‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 162 sur 183 · TE M · texte numérisé non relu

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<jue ce n'est qu'une faute contre un séculier, et que le reste est un crime contre Dieu. Ainsi l'excès du ridicule et de l'absurdité fut joint à l'excès d'horreur. Le coupable ne fut mis en jugement que comme un prophète, et ne fut brûlé que pour avoir été fou , et non pas pour avoir été parricide. (Essai sur (es mœurs. )

TEMPLIERS.— DISTROCTIOtt DE I.KUR

obdbk (i3 octobre i3oq). — Parmi lots contradictions qui entrent dans le gouvernement de ce monde, ce n'en est pas une petite que cette institution de moines armés, qui font vœu de vivre à la fois en anachorètes et en soldats.

On accusait les templiers de réunir tout ce qu'on reproche à ces deux professions : les débauches et la cruauté du guerrier , et l'insatiable passion d'acquérir, qu'on impute à ces grands ordres qui ont fait vœu de pauvreté.

Tandis qu'ils goûtaient le fruit de leurs travaux , ainsi que les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean , l'ordre teutonique , formé comme eux dans la Palestine, s'emparait , au treizième siècle , de la Prusse , de la Livonie, de la CourLmdc, de la Samogitie. Ces chevaliers teutons étaient accusés de réduire les ecclésiastiques , comme les païens , à l'esclavage , de piller leurs biens, d'usurper les droits des évêques, d'exercer un brigandage horrible; mais on ne fait point de procès à des conquérans. Les templiers excitèrent l'envie, parce qu'ils vivaient chez leurs compatriotes avec tout l'orgueil que donne -l'opulence, et dans les plaisirs effrénés que prennent les gens de guerre qui ne sont point retenus par le frein du mariage.

[t3o6] La rigueur des impôts, et la malversation du conseil du roi Philip pele-Bel , dans les monnaies , excitèrent une sédition dans Paris. Les templiers, qui avaient en garde le trésor du roi , turent accusés d avoir eu part à la mutinerie ; et on a vu déjà que Philippele-Bel était implacable dans ses vengeances.

Les premiers accusateurs de cet ordre furent un bourgeois de Béziers , nommé Squin de Florian , et Woffodei, Florentin , templier apostat , détenus tous deux en prison pour leurs crimes. Ils demandèrent à être conduits devant le roi, à qui seul ils voulaient révéler des choses importantes. S'ils n'avaient pas su quelle

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«•lait l'indignation du roi contre Ici templier* , auraient-ils espéré leur grâce en les accusant f Ils furent écoutés. Le roi, sur leur déposition , ordonne à tous les baillis du royaume, à tous les officiers, de prendre main-forte; leur envoie un ordre cacheté , avec défense , sous peine de la vie, de l'ouvrir avant le i3 octobre. [i3oq] Ce jour venu, chacuo ouvre son ordre : il portait de mettre en prison tous les templiers. Tous sont arrêtés. Le roi aussitôt fait saisir en son nom les biens des chevaliers, jusqu'à ce qu'on en dispose.

Il paraît évident que leur perte était résolue très long-temps avant cet éclat. L'accusation et l'emprisonnement sont de 1 3oo ; mais on a retrouvé des lettres de Philip pe-le-Bel au comte de Flandre , datées de Melun i3o6, par lesquelles il le priait de se joindre à lui pour extirper les templiers.

Il fallait juger ce prodigieux nombre d'accusés. Le pape Clément v, créature de Philippe, et qui demeurait alors à Poitiers, se joint à lui, après quelques disputes sur le droit aue l'Eglise avait d'exterminer ces religieux , et le droit du roi de punir des sujets. Le pape interrogea lui-même soixante et doute chevaliers. Des inquisiteurs, des commissaires délégués procèdent partout contre les autres. Les bulles sont envoyées chez tous les potentats de l'Europe pour les exoiter à imiter la France. Ou s'y conforme eu Cas tille, en Aragon, en Sicile, en Angleterre; mais ce ne fut qu'en France qu'on fit périr ces malheureux»

