SUL
aurait mérité d'être appelé heureux , si la religion n'avait dans la suite divisé ses citoyens que l'amour du bien public réunissait , et si, en vendant leur courage a des princes plus riches qu'eux , ils eussent toujours conservé l'incorruptibilité qui les distingue.
Chaque nation a eu des temps où les esprits s'emportent au delà de leur caractère naturel. Ces temps ont été moins fréquens chez les Suisses qu'ailleurs. La simplicité , la frugalité , la modestie , conservatrices de Ja liberté , ont toujours été leur partage. Jamais ils n'ont entretenu d'armée pour défendre leurs frontières , ou pour entrer cher leurs voisins; point de citadelles qui servent contre les ennemis ou contre les citoyens, point d'impôt sur les peuples. Ils n'ont à payer ni le luxe ni les armes d'un maitre. Leurs montagnes font leurs remparts, et tout citoyen y est soldat pour défendre la patrie. Il y a bien peu de républiques dans le monde ; et encore doivent-elles leur liberté à leurs rochers ou à la mer qui les défendent. Les hommes sont très rarement dignes de se gouverner eux-mêmes.
(Essai sur les mœurs.)
SULLY (le duc de) — sb bktibb db la coub, bh 1610. — Rosny, depuis duc de Sully , surintendant des finances , grand-maître de l'artillerie , fait maréchal de France après la mort de Henri iv, reçut sept blessures à la bataille d'ivry.
Jl naquit à Rosni en i55a, et mourut à Villebon en 1641. Ainsi il avait vu Henri 11 et Louis xiv. Il fut grand-voyer «t grand-maître de l'artillerie; grandmattre des ports de France , surintendant des finances, duc et pair, et maréchal de France. C'est le seul homme à qui on ait jamais donné le bâton de maréchal comme une marque de disgrâce. 11 ne l'eut qu'en échange de la charge de grand-maltre de l'artillerie, que la reine régente lui ôlaen i634. 11 était très brave homme de guerre , et encore meilleur ministre , incapable de tromper le roi et d'être trompé par les financiers ; il fut inflexible pour les courtisans, dont l'avidité est insatiable, et qui trouvaient en lui une rigueur conforme à l'humeur économe de Henri iv. Ils l'appelaient le Négatif, et l'on disait que le mot de oui n'était jamais dans sa bouche. Avec cette vertu sévère il ne plut jamais qu'à son maitre , et le moment de la mort de Henri iv fut celui de sa disgrâce. Le roi Louis xm
le fit revenir à la cour quelques années après pour lui demander ses avis. Il y vint, quoique avec répugnance. Les jeunes courtisafns qui gouvernaient Louis xm voulurent, selon l'usage, donner des ridicules à ce vieux ministre, qui reparaissait dans une jeune cour avec des habits et des airs de mode passés depuis long-temps. Le duc de Sully, qui s'en aperçut , dit au roi : « Sire , quand le roi votre père , de glorieuse mémoire , me fesait l'honneur de me consulter, nous ne commencions à parler d'affaires qu'au préalable on n'eût fait passer dans l'antichambre les baladins et les bouffons de la cour. •
Il composa dans la solitude de Sully des mémoires, dans lesquels règne un air d'honnête homme , avec un style naïf, mais trop diffus.
On y trouve quelques vers de sa façon, qui ne valent pas plus que sa prose.
Voici ceux qu'il composa en se retirant de la cour, sous la régence de Marie de AJédicis ;
Adieu maison* , chlteaux, armes, canon* du roi ; Adieu conseils , trésor* déposé* à ma foi ; Adieu munition*, adieu grand* équipage*; Adieu faut de rachat* , adieu tant de ménage*; Adieu faveurs, grandeurs, adieule temps qui court; Adieu les amitié* et le* ami* de cour, etc.
Il ne voulut jamais changer de religion ; cependant il fut des premiers à conseiller à Henri iv d'aller à la messe. Le cardinal du Perron l'exhortant un jour à quitter le calvinisme, il lui répondit : «Je me ferai catholique qvand vous aurez supprimé l'Evangile; car il est si contraire à l'église romaine, que je ne peux pas croire que l'un et l'autre aient été inspirés par le même esprit. »
Le pape lui écrivit un jour une lettre remplie de louanges sur la sagesse de son ministère ; le pape finissait sa lettre, comme un bon pasteur, par prier Dieu qu'il ramenât sa brebis égarée, et con-
i'urait le duc de Sully de se servir de ses umières pour entrer dans la bonne voie. Le duc lui répondit sur le même ton ; il l'assura qu'il priait Dieu tous les jours pour la conversioo de sa sainteté. Cette lettre est dans ses mémoires.
