse. Il s'était figuré qu'Arcate était encore le pays de la richesse , que Pondichéri était bien pourvu de tout , qu'il serait parfaitement secondé de la compagnie et des troupes ,
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et surtout de son ancien régiment irlandais, qu'il menait avec lui. Il fut trompé dans toutes ses espérances. Point d'argent dans les caisses, peu de munitions de toute espèce, de» uoirs et des cipayes pour armée , des particuliers riches et la colooie pauvre, nulle subordination. Ces objets l'ii ritèrent , et allumèrent en lui cette mauvaire humeur qui sied si mal â un chef, et qui nuit toujours aux affaires. S'il avait ménagé le conseil , s'il avait carre»»é les principaux officiers , il aurait nu se procurer des secours d'argent, établir 1 union et mettre en sûreté Pondiebéri.
La direction de la compagnie des Indes l'avait conjuré, à son départ, • de réformer les abus «ans nombre, la prodigalité outrée et le grand désordre qui absorbaient tous les revenus. » Il se prévalut trop de celte prière, et se fit des ennemis de tous ceux qui lui devaient obéir.
Malgré le triste aspect sous lequel il envi* gagnait tous les objets, il eut d'abord des succès beureux. 11 prit aux Anglais le fort Saint-David, à quelques lieues de Pondichéri, et en rasa les murs, [le 38 avril 1 758.] Si l'on veut bien connaître la source de sa catastrophe, si intéressante pour tout le militaire, il faut lire la lettre qu'il écrivit du camp devant Saint-David à Du val Leyrit, qui était gouverneur de la ville de Pondichéri pour la compagnie.
[18 mai 1758] «Cette lettre, Monsieur, sera un secret éternel entre vous et moi , si vous me fournissez les moyens de terminer mon entreprise. Je vous ai laissé cent mille livres de mon argent pour vous aider à subvenir aux frais qu'elle exige. Je n'ai pas trouvé en arrivant la ressource de cent sous dans votre bourse ni dans celle de tout votre conseil. Voua m'avez refusé les uns et les autres d'y employer votre crédit. Je vous crois cependant tous plus redevables à la compagnie que moi , qui n'ai malheureusement l'honneur de la connaître que pour y avoir perdu la moitié de mon bien en 1720. Si vous continuez à me laisser manquer de tout , et exposé à faire face a un mécontentement général* non seulement j'instruirai le roi et la compagnie du beau zèle qne ses employés témoignent ici pour leur service, mais je prendrai des mesures efficaces pour ne pas dépendre, dans le court séjour que je désire faire dans ce pays , de l'esprit de parti et des motifs personnels dont je vois qne chaque
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membre parait occupé , au risque total de la compagnie. »
Une telle lettre ne devait ni lui faire des amis , ni lui procurer de l'argent. Il ne fut pas concussionnaire ; maisifmontra indiscrètement une telle envie contre tous ceux qui s'étaient enrichis, que la haine publique en augmenta. Toutes les opérations de la guerre en souffrirent. Je trouve dans un journal de l'Inde, fait par un officier principal , ces propres paroles : «11 ne parle que de chaînes et de cachots , «ans avoir égard à la distinction et a l'âge des personnes. H vient de traiter ainsi M. de Moracin lui-même M. de Lalli se plaint de tout \e monde , et tout le monde se plaint de lui. Il a dit à M. le comte de... : Je sens qu'on me déteste, et qu'on voudrait me voir bien loin. Je vous engage ma parole d'honneur, et je vou» la donnerai par écrit, que , si M. de Leyrit veut me donner cinq cent mille francs, je me démets de ma charge, et je passe en France sur la frégate. •
Le journal dit ensuite : «On est aujourd'hui à Pondichéri dans le plus grand embarras. On n'y a pas pu ramasser cent mille roupies; le* soldats menacent hautement de passer en corps chez l'ennemi. •
[Décembre 1758] Malgré cette horrible confusion, il eut le courage d'aller assiéger Madras , et s'empara d abord de toute la Ville-Noire ; mais ce fut précisément ce qui l'empêcha de réussir devant la Ville-Haute, qui est le fort Saint- George. Il écrivait de son camp devant ce fort, le 11 février 1759 : « Si nous manquons Madras, comme je le crois, la principale raison à laquelle il faudra l'attribuer est le pillage de quinze millions au moins , tant de dévasté que de répandu dans le soldat, et, j'ai honte de le dire, dans l'officier, qui n a pas craint de se servir de mon nom en s emparant des cipayes, chelioeues et autres, pour faire passer à Pondichéri un butin qne vous auriez du faire arrêter, vu son énorme quantité. •
J'ai le journal d'un officier général qu? j'ai déjà cité. L'auteur n'est pas l'ami du comte de Lalli , il s'en faut beaucoup ; son témoignage n'en ef*t que plus recevable . quand il atteste les mêmes griefs qui lésaient le désespoir de Lalli. Voici notamment comme il s'exprime :
«Le pillage immense auc les troupes avaient fait dans la Ville-Noire , avait mis parmi elles l'abondance. De grands
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magasins de liqueurs fortes y entretenaient l'ivrognerie et tous les maux dont elle est le çerme. C'est une situation qu'il faut avoir vue. Les travaux, les gardes de la tranchée étaient faits par des hommes ivres. Le régiment de Lorraine fut seul exempt de cette contagion; mais les autres corps s'y distinguèrent. Le régiment de Lalli se surpassa. De là les scènes les plus honteuses et Je» plus destructives de la subordination et de la discipline. On a vu des officiers se colleter avec des soldais, et mille autres actions infâmes, dont Je détail, renfermé dans les bornes de la vérité la plus exacte , paraîtrait une exagération monstrueuse.*
[*7 décembre 1758] Le comte de Lalli écrivait avec encore plus de désespoir cette lettre funeste : «L'enfer m'a vomi dans ce pays d'iniquités, et j'attends comme Jonas la baleine qui me recevra dans son ventre.»
^ Dans un tel désordre rien ne pouvait réussir. On leva le siège après avoir pi rdu une partie de l'armée [18 février i/5o]. l«es autres entreprises furent encore plus malheureuses sur terre et sur mer. Les troupes se révoltent, on les apaise à peine. Le général les mène dans la province d'Arcate, pour reprendre la forteresse de Vnndavachi; les Anglais s'en étaient emparés après deux tentatives inutiles, dans l'une desquelles ils avaient été complètement battus par le chevalier de Geogeghan. Lalli les osa attaquer avec des forces inférieures: il les eût vaincus s'il eût été secondé ; mais il ne remporta de cette expédition que l'honneur d'avoir donné une nouvelle preuve de ce courage qui fesait son caractère.
Après bien d'autres pertes, il fallut enfin se retirer dans Pondichéri. Une escadre de seize vaisseaux anglais obligea l'escadre française, envoyée an secours de la colonie , de quitter la rade de Pondichéri après une bataille indécise, pour se radouber dans Pile de Bourbon.
11 y avait dans la ville soixante mille babitans noirs, et cinq à six cents familles d'Europe , avec très peu de vivres. L*e général proposa d'abord de faire sortir les noirs qui aflamaient Pondichéri ; mais comment chasser soixante mille hommes ?
Le conseil n'osa l'entreprendre. Le général, ayant résolu de soutenir le siège jusqué 1 extrémité; et, ayant publié un ban par lequel il était défendu, sous' peine de mort, de parler de se rendre,
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fut forcé d'ordonner une recherche rigoureuse des provisions dans toutes les maisons de la ville. Elle fut faite sans ménagement jusque chez l'intendant, chez tout le consc» et les principaux officiers. Cette démarche acheva d'irriter tous les esprits déjà trop aliénés. On ne savait que trop avec quel mépris et quelle dureté il avait traité tout le conseil. 11 avait dit publiquement dans une de ses expéditions :«Je ne veux pas attendre plus long-temps l'arrivée des munitions qu'on m a promises. J'y attellerai, s'il le faut, le gouverneur Leyrit et tous les conseillers. • Ce gouverneur Leyrit montrait aux officiers une lettre adressée depuis long temps à lui-même, dans laquelle étaient ces propres paroles :
t J'irais plutôt commander les Cafres que de rester dans cette Sodôme, qu'il n'est pas possible que le feu des Anglais ne détruise tôt ou tard, au défaut de celui du ciel. »
Ainsi , par ses plaintes et ses emportemens, Lalli s'était fait autant d'ennemis qu'il y avait d'officiers et d'babitans dans Pondichéri. On lui rendait outrage pour outrage ; on affichait à sa porte des placards plus insoltans encore que ses lettres et ses discours. Il en fut tellement ému , que sa tête en parut quelque temps dérangée. La colère et l'inquiétude produisent souvent ce triste effet. Un fils du nabab Chandasaeb était alors réfugié dans Pondichéri auprès de sa mère. Un officier débarqué depuis peu avec la flotte française qui s'en était retournée , homme aussi impartial que véridique, rapporte que cet Indien > ayant vu souvent sur son lit le général français absolument nu, chantant la messe et les psaumes, demanda sérieusement A un officier fort connu si c'était l'usage en France que 1*3 roi choisît un fou pour son grand-vizir. L'officier étonné lui dit : € Pourquoi me faites-vous uoe question aussi étrange?
— C'est, répliqua l'Indien, parce aue votre grand-vizir nous a envoyé un fou pour rétablir les affaires de l'Inde.»
