‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 28 sur 300 · MOEURS ET COUTUMES · texte numérisé non relu

MOEURS ET COUTUMES

Habillement. — Les variations de la mode, qui semblent au premier aspect ne relever que du caprice, ont eu aussi leurs lois et ont répondu aux diverses phases qu'a traversées la société française. Je ne parlerai ni du vêtement gaulois que nous connaissons imparfaitement, ni du costume des Francs, dont il ne nous est parvenu que des descriptions peu claires. Si Ton commence seulement à l'époque où des monuments figurés donnent une idée plus exacte du costume, on voit les variations des vêtements répondre au caractère de la nation. Du xr au xm* siècle, pendant l'époque des croisades, les costumes sont sévères et conviennent à l'esprit de cette société guerrière et religieuse. De vastes manteaux fourrés d'hermine ou de menu vair couvrent les hommes d'armes, les clercs et les barons. De là vient la toge qu'on retrouve encore aujourd'hui dans la magistrature et les universités, de même que le mortier ou chaperon galonné. Les femmes, comme les hommes, s'enveloppaient dans ces longues robes flottantes , pendant qu'un voile tombait sur leurs épaules et couvrait de ses replis le cou et la poitrine. Les xiv* et xv siècles furent une époque de changement dans toute la société, les costumes se modifièrent alors comme les mœurs; ils devinrent bizarres et souvent indécents. C'est l'époque des souliers à la poulaine, des chausses iwparties de diverses couleurs, des immenses bonnets ou hennins dont se paraient les femmes. Quelques classes seulement, comme le clergé, la magistrature et les universités, conservèrent la dignité et la sévérité de l'ancien costume.

Au xvie siècle , sous l'influence italienne , il y eut plus de goût et de véritable élégance. Au xvii* siècle, on admire la richesse et la beauté des vêtements , mais on est frappé en même temps de cette étiquette rigoureuse et gênante qui fut un des traits caractéristiques de l'époque. L'élégance maniérée du xviu* siècle a fait place enfin à ce pêle-mêle de costumes et à ce mépris de toute étiquette qui, depuis 4789, confondent les classes et annoncent le triomphe des idées d'égalité. La différence des vêtements n'indique aujourd'hui que des fonctions et non des classes. Le clergé, par respect pour les traditions, et le soldat , par discipline, ont seuls conservé, hors de leurs fonctions, un costume distinctif. C'est à peine si l'on retrouve encore, au fond de quelques provinces de la France, des traces des vêtements traditionnels , et chaque jour elles tendent à s'effacer. Quelques personnes regrettent peut-être le caractère pittoresque de ces anciens

INTRODUCTION

usages , mais ici comme partout , il faut reconnaître le progrès des idées d'unité et d'égalité qui dominent l'histoire entière de la France *.

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