Ce sont les écrivains qui font la réputation des ministres. Four les bien juger, il faudrait non seulement connaître les principes de l'administration, mais encore avoir lu les Ion , les réglemens , sur la nation entière , sur les différentes pro-
49'J StiL
vinces. Presque personne ne prend celle peine; et on jnge les ministres sur la parole des historiens ou des écrivains poli-
Sully et Colbert en sont un exemple frappant. Sous le règne de Louis xrv, les gens de lettres français étaient en générai plonges dans une ignorance profonde sur tout ce qui regardait l'administration d'un état; et les hommes qui se mêlaient d'affaires étaient hors d'état d'écrire deux phrases qu'on pot lire. Le système tourna vers ces objets les esprits des hommes de tous les ordres. On s'occupa beaucoup de commerce; et comme Colbert avait fait un grand nombre de règlement sur les manufactures ; comme il avait encouragé le commerce maritime, formé des compagnies , il devint dans tous les esprits le modèle des grands mi* nistres. Cependant les sciences politiques firent partout des progrès; on eberenait à les appuyer sur des principes générant et fixes , on en trouva quelques-uns. On observa dans l'administration de Colbert un grand nombre de défauts; mais on avait besoin d'offrir un autre objet à l'admiration publique, et on choisit Sully : le choix était heureux. Ministre, confident, ami d'un roi dont la mémoire est chérie et respectée , il avait conserve la réputation d un homme d'une vertu forte, d'une franchise aeatère; il avait été un sévère économe du trésor public : on opposa donc Sully à Colbert. On alla plus loin : on supposa que chacun de ces ministres avait un systèmes! 'administration , que ces systèmes étaient opposés; que l'un voulait favoriser l'agriculture, tandis que l'autre la sacrifiait à l'encouragement des manufactures. Mais il est facile, en lisant les lois qu'ils ont faites , de voir que ni l'un ai l'autre n'eurent jamais un système; de leur temps il était même impossible d'en avoir. Sully fut supérieur à Colbert, parce qu'il s'opposait avec courage aux dépenses que Henri voulait faire par générosité ou par faiblesse; au lieu que Colbert flatta le goût de Louis xiv pour les fêtes et la pompe de la cour ; que Sully mérita la confiance de Henri iv en sacrifiant pour lui ses biens et son sang, et que Colbert, après avoir gagné la confiance de Mazarin, en l'aidant à augmenter ses trésors , obtint celle de Louis xiv, en se rendant le délateur de Fouquet et l'instrument de sa perte; que Sully, terrible aux courtisans, vou-
lait ménager le peuple, et que Colher sacrifia toujours le peuple à la cour.
Sully n'encouragea le commerce des blés que par de» permissions particulières d'exporter, plus fréquentes à la vérité que du temps de Colbert, ma'u qu'il fesait quelquefois acheter ; conduite qu'un ministre , même très corrompu , n'oserait avouer de nos jours.
Tous deux n'encouragèrent de même les manufactures que par des dons et des privilèges. Ils ne songèrent ni l'un ni l'autre à rendre moins onéreuses les lois fiscales : si elles furent moins dures sous Sully, il faut moins en faire honneur à son caractère qu'aux circonstances, qui n'auraient point permis cet abus de l'antorité royale.
En un mot Sully fut un homme vertueux pour son siècle, parce qu'on n'eut à lui reprocher aucune action regardée dans son siècle comme vile ou criminelle ; mais on ne peut dire qu'il fut un grand ministre , et encore moins le pro poser pour modèle. Un général qui de nos jours ferait la guerre comme du Gueaclin serait vraisemblablement battu.
Sully eut des défauts et des faiblesses. Ami de Henri tv, il était trop jaloux de sa faveur : fier avec les grands &e« égaux , il eut avec ses inférieurs toutes les petitesses de la vanité; sa probité était incorruptible, mais il aimait a s'enrichir , et ne négligea aacun des moyens regardés alors comme permis. Obligé de se retirer après la mort de Henri iv, il eut la faiblesse de regretter sa place, et de se conduire en quelques occasions comme s'il eût désiré d'avoir part au gouvernement incertain et orageux de Louis xm. II est vrai que le mot célèbre cité par M. de Voltaire est une belle réparation de celte faiblesse, si pourtant elle est aussi réelle que l'ont prétendu ses ennemis.
( Essai sur les mœurs.) SYMPHOKOSE (sainte) et ses sept enfans. — taux m4btybs. — — On rapporte que l'empereur Adrien voulut interroger luimême l'inconnue Syiuphorose, pour savoir si elle n'était pas chrétienne. Les empereurs se donnaient rarement cette peine. Cela aérait encore plus extraordinaire que si Louis xiv avait fait Mibir ua interrogatoire a un huguenot. Vous rtmarqueres encore qu'Adrien fut le plus grand protecteur des chrétiens, loin d'être leur persécuteur.
11 eut donc une très longue conversa-