Déjà les Anglais bloquaient Pondichéri par terre et par mer. Le général n'avait
1>lus d'autre ressource que de traiter avec es Marattes qui l'avaient battu. Us lui promirent un secours de dix-huit mille hommes; mais, sentant quon n avait point d'argent à leur donner, aucun Maralte ne parut. On fnt obligé de se rendre. [i3 janvier 1661] Le conseil de
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Pondichéri somma le comte île Lailir de capituler. Il assembla uq conseil de guerre. Les officiers de ce conseil conclurent à se rendre prisonniers de guerre, suivant les cartels établis; mais le général Gootes voulut avoir la ville à discrétion. Les Français avaient démoli Saint-David:
les Anglais étaient en droit de faire uo désert de Pondichéri. Le comte de Lalli eut beau réclamer le cartel de vive voix et par écrit. On périssait de faim dans la ville. [16 janvier] Elle fut livrée aux vainqueurs , qui bientôt après rasèrent les fortifications , les murailles , les magasins, tous les principaux logemens.
Dans le temps même que les Anglais entraient dans la ville , les vaincus s'accablaient réciproquement de reproches et d'injures. Les kabitans voulurent tuer leur général. Le commandant anglais fut obligé de lui donner une garde. On le transporta malade sur un palanquin. Il avait deux pistolets dans les mains, et il en menaçait les séditieux. Ces furieux, respectant la garde anglaise , coururent à un commissaire des guerres , intendant de l'armée , ancien officier, chevalier de Saint-Louis *. Il met l'épée à la main. Un des plus échauffés s'avance à lui, en est blessé et le tue.
Tel fut le sort déplorable de Pondichéri, dont les habitans se firent plus de mal qu'ils n'en reçurent des vainqueurs. On transporta le général et plus de deux mille prisonniers en Angleterre» Dans ce long et pénible voyage, ils s'accusaient les uns les autres de leurs communs malheurs.
A peine arrivés à Londres, ils écrivirent contre Lalli et contre le très petit nombre de ceux qui lui avaient été attachée. Lalli et les siens écrivaient contre le conseil, les officiers et les habitans. Il était si persuadé qu'ils étaient tous répréhcnsibles, et que lui seul avait raison, qu'il vint à Fontainebleau, tout prisonnier qu'il était encore des Anglais, et qu'il offrit de se rendre à la Bastille. [Novembre «76a] On le prit au mot.
Dès qu'il fut enfermé, la foule de ses ennemis, que la compassion devait diminuer, augmenta. Il fut quinze mois en prison sans qu'on l'interrogeât.
En 1764 il mourut à Paris un jésuite nomme Lavaur, long-temps employé
* Il «'appelait Dubois.
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dans çes missions des Indes , où l'ou s'occupe des affaires profanes sous le pré texte des spirituelles , et où l'on a souvent
gagné plus d'argent que d'aines. Ce jésuite demandait au ministère uiie pension de quatre cents livres pour aller faire son salut dans le Périgord , t>a patrie, et l'on trouva dans sa cassette environ onze cent mille livres d'effets, soit en billets, soit en or ou en diamans. C'est ce qu'on avait vu depuis peu à Naples à la mort du fameux jésuite Peppe, qu'on fut près de canoniser. On ne canonisa point Lavaur; mais on séquestra ses trésors. Il y avait dans celle cassette un long mémoire détaillé contre Lalli, dans lequel il était accuse de péculat et de lèse-majesté. Les écrits des jésuites avaient alors aussi peu de crédit que leurs personnes, prosentes dans toule la France; mais ce mémoire parut tellement circonstancié , et les ennemis de Lalli le firent tant valoir, qu'il servit de témoignage contre lui.
L'accusé fut d'abord traduit au Chatelet , et bientôt au parlement. Le procès fut instruit pendant deux années. De trahison , il n'y en avait point, puisque, s'il eût été d'intelligence avec les Anglais , s'il leur eût vendu Pondichéri, il serait reste parmi eux. Les Anglais d'ailleurs ne sout pas absurdes , et c'eût été l'être que d'acheter une place affamée qu'ils étaient sûrs de prendre , étant mailrcs de la terre et de la mer. De péculat , il n'y en avait pas davantage , puisqu'il ne lut jamais chargé ni de l'argent du roi ni de celui de la compagnie; mais des duretés, des abus de pouvoir, des oppressions, les juçes en virent beaucoup dans les dépositions unanimes de ses ennemis.
Toujours fermement persuadé qu'il n'avait élé que rigoureux et non coupable , il youssa son imprudence jusqu'à insulter dans ses mémoires juridiques des officiers qui avaient l'approbation générale. Il voulut les déshonorer « eux et tout le conseil de Pondichéri. Plus il s'obstinait a vouloir se laver à leurs dépens , plus il se noircissait. Ils avaient tous de nombreux amis , et il n'en avait point. Le cri public sert quelquefois de preuve, ou du moins for ti tic les preuve*. [6 niai 176*6] Les juges ne purent prononcer que sidvant les allégations. Èb condamnèrent le lieutenant général Lalli cà être décapité, comme dûment atteint d'avoir trahi les intérêts du roi , de FéUA •
et de la compagnie des Indes, d'abus d'autorité , vexations et exactions. »
11 est nécessaire de remarquer que ers mots trahi les intérêts du roi ne signifient pas ce qu'on appelle en Angleterre haute trahison, et parmi nous lèsrmajesié. Trahir Us intérêts ne signili ç dans notre langue que mal conduire, oublier les intérêts de quelqu'un , nuire à ses intérêts, et non pas être perfide et traître. Quand ou lui lut son arrêt, sa surprise et son indignation furent si violentes, qu'ayant par hasard dans la main un compas dont il s'était servi dans sa prison pour faire des cartes de la cote de Coromandel , il voulut s'en percer le cœur. On l'arrêta. Il s'emporta contre ses juges avec plus de fureur encore qu'il n'en avait étalé contre ses ennemis. C'est peut-être une nouvelle preuve de la forte persuasion où il fut toujours qu'il méritait des récompenses plutôt que des châtimens. Ceux qui connaissent le cceur humain savent que d'ordinaire les coupables se rendent justice eux-mêmes au fond de leur àme, qu'ils n'éclatent point contre les juges, qu'ils restent dans une confusion morne. Il n'y a pas un seul exemple d'un condamné, avouant ses fautes, qui ait chargé ses juges d'injures et d'opprobres. Je ne prétends pas que ce soit une preuve que Lalli lût entièrement innocent ; mais c'est une preuve qu'il croyait 1 elie. On lui mit dans la bouche un bâillon qui débordait sur les lèvres. C'est ainsi qu'il fut conduit à la Grève dans un tombereau. Les hommes sont si légers, que ce spectacle hideux attira plus de compassiou que sou supplice.
L'arrêt confisqua ses biens, en prélevant uue somme de cent mille écus pour les pauvres de Pondicbéri. On m'a écrit que cette somme ne put se trouver. Je n'assure point ce que j'ignore *. Si quelque chose peut nous convaincre de cette
* Presque toua le» journaux ont débité que le parltment de Paria avait député au roi pour le «upplîer de ne point accorder de grâce au condamné. Cela eit très faux. Un tel acharnement , incompatible avec la justice et avec l'humanité, aurait couvert le parlement d'un opprobre éternel. Il est vrai seulement que l'exécution fut accélérée de quelques heures, parce qu'on craignait que cet infortuné général ne mourut , et qu'on envoya un courrier au roi à choisi pour l'en prévenir. Voyez 1m Fragment sur TInde , à la auite de l'Histoire du parlement.
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fatalité qui entraîne tous les événement dans ce chaos des affaires politiques du monde, c'est de voir un Irlandais chassé de sa patrie avec la famille de son roi , commandant à six mille lieues des troupes françaises dans uue guerre de marrhands, sur des rivaçes inconnus aux Alexandre, aux Gengis et aux Tamerlan , mourant du dernier supplice sur.
le bord de la Seine , pour avoir été pris par di s Anglais dans l'ancien golfe du Cîangc.
Cette catastrophe, qui m'a semblé digne d'être transmise à la postérité dans toutes ses circonstances, ne ni a pas permis de détailler tous les malheurs que les Fiançais éprouvèrent dans l'Inde et dans l'Amérique. En voici un triste résumé,
La première perte des Français dans l'Inde fut celle de Chandernagor , poste important dont la compagnie française était en possession vers tes embouchures du Gange. C'était de là qu'elle tirait ses plus belles marchandises.
Depuis la prise de la ville de Clian- * dernagor, les Anglais ne cessèrent de ruiner le commerce des Français dans l'Inde. Le gouvernement de l'empereur était si faible et si mauvais, qu'il ne pouvait empêcher di s marchands d'Europe de faire des ligues et des guerres dans ses propres états. Les Anglais eurent même la har diesse de venir attaquer Surate, uue des plus belles villes de l'Inde et la plus marchande , appartenant à l'empereur. [Mars 1756] Ils la prirent, ils la 'pillèrent, ils y détruisirent les comptoirs de France , et en remporte- . rent des richesses immenses, sans que la cour aussi imbécile que pompeuse du grand-mogol parût se ressentir de cet on trage , qui etït fait exterminer dans l'Inde tous les Anglais sous l'empire d'un Aurengxeb.