Deux cent et un témoins les accusèrent de renier Jésus-Christ en entrant dans l'ordre, de cracher sur la croix, d'adorer une tête dorée montée sur quatre pieds. Le novice baisait le profès «gui le recevait à la bouche , au nombril , et à des parties qui paraissaient peu- destinées à cet usage. Il jurait de s'abandonner à ses confrères. Voilà, disent les informations conservées jusqu'à nos jours . ce qu'avouèrent soixante et doute templiers au pape même , cent quarante et un de ces accusés à frère Guillaume , cordelier, inquisiteur de Paris, en présence de témoins. On ajoute que le grand - maître de Chypre , les maîtres de France , de Poitou , de Vienne , de Normandie, firent les mêmes aveux à trois cardinaux délégués par le pape.

f»3ia] Ce qui est indubitable, c'est

qu'on fit subir les tortures les plus cruelles à pies de cent chevaliers ; qu'on en brûla* vifs cinquante-neuf en un jour, près de l'abbaye Saint-Antoine de Paris ; que le grand-maître Jean de Molai, et Gui , frère du dauphin d'Auvergne, deux des principaux seigneurs de l'Europe, l'un par sa dignité , l'autre par sa naissance , furent aussi jetés vif» dans les il a m unes , non loin de l'endroit où esta présent la statue équestre du roi Henri iv.

Ces supplices, dans lesquels on fait mourir tant de citoyeu* d'ailleurs respectables, cette foule de témoins contre eux , ces aveux de plusieurs accusés même, semblent des preuves de leur crime et de la justice de leur perte.

Mais aussi que de raisons en leur faveur l Premièrement, de tous ces témoin h qui déposent contre les templiers, la plupart n'articulent que de vagues accusations. Secondement, très peu disent que les templiers reniaient Jésus -Christ. Qu'auraient-ils en effet gagné en maudissant une religion qui les nourrissait, et pour laquelle ils combattaient f Troisièmement, que plusieurs d'entre eux, témoins et com puces dej débauches des princes et des ecclésiastiques de ce temps- là, eussent marqué quelquefois du mépris pour les abus d'une religion tant déshonorée en Asie et en Europe; qu'ils en eussent parlé dans des momens de liberté, comme on disait que Boniface vin en parlait, c'est un emportement de jeunes gens dont certainement l'ordre n'est point comptable. Quatrièmement, cette tête dorée qu'on prétend qu'ils adoraient, et qu'où gardait à Marseille , devait leur être représentée : on ne se mit seulement pas en peine de la chercher; èt il faut avouer qu'une telle accusation se détruit d'elle-même. Cinquièmement , la manière infâme dont on leur reprochait d'être reçus dans l'ordre ne peut avoir passé en loi parmi eux. C'est mal conuaitre les hommes, de croire qu'il y ait des sociétés qui se soutiennent par les mauvaises nvjeors, et qui fassent une loi de l'impudicité. On veut toujours rendre sa société respectable à qui veut y entrer. Je ne doute nullement que plusieurs jeunes templiers ne s'abandonuRssent â des excèt qui de tout temps ont été le partage de la jeunesse; et ce sont de ces vices passagers qu'il vaut beaucoup mieux ignorer que punir. Sixièmement , si tant de

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témoins ont déposé contré les templiers , venaient de prendre cette île . sur les il y eut aussi beaucoup de témoignages Turcs, et l'avaient su garder avec un étrangers en faveur de l'ordre. Septiè- courage qui méritait au moins les démement , si les accusés , vaincus par pouilles des chevaliers du temple , pour les tourmens, qui font dire le* mensonge »eur récompense.

