‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 49 sur 158 · STE · texte numérisé non relu

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avait marié sa fille avec Polynice , avant les disputes pour la succession de Thèbes (i) • mais d'autres prétendent que ce mariage ne se fit qu'après que Polynice, exclus par son frère , se fut retiré chez Adraste. Ils content que Tydée s'y retira en même temps , et que ces deux réfugiés étaient couverts, celui-ci d'une peau de sanglier, celuilà d'une peau de lion ^ ce qui fut cause qu'Adraste leur fit épouser ses filles, se souvenant d'un oracle (2) qui lui avait commandé de les marier avec un sanglier et un lion (3). Le Supplément de Moréri dit faussement que Tydée, interrogé pourquoi il portait la peau d'un sanglier , répondit que c'était parce qu'Œnée son pèi-e était le vainqueur du sanglier de Calydonie. Il ne fit point cette réponse 5 et ce n'était point OEnée , mais Méléagre qui avait tué ce furieux sanglier. On rapporte mal dans le même Supplément l'oracle qui avait été rendu à Adraste.

(B) La guerre des Epigones.] Si l'on avait bien pris garde en composant le III*. volume de Moréri que cette guerre n'est postérieure à la précédeute que de dix ans , on n'aurait pas traduit le mot à^ Epigones , par ceux qui naquirent après le siège de Thèbes : on se serait contenté de dire :

Ceux qui survécurent a leurs pères , ou bien on eût dit en général , les descendans des premiers chejs.

(C) Quil en mourut de chagrin. ] Le Supplément de Moréri lui impute de s'être jeté dans le bûcher de son

Jils, et cite Ilygin,fab. 2^2. 5 et Hérodote , liv. 5. Or il est à remarquer qu'Hérodote ne dit rien d'Adraste qui ait été employé dans cet article du Supplément. La seule chose que l'on pourrait soupçonner avoir été prise d'Hérodote est au commencement de l'article , en ces termes : yldraste Jut obligé de se retirer en la taille de Sicyone , chez le roi Polybe , qui lui

Jit un bon accueil et lui donna sa fille Amphitée en mariage; mais cela même est fort éloigné d'Hérodote, qui dit que Polybe laissa son royaume par testa-

(i) Paasan., lib. IX, pag. 286.

(2) Il est dans le Scoliaste d'Euripide ad Ptœniss. , fs. .'(iS. yo/ei aussi Stace , Thfb. , l. I, vs. 390.

(3) Hygin. , cap. LXIX. Apollodore, liv. III, dit qite. l'un d'eux portail sur son bouclier lajt- 'iure d'ur.e lé'.e de sanglier.

ADRASÏE.

ment à Adraste fils de sa fille. Voyez ]a remarque suivante. La citation d'Hysin est encore plus mauvaise ; car nygin ne parle point là de notre Adraste , mais d'un autre qui fut père d'HippoDoiis , et qui se jeta dans le feu pour obéir à un ordre d'Apollon.

Hipponoiis , par le même principe en fit tout autant. L'auteur de VIndtx d'Hygin, dans l'édition d'Amsterdam en itiSi , donne pour fils à Hercule cet Adraste et cet Hipponoiis- et ne'anmoins il prétend que le même Adraste est le père d'jEgialeedont Hygin parle au chapitre LXXl , et qui est visiblement le beau-père de Polynice et le fils de Talaiis. C'est avoir mal entendu ces paroles : Hercules J ouis Jilius ipie tese in igncm misU. Adrastus et tlipponoûs ejus JiUus , ipsi se in ignem jeceiunt ex lesponso ApoUinis {\).

(D) Qu'il fut en personne a la seconde eipcduion.'] Je puis joindre à Pausanias un second témoin , savoir Pindare qui dit positivement qu'Adraste , ayant recueilli les os de son fils , ramena heureusement l'armëe à Argos (5). Il ne le fait donc point mourir en chemin à Me'gare comme fait Pausanias \ mais ne'anraoins , voilà deux autorités uniformes sur ce pointci, qu'Adraste se trouva à la seconde guerre de Thèbes.