Enfin, il n'est resté aux Français dans cette partie du monde que le regret d'avoir dépensé pendant plus de quarante ans des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n'a jamais fait le moindre profit, qui n'a jamais rien payé aux actionnaires et à ses créanciers du profit de son négoce ; qui , dans son administration indienne, na subsiste que d'un secret brigandage , et qui n a été soutenue que par une partie de a ferme du tabac , que le roi lui accordai : exemple mémorable et peut-être mutila
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du peu d'intelligence que la nation fran- peines arec tout l'argent prodigué sa ru
çaise a eu jusqu'ici du grand et ruineux retour.
commerce de Plnde. Pour comble de malheur, on accusait
[Mai 1757] Tandis que les flottes et des plus horribles brigandages presque
les armées anglaises ont ainsi ruiné les tous ceux qui étaient employés au nom
Français en Asie, ils les ont aussi chassés du roi dans cette malheureuse colonie,
de l'Afrique. Les Français étaient mal- Ils ont été jugés au Châtttet de Paru,
très du fleure de Sénégal , qui est une tandis que le parlement informait contre
branche du Niger; ils y avaient des forts; Lalli. Celui-ci , après avoir cent fois ei«
ils y fesaient un grand commerce de posé sa vie, l'a perdue par la main d'un
dents d'éiéphans, de poudre d'or, de bourreau , tandis que les concussionnaires
gomme arabique , d'ambre gris , et sur- du Canada n'ont été condamnes qu'a des
tout de ces nègres que tantôt leurs prin- restitutions et des amendes: tant if est
ces vendent comme des animaux , et qui de différence entre les affaires qaisem-
tantôt vendent leurs propres enfans ou blent les mêmes 1
se vendent eux-mêmes pour aller servir Dans le temps que les Anglais atto-
des Européens en Amérique. Les An- quaient ainsi les Français dans le coon-
glais ont pris tous les forts bâtis par les rient dp l'Amcriaue, ils se sont tourné»
Français dans ces contrées , et plus de du côté des lies. La Guadeloupe, petite,
trois millions tournois en marchandises mais florissante , où se fabriquait le meil-
précieuses. leur sucre , est tombée entre leurs 1
Le dernier établissement que les Fran- aani C0UP .^™r# çais avaient dans ces parages de l'A- , Enfin , Us ont pris la Martinique, qui frique était l'île de Gorée [a6 décembre éta,t ™ meiIleure et la plus riche colonie
rrance.
1758]; elle s'est rendue à discrétion, qo'eut la Pi
et il ne leur est rien resté alors dans Ce royaume n'a pu essuyer de si grands
l'Afrique. désastres sans perdre encore tous les vais-
II» ont fait de bien plus grandes perte» f»u* <lu'il ^"'JT iu preVcnir;
en Amérique. Sans entrer ici dans le l£V, °\u»e *°"C *5 ^ IT''
détail de cent petits combat. , et de la JP ^ P"Se .ouJdètrai!e ' 00 C0M1"
perte de tous les forts l'un après l'autre, Sïï,i,ilf0î tUm*]\ de* "STOSLÏ U
il suffit de dire que les Anglais ont pris felA travailler pour Angleterre ,
[ 26 juillet .758 jLouîsbourg, pour lase- *'*e™™<« blcnt* P">«-
conde fois, aussi m.l fortifiée, aussi mal Quand°<V voulu se venger de tant de
approvisionnée que la première. Enfin , if ' e* îai? UDC deace?te co Wande»
tandis nue les Anglais entraient dans Su- ? ?? * C°?te d-eS *°.mFm™ ^menses pour
rate à l'embouchure du fleuve Indus, Vfl fZ*™** ; * ,dè*
[a mars i75o] ils prenaient Ouébec et q° to florte. d? Uoée poa.r. celte dw*
tout le Canada au fond de l'AméHque ttt "T de eUc *
Septentrionale ; les troupes qui ont lia- P"^ P«rtVs\P° Pr,8e» °» Pf1*!? ?ans
sardé un combat pour P*auver Québec trVJjluSÏ*™ ?om«*
[ i 8 septembre] ont été battues et presque £L l i 1 a 1^ ?* '"n" n "
détruites, ma/gré les efforts du général î?ge." ,EnfiQ *°gIT 0D* Pm Belk-
Montcalm, tué dans cette journée e? très 5? * h Tï ** ^ U «"
regretté en France. On a perdu ainsi ne Pouvai !• «ecoonr.
- « aeul jour quinae cenfs lieues de ^nce VSÏÏX^lZ
r«o .. tant de pertes. Une flotte angla'iae avait
«ar?, ™« ,,eue? » dont ,es troîs fa* encore une descente à laiot-Cast,
2? fJLTl 1 f*dé8erl8 &lac*« n'étaient près de Saint-Mâlo ; tout le pays était
E1P Àl wUDC PCrte réelIe- Le Ca* «xPosë- Le duc d'Aiguillou , qui com-
"„ ^aucoup et rapportait très mandait dans le pays , marche sur-le-
Wtn.U:J oixieme partie de l'argent en- champ à la tête de la noblesse bretonne ,
Sovle à Zr* i, COl°?,C mï é!ë em" de <lucl<ïue» bauUlona et des milice.
France on I I tm» *n ou'il rencontre en chemin. II force les
r/kU? ' " 1 . un,«aiQ cooaidé- Anglais de se rembarquer: une partie de
Canari. Hl" °D avaitJT0U,u «outenir le leur arrière-garde est tuée, l'autre faite
naua, ec on a perdu cent années de prisonnière de guerre ; mais les Français
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•nt été malheureux partout ailleurs. Au reste , quel a été le prix de ce service du duc d'Aiguiilon et de son sang versé eo Italie ? une persécution publique et acharnée presque semblable à celle de Lalli , qui prouve que ceux-là seuls ont raison qui se dérobent à la cour et au public.
Jamais les Anglais n'oot eu tant de supériorité sur mer ; mais ils en eurent sur les Français dans tous les temps. Us avaieot détruit la marine de la France dans la guerre de 174 i ; ils avaient anéanti ceiie de Louis xiv dans la guerre de la succession d'Espagne; ils étaient les maiires des mers, du temps de Louis xiu, de Henri iv, et encore plus dans les temps infortunés de la ligue. Le roi d'Angleterre Henri vin eut le même avantage sur François icr.
Si voua remontez aux temps antérieurs, vous trouverez que les flottes de Charles vi et de Philippe de Valois ne tiennent pas contre celles des rois d'Angleterre Henri v et Edouard m.
Quelle est la raison de cette supériorité continuelle? n'est-ce pas que les Anglais ont besoin de la mer , dont les Français peuvent à toute force se passer, et que les nations réussissent toujours, comme on l'a déjà dit , dans les choses qui leur sont absolument nécessaires?
A 'est-ce pas aussi parce que la capitale est un port de mer , et orne Paris ne connaît que les bateaux de la Seine ? Seraitce enfin que le climat et le sol anglais produisent des hommes d'un corps plus vigoureux et d'un esprit plus constant que celui de France , comme il produit de meilleurs chevaux et de meilleurs chiens de chasse ? liais, depuis Bayonne jusqu'aux côtes de Picardie et de Flandre , la France a des hommes d'un travail infatigable , et la Normandie seule a subjugué autrefois l'Angleterre.
Les affaires étaient dans cet état déplorable sur terre et sur mer, lorsqu'un homme d'un génie actif et hardi, mais sage, avant d'aussi grandes vues que le maréchal de Belle-fsle , avec plus d'esprit , sentit que la France seule pouvait a peine suffire à réparer des pertes énormes. Il a su engager l'Espagne à soutenir la querelle ; il a fait une cause commune de toutes les branches de la maison de Bourbon. Ainsi l'Espagne et l'Autriche ont été jointes avec la France par le même intérêt. Le Portugal était en effet une
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province de l'Angleterre, dont elle tirait cinquante millions par an ; il a fallu la frapper par cet endroit, et c'est ce qui a déterminé don Carlos, roi d'Espagne par la mort de son frère Ferdinand , à entrer dans le Portugal. Cette manœuvre est peut-être le plus grand trait de politique dont l'histoire moderne fasse mention. Elle a encore été inutile. Les Anglais ont résisté à l'Espagne , et ont sauvé le Portugal
Autrefois l'Espagne seule était redoutée de toute l'Europe sous Philippe ii,et maintenant, réunie avec la France, elle ne peut rien contre les Anglais. Le comte de la Lippe-Schombourg, l'un des seigneurs de Westphalie, est envoyé par le roi d'Angleterre au secours du Portugal ; il n'avait jamais commandé en chef; il avait peu de troupes. Cependant, dès qu'il est arrivé, il gagne la supériorité sur les Espagnols et Tes Français réunis ; il repousse tous leurs efforts; il met le Portugal en sûreté.
Dans le même temps une flotte d'Angleterre fesait payer cher aux Espagnols leur déclaration tardive en faveur de la France.
[i3 auguste 176a] La Havane, bâtie sur la côte septentrionale de Cuba, la plus grande ile de l'Amérique, à l'entrée du golfe du Mexique , est le rendez-vous de ce nouveau monde. Le port , aussi immense que sûr, peut contenir mille vaisseaux. Il est défendu par trois forts dont part un feu croisé qui rend l'abord impossible aux ennemis. Lecooted'Albermaleet l'amiral Pocok viennent attaquer l'île; mais ils se gardent bien de tenter les approches du port , ils descendent sur une plage éloignée qu'on croyait inabordable. [i3 auguste 176a] Ils assiègent par terre le fort le plus considérable , ils le prennent et forcent la ville , les forts et toute l'île à se rendre , avec douze vaisseaux de guerre qui étaient dans le port , et vingtsept navires chargés de trésors. On trouva dans la ville vingt-quatre de nos millions en argent comptant. Tout fut partagé entre les vainqueurs , qui mirent à part la seizième partie du butin pour les pauvres» Les vaisseaux de guerre furent pour le roi, les vaisseaux marchand» pour l'amiral et pour tous les officiers de la flotte. Tout ce butin montait à quatre -vingt millions. On a remarqué que dans cette guerre et dans la précédente , l'Espagne
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avait perdu plus qu'elle ne retire de l'Amérique en vingt années.