comme la vérité , bnt confessé tant de D«n» » r°» de Portugal , institua en leur Crimes, peut-être ces aveux* sont-ils an- place l'ordre des chevaliers du Christ, tant à la honte des juges qu'à celle des ordre <!ui devait combattre les Maures; chevaliers. On leur promettait leur grâce mai> <ïui » etant devenu depuis un vain pour extorquer leur confession. Huitiè- honneur, a cessé même d'être honneur, mement, les cinquante-neuf qu'on brûla * «crcÇ d'être prodigué, vifs prirent Dieu à témoin de leur inno- Philippe - le - Bel se fit donner deux cence, et ne voulurent point la vie qu'on cent mille livres, et Louis Hutio, son leur offrait à condition de s'avouer cou- fils, prit encore soixante mille livres pables. Quelle plus grande preuve, non sur les biens des templiers. J'ignore ce seulement d'innocence, mais d'honneur ? qui revint au pape ; mais je vois évidem- Neuvièmement , soixante et quatorze ment que les irais des cardinaux , des intempliers , non accusés , entreprirent quisiteurs délégués pour faire ce procès de défendre l'ordre, et ne furent point épouvantable, montèrent à des sommes écoutés. Dixiè mement, lorsqu'on lut au' immenses. Je m'étais peut-être trompé grand-maître sa confession, rédigée par quand je lus avec vous la lettre circutrois Cardinaux, ce vieux guerrier, qui iaire de Philippe-le-Bel, par laquelle il ne savait ni lire ni écrire , s'écria qu on ordonne à ses sujets de restituer les meul'avait trompé, que l'on avait écrit une bles et immeubles des templiers aux autre déposition que la sienne, que les commissaires du pape. Cette ordonnance cardinaux, ministres de cette perfidie, de Philippe est rapportée par Pierre du méritaient qu'on les punît , comme les Pui. Nous crûmes que le pape avait pro- Turcs punissent les faussaires, en leur fité de cette prétendue restitution; car fendant le corps et la tête en deux. Onziè- a qui restitue-t-on , sinon à ceux qu'on mement, on eût accordé la vie à ce regarde comme propriétaires? Or dans grand-maître et à Gui, frère du dauphin ce temps ou pensait que les papes estaient d'Auvergne, s'ils avaient voulu se recon- les maîtres des biens de l'Eglise; cepennaître coupables publiquement ; et on daut je n'ai jamais pu découvrir ce que ne? les brûla que parce qu'appelés en le pape recueillit de cette dépouille. Il présence du peuple sûr un échafaud pour est avéré qu'en Provence le pape partaavouer les crimes de l'ordre, ils jurèrent gea les biens meubles des templiers avec que l'ordre était innocent. Cette décla- le souverain. On joignit à la bassesse de ration, qui indigna le roi , leur attira s'emparer du bien des proscrits, la honte leur supplice ; et ils moururent en invo- de se déshonorer pour peu de chose quant en vain la vengeance céleste contre Mais y avait-il alors de l'honneur f leurs persécuteurs. (Essai sur tes \ -Cependant, en conséquence delà bulle THtfnnneT? mœurs.) du pape et de leurs grands biens , on . rHLODOSE> empereur. ~ gB8 cboao- ' poursuivit les templie* dans toute l'Eu- ™ A "™CM' .-Théodose était rope; mais en Allemagne ils surent em- "n °ffic'*r espagnol, fils d Tun soldat de forpêcher qu'on ne saisît leurs personnes. ?,unc Tl^i q" 11 îUt emPereur » Ils soutinrent en Aragon des siéees dans 11 Pewéc"la ie* anJ» consubstanliels. Juleurs châteaux. Enfii, le pape abolit ?.ez ? applaudi8semcns , de bénédicl'ordre de sa seule autorité, dans un tl0ns vd,e,0^f pompeux , de la part des consistoire secret, pendant le concile cPnsul)slantieJâ 1 Leurs adversaires nesûbde Vienne; partagea nui put leurs dé- gl?teat Pre8?uc P(«*î leurs plaintes, leurs pouilles. Les rois de CastUle et d'Ara- r?!n e!1? contre la tyrannie de Théodose gon s'emparèrent d'une partie de Jeun Biens , et en firent part aux chevaliers de Calatrava. On donna les terres de l'ordre , Pleux ' 5* en France, en Italie, en Angleterre, de graoden Allemagne, aux hospitaliers, nommés Un jour ce prince pieux et clément, alors chevaliers de Rhodes , parce qu'ils qui aimait l'argent à la fureur, s'avisa de

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