(E) En comparaison de ce quejirent ceux de Sicyone. ] Le scoliaste de Pindare rapporte (6; que Dieutuchide soutient qu'on n'avait à Sicyone que le cénotaphe d'Adraste , et que son véritable tombeau était à Me'gare (7).

(F) Se i'oyant contraint de sortir d'j4rgns.'\ On a dit dans le Supplément de Moréii qu'Adraste/wt chassé du royaume d'Argos par Amphiaraûs son beau-frère , et obligé de se retirer en la ville de Sicyone ; mais , par une négligence peu excusable on n'a cité personne qui ait dit cela : c'est donner Bien du pays à courir à un h cteur qui veut avoir des garans. J'ai tant cherché qu'enfin j'ai trouvé une source dans Pindare , où j'ai vu qu'Adra'^tc sortit d'Argos , et qu'il se retira à Sicyone à cause des attentats d'Ampliiaraiis et à cause du renversement de la famille de Talaiis , laquelle n'avait

(4) Hygini Fabul. , cnp. CCXLII.

(5) PincLir. Pyth., Od. VIII.

(6) Scbol. Pindari in Nem., Od. IX.

(7) Dieutucbides, HisloriajMegarlcst, W. ///.

plus la souveraine puissance (8). Ce poète ajoute qu'Adraste arrêta le cours de ce mal , et que le mariage d'Eriphyle avec Amphiaraiis fut le lien qui réunit les esprits par la pacitication des troubles. Ampliiaraii>! n'étaitdonc pas beau frère d'Adraste quand ce dernier fut obligé de se retirer à Sicyone. Pindare ne dit point que ce prince fugitif ait épousé la fille du roi Poiybe , ni que Talaiis ait été tué par Amphiaraùs ; mais l'un et l'autre de ces deux laits , dont le premier est si opposé à Hérodote , se trouvent dans le scoliaste de Pindare. Diodore de Sicile dit que le mariage d'Amphiaraiis avec Eriphyle sœur d'Adraste n'apaisa point les ditItTens, puisqu un peu avant la guerre deThèbes ces deux beaux- frères disputaient encore à qui régnerait (9). Ils furent divisés sur un autre point : Amphiaraiis ne voulait pas être de l'expédition , et Adraste souhaitait passionnément qu'il en fût. Eriphyle fut choisie l'arbitre de tous leurs démêlés , et donna gain de cause à son frère. Apollodore dit en partie la même chose quoique assez confusément (10). Barthius a mal rapporté ce que dit Diodore de Sicile ; car il suppose qu'Ériphyle était fille d'Adraste (11). La version latine de cet historien , imprimée à Bâle en i548 , dit faussement qu'Eriphyle adjugea la couronne à son mari.

(G) Ceux d'Argos le prièrent. ] Si M. Moréri avait su cela , il se serait bien gardé de dire qu'Adra-te, après quatre ans de règne , quitta la l'ille de Sicyone sans qu'on en sache le sujet , et yint régner a Argos où. il eut deux (i2 filles, etc. Mais, quoi qu'il en soit, voici un morceau pour le Pyrrhonisme historique , les anciens appointés contraires sur les deux royaumes d'Adraste i je veux dire sur l'ordre et le tilre de la possession. Voyez l'article Talaùs.

(H) Et que de la trient qu'elle a eu le nom d'Adraslt^e. ] Le scoliaste de Pindare veut que ce nom ail été donné à la déesse Némésis à cause de la compensation dont j'ai parlé. Adraste

(8) Pindar. Nem. Od. IX.

(9) Diod. Sicul. , Ub. y, cap. VI.

(10) ApoUod., Ub. m , pag. 187.

(11) Barlli. In Slat. , loin. II, pag. 870. Vojei autsi pag. 914.

(la) // fallait dire ^ trois filles el deux fils.

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