Les Anglais, non contens de leur avoir pris la Havane dans la mer du Mexique et l'île de Cuba, coururent leur prendre dans la mer des Indes le» îles Philippines, qui sont à peu près les antipodes de Cuba. Ces lies Philippines ne sont guère moins
f grandes que r \nglr terre, l'Ecosse et 1*1 rande , et seraient plus riches si elles étaient bien administrées, une de ces îles ayant des mines d'or, et leurs côtes produisant des perles. Le grand vaisseau d'Acapulco, chargé de la valeur de trois millions de piastres, arrivait dans Manille, la capitale. [3i octobre 176a] On prit Manille, les Iles et le vaisseau surtout , malgré les assurances données par un jésuite, de la part de sainte Potamienne, patronne de la ville, que Manille ne sciait jamais prise. Ainsi la guerre, qui appauvrit les autres nations, enrichissait une partie de la nation anglaise, tandis que l'autre gémissait sous le poids des impôts les plus rigoureux, aussi bien que tous les peuples engages dans cette guerre *.
La France alors était plus malheureuse.
Toutes les ressources étaient épuisées ;
* L'archevêque de Manille était gouverneur do la place; mail il ne se conduisit pas comme l'évêque Gosliu, qui défendit Pari* contre les Normands. Il resta dans son palais. En vain quelques officiers français qui étaient dans la ville lui annoncèrent-ils que la brèche était praticable; les conseillers lui soutinrent qu'il ne fallait pas que •a «eigneurie s'exposât à 1 aller visiter; qu'ils savaient bien qu'elle ne Tétait pas : on délibérait encore, que l'assaut était donné et la ville pris». Elle fut pillée pendant quarante heures et rançonnée ensuite. Il y avait alors à Manille une illuminée, nommée la mère Paul; elle assurait nue les Anglais ient venus que pour se convertir. Les moines annonçaient que saint François paraîtrait sur la brèche, et mettrait les Anglais en fuite avec son cordon. Personne à Manille ne doutait que cette ville n'eût été sauvée par lui , lorsque les Chinois tentèrent de s'en emparer en i6o3 ; on l'avait vu suc les murailles combattre a la tête des Espagnols. Les Anglais Breut leur* approches, et établirent leurs batteries , couverte» par deux églises qui étaient hors de la ville. Le gouverneur Arandia, prédécesseur de l'archevêque, avait voulu faire abattre ce» égli*e»,saohant bien le tort qu'elle» feraient à la ville en cas de »iége; le» moine» menacèrent de l'excommunier : mais sa mort le» délivra bientôt d'un gouverneur qui préférait le «alul de la colonie à l'amitié de» moines, et cette mort fut regardée généralement à Manille comme l'effet du poison. Voyea le Voyage dans les mers des Indes, tome II, par M. Le Gontil.
presque tous ies citoyens , à l'exemple dn roi , avaient porté leur vaisselle à la mon naie. Les principales villes et quelques communautés fournissaient des vaisseaux de guerre à leurs Irais ; mais ces vaisseaux n'étaient pas construits encore ; et quand même ils l'auraient été, on n'avait p<u assez d'hommes de mer exercés.
Les malheurs passés en lésaient craindre de nouveaux. La capitale, qui n'est jamais exposée au fléau de la guerre, jetait plus de cris que les provinces souffrantes; plus de secours, plus d'argent, plus de crédit. Ceux qu'où choisissait pour régir les Gnances étaient renvoyés après quelques mois d'administration.
Les autres refusaient cet emploi, dan* lequel on ne pouvait alors que faire du mal.
[10 février 1760] Dans cette triste situation qui décourageait tous les ordres de l'état, le duc de Praslin, minisire alors des affaires étrangères, fut assez habilr- et assez heureux pour conclure la paix , dont le due de Ghoiseul, ministre de la guerre, avait entamé les négociations.
Le roi de France échangea Minorçue, qu'il rendit au roi d'Espagoe, contre Belle- lie, que l'Angleterre lui remit; mais l'on perdit , et probablement pour jamais, tout le Canada, avec ce Louisbourg, qui avait coûté tant d'argent et de soins pour être si souvent la proie de* Anglais. Toutes les terres sur la gauebe du grand fleuve Mississipi leur furent cédées. L'£spagne, pour arrondir leurs con quêtes , leur donna encore la Floride.
Ainsi du vingt-cinquième degré jusque sur le pôle, presque tout leur appartint. Ils partagèrent l'hémisphère américain avec les Espagnols. Ceux-ci ont des terre* qui produisent les richesses de convention ; ceux-là ont les richesses réelle* qui s'achètent avec l'or et l'argent, toute» les denrées nécessaires, tout ce qui sert aux manufactures. Les côtes anglaises, dans l'espace de six cents lieues , sont tram sées par des fleuves navigables , qui leur portent leurs marchandises jusqu'à quarante et cinquante lieues dans leurs terres. Les peuples d'Allemagne se sont empressés d'aHer peupler ces pays , où ils trouvent une liberté dont ils ne jouissaient point dans leur patrie. Ils sont devenus Anglais ; et , si toutes ces colonies demeurent unies à leur métropole, il n'est pas douteux que cet établissement ne fasse un jour la plus formidable puissance. La
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guerre avait commencé pour deux tu troischétives habitations, et ils y ont gagné deux mille lieues de terrain.
Les petites îles de Saint-Vincent , les Grenades, Tabago, la Dominique, leur furent encore acquises; et c'est par le moyen de ces îîes, ainsi que par la Jamaïque, qu'ils font un commerce immense avec les Espagnols , commerce sévèrement prohibé et ton jours exercé, parce •qu'il est favorable aux deux nations, et que la loi de la nécessité est toujours la première.
La France ne put obtenir qu'avec beaucoup de difficulté le droit de pèche vers Terre-Neuve, et une petite ne inculte, nommée Miquelor. , pour y faire séché* la morue, sans pouvoir y faire le moindre établissement ; triste droit, sujet à de fréquentes avanies.
La France , a laquelle on rendit Pondichévi et quelques comptoirs , fut exclue dans l'Inde de ses établissement sur le Gange; elle céda ses possessions sur le Sénégal en Afrique , mais on lui remit Gorée. On fut encore obligé de démolir toutes les fortifications de Dunkcrque du côté de la mer.
L'état perdit, dans le cours de cette funeste guerre , la plus florissante jeunesse, plus de la moitié de l'argent comptant qui circulait dans le royaume, sa marine, son commerce, son crédit. On a cru qu'il eût été Irès aisé de prévenir tant de malheurs, en s 'accommodant avec les Anglais pour nn petit terrain litigieux vers le Canada : mais quelques ambitieux, pour se faire valoir et se rendre nécessaires, précipitèrent la France dans cette guerre fatale ; il en avait été de même en L'araour-propre de deux
ou trois personnes suffit pour désoler toute l'Europe. La France avait un si pressant besoin de cette paix , qu'elle regarda ceux qui la conclurent comme les bienfaiteurs de la patrie. Les dettes dont l'état demeurait surchargé étaient plus grandes encore que celles de Louis xiv. La dépense seule de l'extraordinaire des guerres avait été en une année de quatre cent millions : mi'on juge par là du reste. La France aurait beaucoup perdu, quand même elle eût été victorieuse.
Les suites de cette paix si déshonorante et si nécessaire furent plus funestes qui la paix même. Les colons du Canada aimèrent mi«mx vivre sous les lois de la Grande-Bretagne quede venir en France;
cl quelques temps après , quand Louis xv eut cédé à la couronne d'Espagne la Nouvelle-Orléans et tout le pavs qui se tend sur la rive droite du Mississipi, il arriva, pour comble de douleur et d'humiliation, que les officiers du roi d'Espagne condamnèrent à être pendus les officiers du roi de France qui ne se soumirent à eux qu'avec répugnance. Le procureur général, son gendre, d'anciens capitaines chevaliers de Saint-Louis, des négocians, des avocats, ayant fait quelques représentations sur les formalités
au'il convenait d'observer, le coinmanant envoyé d'Espagne les invita à dîner; on leur fit leur procès au sortir de table, on les condamna à la corde , et par grâce on les arqui'husa ; ce qui est, dit-on, plus honorable. Le commandant qui Gt cette étrange exécution était ce mêmé O'Keilli, irlandais au service d'Espagne, qui fit battre depuis l'armée espagnole par les Algériens. Cette défaite a été publique en Europe et en Afrique; et l'indigne mort des officiers du roi de France, dans la iVouvelle Orlûans , at encore ignorée. ( Essai sur les mœurs. )
PONDICHÉR1 (ville de). — pr.sk et obstruction dr CRTTR viLi.E. (i5 janvier 1761). — Pendant que l'armée anglaise s'avançait vers l'occident, et qu'une nouvelle flotte menaçait la ville à l'orient, le gouverneur, comte de Lalli , avait peu de soldats. Il se servit d'une ruse assez ordinaire dans la guerre et dans la vie civile : c'e»t de paraître avoir plus qu'on n'a. Il commanda une parade sous les murs de la ville , du côté de la mer. Il ordonna que tous les employés de la compagnie y parussent comme soldats, en uniforme, pour en imposer à la flotte ennemie qui était à la rade.
Le conseil de Pondichéri et tous les emplovés vinrent lui déclarer qu'ils ne pouvaient obéir à cet ordre. Les employés dirent qu'ils ne reconnaissaient pour leur commandant que le gouverneur établi par la compagnie. Tout bourgeois d'ordinaire se croit avili d'être soldat, quoiqu'on effet ce soient les soldats qui donnent les empires. Mais la véritable raison est qu'on voulait contrarier en tout celui qui avait encouru la haine publique.
Ce fut la quatrième révolte * qu'il
* Dana nne de ces révolte» , une troupe de grenadit-r* armés de sabre» pénètre dans la chambre
PON
essuya en peu de jours. 11 ne punit les chefs de la cabale qu'en les fesaul sortir de la ville ; mais il joignit à cette peine si modérée des paroles accablantes qui ne s'oublient jamais, et qui reviennent bien fortement au cœur, lorsqu'on peut s'en venger. De plus, le général défendit au conseil de s'assembler sans son ordre. L'animosité de cette compagnie fut aussi grande que celle des parlement» de France Pétait alors contre les commandais qui leur apportaient des ordres sévères de la cour , et souvent des ordres contradictoires. 11 eut donc à combattre les citoyens et les ennemis.
La place manquait de vivres. Il fit rechercher dans toutes les maisons le peu de superflu qu'on y pourrait trouver pour fournir aux troupes une subsistance nécessaire. On commença par celle du général ; mais on prétendit que ceux qui étaient chargés de ce triste détail n en usaient pas avec assez de discrétion chez des officiel» principaux, dont le nom ou Ja personne méritait des ménagemens.
Les cœurs, déjà trop irrités, furent ulcérés au dernier point : on criait à la tyrannie. M. Dubois, intendant de l'armée, oui remplit ce devoir, devint l'objet de l'exécration publique. Quand des ennemie vainqueurs ordonnent une telle recherche, personne n'ose murmurer ; mai.*, lorsque le général l'ordonnait pour sauver la ville, tout s'élevait contre lui.
L'officier était réduit à une demi-livre de riz par jour, le soldat à quatre onces *• La ville n'avait plus que trois cents soldats noirs et sept cents français pressés par la faim pour se défendre contre quatre mille soldats d'Europe et dix mille noirs. Il fallait bien se rendre. Lalli , désespéré , agité de convulsions , l'esprit accablé et égaré, voulut renoncer au commandement , et en charger le brigadier de Landivibiau , qui se garda bien d'accepter un poste si délicat et si funeste. Lalli fut réduit à ordonner le malheur et la honte de la colonie. Au milieu de toutes ces crises, il recevait chaque jour des billets ano-
du général , et lui demande de l'argent avec insolence ; Lalti seul 1rs charge, l'épée à la main , et lea chasse de «a chambre : on a imprimé depuia qu'il était an llehe.
* Le général avait deux rations et deux petite pains. Une pauvre femme chargée d'enfans lui demanda des secoure, et il ordonna de lui donner tous les jours la moitié de se qui était réservé pour loi.
PON
nymes qui le menaçaient du fer et du poison. Il se crut en elic t empoisonné ; il tomba en épilepsie ; et le missionnaire Lavaur alla dire dans toute la ville qu'il fallait prier Dieu pour ce pauvre Irlandais qui était devenu fou.
Cependant le péril croissait: les troupes anglaises avaient abattu la malheureuse haie qui entourait la ville. Le général voulut assembler le conseil mixte du civil et du militaire, qui tâcherait d'obtenir une capitulation supportable pour la ville et pour la colonie. Le conseil de Pondichéri ne répondit que par uo refus, s La démarche nous semble précipitée, » dus ait-il. Lalli fit une seconde démarche et essuya un nouveau refus. « Vous nous avez cassés, dit alors le conseil; nous ne
sommes plus rien — Je ne vous ai
point cassés, répondit le général; je vous ai défendu de vous assembler sans ma permission, et je vous commande au nom du roi de vous assembler et de former un conseil mixte, qui cherche les
: de
le la colonie entière et le vôtre. » Le conseil répliqua par cette sommation , qu'il lai fit siguiber :
s Nous vous sommons, au nom de tous les ordres religieux, de ions les habitons, et au nôtre, de demander dans l'instant une suspension d'armes a M. Coûtes (c'était le commandant anglais) ; et nous vous rendons responsable envers le roi de tous les malheurs que des délais hors de saison pourraient occasionner. »
Cependant les Anglais s'approchent; on croit qu'ils préparent un assaut. Lalli ordonne à la garnison et aux habitans de prendre les armes , distribue aux soldat* exténués de fatigue le seul tonneau de vin qui lui reste; et, quoique mourant, se fait porter sur la brèche , où il e§pénit trouver une mort glorieuse. Les Anglais se gardèrent bien d'attaquer une place qu'ils allaient prendre sam> combat.
Le général assembla alora un conseil de guerre, composé de tous les principaux officier» qui fesaient encore le service: ils conclurent à se rendre; mais ils diG'ëraient sur les conditions. Le comte de Lalli, outré contre les Anglais, qui avaient, disait.il , violé en plus d'une occasion le cartel établi entre (es deux nations, fit une déclaration particulière, dans laquelle il leur reprochait leurs infractions aux traités. Ce n'était pas une politique prudente de parler de leurs torts à des vain-
POtS
queurs, et d'aigrir ceux qu'il fallait fléchir; mais tel était «on caractère. Après leur avoir exposé se» plaintes, il demandait qu'on laissât un asile à la mère et aux soeurs d'un raïa, qui s'étaient réfugiées à Pondichéri, lorsque ce raïa eut été assassiné dans le camp des Anglais nu ïme. Il leur reprochait vivement, selon sa coutume . d avoir souffert celte barbarie. Le colonel Cootes ne fit aucune réponse à cette déclaration hardie. Le conseil de Pondichéri envoya de son cote au commandant anglais des articles de capitulation , rédiges par le jésuite, Lavaur: ce missionnaire les porta lui-même. Cette démarche aurait été honue au Paraguay, mais non pas avec des Anglais. Si Lalli les offensait en les accusant d'injustice et de cruauté, on les offensait davantage en députant un jésuite intriguant pour négocier avec des guerriers victorieux. Le colonel ne daigna pas seulement lire les articles du jésuite ; ma;s il donna les siens. Les voici :
« Le colonel Cootes veut que les Français se rendent prisonniers de guerre, pour être traités comme il conviendra aux intérêts du roi son maître, il aura pour eux toute l'indulgence qu'exige l'humanité.
■ Il enverra demain matin , entre huit et neuf heures, les grenadiers deson régiment prendre possession de la porte Vilmour.
« Après-demain, à la même heure, il prendra possession de la porte Saint- Louis.
■ La mère et les soeurs du raïa seront escortées à Madras. On aura tout le sein possible d'elles, et un ne les livrera point a leurs ennemis. Fait à notre quartier général, près de Pondichéri, le r5 janvier 1761.»
Il fallut obéir aux ordres du colonel Cootes. Il entra dans la ville. La petite arnison mit bas les armes. Le colonel ne îna point avec le général, contre lequel il était piqué, mais chez le gouverneur de la compagnie, nommé Duval de Leirit, avec plusieurs membres du conseil.
M. Pigot, gouverneur de Madras pour la compagnie anglaise , réclama son droit sur Poiuiicheri : on ne put le lui disputer, parce que c'était lui qui payait les troupes. Ce fut lui qui régla tout après la conquête. Lfl mi néral Lalli était toujours très malade; il demanda à ce gouverneur anglais la permission de rester encore quatre jouis a Pondichéri : il fut refusé;
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on lui signifia qu'il fallait partir le lendemain pour Madras.
Kous pouvons remarquer, comme une chose assez singulière, que Pigot était d'uue origine française , comme Lalli d'une origine irlandaise : l'un et l'autre combattait ci ntie son ancienne patrie.
Celle rigueur fut la plus légère que le général essuya. Les employés de la compagnie , les officiers de ses troupes, qu'il avait insultés lorsqu'il devait les punir, se réunirent tous contre lui. Lesemployés surtout l'insultèrent jusqu'au moment de son départ, affichant contre lui des placards, jetant des pierres à ses fenêtres, l'appelant a grands cris traître et scélérat. La troupe grossissait, parles indiffère ns qui s'y joignaient, et qui étaient bientôt échauffés de la fureur des autres. Lne troupe d'assassins, à la tète de la
2u« Ile on voyait un conseiller de l'Inde, « puis un des priucipaux témoins admis a déposer contre lui, l'attendait à la place par laquelle on devait le transporter couché sur un palauquin, suivi au loin de quinze housards anglais nommes pour 1 escorter pendant sa route jusqu'à Madras. Le colonel Cootes lui avait permis de se faire accompagner de quatre de ses gardes jusqu'à la porte; les séditieux environnèrent son lit en le chargeant d'injures, et en le menaçant de le tuer. Ou eût cru voir des esclaves qui voulaient assommer de leurs fers un de leurs compagnons. 11 continua sa marche au milieu d'eux , tenant de ses mains affaiblies deux pistolets. Ses gardes et les housards anglais le gaiantirent de leur fureur *.
Les séditieux s'en prirent à M. Dubois, ancien et brave officier, âgé de soixante et dix ans, intendant de l'armée, qui
Passa un moment après. Cet intendant, homme du roi, fut assassiné ; on le vola; on le dépouilla nu; on l'enterra dans un jardin : ses papiers furent saisis sui-lechamp dans sa maison , et on ne les a jamais revus.
Pendant que le général Lalli était conduit à Madras, des employés de la compagnie obtinrent à Pondichéri la permission d'ouvrir ses coffres, comptant) trou* ver d*.s trésors en or, eu diamans, en lettie> de change : ils n'y truuven ut qu'un peu de vaisselle, dc> hard ça, des papiers
* L'officier anglaii voulait charger ce* ini»^rablea; Lalli l'en empêcha, et eut la géuéroiûé de leur sauver la vie.
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586 POR
inutiles j et Ha n'en furcntque plus acharnés ; ces mêmes effets furent saisis par la douane anghisc, jusqu'à ce que Lalli eût satisfait aux dettes qu'il avait < ontrac en son nom , pour la défense de la plac.
Accablé M chagrins et de maladies, . Lalli, prisonnier dans Madwts, demanda vainement qu'on différât son transport en Angle! erre il ne put obtenir cette grâce. On le mena de force a bord d'un vaisseau marchand , dont le capitaine le traita inhumainement pendant toute la traversée.
On ne lui donnait pour tout soulagement que du bouillon de porc. Ce patron anglais noyait devoir traiter ainsi un Irlandais au service de France. Bientôt les officiers, le conseil de Pondichéri et les principaux employés furent obligés de le •uivve; mais, avant d'être transférés, ils curent la douleur de voir comm- ucer la démolition de toutes les fortifications quffitt avaient faites à leur ville, la destruction de leurs immenses magasins, de leurs halles , de tout ce qui potrttnl servir au commerce comme à ta défense, et jusqu'à leurs propres maisons. Lalli avait obtenu du général Cootcs la conservation de la ville, mais Cootes riè commandait plus à Pondiehéii.
M.Dnpré, nommé gouverneur parle f ooseil vie Madras , pressait cette destruction. C'était (à ce qu'on a mandé) le petit-fils d'un de ces Français que la ri gueur delà révocation de l'édit de Nantes força de s'exiler de leur patrie et de servir con're elle. Louis xrv ne s'attendait pas qu'au bout d'enviion quatre-vingts ans la capitale de sa compagnie des Indes serait détruite par un Français.
Le jésuite Lwaur eut beau lui écrire : a Monsieur, êtes-vous également pressé do détruire la maison ou nous avons un aotcl domestique pour y continuer en cachette l'exercice de notre religion?» etc.
Dupré se soucia fort peu que Lavaur dit la messe en cachette : il lui répondit que le général Lalli avait rase Saint-David, et n'avait donné que trois jours aux habitans pour transporter leurs effets ; que le gouverneur de Madras avait ac cordé trois mois aux habitans de Pondichéri ; que les Anglais calaient au moins le, Trancaisen générosité; mais qu'il fallait partir et aller dire la inesse ailleurs. Alors la ville fut impitoyablement rasée, saut, que le* Français pu*se*U avoir loo+oit de se plaindre. {Siècle de Louis XV .) . PORT - MAI! OIS ( prise de ) (no juin 1755). — llrcstaitaux AnglaisTcspérance
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de défendre la citadelle de Fort-Mahon , qu'on regardait, après Gibraltar, comme la place de l'Europe la plus forte , par 6a situation , par la nature de son terrain, et par trente ans de soins qu'on avait mis u la fortifier: c'était partout un roc uni; c'étaient des fossés profonda de vingt pieds, et en quelques endroita de trente, taillés dans ce roc; c'étaient quatre-vingts mines sous des ouvrages devant lesquels il était impossible d'ouvrir la tranchée : tout était impénétrable au canon, et la citadelle entourée partout de ces fortifications extérieures taillées dans le roc vit.
Le maréchal de Richelieu tenta une ent reprise plus hardie que n'avait été celle de Bcrg-op-Zoom ; et: fut de donner à la fois un assaut à tous ces ouvrages qui défendaient le corps de la place. Il fut secondé dans cette entreprise audacieuse par le comte de Maillebois, qui dans cette guerre déploya toujours de grands taleos. déjà exercés dans l'Italie.
On descendit dans les fossés malgré le feu de l'artillerie anglaise; on planta dv> échelles hautes de trehse pieds : les officiers et les soldats, parvenus au dernier échelon, s'élançaicntsurle roc eu mon/ tnt sur les épaules les uns des autres : c'est par cette audace difficile à comprendre qu'ils se rendirent maîtres de tous les ouvrages extérieurs. Les troupes s'y port, rent avec d'autant plus de courage qu'elles avaient aifaire à près de trois mille Anglais , secondés de tout ce que la nature et l'art avaient fait pour les détendre.
• Lelendemainlaplaceserendit[2ojuin].
Les Anglais ne pouvaient comprendre comment les soldats français avaient escaladé ces fossés, dans lesquels il n'était guère possible à un homme de sanu-li «d cle descendre. Cette action donna une grande gloire au général et à la nation : mais ce fut le dernier de ses succès contrr l'Angleterre.
On fut si indigné à Londres de n'avoir pn l'emporter sur mer contre les Français, que l'amiral Bing , qui avait combattu le marquis de La Galissonnière, fut, d'après ses instructions qui lui ordonnaient de tout risquer pour faire entrer daus le port Mahon un convoi qu'il escortait, condamné par une cour martiale à être arquebusé, en vertu d'uuc ancienne loi portée du temps de Charles 11. En vain le maréchal de Iticheliou envoya à l'auteur de cette histoire une déclaration qui pas» tif.ait l'amiral Bing, déclaration parve»
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nue bientôt au roi d'Angleterre; en vain les juges même recommandèrent fortement h; condamné à la clémence du roi, qui a le droit de faire grâce ; cet amiral tut exécuté. Il était fils d'tin autre amiral qui avait gagné la bataille de Messine en 1618. Il mourut avec une grande fermeté; et, àvaut d'être frappé, il entoya son mémoire justificatif à l'auteur, et ses remercîmens au maréchal de Richelieu.
(Siècle de Louis XV.) PORTUGAIS. — Liens dkcouvbrtks. — Jusqu'ici nous n'avons guère vu que des hommes dont l'ambition se disputait ou troublait la terre connue. Une ambition qui semblait plus utile au monde, mais qui ensuite ne fut pas moins funeste, excita enfin l'industrie humaine à chercher de nouvelles terres et de nou\ elles mers.
Ou sait que la direction de l'aimant vers le nord , si long-temps inconnue aux peuples» les plus savans, fut trouvée dans le temps de l'ignorance, vers M lin du treizième siècle. Flavio Goia , citoyen d'Amalfi, au royaume de \aples, inventa bientôt après la boussole; il marqua l'aiguille aimantée d'une fleur de lis, parce q^uc cet ornement entrait dans les armoiries des rois de tapies , qui étaient de la maison de France.
Cette invention resta long-temps sans usage ; et les vers que Fauchet rapporte pour prouver qu'on s'en servait avant l'an i5oo, sont probablement du quatorzième siècle.
On avait déjà trouvé les îles Canari' ft: sans le secours de la boussole, vers le commencement du quatorzième siècle.
Ces îles , qui , du temps de Ptolomée et de Pliue , étaient nommées les lies Fortunées, furent fréquentées des Romains, maîtres de l'Afrique Tingitane, dont elles ne sont pas éloignées; mais la décadence de l'empire romain ayant rompu toute communication entre les nations d'Occident, qui devinrent toutes étrangères l'une à l'autre, cëi liés furent perdues pour nous. Vers l'an 1000, des Hiscaycns les retrouvèrent. Le prince d'Espagne, fcOtiia de la Cérda , fils de celui qui perdit le trône , ne pouvant être roi d'Espagne, demanda, l'an i3o6, au pape Clément v, le titre de roi des Iles Fortunées; et, comme les papes voulaient donner alors les royanmes réels et imaginaires, Clément vi le couronna roi de ces îles dans Avignon. La Ceida aima mieux rester
dans la France, son asile, que d'aller dans les Iles Fortunées.
Le premier usage bien avéré de la boussole fut fait par des Anglais, sous le règne du roi Edouard m.
Le peu de science qui s'était conservé chez les hommes était renfermé dans les cloîtres. Un moine d'Oxford , nommé Linna , habile astronome pour son temps, pénétra jusqu'à l'Islande, et dressa des cartes des mers septentrionales, dont on se servit depuis, bous le règne de Henri vi.
Mais ce ne fut qu'au commencement du quinzième siècle que se firent les grandes et utiles découvertes. Le prince Henri de Portugal, fils du roi Jean 1", qui les commença, rendit son nom plus glorieux que celui de tous ses contemporains. 11 était philosophe, et il mit la philosophie à faire du bien au monde : Talent de tien faire, était sa devise.
A cinq dégrés en deçà de notre tropique est un promontoire qui s'avance dans la mer Atlantique, et qui avait été jusque là le terme des navigations connues : on l'appelait cap Non : ce monosyllabe marquait qu'on ne pouvait le passer.
Le prince Henri trouva des pilote^ assez hardis pour doubler ce cap , et jwur aller jusqu'à celui de Boyador, qui d'est qu'à deux degrés du tropique ; mais cè nouveau promontoire, s'avançant I7>pacc «le six vingts milles dans l'Océan, bordé de tous côtés de rochers, de bancs de sable et d'une mer orageuse , découragea les pilotes. Le prince , que rien ne décourageait, en envoya d'autres. Ceuxci ne purent passer; mais, en s'en retournant par la grande mer C 1 1 1 9 3 >'s rétrouvèrent l'île de Madère , que sans doute les Carthaginois avaient connue, et que l'exagération avait fait prendre pour uMc île immense, laquelle , par une autre exagération, a passé dans l'esprit de quelques modernes pour l'Amérique même. On lui donna le nom de Madère, parce qu'elle était couverte de bois, et que madera signifie bois, d'où nous est venu le mot de madrier. Le prince Henri y lit planter des vignes de Grèce, et des cannes de sucre, qu'il tira de Sicile et de Chypre, où les Arabes les avaient apportées des Indes; et ce sont ces cannes de sucre qu'on a transplantées depuis dans les îles de l'Amérique , qui en fournissent aujourd'hui l'Europe.
Le prince dort Henri conserva Madère;
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mais il fut oblige de céder aux Espagnols les Canari»!», dont il s'était emparé. Les fypagnaU figeai valoir le droit de Louis de La Cerda , et la bulle de Clément v.
Le cap Boyador avait jeté une telle épouvante dans l'esprit de tous les pilotes, que pendant treize années on n'osa tenter le passage. Enfin la fermeté du prince Henri inspira du courage [i j4*>]. On passa le tropique ; on alla à près de quatre cents lieues par-delà jusqu'au Cap- \ Bit. C'est par ses soins que furent trouvées les iles du Cap -Vert et les Açores [i46o]. S'il est vrai qu'on vit sur un rocher des Açores une statue représentant un homme a cheval [1461], tenant la main gauche sur le cou du cheval, et montrant l'Occident de la main droite, on peut croire que ce monument était des anciens Carthaginois: l'inscription, dont on ne put connaître les caractères , semble favorable à cette opinion.
Presque toutes les côtes d'Afrique qu'on avait découvertes étaient sons la dépendance des empereurs de Maroc, qui , du détroit de Gibraltar jusqu'au fleuve du Sénégal, étendaient leur do-, mutation et leur secte à travers les désert s. Mais le pays était peu peuplé, et les habitaus n'étaient guère au-dessus des brutes. Lorsqu'on eut pénétré au delà du Sénégal, ou fui surpris de voir que le* hommes étaient entièrement noirs au midi de ce fleuve, tandis qu'ils étaient de couleur cendrée au septentrion. La race des nègres est une espèce d'hommes difle rente de la nôtre, comme la race des épagnenls l'est di s lévriers. Lameinbranemuqueuse, ce résau que la nature a étendu entre les muscles et la peau, est blanche chez nous, chez eux noire, bronzée ailleurs. L< célèbre HuVsb fut le premier de nos jours
2 ai, en disséquant un nègre à Amsterdam, fut assez adroit pour enlever tout ce réseau muqueui. Le czar Pierre l'acheta ; mais lùjysh en conserva une petite partie que j'ai vue, et qui ressemblait a de la gaze noire. Si un nègre se fait une brûlure, sa peau devient brune, quand le réseau a été offensé; sinon, la peau renaît noire. La forme de leurs yeux n'est point la nôtre. Leur laine noire ne ressemble point à nos cheveux; et on peut dire que , si leur intelligence n'est pas d'une autre espèce que notre entendement, elle est fort inférieure. Ils ne sont pas capables d'une grande attention; ils combinent peu , et ne paraissent faits ni
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pour les avantages ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l'Afrique, comme les éléphans et les singes ; guerriers hardis et cruels dans l'empire de Maroc, souvent même supérieurs aux troupes basaoées, qu'on appelle Hanches , ils se croient nés en Guinée pour être vendus aux blancs et pour les servir.
II y a plusieurs espèces de nègres :
ceux de Guiuée , ceux d'Ethiopie , ceux de Madagascar, ceux des Indes , ne sont pas les mêmes. Les noirs de Guinée , de Congo, ont de la laine; les autres, de longs crins. Les peuplades doîks oui avaient le moins de commerce avec les autres nations, ne connaissaient aucun culte. Le premier degré de stupidité est de ne penser qu'au présent et au besoin du corps. Tel était 1 état de plusieurs nations, et surtout des insulaires. Le second degré est de prévoir à demi, de ne former aucune société stable, de regarder les astres avec admiration, et de célébrer quelques fêtes , quelques réjouissances au retour de certaines saisons , à l'apparition de certaines étoiles, sans ailer plus loin , et sans avoir aucune notion distincte. C'est entre ces deux degrés d'imbécillité et de raison commencée, que plus d'une nation a vécu pendant des siècles.
Les découvertes dts Portugais étaient jusqu'alors plus curieuses qu'utiles. 11 fallait peupler les îles, et le commerce des côtes occidentales d'Afrique ne produisait pas de grands avantages. On trouva enfin de l'or sur les côtes de Guinée, mais en petite quantité, sous le roi Jean 11. C'est de là qu'on donna depuis le nom de guinées aux monnaies que les Anglais firent frapper avec l'or qu'ils trouvèrent dans le môme pays. . .
Les Portugais, qui seuls avaient la gloire de reculer pour nous les bornes de la terre , passèrent l'équateur, et découvrirent le royaume de Congo : alors on aperçut un nouveau ciel et.de nouvelles étoiles.
Les Européens virent» pour la première fois, le pôle austral et les quatre étoiles qui en sont les plus voisines. C'était une singularité bien surprenante que le fameux Dante eût parlé, plus de cent ans auparavant, de ces quatre étoiles. « Je me tournai à main droite , dit-il dans le premier chant de son PurgiUoire , et je 1 onsidérai l'autre pôle : j'y vi* quatre étoile 3
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qui n'avaient jamais été connues que dans le premier Age du monde. » Cette prédiction semblait bien plus positive que celle de Sénèqne le tragique, qui dit dans sa MêcUe, • qu'un jour l'Océan ne séparera plus les nations, qu'un nouveau Typhis découvrira un nouveau moode, et que Tbuleueseraplusla borne de la terre.»
Cette idée vague de Sénèque tf'èst qu'une espérance probable fondée sur les progrès qu'on pouvait faire dans la navigation ; et la prophétie du Dante n'a réellement aucun rapport aux découvertes des Portugais et des Espagnols. Plus cette prophétie est claire, et moins elle est vraie. Ce n'est que par un hasard assez bizarre que le pôle austral et ces quatte étoiles se trouvent annoncés dans le Dante. II ne parlait que dans un sens figuré : son poëme n'est qu'une allégorie perpétuelle. Ce pôle, chez lui , est le paradis tenestre ; ces quatre étoiles qui n'étaient connues que des premiers hommes, sont les quatre vertus cardinales , qui ont disparu avec les temps -d'innocence. Si on approfondissait ainsi la plupart des prédictions dont tant de livres sont pleins , on trouverait qu'on n'a jamais rien prédit, et que la connaissance de l'avenir n'appartient qu'à Dieu. Mais si on avait eu besoin de cette prédiction du Dante pour établir quelque droit ou quelque opinion, comme on aurait fait valoir cette prophétie ! comme elle eût paru claire ! avec quel zèle on aurait opprimé ceux qui auraient voulu l'expliquer raisonnablement!
On ne savait auparavant si l'aiguille aimantée serait dirigée vers le pôle antarctique en approchant de ce pôle. La direction fut constante vers le nord [ i486 ]. On poussa jusqu'à la pointe de l'Afrique, où le cap des Tempêtes causa plus d'effroi que celui do Boyador; mais il donna l'espeianec de trouverai! delà de ce cap un chemin pour embrasser par la navigation le tour de l'Afrique, et de trafiquer aux Indes : des lors Û fut nommé le cap de Bonne- Espérance ; nom qui ne fut point trompeur. Bientôt le roi Emmanuel, héritier des nobles desseins de ses pères, envoya , malgré les remontrances de tout le Portugal, une petite flotte de quatre vaisseaux . sous la conduite de Vasco de Gama , dont le nom est devenu immortel par cette expédition.
Les Portugais ne firent alors aucun établissement à ce fameux cap, que les Hollandais ont rendu depuis une des plus
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délicieuses habitations de la terre; et où ils cultivent avec succès les productions des quatre parties du monde. Les naturels de ce pays ne ressemblent ni aux blancs ni aux nègres, tous de couleur d'olive foncée , tous ayant des crins. Les organes delà voix sont diflï reus des nôtres ; ils forment un bégaiement et un glossemeut qu'il est impossible aux autres hommes d'imiter. Ces peuples n'étaient point anthropophages ; au contraire, leur!» mœurs étaient douces et innocentes. 11 est indubitable qu'ils n'avaient point poussé l'usage de la raison jusqu'à reconnaitre un Etre Suprême. Us étaient dans ce deçré de stupidité qui admet une société informe , fondée sur les besoins communs. Le maître ès-arts Pierre Kolb, qui a si long-temps voyagé parmi eux , est sûr que ces peupies descendent de Cethura, l'une des femmes d'Abraham , et qu'ils adorent un petit cerf-volant. On est fort peu instruit de leur théologie; et , quant à leur arbre généalogique, je ne sais n Pierre Kolb a eu de bons mémoires.
Si la circoncision a dtt étonner les premiers philosophes qui voyagèrent en Egypte et à Colchos , l'opération des Hottcntots dut étonner bien davantage :
on coupe un testicule à tous les mâles, de temps immémorial , sans que ces peuples sachent pourquoi et comment cette coutume s'est introduite parmi eux. Quelques-uns ont dit aux Hollandais que ce retranchement les rendait plus légers à la course ; d'autres , que les herbes aromatiques dont ou remplace le testicule coupé, les rendent plus vigoureux. Il est certain qu'ils n'en peuvent rendre qu'une mauvaise raison , et c'est l'origine de bien des usages dans le reste de Ta terre.
[ >497] Gama , ayant doublé la pointe de l'Afrique, et remontant par ces mers inconnues vers 1 equatcur, n'avait pas encore repasse le capricorne, qu'il trouva, vers Sofa la, des peuples policés qui parlaient arabe. De lu hauteur des Canaries jusqu'à Sofala , les hommes, les animaux, les plantes, tout avait paru d'une espèce nouvelle. La surprise fut extrême de retrouver des hommes qui ressemblaient à ceux du continent connu. Le mahoroétisme commençait à pénétrer parmi eux : Itt musulmans, en allant à l'orient de l'Afrique, et les chrétiens, en remontant par l'occident , se rencontraient à une extrémité de la terre.
[1498] Ayant enfin trouvé des pilotes
uiahomOUns à quatorze dcgiv» de lalitudf méridionale, il aborda dans h;» Grandes Inde», au royaume de Calicut, après avoir reconnu plus de quinze cents licucs de côtes.
Ce voyage de Gaina fut ce qui changea le commerce de l'ancien monde. Alexandre, que de» déelamateurs n'ont regardé que comme un destructeur, et qui cependant fonda plus de v ille» qu il n'en détruisit, liomme sans doute digne du nom de grand malgré ses vices, avait destiné sa ville d'Alexandrie à être le • •ut re du commerce et le lien des na lion* : elle l'avait été en effet, et sous les Pl. !< nuis , et sou> h s Ho mailla , et sous le» Arabes. Elle était l'entrepôt de l'Egypte, de l'Europe et des Indes. Venise, au quinzième sièele, tirait presque seule d'Alexandrie les denrées de l'Orient et du Midi, et s'cnrii liis>ait aux dépens du reste de l'Europe par cette industrie, et
{>ar l'ignorance des autres chrétiens. Sans e voyage de Vasco de Gama , cette république devenait bientôt la puissance prépondérante de l'Europe; mais le passage du cap de Bonne-Espérance détourna la source de ses richesses.
Les princes avaient jusque là Tait la guerre pour ravir des terres; on la lit alors pour établir des comptoirs. Dès i5oo on ne put avoir du poivre à Calicut qu'en répandant du sang.
Alphonse d'Albuquerquect d'autres fameux capitaines portugais en petit nombre combattirent successivement les rois de Calicut, d'Ormus , de Siam, et délirent la flotte du soudan d'Egypte; les Vénitiens, aussi intéressés que l'Egypte à traverser les progrès du Portugal, avaient
Sroposéà ce soudan de couper l'isthme de nez à leurs dépeus , et de creuser un canal qui eût joint le Ail à la mer Rouge [i5io, 1 5 1 1 et i5i3]. Ils eussent par cette entreprise conservé l'empire du commerce des Indes; mais les difficultés firent évanouir ce grand projet, tandis que d'Albuquçrque prenait la ville de Goa au deçà du Gange , Malaca dans la Chersonèse d'Or, Aden à l'entrée de la un r Rouge sur les côtes de l'Arabie lleurcu>e, et qu'enfin il s'emparait d'Ormus dans le golfe de Perse.
[i5i4]. Bientôt les Portugais s'établirent sur toutes les côtes de 1 île de Ceilan, qui produjt la canelle la plus précieuse , et les plus beaux rubis de l'Orient. Us eurent des comptoirs au Bengal ; ils
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trafiquèrent jusqu'à Sium, et fondèrent la ville de Macao sur la frontière de la Chine. L'Ethiopie orientale , les côtes de la mer Rouge furent fréquentées par leurs vaisseaux. Les îles Moluques, seul endroit de la terre où la nature a placé le girofle, lurent découvertes et conquises par eux. Les négociations et les combats contribuèrent à ces nouveaux ctabUssemens : il y fallut faire ce commerce nouveau à main armée.
Les Portugais, en mnin> de cinquante ans ayant découvert cinq mille licucs de côtes, furent les maîtres du coouuerct'. par l'Océan Ethiopiquc, et par h mer Atlantique. Ils eurent, ven l'an iSfo, des établissemens considérables depuis les Moluques jusqu'au golfe Persique , dans une étendue de soixante degrés de longitude. Tout ce que la nature produit d'utile, de rare, d'agréable, fut porté par eux en Europe à bien moins de frais que Venise ne pouvait le donner. La route du Tage au Gange devenait fréquentée. Siam et le Portu-al étaient alli< «.
( Essai sur tes mœurs. ) PORTUGAL (le). — shcovb le joug dk l'kspaunk (n décembre i&foj. — Le règne de Philippe iv ne fût qu'on epehai uemént de pertes et 3e dUçrâcc* ; et lu eointe-duc Olivarès fut aussi malheureux dans son administration que le cardinal de Richelieu fut heureux dans la sienne.
[i6u5]Lcs Hollandais, qui cornnui cèrent la guerre à l'expiration de fa trèi des douze années, enlèvent le Brésil a l'Espagne : il leur en est resté Surinam. Ils prennent Mastricht , qui leur est enfin demeurée. Les armées de Philippe sont chassées de la Valtcline et du Picmont par les Français, sans déclaration de guerre; et enfin, lorsque la guerre est déclarée en i635, Philippe iv est mal heureux de tous côtés [16*09, l0"lo, l'Artois est envahi; la Catalogne entière, jalouse de ses privilèges auxquels il attentait, se révolte et se donne à la Franc» . le Portugal secoue le joug; une conspiration, aussi bien exécutée que bien conduite , mit sur le trône la maison de Bragance. Le premier ministre, Olivarès, eut la confusion d'avoir contribué luimême a cette gramme révolution, en envoyant de l'argent au duc de Bragance, pour ne point laisser de prétexte au refus de ce prince de venir à Madrid. Cet argent même servit â payer les coujui La révolution n'était pas difficile. Oli-
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i avait eu l'imprudence de retirer une garnison espagnole de la forteresse de Lisbonne. Peu de troupes gardaient ie royaume. [11 décembre 1640] Les peuples étaient irrités d'un nouvel nupùt ; et enfin le premier raiuistre, qui croyait tromper le due de Uragance, lui avait donné le commandement des armées. La duchesse de Manioue , vicereine, Sut chassée sans que personne prit sa défense. Un secrétaire dJélat espagnol, et un de ses commis, fuient les seules victimes immolées à la vengeance publique. Toutes les villes du Portugal mutèrent L'exemple de Lisbonne presque dans Le même jour. Jean de Bragance fut partout proclamé roi sans le moindre tumulte : un fil» ne succède pas plus paisiblement à son père. Des vaisseaux partirent de Lisbonne pour toutes les villes de H Asie et de l'Afrique , pour toutes les îles qui appartenaient à la couronne de Portugal ; il n'y en a aucune qui hésita à chasser les gouvernemens espagnols. Tout ce qui restait du Brésil, ce qui n'avait point été pris par les Hollandais sur les Espagnols , retourna aux Portugais; et enlin les Hollandais, unis avec le nouveau roi, dom Jean de Bra« gance , lui rendirent ca qu'ils avaient pris à l'Espagne dans le BrésU.
Les iles. A tores, Mozambique , Goa, Macao , furent animées du même esprit que Lisbonne. Il semblait que la conspiration eût été tramée dans toute» ces villes. On vit partout combien une domination étrangère esL odieuse, et en môme temps combien peu le ministère espagnol avait pris de mesures pour conserver tant d'états.
On vit aussi comme on (latte les rois dans leurs malheurs , comme on leur déguise des vérités tristes. La manière dont Olivaies annonça à Philippe iy la perte du Portugal est célèbre. • Je viens vous annoncer, dit-il, une heureuse nouvelle : votre majesté a gagné tous les biens du duo de Bragance ; il s'est avisé de se faire proclamer roi, et la confiscation de ses terres vous est acquise par son crime, » La confiscation n'eut pas lieu. Le Portugal devint un royaume considérable, surtout lorsque les richesses du Brésil commencèrent à lui procurer un commerce qui eût été très avantageux si l'amour du travail avait pu animer l'industrie de la nation portugaise.
( Essai sur Us mœurs. )
POUDRE A CANON. — sa câcouvaaTH.
(i33S). —.Comme il y a des opinions qui ont absolument changé la conduite des hommes, il y a des aits qui ont aussi tout changé dans le monde : tel est celui de la poudre inflammable. 11 est sur que le bénédictin Itoger Uacon n enseigna point ce secret tel que nousi'avous ; mab c'est un autre bénédictin qui l'inventa \t rs le milieu du qualoizième siècle, et c'est un jésuite qui apprit aux Chinois à l'ondre du canon au dix-septième. Ce mot de canon, qui ne veut dire que tuyau, nous a, je crois, jetés long-temps dau^ l'erreur. On se servait, dès l'année i338, de longs tuyaux de fer qui lançaient degrosses flèches enflammées, garnies de bitume et de soufre, dans les t L10 . as siégées. Ces engins diversifiés eu mille façons lésaient partie de I artillerie: voila pourquoi ou a cru qu'au siège du château de Puy Guillaume, en i338, et à d'autres, on s'était servi de canons tels qu'on les fait aujourd'hui. 11 faut des canons d<vingt-quatre livres de balle pour battre de fuites murailles, el certainement ou n'en avait point alors. C'est une erreur de eroiie que les Anglaii firent jouer des pièces de canon a la bataille d< Cïéci, en i346: il n'en est aucun vestige dans les actes de la tour de Londres; un tel fait n'eût pa:; été sans doute oublié.
Ou parle dans la nouvelle Histoire de France d'un canon fondu, en 1001 , dans la ville d'Amberg, lequel existe encore, avec cette date gravée sur la culasse.
Cette singularité surpreuante m'a paru digne d'être approfondie. M. le comte d'Holnsteiii de iiavièio a été supplié de s'pn informer; on a tout vérifié sur les lieux : ce prétendu canon n'existe pas ; la ville. d'Amberg n'eut de fortification ■ qu'eu îôaG. Ce qui a donné lieu à cette méprise, est le tombeau d'un nommé Mergue Martin , mathématicien assez, fameux pour son temps, et qui fondait des canons dans le Haut -.Palatinat ; il a uu canon sous ses pieds avec deux écussons , l'uu représentant un grillon , et l'autre un petit canon monté sur un al! Vil à deux roues. Son epitaphe porte qu'il mourut en 1 5oi ; le chiffre i5oi est très bien lait, et je ne conçois pas comment ou l'a pu prendre pour iâoi. Si on approfondissait ainsi toutes les antiquités, ou plutôt tous les . coules antiques dont on nous berce , on trouverait plus d'une vieille erreur a rectifier. (Essai sur ies mœurs.)